20.04.2009

Légendes, mystères et traditions d'Esserts-Blay

Au niveau de la Savoie, le sujet est abondamment traité. Ce chapitre ne concerne donc que les légendes, mystères ou traditions touchant particulièrement, parfois specifiquement, le village d'Esserts-Blay

La venue de St Thomas de Canterbury à St Thomas:

Nous avons vu que la paroisse de Saint Thomas a été fondée au XIIIème ou XIVème. Elle rend hommage à Thomas Becket, né en 1117 à Londres, chancelier du Roi d’Angleterre Henri II, puis archevêque de Cantorbéry (1162). Thomas BECKET passe alors pour être un très proche et un fidèle du Roi Henri II, dont l’objectif est d’étendre sa mainmise sur l’ensemble de l’église anglicane.

Dès son élection à l’archevêché, Thomas Becket entre en conflit avec son protecteur. Au contraire du Roi, il veut libérer l’église anglicane de sa dépendance vis-à-vis du pouvoir laïc.

Les relations entre Henri II et Thomas Becket se détériorent rapidement.

En 1164, désavoué par les autres évêques anglais, Thomas Becket part en exil en France, où Louis VII lui offre sa protection.

Sous la menace de se voir excommunié par le Pape, Henri conclue la paix avec Thomas le 22 juillet 1170.

Ce dernier rentre en Angleterre le 3 décembre 1170, mais est assassiné par des hommes du Roi (probablement sur ordre au moins tacite de ce dernier) le 29 décembre 1170 dans sa cathédrale de Cantorbéry.

Il est canonisé en 1173, et son culte se répand très rapidement.

  Selon la légende, après sa disgrâce, Thomas BECKET avait été enfermé, en Angleterre, dans une tour par les hommes du Roi. Il parvint à s’échapper (malgré ses boulets aux pieds) et s’enfuit d’Angleterre. Il marcha pendant plusieurs années et arrive en vue de la Tarentaise (la Maison de Savoie a noué pendant des décennies des liens très forts avec l’Angleterre), complètement épuisé, à la recherche d’un lieu sur.

Au niveau de l’actuelle Tours en Savoie, il tourne son regard vers la montagne boisée qui se trouve de l’autre coté de l’Isère. Il franchit la rivière et commence à traverser la plaine, toute plate et très austère tant elle semble à l’écart du monde. La distance est longue et Thomas, l’herbe est grasse est touffue. Thomas a du mal à progresser dans cette prairie luxuriante, surtout avec ses boulets aux pieds.

La légende dit que la rosée des prés qu’il a traversés au prix de tant d’efforts, n’a jamais voulu recouvrir les traces laissées par les pas, le bâton et les boulets du saint homme.

Elle évoque aussi le « Chemin de la Trin », mot impossible à traduire, alliant la notion d’effort à celle de trace laissée ; c’est la longue trace laissée par les vénérables foulées de Thomas, trace que l’on distingue encore de nos jours depuis les maisons de St Thomas.

Thomas gravit ensuite les premières hauteurs boisées, puis, profitant d’un replat, installe son refuge et sa chapelle à l’endroit même où se situe aujourd’hui l’église paroissiale de St Thomas des Esserts.    

Le diable Gribouille au château de Blay :

Voilà ce que nous dit un texte de 1865, repris dans le numéro des Cahiers du Vieux Conflans du 3ème trimestre 1963 :

Ceci n’est point une légende, mais bien la chronique d’un fait qui s’est passé, il y a quelques dix ans, dans les ruines du vieux château de Blay, et que nous allons retracer.

Deux malins, d’autres disent deux fripons, s’entendirent un jour pour exploiter la crédulité publique. Ils voulaient qu’il y eut, dans les tours du vieux château d Blay, un trésor caché. L’un des compères avisa à cet effet une demi-douzaine de simples, auxquels il fit part très confidentiellement qu’il connaissait le moyen de faire arriver le diable, qui leur indiquerait l’endroit où était enfoui un trésor. Il n’avait besoin pour cela que d’acheter le Grand Albert, soit les Clavicules de Salomon (recueils de formules et de recettes magiques) ; mais ce précieux ouvrage ne pouvait se trouver qu’à Genève, et encore pas à très bon marché.

Les dupes ne manquèrent pas à remettre d’abord 250 francs à l’obligeant entremetteur des oeuvres de Satan, qui leur fit jurer le secret comme condition. Puis il partit pour Genève, où il acheta tout autre chose que les Clavicules de Salomon, et de retour, il annonça à ses heureux croyants qu’il avait bien trouver le fameux livre, mais qu’il était unique et qu’on exigeait 1200 francs pour le lâcher. Il fallait donc compléter la somme voulue si on voulait être riche à jamais. Nos simples croyants, aussi pauvres qu’ignorants, à l’exception d’un propriétaire aisé de Conflans, qui avait cependant tôpé dans le piège, firent un peu la grimace ; ils se grattèrent l’oreille ; mais l’appat de l’or, que les yeux de leur imagination apercevaient dans les ruines du vieux château, leur fit faire un effort supreme, et se cotisant, ils réunirent la somme de 1200 francs.

Quinze jours après, fidèle à ses engagements, le magicien convoqua ses victimes à Conflans. Là, il leur présenta un vieux in-folio en latin, imprimé en encre rouge et noire, leur disant que c’était le seul Grand Albert existant en Suisse. « Maintenant, mes amis, ajouta-t-il, nous touchons au moment. Il n’y a dans l’année qu’un jour propice pour l’évocation du diable à l’aide de ce livre. Ce jour, c’est le soir de Noël, et le moment, lorsque les cloches annoncent la consécration de la Messe de Minuit. Nous nous rendrons tous séparément vers les huit heures du soir dans la maison X… à Blay ; de là, nous irons à onze heures au vieux château. Mais, mes amis, le secret, le secret le plus inviolable ; sans quoi, pas de réussite possible ».

Tous furent discrets et surtout ponctuels ; au jour dit et sous la conduite du sorcier, ils arrivèrent entre onze heures et demi et minuit devant les tours du château de Blay. Ils se disposaient à pénétrer sous les voûtes du vieux manoir, lorsque leur guide, après avoir distribué des chandelles, qu’il alluma, fit tourner la bande en cercle, et ouvrant tout grand son livre magique, leur tint cette allocution suprême : « Mes amis, le moment solennel est arrivé ; nous voilà au bout de nos peines et de nos dépenses ; dans moins d’une heure nous serons riches. Je ne vous recommande plus qu’une chose, c’est du courage. Ne vous laissez ni intimider ni effrayer par l’approche de Satan, et je vous supplie surtout de ne pas m’abandonner pendant la lutte que je pourrais avoir à soutenir contre le Diable, qui est quelquefois terrible et pire qu’un ours ou un lion blessé. Jurez sur le Grand Albert qu’à tout évènement, vous ne m’abandonnerez et rappelez-vous que si vous veniez à faiblir à vos serments, je serai transporté tout vivant dans enfers ».

Pendant ce temps, le second compère, qui avait pénétré dans une grande salle en ruines, s’apprêtait à jouer son rôle de Diable. Il s’affublait d’un grand manteau noir, se coiffait d’une perruque et d’une barbe rousse et d’un chapeau tricorne. Il s’attachait aux pieds des chaînes en fer et tenait devant lui un grand plat dans lequel il y avait des étoupes d’eau de vie. Il avait pour ordre de n’allumer les étoupes qu’à la première évocation et d’avancer lentement à la troisième. Au moment d’entrer, l’homme au livre diabolique crut devoir apprendre encore à ses compagnons que chaque jour un nouveau diable prend à son tour le gouvernement des enfers et que celui qui présidait ce soir là et qui allait apparaître pour indiquer le trésor, se nommait Gribouille. Il avait à peine fini de parler que la cloche commença à tinter les coups de la consécration. « Allons mes amis, reprit-il, rapidement du calme et du courage ! A moi la besogne ! Pénétrons ». Ils entrèrent : le porteur du grand in-folio en tete s’avance au milieu des amas de décombres vers la salle délabrée. Après avoir murmuré quelques mots inintelligibles et pour les assistants et pour lui-même, il ouvre le livre et adjure solennellement le Diable en ces termes : « Diable Gribouille, sors des Enfers et parais devant moi ». A cette sommation, une lueur bleuâtre éclaire le fond obscur et encombré de la salle ; mais rien ne bouge encore. Elevant la voix plus haut, l’évocateur reprend : « Diable Gribouille, obéis à ma voix, sors des Enfers et parais au milieu de nous ».

Aussitôt un bruit de chaînes, puis un pas lent et pesant, se font entendre. A mesure que le bruit se rapproche, les six riches futurs se regardent avec terreur et se serrent les uns contre les autres. Nouvelle évocation, accompagnée de contorsions et d’imprécations dans une langue inconnue. Satan, ou du moins Gribouille, apparaît enfin à travers une échancrure de l’épaisse muraille qui tient lieu de porte d’entrée. A cet aspect sinistre, les assistants tremblent de tous leurs membres, leurs dents battent une mesure infernale, les chandelles leur tombent des mains et tous lâchent pied et se sauvent par les différentes issues en poussant des cris à épouvanter le Diable Gribouille lui-même.

La panique fut si grande que plusieurs d’entre eux, saisis par la diarrhée, tombèrent en chemin et firent de leurs vêtements des torche derrières. Les autres, dans un état pitoyable, se rendirent à une écurie du chef-lieu appartenant à l’un d’eux et où il était convenu qu’ils devaient tous se trouver pour partager le trésor. Le magicien ne tarda pas à les rejoindre et il leur adressa les plus vifs reproches. « Vous avez, leur dit il, par votre couardise et en violant votre serment, laissé échapper la fortune qui vous tendait les bras. Tout est perdu, pour longtemps du moins ; si vous aviez le malheur de dire un seul mot de cette affaire à âme qui vive, vous seriez infailliblement étranglé par le Diable. C’est ce qu’il m’a crié comme je sortais des ruines tout en tremblant ».

Le secret fut bien gardé pendant plus de trois ans. Cependant, les pauvres simples, finissant par revenir de leur frayeur, se hasardèrent, nous dit-on, à consulter trois jurisconsultes d’Albertville sur les moyens de rentrer dans leurs fonds. L’avis des jurisconsultes fut défavorable.

Dans cette affaire de voleurs et de volés, ceux-ci comme les premiers avaient tout intérêt à continuer à garder le secret, qui nous est confié aujourd’hui et que nous recommandons à nos lecteurs.    

Le mystère de la 4ème tour du Château de Blay :

Le Château de Blay a probablement été construit entre 1390 et 1418. Il n’a plus été habité à partir des toutes premières années du XVIIème siècle et à brûlé à la fin de l’année 1609. Il n’a jamais été restauré.

Il est de forme rectangulaire, avec à chaque angle, une tour, sauf dans l’angle nord ouest.

Cette absence de 4ème tour a suscité la curiosité; a-t-elle existé ? Si oui, comment a-t-elle été détruite ? Si non, pourquoi 3 tours seulement et pas 4 comme on pourrait s’y attendre ?

Plusieurs hypothèses ont été avancées :

En 1616, Antoine Gaspard De Riddes, Seigneur de Blay, et propriétaire du Château, décède. Son neveu, Gaspard Du Verger, désigné comme héritier universel, se demande si les dettes du défunt ne sont pas supérieures à l’actif successoral, et fait réaliser un inventaire des biens de son oncle. Cette inventaire, fait en 1617, indique que cette fameuse 4ème tour a bel et bien existé et qu’elle a été détruite par l’incendie de 1609.

L’architecte E.L. BORREL, dans son ouvrage de 1884 sur « Les monuments anciens de Tarentaise », ne croit à l'existence de cette tour, et pense que le seigneur qui fit construire le Château se vit refuser par son suzerain le droit de construire cette 4ème tour (la tour est un symbole de puissance).

 En fait, les études faite tout récemment (2000 – 2001) sur le terrain même du Château tendent plutôt à démontrer que cette tour n’a jamais existé.

Le mystère n’est donc pas levé : pourquoi avoir fait construire un Château avec 3 tours au lieu de 4 ?    

Le jeu du Coinchon

Il se joue aux pieds du Château de Blay le dimanche de Pâques. Il faut pour cela un dé, gros cube de bois de 20 cm de coté appelé domino, et, pour chaque joueur, un coinchon, maillet fait d’une branche de houx, et une baguette de bois d’un mètre, la servante. Le premier joueur place la servante sous ses pieds en disant : « le domino va devant, moi après et « un tel » après moi. Il lance le dé, puis son coinchon le plus près possible du dé. Le second désigné lui succède et ainsi de suite jusqu’au dernier qui s’empare de la servante en disant : « faute de valet, j’emporte la servante ».

Le secrétaire note le nom des gagnants (leur nombre est indiqué par le dé de 1 à 6), ceux dont le coinchon est le plus près du dé. Les joueurs sont à l’amende lorsqu’ils prononcent , selon la partie en cours, des mots patois, ou des surnoms, ou des jurons …Ces amendes servent à payer le repas pris en commun à l’auberge le soir même.

Ce jeu de Pâques est connu dans d’autres régions, toutes montagneuses, de Savoie et haute Savoie : le Chablais, le Faucigny, la Tarentaise. Selon les endroits, il s’appelle cornichon, cônichon, coinston ou coution. A Esserts-Blay, il se joue devant le Château. Dans la plupart des autres communes qui le pratiquent, on fait le tour de la commune en jouant.

