20.04.2009
Légendes, mystères et traditions d'Esserts-Blay
Au niveau de la Savoie, le sujet est abondamment traité. Ce chapitre ne concerne donc que les légendes, mystères ou traditions touchant particulièrement, parfois specifiquement, le village d'Esserts-Blay
La venue de St Thomas de Canterbury à St Thomas:
Nous avons vu que la paroisse de Saint Thomas a été fondée au XIIIème ou XIVème. Elle rend hommage à Thomas Becket, né en 1117 à Londres, chancelier du Roi d’Angleterre Henri II, puis archevêque de Cantorbéry (1162). Thomas BECKET passe alors pour être un très proche et un fidèle du Roi Henri II, dont l’objectif est d’étendre sa mainmise sur l’ensemble de l’église anglicane.
Dès son élection à l’archevêché, Thomas Becket entre en conflit avec son protecteur. Au contraire du Roi, il veut libérer l’église anglicane de sa dépendance vis-à-vis du pouvoir laïc.
Les relations entre Henri II et Thomas Becket se détériorent rapidement.
En 1164, désavoué par les autres évêques anglais, Thomas Becket part en exil en France, où Louis VII lui offre sa protection.
Sous la menace de se voir excommunié par le Pape, Henri conclue la paix avec Thomas le 22 juillet 1170.
Ce dernier rentre en Angleterre le 3 décembre 1170, mais est assassiné par des hommes du Roi (probablement sur ordre au moins tacite de ce dernier) le 29 décembre 1170 dans sa cathédrale de Cantorbéry.
Il est canonisé en 1173, et son culte se répand très rapidement.
Selon la légende, après sa disgrâce, Thomas BECKET avait été enfermé, en Angleterre, dans une tour par les hommes du Roi. Il parvint à s’échapper (malgré ses boulets aux pieds) et s’enfuit d’Angleterre. Il marcha pendant plusieurs années et arrive en vue de la Tarentaise (la Maison de Savoie a noué pendant des décennies des liens très forts avec l’Angleterre), complètement épuisé, à la recherche d’un lieu sur.
Au niveau de l’actuelle Tours en Savoie, il tourne son regard vers la montagne boisée qui se trouve de l’autre coté de l’Isère. Il franchit la rivière et commence à traverser la plaine, toute plate et très austère tant elle semble à l’écart du monde. La distance est longue et Thomas, l’herbe est grasse est touffue. Thomas a du mal à progresser dans cette prairie luxuriante, surtout avec ses boulets aux pieds.
La légende dit que la rosée des prés qu’il a traversés au prix de tant d’efforts, n’a jamais voulu recouvrir les traces laissées par les pas, le bâton et les boulets du saint homme.
Elle évoque aussi le « Chemin de la Trin », mot impossible à traduire, alliant la notion d’effort à celle de trace laissée ; c’est la longue trace laissée par les vénérables foulées de Thomas, trace que l’on distingue encore de nos jours depuis les maisons de St Thomas.
Thomas gravit ensuite les premières hauteurs boisées, puis, profitant d’un replat, installe son refuge et sa chapelle à l’endroit même où se situe aujourd’hui l’église paroissiale de St Thomas des Esserts.
Le diable Gribouille au château de Blay :
Voilà ce que nous dit un texte de 1865, repris dans le numéro des Cahiers du Vieux Conflans du 3ème trimestre 1963 :
Ceci n’est point une légende, mais bien la chronique d’un fait qui s’est passé, il y a quelques dix ans, dans les ruines du vieux château de Blay, et que nous allons retracer.
Deux malins, d’autres disent deux fripons, s’entendirent un jour pour exploiter la crédulité publique. Ils voulaient qu’il y eut, dans les tours du vieux château d Blay, un trésor caché. L’un des compères avisa à cet effet une demi-douzaine de simples, auxquels il fit part très confidentiellement qu’il connaissait le moyen de faire arriver le diable, qui leur indiquerait l’endroit où était enfoui un trésor. Il n’avait besoin pour cela que d’acheter le Grand Albert, soit les Clavicules de Salomon (recueils de formules et de recettes magiques) ; mais ce précieux ouvrage ne pouvait se trouver qu’à Genève, et encore pas à très bon marché.
Les dupes ne manquèrent pas à remettre d’abord 250 francs à l’obligeant entremetteur des oeuvres de Satan, qui leur fit jurer le secret comme condition. Puis il partit pour Genève, où il acheta tout autre chose que les Clavicules de Salomon, et de retour, il annonça à ses heureux croyants qu’il avait bien trouver le fameux livre, mais qu’il était unique et qu’on exigeait 1200 francs pour le lâcher. Il fallait donc compléter la somme voulue si on voulait être riche à jamais. Nos simples croyants, aussi pauvres qu’ignorants, à l’exception d’un propriétaire aisé de Conflans, qui avait cependant tôpé dans le piège, firent un peu la grimace ; ils se grattèrent l’oreille ; mais l’appat de l’or, que les yeux de leur imagination apercevaient dans les ruines du vieux château, leur fit faire un effort supreme, et se cotisant, ils réunirent la somme de 1200 francs.
Quinze jours après, fidèle à ses engagements, le magicien convoqua ses victimes à Conflans. Là, il leur présenta un vieux in-folio en latin, imprimé en encre rouge et noire, leur disant que c’était le seul Grand Albert existant en Suisse. « Maintenant, mes amis, ajouta-t-il, nous touchons au moment. Il n’y a dans l’année qu’un jour propice pour l’évocation du diable à l’aide de ce livre. Ce jour, c’est le soir de Noël, et le moment, lorsque les cloches annoncent la consécration de la Messe de Minuit. Nous nous rendrons tous séparément vers les huit heures du soir dans la maison X… à Blay ; de là, nous irons à onze heures au vieux château. Mais, mes amis, le secret, le secret le plus inviolable ; sans quoi, pas de réussite possible ».
Tous furent discrets et surtout ponctuels ; au jour dit et sous la conduite du sorcier, ils arrivèrent entre onze heures et demi et minuit devant les tours du château de Blay. Ils se disposaient à pénétrer sous les voûtes du vieux manoir, lorsque leur guide, après avoir distribué des chandelles, qu’il alluma, fit tourner la bande en cercle, et ouvrant tout grand son livre magique, leur tint cette allocution suprême : « Mes amis, le moment solennel est arrivé ; nous voilà au bout de nos peines et de nos dépenses ; dans moins d’une heure nous serons riches. Je ne vous recommande plus qu’une chose, c’est du courage. Ne vous laissez ni intimider ni effrayer par l’approche de Satan, et je vous supplie surtout de ne pas m’abandonner pendant la lutte que je pourrais avoir à soutenir contre le Diable, qui est quelquefois terrible et pire qu’un ours ou un lion blessé. Jurez sur le Grand Albert qu’à tout évènement, vous ne m’abandonnerez et rappelez-vous que si vous veniez à faiblir à vos serments, je serai transporté tout vivant dans enfers ».
Pendant ce temps, le second compère, qui avait pénétré dans une grande salle en ruines, s’apprêtait à jouer son rôle de Diable. Il s’affublait d’un grand manteau noir, se coiffait d’une perruque et d’une barbe rousse et d’un chapeau tricorne. Il s’attachait aux pieds des chaînes en fer et tenait devant lui un grand plat dans lequel il y avait des étoupes d’eau de vie. Il avait pour ordre de n’allumer les étoupes qu’à la première évocation et d’avancer lentement à la troisième. Au moment d’entrer, l’homme au livre diabolique crut devoir apprendre encore à ses compagnons que chaque jour un nouveau diable prend à son tour le gouvernement des enfers et que celui qui présidait ce soir là et qui allait apparaître pour indiquer le trésor, se nommait Gribouille. Il avait à peine fini de parler que la cloche commença à tinter les coups de la consécration. « Allons mes amis, reprit-il, rapidement du calme et du courage ! A moi la besogne ! Pénétrons ». Ils entrèrent : le porteur du grand in-folio en tete s’avance au milieu des amas de décombres vers la salle délabrée. Après avoir murmuré quelques mots inintelligibles et pour les assistants et pour lui-même, il ouvre le livre et adjure solennellement le Diable en ces termes : « Diable Gribouille, sors des Enfers et parais devant moi ». A cette sommation, une lueur bleuâtre éclaire le fond obscur et encombré de la salle ; mais rien ne bouge encore. Elevant la voix plus haut, l’évocateur reprend : « Diable Gribouille, obéis à ma voix, sors des Enfers et parais au milieu de nous ».
Aussitôt un bruit de chaînes, puis un pas lent et pesant, se font entendre. A mesure que le bruit se rapproche, les six riches futurs se regardent avec terreur et se serrent les uns contre les autres. Nouvelle évocation, accompagnée de contorsions et d’imprécations dans une langue inconnue. Satan, ou du moins Gribouille, apparaît enfin à travers une échancrure de l’épaisse muraille qui tient lieu de porte d’entrée. A cet aspect sinistre, les assistants tremblent de tous leurs membres, leurs dents battent une mesure infernale, les chandelles leur tombent des mains et tous lâchent pied et se sauvent par les différentes issues en poussant des cris à épouvanter le Diable Gribouille lui-même.
La panique fut si grande que plusieurs d’entre eux, saisis par la diarrhée, tombèrent en chemin et firent de leurs vêtements des torche derrières. Les autres, dans un état pitoyable, se rendirent à une écurie du chef-lieu appartenant à l’un d’eux et où il était convenu qu’ils devaient tous se trouver pour partager le trésor. Le magicien ne tarda pas à les rejoindre et il leur adressa les plus vifs reproches. « Vous avez, leur dit il, par votre couardise et en violant votre serment, laissé échapper la fortune qui vous tendait les bras. Tout est perdu, pour longtemps du moins ; si vous aviez le malheur de dire un seul mot de cette affaire à âme qui vive, vous seriez infailliblement étranglé par le Diable. C’est ce qu’il m’a crié comme je sortais des ruines tout en tremblant ».
Le secret fut bien gardé pendant plus de trois ans. Cependant, les pauvres simples, finissant par revenir de leur frayeur, se hasardèrent, nous dit-on, à consulter trois jurisconsultes d’Albertville sur les moyens de rentrer dans leurs fonds. L’avis des jurisconsultes fut défavorable.
Dans cette affaire de voleurs et de volés, ceux-ci comme les premiers avaient tout intérêt à continuer à garder le secret, qui nous est confié aujourd’hui et que nous recommandons à nos lecteurs.
Le mystère de la 4ème tour du Château de Blay :
Le Château de Blay a probablement été construit entre 1390 et 1418. Il n’a plus été habité à partir des toutes premières années du XVIIème siècle et à brûlé à la fin de l’année 1609. Il n’a jamais été restauré.
Il est de forme rectangulaire, avec à chaque angle, une tour, sauf dans l’angle nord ouest.
Cette absence de 4ème tour a suscité la curiosité; a-t-elle existé ? Si oui, comment a-t-elle été détruite ? Si non, pourquoi 3 tours seulement et pas 4 comme on pourrait s’y attendre ?
Plusieurs hypothèses ont été avancées :
En 1616, Antoine Gaspard De Riddes, Seigneur de Blay, et propriétaire du Château, décède. Son neveu, Gaspard Du Verger, désigné comme héritier universel, se demande si les dettes du défunt ne sont pas supérieures à l’actif successoral, et fait réaliser un inventaire des biens de son oncle. Cette inventaire, fait en 1617, indique que cette fameuse 4ème tour a bel et bien existé et qu’elle a été détruite par l’incendie de 1609.
L’architecte E.L. BORREL, dans son ouvrage de 1884 sur « Les monuments anciens de Tarentaise », ne croit à l'existence de cette tour, et pense que le seigneur qui fit construire le Château se vit refuser par son suzerain le droit de construire cette 4ème tour (la tour est un symbole de puissance).
En fait, les études faite tout récemment (2000 – 2001) sur le terrain même du Château tendent plutôt à démontrer que cette tour n’a jamais existé.
Le mystère n’est donc pas levé : pourquoi avoir fait construire un Château avec 3 tours au lieu de 4 ?
Le jeu du Coinchon
Il se joue aux pieds du Château de Blay le dimanche de Pâques. Il faut pour cela un dé, gros cube de bois de 20 cm de coté appelé domino, et, pour chaque joueur, un coinchon, maillet fait d’une branche de houx, et une baguette de bois d’un mètre, la servante. Le premier joueur place la servante sous ses pieds en disant : « le domino va devant, moi après et « un tel » après moi. Il lance le dé, puis son coinchon le plus près possible du dé. Le second désigné lui succède et ainsi de suite jusqu’au dernier qui s’empare de la servante en disant : « faute de valet, j’emporte la servante ».
Le secrétaire note le nom des gagnants (leur nombre est indiqué par le dé de 1 à 6), ceux dont le coinchon est le plus près du dé. Les joueurs sont à l’amende lorsqu’ils prononcent , selon la partie en cours, des mots patois, ou des surnoms, ou des jurons …Ces amendes servent à payer le repas pris en commun à l’auberge le soir même.
Ce jeu de Pâques est connu dans d’autres régions, toutes montagneuses, de Savoie et haute Savoie : le Chablais, le Faucigny, la Tarentaise. Selon les endroits, il s’appelle cornichon, cônichon, coinston ou coution. A Esserts-Blay, il se joue devant le Château. Dans la plupart des autres communes qui le pratiquent, on fait le tour de la commune en jouant.
Selon les spécialistes (Van Gennep, Roger Devos), il s’agit d’un jeu cérémoniel, une sorte de rite de prise de possession symbolique, par les habitants, du territoire de la communauté villageoise.
Le Château du Bettier (ou Bettié) :
Sur le cadastre de 1876, il s’agit d’une « masure » appartenant à Hippolyte VELAT. Il n’en reste que les ruines d’un bâtiment assez haut.
21:28 Publié dans 48 Légendes, mystères et traditions | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : esserts-blay, blay, st thomas, histoire, savoie
30.12.2008
la mappe sarde de 1730
C’est par les Lettres Patentes du 9 avril 1728 que le Roi de Piémont Sardaigne décida l’exécution du cadastre de Savoie. L’objectif principal de ce cadastre était de recenser avec précision les propriétés de chacun afin d’apprécier au mieux la capacité du duché à payer l’impôt, et en répartir la charge en fonction de critères objectifs basés sur la richesse potentielle des uns et des autres. L’exécution du cadastre fut placée sous la haute direction de l’Intendant Général du Duché, basé à Chambéry, qui nomma un surintendant du cadastre pour assurer la surveillance technique du chantier.
Sur le terrain, les travaux furent confiés à des délégués, qui dirigèrent eux-mêmes une ou plusieurs escouades de géomètres. Les postes de délégués ont été confiés à des hommes expérimentés, la plupart piémontais. Le délégué et son ou ses escouades (selon l’importance de la commune) étaient assistés, localement, d’indicateurs et d’estimateurs, dont la fonction était de donner tous renseignements nécessaires sur les noms des propriétaires et la qualité des terrains.
Dès qu’il arrivait dans une localité, le délégué publiait les ordres du Roi relatifs au cadastre et les expliquait aux habitants. Puis il invitait ces derniers à présenter des indicateurs et des estimateurs. Indicateurs et estimateurs prêtaient ensuite serment de loyauté. Puis les géomètres se mettaient au travail. Une fois la mappe terminée, le délégué la faisait afficher pendant 15 jours en l’accompagnant du registre des propriétaires et de leurs parcelles. Les intéressés étaient alors invités à faire part de leurs griefs et des erreurs à rectifier. Les géomètres étaient responsables pécuniairement de leurs travaux, ils faisaient donc très attention. De plus, les travaux étaient vérifiés et contrôlés plusieurs fois, par différentes instances de contrôle et de vérification.
Des travaux récents ont montré que l’échelle utilisée a été le 1/2400ème. Les unités de mesure sont les mesures du Piémont :
- le pied = 3.167467 m2
- la table = 12 pieds = 38.009599 m2
- le journal = 100 tables = 3800.9599 m2
Les mesures faites sur le terrain ont ensuite été traduites en mesures de Savoie. Il fallut 10 ans pour, à quelques exceptions près (surtout dans le nord de la Haute Savoie), que les travaux soient terminés et validés. L’Edit qui mit en application les conclusions du cadastre pour la répartition de l’impôt, dit Edit de péréquation générale, a été signé le 15 septembre 1738. Il a fallu en gros 5 ans pour faire les plans, calculer les superficies et estimer le revenu des parcelles, et 5 ans pour examiner les requêtes des uns et des autres, notamment celles des classes privilégiées habituées à échapper à l’impôt.
Il a fallu ensuite faire vivre ce cadastre, qui est une photographie des propriétés à un instant précis. C’est le Conseil de la communauté et son Secrétaire qui sont chargés de conserver le cadastre, et surtout de consigner les mutations, à l’aide du Livre journalier et du Livre des transports.
On notera que les 2 communautés de Blay et St Thomas ont fait cadastre commun. L'intitulé de la mappe est d'ailleurs "territoire de St Thomas des Esserts", ce qui confirme que, au moins sur le plan temporel, St Thomas est le chef-lieu, et Blay n'est un quartier périphérique. Cet état de fait ne devait pas plaire aux habitants de Blay. Le 7 juin 1750, le Syndic et les Conseillers de Blay (le Syndic est Hipployte BOZON PERROUD, et les Conseillers Pierre REY GRANGE et Bernard PERONNIER) se réunissent chez le Secrétaire et demandant la séparation de Blay par rapport à St Thomas. Les arguments sont les suivants: les nombreux conflits entre Blay et St Thomas au sujet des communaux en montagne et des chemins, les désaccords au sujet de la milice quand le Seigneur Intendant exige sa levée, l'éloignement de Blay par rapport à St Thomas, et le fait que Blay est 2 fois plus étendu que St Thomas. Concernant la mappe, les communiers de Blay "s'offrent de faire refaire, à leurs frais, un autre cadastre, livre journalier et livre de transport, implorant à ces fins le Seigneur Intendant de la Province de Tarentaise pour obtenir de Sa Majesté la séparation d'avec St Thomas des Esserts, et former Blay pour une paroisse" (à l'époque, la distinction entre communauté et paroisse n'est pas vraiment faite).
Les principaux chemins et voies de communication:
Pour visualiser la mappe sarde, cliquez sur les liens ci-après:
Les chemins à Blay et à Saint Thomas en 1730.jpg
La chapelle et le_Maz de Blay en 1730.jpg
La_Poyat et_La_Fouettaz en 1730.jpg
Le chemin principal relie St Paul à Grignon par les hameaux du Mas (où se situe la chapelle de Blay, à l'emplacement de l'actuelle église), des Cours, de la Bruyère, puis de la Combaz. En arrivant à St Thomas, il se divise en deux: le chemin du bas par la plaine de St Thomas, et le chemin du haut par Chaniay (le Chenet), les Bochets, la Ramaz et l'Eglise de St Thomas. Les 2 chemins se rejoignent au Pontet, lieu-dit situé dans la plaine en dessous de l'Eglise. Du Pontet le chemin continue vers Grignon par la forêt de Rhonne.
Au Mas de Blay, un chemin monte dans la montagne par le village des Perroud, Courbacière, la Provence (aujourd'hui, on dit la Province), le Laquais d'en bas et la Traversette. De la Traversette, on peut ensuite aller, soit dans les hauts de St Paul par le Condu (aujourd'hui l'Econdu), soit au Darbelay, soit en direction de la Duit.
Aux Cours, un chemin part sur le droite, traverse le Chard, puis descend dans la plaine au bord de l'Isère. Un autre monte sur la gauche au dessus des Pierres.
Situé un peu au dessus de l'axe St Paul - Blay - St Thomas - Grignon, le village de la Poyat est un carrefour important. De ce village partent plusieurs chemins: un 1er permet de descendre sur le chemin principal St Paul - Grignon par le Noiray et Cloutrier; un 2ème continue vers le village des Mercier et la Fouettaz et monte ensuite, en suivant en gros la direction de l'actuelle route du Darbelay, vers la Tuile, Plan Fay, Latié, Fontaine Froide et la Traversette; enfin 2 chemins montent directement au dessus de la Poyat et permettent d'atteindre le Trembloz (les Trembles), d'où on peut rejoindre la Duit et la Traversette.
Signalons qu'entre la Poyat et la Fouettaz, à hauteur du village des Mercier et de la Frasse, au bord du ruisseau, ont été construits 2 moulins et 1 pressoir d'huile (voir plus loin); juste à coté un chemin permet de rejoindre la Combaz par Neiple et le Boulié.
A St Thomas, les hameaux paraissent moins bien reliés entre eux. Nous avons évoqué le chemin du bas (par la plaine) et le chemin du haut (par la naz, les Bochets, la Ramaz et l'Eglise). Un chemin arrive de Grignon au Fay et continue vers le Cey. Un autre passe au niveau de Champ Bernard, du Charanger, et de la Roche. Un autre relie La Ville et la Croix, mais ne pas pas connecté aux autres. Enfin, un chemin est noté tout en haut, dans les alpages, entre le Mont et Freidier.
Eléments concernant les activités économiques et artisanales de Blay et St Thomas:
Il existe à l’époque une scie (scierie), appartenant à Joseph GLAISSAT BLANC et son frère, située vers les Roches (parcelle n° 3954)
Il y a peut être un projet de création d’une autre scie, à la Resse, sur un terrain appartenant à Noble Philibert Du Verger (parcelle n° 638 : il est noté « terre, soit placeage d’une scie »)
Trois moulins sont en activité :
. Celui de Jean Avrillier à feu Pierre, et à ses neveux, situé au Cruet (parcelle n° 1632)
. Celui de Noble Joseph François Manuel (de Locatel), situé au village des Merciers (parcelle n° 2327)
. Celui de Hippolyte Mercier, situé à coté du précédent (parcelle n° 2319)
On trouve trace de deux ruines de moulin (« masure autrefois moulin »), appartenant toutes deux à Noble Christophe Du Verger, l’un au Gaday (parcelle n° 4380), l’autre à la Villaz (parcelle n° 5739).