Selon les spécialistes (Van Gennep, Roger Devos), il s’agit d’un jeu cérémoniel, une sorte de rite de prise de possession symbolique, par les habitants, du territoire de la communauté villageoise.  

Le Château du Bettier (ou Bettié) :

Sur le cadastre de 1876, il s’agit d’une « masure » appartenant à Hippolyte VELAT. Il n’en reste que les ruines d’un bâtiment assez haut.  

30.12.2008

la mappe sarde de 1730

C’est par les Lettres Patentes du 9 avril 1728 que le Roi de Piémont Sardaigne décida l’exécution du cadastre de Savoie. L’objectif principal de ce cadastre était de recenser avec précision les propriétés de chacun afin d’apprécier au mieux la capacité du duché à payer l’impôt, et en répartir la charge en fonction de critères objectifs basés sur la richesse potentielle des uns et des autres. L’exécution du cadastre fut placée sous la haute direction de l’Intendant Général du Duché, basé à Chambéry, qui nomma un surintendant du cadastre pour assurer la surveillance technique du chantier.

Sur le terrain, les travaux furent confiés à des délégués, qui dirigèrent eux-mêmes une ou plusieurs escouades de géomètres. Les postes de délégués ont été confiés à des hommes expérimentés, la plupart piémontais. Le délégué et son ou ses escouades (selon l’importance de la commune) étaient assistés, localement, d’indicateurs et d’estimateurs, dont la fonction était de donner tous renseignements nécessaires sur les noms des propriétaires et la qualité des terrains.

Dès qu’il arrivait dans une localité, le délégué publiait les ordres du Roi relatifs au cadastre et les expliquait aux habitants. Puis il invitait ces derniers à présenter des indicateurs et des estimateurs. Indicateurs et estimateurs prêtaient ensuite serment de loyauté. Puis les géomètres se mettaient au travail. Une fois la mappe terminée, le délégué la faisait afficher pendant 15 jours en l’accompagnant du registre des propriétaires et de leurs parcelles. Les intéressés étaient alors invités à faire part de leurs griefs et des erreurs à rectifier. Les géomètres étaient responsables pécuniairement de leurs travaux, ils faisaient donc très attention. De plus, les travaux étaient vérifiés et contrôlés plusieurs fois, par différentes instances de contrôle et de vérification.

Des travaux récents ont montré que l’échelle utilisée a été le 1/2400ème. Les unités de mesure sont les mesures du Piémont :

-          le pied = 3.167467 m2

-          la table =  12 pieds = 38.009599 m2

-          le journal = 100 tables = 3800.9599 m2

Les mesures faites sur le terrain ont ensuite été traduites en mesures de Savoie. Il fallut 10 ans pour, à quelques exceptions près (surtout dans le nord de la Haute Savoie), que les travaux soient terminés et validés. L’Edit qui mit en application les conclusions du cadastre pour la répartition de l’impôt, dit Edit de péréquation générale, a été signé le 15 septembre 1738. Il a fallu en gros 5 ans pour faire les plans, calculer les superficies et estimer le revenu des parcelles, et 5 ans pour examiner les requêtes des uns et des autres, notamment celles des classes privilégiées habituées à échapper à l’impôt.

Il a fallu ensuite faire vivre ce cadastre, qui est une photographie des propriétés à un instant précis. C’est le Conseil de la communauté et son Secrétaire qui sont chargés de conserver le cadastre, et surtout de consigner les mutations, à l’aide du Livre journalier et du Livre des transports.

On notera que les 2 communautés de Blay et St Thomas ont fait cadastre commun. L'intitulé de la mappe est d'ailleurs "territoire de St Thomas des Esserts", ce qui confirme que, au moins sur le plan temporel, St Thomas est le chef-lieu, et Blay n'est un quartier périphérique. Cet état de fait ne devait pas plaire aux habitants de Blay. Le 7 juin 1750, le Syndic et les Conseillers de Blay (le Syndic est Hipployte BOZON PERROUD, et les Conseillers Pierre REY GRANGE et Bernard PERONNIER) se réunissent chez le Secrétaire et demandant la séparation de Blay par rapport à St Thomas. Les arguments sont les suivants: les nombreux conflits entre Blay et St Thomas au sujet des communaux en montagne et des chemins, les désaccords au sujet de la milice quand le Seigneur Intendant exige sa levée, l'éloignement de Blay par rapport à St Thomas, et le fait que Blay est 2 fois plus étendu que St Thomas. Concernant la mappe, les communiers de Blay "s'offrent de faire refaire, à leurs frais, un autre cadastre, livre journalier et livre de transport, implorant à ces fins le Seigneur Intendant de la Province de Tarentaise pour obtenir de Sa Majesté la séparation d'avec St Thomas des Esserts, et former Blay pour une paroisse" (à l'époque, la distinction entre communauté et paroisse n'est pas vraiment faite).

Les principaux chemins et voies de communication:

Pour visualiser la mappe sarde, cliquez sur les liens ci-après:

Les chemins à Blay et à Saint Thomas en 1730.jpg

La chapelle et le_Maz de Blay en 1730.jpg

Les_Cours en 1730.jpg

La_Poyat et_La_Fouettaz en 1730.jpg

Le chemin principal relie St Paul à Grignon par les hameaux du Mas (où se situe la chapelle de Blay, à l'emplacement de l'actuelle église), des Cours, de la Bruyère, puis de la Combaz. En arrivant à St Thomas, il se divise en deux: le chemin du bas par la plaine de St Thomas, et le chemin du haut  par Chaniay (le Chenet), les Bochets, la Ramaz et l'Eglise de St Thomas. Les 2 chemins se rejoignent au Pontet, lieu-dit situé dans la plaine en dessous de l'Eglise. Du Pontet le chemin continue vers Grignon par la forêt de Rhonne.

Au Mas de Blay, un chemin monte dans la montagne par le village des Perroud, Courbacière, la Provence (aujourd'hui, on dit la Province), le Laquais d'en bas et la Traversette. De la Traversette, on peut ensuite aller, soit dans les hauts de St Paul par le Condu (aujourd'hui l'Econdu), soit au Darbelay, soit en direction de la Duit.

Aux Cours, un chemin part sur le droite, traverse le Chard, puis descend dans la plaine au bord de l'Isère. Un autre monte sur la gauche au dessus des Pierres.

Situé un peu au dessus de l'axe St Paul - Blay - St Thomas - Grignon, le village de la Poyat est un carrefour important. De ce village partent plusieurs chemins: un 1er permet de descendre sur le chemin principal St Paul - Grignon par le Noiray et Cloutrier; un 2ème continue vers le village des Mercier et la Fouettaz et monte ensuite, en suivant en gros la direction de l'actuelle route du Darbelay, vers la Tuile, Plan Fay, Latié, Fontaine Froide et la Traversette; enfin 2 chemins montent directement au dessus de la Poyat et permettent d'atteindre le Trembloz (les Trembles), d'où on peut rejoindre la Duit et la Traversette.

Signalons qu'entre la Poyat et la Fouettaz, à hauteur du village des Mercier et de la Frasse, au bord du ruisseau, ont été construits 2 moulins et 1 pressoir d'huile (voir plus loin); juste à coté un chemin permet de rejoindre la Combaz par Neiple et le Boulié.

A St Thomas, les hameaux paraissent moins bien reliés entre eux. Nous avons évoqué le chemin du bas (par la plaine) et le chemin du haut (par la naz, les Bochets, la Ramaz et l'Eglise). Un chemin arrive de Grignon au Fay et continue vers le Cey. Un autre passe au niveau de Champ Bernard, du Charanger, et de la Roche. Un autre relie La Ville et la Croix, mais ne pas pas connecté aux autres. Enfin, un chemin est noté tout en haut, dans les alpages, entre le Mont et Freidier.

Eléments concernant les activités économiques et artisanales de Blay et St Thomas:

Il existe à l’époque une scie (scierie), appartenant à Joseph GLAISSAT BLANC et son frère, située vers les Roches (parcelle n° 3954)

Il y a peut être un projet de création d’une autre scie, à la Resse, sur un terrain appartenant à Noble Philibert Du Verger (parcelle n° 638 : il est noté « terre, soit placeage d’une scie »)

Trois moulins sont en activité :

. Celui de Jean Avrillier à feu Pierre, et à ses neveux, situé au Cruet (parcelle n° 1632)

. Celui de Noble Joseph François Manuel (de Locatel), situé au village des Merciers (parcelle n° 2327)

. Celui de Hippolyte Mercier, situé à coté du précédent (parcelle n° 2319)

On trouve trace de deux ruines de moulin (« masure autrefois moulin »), appartenant toutes deux à Noble Christophe Du Verger, l’un au Gaday (parcelle n° 4380), l’autre à la Villaz (parcelle n° 5739).

Il existe aussi un pressoir d’huile, à la Frasse, appartenant à Félix Mercier et à ses frères (parcelle n° 2331)

Et une dizaine de fours, dont :

. Cinq appartiennent à la communauté de Blay, à Blay (parcelle n° 2), à la Poix (n° 988), à la Combe (n° 2205), à la Fouettaz (n° 2410), et vers les Mercier (n° 2421)

. Celui du Chariondet (parcelle n° 4942) appartient à Claude Paillardet (important propriétaire à St Thomas, domicilié à Tours)

. Celui de la Perrière appartient à Antoine Rosat Guchilliand (il est noté comme « four en commun », parcelle n° 908)

. Celui du Perchet (Parchet) appartient à Philippe Santiquet à feu Antoine, il est situé à coté de sa maison (parcelle n° 851)

. Celui de la Poyat dessus appartient à la famille Mercier ( Jean-François et son frère, Antoine à feu Louis et son frère) (parcelle n° 1305)

 Enfin il y en a un, ou il y en a eu un, à Charangière (le Chanranger), (en tous cas, il est noté « pâturage et place de four »),  sur un terrain appartenant à Humbert Giraud à feu Pierre (parcelle n° 5207)

Chapelles: En dehors de l'église de St Thomas et de la chapelle de Blay (qui deviendra église en 1803), deux chapelles sont notées dans la tabelle des propriétaires, toutes deux dans le hameau de la Combe:

- Une appartient à Jacques FILLION, Notaire Royal; elle est située un peu au dessus du hameau (parcelle n° 2192), au lieu-dit "Rebriez", jusque à coté d'une grange appartenant à Jean Guillaume ROSSAT

- L'autre est la possession de ce même Jean Guillaume ROSSAT; elle est à la sortie du hameau, juste en contre-bas du chemin de St Thomas (parcelle n° 2177).

Les "fonds communaux pour l'usage commun", c'est à dire les biens appartenant aux deux communautés de Blay et de St Thomas:

Ils couvrent 467.7 ha, soit 1/3 de la superficie totale de Blay et St Thomas. La communauté de St Thomas est bien moins riche (ou bien plus pauvre) que celle de Blay: les biens communaux couvrent une superficie de 359,5 ha à Blay et 108.2 ha à St Thomas, soit un rapport de 3 à 1. La communauté de Blay possède 5 fours, celle de St Thomas un seul.

A Blay, les biens communaux sont principalement en montagne, où se trouvent les pâturages et les forêts, au Darbelay (248.6 ha), et au dessus des Trembles (40.5 ha). Ces 2 sites représentent 80 % de la superficie des communaux de Blay. Il existe d'autres parcelles communes, notamment 3 parcelles de bois et brouissailles, contigues, de 50.8 ha au total, juste au dessus du hameau de la Thiournaz, et plusieurs autres au bord de l'Isère, sous le Château.

A St Thomas, les biens communaux sont plus disséminés: 46.6 ha de forêts au sommet du village, au dessus de Freydier, 4.4 ha de rocs et broussailles au dessus du Charanger, 3.2 ha de forêts vers le Fay, 3.6 ha vers le Chatelard, 13.5 ha dans la combe de Chez Loup et 7.8 ha au bord de l'Isère, sous l'église + une parcelle de 19 ha que je n'ai pas localisée (n° 6038), certainement en limite avec la forêt de Rhônne.

Eléments sur les patronymes:

Nous avons recensé 379 propriétaires différents : Les patronymes les plus fréquents sont :

Avrillier : 40 propriétaires, plus de 1 propriétaire sur 10

Glaissat Blanc : 23 propriétaires, auxquels ont peut rattacher 2 Glaissat, 4 Glaissat Merlan ou Mellan, 2 Glaissat Pantillon ; on peut noter que seuls 2 propriétaires se nomment Blanc tout court, et le dénommé Blanchet. Au total, cela fait 34 propriétaires, soit 9 % du nombre total

On notera donc que, en 1730, un propriétaire sur cinq s’appelle Avrillier ou Glaissat Blanc.

Les autres principaux patronymes:

Les Fontaine, Fontanna ou Fontainaz sont au nombre de 22, aux quels on peut ajouter un Fontaine Tranchant.

Les Ferlay (« Freley » sur le cadastre) sont au nombre de 19 ; il faut peut être leur rattacher les 5 Savoiand/Savoiend .

Les Ravier ou Ravier Garon sont 18.

Les Fillion-Peyoud (« Fillion-Pejoux ») sont 17, auxquels on peut ajouter 2 Fillion et 1 Fillion Bantin.

Les Rey, Rey-Grange et Rey-Valley sont 16, comme les Teillier et Teillier Cathelin.

Les Velaz ou Vellat sont 12, Les Rossat Gueilland sont 11.

Les Mercier ne sont que 10, comme les Voisin.

Ensuite, on trouve 9 Peronnier (« Peyronier »), 9 Girod, et 8 Tetaz, Testaz, Tetta ou Tettaz.

Concernant les autres patronymes, que l’on retrouve plus tard parmi les patronymes d’Esserts-Blay, on trouve : 3 Allemoz, 5 Bochet, 1 seul Bozon Perroud, seulement 2 Bozon Sauge, 2 Cavagnet, 4 Colombier, 1 Cretet, 3 Fay, 2 Gaudichon, 4 Gontier, 6 Lassiaz (+ 1 Lachat), 4 Monardet (Morardet), 3 Muttet, 5 Nachon, 3 Perinet, 3 Rochaix, 5 Roche, 3 Traversier, 4 Valloz et 3 Varcin.

Quatre familles nobles ont des propriétés à Blay ou à St Thomas: (il y a des incohérences avec l’armorial de Foras).

D’abord les deux branches de la famille seigneuriale locale, les du Verger.

Philibert du Verger, seigneur de Blay, possède un peu plus de 22 ha de terres, principalement à Blay, aux alentours de la maison forte (7.1 ha), et, dans la plaine bordant l’Isère, au Vernay (14.6 ha). A St Thomas, il ne possède qu’une parcelle de 0.5 ha, au lieu-dit « cher Loup ».

Comme nous l’avons vu, la maison forte de Blay est en ruine. Les du Verger n’y résident plus depuis  au moins l'incendie qui a ravagé le bâtiment en 1609. Une grange, de taille relativement importante, existe à proximité de la maison forte.

Son frère François, ecclésiastique, dispose de 0.4 ha de bois et de vignes, à coté de la maison forte.

Du coté des du Verger de St Thomas, seul Christophe, chanoine et doyen de Tarentaise depuis 1720 (selon Foras), qualifié sur la mappe de « seigneur de St Thomas », est noté comme possédant des biens sur le territoire : les deux anciens moulins déjà évoqués à St Thomas, un au Gaday, un à la Ville. C’est étrange car le véritable seigneur de St Thomas à cette époque est Charles Philibert, brillant militaire, qui va obtenir le titre de baron de St Thomas en 1739.

Deux autres nobles ont également des biens à Blay ou à St Thomas.

Joseph François Manuel (de Locatel) a également plusieurs propriétés à St Thomas et à Blay, pour un total de 11,8 ha. Il a également 4 ha de terres en indivision avec Jean-François Mercier et ses frères. Joseph François Manuel est un personnage très important. Il a son domicile principal au Château de Costaroche (Château Manuel de Locatel), sous Conflans. Sa fortune est considérable, et la surface totale de ses propriétés terriennes se monte à 350 hectares environ.

Enfin, Constantin de Bongain, de Pallud, possède 4600 m2 de pâturage (parcelle n° 2687) au Condu (l’Econdut). Les De Bongain sont une vieille famille savoyarde, que l'on retrouve à Chambéry, à St Gervais en Faucigny et à Pallud.

On notera également que Claude Paillardet, à feu Claude, de Tours est un important propriétaire, notamment à St Thomas : 8,6 ha en propre + 8,4 ha en indivision avec Guillaume Rochaix + 0.95 ha avec Guillaume Rochaix et Thomasse Rochaix + une parcelle de 3,2 ha aux Douves en indivision avec des Lassiaz, Vernier, Rochaix, Traversier et Roche.

22.09.2008

Les Maires d'Esserts-Blay

Ce n’est qu’à partir de 1792 qu’on parle, en Savoie, de Maire et de Municipalité. Jusqu’alors, il était question de Syndic et de Communauté (villageoise ou urbaine). Les notions de Syndic puis de Maire, et de Communauté, Commune et Municipalité sont liées.

La notion de communauté villageoise s’est développée au moyen age, d’une double nécessité :

-          gérer de façon à la fois collective les biens communs, essentiellement les forets et les pâturages de montagne ; en Tarentaise, ces biens communs représentent 70 % de la surface du sol, ils sont une importance économique cruciale en montagne.

-          défendre les intérêts collectifs des habitants, obtenir de nouveaux droits,  face, d’abord face au seigneur local, puis face aux officiers comtaux puis ducaux.

Parallèlement s’est développée en ville la notion de communauté urbaine.

La communauté villageoise est composée de « communiers ». Ces communiers sont d’abord les copropriétaires indivis des biens communaux. Ils habitent la commune. En règle général, on est communier de père en fils. On peut aussi, plus rarement, le devenir après avoir été agréé et s’être acquitté du droit de communage. La communauté ne regroupe donc pas tous les chefs de famille du village, seuls en font partie les copropriétaires des biens communaux.

Au fil du temps, les communautés villageoises se sont organisées. Les décisions sont prises en Assemblée Générale, qui se réunit une à deux fois par an, soit à l’Eglise ou devant l’Eglise, soit sur la place du village. La présence de tous les communiers est quasiment obligatoire. Le Châtelain, (selon le cas, le seigneur lui-même, ou son représentant habitant le château local – au fil du temps, le châtelain est le représentant local du Duc de Savoie), est également présent. L’Assemblée Générale élit un ou plusieurs Syndics (c’est un poste difficile qui ne se refuse pas), selon l’importance de la commune, qui préparer les décisions à faire ratifier en AG et assure l’exécution des décisions prises par l’AG, et représente la commune vis à vis de l’extérieur.

Le Syndic est donc l’ancêtre du Maire.

Au XVIème siècle, le Duc Emmanuel Philibert réforme l’administration du Duché et fait de la communauté d’habitants l’unité fiscale de base. Le tache de Syndic devient un travail à temps plein. Il doit s’occuper  de percevoir les tailles, des affaires militaires, de gérer les biens communs, de faire entretenir les bâtiments publics, et aussi défendre les droits et privilèges de la commune face à l’extérieur, et notamment face aux autres communes voisines.

Les communes de Tarentaise sont en général relativement riches avec souvent des moulins, des pressoirs, des fours etc … qui sont utilisés par les communiers. Elles peuvent acenser (location longue durée) une partie des communaux. Tout cela permet de limiter la pression fiscale sur les communiers.

La fin du Moyen Age est marqué par le renforcement du pouvoir central, sous l’impulsion des Rois Victor Amédée II (1680- 1730) et Charles-Emmanuel III (1730 – 1773). En 1738, le Roi Charles-Emmanuel fait appliquer une importante Réforme municipale (Edit du 15 septembre 1738), qui se traduit par la mise en sommeil de l’AG des communiers. C’est la fin de la communauté héritée du Moyen Age. Avec cette réforme, la commune devient le rouage essentiel de l’administration , elle exécute les ordres de l’Intendant de la Province dont elle dépend (l’Intendant est nommé par le Roi).

Les pouvoirs de l'ancienne Assemblée Générale des communiers passent théoriquement à un Conseil de 3 à 7 membres, qui se recrutent par cooptation « parmi les plus aisés, plus capables, et plus en état de servir la Communauté ». Le Conseil est présidé par un Syndic, renouvelé chaque année.

Mais le vrai pouvoir est aux mains du Secrétaire, chargé des tâches administratives. Le Secrétaire est un Notaire, désigné par les Conseillers sous réserve de l’accord de l’Intendant de la Province, qui décerne les patentes. C’est lui le véritable homme orchestre, pratiquement seul intermédiaire entre la commune et le pouvoir quasi universel de l’Intendant. Ses principales missions : publier les édits, veiller au cadastre, établir le rôle de la taille et de l’impôt sur le sel, contrôler la gestion des biens collectifs et l’entretien des ponts et chemins.

En général, un Secrétaire administre plusieurs communes voisines, de 2 à 7, souvent 4 ou 5, ce qui est à la fois une source de revenus et aussi de notoriété qui permet de drainer vers son étude notariale quantité d’actes et contrats divers. L’Intendant de la Province (qui correspond en gros au Préfet actuel, avec des pouvoirs beaucoup plus importants), souvent peu au fait des affaires locales, ne contrôle pas vraiment les nominations de Secrétaires, et s’en remet à l’influence des dynasties notariales. Ces dynasties notariales accaparent les postes, et en arrivent souvent à considérer ces charges comme un bien transmissible. Il est rare qu’un Secrétaire soit désavoué ou révoqué par l’Intendant. Le pouvoir du Secrétaire est encore plus absolu s’il déteint en plus la charge de châtelain, donc le pouvoir de justice judiciaire. Et c’est souvent le cas. Ce cumul est même encouragé par les Intendants afin d’éviter des heurts  qui peuvent se produire si ces 2 charges sont exercés par des personnes en désaccord l’une avec l’autre.

Au cours de l’automne 1792, la Savoie devient le 84ème département français sous le nom de « Département du Mt Blanc ». Elle adopte les nouvelles lois et institutions françaises, issues de la Révolution de 1789. C’est à ce moment qu’apparaissent officiellement la municipalité (en lieu et place de la communauté), et le Maire (en lieu et place du Syndic).

Le Maire est désormais élu (et non plus nommé) au suffrage direct, pour 2 ans renouvelables, par les citoyens actifs de la commune, ceux acquittant une contribution au moins égale à 10 journées de travail.

Le rapprochement définitif de Blay et de St Thomas date du 27 décembre 1794 (jusqu'alors, Blay avait rattaché le plus souvent, mais pas tout le temps,à St Thomas. Mais Blay a aussi pu être, en 1793 et/ou en 1794, soit une commune autonome, soit liée à St Paul).

Les maires de la période 1792 - 1800:

- François LASSIAZ, Maire de St Thomas des Esserts suite aux élections du 24 mars 1793, renouvelé Maire de la commune de St Thomas et Blay après le rattachement de Blay à St Thomas du 27 décembre 1794

- Jacques FONTAINE, "Maire" de la "municipalité provisoire de Blay" entre mars 1793 et décembre 1794 (se reporter au chapitre 15 sur la période 1792 - 1815), puis Officier municipal de la nouvelle commune de St Thomas et Blay à partir de décembre 1794

- Joseph GIROD après l'élection du 18 janvier 1795, probablement jusqu'en 1800.

3e04a0c7309627941bc3ad6ca894eb35.jpgLa Constitution napoléonienne de l’an VIII (février 1800) marque un tournant et affirme clairement la principe de la centralisation du pouvoir. Les Maires ne sont plus élus, mais nommés, soit par le gouvernement pour les communes de plus de 5000 habitants, soit par le Préfet (lui-même nommé par le gouvernement) pour les communes de taille plus petite.

Les Maires d’Esserts-Blay de la période sont :

1800 - 1804: Joseph BOCHET (Secrétaire: Charles FONTAINE, de Conflans)

1804: Jean BLANC (à partir du 6 octobre 1804, suite au décès de Joseph BOCHET)

1808 - 1809 : Jean BLANC

1809 – 1813 : Joseph TRAVERSIER

1813 – 1815 : Martin REY

Suite aux défaites de Napoléon (1814, puis 1815), la Savoie revient dans le giron du Royaume de Piémont Sardaigne. Le Roi décide un retour pur et simple aux institutions d’avant 1792.

Sur le plan communal, le Roi Victor Emmanuel rétablit, dès le 26 octobre 1814, l’organisation administratives des communes qui existait avant 1792. On revient à l’Edit du 15 septembre 1738, complété par les Lettres Patentes du 6 juin 1775. L’Edit de 1738 prévoit que les chefs de famille « les plus forts en cadastre et plus apparents du lieu » nomment le syndic et 6 – 4 ou 2 conseillers selon l’importance de la commune.

Le Syndic est nommé pour 1 an. Comme avant 1792, le vrai homme fort, c’est le Secrétaire, obligatoirement Notaire, nommé par l’Intendant (le Conseil lui propose 3 noms) , et qui peut exercer ses fonctions sur 6 communes au maximum. On notera que Etienne François Isidore REYMOND, notaire royal, domicilié à Conflans, est resté secrétaire de notre commune pendant au moins une vingtaine d'année, depuis au moins 1821 jusqu'en 1839 au moins.

L’Edit royal du 31 décembre 1815 vise à rehausser la position du Syndic (par rapport au Secrétaire), et aussi à en faire un instrument du pouvoir. Le Syndic est désormais nommé pour 2 ans, soit par l'Intendant (dans les communes de moins de 3000 habitants), soit par le Roi (dans les communes plus importantes). Le Syndic peut voir sa fonction prolongée au-delà des  2 ans, mais uniquement sur décision du Roi.

Les Edits de février 1819 et surtout du 20 mars 1826 marquent l’affirmation du pouvoir central sur la vie des communes : le Conseil communal perd toute compétence en matière budgétaire, le budget étant désormais fait par le Ministère de l’Intérieur. En contrepartie, le syndic est nommé pour 3 ans.

Les syndics de la période:

- Nicolas GUEILLAND est Syndic de 1816 au début de 1821 (Secrétaire: Etienne François Isidore REYMOND, notaire royal)

- Joseph AVRILLIER, à feu Joseph, est nommé Syndic le le 30 janvier 1821, pour les années 1821 et 1822 (nomination par l'Intendant de la province, approuvé par le Ministre de l'Intérieur) (Secrétaire: toujours E.F.I. REYMOND). Il l'est jusqu'à fin 1824.