Il existe aussi un pressoir d’huile, à la Frasse, appartenant à Félix Mercier et à ses frères (parcelle n° 2331)
Et une dizaine de fours, dont :
. Cinq appartiennent à la communauté de Blay, à Blay (parcelle n° 2), à la Poix (n° 988), à la Combe (n° 2205), à la Fouettaz (n° 2410), et vers les Mercier (n° 2421)
. Celui du Chariondet (parcelle n° 4942) appartient à Claude Paillardet (important propriétaire à St Thomas, domicilié à Tours)
. Celui de la Perrière appartient à Antoine Rosat Guchilliand (il est noté comme « four en commun », parcelle n° 908)
. Celui du Perchet (Parchet) appartient à Philippe Santiquet à feu Antoine, il est situé à coté de sa maison (parcelle n° 851)
. Celui de la Poyat dessus appartient à la famille Mercier ( Jean-François et son frère, Antoine à feu Louis et son frère) (parcelle n° 1305)
Enfin il y en a un, ou il y en a eu un, à Charangière (le Chanranger), (en tous cas, il est noté « pâturage et place de four »), sur un terrain appartenant à Humbert Giraud à feu Pierre (parcelle n° 5207)
Chapelles: En dehors de l'église de St Thomas et de la chapelle de Blay (qui deviendra église en 1803), deux chapelles sont notées dans la tabelle des propriétaires, toutes deux dans le hameau de la Combe:
- Une appartient à Jacques FILLION, Notaire Royal; elle est située un peu au dessus du hameau (parcelle n° 2192), au lieu-dit "Rebriez", jusque à coté d'une grange appartenant à Jean Guillaume ROSSAT
- L'autre est la possession de ce même Jean Guillaume ROSSAT; elle est à la sortie du hameau, juste en contre-bas du chemin de St Thomas (parcelle n° 2177).
Les "fonds communaux pour l'usage commun", c'est à dire les biens appartenant aux deux communautés de Blay et de St Thomas:
Ils couvrent 467.7 ha, soit 1/3 de la superficie totale de Blay et St Thomas. La communauté de St Thomas est bien moins riche (ou bien plus pauvre) que celle de Blay: les biens communaux couvrent une superficie de 359,5 ha à Blay et 108.2 ha à St Thomas, soit un rapport de 3 à 1. La communauté de Blay possède 5 fours, celle de St Thomas un seul.
A Blay, les biens communaux sont principalement en montagne, où se trouvent les pâturages et les forêts, au Darbelay (248.6 ha), et au dessus des Trembles (40.5 ha). Ces 2 sites représentent 80 % de la superficie des communaux de Blay. Il existe d'autres parcelles communes, notamment 3 parcelles de bois et brouissailles, contigues, de 50.8 ha au total, juste au dessus du hameau de la Thiournaz, et plusieurs autres au bord de l'Isère, sous le Château.
A St Thomas, les biens communaux sont plus disséminés: 46.6 ha de forêts au sommet du village, au dessus de Freydier, 4.4 ha de rocs et broussailles au dessus du Charanger, 3.2 ha de forêts vers le Fay, 3.6 ha vers le Chatelard, 13.5 ha dans la combe de Chez Loup et 7.8 ha au bord de l'Isère, sous l'église + une parcelle de 19 ha que je n'ai pas localisée (n° 6038), certainement en limite avec la forêt de Rhônne.
Eléments sur les patronymes:
Nous avons recensé 379 propriétaires différents : Les patronymes les plus fréquents sont :
Avrillier : 40 propriétaires, plus de 1 propriétaire sur 10
Glaissat Blanc : 23 propriétaires, auxquels ont peut rattacher 2 Glaissat, 4 Glaissat Merlan ou Mellan, 2 Glaissat Pantillon ; on peut noter que seuls 2 propriétaires se nomment Blanc tout court, et le dénommé Blanchet. Au total, cela fait 34 propriétaires, soit 9 % du nombre total
On notera donc que, en 1730, un propriétaire sur cinq s’appelle Avrillier ou Glaissat Blanc.
Les autres principaux patronymes:
Les Fontaine, Fontanna ou Fontainaz sont au nombre de 22, aux quels on peut ajouter un Fontaine Tranchant.
Les Ferlay (« Freley » sur le cadastre) sont au nombre de 19 ; il faut peut être leur rattacher les 5 Savoiand/Savoiend .
Les Ravier ou Ravier Garon sont 18.
Les Fillion-Peyoud (« Fillion-Pejoux ») sont 17, auxquels on peut ajouter 2 Fillion et 1 Fillion Bantin.
Les Rey, Rey-Grange et Rey-Valley sont 16, comme les Teillier et Teillier Cathelin.
Les Velaz ou Vellat sont 12, Les Rossat Gueilland sont 11.
Les Mercier ne sont que 10, comme les Voisin.
Ensuite, on trouve 9 Peronnier (« Peyronier »), 9 Girod, et 8 Tetaz, Testaz, Tetta ou Tettaz.
Concernant les autres patronymes, que l’on retrouve plus tard parmi les patronymes d’Esserts-Blay, on trouve : 3 Allemoz, 5 Bochet, 1 seul Bozon Perroud, seulement 2 Bozon Sauge, 2 Cavagnet, 4 Colombier, 1 Cretet, 3 Fay, 2 Gaudichon, 4 Gontier, 6 Lassiaz (+ 1 Lachat), 4 Monardet (Morardet), 3 Muttet, 5 Nachon, 3 Perinet, 3 Rochaix, 5 Roche, 3 Traversier, 4 Valloz et 3 Varcin.
Quatre familles nobles ont des propriétés à Blay ou à St Thomas: (il y a des incohérences avec l’armorial de Foras).
D’abord les deux branches de la famille seigneuriale locale, les du Verger.
Philibert du Verger, seigneur de Blay, possède un peu plus de 22 ha de terres, principalement à Blay, aux alentours de la maison forte (7.1 ha), et, dans la plaine bordant l’Isère, au Vernay (14.6 ha). A St Thomas, il ne possède qu’une parcelle de 0.5 ha, au lieu-dit « cher Loup ».
Comme nous l’avons vu, la maison forte de Blay est en ruine. Les du Verger n’y résident plus depuis au moins l'incendie qui a ravagé le bâtiment en 1609. Une grange, de taille relativement importante, existe à proximité de la maison forte.
Son frère François, ecclésiastique, dispose de 0.4 ha de bois et de vignes, à coté de la maison forte.
Du coté des du Verger de St Thomas, seul Christophe, chanoine et doyen de Tarentaise depuis 1720 (selon Foras), qualifié sur la mappe de « seigneur de St Thomas », est noté comme possédant des biens sur le territoire : les deux anciens moulins déjà évoqués à St Thomas, un au Gaday, un à la Ville. C’est étrange car le véritable seigneur de St Thomas à cette époque est Charles Philibert, brillant militaire, qui va obtenir le titre de baron de St Thomas en 1739.
Deux autres nobles ont également des biens à Blay ou à St Thomas.
Joseph François Manuel (de Locatel) a également plusieurs propriétés à St Thomas et à Blay, pour un total de 11,8 ha. Il a également 4 ha de terres en indivision avec Jean-François Mercier et ses frères. Joseph François Manuel est un personnage très important. Il a son domicile principal au Château de Costaroche (Château Manuel de Locatel), sous Conflans. Sa fortune est considérable, et la surface totale de ses propriétés terriennes se monte à 350 hectares environ.
Enfin, Constantin de Bongain, de Pallud, possède 4600 m2 de pâturage (parcelle n° 2687) au Condu (l’Econdut). Les De Bongain sont une vieille famille savoyarde, que l'on retrouve à Chambéry, à St Gervais en Faucigny et à Pallud.
On notera également que Claude Paillardet, à feu Claude, de Tours est un important propriétaire, notamment à St Thomas : 8,6 ha en propre + 8,4 ha en indivision avec Guillaume Rochaix + 0.95 ha avec Guillaume Rochaix et Thomasse Rochaix + une parcelle de 3,2 ha aux Douves en indivision avec des Lassiaz, Vernier, Rochaix, Traversier et Roche.
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10.11.2008
Les Sapeurs pompiers
L’incendie est, depuis toujours, un des risques les plus redoutés, à la fois en ville, et dans nos villages. Les 1ères mesures d’organisation contre le risque d’incendie datent de l’Ancien Régime. Les 1ères pompes, d’abord à mains, puis à bras, ont été mises au point dans les années 1650.
En France, le 1er texte relatif à la lutte contre l’incendie est la loi du 16-24 août 1790 (nous sommes alors en pleine Révolution, même si la Royauté n’est pas encore abolie), qui confie à l’autorité municipale « le soin de prévenir par des précautions convenables et celui de faire cesser par la distribution des secours nécessaires les accidents et fléaux calamiteux tels que les incendies … ».
Malgré la bonne volonté affichée, cette loi n’est pas suivie de mesures concrètes. En décembre 1804, le gouvernement fait part, par une circulaire aux Préfets, de son inquiétude face aux désastres causés par les incendies.
Après 1815, l’histoire des Sapeurs Pompiers se complique jusqu’en 1875. D’abord, la Savoie revient dans le giron du royaume de Piémont Sardaigne jusqu’en 1860. Ensuite, en France, la plupart des Corps de pompiers sont intégrés dans les différents Corps de la Garde Nationale, sorte de milice bourgeoise mise en place d’abord à Paris, puis un peu partout dans les 1ers mois de la révolution de 1789 pour maintenir l’ordre. Mais cette Garde Nationale, à la fois populaire et armée, fait peur au pouvoir, si bien que Napoléon III la cantonne dans des rôles subalternes. Son implication dans la Commune de Paris entraîne sa dissolution le 14 mars 1872.
Concernant Esserts-Blay, nous avons retrouvé aux Archives départementales un projet de règlement contre les incendies adopté à l'unanimité du conseil communal le 22 février 1837(le syndic est Thomas LASSIAZ). Les motivations sont claires: "Considérant qu'il n'est que trop prouvé par l'expérience que les fréquents incendies qui (nous) affligent, doivent particulièrement leur cause à l'insouciance des chefs de famille ..." Les préconisations ont pour but d'obliger les habitants à prendre des précautions en vue d'éviter ce fléau que constituent les incendies, avec amende à la clé en cas de non respect: obligation de faire ramoner les cheminées 4 fois par an, de les surélever de 4 pieds au dessus du toit si ce dernier est en chaume, 3 pieds s'il est en ardoises ou en dalles, pas d'entreposement de bois ou autres combustibles dans les galetas et galeries, et autour des maisons à moins de 15 pies de ces dernières, interdiction d'aller chercher du feu ou d'aller dans les granges, écuries, galetas, autrement qu'avec une lanterne bien fermée, ou d'y envoyer un enfant de moins de 10 ans. Il est interdit de tenir les lits dans les chambres à cheminée à moins de 8 pieds du foyer, et d'entourer les lits de meubles qui gênent le balayage, ainsi que d'entreposer du linge autour ou aux environs des lits. Il est désormais interdit de construire une nouvelle bâtisse à moins de 15 pieds d'une ancienne, sauf à prendre des précautions de construction contre le feu, ou d'installer un magasin à charbon à moins de 30 mètres des maisons, granges et autres habitations (il faut également attendre 3 jours francs après que la charbonnière aura été éteinte, avant d'y transporter des charbons). Il est également interdit de dériver les eaux de source et de ruisseau (et autres), ainsi que de faire des feux de joie à moins de 50 toises des bâtiments.
Pour faire respecter ce règlement, un membre du Conseil visitera le village 4 fois par an (début février, septembre, novembre et décembre). Il sera accompagné d'un maçon.
Quatre années plus tard, le du 12 mai 1841, la Commission Spéciale mise en place, au niveau de la commune, pour "écarter les dangers des incendies" rend son rapport. L'article 31 des Lettre Patentes du 11 août 1840 a rendu obligatoire la création de cette commission dans chaque commune. A Esserts-Blay, en 1841, elle est présidée par le Syndic, Bernard PERONNIER et comprend 3 autres membres, Joseph François BLANC, Charles BOCHET et Joseph Innocent PERONNIER. Ces 4 personnes ont visité, les 7 et 8 mai 1841, tous les édifices et maisons des 2 sections du village, puis, avoir avoir comparé leurs notes, ont dressé un recensement exhaustif de "toutes les maisons, fours et cheminées qui ont besoin de réparations". Il est ensuite précisé que "tous les autres édifices de même nature non compris au dépouillement qui suit, (n'exigent) pas actuellement ni prochainement des réparations".
Suivent 56 préconisations détaillées, hameau par hameau, habitation par habitation, édifice par édifice. La quasi totalité des préconisations concernent des cheminées à réparer (boucher les lézardes par exemple), à reconsruire, ou à rehausser. On peut noter qu'au hameau de Chaynay, à St Thomas, chez la veuve de Thomas FERLAY, il faut "enlever les fourrages autour de la cheminée". A la Fouettaz, chez Joseph MERCIER (de feu Joseph), il est impératif "d'interdire le feu à sa cheminée, ainsi qu'à ses consorts les héritiers de Claudine MERCIER". On apprend également que le four du village du Mas doit être détruit car il n'est pas à la distance requise par la loi des maisons de Pierre VELLAT et de Marie PERONNIER.
En 1860, la Savoie (re)devient française.
Plusieurs incendies causent de graves dégâts dans le village à la fin des années 1860 et au début des années 1870: le hameau du Mas est ravagé le 22 janvier 1868 (9 maisons incendiées), un autre incendie est signalé le 8 janvier 1869, le Charanger le 1er septembre 1870, St Thomas les 10 novembre et 10 décembre 1872. Suite à l'incendie du hameau du Mas, le Sous inspecteur des forêts d'Albertville souhaite conditionner l'autorisation à donner à la commune de fournir gratuitement le bois nécessaire à la reconstruction des maisons incendiées, à l'engagement à prendre par les propriétaires de couvrir leurs bâtiments d'ardoises (au lieu de la chaume) et de construire les pignons en maçonnerie. Le Conseil municipal du 10 mai 1868 précise que ceux qui ont les moyens ont effectivement acheté des ardoises, mais ajoute qu'il est impossible d'imposer cette condition à ceux qui n'en ont pas les moyens.
Début 1869, la commune décide d'aller plus loin dans la lutte sontre les incendies, et envisage l'acquisition de pompes, qui seront placés dans les quartiers les plus populeux et les plus exposés. Pour le moment, elle n'en a pas.
Le 25 juillet 1869, le Conseil municipal d'Esserts-Blayapprouve l'achat, à Mr FAUDRAIN, fabricant de pompes à incendie à Albertville, de "3 petites pompes à incendie munies de leurs accessoires et 60 paniers en toile", pour le prix total de 1 296 francs. La commune avait prévu un budget de 1 200 francs. Ne disposant pas de ressources complémentaires, elle sollicite une subvention de 96 francs du Département pour couvrir le déficit. La circulation de ces pompes à incendie dans le village nécessite que certains chemins soient élargis et améliorés (notamment à la Fouettaz). Des corvées sont prévues à cette attention (délibération du 7 février 1869, préalable à l'achat des pompes). Le 2 juillet 1871 est décidé l'aménagement d'un hangar, contigu à la mairie, pour abriter la pompe du chef-lieu (elle était jusqu'alors entreposé chez un particulier, aui a fait part de son souhait de récupérer son local). La pompe est déménagée l'été suivant (juillet 1872). Les 2 autres pompes sont installées à la Poyat et à St Thomas, où 2 hangars sont construits (Conseil municipal du 9 février 1873).
Le régime de Napoléon III s’écroule en 1870.
La grande loi sur les Sapeurs pompiers date du 29 décembre 1875. Elle créé un statut unique du pompier (il y avait jusqu’alors des pompiers municipaux et des gardes nationaux). Leur ministère de tutelle est le Ministère de l’Intérieur (le débat sur leur éventuel rattachement à l’armée est donc clos).
Il est probable qu’un Corps de Sapeurs pompiers existait à Esserts-Blay au milieu du XIXème (la commune acheté, comme on l'a vu, 3 pompes en 1869), mais je n’en ai pas encore trouvé la trace. Il a certainement subi les vicissitudes liées à la dissolution de la Garde Nationale (voir plus haut).
En tous cas, le 19 août 1883,est mis en place le Corps de Sapeurs pompiers d’Esserts-Blay, suite à la délibération du Conseil municipal du ( ?) 1883, et dans le cadre du Décret du 29 décembre 1875 (cité plus haut – c’est le Décret qui (ré)organise les Corps de Sapeurs pompiers en France).
Ce qui nous fait penser que quelque chose existait ou avait existé, c’est que le Capitaine désigné en août 1883, Julien RAVIER GARON, démissionne peu après car atteint par la limite d’âge (50 ans). Il est donc fort probable que Julien RAVIER GARON était ou avait été auparavant le patron des Sapeurs pompiers du village.
L’engagement dans le Corps des Sapeurs pompiers se fait pour 5 ans. La limite d’âge est alors de 50 ans. Le Corps est dirigé par un Capitaine, nommé par Décret du Président de la République.
Les 1ers Capitaines sont :
- Julien RAVIER-GARON (1883 – 1883)
- Désiré AVRILLIER pour 2 mandats : 1884 – 1889 et 1889 – 1894
- Hippolyte RAVIER-GARON, fils de Julien, pour 2 mandats : 1895 – 1900 et 1900 – 1905
La Compagnie est composée de 2 sections principales :
- Celle du Chef-lieu, commandée par un Sous-Lieutenant
- Celle de St Thomas, commandée par un Lieutenant, qui est donc le n° 2 de la Compagnie
Le compte rendu du Conseil d’Administration du 1ernovembre 1897 nous apprend qu’il a 2 sous-sections qui dépendent du Chef-lieu, celle de la Fouettaz et celle de la Combaz.
Le 28 novembre 1895est approuvé, par la Préfecture de Chambéry, le Règlement de la Compagnie des Sapeurs pompiers d'Esserts-Blay. Il se compose de 65 articles (dont certains sont rayés) et est signé par le Maire de la commune, Mr BLANC, et le Capitaine Commandant de la Compagnie, Hippolyte RAVIER-GARON.
Pour lire le réglement de 1895, cliquez ici_-_Reglement_de_1895.doc
La Compagnie se compose de 51 membres, et est commandée par un Capitaine, un Lieutenant (qui dirige la section de St Thomas) et un Sous-Lieutenant (qui dirige celle du Chef-lieu).
Elle compte 6 sergents (dont un sergent major et un sergent fourrier chargé de l’équipement), 8 caporaux, un tambour ou clairon (pour donner l’alerte), et 33 sapeurs pompiers.
La décision d’admettre un nouveau membre est prise par le Conseil d’Administration de la Compagnie, présidé par le Capitaine, et composé d’un sergent et de deux sapeurs élus par leurs pairs..
Pour prétendre être sapeur pompier, il faut avoir entre 21 et 50 ans et jouir d’une bonne moralité. L’article 3 précise qu’il convient de choisir principalement parmi ceux qui exercent dans les métiers du bâtiment (c’est une préoccupation constante au XIXème siècle).
Les officiers (Capitaine, Lieutenant, Sous-Lieutenant) sont nommés « par l’autorité compétente » (Décret du Président de la République à la fin du XIXème).
Les autres gradés sont nommés par le Capitaine, après avis des officiers et du Conseil d’Administration.
Les pompiers sont équipés par la commune : une blouse bleu foncé, une casquette ou képi en drap bleu et ceinturon. L’entretien de cet équipement est à la charge de la commune.
Les devoirs du sapeur pompier sont précisés à l’article 17 :
- prévenir et éteindre les incendies, à sauver les personnes et les objets que renferment les bâtiment incendiés ou menacés par l’incendie.
- maintenir l’ordre dans la commune, s’il est troublé par une cause quelconque.
- assister l’autorité municipale chaque fois qu’elle en aura besoin pour des cérémonies ou des services publics.
Cet article précise que le service est bénévole.
On constate que le maintien de l’ordre fait théoriquement partie des attributions des sapeurs pompiers. C’est un débat récurrent de l’époque. Il faudrait savoir si les pompiers d’Esserts-Blay ont réellement eu à intervenir en maintien de l’ordre. On notera que l’article 56, qui évoque la conduite à tenir si des malfaiteurs sont signalés dans le secteur, est explicitement rayé.
Plusieurs articles sont ensuite consacrés à la procédure à suivre en cas d’incendie, et à la discipline à respecter.
Les devoirs de chaque pompier sont ensuite détaillés selon son grade. L’article 32 précise les qualités dont doit faire preuve un sapeur pompier : abnégation, dévouement, ordre et courage.
La discipline fait l’objet de 12 articles (sanctions, amendes …).
Les derniers articles traitent des services à rendre (Fête nationale, services funèbres…) et des récompenses ; ce dernier point est important puisque le service est bénévole.
On notera enfin que tous les articles qui devraient traiter de la Caisse de secours mutuel sont rayés, ce qui signifie certainement que cette Caisse de secours n’a pas (encore) été mise en place à Esserts-Blay ; c’est aussi un débat de l’époque : le fonction étant bénévole et risquée, comment prendre en charge ou dédommager les sapeurs pompiers blessés dans le cadre de leurs missions, ou les familles de sapeurs pompiers décédés en mission.
La vie de la Cie des Sapeurs pompiers d'Esserts-Blay:
Les 1ers Capitaines: Julien RAVIER GARON (1883-1883) / Désiré AVRILLIER (1884-1894) / Hippolyte RAVIER GARON (1895-1905)
En 1885, le Sergent Jean-Marie RICHARD est nommé (par décret du Président de la République) Lieutenant (donc patron de la section de St Thomas); il remplace Marcellin LASSIAZ.
A l'automne 1894, l'équipe dirigeante de la Compagnie est composée de: Hippolyte RAVIER GARON Capitaine / Joseph TRAVERSIER Lieutenant (St Thomas) / Germain AVRILLIER Sous-Lieutenant (chef lieu). La section du chef-lieu compte alors 38 engagés (pas d'infos sur celle de St Thomas).