- Louis Martin FONTAINE TRANCHANT lui succède en 1825, pour 1825 et 1826 (Secrétaire: toujours E.F.I REYMOND)

- Jean Baptiste BOCHET, de St Thomas 1827 - 1828 - 1829 - 1830 (le Secrétaire est toujours le même)

- Joseph LASSIAZ est Syndic en 1831 et 1832 (toujours le même secrétaire)

- Thomas LASSIAZ est Syndic en 1833 - 1834 (il l'est encore fin janvier 1835). Le secrétaire reste Etienne REYMOND. Un secrétaire adjoint est installé en la personne de Joseph Marie Vincent REYMOND, géomètre à Conflans (délibération du conseil communal du 12 janvier 1834) - vérifier s'il est de la famille du secrétaire, Etienne REYMOND, puisque tous les deux sont de Conflans.

- Joseph AVRILLIER est syndic à partir de mars 1835 jusqu'en janvier 1837 (toujours le même secrétaire)

- Thomas LASSIAZ est Syndic à partir de février 1837 jusqu'à au moins avril 1839 (REYMOND toujours Secrétaire communal)

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1842 marque l’année de la grande réforme de l’administration communale. Les communes sont réparties en 3 classes selon leur nombre d’habitants :

-                     plus de 10 000 habitants

-                     de 3 000 à 10 000

-                     moins de 3 000 habitants.

Le Conseil se réunit au complet lors des réunions. Entre les réunions, un Conseil de créance, comportant 1/10ème des membres de Conseil, remplace le Conseil pour faire avancer les dossiers. Les habitants les plus imposés représentent obligatoirement les 3/5 des conseillers. Le reste des conseillers est pris parmi les professions dont on peut penser qu’elles permettent de vivre confortablement (maître d’école, pharmacien etc …). Enfin, les non propriétaires doivent représenter 1/20ème des conseillers.

Le Syndic est choisi par le Roi pour une durée de 5 ans, renouvelable. Les Vice Syndics sont nommés pour 1 an , par l’Intendant Général. Le Conseil communal vote le budget (donc les impôts communaux) et nomme les maîtres et maîtresses d’école, chapelains, médecins, chirurgiens, et sages-femmes.

Quelques infos sur les Syndics de cette période:

- Bernard PERONNIER est Syndic de 1840 à 1844 inclus (rapport sur les risques d'incendie)

- Thomas LASSIAZ est nommé Syndic pour les années 1846 - 1847 - 1848

- Martin REY, fils de Claude (qui sera de nouveau Maire de 1866 à 1871) est Syndic en 1849 - 1850 - 1851 - 1852 - 1853 - 1854

- Sébastien BLANC, fils de Jean, est syndic de 1855 à 1859

- Martin REY est syndic au début de 1860

En 1860, la Savoie est rattachée à la France de l’Empereur Napoléon III, et adopte rapidement les institutions françaises.

Sur le plan des institutions locales, la Constitution française en cours (elle date de 1852) est très autoritaire et centralisatrice. Les conseillers municipaux sont certes élus au suffrage universel. Mais les maires sont nommés par le pouvoir central (le Chef de l’Etat pour les villes de plus de 3000 habitants, le Préfet pour les autres), et peuvent être choisis en dehors du Conseil Municipal.

Dans les années 1860, un mouvement de décentralisation s’amorce lentement. Les lois de 1866 et 1867 permettent aux Conseils Municipaux de statuer définitivement sur un grand nombre d’affaires.

Les Maires d’Esserts-Blay de la période sont :

1861 – 1865 : Alexandre LASSIAZ

1865 – 1871 : Martin REY (petit fils de Martin REY, Maire entre 1813 et 1815), François BOCHET Adjoint spécial pour St Thomas.

5bf8ce3e72d358027779f8083d11456a.jpgA la chute de l’Empire, la loi du 14 avril 1871 rétablit provisoirement l’élection, dans les communes de moins de 20 000 habitants, du Maire par le Conseil Municipal (il reste nommé pour les villes de plus de 20 000 habitants). A l’époque, la question fait débat parmi les gouvernants : un Maire élu, c’est le risque qu’il échappe à la tutelle de l’Etat.

La grande loi municipale date du 28 mars 1884. Le Maire est définitivement élu par le Conseil Municipal. Dans les villes, il est la tête de liste aux élections.

La fonction de Maire prend du temps et n’est toujours pas indemnisée. Elle est donc plutôt réservé à des personnes, d’une part instruite, d’autre part riche et ayant du temps.

Ce n’est qu’en 1992, par la loi du 3 février, qu’un véritable statut de l’élu est mis en place, avec par exemple l’obligation faite aux employeurs d’accepter les absences répétées de leurs salariés ayant des fonctions municipales, et l’instauration d’un système de retraite et de sécurité sociale pour les Maires à plein temps.

Aujourd’hui, le Conseil Municipal est élu au suffrage universel pour une durée de 6 ans. Dans les communes de moins de 3500 habitants, les conseillers sont élus au scrutin majoritaire. Au 1er tour, la majorité absolue est nécessaire, ainsi que le quart des électeurs inscrits. Au second tour, la majorité relative suffit. Les suffrages sont comptés individuellement (et non au niveau de la liste). La panachage est possible. Dans les communes de moins de 2500 habitants comme Esserts-Blay, les candidatures uniques ou les listes incomplètes sont possibles.

Le Maire et les Adjoints sont ensuite élus par la majorité du Conseil Municipal.

Les principales attributions du Maire sont les suivantes :

-          Il préside le Conseil Municipal et exécute les décisions de ce dernier, administre les propriétés de la commune, en gère les revenus, propose un budget, …

-          Il est officier d’état civil, et, à ce titre, célèbre les mariages

-          Il a compétence pour gérer, par arretés municipaux, les questions de circulation, de stationnement, de baignade, naivigation …

-          Il est Officier de Police Judiciaire (ses Adjoints le sont aussi) et peut s’en servir pour assurer, dans sa commune, le bon ordre, la tranquilité, la sécurité et la salubrité publique

-          Il est responsable de la police municipale et des gardes champetres

Le Maire exerce ses pouvoirs sous un double contrôle :

-          celui du Préfet est prépondérant jusqu’à la Vème République

-          celui du Conseil Municipal le devient sous la Vème République

Les Maires d’Esserts-Blay sous les IIIème, IVème et Vème Républiques :

1871 - 1880 : Sébastien BLANC (Marie LASSIAZ, Adjoint spécial de St Thomas)

1880 – 1892 : Jean GIROD

1892 – 1900 : Jean BLANC (Marie François LASSIAZ, Adjoint spécial pour la section de St Thomas)

1900 – 1908 : Jean-Marie BLANC

1908 – 1920 : Hippolyte MERCIER

1920 – 1925 : Alexandre MERCIER

1925 – 1935 : Joseph VARCIN

1935 – 1944 : Daniel DODET

1944 – 1954: Pierre Elie LASSIAZ

1954 – 1959: René BATTENDIER

1959 – 1983 : Fernand PERONNIER

1983 – 1985 : Yvette COLLOMBIER

1985 – 1989 : Henri LANU

1989 – 1995 : Jean-Louis MOREAU

1995 – 2001 : Chantal MERCIER

Depuis 2001 : James DENCHE

18.08.2008

Traverser l'Isère: bacs et ponts

Esserts-Blay compte 2 ponts enjambant l'Isère, un à la Coutellaz qui permet de rejoindre le chef-lieu depuis la Bathie, l'autre au Vernay de St Thomas qui permet d'aller à Tours en Savoie. Avant la construction de ces ponts, la traversée de l'Isère à Blay ou à St Thomas se faisait en bac. Pour les transports qui ne pouvaient pas emprunter le bac, les habitants de Blay passaient par le pont de St Paul, ceux de St Thomas par celui de Rhônne.

1. Un procès a opposé, entre 1850 et 1856, les communes d'Esserts-Blay d'un coté, et St Paul et Rognaix de l'autre coté, au sujet de la répartition des frais de réparation du pont de St Paul, entre les 3 communes. Les actes du procès, conservées aux Archives départementales, nous apportent de nombreux éléments sur la situation des ponts et des bacs en Basse Tarentaise, entre 1770 et 1850.

L'objet du litige est le suivant: Les frais de construction et de grosses réparations du pont de St Paul ont traditionnellement été partagées entre St Paul, Rognaix et Esserts-Blay dans les proportions suivantes: St Paul 57 %, Esserts-Blay 33 % et Rognaix 10%. La base de calcul de cette répartition était la population de chacune des communes, mais il était admis que la population de St Paul était comptée pour 100 %, alors que celle de Rognaix et d'Esserts-Blay était affectée d'un coefficient de 50 %. En 1849, il faut faire des travaux significatifs à ce pont. La commune d'Esserts-Blay fait savoir qu'elle ne participera pas aux frais. Les arguments d'Esserts-Blay sont les suivants: la commune est en train d'acquérir un pont (celui de la Coutellaz), elle va créer un chemin pour relier ce nouveau pont à la route provinciale, cela va lui coûter cher, et les habitants de la commune n'ont plus, ou ne vont plus, avoir besoin de passer par le pont de St Paul (en tous cas, ils n'auront pas plus besoin d'utiliser le pont de St Paul que les habitants de St Paul d'utiliser le pont d'Esserts-Blay). En conséquence, Esserts-Blay n'a pas à payer pour des travaux dans lesquels la commune n'a aucun intéret direct.

St Paul et Rognaix, qui ont du payer seules les travaux (décision du 30 avril 1851) et se retournent maintenant contre Esserts-Blay pour obtenir le paiement de sa quote-part, ont des arguments contraires: le pont d'Esserts-Blay ne permet pas le passage des voitures (Esserts-Blay répond qu'il n'y a pas de voitures à Esserts-Blay), des grosses charges et des bestiaux, car le chemin qui descend du chef lieu vers le pont est en pente trop raide (Esserts-Blay reconnait que la pente est forte, mais précise que des travaux seront faits pour la diminuer). St Paul fait d'ailleurs remarquer que, en 1856, le pont de St Paul est toujours autant utilisé par les gens d'Esserts-Blay qu'avant la construction du pont d'Esserts-Blay.

Voilà ce que nous apprennent les actes du procès:

Le pont de St Paulest le plus ancien du secteur. Il a été construit en 1770, et sa construction a été financée par les 3 communes de St Paul, Esserts-Blay et Rognaix dans les proportions citées plus haut: St Paul pour 57 %; Esserts-Blay pour 33 %; Rognaix pour 10 %. C'est l'unique pont sur l'Isère du secteur jusque vers 1838. Ce pont a été détruit, par les armées françaises selon les actes du procès, en 1815. Rappelons qu'en juin 1815, dans le cadre de l'épisodes des "Cent jours" de Napoléon, de violent combats ont eu lieu dans la région d'Albertville, entre les troupes françaises et austro-sardes. Le pont a ensuite été reconstruit cette même année année 1815, et cette reconstruction a de nouveau été financée par les 3 communes de St Paul, Esserts-Blay et Rognaix. Il en a été de même en 1825, année au cours de laquelle des réparations ont été faites.

En 1770, la communauté de Blay (Esserts-Blay n'avait pas encore créée) entretenait un service de bac, en aval du pont du St Paul (certainement à l'endroit où a été construit le pont de la Coutellaz), pour ses communications avec Conflans et l'Hôpital (devenus Albertville en 1836). C'est pour cela que, dans la clé de répartition du coût de la construction puis des réparations du pont de St Paul, basé, rappelons le, sur la population de chacune des communes, il a été admis que la part d'Esserts-Blay bénéficierait d'un coéfficient de 50 %, contre 100 % pour St Paul.

En 1837 et 1838 a été construit, par une vingtaine de propriétaires privés, le pont de la Coutellaz. Ce pont a donc d'abord appartenu à des personnes privées, avant d'être cédé gratuitement, en 1853, à la commune d'Esserts-Blay (lire plus loin). Ce pont s'est substitué au service de bac assuré jusqu'alors au même endroit. On peut supposer qu'en même temps a été tracé le chemin qui relie le chef-lieu de Blay au pont de la Coutellaz, l'actuelle fameuse "montée de Blay". De l'autre coté de l'Isère, le chemin qui, à l'époque (les années 1840 - 1850) rejoint la route provinciale ne file pas sur la Bathie, comme c'est le cas aujourd'hui (CD n° 66), mais longe l'Isère sur sa rive droite, puis rejoint la route principale Albertville - Moutiers à la hauteur de l'actuelle centrale EDF, juste avant Tours en Savoie. C'est également à cet endroit qu'était positionné le bac de St Thomas. C'est ce que montre le plan des chemins existant en 1850, établi par l'Agent Voyer (la DDE de l'époque), dans le cadre du procès en question. L'Agent Voyer évoque d'ailleurs deux chemins (un seul est noté sur le plan), "qui traversent des propriétés privées et n'offrent qu'un passage sans caractère de stabilité", à cause des contestations de propriétaires et de la perméabilité du sol (terrain sabloneux et submersions partielles). Nous évoquons la construction du Chemin de moyenne communication n° 66 (l'actuel RD n° 66) dans un autre chapitre; il ne sera construit que dans les années 1865 - 1867.

Le rapport de l'Agent Voyer, destiné à éclairer la justice dans le cadre du procès, donne d'autres informations précieuses sur les voies de communication existantes dans les années 1850: la distance entre le chef-lieu d'Esserts-Blay et le pont de St Paul est de 3 400 m. La viabilité du chemin entre les deux est qualifiée de "passable", avec une "rampe parfois un peu forte". Le chemin entre le chef-lieu d'Esserts-Blay et le pont de la Coutellaz est "en bon état et commode". Il est large au départ de 2.30 m, puis de 1.15 m aux abords du pont. Les derniers 500 m sont à 40 % de déclivité. Le pont d'Esserts-Blay est "d'une solidité suffisante eu égard aux poids des transports qu'on peut y faire". Le rapport évoque ensuite le chemin, pas très aisé, qui longé l'Isère en rive droite pour rejoindre Tours (voir plus haut). Il précise enfin que, malgré les difficultés, c'est par là, non que passent les habitants d'Esserts-Blay.

Voilà ce que nous apprennent les actes du procès Esserts-Blay contre St Paul et Rognaix de 1850 - 1856. On notera que le problème du refus de la commune d'Esserts-Blay de participer aux frais de réparation du pont de St Paul s'est déjà posé au printemps 1803. Le 11 mai 1803 (21 floréal an XI), le Sous-Préfet écrit au maire de St Thomas des Esserts et Blay pour lui faire part de souhait du Conseil municipal de St Paul de faire participer Esserts-Blay et Rognaix aux frais de la nécessaire réparation du pont de St Paul. Le Sous-Préfet demande au Conseil municipal d'Esserts-Blay de se positionner sur, la nécessité de cette reconstruction, la répartition de la dépense entre les 3 communes, les moyens d'excuter les travaux, et comment financer ces dépenses. Le Conseil d'Esserts-Blay délibère le 17 mai suivant. La reconstruction du pont de St Paul ne lui semble nécessaire qu'à la seule commune de St Paul, et éventuellement à Rognaix et à Cevins. Les habitants d'Esserts-Blay n'y passent que rarement. D'autre part, la commune, qui a peu de moyens, entretient déjà "un pont ou un bac, sous la Combe" (donc à la Coutelaz), et a d'autres dépenses plus indispensables. Toutefois, pour marquer sa bonne volonté et "maintenir l'harmonie qui a toujours existé, et pour aider la commune de St Paul avec laquelle elle était "anciennement réunie par le spirituel" (cette affirmation ne concerne que Blay, pas St Thomas), Esserts-Blay se propose de fournir une partie du bois nécessaire aux travaux.

2. Concernant les 2 services de bac sur l'Isère:

Il a existé 2 services de bac pour traverser l'Isère, un à Blay, l'autre à St Thomas. Comme nous l'avons vu plus haut (cf: le procès Esserts-Blay contre St Paul), un service de bac existait déjà en 1770 au niveau de la Coutellaz, là où se trouve l'actuel pont d'Esserts-Blay. Il a certainement de fonctionner quand le pont de la Coutellaz a été construit, vers 1838. Ce service de bac est mentionné à plusieurs dans des délibérations du conseil municipal de la fin du XVIIIème siècle et du 1er tiers du XIXème siècle. 

Par exemple, durant la contre offensive des troupes austro sardes de l'été 1793 en Tarentaise et en Maurienne, presque un an après que la Savoie soit devenue française, les sardes sont venus "couper la corde". L'existence de ce bac est souvent évoqué par la commune pour tenter d'obtenir des autorités de ne plus participer aux frais d'entretien du pont de St Paul; en effet, le conseil communal s'appuie régulièrement sur l'existence de ce bac, avec les frais qui en découlent pour la commune, pour justifier que les habitants n'utilisent plus le pont de St Paul, et, donc que la commune d'Esserts-Blay n'a plus à payer pour les réparations de ce pont "qui lui est devenu inutile".

Aux archives départementales et aux Archives diocésaines sont conservés plusieurs documents concernant le bac de St Thomasdans les années 1850 - 1860. Le 14 mars 1852, le Conseil délégué de la commune d'Esserts-Blay (le Syndic est Martin REY, le Secrétaire est Maxime METRAUX), constatant la nécessité, urgente, de reconstruire le bac communal de St Thomas (300 Livres ont déjà été budgetés, dont 200 sur le résidus de 1850 et 100 sur le budget de 1852) décide de demander un devis à François LENNOZ GRATIN, maître charpentier à la Bathie. Nous apprenons par ce document que le bac est communal et qu'il est en mauvais état depuis au moins 1850. On ne sait pas ce qu'il s'est passé durant l'année 1852. Le devis (ou cahier des charges) de François LENNOZ GRATIN date du 14 février 1853. L'Intendant de la Province (équivalent du Sous-Préfet) autorise les travaux le 2 avril 1853. L'adjudication des travaux est prévue pour se tenir le dimanche 24 avril, "à 11 heures du matin, soit à l'issue de la messe paroissiale", dans la salle consulaire. Elle doit se faire aux enchères publiques "à l'extinction de la bougie vierge". On part du prix maximum, certainement celui du devis, soit 418 livres et 5 centimes, et c'est celui qui proposera le prix le plus bas à l'extinction de la bougie qui emportera le marché. Pour pouvoir concourir, il faut être charpentier "capable d'une construction de ce genre" et fournir une caution solvable. Le mieux-disant sera Claude CONVERT, maître charpentier né et domicilié à la Bathie. Son prix: 400 Livres. Son cautionnaire, agréé par la commune, est Hippolyte PERONNIER, d'Esserts-Blay, fils de défunt Claude.

Apparemment, les choses n'ont pas du se passer comme prévu. Un courrier du 19 août 1861 de la Sous-Préfecture d'Albertville au Maire d'Esserts-Blay nous apprend que le Conseil Municipal a voté, le 11 août, la construction du bac de St Thomas, "d'après le nouveau projet que vous (la commune) avait fait établir, le 1er n'ayant pas été mis à exécution, faute de trouver un repreneur".

Le compte rendu de la visite pastorale, en 1855, de l'Evêque de Tarentaise, dans la paroisse de St Thomas, nous apprend que le Curé est astreint, depuis quelques années, à faire son tour de rôle pour le service du bac sur l'Isère. L'Evêque trouve cela "peu en rapport avec la dignité de sa fonctioné, même si le Curé fait faire cette corvée par une personne de service. Il fait part de son souhait de voir le Curé en être bientôt dispensé.

3. Concernant les 2 ponts de la Coutellaz et de St Thomas, ils ont des points communs: au moment où se déclenche la 1ère guerre mondiale, ils sont en bois et en très mauvais état. La faiblesse des moyens financiers de la commune, même si le Département et l'Etat subventionnent fortement ce type d'investissement, fait qu'il faut rogner sur tout. Et en plus, il faut reconstruire les 2 ponts presque en même temps. Les Archives ont conservé plus de documents sur les de reconstruction du pont de St thomas que sur ceux du pont de la Coutellaz. Les 2 ponts sont reconstruits en fer dans les années 1926 - 1927, ce qui veut dire que la population a du faire avec 2 ponts en très mauvais état pendant plus de 15 ans.

Un pont existait à Blay en 1795. Le Conseil municipal de la commune des Esserts et Blay du 10 mai 1795 (21 Floréal an III) évoque l’urgente et impérieuse nécessité de le réparer. Sa localisation exacte n’est pas donnée avec précision. La seule chose certaine, c’est qu’il est sur le territoire de Blay. Ce pont est utilisé par les habitants pour aller entretenir les champs qu’ils possèdent sur la rive droite de l’Isère, pour communiquer avec Tours et la Bathie, et pour se rendre aux fores et marchés de Conflans. C’est « l’impétuosité de la rivière » qui lui causent des dégâts. Les travaux de réparation sont détaillés et chiffrés à 1200 (livres ?francs ?).

On peut penser que les travaux de réparation n’ont pas été réalisés et que le pont a été détruit dans les dernières années du XVIIIème siècle. En effet, selon le compte-rendu du Conseil municipal du 18 août 1802 (30 thermidor an X), « la commune est dans l’urgence de faire construire un pont sur l’Isère ». La dépense est évaluée à 1 000 (livres ? francs ?). Il est probable que ce pont n’a pas été re-construit à cette époque, mais ce n'est pas certain. En effet, la délibération du Conseil Municipal du 19 décembre 1805 précise que la commune entretient une barque (un bac), qui est alors le seul moyen de communication avec la rive droite de l'Isère. Mais celle du Conseil du 11 mars 1806 nous apprend que la commune entretien un pont et une barque. Et celle du Conseil du 31 août 1808, consacré au problème de la participation de la commune aux frais de réparation du pont de St Paul n'évoque que la barque.

Comme on l'a vu plus haut (cf: le procès Esserts-BLay contre St Paul), le pont de la Coutellaz a été construit, en bois, par une vingtaine de personnes privés, entre 1837 et 1838. Dès les 1ers mois de 1836, 23 habitants de la commune, domiciliés à la Poyat et à la Combaz, pour la plupart propriétaires de terres sur la rive droite de l'Isère, déposent une requête auprès de l'Intendant de la Provine en vue de faire construire un pont à la Coutellaz, destiné à se substituer au bac existant. Ils déposent même un projet de plan du futur pont. L'Intendant demande au conseil communal d'Esserts-Blay de donner son avis. Le conseil délibère le 7 mars 1836. Etrangement, aucun des conseillers domiciliés à St Thomas n'est présent.

Le conseil approuve l'idée (tout en notant que les requérants ne sont pas 23, puisqu'il a relevé des enfants dans la liste des 23), mais émet des réserves fondamentales

Un document notarié du 14 février 1853 atteste que ce pont appartient alors à 23 co-propriétaires différents (certainement les mêmes qu'en 1836), tous, sauf un, étant domiciliés à Esserts-Blay. Cet acte constate la transaction suivante: les 23 propriétaires cèdent, irrévocablement et gratuitement, "l'intégralité du pont et de ses dépendances" à la commune d'Esserts-Blay sous les conditions suivantes:

- "la communauté entière est chargée de l'entretien et du maintien à perpétuité du-dit pont.

- il ne pourra jamais être établi un péage pour les habitants de la commune.

- la commune fera établir à ses frais un chemin dès le-dit pont à la route provinciale."

Ce dernier point est à souligner: le "chemin d'interet commun n° 66, qui reliera la Bathie, Esserts-Blay par le pont de la Coutellaz, St Paul, Rognaix et Feissons (c'est l'actuel CD n° 66) ne sera construit, en plusieurs tranches, qu'à partir des années 1860. La "montée de Blay" a été aménagée en 1867. Le seul chemin existant à l'époque est celui porté sur le plan de 1850: il longe la rive droite de l'Isère et rejoint la route provinciale à Tours.

En 1913, il est toujours en bois, et en mauvais état, comme celui de St Thomas. Un rapport de l'agent voyer cantonal, daté du 8 septembre 1913, nous apprend que, suite à une importante crue de l'Isère (suite à la fonte des neiges et aux fortes chaleurs), "la solidité de cet ouvrage nous parait bien compromise par suite de l'état de vétusté des bois du tablier et du mouvement de certaines palées". En conséquence, le Préfet prend, le 9 septembre 1913, un arrêté stipulant que "les conducteurs de véhicules de toute nature devront traverser le pont au pas" et que "les voitures seront attelées d'un cheval seulement et ne pourront être chargées de plus de 1000 kilogrammes". On notera (voir plus loin au sujet du pont de St Thomas) que le même arrêté a été pris en 1910 pour le pont de St Thomas. Dans les mois qui suivent, la situation se dégrade encore puisque, le 9 mars 1914, le Préfet interdit aux piétons et aux véhicules de traverser le pont d'Esserts-Blay. L'interdiction a du être levée quelques semaines plus tard, car le Bulletin paroissial d'août 1914 précise que le pont de Blay est utilisé, notamment par les gens de St Thomas (le pont de St Thomas s'est écroulé à la fin de l'été 1913). Il est néanmoins en mauvais état car le Bulletin note:"Mais voici qu'après le chétif pont de St Thomas, le colosse pont de Blay lui aussi se prend à trembler sous les coups répétés des flots de l'Isère, très tumultueux en ce moment. Il a tout l'air, lui aussi, de faire un terrible plongeon dans l'eau et d'aller rejoindre son petit collègue de St Thomas."

Les sources manquent ensuite pour savoir ce qu'il s'est passé. On peut penser qu'avec la mobilisation de 1914, les travaux de reconstruction du pont de la Coutellaz n'ont pas commencé. Les documents conservés aux Archives Départementales sont beaucoup plus nombreux sur le problème de la reconstruction du pont de St Thomas que sur celui de la reconstruction du pont de la Coutellaz. Peut être parce que la reconstruction du pont de la Coutellaz allait plus de soi que celle du pont de St Thomas.

En tous cas, la reconstruction du pont de la Coutellaz est inscrite dans le programme des travaux de 1923 (avec, à la clé, une subvention de l'Etat de 50 000 francs - cette subvention sera ramenée à 30 000 francs en 1926 - courrier de l'Ingénieur des Ponts et Chaussées de Moutiers au Maire d'Esserts-Blay du 18 juin 1926).

Le 5 février 1924, ce même Ingénieur écrit au Maire d'Esserts-Blay que "l'adjudication (des travaux) du pont de l'IC n° 66 (le pont de la Coutellaz) a été infructueuse", et que les Ponts et Chaussées ont contacté 3 entreprises pour pouvoir traiter de gré à gré. L'Ingénieur pense que les travaux pourront commencer d'ici 1 mois ou 2, avec l'espoir que le pont soit ouvert à la circulation d'ici la fin 1924 ou le début 1925 (le reste du courrier est consacré au pont de St Thomas).