En 1900, la Compagnie compte 51 hommes, 34 au chef-lieu, 17 à St Thomas. Le Capitaine est Hippolyte RAVIER GARON, le Lieutenant (St Thomas) est François BOCHET, le Sous-lieutenant (chef-lieu) est Germain AVRILLIER. Le Sergent Major est Paul BLANC, le Sergent Fourrier est Hippolyte MERCIER, les 2 Sergents de la section du chef-lieu sont François VOISIN et Joseph AVRILLIER (à feu Claude). Le Clairon est François PERONNIER, le Tambour Jean Girod.
En juin 1903, Joseph GUEILLAND est nommé Sous-lieutenant (chef-lieu).
En 1905, Alexandre GONTHIER est nommé Capitaine (à la place d'Hippolyte RAVIER GARON); il l'est encore en 1914. Eugène FERLEY est nommé Lieutenant (St Thomas). Joseph GUEILLAND est confirmé comme Sous-lieutenant (chef-lieu); il l'est encore en 1914.
En 1909, Charles DALES est nommé Lieutenant (St Thomas), en remplacement de Eugène FERLEY.
En 1914, la Compagnie compte toujours 51 membres, 34 au chef lieu et 17 à St Thomas. Les officiers sont: Capitaine Alexandre GONTHIER / Lieutenant Charles DALES / Sous-lieutenant Joseph GUEILLAND. Au chef lieu, le Sergent Major est François VOISIN, le Sergent Fourrier Marcellin MERCIER, les deux autres Sergents sont Jean Marie MERCIER et Hippolyte BLANC. La section du chef lieu compte également 5 Caporaux et 23 Sapeurs pompiers. A St Thomas, on compte 2 Sergents (Alexis ROCHE et Désiré DALES), 2 Caporaux et 12 Sapeurs pompiers.
En 1920, nouveau Capitaine: Joseph DODET, et nouveau Sous-Lieutenant (chef lieu): Augsute ROSSAT GUEILLAND. Le lieutenant, patron de la section de St Thomas, est toujours Charles DALES. Ce dernier est remplacé en mai 1926 par François LASSIAZ (du Fay).
En 1933 est nommé un nouveau Capitaine: Joseph BOCHET. En 1935, Auguste ROSSAT GUEILLAND démissionne de son poste de Sous-lieutenant, et est remplacé par Joseph TEILLIER.
L'effectif de la Compagnie en 1941-1942 (52 membres):
Capitaine: Joseph BOCHET (depuis 1933).
Section du chef-lieu (34 membres y compris le Capitaine): Joseph TEILLIER est toujours Sous-lieutenant (depuis 1935). Les 4 Sergents sont: Claude LASSIAZ (Sergent Major), René AVRILLIER (Sergent Fourrier), Francis AVRILLIER et Joseph BATTENDIER. Il y a 3 caporaux et 23 Sapeurs pompiers. Le Clairon est Gaston PERONNIER, le Tambour Fernand MERCIER.
Section de St Thomas (18 membres): le Lieutenant est toujours François LASSIAZ (depuis 1926). Les Sergents sont François BOCHET et Alexis VERNIER.
Après la guerre, en février 1946, Claudius LASSIAZ est nommé Capitaine. François LASSIAZ est confirmé Lieutenant (St Thomas) en mars 1947, en même temps que Marcel BUSILLIET est nommé Sous-lieutenant (chef lieu).
Le 10 février 1952, l’AG de la Compagnie (Claude LASSIAZ est Capitaine) décide de mettre en place une commission spécialisée chargée d’assurer l’installation, la mise en marche et la surveillance de la moto-pompe.
Le 28 février 1954, Gilbert TRAVERSIER est élu Lieutenant, en remplacement de François LASSIAZ (vote à bulletin secret du Conseil d'Administration de la Compagnie).
En 1953, un Décret ministériel porte sur la diminution du nombre d'officiers dans les compagnies de sapeurs pompiers. Ce Décret est mis en application à Esserts-Blay à la fin de 1954 (réunion du 5 décembre 1954): sur proposition du Commandant du Bataillon des Sapeurs pompiers de la Savoie (le Cdt FORESTIER), Gilbert TRAVERSIER, proposé au poste de Lieutenant (il a été élu à ce poste le 28 février de cette même année) est nommé Adjudant Chef de la section de la section de St Thomas.
A compter de 1955, la section de St Thomas est désormais commandée par un Adjudant Chef, et non plus par un Lieutenant. Celle du chef-lieu est encore dirigée, pour encore 3 ans, par un Capitaine, Claudius LASSIAZ (qui dirige la Compagnie dans son ensemble) et par un Sous-lieutenant (Marcel BUSILLIET).
En 1958, le Capitaine (Claudius LASSIAZ) et le Sous lieutenant (Marcel BUSILLIET) démissionnent. La Compagnie est dès lors dirigée (jusqu'à fin 1969) par le Sous-lieutenant Robert DENCHE. Le poste de Capitaine est supprimé. Le 2ème dans la hiérarchie est l'Adjudant Chef Gilbert TRAVERSIER, patron de la section de St Thomas.
La section de St Thomas est évoquée jusqu'en 1964, mais plus après cette date. Elle compte alors 12 membres, celle du chef-lieu 19 (soit 31 membres pourla Compagnie).
L'effectif de la Compagnie baisse au fil des ans: 28 membres de 1965 à 1967, 27 en 1968, 21 en 1970, 22 en 1975 (moyenne d'âge: 44 ans), 18 en 1980, 17 en 1982, puis 12 en 1987.
Robert DENCHE reste en poste, comme Sous lieutenant de la Compagnie, jusqu'au 14 décembre 1969. Il est alors remplacé par Charles FERLAY. L'Adjudant Chef Gilbert TRAVERSIER (St Thomas) reste en fonction jusqu'à son décès en 1978, et n'est pas remplacé comme Adjudant Chef.
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22.09.2008
Les Maires d'Esserts-Blay
Ce n’est qu’à partir de 1792 qu’on parle, en Savoie, de Maire et de Municipalité. Jusqu’alors, il était question de Syndic et de Communauté (villageoise ou urbaine). Les notions de Syndic puis de Maire, et de Communauté, Commune et Municipalité sont liées.
La notion de communauté villageoise s’est développée au moyen age, d’une double nécessité :
- gérer de façon à la fois collective les biens communs, essentiellement les forets et les pâturages de montagne ; en Tarentaise, ces biens communs représentent 70 % de la surface du sol, ils sont une importance économique cruciale en montagne.
- défendre les intérêts collectifs des habitants, obtenir de nouveaux droits, face, d’abord face au seigneur local, puis face aux officiers comtaux puis ducaux.
Parallèlement s’est développée en ville la notion de communauté urbaine.
La communauté villageoise est composée de « communiers ». Ces communiers sont d’abord les copropriétaires indivis des biens communaux. Ils habitent la commune. En règle général, on est communier de père en fils. On peut aussi, plus rarement, le devenir après avoir été agréé et s’être acquitté du droit de communage. La communauté ne regroupe donc pas tous les chefs de famille du village, seuls en font partie les copropriétaires des biens communaux.
Au fil du temps, les communautés villageoises se sont organisées. Les décisions sont prises en Assemblée Générale, qui se réunit une à deux fois par an, soit à l’Eglise ou devant l’Eglise, soit sur la place du village. La présence de tous les communiers est quasiment obligatoire. Le Châtelain, (selon le cas, le seigneur lui-même, ou son représentant habitant le château local – au fil du temps, le châtelain est le représentant local du Duc de Savoie), est également présent. L’Assemblée Générale élit un ou plusieurs Syndics (c’est un poste difficile qui ne se refuse pas), selon l’importance de la commune, qui préparer les décisions à faire ratifier en AG et assure l’exécution des décisions prises par l’AG, et représente la commune vis à vis de l’extérieur.
Le Syndic est donc l’ancêtre du Maire.
Au XVIème siècle, le Duc Emmanuel Philibert réforme l’administration du Duché et fait de la communauté d’habitants l’unité fiscale de base. Le tache de Syndic devient un travail à temps plein. Il doit s’occuper de percevoir les tailles, des affaires militaires, de gérer les biens communs, de faire entretenir les bâtiments publics, et aussi défendre les droits et privilèges de la commune face à l’extérieur, et notamment face aux autres communes voisines.
Les communes de Tarentaise sont en général relativement riches avec souvent des moulins, des pressoirs, des fours etc … qui sont utilisés par les communiers. Elles peuvent acenser (location longue durée) une partie des communaux. Tout cela permet de limiter la pression fiscale sur les communiers.
La fin du Moyen Age est marqué par le renforcement du pouvoir central, sous l’impulsion des Rois Victor Amédée II (1680- 1730) et Charles-Emmanuel III (1730 – 1773). En 1738, le Roi Charles-Emmanuel fait appliquer une importante Réforme municipale (Edit du 15 septembre 1738), qui se traduit par la mise en sommeil de l’AG des communiers. C’est la fin de la communauté héritée du Moyen Age. Avec cette réforme, la commune devient le rouage essentiel de l’administration , elle exécute les ordres de l’Intendant de la Province dont elle dépend (l’Intendant est nommé par le Roi).
Les pouvoirs de l'ancienne Assemblée Générale des communiers passent théoriquement à un Conseil de 3 à 7 membres, qui se recrutent par cooptation « parmi les plus aisés, plus capables, et plus en état de servir la Communauté ». Le Conseil est présidé par un Syndic, renouvelé chaque année.
Mais le vrai pouvoir est aux mains du Secrétaire, chargé des tâches administratives. Le Secrétaire est un Notaire, désigné par les Conseillers sous réserve de l’accord de l’Intendant de la Province, qui décerne les patentes. C’est lui le véritable homme orchestre, pratiquement seul intermédiaire entre la commune et le pouvoir quasi universel de l’Intendant. Ses principales missions : publier les édits, veiller au cadastre, établir le rôle de la taille et de l’impôt sur le sel, contrôler la gestion des biens collectifs et l’entretien des ponts et chemins.
En général, un Secrétaire administre plusieurs communes voisines, de 2 à 7, souvent 4 ou 5, ce qui est à la fois une source de revenus et aussi de notoriété qui permet de drainer vers son étude notariale quantité d’actes et contrats divers. L’Intendant de la Province (qui correspond en gros au Préfet actuel, avec des pouvoirs beaucoup plus importants), souvent peu au fait des affaires locales, ne contrôle pas vraiment les nominations de Secrétaires, et s’en remet à l’influence des dynasties notariales. Ces dynasties notariales accaparent les postes, et en arrivent souvent à considérer ces charges comme un bien transmissible. Il est rare qu’un Secrétaire soit désavoué ou révoqué par l’Intendant. Le pouvoir du Secrétaire est encore plus absolu s’il déteint en plus la charge de châtelain, donc le pouvoir de justice judiciaire. Et c’est souvent le cas. Ce cumul est même encouragé par les Intendants afin d’éviter des heurts qui peuvent se produire si ces 2 charges sont exercés par des personnes en désaccord l’une avec l’autre.
Au cours de l’automne 1792, la Savoie devient le 84ème département français sous le nom de « Département du Mt Blanc ». Elle adopte les nouvelles lois et institutions françaises, issues de la Révolution de 1789. C’est à ce moment qu’apparaissent officiellement la municipalité (en lieu et place de la communauté), et le Maire (en lieu et place du Syndic).
Le Maire est désormais élu (et non plus nommé) au suffrage direct, pour 2 ans renouvelables, par les citoyens actifs de la commune, ceux acquittant une contribution au moins égale à 10 journées de travail.
Le rapprochement définitif de Blay et de St Thomas date du 27 décembre 1794 (jusqu'alors, Blay avait rattaché le plus souvent, mais pas tout le temps,à St Thomas. Mais Blay a aussi pu être, en 1793 et/ou en 1794, soit une commune autonome, soit liée à St Paul).
Les maires de la période 1792 - 1800:
- François LASSIAZ, Maire de St Thomas des Esserts suite aux élections du 24 mars 1793, renouvelé Maire de la commune de St Thomas et Blay après le rattachement de Blay à St Thomas du 27 décembre 1794
- Jacques FONTAINE, "Maire" de la "municipalité provisoire de Blay" entre mars 1793 et décembre 1794 (se reporter au chapitre 15 sur la période 1792 - 1815), puis Officier municipal de la nouvelle commune de St Thomas et Blay à partir de décembre 1794
- Joseph GIROD après l'élection du 18 janvier 1795, probablement jusqu'en 1800.
La Constitution napoléonienne de l’an VIII (février 1800) marque un tournant et affirme clairement la principe de la centralisation du pouvoir. Les Maires ne sont plus élus, mais nommés, soit par le gouvernement pour les communes de plus de 5000 habitants, soit par le Préfet (lui-même nommé par le gouvernement) pour les communes de taille plus petite.
Les Maires d’Esserts-Blay de la période sont :
1800 - 1804: Joseph BOCHET (Secrétaire: Charles FONTAINE, de Conflans)
1804: Jean BLANC (à partir du 6 octobre 1804, suite au décès de Joseph BOCHET)
1808 - 1809 : Jean BLANC
1809 – 1813 : Joseph TRAVERSIER
1813 – 1815 : Martin REY
Suite aux défaites de Napoléon (1814, puis 1815), la Savoie revient dans le giron du Royaume de Piémont Sardaigne. Le Roi décide un retour pur et simple aux institutions d’avant 1792.
Sur le plan communal, le Roi Victor Emmanuel rétablit, dès le 26 octobre 1814, l’organisation administratives des communes qui existait avant 1792. On revient à l’Edit du 15 septembre 1738, complété par les Lettres Patentes du 6 juin 1775. L’Edit de 1738 prévoit que les chefs de famille « les plus forts en cadastre et plus apparents du lieu » nomment le syndic et 6 – 4 ou 2 conseillers selon l’importance de la commune.
Le Syndic est nommé pour 1 an. Comme avant 1792, le vrai homme fort, c’est le Secrétaire, obligatoirement Notaire, nommé par l’Intendant (le Conseil lui propose 3 noms) , et qui peut exercer ses fonctions sur 6 communes au maximum. On notera que Etienne François Isidore REYMOND, notaire royal, domicilié à Conflans, est resté secrétaire de notre commune pendant au moins une vingtaine d'année, depuis au moins 1821 jusqu'en 1839 au moins.
L’Edit royal du 31 décembre 1815 vise à rehausser la position du Syndic (par rapport au Secrétaire), et aussi à en faire un instrument du pouvoir. Le Syndic est désormais nommé pour 2 ans, soit par l'Intendant (dans les communes de moins de 3000 habitants), soit par le Roi (dans les communes plus importantes). Le Syndic peut voir sa fonction prolongée au-delà des 2 ans, mais uniquement sur décision du Roi.
Les Edits de février 1819 et surtout du 20 mars 1826 marquent l’affirmation du pouvoir central sur la vie des communes : le Conseil communal perd toute compétence en matière budgétaire, le budget étant désormais fait par le Ministère de l’Intérieur. En contrepartie, le syndic est nommé pour 3 ans.
Les syndics de la période:
- Nicolas GUEILLAND est Syndic de 1816 au début de 1821 (Secrétaire: Etienne François Isidore REYMOND, notaire royal)
- Joseph AVRILLIER, à feu Joseph, est nommé Syndic le le 30 janvier 1821, pour les années 1821 et 1822 (nomination par l'Intendant de la province, approuvé par le Ministre de l'Intérieur) (Secrétaire: toujours E.F.I. REYMOND). Il l'est jusqu'à fin 1824.
- Louis Martin FONTAINE TRANCHANT lui succède en 1825, pour 1825 et 1826 (Secrétaire: toujours E.F.I REYMOND)
- Jean Baptiste BOCHET, de St Thomas 1827 - 1828 - 1829 - 1830 (le Secrétaire est toujours le même)
- Joseph LASSIAZ est Syndic en 1831 et 1832 (toujours le même secrétaire)
- Thomas LASSIAZ est Syndic en 1833 - 1834 (il l'est encore fin janvier 1835). Le secrétaire reste Etienne REYMOND. Un secrétaire adjoint est installé en la personne de Joseph Marie Vincent REYMOND, géomètre à Conflans (délibération du conseil communal du 12 janvier 1834) - vérifier s'il est de la famille du secrétaire, Etienne REYMOND, puisque tous les deux sont de Conflans.
- Joseph AVRILLIER est syndic à partir de mars 1835 jusqu'en janvier 1837 (toujours le même secrétaire)
- Thomas LASSIAZ est Syndic à partir de février 1837 jusqu'à au moins avril 1839 (REYMOND toujours Secrétaire communal)

1842 marque l’année de la grande réforme de l’administration communale. Les communes sont réparties en 3 classes selon leur nombre d’habitants :
- plus de 10 000 habitants
- de 3 000 à 10 000
- moins de 3 000 habitants.
Le Conseil se réunit au complet lors des réunions. Entre les réunions, un Conseil de créance, comportant 1/10ème des membres de Conseil, remplace le Conseil pour faire avancer les dossiers. Les habitants les plus imposés représentent obligatoirement les 3/5 des conseillers. Le reste des conseillers est pris parmi les professions dont on peut penser qu’elles permettent de vivre confortablement (maître d’école, pharmacien etc …). Enfin, les non propriétaires doivent représenter 1/20ème des conseillers.
Le Syndic est choisi par le Roi pour une durée de 5 ans, renouvelable. Les Vice Syndics sont nommés pour 1 an , par l’Intendant Général. Le Conseil communal vote le budget (donc les impôts communaux) et nomme les maîtres et maîtresses d’école, chapelains, médecins, chirurgiens, et sages-femmes.
Quelques infos sur les Syndics de cette période:
- Bernard PERONNIER est Syndic de 1840 à 1844 inclus (rapport sur les risques d'incendie)
- Thomas LASSIAZ est nommé Syndic pour les années 1846 - 1847 - 1848
- Martin REY, fils de Claude (qui sera de nouveau Maire de 1866 à 1871) est Syndic en 1849 - 1850 - 1851 - 1852 - 1853 - 1854
- Sébastien BLANC, fils de Jean, est syndic de 1855 à 1859
- Martin REY est syndic au début de 1860
En 1860, la Savoie est rattachée à la France de l’Empereur Napoléon III, et adopte rapidement les institutions françaises.
Sur le plan des institutions locales, la Constitution française en cours (elle date de 1852) est très autoritaire et centralisatrice. Les conseillers municipaux sont certes élus au suffrage universel. Mais les maires sont nommés par le pouvoir central (le Chef de l’Etat pour les villes de plus de 3000 habitants, le Préfet pour les autres), et peuvent être choisis en dehors du Conseil Municipal.
Dans les années 1860, un mouvement de décentralisation s’amorce lentement. Les lois de 1866 et 1867 permettent aux Conseils Municipaux de statuer définitivement sur un grand nombre d’affaires.
Les Maires d’Esserts-Blay de la période sont :
1861 – 1865 : Alexandre LASSIAZ
1865 – 1871 : Martin REY (petit fils de Martin REY, Maire entre 1813 et 1815), François BOCHET Adjoint spécial pour St Thomas.
A la chute de l’Empire, la loi du 14 avril 1871 rétablit provisoirement l’élection, dans les communes de moins de 20 000 habitants, du Maire par le Conseil Municipal (il reste nommé pour les villes de plus de 20 000 habitants). A l’époque, la question fait débat parmi les gouvernants : un Maire élu, c’est le risque qu’il échappe à la tutelle de l’Etat.
La grande loi municipale date du 28 mars 1884. Le Maire est définitivement élu par le Conseil Municipal. Dans les villes, il est la tête de liste aux élections.
La fonction de Maire prend du temps et n’est toujours pas indemnisée. Elle est donc plutôt réservé à des personnes, d’une part instruite, d’autre part riche et ayant du temps.
Ce n’est qu’en 1992, par la loi du 3 février, qu’un véritable statut de l’élu est mis en place, avec par exemple l’obligation faite aux employeurs d’accepter les absences répétées de leurs salariés ayant des fonctions municipales, et l’instauration d’un système de retraite et de sécurité sociale pour les Maires à plein temps.
Aujourd’hui, le Conseil Municipal est élu au suffrage universel pour une durée de 6 ans. Dans les communes de moins de 3500 habitants, les conseillers sont élus au scrutin majoritaire. Au 1er tour, la majorité absolue est nécessaire, ainsi que le quart des électeurs inscrits. Au second tour, la majorité relative suffit. Les suffrages sont comptés individuellement (et non au niveau de la liste). La panachage est possible. Dans les communes de moins de 2500 habitants comme Esserts-Blay, les candidatures uniques ou les listes incomplètes sont possibles.
Le Maire et les Adjoints sont ensuite élus par la majorité du Conseil Municipal.
Les principales attributions du Maire sont les suivantes :
- Il préside le Conseil Municipal et exécute les décisions de ce dernier, administre les propriétés de la commune, en gère les revenus, propose un budget, …
- Il est officier d’état civil, et, à ce titre, célèbre les mariages
- Il a compétence pour gérer, par arretés municipaux, les questions de circulation, de stationnement, de baignade, naivigation …
- Il est Officier de Police Judiciaire (ses Adjoints le sont aussi) et peut s’en servir pour assurer, dans sa commune, le bon ordre, la tranquilité, la sécurité et la salubrité publique
- Il est responsable de la police municipale et des gardes champetres
Le Maire exerce ses pouvoirs sous un double contrôle :
- celui du Préfet est prépondérant jusqu’à la Vème République
- celui du Conseil Municipal le devient sous la Vème République
Les Maires d’Esserts-Blay sous les IIIème, IVème et Vème Républiques :
1871 - 1880 : Sébastien BLANC (Marie LASSIAZ, Adjoint spécial de St Thomas)
1880 – 1892 : Jean GIROD
1892 – 1900 : Jean BLANC (Marie François LASSIAZ, Adjoint spécial pour la section de St Thomas)
1900 – 1908 : Jean-Marie BLANC
1908 – 1920 : Hippolyte MERCIER
1920 – 1925 : Alexandre MERCIER
1925 – 1935 : Joseph VARCIN
1935 – 1944 : Daniel DODET
1944 – 1954: Pierre Elie LASSIAZ
1954 – 1959: René BATTENDIER
1959 – 1983 : Fernand PERONNIER
1983 – 1985 : Yvette COLLOMBIER
1985 – 1989 : Henri LANU
1989 – 1995 : Jean-Louis MOREAU
1995 – 2001 : Chantal MERCIER
Depuis 2001 : James DENCHE
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10.12.2007
La Savoie française 1792 - 1815
J’ai décidé de présenter d’abord les principaux évènements, nationaux ou régionaux, à connaître pour comprendre la période, et ensuite ce que j’ai pu recueillir sur Blay et St Thomas, ou Esserts-Blay (c'est le chapître suivant).
Les principaux évènements de la période révolutionnaire et napoléonienne :
Le 22 septembre 1792, au lendemain de l’abolition de la Royauté en France, le Général Montesquiou, chef de l’Armée française du Midi, pénètre dans le Duché, accompagné de la Légion Allobroge, ce qui donne à cette invasion une apparence de guerre de libération. Il ne rencontre absolument aucune résistance, les 12 000 soldats piémontais s’enfuyant en grand désordre.
Les 29 et 30 septembre 1792, les troupes françaises arrivent à Conflans, puis s’installent à Moutiers. Moutiers va devenir un lieu de casernement important, puisque, au fil du temps, 1000 hommes y logeront.
Pour les élites agissantes savoyardes, la cause est entendue : la Savoie doit s’unir à la France. Mais, en France, la Convention est réticente. La question de l’annexion de la Savoie fait débat. En tous cas, il ne faut pas que l’annexion de la Savoie par la France apparaisse comme une conquête. Il est donc impératif que les Savoyards demandent en masse leur union à la France. C’est dans ce contexte qu’est organisée la consultation des communautés.
En Tarentaise, les communautés sont consultées le 14 octobre 1792 : dans chaque commune, tous les hommes de plus de 21 ans éliront 1 député et 2 suppléants. Les élus sont convoqués le 21 octobre à Chambéry. La jeune Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité prend les choses en main et mène campagne pour l’annexion. Elle envoie 27 commissaires dans les Provinces pour organiser les élections. On ne retrouve d’ailleurs aucune trace d’un parti indépendantiste.
La Tarentaise compte alors 62 communautés et 36800 habitants. Les 3 bourgades les plus importantes sont Moutiers, St Martin de Belleville et Bourg St Maurice, qui comptent presque 2000 habitants chacune. Les nobles sont peu nombreux (23 en 1703). L’antagonisme entre les paysans et les notables, rentiers, propriétaires etc. … est beaucoup plus important que celui entre noble et non nobles. Les ruraux enrichis ont racheté des droits et servis aux nobles et les exploitent sans faiblesse.
Les communaux (surtout forets et pâturages) représentent 70 % des terres en Tarentaise et attisent les convoitises des nouveaux enrichis et donc les conflits avec les communautés villageoises. Néanmoins, la Tarentaise n'a pas connu de réels troubles prérévolutionnaires.
Le 10 octobre 1792, la commune de Moutiers délibère la 1ère et se prononce pour l’intégration à la France.
Les commissaires de la Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité convoquent les secrétaires des autres communautés et les chargent d’organiser la consultation dans cheque communauté. Ce sont les AG traditionnelles des communiers (qui ne se réunissaient plus depuis la réforme communale de 1738) qui vont se réunir en assemblées primaires (les non communiers, c’est non propriétaires dans la commune, qui représentent en moyenne 40 %sont donc exclus de la consultation, ainsi, bien entendu que les femmes). Ces AG sont convoquées de façon tout à fait traditionnelle : le Secrétaire (ou l’homme de loi commis si le secrétaire n’est pas venu à la convocation de Moutiers) réunit le Conseil, l’informe de la situation, lui lit les textes officiels. Puis le Conseil affiche les textes sur les portes de l’Eglise, et convoque l’AG des communiers. Le Secrétaire de la communauté dirige l’AG. Il lit le manifeste des commissaires, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui y est annexée, et le procès-verbal de la délibération de la Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité de Chambéry. Il invite ensuite les communiers à se prononcer sur le mode de gouvernement qu’ils souhaitent voir adopter, et à élire un député et 2 suppléants pour aller porter leurs veux à Chambéry le 21 octobre.
Le 21 octobre 1792, les 648 (ou 655 ?) députés se réunissent à Chambéry pour constituer l’Assemblée des Communes de Savoie, qui se proclame rapidement Assemblée Nationale Souveraine des Allobroges. Cette Assemblée prononce d’abord la déchéance du Roi et de sa postérité, l’abolition des privilèges, des droits féodaux, des dîmes et des gabelles, puis demande son rattachement à la France. Seules 3 communes se prononcent pour l’indépendance de la Savoie.
Le 27 novembre 1792, la Convention Nationale accepte, après réflexion, la réunion de la Savoie à la France (« la Savoie formera provisoirement un 84ème département, sous le nom de département du Mt Blanc »). Le département du Mt Blanc sera représenté par 10 députés. On notera d’ailleurs que la Savoie sera rattachée "définitivement" à la France par le Traité de Paris du 5 mai 1796, par lequel Victor Amédée III cède Nice et la Savoie à la France.
Le 14 décembre 1792, les 4 commissaires français chargés de l’administration du nouveau département du Mt Blanc arrivent en Savoie. Ils jouissent de pouvoirs quasi-illimités. Leurs 1ères décisions sont les suivantes :
Chambéry est le chef lieu du département (malgré l’âpre rivalité avec Annecy, à qui sera concédé, en contrepartie, l'Evéché du département)
La Savoie est divisée en 7 districts (proclamation du 29 janvier 1793) correspondant aux anciennes provinces : Chambéry – Annecy – Thonon – Carouge – Cluses – Moutiers – St Jean de Mne, 83 cantons (la notion de canton est nouvelle en Savoie), et 652 communes.
Le district de Moutiers, 49 315 habitants selon le dernier recensement de 1783, va de Conflans à la Haute Tarentaise et comprend aussi le Beaufortain. Les 10 chefs-lieux de canton sont : Moutiers – Conflans – Beaufort – Feissons sous Briançon – St Jean de Belleville – Bozel – Bellentre – Aime – Bourg St Maurice – Ste Foy. Les communautés deviennent des municipalités.
La question religieuse, pourtant sensible en Savoie, n’est pas abordée, du moins jusqu’au 8 février 1793. Durant l’automne 1792, les Savoyards se bercent d’illusions : la Savoie peut devenir française tout en bénéficiant, comme elle le souhaite, d’un statut particulier sur le plan religieux. Rappelons que les Savoyards ont été appelés à s’exprimer sur leur avenir (notamment le rattachement à la France) lors des Assemblées primaires d’octobre 1792, qui se sont tenues dans chaque commune. De nombreuses Assemblées ont émis une réserve importante : le maintien en l’état de la religion catholique (chose curieuse : aucune réserve de ce type dans les Assemblées de Tarentaise, de Maurienne, de Savoie et de carouge, signe probable qu’il y a eu trucage). En effet, les populations sont très attachées au catholicisme et au clergé séculier. L’autorité et le rayonnement des curés et vicaires de paroisse sont très importants. Mais ces réserves ont manifestement été cachées, à la fois pendant l’Assemblée Nationale des Allobroges et également quand les députés savoyards sont venus à Paris demander le rattachement à la France à la Convention. Donc la Convention a accepté le rattachement de la Savoie à la France sans que la question du particularisme religieux savoyard n’ait été évoquée officiellement.
D’autre part, jusqu’en janvier 1793, les révolutionnaires savoyards s’efforcent de rassurer le clergé et les campagnes : on ne touchera pas à la religion catholique.
Et enfin, le clergé savoyard reste étonnement passif devant les évènements de l’automne 1792. Pourtant, aucun prêtre savoyard ne peut ignorer ce qu’il s’est passé en France, surtout que les évêques et prêtres français réfractaires sont nombreux à s’être exilés temporairement en Savoie. L'Evêque de St Jean de Maurienne part pour Turin dès le 24 septembre. Mais l’Archevêque de Moutiers et l’Evêque de Chambéry restent en place et tentent de s’accommoder avec le nouveau pouvoir. L’Evêque de Chambéry prononce même un discours presque d’allégeance au nouveau pouvoir devant l’Assemblée des Allobroges. L’Archevêque de Moutiers, Mgr Joseph de Monfalcon du Cengle, est encore plus conciliant puisqu’il envoie une lettre (11 novembre 1792) à la Commission provisoire afin de montrer son parfait loyalisme. Une bonne partie du clergé, qui a pourtant pris de plein fouet le décret du 27 octobre sur les biens du Clergé, semble espérer que la Constitution civile du Clergé ne sera pas appliquée en Savoie.
Le 8 février 1793, les 4 Commissaires de la Convention signent une proclamation qui introduit dans le Département du Mont Blanc la Constitution civile du Clergé et l’obligation du serment (de "maintenir la liberté, l’égalité et de mourir en les défendant") des prêtres dans un délai de 8 jours (ces réformes ont été réalisées en France en 1790 et 1791). Les prêtres qui refusent le serment sont considérés comme démissionnaire et n’ont d’autre issue que l’exil ou la déportation (art 25 – 26 -27).
C’est la consternation et la fin des dernières illusions du clergé et des fidèles. Le mécontentement est énorme (alors qu’on peut penser que le décret du 8 février n’est que la suite logique des évènements de l’automne 1792). Quelque chose de profond s’est cassé entre la Révolution et les savoyards, surtout dans les campagnes.
Beaucoup de curés hésitent : prêter serment est un acte grave, mais s’exiler, c’est abandonner. Le concept de prêtre-citoyen plait à certains ; d’autres se disent que des opportunités vont se présenter en restant ; d’autres ont des contraintes personnelles qui les empêchent de partir. Plusieurs prêtres, parfois sur recommandation de leur supérieur, prêtent serment, mais avec des restrictions ; c’est en principe interdit, mais cela permet parfois de gagner du temps, voire même de piéger certains curés qui se retrouvent ainsi parmi les jureurs. Toujours est il que la protestation est énorme, dans les villes et dans les campagnes.
Cette protestation s’exprime lors des assemblées primaires du 11 février 1793, qui doivent choisir les électeurs qui éliront les 10 députés qui représenteront le Département à la Convention ; 7 des 10 députés élus ne sont pas soutenus par les commissaires. Les Commissaires de la Convention n’y voient que complot et manipulation, sans vouloir comprendre que la protestation touche vraiment au cœur des savoyards.
Même si c’est difficile de faire des statistiques, on estime entre ¼ et 1/3 des ecclésiastiques de Savoie jurent, avec ou sans restrictions. Si on compare avec les départements français voisins (il est vrai français depuis plus longtemps), la proportion de jureurs est faible ; elle se rapproche de celles des départements qui forment la France du refus (ex : Vendée). C’est à Chambéry et en Tarentaise qu’on jure le plus (60 % et même 70 % dans le clergé paroissial). Le diocèse d’Annecy est très majoritairement réfractaire (85 à 90 %), de même que la Maurienne.
En Tarentaise, contrairement à la Maurienne, la proportion de jureurs est importante, puisqu’on estime que 2/3 du clergé prête serment. En 1792 il y a 224 prêtres en exercice. 128 sur les 145 dont la trace a été retrouvée ont prêté serment, 57 des 66 curés et 33 vicaires sur 34. Sans doute de nombreux curés pensent ils que l’orage va passer ou que les Piémontais vont revenir; ainsi ne veulent ils pas abandonner leur paroisse. Il y a sans doute eu beaucoup de restrictions, au moins orales. Et l’attitude, perçue comme ambiguë, de l’Archevêque a certainement encourager des prêtres prêtent serment. D'autant le chanoine Jean Vincent Merme, qui a été professeur au Collège Royal pendant 42 ans, et a donc forme une centaine de prêtres, est favorable aux idées nouvelles ; on peut penser qu’il a entraîné de nombreux serments.
Face à la protestation, les Commissaires hésitent entre l’apaisement pour convaincre, et la répression. Ils se décident finalement pour la répression.
Le 1er mars 1793, l’Archevêque de Tarentaise émigre pour Turin. Il est l’un des derniers à partir, ayant cru pendant plusieurs mois qu’un arrangement avec le nouveau régime était possible. On notera que ce dernier donne avant de partir des instructions ambiguës : il exhorte les prêtres de son diocèse à refuser le serment, mais aussi à tenir ferme à leur poste tant qu’ils le pourraient.
Le 6 mars 1793 a lieu l’élection de l’Evêque du nouveau diocèse du Mt Blanc. François Thérèse PANISSET, curé de St Pierre d’Albigny, homme réputé droit et pieux, est élu avec 56% des suffrages exprimés, ce qui est correct, sans plus.
Les prêtres réfractaires s’exilent, le plus souvent à Turin ou dans le Piémont. Dans les régions massivement réfractaires (Genève et Maurienne), le refus de la messe faite par le clergé jureur (ou « intrus ») est immédiat.
Dans les régions « jureuses » (Chambéry, Belley et Tarentaise), les paroissiens, au moins dans les 1ères semaines, continuent à aller régulièrement à la messe. Mais, assez rapidement, la confiance n’est plus de mise. De plus, l’Eglise romaine donne l’ordre aux prêtes qui ont prêté serment de se rétracter faute de quoi leurs pouvoirs spirituels sont fortement diminués. C’est le cas de l’Archevêque de Moutiers, depuis son exil de Turin, le 28 avril 1793. Des prêtres se rétractent et doivent fuir ou se cacher.
Le service pastoral est en forte baisse, et deviendra inexistant à partir de l’arrivée du Représentant Albitte en février1794, qui, lui, veut déchristianiser complètement la Savoie.
Le 22 février 1793, la Convention décide la réquisition de 300 000 hommes. La Savoie se doit d’y participer. En principe, le principe du volontariat est conservé (c’est un honneur et un devoir de défendre la Patrie). Dans les faits, la désignation est imposée. Comme un peu partout en France, les réquisitions donnent des résultats assez corrects dans les villes, au moins dans les 1ers mois. Mais, dans les campagnes, on assiste à des mouvements de masse, soit de réfractaires (qui bénéficient du soutien de la population), soit de déserteurs (on s’en méfie un peu plus).
De juin 1793 à juillet 1794, c'est, en France, 1ère Terreur, avec le Comité de Salut Public, dirigé par Robespierre, chargé de faire triompher la Révolution à tout prix. En Savoie, cette terreur, réelle mais néanmoins moins violente que dans le reste de la France, est incarnée par Albitte, envoyé par la Convention comme Représentant dans le département du Mt Blanc du 28 février 1794 au 21août 1794. C’est un doctrinaire, pour qui la Raison est le véritable Etre suprême, mais qui ne va jusqu’à user de la guillotine. Pour lui, l’Eglise constitutionnelle est périmée, il faut déchristianiser complètement le département. Toute religion est pure invention, le seul culte qui compte, c’est celui de la raison.
Le Clergé constitutionnel se trouve décrédibilisé. Le culte catholique, même constitutionnel, cesse pratiquement. Albitte exige des prêtres un serment d’apostasie. Les prêtres (rappel : ceux qui restent encore ont prêté le serment Liberté – Egalité) fuient, ou sont emprisonnés, voire déportés. Les clochers des églises sont abattus, les églises sont dévastées. La messe est proscrite, la vie pastorale s’arrête brusquement.
Durant l’été 1793, les Sardes, aidées par l’Autriche, contre-attaquent, en Tarentaise, en Maurienne, et dans la vallée de l’Arve. Le Duc de Montferrat attaque la Tarentaise. Il est à Bourg St Maurice le 16 août, à Moutiers le 23, où il réinstalle l’Archevêque. Il pousse même jusqu’à La Roche - Cevins, où il installe son Quartier Général, mais ne va pas plus loin.
Dans un 1er temps, le Général français DUBOURG, à l’Hôpital, envisage de se replier. Le Général Kellerman lui ordonne de ne pas quitter Conflans sans avoir été attaqué, et vole à son secours.
Début septembre 1793, les 2 armées sont face à face à La Roche – Cevins : 17 000 Sardes contre 7 000 Français. Le 10 septembre, les Français passent à l’attaque, à la fois à Cevins et par les cols du Beaufortain (les Cormets) et de Maurienne (la Madeleine). Les Sardes se replient rapidement.
Le 2 octobre, le Général Kellerman entre à Moutiers. La Tarentaise est rapidement reprise par les Français, les Sardes se repliant sur les crêtes.
Le 27 juillet 1794 marque la chute de Robespierre. C’est la fin de la 1ère période de terreur. Un nouveau régime politique s’installe, le Directoire, qui va durer jusqu’à la prise du pouvoir de Napoléon (9 novembre 1799). La persécution religieuse reste forte jusqu’au début 1796. Ce régime s'appuie sur la Constitution du 22 août 1795 (5 fructidor an III). Elle est inspirée par le souci d’éviter le retour de la dictature, et est précédée d’une Déclaration des droits et des devoirs qui réaffirme avec force le droit de propriété. Le suffrage redevient censitaire, et l’âge de la majorité est relevé (« nous devons être gouvernés par les meilleurs »). Les pouvoirs (législatif et exécutif) sont très strictement séparés.
Les institutions locales (départements, cantons, communes - les districts sont remplacés par les cantons) restent étroitement subordonnées au pouvoir central. Le Directoire marque même un recul de la démocratie locale. En effet, seules les communes de plus de 5000 habitants conservent une organisation municipale propre. En Savoie, seule Chambéry est dans ce cas. Partout ailleurs, chaque commune élit un agent municipal, et la réunion des agents municipaux forme "l'administration municipale" de ce canton.
L’homme fort, c’est le Commissaire, nommé par le Directoire et chargé de surveiller l'application des lois. Il y en a un au niveau du département, et un au niveau de chaque administration communale de canton. Les agents municipaux sont théoriquement élus au suffrage censitaire. Mais le Directoire, par l’intermédiaire des commissaires qu’il nomme auprès des départements et des communes pour surveiller l’application des lois, peut destituer les agents municipaux, ce qu’il ne se prive pas de faire. Le fait que les villes et villages de moins de 5000 habitants ne soient plus administrés localement fait que le brigandage et l’insécurité augmentent dans les campagnes. La désertion est également très importante, surtout dans les campagnes. De plus l'administration n'arrive pas à résoudre les nombreux problèmes de ravitaillement qui se posent.
A partir d’août 1794, les vicaires capitulaires des anciens diocèses de Savoie, la plupart exilés à Turin, décident d'envoyer dans nos régions des missionnaires en vue de (ré) animer la vie religieuse. Pour la Tarentaise, c’est André de Maistre (frère de Joseph et Xavier) qui dirige, depuis Turin, l’opération. Ils sont 4 missionnaires à quitter Turin dans les derniers jours de novembre 1794 vers le Col de la Seigne, le Cormet de Roselend, le Beaufortain et la Basse tarentaise.
A leur tête, Antoine Martinet, 32 ans, originaire de Queige, ordonné prêtre en 1789, nommé ensuite vicaire à St Paul, puis appelé par l’Archevêque de Moutiers comme secrétaire particulier. En 1793, il refuse de prêter serment et accompagne l’Archevêque lorsque celui-ci quitte Moutiers en mars 1793. Après le décès de l’Archevêque en septembre 1793, il reste à Turin et devient secrétaire d’André De Maistre, qui était jusqu’en mars 1793 l’un des 3 vicaires généraux de l’Archevêché de Tarentaise.
Pendant 4 ans, les 4 missionnaires de Tarentaise vont vivre dans la clandestinité, changement de logement presque tous les jours, évitant les villes et sortant la nuit pour accomplir son ministère de prêtre. C’est une vie dangereuse et éprouvante, surtout pendant les périodes de chasse aux prêtres réfractaires. Sur 80 missionnaires envoyés en Savoie, 25 seront pris et envoyés à l’Ile de Ré ou à Rochefort. En avril 1795, 8 nouveaux missionnaires arrivent en Tarentaise par le Col de la Galise.
Le 25 octobre 1795, André de Maistre divise l’archidiocèse en 9 missions, avec à la tête de chaque mission, un responsable et un adjoint, le tout étant chapeauté par André Martinet (jusqu’en juillet 1798) : Bourg St Maurice – Aime – St Marcel – Bozel – les Belleville – Moutiers et Aigueblanche – la Basse Tarentaise – Beaufortain – nord de la Combe de Savoie. La question de la position de chaque prêtre vis-à-vis des différents serments est très importante. Le 28 avril 1793, l’Archevêque avait interdit de prêche tous les ecclésiastiques qui avaient prêter le serment du 8 février 1793 et qui ne s’étaient pas rétractés publiquement dans les 10 jours ; il avait aussi défendu les fidèles d’avoir affaire à eux. André Martinet s’est occupé de faire rétracter publiquement ceux qui avaient prêté serment.
Le missionnaire reprend le rôle traditionnel des curés : les baptêmes, les mariages, la messe etc. … Mais il faut s’adapter à la clandestinité et au fait que, à partir de février 1794 jusqu’à début 1795, la vie pastorale a été quasiment anéantie (Albitte, puis les 1ers mois du Directoire).
Le baptême est le seul sacrement qui peut être administré par un laïc. Donc, entre 1792 et 1799, en l’absence de prêtres, les baptêmes administrés par des laïcs (ondoiement) seront très nombreux ; l’inscription sur un registre est obligatoire. Il y a aussi eu, en 1793 et jusqu’à l’arrivée d’Albitte en février 1794, des baptêmes célébrés par les prêtres assermentés (ou « intrus ») Le missionnaire prend en charge les baptêmes quand il le peut, sinon, il se contente de vérifier que l’ondoiement est régulier. En général, chaque nouveau né est ondoyé ou baptisé (si le missionnaire est dans les parages) dans les 3 jours qui suivent la naissance, en général le jour même. Si le missionnaire n’est pas là, le délai entre ondoiement et baptême peut être long, jusqu’à 1 an pendant la période de 1794 (Albitte, puis le temps que les missionnaires arrivent en Savoie).