Dans les faits les choses trainent. Un brouillon de courrier, daté du 16 mars 1926, destiné au Maire d'Esserts-Blay, certainement écrit par une personne des Ponts et Chaussées donne des explications sur le retard, du au manque de main d'oeuvre disponible, et lance un véritable "appel au peuple d'Esserts-Blay" pour fournir cette main d'oeuvre manquante, afin que les travaux qui doivent être faits avant la période des crues, soient réalisés:"Les travaux du pont de Blay n'avancent pas assez rapidement faute de personnel. L'entrepreneur comptait sur des Italiens. Ces derniers restent en Italie à cause du change trop bas en France. Les usines de Briançon et d'Arbine accaparent les travailleurs disponibles de La Bathie et Cevins. Les 15 derniers jours qui viennent sont décisifs. Pour l'entrepreneur, l'arrêt de la pile gauche n'a pas une importance appréciable car avec la pile droite et les culées, il aura du travail pendant la crue d'été et il terminerait le pont en octobre à la baisse des eaux.

Il n'en va pas de même pour la commune. Si nous sortons la pile rive gauche hors de l'eau avant la crue, nous aurons le pont ouvert 4 mois plus tôt. Il importe donc que les habitants d'Esserts-Blay comprennnent la situation, et assurent à l'entrepreneur une moyenne de 15 ouvriers. Ceci jusqu'au 31 mars. Je repète que l'interet de la commune est seul en jeu. Je suis persuadé que le Conseil Communal comprendra la situation et que, s'il le faut, il organise un roulement pour assurer les 15 hommes chaque jour..."

Comme à St Thomas, le pont est construit en fer. Il semble qu'il ait été terminé en 1927.

Il va tenir jusqu'au printemps 1980, date à laquelle il est en partie emporté par une grosse crue de l'Isère. Toute la région a subi duarnt plus jours orages et pluies diluviennes. Il est reconstruit en dur au même endroit. Il réouvre à la circulation en 1983. Les travaux se montent à 4 millions de francs.

Le pont de St Thomasa été construit après 1876, puisqu'il n'apparait pas sur le cadastre fait cette année. Je n'ai pas trouvé de documents concernant sa construction.

Nous avons plus d'éléments concernant ce pont à partir des années 1910. Le pont est alors en mauvais état, comme celui de la Coutellaz. Le 27 juin 1910, la Préfecture de la Savoie, "considérant qu'il importe de prendre, jusqu'à la réfection du pont de St thomas, les mesures destinées à assurer la sécurité de la circulation, prend un arrêté stipulant que "les conducteurs de véhicules de toute nature devront traverser le pont au pas", et que "les voitures seront attelées d'un cheval seulement et ne pourront être chargées de plus de 1000 kilogrammes" (le même arrêté sera pris en 1913 pour le pont de la Coutellaz). Puis un courrier, du 10 septembre 1912, de Félix CHAUTEMPS, Député d'Albertville, au Maire d'Esserts-Blay, évoque une subvention départementale pour le pont de St Thomas qui risque de n'être accordée que dans un délai très long. Ce courrier nous donne le plan de financement des travaux, tel qu'il avait été envisagé: 55 000 francs de travaux, à financer par la commune (5957.50 francs), le département (5722.50 francs - c'est la subvention pour laquelle Félix CHAUTEMPS se fait du soucis), et l'Etat (43320 francs). En 1913, les choses avancent. Différents documents évoquent la reconstruction du pont de St Thomas, prévue dans le programme vicinal (la DDE de l'époque s'appelle "Ponts et Chaussées et service vicinal"). Le bulletin paroissial d'août 1914 évoque l'écroulement, à la fin de l'été 1913, du pont de St Thomas, "sous les vagues impétueuses de l'Isère". Cet écroulement oblige les habitants de St Thomas qui veulent aller à Albertville ou à Tours à passer par le pont de Rhônnes, tandis que ceux qui veulent se rendre à la Bathie ou à Moutiers doivent emprunter celui de Blay (qui est donc en moins mauvais état).

Un accord de subvention pour la reconstruction du pont de St Thomas est donné par le Ministre de l'Intérieur le (...) 1913, pour 20 000 francs. Les travaux de reconstruction démarrent en décembre 1913, et sont confiés aux entreprises BROCHOT, de Paris (construction des piles) et CALDERINI, de St Paul (construction du tablier). Les travaux sont interrompus par la mobilisation générale d'août 1914. Un différent financier éclate en 1915 entre l'Administration et l'entreprise BROCHOT, qui ne sont pas d'accord sur le chiffrage des travaux effectués (16 933.22 frs contre 42 967.35 frs). Un rapport du Service Vicinal du Département, écrit en 1926, précise que les travaux exécutés à l'époque (construction d'une partie des piles) n'avaient pas donné satisfaction (les ouvrages réalisés auraient été emportés par les eaux). La guerre finie, se pose de nouveau le problème de la reconstruction du pont de St Thomas. Le projet est inscrit dans le programme d'investissement du Conseil Général de la Savoie pour l'année 1921. Mais il faut d'abord régler le litige financier avec l'entreprise BROCHOT, ce qui semble quasiment réalisé en mai - juin 1923 - courrier de l'Agent-voyer d'arrondissement au Maire d'Esserts-Blay, du 16 mai 1923 - lettre signée BROCHOT du 26 juin 1923).

En août - septembre 1923, alors que l'on semble s'acheminer vers une solution et un prochain redémarrage de travaux, une polémique éclate: Le Conseil d'arrondissement d'Albertville, lors d'une session tenue en août, fait remarquer que ... les 2 ponts d'Esserts-Blay et de St Thomas, distants de 2600 m, feraient double emploi le jour où les agglomérations de St Thomas et d'Esserts-Blay, seraient reliées sur la rive gauche par une route carrossable (rapport de l'Ingénieur d'arrondissement des Ponts et Chaussées du 1er septembre 1923). Eh oui! La route actuelle qui relie le pont d'Esserts-Blay à St Thomas, n'existe pas encore. Pour aller de Blay à St Thomas, on emprunte encore le chemin qui passe par la Combe. Donc, dans la foulée, Le Conseil d'arrondissement emet le voeu que l'Administration étudie si cette route ne pourrait pas être exécutée en lieu et place du pont de St thomas, et à moindres frais. Et le Conseil Général demande aux Ponts et Chaussées de faire un rapport sur le sujet.

L'émoi à Esserts-Blay a du être considérable, et la désapprobation de la commune remontée à qui de droit. En tous cas, le 17 septembre (1923), le Conseil d'arrondissement d'Albertville étudie la question "de plus près" (rapport des Ponts et Chaussées au Préfet, du 20 septembre 1923)  et "se rallie à l'avis de la commune et émet le voeu que la construction du pont soit poursuivie avec la plus grande rapidité possible" (même rapport du 20 septembre 1923). Le projet de reconstruction du pont est sauvé. 

Un courrier des Ponts et Chaussées au Maire d'Esserts-Blay, daté du 5 février 1924, nous apprend que le litige avec l'entreprise BROCHOT est définitivement réglé, et qu'une solution a été trouvée pour reconstruire le pont rapidement, et, c'est important, à moindres frais: il sera reconstruit en pont métallique (pont dit "PIGEAUD"). Les travaux ne devraient durer que 2 à 3 mois, et le pont réouvert à la circulation dans le courant de l'année 1924. Parallèlement, et le courrier des Ponts et Chaussées y fait référence, des travaux sont à engager sur l'autre pont, celui de la Coutellaz (nous en reparlerons), ce qui n'arrange pas les finances de la commune.

Concernant le pont de St Thomas, tout semble prêt. Encore faut il trouver des entreprises prêtes à réaliser les travaux dans le budget imparti. Hélas, le budget est tellement serré (les ressources de la commune sont très limitées, même si le projet est subventionné) que 2 essais d'adjudication restent infructeux (9 octobre 1924 et 4 juin 1925). C'est finalement l'entreprise MACIOTTA Gustave, de Moutiers, qui se voit confié le marché, passé de gré à gré, le 28 novembre 1925 (après un rabais de 5 % quand même!). Les travaux démarrent le 15 janvier 1926 et "sont menés activement" durant l'hiver et le printemps 1926.

Le 31 mai 1926, entre 1h30 et 5h du matin, catastrophe: une crue de l'Isère emporte la pile rive droite et les tabliers des 2 travées rive droite. Extrait du rapport des Agents-Voyers qui se sont rendus sur place et ont recueilli des témoignages: "Le dimanche 30 mai est le 1ère journée chaude de l'année. Les eaux sont montées dans le cours du jour. Le chef de chantier de l'entrepreneur avait enlevé le matériel (madriers, planches, outils) qui se trouvait sur les 2 rives, et qui était susceptible d'être emporté par la crue; il avait laissé en place la charpente de la travée rive droite, et quitté le chantier à 16 heures pour prendre le train qui monte à Moutiers. Aucune consigne n'était donnée pour surveiller le pont pendant la nuit. Vers minuit, un orage éclatait sur Albertville et sur la Tarentaise. Entre minuit et 1 heure (31 mai), Mr TARTARAT CHAPITRE Gabriel de St Thomas, passant le pont, constata que les eaux, ne trouvant plus passage sous le tablier, commençaient à effleurer le dessus du tablier contre lequel elles tapaient; il a ressenti que le tablier était fortement secoué. Mr REY Séraphin, compagnon de route de Mr TARTARAT, a fait une déclaration analogue à la Gendarmerie. A1h30, le garde-barrière du passage à niveau PLM situé à 150 m du pont entendit un violent craquement. Au matin, entre 5h et 6h, il s'aperçut que la pile rive droite avait disparu." Rapidement, les Ponts et Chaussées construise une passerelle pour les piétons. Mais il faut finir les travaux. L'accident du 31 mai se traduit par un surcoût de 91 900 francs, sur un budget de départ de 239 000 francs. Ce surcoût sera subventionné par une subvention de l'Etat de 62 492 francs (68 %) (lettre du Ministre de l'Intérieur du 27 novembre 1926), le reste étant à la charge du Département et de la Commune. Le nouveau pont de St Thomas (pont métallique "PIGEAUD" avec une seule travée de 45 m - avant l'accident, il devait comprendre 2 travées, ce qui, apparemment, coûtait moins cher) semble avoir été opérationnel dans le courant 1927.

Ce pont durera jusqu'au début des années 2000, date de construction du pont actuel (point à développer un peu plus).

Un projet de pont au Vernay?

Le rapport des Ponts et Chaussées sur la destruction du pont de St Thomas, en cours de reconstruction, du 31 mai 1926 évoque également (page 13) un projet de pont du même type (pont métallique, sur une seule travée), que la commune souhaitait faire construire 4 kms en amont  de celui de St thomas (soit 1.4 kms en amont du pont de la Coutellaz, ce qui correspond à la plaine du Vernay). Ce projet a été rejeté par le Ministère en raison de son prix. Je n'ai pas plus d'infos sur ce sujet.

 

 

 

10.12.2007

La Savoie française 1792 - 1815

La période française, 1792 – 11815, est à la fois riche en évènements, tous bien connus, et relativement pauvre en documents concernant Esserts-Blay. On notera que même la date de la création officielle de la commune d’Esserts-Blay n’est pas connue avec précision.

J’ai décidé de présenter d’abord les principaux évènements, nationaux ou régionaux, à connaître pour comprendre la période, et ensuite ce que j’ai pu recueillir sur Blay et St Thomas, ou Esserts-Blay (c'est le chapître suivant).

Les principaux évènements de la période révolutionnaire et napoléonienne :

Le 22 septembre 1792, au lendemain de l’abolition de la Royauté en France, le Général Montesquiou, chef de l’Armée française du Midi, pénètre dans le Duché, accompagné de la Légion Allobroge, ce qui donne à cette invasion une apparence de guerre de libération. Il ne rencontre absolument aucune résistance, les 12 000 soldats piémontais s’enfuyant en grand désordre.

Les 29 et 30 septembre 1792, les troupes françaises arrivent à Conflans, puis s’installent à Moutiers. Moutiers va devenir un lieu de casernement important, puisque, au fil du temps, 1000 hommes y logeront.

Pour les élites agissantes savoyardes, la cause est entendue : la Savoie doit s’unir à la France. Mais, en France, la Convention est réticente. La question de l’annexion de la Savoie fait débat. En tous cas, il ne faut pas que l’annexion de la Savoie par la France apparaisse comme une conquête. Il est donc impératif que les Savoyards demandent en masse leur union à la France. C’est dans ce contexte qu’est organisée la consultation des communautés.

En Tarentaise, les communautés sont consultées le 14 octobre 1792 : dans chaque commune, tous les hommes de plus de 21 ans éliront 1 député et 2 suppléants. Les élus sont convoqués le 21 octobre à Chambéry. La jeune Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité prend les choses en main et mène campagne pour l’annexion. Elle envoie 27 commissaires dans les Provinces pour organiser les élections. On ne retrouve d’ailleurs aucune trace d’un parti indépendantiste.

La Tarentaise compte alors 62 communautés et 36800 habitants. Les 3 bourgades les plus importantes sont Moutiers, St Martin de Belleville et Bourg St Maurice, qui comptent presque 2000 habitants chacune. Les nobles sont peu nombreux (23 en 1703). L’antagonisme entre les paysans et les notables, rentiers, propriétaires etc. … est beaucoup plus important que celui entre noble et non nobles. Les ruraux enrichis ont racheté des droits et servis aux nobles et les exploitent sans faiblesse.