Concernant le mariage, il faut obligatoirement un prêtre et 2 témoins. Le missionnaire, dès qu’il arrive dans un secteur, régularise (s’il les valide) les unions faites, soit devant un prêtre « intrus » (jureur), soit devant un magistrat civil (s’il est avéré qu’il était trop dangereux de recourir à un pasteur légitime), soit sans prêtre mais devant des témoins catholiques. Dès lors qu’il est sur un secteur, les mariages se font régulièrement, ce qui implique de nombreux déplacements, soit pour le missionnaire, soit pour les mariés (on regroupe les mariages). Les missionnaires visitent également les malades, la crainte de ne pas trouver de prêtre pour l’extrême onction aux agonisants étant très forte.
La messe est célébrée quand c’est la sécurité le permet, dans tout lieu décent les jours de semaine, à l’église le dimanche si elle est « réconciliée ». Après février 1793 et le départ massif des prêtres et vicaires, les fidèles, surtout là où les confréries marchaient bien, se sont mis à organiser eux-mêmes des « services religieux » qu’on peut appeler « culte laïque ». Il s’agit d’ersatz de messe, faites par les laïcs. Les missionnaires, une fois en place, se sont occupés d’y mettre bon ordre (il y avait eu quelques abus).
Dernier point important au cœur des préoccupations d’Antoine Martinet, l’enseignement, qui est un devoir indispensable. Cet enseignement doit être autant pratique que théorique. On y insiste sur la morale et la séparation entre le civil et le religieux. Les missionnaires doivent veiller aux petites écoles de leurs paroisses.
Sur le plan religieux, on peut diviser la période du Directoire en 3 temps:
1. De la mi 1794 au début 1796 : après une période de détente suite à la chute de Robespierre et, en Savoie, au départ d’Albitte, le début du Directoire est marqué la répression contre les réfractaires. En juillet 1795, 20 % des électeurs savoyards votent contre la Constitution proposée par le Directoire (dite du 22 août 1795), ce qui est un chiffre énorme, et fait dire que la Savoie est une 2ème Vendée.
2. De début 1796 à août 1797 : c’est l’accalmie religieuse. Les offices reprennent, beaucoup d’émigrés reviennent. En janvier 1796, l’Evêque constitutionnel PANISSET va même jusqu’à se rétracter (c’est la 1ère rétractation d’un Evêque constitutionnel). Cet acte démantèle l’Eglise constitutionnelle, qui laisse le champ libre aux missionnaires envoyés depuis Turin. Durant l’année 1796, la plupart des communes retrouvent un culte public. La liberté religieuse est même officiellement proclamée le 14 août 1797, à la grande joie de la population.
Le 15 mai 1796, suite à la victoire des troupes du Général Napoléon sur celles de Victor Amédée III la Savoie est officiellement cédée par le Piémont à la France. Le Traité prévoit l’expulsion par le Piémont des émigrés français. La vente des biens nationaux commence dès juin 1796.Elle profite très largement aux bourgeois et aux notables des villes et dégradent les relations entre les campagnes et les villes.
3. Après le coup d’Etat du 17 fructidor 1797 (17 septembre) et jusqu’à fin 1799, les lois de persécution religieuse sont rétablies. C’est la 2ème Terreur. Les prêtres qui n’ont pas prêté le nouveau serment doivent quitter le territoire ou sont déportés Mais, cette fois ci, les escarmouches, les mouvements de protestation, et les émeutes se multiplient et sont beaucoup plus vives que pendant la 1ère Terreur. Les années 1798 et 1799 sont très difficiles.
En mai 1798, Genève est annexée par la France et devient, en août, le chef lieu du département du Léman, qui ampute le département du Mont Blanc du tiers de superficie (Thonon, Bonneville, Carouge). Le Faucigny, avec le massif du Mt Blanc, rejoint le nouveau département du Léman en février 1800.
Le 9 novembre 1799, Bonaparte prend le pouvoir (Coup d’Etat du 18 brumaire).
La loi du 17 février 1800 (28 pluviôse an VIII) réorganise l’administration locale, dans un sens ultra centralisateur. Elle recréé les anciens districts (ex-provinces de l'Ancien Régime) au travers des arrondissements (4 pour le département de Mt Blanc: Annecy, Chambéry, Moutiers et St Jean De Maurienne) et 3 pour le département du Léman créé suite à l'annexion de Genève en 1798) Le Préfet, nommé et révoqué par le gouvernement (c'est-à-dire Napoléon), administre, seul, le département. Il est aidé par le Conseil de Préfecture (contentieux) et par le Conseil Général (budget – impôts) Le Sous préfet est lui aussi nommé par le gouvernement, il administre l’arrondissement (qui succède au District). Il est aidé d’un Conseil, qui propose et répartit les impôts entre les communes.
Les Maires des communes de plus de 5000 habitants sont nommés par le gouvernement, ceux de celles de 5000 habitants par le Préfet. Il est probable que seule Chambéry comptait alors plus de 5000 habitants. Un arrêté du 8 décembre 1801 diminue sensiblement le nombre de cantons. L'arrondissement de Moutiers n'en compte plus que 5: Bourg St Maurice, Beaufort, Conflans, Moutiers Sud et Moutiers Nord.
Sur le plan religieux, Napoléon négocie avec la Papauté (les relations entre le régime précédent, le Directoire, et la Papauté étaient exécrables) le Concordat du 15 juillet 1801: la Constitution civile du Clergé est abolie, la vente des biens d'Eglise est entérinée. La Papauté reconnaît la République, et l'Etat assure le libre exercice de la religion catholique et rémunère ses serviteurs. La France est alors divisée en 60 évêchés et 10 archevêchés. La religion catholique n'est plus, depuis 1789, religion d'Etat, mais elle est reconnue comme celle de "la grande majorité des Français. Les Evêques sont nommés par le Chef de l'Etat, à qui ils prêtent serment, et institués canoniquement par le Pape. Ils ont des pouvoirs étendus et nomment les curés. Le concordat de 1801 ramène la paix religieuse.
La Noblesse se rallie en masse au régime (devenu Empire le 18 mai 1804) en se lançant dans les affaires, en entrant en masse dans la magistrature et dans la Grande Armée, et en jouant un rôle de plus en plus important dans les affaires politiques locales et départementales.
Le 18 mai 1804, Bonaparte se fait sacrer Empereur
09:10 Publié dans 14 La Savoie française 1792 - 1815 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Esserts-Blay, Blay, St Thomas, histoire, Savoie, Révolution, Napoléon
08.12.2007
La construction du chemin n° 66
La construction de la route départementale n° 66, qui relie la Bathie à Feissons, en passant par le chef-lieu d'Esserts-Blay, St Paul et Rognaix, date des 1ères années du rattachement de la Savoie à la France.
En 1860, la Savoie et la Haute Savoie sont très en retard en matière de routes et de chemins. L'Administration française fait un gros effort, à partir de 1862, pour améliorer les routes existantes et en créer de nouvelles. A l'époque, au moins 60 communes en Savoie sont enclavées, dont 15 en Tarentaise.
On distingue alors les "routes impériales", comme la route impériale n° 90 qui passe à la Bathie et dessert la Tarentaise, les "chemins de grande communication", les "chemins de moyenne communication" (qui intéresse plusieurs communes) et les chemins vicinaux ordinaires (qui ne concernent que la commune).
Certainement peu après le rattachement à la France, est prise la décision de construire le "chemin de moyenne communication n° 66"pour relier les villages de Basse tarentaise de la rive gauche de l'Isère (Esserts-Blay, St Paul et Rognaix) à la Bathie et Feissons, 2 communes traversées par la route impériale n° 90 (la RN 90 d'avant la 2*2 voies).
En 1860, il existe déjà un pont en bois à la Coutellaz. Ce pont a été cédé à la commune d'Esserts-Blay en 1852 (voir chapitre sur les ponts du village). On ne sait par où passait à l'époque le chemin qui permettait d'aller de ce pont à Blay: peut être le chemin n° 66 a-t-il été construit sur un chemin pré-existant, peut être pas car les conditions géologiques sont difficiles dans ce secteur. De plus, en 1852, il n'existait pas de chemin carrossable entre le pont de la Coutellaz et la Bathie, ni, d'ailleurs entre ce pont et St Thomas. Le chemin principal de la rive gauche de l'Isère ne passait pas par ici. En effet, pour aller de Blay à St Thomas (et continuer sur Grignon), le chemin normal passait plus haut, par le hameau de la Combe.
Aux Archives Départementales sont conservés plusieurs documents (rapports des Ponts et Chaussées, et délibérations des communes) qui nous donnent quelques informations sur la construction du chemin de moyenne communication n° 66 (qui deviendra chemin d'interêt commun puis route départementale, en gardant le même numéro).
La section entre la Bathie et la Thiournaz (à l'entrée du chef lieu de Blay, où a été construit le Groupe scolaire qui existe encore, probable intersection avec le chemin de St Thomas par la Combe, et le chemin de la Poyat et la Fouettaz) a été, semble-t-il, construite en 2 tranches:
- En 1867, de la Bathie au pont de la Coutellaz
- En 1869, entre le pont de la Coutellaz et la Thiournaz (les travaux de cette 2ème tranche ont fait l'objet d'un procès verbal de réception définitive envoyé à l'Agent Voyer en chef du Département de la Savoie le 22 juin 1869)
Je ne suis complètement certain de cette répartition car pour qualifier la 2ème tranche de travaux, réceptionnée en 1869, les rapports évoquent "les travaux de construction du chemin de moyenne communication n° 66, pour la partie comprise entre la section faite en 1867 et la maison du Sieur FILLION".
Le rapport de l’Agent Voyer cantonal et de l’Agent Voyer d’arrondissement, daté du 26 octobre 1869 nous donne une idée de la situation à l'automne 1869 :« Les travaux de terrassement et d’art du (chemin de moyenne communication) n° 66 sont terminés entre l’Isère et le hameau de la Tournaz. Les voitures circulent entre Esserts-Blay et la plaine, et, grâce à la nature graveleuse du sol, l’empierrement de cette partie de chemin peut encore être retardé.
Mais il n’en est pas de même dans la plaine pour la section comprise entre la route impériale n° 90 et l’Isère. Le sous-sol un peu marécageux rend cette partie de chemin presque impraticable pendant l’hiver, surtout depuis que l’entrepreneur des graviers d’entretien de la route n° 90 y passe pour ses approvisionnements.
J’ai en conséquence l’honneur de vous transmettre une soumission relative à l’empierrement de cette section et à la construction d’un aqueduc depuis longtemps réclamé par les propriétaires des terrains en amont, et qui est en effet nécessaire pour le dessèchement de ces terrains. »
En résumé, le chemin est carrossable entre le chef-lieu de Blay et la Bathie, mais pas empierré. De Blay au pont, cela a l'air d'aller (on verra plus plus loin que cela n'ira pas très longtemps car le terrain est très humide, ce qui va entrainer, ce n'est pas une surprise, une rapide dégradation du chemin). Par contre, du pont à la Bathie, c'est le bourbier pendant la mauvaise saison.
A la Thiournaz, le chemin de moyenne communication n° 66 rejoint celui, ancestral, qui relie St Thomas à Blay et St Paul. On peut penser qu'il est déjà carrossable.
Pour visualiser le chemin tel qu'il est dessiné sur le cadastre de 1876, cliquez ici Chemin n° 66.jpg
Le programme des travaux du Service vicinal pour 1884prévoit le parachèvement de l'élargissement et du redressement du chemin n° 66 entre la Thiournaz et le four Périnet (situé à la limite entre Esserts-Blay et St Paul, donc certainement au bord du Nant Bernard), et aussi la continuation de la digue en amont du pont d'Esserts-Blay sur le territoire d'Esserts-Blay. On notera qu'il est prévu, dans ces travaux, la reconstruction de l'oratoire détruit par le chemin, reconstruction promise par le Maire de la commune aux habitants du village des Carres (je ne sais pas où c'est). Ces travaux avaient été adjugés fin 1882 à l'entreprise LACROIX, d'Albertville. Cette entreprise n'est pas arrivée à faire face, et, après mise en demeure, ils ont été repris par l'entreprise BASSO Baptiste en novembre 1883 (c'est son oncle qui avait exécuté les travaux de 1867).
Comme on pouvait s'y attendre étant donné la difficulté et l'humidité qualité du terrain, la "montée de Blay" se dégrade rapidement, et il faut de nouveau faire des travaux de restauration et d'amélioration.
Rapport de l’Agence Voyer cantonal: « Le 6 mars 1885, le mur de soutènement à pierres sèches du chemin d’intérêt commun n° 66 en amont du pont d’Esserts-Blay, d’une hauteur de 8 mètres, s’est écroulé sur 10 mètres de longueur et menace encore de tomber sur 6 mètres. Nous nous sommes rendus sur les lieux le 7 mars et avons rétabli la circulation au moyen de pièces de bois avec platelage que nous avons louées au Sieur BLANC, scieur, pour le prix de 25 francs. Puis chiffrage de travaux de reconstruction à 1823 francs ». Les travaux de reconstruction sont confiés à l'entreprise BASSO Baptiste (soumission approuvée le 20 septembre 1885).
Nouveaux éboulements et nouveaux travaux en 1911. Rapport des Agents Voyers cantonal et d’arrondissement du 25 juillet 1911 : « Par suite de la mauvaise nature du terrain rencontré à droite du chemin (d’intérêt commun n°66), partie comprise entre le lacet au-dessus du pont d’Esserts-Blay sur l’Isère et le hameau de la Thiournaz, des éboulements successifs ont réduit la largeur de la chaussée d’au moins 1m30. Sur une longueur de 66 mètres, au droit de murs de soutènement de plus de 4 mètres, la largeur normale de la plate-forme est réduite de 5m à 3m70, ce qui rend la circulation dangereuse, surtout en hiver. Pour améliorer ce parcours, nous avons prévu la construction d’un mur de rive en maçonnerie ordinaire, avec drain à l’arrière, pour assurer l’écoulement des eaux, assez abondantes parfois, dans le talus éboulé ».
La dépense est chiffrée à 1500 francs. Pour le financement, les Agents Voyers proposent que le Département en paie la moitié, et les communes l’autre moitié « proportionnellement à leur degré d’intérêt au chemin d’intérêt commun n° 66 ». Cette répartition est la suivante: Cevins 9 %, Esserts-Blay 32 %, la Bathie 21 %, Rognaix 14 %, St Paul 24 %.On notera que le Conseil Municipal de la Bathie du 27 août 1911, « après avoir délibéré, fait remarquer que la part fixée à la commune (157.50 francs) est très élevée par rapport aux services qu’elle en retire, et que seule la commune d’Esserts-Blay profitera des réparations à faire. Mais, espérant que pareilles conditions seront faites à la Bathie dans le cas où des réparations pourraient se présenter sur le chemin d’intérêt commun n°66, vote la somme de 157.50 francs … »
Le pont de la Coutellaz n'est pas non plus en bon état. Il fait même l'objet, en mars 1914, d'un arrêté d'interdiction préfectoral. Il ne sera reconstruit, en fer, qu'en 1927 (voir chapitre sur les ponts: "Traverser l'Isère: bacs et ponts").
21:20 Publié dans 28 La route départementale n° 66 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Esserts-Blay, route, chemin, Blay, St Thomas, Savoie
06.12.2007
Blay et St Thomas entre 1792 et 1815
- La création, entre fin 1794 et 1800, de la commune d’Esserts-Blay, par fusion de Blay et de St Thomas. On verra que cela n’a pas été un long fleuve tranquille.
- L’érection, en 1803, de Blay, jusqu’alors rattaché à St Paul, en paroisse de plein exercice. Depuis cette date, notre village compte 2 paroisses.
En septembre 1792, et depuis de nombreuses décennies, semble-t-il, Blay est rattaché religieusement à St Paul (Blay a sa chapelle, mais l’église paroissiale est à St Paul), alors que, sur le plan communal, Blay est un quartier de la commune de St Thomas des Esserts. Comme on dit à l’époque, Blay est rattaché à St Paul pour le spirituel et à St Thomas pour le temporel.
1. Blay fait le forcing pour être détaché de St Paul (religieux) et de St Thomas (commune): octobre 1792 - février 1793.
Le 14 octobre 1792, lors du vote des communautés de Tarentaise pour émettre un souhait sur l’avenir politique de la Savoie et pour élire les députés qui vont siéger à l’Assemblée des Allobroges, les habitants de Blay se constituent en communauté autonome, et forment ainsi la 63ème communauté de Tarentaise.
Blay (comme St Paul et 28 autres communes) donne un mandat illimité à son député, sans se prononcer sur l’avenir politique de la Savoie. La délibération de St Thomas des Esserts n’a pas été retrouvée. On notera que 18 communes se prononcent clairement pour la réunion à la France, 1 préfère une République indépendante, 6 donnent mandat à leur député, mais avec des réserves. Seule Cevins se déclare contre l’union à la France (ce sera la seule de tout le Duché).
La plupart des députés, souvent des hommes de loi, sont favorables à l’union à la France. Blay désigne le Notaire Joseph DEGLISE, St Paul Joseph Marie BAUDE, également Notaire.
Les habitants de Blay, sur leur lancée du vote du 14 octobre font le forcing pour être détachés, à la fois de St Paul pour le spirituel, et de St Thomas pour le temporel, et former à la fois une paroisse et une commune autonomes. Le 26 novembre 1792, 56 habitants mâles du quartier de Blay, représentant plus des 2/3 des habitants mâles du quartier se réunissent sur la place publique devant la chapelle, « paisiblement et sans armes ». Ils réclament de devenir une commune et une paroisse indépendantes. Leurs arguments sont les suivants :
- L’équité budgétaire : dépendant à la fois de St Paul (religieux) et de St Thomas (commune), ils paient des 2 cotés pour les fonctionnaires ecclésiastiques, les églises et les presbytères.
- La population : Blay compte déjà 460 habitants (beaucoup plus que St Thomas)
- La géographie et les conditions de route : Blay est à plus d’une lieue de chacune des communes de St Paul et de St Thomas. Et, en plus, « les chemins sont scabreux et très dangereux, principalement dans les temps de gel ».
- Les finances : « Blay, composé de 10 hameaux devant naturellement former une commune séparée, peut aisément acquérir par des dons patriotiques un logement et un jardin convenables à son fonctionnaire ecclésiastique ». En plus, la « caisse nationale des allobroges » va même faire des économies sur la différence de traitement entre le 2ème fonctionnaire ecclésiastique de St Paul (à supprimer) et celui de Blay (à créer).
Forts de ces considérations, les habitants de Blay « députent » le citoyen Louis TEILLIER, en lui conférant tous les pouvoirs nécessaires, afin de présenter la requête à la Commission provisoire d’administration des Allobroges. Enfin, Joseph GONTHIER et Hippolyte MUTTET, tous deux « natifs et habitants de St Paul », apposent comme témoins leur signature sur la pétition (apparemment, il n’y a pas de témoins de St Thomas, il est vrai que les chemins sont mauvais!).
La pétition est évoquée le 1er décembre 1792 par la Commission provisoire d’administration des Allobroges. Elle refusent de délibérer sur le fond de l’affaire, et demande aux pétitionnaires de « rapporter le sentiment des 2 communes de St Paul et St Thomas. »
Une délibération des citoyens de Blay, hélas non datée, mais qui se tient après le 26 novembre et certainement avant les élections municipales du 23 décembre, précise à nouveau que les gens de Blay « ne veulent plus former municipalité conjointe avec le quartier de St Thomas, et, qu’ainsi, ils ne veulent point concourir à l’élection de cette municipalité ». Bien entendu, ils ne s’opposent pas à ce que le quartier de St Thomas procède à l’élection séparée de sa municipalité, et invitent les Secrétaires provisoires des 2 quartiers à venir au chef-lieu de Blay « pour y procéder à l’élection de la municipalité particulière dudit quartier de Blay, séparément de celle de St Thomas ». A la fin du procès verbal apparaît la mention suivante : « Le Secrétaire provisoire de la commune de st Thomas et Blay, malgré l’invitation qui lui en a été faite, n’a cru devoir procéder à l’élection séparément d’une municipalité ».
Le 23 décembre 1792 ont lieu les élections afin d’élire les nouveaux « officiers municipaux ». A St Thomas, l’élection est organisée à l’église paroissiale. Joseph FERLAY, de feu Guillaume, est élu Président, et Thomas BOCHET Secrétaire. Ces derniers prêtent serment, devant l’assemblée des citoyens, « d’être fidèles à la nation, à la liberté, à l’égalité, et de mourir en les défendant ». Le serment est repris par tous les citoyens présents, « en levant la main et en répondant individuellement : je le jure ». Le procès verbal de l’élection ne fait aucune mention de la pétition des habitants de Blay, qui, manifestement, ne sont pas présents.
On vote beaucoup à cette époque. De nouvelles élections municipales doivent se tenir le 10 février 1793 (ou 22 janvier - date à vérifier). La Commission d’administration provisoire du Mt Blanc statue de nouveau (sans doute avant cette élection), et arrête que « provisoirement l’état actuel des choses sera conservé jusqu’à la nouvelle circonscription des communes ». Les habitants de Blay sont donc déboutés, et doivent concourir avec ceux de St Thomas.
2. Blay rattaché provisoirement à St Paul: mars 1793 - décembre 1794.
Au printemps 1793 (certainement en mars), certaines communes sont re-dessinées. Le quartier de Blay est alors rattaché à St Paul. Il subsiste néanmoins une incertitude car un document, conservé aux Archives départementales, précise que « la commune des Esserts et Blay a été réunie à celle de St Paul dès le mois de germinal an II (mars 1793) jusqu’à celui de nivôse an III (décembre 1794).
Il semble bien que ce soit uniquement le quartier de Blay qui a été rattaché à St Paul, puisque, à la même époque, les communes changent de nom : St Thomas des Esserts devient « les Esserts » (Conflans, chef-lieu de canton, devient "Roc Libre"). St Paul et Blay devient « Passage et Bellepente », (le chef lieu de canton, Feissons sous Briançon, devient "Charmilles"). Moutiers, chef lieu du District de Tarentaise s’appelle désormais Mont-Salins.
On notera que ce changement ne sera effectif que quelques mois du printemps et de l'été 1794, mois qui correspondent en gros à la présence d'Albitte en Savoie (de février à août 1794; Albitte est l'incarnation de la Terreur en Savoie). Albitte fait également à quelques redécoupages territoriaux. Il supprime notamment le canton de Feissons (Charmilles) et rattache "Passage et Bellepente" (St Paul et Blay) au canton de "Roc libre" (Conflans).
3. Le Curé de St Thomas accepte, au moins au début, la Constitution civile imposée au Clergé: février - mars 1793.
Le mois de février 1793 est marqué par la Constitution Civile imposée à l’ensemble du clergé savoyard (obligation de prêter serment et de jurer ….). On a vu que cette mesure a jeté la consternation dans les campagnes savoyardes. En Tarentaise, une part importante du clergé, peut être encouragé par les hésitations de l’Evêque et les positions de son entourage, prête serment. Le curé de St Thomas, Joseph Antoine BORNE, prête serment le 25 mars 1793, « après mûres réflexions », « considérant que le serment civique exigé par la loi n’est point conforme à la foi catholique, apostolique et romaine ». Le maire de St Thomas est alors François LASSIAZ, Joseph TRAVERSIER et Etienne GIROD sont officiers municipaux, le Procureur est Joseph BOCHET, et le Secrétaire greffier Joseph Antoine FONTAINE. Le même jour est dressé l’inventaire des biens du Curé BORNE.
Il reste à St Thomas jusqu'à l'automne 1793 (il consigne un acte de décès - en latin - le 10 novembre 1793), puis part en exil (à Turin semble-t-il), comme de nombreux prêtres. Il est de retour à St Thomas à l'automne 1796 (il consigne un acte de décès - en français - le 3 novembre 1796)
4. La création de la commune d'Esserts-Blay, entre fin 1794 et 1800.
La date de la création définitive de la commune d’Esserts-Blay n’est pas connue avec précision. Il est certain qu’elle s’est produite avant 1800, peut être à la fin de 1794 ou au début de 1795. Rappelons que Blay, jusqu'alors lié à St Thomas pour le temporel (commune), a été rattaché à St Paul entre mars 1793 et décembre 1794.
L'analyse ce qui reste des registres d'état-civil des archives communales de l'époque apporte des informations, même s'il manque presque tout des années 1792 - 1793 - 1794 pour Blay et St Thomas, et toute la période 1792 - 1800 pour St Paul.
Un acte de naissance du 23 décembre 1794 et plusieurs actes de décès de 1795 (jusqu'en janvier 1796) évoquent la "commune de Blais, district de Moutiers, département du Mont Blanc". Ces actes ne font donc pas référence à un éventuel rapprochement communal entre Blay et St Thomas. Un acte de décès de 1795 (pluviôse) fait référence à la "commune de St Thomas des Esserts, district de Moutiers, département du Mt Blanc", sans évoquer non plus une quelconque commune "d'Esserts-Blay". On dirait donc que, de fin 1794 à début 1796, Blay et St Thomas sont 2 communes différentes. Les actes de Blay n'évoquent pas non plus la subordination à St Paul (mais les registres de l'époque de St Paul ont disparu). Donc Blay semble être alors une commune indépendante, mais c'est loin d'être certain.
Les registres et actes sont ensuite plus exploitables à partir de 1796. Mais l'analyse ne se simplifie pas pour autant. En effet, les actes de la période 1796 - milieu de1797, sont regroupés dans des registres différents, selon qu'ils concernent Blay ou St Thomas.
On trouve par exemple un registre du 6 pluviôse an 4 (26 janvier 1796) qui évoque "la section de Blay, commune des Esserts, canton de Conflans, Département du Mt Blanc." Cela parait clair: Blay est rattaché à St Thomas. Mais ce registre contient des actes (27 avril 1796, ou 28 mai 1796 par exemple) qui font référence au "Conseil général de la commune de Blay".
On trouve un peu plus loin un autre registre du 1 pluviôse an 4 (21 janvier 1796) qui évoque "la commune des Esserts, Canton de Conflans, Département du Mt Blanc", et qui contient des actes concernant la "commune de St Thomas des Esserts" ou "des Esserts" (sans mention de Blay - les actes concernent effectivement des personnes de St Thomas).
On peut émettre l'hypothèse suivante: Officiellement, si on peut dire, Blay a pu être rattaché à St Thomas pour former la commune des Esserts (on verra plus loin que le nom de la commune ne s'est stabilisé que dans les années 1810) au début de 1796 ou à la fin de 1795. Mais, peut être que cette fusion n'a pas été acceptée localement (à moins que l'information ne soit pas arrivée jusqu'à nos 2 villages !). Ce qui expliquerait que nous ayons 2 registres, faits presque en même temps (janvier 1796), dont les intitulés (certainement dictés par l'autorité centrale) évoquent, l'un "la section de Blay, commune des Esserts" (contenant les actes de Blay), l'autre "la commune des Esserts" (contenant les actes de St Thomas). Par contre, les actes eux mêmes, contenus dans ces registres, sont rédigés par les "autochtones" qui semblent ne pas valider ce rapprochement, ce qui expliquerait que les actes de Blay évoquent "la commune de Blay" (sans faire mention du fait que, d'après le titre du registre, Blay n'est qu'une section de la commune des Esserts), et que les actes de St Thomas évoquent la seule "commune des Esserts".
La confusion dure encore au moins jusqu'au milieu de 1797. Ensuite, les choses ne se simplifient pas immédiatement, du moins d'après les registres d'état civil.
Des actes de juillet 1797, évoquent toujours le Conseil général de la commune de Blay. A partir de fin 1797, mais uniquement pour quelques mois, les actes sont portés sur des registres pré imprimés. Et là, on trouve 2 registres différents au sein de la commune des Esserts et Blay:
- les registres établis à St Thomas qui évoquent uniquement la commune de St Thomas des Esserts
- les registres établis à Blay qui évoquent la commune des Esserts et Blay.
On peut penser que les relations entre le chef lieu de St Thomas et le quartier de Blay ne sont pas simples. Surtout que plusieurs actes de 1798 évoquent encore la commune de Blay. On notera que les derniers actes qui évoquent la commune de Blay sans parler de St Thomas datent de septembre 1798. Par contre, du coté de St Thomas, des registres de septembre 1799 jusqu'à septembre 1800 évoquent toujours la commune "des Esserts", sans mention du quartier de Blay.
A partir d'octobre 1800, les registres associent systématiquement St Thomas et Blay. St Thomas, où se trouve l'église paroissiale, est clairement le chef-lieu, et Blay un quartier périphérique.
Le nom "Esserts-Blay" n'est pas encore complètement entré dans les moeurs. La commune s'appelle indifféremment:
- St Thomas des Esserts et Blais (1801) ou Blay (1804 -1805 - 1809 - 1810)
- Esserts et Blais (1802) ou Blay (1807 - 1810 - 1812 - 1813)
- St Thomas et Blay (1811 - 1814); le tampon en photo est sur un document de 1810
Entre 1810 (le Maire est Joseph TRAVERSIER, de St Thomas) et 1814 (Maire: Martin REY, de Blay),le rapport de force entre St Thomas et Blay se renverse. En 1810, St Thomas est encore le chef-lieu. En 1814, c'est Blay qui est devenu le chef-lieu. Deux documents conservés aux Archives départementales nous le montrent. Le 20 avril 1810, est dressée la liste des contribuables qui vont devoir rembourser l'adjoint au Maire des sommes qu'il a avancées pour "frais de la colonne mobile", suite aux poursuites engagées contre un conscrit réfractaire de la commune, dont les parents sont insolvables. L'acte se termine par "Fait à St Thomas le ...", puis est signé par le Maire, Joseph TRAVERSIER (un santhomarain). Le 20 octobre 1814, le Maire, Martin REY (de Blay), écrit à l'Intendant pour s'expliquer sur les mesures prises pour empêcher une épizootie animale de se propager (voir chapitre sur quelques "faits divers au XIXème siècle"). La lecture de cette lettre montre clairement que Blay est devenu le chef-lieu. Le renversement s'est peut être fait en 1813, lors du changement de Maire (à l'époque, le Maire est nommé par le Préfet dans les petites communes comme Esserts-Blay): Joseph TRAVERSIER, Maire jusqu'en 1813, était de St Thomas. Martin REY, Maire depuis, était de Blay. Deux autres facteurs expliquent également l'ascendant pris rapidement par Blay: la démographie (Blay est plus peuplé que St Thomas) et l'érection de Blay en paroisse autonome en 1803 (voir juste après).
5. La création de la paroisse de Blay: 4 août 1803.
Rappelons qu’en Savoie, les communautés villageoises sont, depuis toujours, très sourcilleuses en matière d’indépendance et de reconnaissance. Pour une communauté villageoise, le fait de devenir un chef lieu de paroisse est une marque importante de reconnaissance. On a vu que les habitants de Blay, ancien chef lieu de seigneurie, « ballotté » depuis des siècles entre St Paul et St Thomas, ont manifestement à cœur de se faire reconnaître en tant que communauté indépendante.
Pour cela, obtenir de l’Evêché que Blay soit érigé en paroisse est presque un aboutissement. Cet aboutissement, les gens de Blay y travaillent dès les années 1795 – 1796. A cette époque, la situation de l’Eglise est difficile. La Terreur des années 1793 et 1794 a fait fuir le clergé. A partir d’août 1794, les vicaires capitulaires des anciens diocèses de Savoie, la plupart exilés à Turin, décident d'envoyer dans nos régions des missionnaires en vue de (ré)animer la vie religieuse. Pour la Tarentaise, c’est André de Maistre (frère de Joseph et Xavier) qui dirige, depuis Turin, l’opération.
Ils sont 4 missionnaires à quitter Turin dans les derniers jours de novembre 1794 vers le Col de la Seigne, le Cormet de Roselend, le Beaufortain et la Basse Tarentaise. A leur tête, Antoine Martinet, 32 ans, futur Evêque de Tarentaise, originaire de Queige, ordonné prêtre en 1789, nommé ensuite vicaire à St Paul, puis appelé par l’Archevêque de Moutiers comme secrétaire particulier. En 1793, il refuse de prêter serment et accompagne l’Archevêque lorsque celui-ci quitte Moutiers en mars 1793. Après le décès de l’Archevêque en septembre 1793, il reste à Turin et devient secrétaire d’André De Maistre, qui était jusqu’en mars 1793 l’un des 3 vicaires généraux de l’Archevêché de Tarentaise.
Antoine MARTINET connaît bien la Basse Tarentaise, pour avoir été vicaire à St Paul. Il y séjourne, clandestinement, assez souvent. De là, il s'est rendu plusieurs fois Blay en 1795 et 1796, où les Blaycherains le supplient de leur accorder la séparation d’avec St Paul. Les arguments tournent autour de l’éloignement de Blay vis à vis de St Paul, et aussi vis à vis de St Thomas, et de la dangerosité des routes.
Au début, Antoine MARTINET, qui a d’autres priorités, botte en touche et demande aux habitants de Blay d’attendre que les choses se calment.
En mai 1797, il accepte certaines des revendications des habitants de Blay et leur accorde un prêtre-régent à résidence, sous réserve qu’on lui fournisse un logement convenable. Il enseignera aux jeunes et donnera les derniers secours aux malades. Mais ce prêtre restera à la disposition du curé de St Paul, qui reste le chef lieu de paroisse. Le régent nommé est R. Jos. Bérard.
La création de la commune d'Esserts-Blay, à peu près à cette époque, ne calme pas les ardeurs autonomistes des habitants.
Le 21 février 1803 (2 ventose an XI), le "Conseil Municipal du quartier de Blay" (?) charge ("députe") Hippolyte VALLOZ de convaincre l'Evêque de Chambéry et de Genève d'ériger Blay en paroisse autonome. On apprend dans ce document conservé aux Archives diocésaines de Moutiers que Blay bénéficie "depuis un an et quelques mois" d'un prêtre à résidence. On apprend aussi que l'hypothèse de rattacher le quartier de Blay à la paroisse de St Thomas est envisagée. Et cette hypothèse, les paroissiens de Blay n'en veulent pas. Ce qu'ils veulent, c'est être détachés de St Paul, et que Blay devienne paroisse de plein exercice.
Pour cela, ils rappellent à l'Evêque qu'ils sont "profondément pénétrés de l'amour de la religion catholique, apostholique et romaine", et rappellent les arguments qu'ils ont déjà développés: l'éloignement de Blay vis à vis de St Paul et de St thomas ("près de 2 heures de chemin"), et la dangerosité du chemin ("scabreux"), coupé de nombreux ruisseaux qui débordent lors de la fonte des neiges et des pluies, et parfois impratiquable en hiver. Et c'est précisément en hiver que les paroissiens doivent envoyer leurs enfants au catéchisme!! De plus, sur le plan financier, les habitants de Blay se sont déjà cotisés pour construire un cimetierre (qui a été béni en mars 1802 par l'Abbé du Verger de Blay), et ils assurent un revenu annuel de 400 livres à leur prêtre, outre les rétributions et casuels, le logement et tous les ornements necessaires au culte divin.
Il semble que l'Evêque ait ensuite "passer le bébé" au Préfet, ce qui nous vaut une nouvelle supplique des habitants de Blay, destinée cette fois au Préfet du Mont-Blanc. Les arguments sont encore plus concrets que dans la lettre à l'Evêque: "la difficulté et la longueur des chemins des chemins les (les paroissiens de Blay) privent de donner à leurs enfants l'instruction religieuse nécessaire, les femmes sont privées d'assister aux offices divins presque tout l'hiver". Ensuite "l'éloignement de ce quartier à l'église de St Paul occasionne ordinairement des maladies et très souvent la mort aux personnes qui portent les corps morts à la sépulture, malheur qui m'est arrivé que trop souvent et qui a autorisé le proverbe "que les morts tuent les vivants". Bien plus, la plupart des habitants meurent sans le secours de la religion à cause de l'éloignement des lieux et du mauvais état des routes pendant plus de la moitié de l'année." Enfin dernier argument, la démographie: Blay compte 90 feux, St Thomas à peine 35, et St Paul pas plus de 100.
Quelques mois plus tard, les habitants de Blay obtiennent gain de cause. Le 4 août 1803, l’Evêque de Chambéry, Monseigneur MERENVILLE, réorganise les paroisses de son diocèse et créé six nouvelles paroisses, dont Blay, qui est séparée de St Paul (les autres paroisses créées sont Versoye, Tessens, Fontaine le Puits, Grand Naves, et Arêches; en même temps, Mercury et Gilly sont fusionnées pour former Chevron).
La nouvelle paroisse de Blay est d'abord placée sous le double patronnage de St Sébastien et de St Fabien (ce dernier patronnage va disparaître dans des circonstances à déterminer).
La chapelle, devenue église, s'avère rapidement trop petite. De plus, elle est en mauvais état. Comme elle est située géographiquement aux confins de la paroisse, à la limité de la paroisse de St Paul, il est un moment envisagé de construire une nouvelle église ailleurs. Où ? Au "centre moral de la paroisse", nous dit un rapport du 31 mai 1872 du curé VALAZ à l'Evêque de Tarentaise.
Par manque de ressources (les travaux sont financés par une souscription auprès des paroissiens), elle est finallement aggrandie en lieu et place de la chapelle. Le bâtiment étant en mauvias état, seul un pan de mur de la chapelle sera conservé. La décision est prise en 1829, et les travaux sont réceptionnés en 1834. Elle est consacrée le 5 juillet 1834 par Monseigneur ROCHAIX).
Mais la nouvelle église ne fait que 125 - 130 m2, ce qui s'avère insuffisant pour une population de 700 habitants. En 1844 (le curé est alors le Rd BOGNIER), un projet d'aggrandissement est étudié. Un plan et des devis semblent avoir été étudiés. Mais le départ du curé BOGNIER a semble-t-il fait tomber le projet à l'eau.
20:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : esserts-blay, blay, st thomas, révolution, napoléon, commune, paroisse
10.10.2007
Faits divers du XIXème siècle
A l’automne 1814, une épizootie sévit en Savoie. Manifestement, le Maire de la commune, Mr REY, s’est fait remonter les bretelles par l’Intendant (le Préfet) pour n’avoir pris les mesures de protection nécessaires. Il lui répond le 20 octobre 2007 :
« Monsieur,
Comme vous le savez que cette commune n’a qu’un seul bateau de communication sur l’Isère. Sitôt que j’eus reçu les ordres de la commission subsidiaire de Moutiers concernant les précautions à prendre pour empêcher que l’épizootie ne se propageât, j’ordonnais au batelier de ne passer, sur son bateau, aucun bétail étranger à la commune, et craignant quelques négligences de la part de ce dernier, j’y fis placer des gardes qui y restent jour et nuit. Pour quant au passage de St Thomas, je ne croyais pas nécessaire de le faire garder, vu que je croyais qu’il serait défendu par la commune de Conflans. Mais par précaution, je viens d’ordonner à mon adjoint qui habite à St Thomas d’y placer des gardes. Et je vais charger chaque membre du Conseil de surveiller son quartier à ce qu’aucun (pour qu’aucun) pauvre mendiant ou autre étranger ne soit logé dans les écuries des vaches, de même que tout mulet ou cheval étranger, et me rende compte exact de l’état du bétail qui se trouve dans ses environs.
En vérité, Monsieur, il n’est entré dans cette commune, depuis les ordres de la commission, aucun bétail étranger.
Je présume que les reproches que me fait Monsieur l’Intendant Général par sa lettre du 18 courant, sont occasionnés par quelques rapports de Mr le Juge de Paix qui, passant dans cette commune lundi dernier, où il vit proche du bateau, un petit troupeau de moutons. Et sans doute il en aura été scandalisé. Moi-même suis allé en prendre des informations, et j’appris que ces moutons appartenaient à Joseph François BLANC et Guillaume BLANC de la Poyat de Blay, qui étaient partis pour les mener à la foire de l’Hôpital (Albertville). Et quand ils furent à la grande route, ils apprirent qu’il était défendu de n’y mener aucun bétail, les ramenèrent dans une écurie qui leur appartient, proche du bateau.
Il y a eu dans cette commune un particulier qui a eu 2 vaches malades pendant 8 jours, puis elles ont périt. Je les ai fait enterrer sans les écorcher. Ce qui nous (cela nous) effrayât beaucoup, mais, curieusement, ça ne s’est pas manifesté, et nous n’avons eu aucune autre bête malade dans la commune.
Je vous prie d’assurer (je vous assure), Monsieur l’Intendant Général, que je prendrai tous les soins possibles pour empêcher la propagation de cette cruelle maladie, et que, si malgré mes précautions, elle venait malheureusement à se manifester, j’en instruirai de suite.
Je vous renvois la lettre de Mr l’Intendant Général. Je ne peux pas, dans ce moment, vous renvoyer les ordonnances de Mr le Gouverneur qui ont déjà été effectuées. Je les ai communiquées à l’adjoint. Je vous les ferai passer à la première occasion. J’ai l’honneur de vous saluer. REY, maire. Blay le 20 8bre 1814. »
Cette lettre nous donne quelques informations sur la commune d'Esserts-Blay. D'abord, comme elle est rédigée, on sent que le chef-lieu est déjà à Blay, St Thomas étant devenu un quartier périphérique. C'était l'inverse lorsque la commune a été créée une quinzaine d'années auparavant (voir chapître sur le sujet). Ensuite, il n'y a bien sur pas encore de pont pour traverser l'Isère à Esserts-Blay. Pour cela, on prend un bateau (aujourd'hui, on emploierait le mot "bac"). 2 bacs fonctionnent pour Esserts-Blay: un coté Blay, qui est tenu par des gens de la commune (puisque le Maire donne des ordres au batelier), l'autre coté St Thomas, qui paraît tenu par des bateliers de Conflans (ou de Tours ?) (puisque le Maire ne s'en préoccupe pas dans un 1er temps).
La rumeur autour de l'assassinat, en 1838, de Jacques MUGNIER, syndic (maire) de Feissons.
Les faits: Jacques MUGNIER, syndic de Feissons sous Briançon (Feissons sur Isère) et libre-penseur, est assassiné dans sa maison le 28 août 1838, entre 8h30 et 8h45 du soir. Jacques MUGNIER ayant une solide réputation de coureur de jupons, on pense d'abord à la vengeance d'un mari jaloux. Mais l'enquête n'aboutit à rien, et l'affaire est classée.
La rumeur prend forme dans les mois qui suivent: Jacques MUGNIER aurait été assassiné par ... les curés Urbain REVET (Cevins), Jacques-Marie ALBRIET (Feissons) et Blay (Jacques Chenal), qui auraient agit par haine vis à vis d'un libre-penseur qui serait devenu maître-chanteur à leur égard: une fille du pays aurait été séduite par un prêtre. Jacques MUGNIER aurait eu une lettre d'elle désignant le "coupable". Jacques MUGNIER aurait convoqué le "coupable", et lui aurait promis le secret absolu à condition qu'il fasse "un peu de bien" dans les 10 jours. Et au terme des 10 jours, le prêtre séducteur serait revenu chez MUGNIER, avec ses 2 acolytes, pour reprendre la lettre en assassinant ce dernier.
A l'appui de la rumeur, les "preuves" suivantes: des témoins ont vu ce soir là, 3 hommes en longues redingotes noires, conduits par la servante de Jacques MUGNIER, rentrer dans la maison de ce dernier, puis s'enfuir par le pont de Feissons en jetant leurs déguisements dans l'Isère. Et d'ailleurs, les prêtres auraient eu des remords, puisque le sanctuaire de Notre Dame des Neiges, situé sur le verrou glaciaire de la Roche de Cevins aurait, selon la rumeur, été érigé comme monument expiatoire par l'abbé REVET. Expiatoire de quoi ? Bien sur de l'assassinat en question. Et conclusion: ceux qui ont fait élever ce sanctuaire sont les assassins.