Les communaux (surtout forets et pâturages) représentent 70 % des terres en Tarentaise et attisent les convoitises des nouveaux enrichis et donc les conflits avec les communautés villageoises. Néanmoins, la Tarentaise n'a pas connu de réels troubles prérévolutionnaires.

Le 10 octobre 1792, la commune de Moutiers délibère la 1ère et se prononce pour l’intégration à la France.

Les commissaires de la Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité convoquent les secrétaires des autres communautés et les chargent d’organiser la consultation dans cheque communauté. Ce sont les AG traditionnelles des communiers (qui ne se réunissaient plus depuis la réforme communale de 1738) qui vont se réunir en assemblées primaires (les non communiers, c’est non propriétaires dans la commune, qui représentent en moyenne 40 %sont donc exclus de la consultation, ainsi, bien entendu que les femmes). Ces AG sont convoquées de façon tout à fait traditionnelle : le Secrétaire (ou l’homme de loi commis si le secrétaire n’est pas venu à la convocation de Moutiers) réunit le Conseil, l’informe de la situation, lui lit les textes officiels. Puis le Conseil affiche les textes sur les portes de l’Eglise, et convoque l’AG des communiers. Le Secrétaire de la communauté dirige l’AG. Il lit le manifeste des commissaires, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui y est annexée, et le procès-verbal de la délibération de la Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité de Chambéry. Il invite ensuite les communiers à se prononcer sur le mode de gouvernement qu’ils souhaitent voir adopter, et à élire un député et 2 suppléants pour aller porter leurs veux à Chambéry le 21 octobre.

Le 21 octobre 1792, les 648 (ou 655 ?) députés se réunissent à Chambéry pour constituer l’Assemblée des Communes de Savoie, qui se proclame rapidement Assemblée Nationale Souveraine des Allobroges. Cette Assemblée prononce d’abord la déchéance du Roi et de sa postérité, l’abolition des privilèges, des droits féodaux, des dîmes et des gabelles, puis demande son rattachement à la France. Seules 3 communes se prononcent pour l’indépendance de la Savoie.

Le 27 novembre 1792, la Convention Nationale accepte, après réflexion, la réunion de la Savoie à la France (« la Savoie formera provisoirement un 84ème département, sous le nom de département du Mt Blanc »). Le département du Mt Blanc sera représenté par 10 députés. On notera d’ailleurs que la Savoie sera rattachée "définitivement" à la France par le Traité de Paris du 5 mai 1796, par lequel Victor Amédée III cède Nice et la Savoie à la France.

Le 14 décembre 1792, les 4 commissaires français chargés de l’administration du nouveau département du Mt Blanc arrivent en Savoie. Ils jouissent de pouvoirs quasi-illimités. Leurs 1ères décisions sont les suivantes :

Chambéry est le chef lieu du département (malgré l’âpre rivalité avec Annecy, à qui sera concédé, en contrepartie, l'Evéché du département)

La Savoie est divisée en 7 districts (proclamation du 29 janvier 1793) correspondant aux anciennes provinces : Chambéry – Annecy – Thonon – Carouge – Cluses – Moutiers – St Jean de Mne, 83 cantons (la notion de canton est nouvelle en Savoie), et 652 communes.

Le district de Moutiers, 49 315 habitants selon le dernier recensement de 1783, va de Conflans à la Haute Tarentaise et comprend aussi le Beaufortain. Les 10 chefs-lieux de canton sont : Moutiers – Conflans – Beaufort – Feissons sous Briançon – St Jean de Belleville – Bozel – Bellentre – Aime – Bourg St Maurice – Ste Foy. Les communautés deviennent des municipalités.

La question religieuse, pourtant sensible en Savoie, n’est pas abordée, du moins jusqu’au 8 février 1793. Durant l’automne 1792, les Savoyards se bercent d’illusions : la Savoie peut devenir française tout en bénéficiant, comme elle le souhaite, d’un statut particulier sur le plan religieux. Rappelons que les Savoyards ont été appelés à s’exprimer sur leur avenir (notamment le rattachement à la France) lors des Assemblées primaires d’octobre 1792, qui se sont tenues dans chaque commune. De nombreuses Assemblées ont émis une réserve importante : le maintien en l’état de la religion catholique (chose curieuse : aucune réserve de ce type dans les Assemblées de Tarentaise, de Maurienne, de Savoie et de carouge, signe probable qu’il y a eu trucage). En effet, les populations sont très attachées au catholicisme et au clergé séculier. L’autorité et le rayonnement des curés et vicaires de paroisse sont très importants. Mais ces réserves ont manifestement été cachées, à la fois pendant l’Assemblée Nationale des Allobroges et également quand les députés savoyards sont venus à Paris demander le rattachement à la France à la Convention. Donc la Convention a accepté le rattachement de la Savoie à la France sans que la question du particularisme religieux savoyard n’ait été évoquée officiellement.

D’autre part, jusqu’en janvier 1793, les révolutionnaires savoyards s’efforcent de rassurer le clergé et les campagnes : on ne touchera pas à la religion catholique.

Et enfin, le clergé savoyard reste étonnement passif devant les évènements de l’automne 1792. Pourtant, aucun prêtre savoyard ne peut ignorer ce qu’il s’est passé en France, surtout que les évêques et prêtres français réfractaires sont nombreux à s’être exilés temporairement en Savoie. L'Evêque de St Jean de Maurienne part pour Turin dès le 24 septembre. Mais l’Archevêque de Moutiers et l’Evêque de Chambéry restent en place et tentent de s’accommoder avec le nouveau pouvoir. L’Evêque de Chambéry prononce même un discours presque d’allégeance au nouveau pouvoir devant l’Assemblée des Allobroges. L’Archevêque de Moutiers, Mgr Joseph de Monfalcon du Cengle, est encore plus conciliant puisqu’il envoie une lettre (11 novembre 1792) à la Commission provisoire afin de montrer son parfait loyalisme. Une bonne partie du clergé, qui a pourtant pris de plein fouet le décret du 27 octobre sur les biens du Clergé, semble espérer que la Constitution civile du Clergé ne sera pas appliquée en Savoie.

Le 8 février 1793, les 4 Commissaires de la Convention signent une proclamation qui introduit dans le Département du Mont Blanc la Constitution civile du Clergé et l’obligation du serment (de "maintenir la liberté,  l’égalité et de mourir en les défendant")  des prêtres dans un délai de 8 jours (ces réformes ont été réalisées en France en 1790 et 1791). Les prêtres qui refusent le serment sont considérés comme démissionnaire et n’ont d’autre issue que l’exil ou la déportation (art 25 – 26 -27).

C’est la consternation et la fin des dernières illusions du clergé et des fidèles. Le mécontentement est énorme (alors qu’on peut penser que le décret du 8 février n’est que la suite logique des évènements de l’automne 1792). Quelque chose de profond s’est cassé entre la Révolution et les savoyards, surtout dans les campagnes.

Beaucoup de curés hésitent : prêter serment est un acte grave, mais s’exiler, c’est abandonner. Le concept de prêtre-citoyen plait à certains ; d’autres se disent que des opportunités vont se présenter en restant ; d’autres ont des contraintes personnelles qui les empêchent de partir. Plusieurs prêtres, parfois sur recommandation de leur supérieur, prêtent serment, mais avec des restrictions ; c’est en principe interdit, mais cela permet parfois de gagner du temps, voire même de piéger certains curés qui se retrouvent ainsi parmi les jureurs. Toujours est il que la protestation est énorme, dans les villes et dans les campagnes.

Cette protestation s’exprime lors des assemblées primaires du 11 février 1793, qui doivent choisir les électeurs qui éliront les 10 députés qui représenteront le Département à la Convention ; 7 des 10 députés élus ne sont pas soutenus par les commissaires. Les Commissaires de la Convention n’y voient que complot et manipulation, sans vouloir comprendre que la protestation touche vraiment au cœur des savoyards.

Même si c’est difficile de faire des statistiques, on estime entre ¼ et 1/3 des ecclésiastiques de Savoie jurent, avec ou sans restrictions. Si on compare avec les départements français voisins (il est vrai français depuis plus longtemps), la proportion de jureurs est faible ; elle se rapproche de celles des départements qui forment la France du refus (ex : Vendée). C’est à Chambéry et en Tarentaise qu’on jure le plus (60 % et même 70 % dans le clergé paroissial). Le diocèse d’Annecy est très majoritairement réfractaire (85 à 90 %), de même que la Maurienne.

En Tarentaise, contrairement à la Maurienne, la proportion de jureurs est importante, puisqu’on estime que 2/3 du clergé prête serment. En 1792 il y a 224 prêtres en exercice. 128 sur les 145 dont la trace a été retrouvée ont prêté serment, 57 des 66 curés et 33 vicaires sur 34. Sans doute de nombreux curés pensent ils que l’orage va passer ou que les Piémontais vont revenir; ainsi ne veulent ils pas abandonner leur paroisse. Il y a sans doute eu beaucoup de restrictions, au moins orales. Et l’attitude, perçue comme ambiguë, de l’Archevêque a certainement encourager des prêtres prêtent serment. D'autant le chanoine Jean Vincent Merme, qui a été professeur au Collège Royal pendant 42 ans, et a donc forme une centaine de prêtres, est favorable aux idées nouvelles ; on peut penser qu’il a entraîné de nombreux serments.

Face à la protestation, les Commissaires hésitent entre l’apaisement pour convaincre, et la répression. Ils se décident finalement pour la répression.

Le 1er mars 1793, l’Archevêque de Tarentaise émigre pour Turin. Il est l’un des derniers à partir, ayant cru pendant plusieurs mois qu’un arrangement avec le nouveau régime était possible. On notera que ce dernier donne avant de partir des instructions ambiguës : il exhorte les prêtres de son diocèse à refuser le serment, mais aussi à tenir ferme à leur poste tant qu’ils le pourraient.

Le 6 mars 1793 a lieu l’élection de l’Evêque du nouveau diocèse du Mt Blanc. François Thérèse PANISSET, curé de St Pierre d’Albigny, homme réputé droit et pieux, est élu avec 56% des suffrages exprimés, ce qui est correct, sans plus.

Les prêtres réfractaires s’exilent, le plus souvent à Turin ou dans le Piémont. Dans les régions massivement réfractaires (Genève et Maurienne), le refus de la messe faite par le clergé jureur (ou « intrus ») est immédiat.

Dans les régions « jureuses » (Chambéry, Belley et Tarentaise), les paroissiens, au moins dans les 1ères semaines, continuent à aller régulièrement à la messe. Mais, assez rapidement, la confiance n’est plus de mise. De plus, l’Eglise romaine donne l’ordre aux prêtes qui ont prêté serment de se rétracter faute de quoi leurs pouvoirs spirituels sont fortement diminués. C’est le cas de l’Archevêque de Moutiers, depuis son exil de Turin, le 28 avril 1793. Des prêtres se rétractent et doivent fuir ou se cacher.

Le service pastoral est en forte baisse, et deviendra inexistant à partir de l’arrivée du Représentant Albitte en février1794, qui, lui, veut déchristianiser complètement la Savoie.

Le 22 février 1793, la Convention décide la réquisition de 300 000 hommes. La Savoie se doit d’y participer. En principe, le principe du volontariat est conservé (c’est un honneur et un devoir de défendre la Patrie). Dans les faits, la désignation est imposée. Comme un peu partout en France, les réquisitions donnent des résultats assez corrects dans les villes, au moins dans les 1ers mois. Mais, dans les campagnes, on assiste à des mouvements de masse, soit de réfractaires (qui bénéficient du soutien de la population), soit de déserteurs (on s’en méfie un peu plus).

De juin 1793 à juillet 1794, c'est, en France, 1ère Terreur, avec le Comité de Salut Public, dirigé par Robespierre, chargé de faire triompher la Révolution à tout prix. En Savoie, cette terreur, réelle mais néanmoins moins violente que dans le reste de la France, est incarnée par Albitte, envoyé par la Convention comme Représentant dans le département du Mt Blanc du 28 février 1794 au 21août 1794. C’est un doctrinaire, pour qui la Raison est le véritable Etre suprême, mais qui ne va jusqu’à user de la guillotine. Pour lui, l’Eglise constitutionnelle est périmée, il faut déchristianiser complètement le département. Toute religion est pure invention, le seul culte qui compte, c’est celui de la raison.

Le Clergé constitutionnel se trouve décrédibilisé. Le culte catholique, même constitutionnel, cesse pratiquement. Albitte exige des prêtres un serment d’apostasie. Les prêtres (rappel : ceux qui restent encore ont prêté le serment Liberté – Egalité) fuient, ou sont emprisonnés, voire déportés. Les clochers des églises sont abattus, les églises sont dévastées. La messe est proscrite, la vie pastorale s’arrête brusquement.

Durant l’été 1793, les Sardes, aidées par l’Autriche, contre-attaquent, en Tarentaise, en Maurienne, et dans la vallée de l’Arve. Le Duc de Montferrat attaque la Tarentaise. Il est à Bourg St Maurice le 16 août, à Moutiers le 23, où il réinstalle l’Archevêque. Il pousse même jusqu’à La Roche - Cevins, où il installe son Quartier Général, mais ne va pas plus loin.

Dans un 1er temps, le Général français DUBOURG, à l’Hôpital, envisage de se replier. Le Général Kellerman lui ordonne de ne pas quitter Conflans sans avoir été attaqué, et vole à son secours.