Historiquement, la thèse du monument expiatoire ne tient pas puisque le sanctuaire de Notre Dame des Neiges a été béni et inauguré par Mgr Marcelin TURINAZ le 15 août 1838, soit 13 jours avant le meurtre en question (les travaux avaient démarré plus de 2 ans avant, en mars 1836). Et il semble bien que Jacques MUGNIER, certes libre-penseur mais d'abord syndic de la commune voisine, ait assisté à cette inauguration.
Malgré cela, la rumeur enfle, et les 3 prêtres décident, le 3 novembre 1840, de porter l'affaire devant le Sénat de Savoie, la plus haute juridiction de l'Etat, qui les disculpe clairement(ainsi que la servante) par un arrêt du 9 juillet 1851. Le 28 août 1838, Jacques CHENAL, le curé de Blay avait organisé une conférence à la cure de Blay. De nombreux ecclésiastiques s'y sont rendus, dont ses confrères de Cevins et de Feissons. En fin d'après midi, les ecclésiastiques sont rentrés chez eux. Jacques CHENAL a proposé à l'un deux de rester pour la nuit. Ce dernier a confirmé être resté avec Jacques CHENAL jusqu'à son coucher vers 9 ou 10 heures. La servante du curé Chenal a confirmé leur avoir servi le souper vers 8 heures du soir. Jacques CHENAL ne pouvait donc pas être à Feissons entre 8h30 et 8h45. Le curé ALBRIET (Feissons) a quitté la cure de Blay vers 6 heures du soir. Il est passé à la cure de La Roche-Cevins, où il attendu un moment son confrère Urbain REVET. Ne le voyant pas arriver, il a continué son chemin en direction de Feissons, et a été vu par plusieurs personnes de Cevins. Un témoins a affirmé s'être rendu au presbytère entre 8h et 8h30 pour demander du beurre frais à la servante du curé, et avoir vu alors le curé ALBRIET, seul. Ce dernier n'est sorti de sa cure que pour se rendre à la maison MUGNIER toute proche après avoir été alerté par les témoins qui ont entendu les cris de mme MUGNIER suite à l'assassinat de son mari. Quant au révérend REVET (La Roche-Cevins), c'est sur lui que la rumeur a fait peser le plus de soupçons. En effet, le soir du 28 août, il était invité à souper chez un de ses paroissiens. Et il n'arriva qu'au milieu du repas, avec, en plus, un peu de sang sur la main qu'il essuie avec un mouchoir ou une serviette. L'enquête n'a pas permis de savoir où était précisément le curé REVET entre 8h30 et 8h45, mais elle a permis de vérifier qu'il lui a été matériellement impossible de participer au meurtre et de venir ensuite souper chez son paroissiens.
La rumeur va néanmoins se transmettre de génération en génération. L'histoire du sanctuaire - monument expiatoire est évoquée un peu imprudemment dans "les Oeuvres du Docteur Trésal" en 1883. En décembre 1891, la rumeur fait l'objet d'une polémique entre le "Journal d'Albertville" et le journal "le Défenseur". La polémique reprend au début du XXème siècle, au moment de la crise entre l'Eglise et l'Etat. Les journaux anticléricaux remettent le couvert en relançant la rumeur des curés assassins, ce qui leur vaut les foudres de la presse conservatrice. Le journal anticlérical "L'Avenir des Alpes" dégaine en mars et avril 1908. "L'Echo de la Tarentaise" lui répond en publiant un feuilleton sur "le crime de Feissons" d'avril à août 1908. L'affaire reprend en 1911 un livre qui reprend la rumeur, "Choses de Savoie vers 1860" écrit par Charles Montmayeur, et une joute journalistique entre le journal anticlérical "le Radical des Alpes" et le journal conservateur "la Tarentaise".
En 1987 est publié "Mémorandum sur l'affaire MUGNIER" (Jacques GARIERI), qui amène Marius HUDRY et Lucien CHAVOUTIER à faire un rappel historique très clair dans le journal "La Savoie" du 6 février 1987 sous le titre: "l'air de la calomnie".
Les mésaventures parisiennes de Valentin TRAVERSIER (1852)
Valentin TRAVERSIER est né vers 1825, fils de Joseph Sébastien et de Thomasse MANSORT. Sur le recensement d'Esserts-Blay de 1848, il est noté comme "ouvrier à Paris", donc émigré dans la capitale française.
Durant l’automne 1852, à Paris, il est surpris en train de « couper une petite branche de lilas ». Il est alors expulsé de France ( !) et se retrouve en prison à Chambéry ( !!). Rappelons qu’à l’époque, la Savoie fait partie du Royaume de Piémont Sardaigne.
Le 20 novembre 1852, l’Intendant Général de Chambéry (équivalent de notre Préfet actuel avec des pouvoirs encore plus importants) – Division de Sûreté Publique - écrit à l’Intendant d’Albertville (équivalent de notre Sous Préfet) : « Le nommé TRAVERSIER Valentin (de) feu Sébastien, âgé de 25 ans, natif des Esserts-Blaix, venant d’être expulsé de France pour avoir coupé une petite branche de lilas hors Paris, et étant détenu dans les prisons de cette ville (Chambéry), je vous prie de recueillir tous les renseignements possibles sur les antécédents du susnommé, et de me les faire parvenir au plutôt possible ; je désirerais spécialement savoir s’il n’a ou n’aurait (pas) été sous le poids de quelques poursuites judiciaires » .
On peut penser que l’Intendant d’Albertville s’est ensuite retourné vers le Syndic (Maire) d’Esserts-Blay pour avoir les renseignements demandés.
Le Syndic (Martin REY) et le Conseil délégué (Conseil Municipal restreint composé de Sébastien BLANC et de François TRAVERSIER) de la commune des Esserts et Blay certifient, le 29 novembre 1852, qu’aucune plainte n’a jamais été instruite ni contre la famille de Sébastien TRAVERSIER, ni contre son fils Valentin.
Le 4 décembre 1852, sans doute rassuré par la réponse, le Premier Conseiller de l’Intendant Général, certainement en charge de la Sûreté Publique, établit l’attestation suivante, qui permet à Valentin de rentrer à Esserts-Blay : « Le nommé TRAVERSIER Valentin, feu Sébastien, âgé de 30 ans, garçon de peine, de la commune d’Esserts Blais, expulsé de France comme étant dangereux à la sûreté publique, et se trouvant sans moyens d’existence pour se rapatrier, vient d’être muni par ce Bureau (celui de la Division de Sûreté Publique de l’Intendance Générale de Chambéry) d’une feuille de route avec indemnité pour se rendre à Esserts Blais avec obligation de se présenter par-devant l’autorité locale, dans le terme de trois jours » (documents communiqués par Gilbert MAISTRE)
21:05 Publié dans 29 Faits divers du XIXème siècle | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Esserts-Blay, Blay, St Thomas, histoire
23.04.2007
La consigne du sel de 1561
La 1ère moitié du XVIème siècle marque une période difficile pour la Maison de Savoie. Le Duc Charles III n’arrive pas à choisir entre les deux hommes forts de l’Europe, son neveu, le Roi de France François Ier, et son cousin puis beau-frère, l’Empereur Charles-Quint. Si bien qu’il y perd la quasi-totalité de ses territoires, la Savoie se retrouvant occupée par la France de 1536 à 1559.
Son fils et héritier, Emmanuel Philibert, n’est pas fait du même bois. Il s’engage aux cotés de la Maison d’Autriche, et remporte, le 10 août 1557, une très importante victoire contre la France. Cela lui vaut, au Traité de Cateau-Cambrésis (25 avril 1559), de récupérer ses Etats.
Immédiatement, il entreprend de réorganiser complètement son Duché pour en faire un Etat moderne et centralisé, suivant l’exemple des grandes monarchies européennes (c’est notamment lui qui fixe, en 1563, la capitale du Duché à Turin).
Il s’attaque notamment au problème du budget de l’Etat, donc aux impôts. Jusqu’alors, les impôts étaient en quelque sorte votés à la demande du Duc, par les Etats Généraux, sous forme de don gratuit. Emmanuel Philibert veut mettre en place un système qui permette de faire rentrer de l’argent de façon plus régulière dans les caisses de l’Etat. A ce titre, il convoque les Etats Généraux en juillet 1560, pour faire voter, à la fois un don gratuit, et aussi un nouvel impôt indirect : la gabelle du sel. L’Edit du 3 novembre 1560 organise le monopole de la distribution du sel, c’est à dire l’obligation pour chaque foyer de ne s’approvisionner en sel que dans les greniers ducaux. Le prix du sac de 47 kg est fixé à 10 florins, 4 florins pour le prix de la marchandise, 6 florins pour l’impôt. L’Edit fixe également la consommation minimale par personne et par bête. Les misérables sont exempts de la taxe, les enfants de moins de 5 ans ne sont pas considérés comme des consommateurs.
Afin que tout cela fonctionne, il a donc fallu dénombrer précisément la population et le bétail « prenant sel ». Ce dénombrement a été réalisé en Savoie Propre, Maurienne et Tarentaise en 1561-1562. Le recensement dit de la gabelle du sel de 1561 énumère pour chaque feu les personnes qui y vivent : le chef de famille, l’épouse, les enfants (ceux de moins de 5 ans sont notés à part), les autres membres de la famille, et les personnes dont le chef de famille a l’administration. Les familles nobles et les membres du clergé son recensés, de même que les absents (émigrés le plus souvent). Le nombre de domestiques et leur qualité sont notés (mais pas leur nom). La mention « misérable » accompagne les feux susceptibles d’être exemptés (pas de bétail ni de biens fonciers). Pour chaque feu est donné le nombre d’animaux consommant du sel, avec distinction entre les animaux en propriété, en « ayverne », ou « estranges » : vaches, génisses (moges), veaux (mogeons), brebis (fées), chèvres, bœufs.
Pour ce qui concerne notre secteur, le recensement, fait les 15 et 16 mai 1561, regroupe les paroisses de St Paul et de St Thomas, Blay étant un quartier de la paroisse de St Paul.
Je n'ai pas travaillé sur le document original (que je n'aurais sans doute pas su déchiffrer), mais sur la transcription publiée en 1998 par l'Association des Amis du Patrimoine de Basse Tarentaise: "Le dénombrement de la Gabelle de Sel de 1561: St Paul - Blay - St Thomas des Esserts". Je ne suis pas certain du tout de ne pas avoir fait d'erreurs. J'ai par exemple des doutes sur le nombre de feux -un feu regroupe les personnes vivant sous un même toit; cela correspond souvent à une famille, parfois élargie - (j'ai considéré que chaque astérisque de la liste correspons à un feu), ou sur le nombre d'enfants de certaines familles (Jean François Claude Bartheleme masles, cela fait combien d'enfants?).
Pour accéder au fichier EXCEL du dénombrement de 1561, cliquez sur le lien suivant: Gabelle_du_sel_1561_- St Paul - Blay - St Thomas
On dénombre 1080 habitants à St Paul, Blay et St Thomas (+ 55 domestiques non dénommés), répartis en 210 feux, auxquels on peut ajouter les 2 prêtres et les 2 vicaires desservant les 2 paroisses. Soit, hors domestiques, 562 personnes de sexe masculin (51.75 %) et 522 de sexe féminin (48.25 %).
Les 2 seules famille nobles sont celles que nous connaissons:
- Jean DE RIDDES, seigneur de Blay, emploie 3 domestiques et est propriétaire de 14 vaches, 5 veaux ou genisses, 30 brebis, et 3 chèvres. C'est le plus gros propriétaire de cheptel recensé.
- François D'AVALLON, seigneur de St Paul, emploie également 3 domestiques, mais dispose d'un cheptel nettement moins important: 3 vaches, 3 génisses ou veaux, et 13 brebis.
32 familles ( 15 % d'entre elles) emploient des domestiques: 18 en ont 1, 6 en 2, 6 en ont 3 (dont les 2 familles nobles) et 2 en ont 4 (les familles de Viffrey FERLAY et de Pierre MEILLEUR).
Le dénombrement détaille, par feu, les animaux susceptibles de consommer du sel. Il distingue les animaux que la famille possède en propre, et ceux que la famille "tient à commande". Dans ce derniers cas, le paysan élève des bêtes qui appartienent à d'autres personnes plus fortunées. Au moment du contrat, presque toujours notarié, les 2 parties fixent conventionnellement la valeur du bétail apporté par le bailleur. A la fin du contrat, on procède à une nouvelle estimation du bétail (en y ajoutant les petits nés entre-temps), et le bailleur et le preneur se partagent moitié-moitié la "plus value" réalisée. Les bêtes en question sont notées soit comme "estranges" (étrangères), soit comme "ayvernes" (confiées pour la période hivernale).
Sous réserve d'erreurs, j'ai dénombré:
- 636 vaches, dont 430 en propriété (67.6 %)
- 408 veaux ou génisses (on dit alors mogeon et moge), dont 381 en propriété (93.4 %)
- 1779 brebis (on dit alors "fées"), dont 1292 en propriété (72.6 %)
- 1219 chèvres, dont 1072 en propriété (87.9 %)
- 7 boeufs (François DUCREST dit DURANDAL, Viffrey FERLEY, Antoine PAQUELET, Pierre MEILLEUR, Michel FERLEY)
- 3 pigeons (bonjour la consommation de sel des pigeons) (Antoine GIROD de la FUSTAZ)
Soit au total: 4052 bêtes, dont 3185 en propriété (78.6 %) . Comme ailleurs en Savoie, les porcs ne sont pas recensés (peut être ne consomment ils pas de sel).
124 familles (59 %) ont au moins 1 vache en propriété. 27 n'en ont qu'une seule (parmi ces dernières, 8 n'ont ni génisses, ni veaux), 26 en ont 2, 24 en ont 3, 17 en ont 4, 8 en ont 5. Seules 22 familles ont 6 vaches ou plus: 7 en ont 6, en ont 7, 4 en ont 8, 1 en a 9, 2 en ont 10, 1 en a 12 (Jacques FONTAINE) et 1 en a 14 (Jean DE RIDDES).
Les patronymes de 1561:
Les patronymes les plus fréquents (attention: les femmes mariées ou veuves sont dénommées sous le nom de leur mari, et les domestiques ne sont pas identifiés):
- GIROD: 14 feux (7 % des feux) et 71 personnes (7 % des habitants).
- BOSON / BOSON SAUGE: 13 feux (6 % des feux) et 64 personnes (6 % des habitants). On notera la présence d'une famille BOSON DE LA SAULGE. François et Antoine, fils de défunt Jean, habitent avec leur mère Michelette. Ils sont certainement les aieux des BOSON SAUGE qui habitent encore le village 450 ans plus tard.
- MORARD: 11 feux (5 % des feux) et 62 personnes (6 % des habitants)
- PERROD / PERRAUD: 9 feux et 51 personnes
- REY: 8 feux et 51 personnes
- FERLEY: 8 feux
- MICHEL / MICHALLE: 8 feux
- ROCHE: 8 feux
- COLLOMBIER: 7 feux
- GLAYSAT: 7 feux
- MATHIEU / LE MATHIEU: 7 feux
- MEILLEUR: 7 feux
Par rapport aux autres patronymes que nous retrouverons à Blay en 1730 (voir chapitre sur la mappe sarde de 1730) ou dans les recensements de 1814, 1839 et 1848, nous pouvons faire les commentaires suivants (attention: pour la Consigne du Sel de 1561, on ne peut pas différencier à coup sûr St Paul, Blay et St Thomas):
Les AVRILLIER (1er patronyme à Esserts-Blay en 1730 et 4ème en 1814) ne sont que 3 feux et 20 personnes en 1561 (le nom semble s'écrire ARVILLIER).
MERCIER, 1er patronyme à Esserts-Blay en 1814, n'est porté, en 1561, dans l'ensemble St Paul - Blay - St Thomas, que par 6 feux et personnes.
Il n'y a pas de BLANC (1er patronyme à Esserts-Blay en 1814), mais GLAYSAT est un des patronymes les plus répandus en 1561. Le rapprochement entre les 2 noms, GLAYSAT et BLANC a du intervenir au XVIIème siècle, puisque GLAISSAT BLANC est le 2ème nom le plus porté parmi les propriétaires de Blay et de St Thomas sur la mappe sarde de 1730.
Il n'y a pas non plus de LASSIAZ (3ème patronyme à Esserts-Blay en 1814) en 1561, ni de VELLAT (ou VELAT), ni de VALLOZ, ni de TEILLIER, ni de GUEILLAND (il y a 1 feu ROSSAT).
FERLEY, GIROD, ROCHE, PERROD, TESTAZ (TETAZ), COLLOMBIER, FONTAINE/FONTANNAZ, BOSON/BOSON SAUGE et REY, noms fréquents dans le village aux XIXème et XXème siècles, sont des patronymes déjà bien portés en 1561.
Il n'y a qu'un seul feu PERONNIER (13 personnes) en 1561 (48 personnes en 1848).
Il n'y a pas de RAVIER GARON, mais plusieurs famille RAVIER (pas de GARON). Le nom RAVIER GARON apparait au XVIIème siècle (voit chapitre sur les RAVIER GARON).
Plusieurs patronymes largement portés à Esserts-Blay aux XIXème et XXèmes siècles, sont presque absents en 1561: TRAVERSIER (1 feu), VARCIN (1 feu), VOISIN (1 feu), DENCHOZ (DENCHE - 2 feux en 1561 - les DENCHE sont arrivés au milieu du XIXème siècle à Esserts-Blay, mais étaient déjà bien présents à St Paul).Au niveau des prénoms, les plus usuels sont à l'époque:
Féminin: Jeanne/Jeannette: 95 - Pernette (Pierrette): 77 - Françoise: 65 - Antoine (Antoinette): 54 - Claude: 45. Ces 5 prénoms sont portés par 336 personnes, soit les 2/3 des habitantes.
Les autres prénoms féminins notés sont: Jacquemette (23), Michelette (21), Aimée (18), George (14), Louise (12), Urbanne (11), Hippolytaz (8), Thomasse (8), Philippe (Philippine) (8), Benoite (7), Gonine (5), Mathea (4), Andréa (4), Anne (5), Nicolarde / Nicolette (3), Catherine (2), Bastianne (2), Berthe (2), Gabrielle (2), Guillaumette / Guillerme (2), Hugonete (2), Martine (1) Habraham (1), Charlotte (1), Angeline (1), Donade (1), Etiennette (1), Maurize (Mauricette) (1), Maxime (1), Mermete (1), Mye (1), Visfreyze (1). Le prénom Marie n'est notée qu'à 5 reprises. On peut penser qu'il est porté beaucoup plus fréquemment, mais en association avec un autre prénom.
Masculin: Jehan (Jean): 85 - Pierre: 84 - Antoine: 78 - François: 68 - Claude: 44. Ces 5 prénoms sont portés par 359 personnes, soit également les 2/3 des habitants.
Les autres prénoms masculins notés sont: Jacques (41), Philippe / Philibert (18), George (16), Michel (16), Benoit (14), Hippolyte (14), Louis (11), Nicolas (11), Guillaume (7), André (5), Bartholomé (5), Anserme / Ansermoz (4), Aimé / Aymoz (3), Hugues (3), Humbert (3), Bernard (2), Martin (2), Urbain / Urban (2), Viffrey (2)Balthazar (1), Catherin (1), Gaspard (1), Henri (1), Laurent (1), Maurice (1),
21:15 Publié dans 09 La consigne du sel de 1561 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Esserts-Blay, Blay, St Thomas, histoire
28.02.2007
RAVIER GARON, un patronyme en voie d'extinction
Quant à GARON (ou GARRON), nous menons l’enquête.
Le patronyme RAVIER-GARON s’avère être un nom assez typique du village d’Esserts-Blay. Il apparaît certainement, à Blay, à la fin du XVIème siècle ou au tout début du XVIIème siècle. En 1839, il est le 6ème patronyme le plus porté dans la paroisse de Blay (30 personnes).
Pourtant, ce patronyme est en train de s’éteindre en ce début de XXIème siècle, puisqu’il n’est plus porté que par les personnes suivantes, elles même issues de 2 branches de RAVIER GARON:
Branche Joseph le Cadet: Martine RAVIER GARON, fille unique de Hippolyte et Raymonde, qui a épousé Jean-Marc MOLLET è ses 2 enfants, Floreana et François, ne s’appellent pas RAVIER GARON.Sa tante Yvette, épouse JACQUET.Eliane RAVIER GARON, veuve GAUDICHON, cousine germaine du père de Martine, qui va sur ses 75 ans, sa soeur Gisèle Olga, 77 ans, épouse MERCIER, et leur mère Jeanne Marie, née MERCIER, qui vient de passer 100 ans.Denise RAVIER GARON, 82 ans, veuve GUILLEMIN, est une autre cousine germaine du père de Martine.Suzanne RAVIER GARON, grande tante de Martine, qui a fêté ses 92 ans début 2007.
Branche Joseph l'Aîné: Gilbert RAVIER GARON (marié avec Odette FONTAINE) et ses soeurs Monique et Irène.
Ces 2 branches se sont séparées au milieu du XVIIIème siècle: Joseph l'Aîné (1738-1804) et Joseph le Cadet (1742-1800) sont frères, fils de Bernard RAVIER GARON (1700-1868).
Remontons encore plus loin, en nous aidant des recherches généalogiques faites par Martine RAVIER GARON et quelques accro(e)s à la généalogie du village:
Le recensement de la gabelle du Sel de 1561 (fait sous le règne du Duc Emmanuel-Philibert) indique 6 porteurs du patronyme RAVIER (RAVYER ou RAVYE) :
- Philippe RAVIER, notaire, fils de Jacques
- Antoine RAVIER, également fils de Jacques, et sa femme Pernette, et leurs enfants François, Claude et Françoise
- Henry RAVIER, fils de feu Claude
- François RAVIER, également fils de feu Claude
- Pierre RAVIER, cultivateur, fils de Laurent, avec sa femme, avec sa femme Antoinette et leurs 2 fils Louis et François
- François RAVIER, cultivateur, fils de Hippolyte, avec sa femme Angeline, son fils Pierre et leurs 2 filles Pernette et Claude
Le nom RAVIER-GARON n’apparaît pas encore.
En dehors du recensement de la Gabelle du sel, nous manquons de sources jusqu’au milieu du XVIIème siècle, période à partir de laquelle les registres d’état civil commencent à être plus facilement exploitables. Vers 1650, se trouvent, à Blay, à St Paul ou à St Thomas, plusieurs branches de RAVIER GARON, certainement apparentées entre elles.
La seule branche RAVIER-GARON ayant une descendance certaine jusqu’au début du XXIème siècle est celle de Gaspard :
Gaspard RAVIER GARON a du naître vers 1630 et est décédé avant 1685. C’est l’aïeul à n + 10 de Martine RAVIER-GARON. Il épouse Marie Françoise PERROUD, avec qui il a (au moins) 7 enfants, 5 garçons (Dominique, Humbert, Antoine, Jean-François et Gaspard) et 2 filles (Pernette et Antoinette). Nous n’avons aucune information sur la descendance éventuelle de 6 des 7 enfants.
La transmission du nom RAVIER-GARON s’est faite par Jean-François, né en 1663. Jean-François se marie avec Josephte CHALLAND ; ils ont ensemble 8 enfants connus, 3 garçons (Hippolyte, François et Bernard) et 5 filles (Josephte, Jeanne, Hippolytaz, Antoinette et Marie). Sur ces 8 enfants, 6 ne nous ont laissé que leur date de naissance.
Nous avons un peu plus d’informations sur François, et Bernard.
François, né vers 1680-1685, épouse Marie FONTAINE (FONTANNAZ) en 1705 à St Paul. Ils ont 3 enfants (Anne, Antoinette et Joseph), dont nous ne connaissons pas la descendance : Comme il se passe 10 ans entre les naissances d’Anne et d’Antoinette, on peut penser qu’il nous manque des informations importantes.
Bernard RG naît vers 1700 et se marie d’abord avec Marie GIROD (cette dernière décède en 1744, certainement à la naissance de Jean), avec qui il a 9 enfants, 2 filles et 7 garçons. Veuf, il se remarie en 1745, à l’age de 45 ans, avec Françoise GAUDICHON, âgée de 35 ans avec laquelle il semble ne pas avoir eu d’enfants (elle ne parait pas en avoir eu avant de son coté) C’est l’aïeul à n + 8 de Martine RAVIER-GARON.
Les autres branches RAVIER-GARON du milieu du XVIIème siècle, certainement apparentées entre elles, sont les suivantes :
François RG, né vers 1630, décédé en 1685, se marie avec Jacquemine BERARD. Ils ont 9 enfants, 4 filles (Philiberte, Antoinette, Georgette et Françoise) et 5 garçons (Hippolyte Claude, Pierre, Bartholomé, Philibert et un 2ème Philibert, le 1er n’ayant vécu que 2 mois).
Sur les 5 garçons, seul Hippolyte Claude a une descendance (très nombreuse) sur laquelle nous avons quelques informations. Pour les 4 autres garçons, nous ne savons pas grand-chose, à part la date de naissance :
Nous savons beaucoup plus de chose d’Hippolyte Claude, né en1654 et décédé, à un peu plus de 67 ans, âge très respectable pour l’époque, au début de 1722. Hippolyte Claude se marie 2 fois, et a, au moins, 15 enfants.
Il épouse d’abord, en 1676, à 22 ans, Antoinette GLAISAT BLANC. Ils ont 11 enfants, 10 fils, dont 4 meurent très jeunes (Georges, Jean Antoine, Bernard et Pierre), et 6 dont nous ne connaissons que la date de naissance (Hippolyte, Joseph, Jean Antoine, Gaspard, Louis et Eusèbe) et 1 fille (Philibert qui décède à l’âge de 15 ans). En résumé, malgré 11 enfants, nous perdons la trace de la descendance éventuelle d’Hippolyte Claude RG et d’Antoinette GLAISAT BLANC dès la génération suivante. Antoinette GLAISAT BLANC décède le 13 août 1697, probablement suite à son accouchement de Pierre, qui décède lui-même 11 jours plus tard.
Hippolyte Claude, qui a 43 ans, se remarie, sans doute rapidement, comme cela se faisait communément à l’époque, avec Pernette TETAZ (ou TETAZ GROS). Ils ont ensemble 4 enfants (Hippolyte Claude a 54 ans à la naissance du dernier) : Joseph ou Josephte, Etienne, Antoinette et Marie. Seule la descendance de leur fille Antoinette, née en 1705, décédée à 50 ans en 1755 nous est connue. Elle épouse, en 1727, Martin PERONNIER, âgé, lui, de 33 ans. Nous avons la trace de leur descendance jusqu’à nos jours puisqu’ils sont, eux aussi, les aïeux de Martine RAVIER GARON.
En synthèse, et malgré le nombre considérable d’enfants, mâles de surcroît, d’Hippolyte Claude RG, nous n’avons aucune autre information sur les éventuels descendants RAVIER GARON de François RG et Jacquemine BERARD, au-delà de la 3ème génération (les enfants d’Hippolyte Claude).
Il y a aussi, à cette période (fin du XVIIème, début du XVIIIème), d’autres branches, moins fournies, de RAVIER GARON, sur lesquelles nous possédons quelques informations, mais peu nombreuses :
Antoine RG épouse en 1702 Josephte FILLION. Ils ont 6 enfants, dont nous ne connaissons que les dates de naissance, 5 filles (Hippolytaz, une 2ème Hippolytaz, Josephte, Urbaine et Anne) et 1 fils (Michel). Antoine est certainement un proche parent de Hippolyte Claude (peut être un fils, peut être le Jean Antoine évoqué plus haut), puisque ce dernier et sa femme Pernette TETAZ sont les parrains d’Hippolytaz.
Nous avons trace de François RG (1704 – 1772), qui épouse, vers 1730, Josephte CARRET, avec il a 6 enfants. Pour 5 d’entre eux (Michelle, Jean, François, Josephte et Georgette), nous ne connaissons pas leur descendance. Quant à l’aînée, Bernarde, née en 1731, elle épouse Hippolyte PERONNIER en 1757, avec qui elle a 3 enfants. Peut être François est il un fils d’Hippolyte Claude, puisque son père semble s’appeler Hippolyte (et sa mère Marie, Marie étant un prénom mis à toutes sauces à cette époque).
En résumé, le seul RAVIER-GARON qui, d'après nos sources, perpétue durablement le nom RAVIER-GARON, est Bernard RAVIER-GARON (1700-1768), fils de Jean-François et petit fils de Gaspard. Pour tous les autres, nous perdons toute trace après 1730.
Bernard RAVIER GARON (1700-1768) se marie donc 2 fois, d’abord avec Marie GIROD (vers 1725), puis avec Françoise GAUDICHON (en 1745). Bernard et Marie GIROD ont 9 enfants, 2 filles (Pernette et Hippolytaz) et 7 garçons (Hippolyte, Marie, Claude, Joseph dit l’Aîné, Bernard, Joseph dit le Cadet, et Jean).
Sur les 7 garçons, il y en a 3 pour lesquels nous n’avons pas d’autre information que la date de naissance : Marie, Bernard et Jean.
Pour les 4 autres :
Hippolyte, né en 1732, et Claude, né en 1736, épousent, en 1757, respectivement, Jeanne Félize et Françoise TEILLIER, qui sont sœurs.
Il y a ensuite 2 Joseph, l’un dit l’Aîné, l’autre le Cadet:
. Joseph, dit l’Aîné, (1738 – 21 juillet 1804), épouse en 1757 également Marie PERONNIER (1748 – 30 janvier 1824)
. Joseph, dit le Cadet, (1742 – 31 mars 1800) épouse en1768 Sébastienne BOZON SAUGE (1753 – 6 mars 1805)
Bernard a donc 4 fils qui ont une descendance RG : Hippolyte, Claude, Joseph l’Aîné et Joseph le Cadet. Nous allons voir que seuls les 2 Joseph, Joseph l’Aîné et Joseph le Cadet, auront une descendance RAVIER-GARON durable.
Nous avons vu que 2 autres fils de Bernard, Hippolyte et Claude, ont épousé 2 sœurs TEILLIER.
Hippolyte et Jeanne Felize TEILLIER ont 4 enfants, 2 filles (Françoise et Hippolytaz) et 2 garçons (Sébastien et Marie), dont nous ne connaissons pas la descendance. Il faudrait en savoir plus sur Sébastien, né en 1760, qui se marie en 1791 avec Marie MORARDET. Donc, du coté d’Hippolyte, pas de descendance RG connue de la 1ère génération.Claude et Françoise TEILLIER ont 2 enfants, des garçons (Joseph et Bernard). Nous ne connaissons de Bernard que sa date de naissance (1761).
Quand à Joseph, né en1760, il se marie en 1782 avec Georgette CATELIN TEILLIER. Ils ont 3 enfants, des garçons, dont nous savons très peu de choses : Jean François, « imbécile », (1786 – 1825), mort à La Bathie, Antoine, né en 1787 et Jean Joseph, né 1790 è Pas de descendance RG connue après les 3 enfants de Joseph
Donc, des RAVIER-GARON du milieu du XVIIIème siècle, seuls Joseph l’Aîné et Joseph le Cadet, tous 2 fils de Bernard, donc petits fils de Jean-François et arrière petits fils de Gaspard, auront une descendance RAVIER-GARON connue et significative, jusqu’à nos jours.
1. Joseph l’Aîné (1738-1804) épouse Marie PERONNIER ; ils ont ensemble 10 enfants, 6 filles (Marie, Jeanne, Michelle, Gasparde, Josephte et Pernette) et 4 garçons (Jean Baptiste, Joseph Marie, Bernard et Sébastien). Sébastien décède à 14 ans en 1798.
Jean Baptiste (1769 – 1843) se marie en 1796 à Plancherine avec Jeanne BLANC (1774 – 1840). C’est le seul des fils de Joseph l’Aîné qui va perpétuer durablement le nom RAVIER-GARON.
Joseph Marie (1773 – 1848) se marie en 1797 avec Josephte AVRILLIER (1771 – 1845)
Bernard (1777 – avant 1839) se marie en 1805 avec Jeanne Françoise BLANC (1780 – 1845).
1.1. Jean Baptiste et Jeanne BLANC ont 8 enfants, 5 filles (Pétronille et Jacqueline, qui sont jumelles, Hippolytaz, Josephte et Marie Françoise) et 3 garçons (Bernard Marie, François et Joseph Marie).
Quelques mots sur Hippolytaz, née en 1806, décédée à 70 ans en 1876 : elle épouse en 1846, Esserts-Blay, Jean Marie …. RAVIER GARON. Hippolytaz et Jean Marie sont cousins au 2ème degré : le père d’Hippolytaz (Jean Baptiste) est le cousin du père de Jean Marie (Louis) è le grand père paternel d’Hippolytaz (Joseph l’Aîné) est le frère du grand père paternel de Jean Marie (Joseph le Cadet). Ils auront 2 enfants, une fille Marie Alexandrine née le 3 octobre 1847, et un fils Joseph Alexandre, né le 6 octobre 1849, sur lesquels nous ne savons rien
Quant aux 3 garçons, 2 meurent très jeunes : Bernard Marie (1800 – 1803) et François (1816 – 1818).
Seul Joseph Marie, né en 1803, décédé en 1889, à 86 ans, assurera une descendance RG, en épousant, en 1839, Michelette BLANC (1817 – décédée après 1887). Ensemble, ils ont 6 enfants, 2 filles (Marie Jacqueline et Mélanie Julie) et 4 garçons (Pierre Marie, Zacharie et Joseph Alexandre et Joseph Séraphin) :
. Pierre Marie (1841-1893) et Joseph Séraphin (1853-1871) meurent sans enfants
. Zacharie, né en 1844, épouse Thérèse LEGER. Ils ont 2 garçons, Louis, mort en bas âge (1873-1873) et Victor Séraphin, né en 1875.Victor Séraphin épouse en 1902, à Paris, Aline Marguerite CHAUVIN, puis en 1906, toujours à Paris, Rosa BERNARDINI.Nous n’avons pas d’info sur sa descendance.
. Joseph Alexandre (1851 – 1935) se marie 2 fois. Il épouse d’abord, en 1879, Marie Lucie BOZON SAUGE (1859 –1888), avec qui il 2 enfants, Joseph Isidore et Mélanie :
Joseph Isidore (1883 – 1973 à La Bathie), épouse, en 1919, Marie Julie Joséphine DODET (1890-1962), avec laquelle il a 2 enfants : Maurice, né en 1920, et Lucie Louise Gabrielle, née en 1922, qui épouse Adrien TARTARAT CHAPITRE en 1945.
Mélanie, née à Paris, épouse, en 1902, François Hippolyte GONTHIER, de St Paul.
Devenu veuf, Joseph Alexandre épouse en secondes noces, en 1889, à St Thomas, Julienne Thelcide TRAVERSIER, de St Thomas (1864 - ). Ils ont 5 enfants, 2 filles qui meurent en bas âge (Marie Joséphine et Marie Thérèse) et 3 garçons :
Joseph Marie, né en 1895, décédé en 1967, à l’age de 72 ans à Albertville.
Séraphin, né en 1899, qui épouse, en 1924, à Paris, Joséphine BUTHOD GRAND JEAN.
René François, né en 1903, qui épouse, en 1936, à Paris, Eliane AVRILLIER (de St Paul).
Je n’ai pas d’autres informations sur Joseph Marie, Séraphin et René François, ni sur leur descendance éventuelle.
1.2. Joseph Marie (1773-1848) et Josephte AVRILLIER ont 5 enfants, 2 filles (Marie Magdeleine et Martine) et 3 garçons (Jean-Baptiste, Maxime et Jean).
Jean-Baptiste et Maxime meurent très jeunes. Jean, né en 1816, est émigré à Paris en 1839, mais nous ne savons rien d'autre sur lui.
1.3. Bernard (1777- mort avant 1839) et Jeanne Françoise BLANC ont 7 enfants, 3 filles (Marie Hippolytaz, Félisaz et Hippolytaz) et 4 garçons (Antoine, Bernardin, Claude et François Marie).
Pour Bernardin et Claude, nous ne connaissons que leur date de naissance (1811 et 1813).
Antoine, né en 1806, épouse en 1833, à EB, Marie Antoinette REY GRANGE (1804-1845). Ils ont 2 garçons, Marie François qui meurt enfant (1833-1837), et Alexandre, dont nous ne connaissons que la date de naissance (1835).
François Marie, né en 1818, épouse Jacqueline FONTAINE avec qui il a 3 filles (Francine, Marie Mélanie, et Marie Sophie), et un seul garçon, Joseph, né en 1843, dont nous ne savons rien
2. Joseph le Cadet (1742-1800) est l’aïeul à n + 7 de Martine RAVIER GARON.
Il se marie avec Sébastienne BOZON SAUGE et a, comme son frère Joseph l’Aîné, 10 enfants, 4 filles (Marie, Josephte, Pernette et Charlotte) et 6 garçons (Bernard, Claude, Louis, Laurent, Jean-Pierre et Ambroise).
Bernard (1776-1782), Jean-Pierre (1787-1787) et Ambroise (1788-1788) meurent très jeunes.
Laurent (1782-1813) est célibataire quand il décède (« laboureur et militaire en retraite »).
Seuls Claude (1779-1818) et Louis (1800-1837), même s’ils meurent tous les deux avant 40 ans, transmettent le nom RAVIER-GARON.
2.1. Claude (1779-1818) se marie en 1798, à Blay, avec Jeanne AVRILLIER (1774-1843), avec qui il a 7 enfants, 3 filles (Pernette et Jeanne Antoinette qui meurent jeunes, Pernette qui vit jusqu’à 75 ans mais apparemment sans se marier), et 4 garçons (Jean Joseph, Jean Marie François, Hippolyte et Joseph).
Jean Joseph meurt très jeune (1801-1801), Hippolyte et Joseph ne nous ont laissé que leur date de naissance (1805 et 1816).
Seul Jean Marie François, né en 1802, transmet le nom RAVIER GARON. Il s’agit de l’aïeul à n + 5 de Martine RAVIER GARON. Jean Marie François se marie en 1827 avec Marie Hippolytaz FONTAINE TRANCHANT, avec qui il a 5 enfants, 2 filles (Marie Julie et Christine) et 3 garçons (Jean Marie, Julien, et Joseph).
Jean Marie meurt très jeune (1831-1835).
Joseph, né en 1837, épouse, en 1866, Jeanne Marie BOZON SAUGE (1843 - ). Ils ont une fille, Eugénie, née en 1872, qui épouse, en 1899 à Neuilly, François Julien PUTHEL. Puis il épouse en 2èmes noces Jeanne PERONNIER (prénom à vérifier), dont il a 2 filles dont nous ne savons rien.
Julien RAVIER GARON (1833 – 1912) épouse, en 1859, à Blay, Julienne MERCIER (1837-1909). Ils sont ensemble 9 enfants, dont 8 filles (Justine, Mélanie, Jérémie, Célestine, Victorine, Hélène, Cécile et Marcelline) et 1 seul garçon, Hippolyte. Julien est l'arrière arrière grand père de Martine RAVIER GARON
Hippolyte (1866-1924), l’arrière grand père de Martine RAVIER GARON, épouse, en 1894, à Blay, Jeanne Marie AVRILLIER (1873-1962). Ils ont ensemble 7 enfants, 4 filles (Joséphine Célestine, Hélène Marcelline, Marguerite Léontine et Suzanne Elise, qui vient de fêter ses 92 ans) et 3 garçons (Léon, Philippe Jules et Marcel Hippolyte).
Léon (1895-1963) se marie en 1923 avec Marie Emma MERCIER (1902-1991). Ce sont les parents d’Hippolyte, dit « Popo », et d’Yvette. Hippolyte RAVIER GARON et Raymonde PERONNIER ont eu une fille, Martine, qui a épousé Jean-Marc MOLLET, avec qui elle a eu Floreana et François (MOLLET). Yvette RAVIER GARON a épousé Lucien JACQUET, avec qui elle a eu Isabelle et David (JAQUET).
Philippe Jules (1896-1918) est mort pour la France à 22 ans, à la fin de la 1ère guerre mondiale.
Marcel Hippolyte (1900-1965) épouse, en 1929, à EB, Jeanne Marie MERCIER, qui a fêté ses 100 ans au début de 2007. Ce sont les parents de Gisèle Olga (épouse MERCIER Alexandre), Eliane Thérèse (épouse GAUDICHON) et Jeannot RAVIER GARON (décédé récemment sans enfant).
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On notera que Julien RAVIER GARON (1833-1912) est l'aïeul de nombreuses personnes. En voici une liste non exhaustives:
Par Mélanie (1861-), épouse MERCIER: Monique BLANC (épouse MOREAU), ses frères et soeurs Marie Paule, Joseph René, Daniel et Joelle, sont ses arrières arrières petits enfants; de même que Jacky FILLION NICOLLET, ainsi que Andrée BLANC (épouse LANU) et sa soeur Mireille (épouse VALAZ).
Par Hippolyte (1866-1924): Martine RAVIER GARON, Isabelle (épouse LAMBERT) et David JACQUET, Eliane, Francine, et Michel PUCHJEAN, sont ses arrières arrières petits enfants. Gisèle Olga et Eliane RAVIER GARON, Denise RAVIER GARON et Michelline DACKEVITCH, sont ses arrières petits enfants.
Par Célestine (1869-1935), épouse VELAT: Josiane BLANC (épouse ROCHE), sa soeur Jeanine (épouse TRAVERSIER) et son frère Gilles sont ses arrières arrières petits enfants; de même que Paul, Pierre, Maryline et Arlette AVRILLIER, et leurs cousins Annick, Liliane, Jean-Claude et Chantal AVRILLIER; ainsi que Jean-Pierre, Isabelle et Patrick COLLOMBIER, Yvan et Gisèle FUGIER, et enfin André, Pascal et Jean-Marc GAUDICHON.
Par Victorine (1872-1949), épouse COLLOMBIER: Philippe, Chantal et Gérard COLLOMBIER sont ses arrières petits enfants, de même que Eliane (épouse BOCHET) et Gilbert COLLOMBIER.
Par Marcelline (1883-1952), épouse COLLOMBIER: Robert, René, Raoul, Simone, Paul et Julien DENCHE sont ses arrières petits enfants.
Enfin, Cécile (1879-1939) a épousé, en 1925 à Esserts-Blay, Jean Baptiste DEGLISE FAVRE, né à Bonvillard; je n'ai pas d'information sur leur descendance.
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2.2. . Louis (1800-1837), autre fils de Joseph le Cadet et frère de Claude se marie d’abord, en 1819, avec Françoise Hippolytaz MARTIN MOLLARD, de St Paul (1794-1826), puis, en 1826, avec Martine POUX, de Rognaix (1800 - ).
Avec Françoise Hippolytaz MARTIN MOLLARD, il a un fils, Jean-Marie, et une fille, Jeanne Marie.
Jean Marie, né en 1820 se marie en 1846, à EB, avec Hippolytaz RAVIER GARON, sa cousine au 2ème degré (les grands pères paternels sont frères). Ils ont 2 enfants, une fille Marie Alexandrine, née en 1847, et un fils, Joseph Alexandre, né en 1849, sur lesquels nous ne savons rien.
Avec Martine POUX, il a 4 enfants, 3 filles (Marie Pernette, Mélanie et Christine) qui meurent jeunes toutes les trois, et 1 fils, Séverin (né en 1834) dont un recensement de 1870 nous apprend qu'il est à l'époque, ouvrier à Paris, et célibataire.
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