Début septembre 1793, les 2 armées sont face à face à La Roche – Cevins : 17 000 Sardes contre 7 000 Français. Le 10 septembre, les Français passent à l’attaque, à la fois à Cevins et par les cols du Beaufortain (les Cormets) et de Maurienne (la Madeleine). Les Sardes se replient rapidement.

Le 2 octobre, le Général Kellerman entre à Moutiers. La Tarentaise est rapidement reprise par les Français, les Sardes se repliant sur les crêtes.

Le 27 juillet 1794 marque la chute de Robespierre. C’est la fin de la 1ère période de terreur. Un nouveau régime politique s’installe, le Directoire, qui va durer jusqu’à la prise du pouvoir de Napoléon (9 novembre 1799). La persécution religieuse reste forte jusqu’au début 1796. Ce régime s'appuie sur la Constitution du 22 août 1795 (5 fructidor an III). Elle est inspirée par le souci d’éviter le retour de la dictature, et est précédée d’une Déclaration des droits et des devoirs qui réaffirme avec force le droit de propriété. Le suffrage redevient censitaire, et l’âge de la majorité est relevé (« nous devons être gouvernés par les meilleurs »). Les pouvoirs (législatif et exécutif) sont très strictement séparés.

Les institutions locales (départements, cantons, communes - les districts sont remplacés par les cantons) restent étroitement subordonnées au pouvoir central. Le Directoire marque même un recul de la démocratie locale. En effet, seules les communes de plus de 5000 habitants conservent une organisation municipale propre. En Savoie, seule Chambéry est dans ce cas. Partout ailleurs, chaque commune élit un agent municipal, et la réunion des agents municipaux forme "l'administration municipale" de ce canton.

L’homme fort, c’est le Commissaire, nommé par le Directoire et chargé de surveiller l'application des lois. Il y en a un au niveau du département, et un au niveau de chaque administration communale de canton. Les agents municipaux sont théoriquement élus au suffrage censitaire. Mais le Directoire, par l’intermédiaire des commissaires qu’il nomme auprès des départements et des communes pour surveiller l’application des lois, peut destituer les agents municipaux, ce qu’il ne se prive pas de faire. Le fait que les villes et villages de moins de 5000 habitants ne soient plus administrés localement fait que le brigandage et l’insécurité augmentent dans les campagnes. La désertion est également très importante, surtout dans les campagnes. De plus l'administration n'arrive pas à résoudre les nombreux problèmes de ravitaillement qui se posent.

A partir d’août 1794,  les vicaires capitulaires des anciens diocèses de Savoie, la plupart exilés à Turin, décident d'envoyer dans nos régions des missionnaires en vue de (ré) animer la vie religieuse. Pour la Tarentaise, c’est  André de Maistre (frère de Joseph et Xavier) qui dirige, depuis Turin, l’opération. Ils sont 4 missionnaires à quitter Turin dans les derniers jours de novembre 1794 vers le Col de la Seigne, le Cormet de Roselend, le Beaufortain et la Basse tarentaise.

A leur tête, Antoine Martinet, 32 ans, originaire de Queige, ordonné prêtre en 1789, nommé ensuite vicaire à St Paul, puis appelé par l’Archevêque de Moutiers comme secrétaire particulier. En 1793, il refuse de prêter serment et accompagne l’Archevêque lorsque celui-ci quitte Moutiers en mars 1793. Après le décès de l’Archevêque en septembre 1793, il reste à Turin et devient secrétaire d’André De Maistre, qui était jusqu’en mars 1793 l’un des 3 vicaires généraux de l’Archevêché de Tarentaise.

Pendant 4 ans, les 4 missionnaires de Tarentaise vont vivre dans la clandestinité, changement de logement presque tous les jours, évitant les villes et sortant la nuit pour accomplir son ministère de prêtre. C’est une vie dangereuse et éprouvante, surtout pendant les périodes de chasse aux prêtres réfractaires. Sur 80 missionnaires envoyés en Savoie, 25 seront pris et envoyés à l’Ile de Ré ou à Rochefort. En avril 1795, 8 nouveaux missionnaires arrivent en Tarentaise par le Col de la Galise.

Le 25 octobre 1795, André  de Maistre divise l’archidiocèse en 9 missions, avec à la tête de chaque mission, un responsable et un adjoint, le tout étant chapeauté par André Martinet (jusqu’en juillet 1798) : Bourg St Maurice – Aime – St Marcel – Bozel – les Belleville – Moutiers et Aigueblanche – la Basse Tarentaise – Beaufortain – nord de la Combe de Savoie. La question de la position de chaque prêtre vis-à-vis des différents serments est très importante. Le 28 avril 1793, l’Archevêque avait interdit de prêche tous les ecclésiastiques qui avaient prêter le serment du 8 février 1793 et qui ne s’étaient pas rétractés publiquement dans les 10 jours ; il avait aussi défendu les fidèles d’avoir affaire à eux. André Martinet s’est occupé de faire rétracter publiquement ceux qui avaient prêté serment.

Le missionnaire reprend le rôle traditionnel des curés : les baptêmes, les mariages, la messe etc. … Mais il faut s’adapter à la clandestinité et au fait que, à partir de février 1794 jusqu’à début 1795, la vie pastorale a été quasiment anéantie (Albitte, puis les 1ers mois du Directoire).

Le baptême est le seul sacrement qui peut être administré par un laïc. Donc, entre 1792 et 1799, en l’absence de prêtres, les baptêmes administrés par des laïcs (ondoiement) seront très nombreux ; l’inscription sur un registre est obligatoire. Il y a aussi eu, en 1793 et jusqu’à l’arrivée d’Albitte en février 1794, des baptêmes célébrés par les prêtres assermentés (ou « intrus ») Le missionnaire prend en charge les baptêmes quand il le peut, sinon, il se contente de vérifier que l’ondoiement est régulier. En général, chaque nouveau né est ondoyé ou baptisé (si le missionnaire est dans les parages) dans les 3 jours qui suivent la naissance, en général le jour même. Si le missionnaire n’est pas là, le délai entre ondoiement et baptême peut être long, jusqu’à 1 an pendant la période de 1794 (Albitte, puis le temps que les missionnaires arrivent en Savoie).

Concernant le mariage, il faut obligatoirement un prêtre et 2 témoins. Le missionnaire, dès qu’il arrive dans un secteur, régularise (s’il les valide) les unions faites, soit devant un prêtre « intrus » (jureur), soit devant un magistrat civil (s’il est avéré qu’il était trop dangereux de recourir à un pasteur légitime), soit sans prêtre mais devant des témoins catholiques. Dès lors qu’il est sur un secteur, les mariages se font régulièrement, ce qui implique de nombreux déplacements, soit pour le missionnaire, soit pour les mariés (on regroupe les mariages). Les missionnaires visitent également les malades, la crainte de ne pas trouver de prêtre pour l’extrême onction aux agonisants étant très forte.

La messe est célébrée quand c’est la sécurité le permet, dans tout lieu décent les jours de semaine, à l’église le dimanche si elle est « réconciliée ». Après février 1793 et le départ massif des prêtres et vicaires, les fidèles, surtout là où les confréries marchaient bien, se sont mis à organiser eux-mêmes des « services religieux » qu’on peut appeler « culte laïque ». Il s’agit d’ersatz de messe, faites par les laïcs. Les missionnaires, une fois en place, se sont occupés d’y mettre bon ordre (il y avait eu quelques abus).

Dernier point important au cœur des préoccupations d’Antoine Martinet, l’enseignement, qui est un devoir indispensable. Cet enseignement doit être autant pratique que théorique. On y insiste sur la morale et la séparation entre le civil et le religieux. Les missionnaires doivent veiller aux petites écoles de leurs paroisses.

Sur le plan religieux, on peut diviser la période du Directoire en 3 temps:

1. De la mi 1794 au début  1796 : après une période de détente suite à la chute de Robespierre et, en Savoie, au départ d’Albitte, le début du Directoire est marqué la répression contre les réfractaires. En juillet 1795, 20 % des électeurs savoyards votent contre la Constitution proposée par le Directoire (dite du 22 août 1795), ce qui est un chiffre énorme, et fait dire que la Savoie est une 2ème Vendée.

2. De début 1796 à août 1797 : c’est l’accalmie religieuse. Les offices reprennent, beaucoup d’émigrés reviennent. En janvier 1796, l’Evêque constitutionnel PANISSET va même jusqu’à se rétracter (c’est la 1ère rétractation d’un Evêque constitutionnel). Cet acte démantèle l’Eglise constitutionnelle, qui laisse le champ libre aux missionnaires envoyés depuis Turin. Durant l’année 1796, la plupart des communes retrouvent un culte public. La liberté religieuse est même officiellement proclamée le 14 août 1797, à la grande joie de la population.

Le 15 mai 1796,  suite à la victoire des troupes du Général Napoléon sur celles de Victor Amédée III la Savoie est officiellement cédée par le Piémont à la France. Le Traité prévoit l’expulsion par le Piémont des émigrés français. La vente des biens nationaux commence dès juin 1796.Elle profite très largement aux bourgeois et aux notables des villes et dégradent les relations entre les campagnes et les villes.

3. Après le coup d’Etat du 17 fructidor 1797 (17 septembre) et jusqu’à fin 1799, les lois de persécution religieuse sont rétablies. C’est la 2ème Terreur. Les prêtres qui n’ont pas prêté le nouveau serment doivent quitter le territoire ou sont déportés Mais, cette fois ci, les escarmouches, les mouvements de protestation, et les émeutes se multiplient et sont beaucoup plus vives que pendant la 1ère Terreur. Les années 1798  et 1799 sont très difficiles. 

En mai 1798, Genève est annexée par la France et devient, en août, le chef lieu du département du Léman, qui ampute le département du Mont Blanc du tiers de superficie (Thonon, Bonneville, Carouge). Le Faucigny, avec le massif du Mt Blanc, rejoint le nouveau département du Léman en février 1800.

Le 9 novembre 1799, Bonaparte prend le pouvoir (Coup d’Etat du 18 brumaire).

La loi du 17 février 1800 (28 pluviôse an VIII) réorganise l’administration locale, dans un sens ultra centralisateur. Elle recréé les anciens districts (ex-provinces de l'Ancien Régime) au travers des arrondissements (4 pour le département de Mt Blanc: Annecy, Chambéry, Moutiers et St Jean De Maurienne) et 3 pour le département du Léman créé suite à l'annexion de Genève en 1798) Le Préfet, nommé et révoqué par le gouvernement (c'est-à-dire Napoléon), administre, seul, le département. Il est aidé par le Conseil de Préfecture (contentieux) et par le Conseil Général (budget – impôts) Le Sous préfet est lui aussi nommé par le gouvernement,  il administre l’arrondissement (qui succède au District). Il est aidé d’un Conseil, qui propose et répartit les impôts entre les communes.

Les Maires des communes de plus de 5000 habitants sont nommés par le gouvernement, ceux de celles de 5000 habitants par le Préfet. Il est probable que seule Chambéry comptait alors plus de 5000 habitants. Un arrêté du 8 décembre 1801 diminue sensiblement le nombre de cantons. L'arrondissement de Moutiers n'en compte plus que 5: Bourg St Maurice, Beaufort, Conflans, Moutiers Sud et Moutiers Nord.

Sur le plan religieux, Napoléon négocie avec la Papauté (les relations entre le régime précédent, le Directoire, et la Papauté étaient exécrables) le Concordat du 15 juillet 1801: la Constitution civile du Clergé est abolie, la vente des biens d'Eglise est entérinée. La Papauté reconnaît la République, et l'Etat assure le libre exercice de la religion catholique et rémunère ses serviteurs. La France est alors divisée en 60 évêchés et 10 archevêchés. La religion catholique n'est plus, depuis 1789, religion d'Etat, mais elle est reconnue comme celle de "la grande majorité des Français. Les Evêques sont nommés par le Chef de l'Etat, à qui ils prêtent serment, et institués canoniquement par le Pape. Ils ont des pouvoirs étendus et nomment les curés. Le concordat de 1801 ramène la paix religieuse.

La Noblesse se rallie en masse au régime (devenu Empire le 18 mai 1804) en se lançant dans les affaires, en entrant en masse dans la magistrature et dans la Grande Armée, et en jouant un rôle de plus en plus important dans les affaires politiques locales et départementales.

Le 18 mai 1804, Bonaparte se fait sacrer Empereur

08.12.2007

La construction du chemin n° 66

La construction de la route départementale n° 66, qui relie la Bathie à Feissons, en passant par le chef-lieu d'Esserts-Blay, St Paul et Rognaix, date des 1ères années du rattachement de la Savoie à la France.

En 1860, la Savoie et la Haute Savoie sont très en retard en matière de routes et de chemins. L'Administration française fait un gros effort, à partir de 1862, pour améliorer les routes existantes et en créer de nouvelles. A l'époque, au moins 60 communes en Savoie sont enclavées, dont 15 en Tarentaise.  

On distingue alors les "routes impériales", comme la route impériale n° 90 qui passe à la Bathie et dessert la Tarentaise, les "chemins de grande communication", les "chemins de moyenne communication" (qui intéresse plusieurs communes) et les chemins vicinaux ordinaires (qui ne concernent que la commune).

Certainement peu après le rattachement à la France, est prise la décision de construire le "chemin de moyenne communication n° 66"pour relier les villages de Basse tarentaise de la rive gauche de l'Isère (Esserts-Blay, St Paul et Rognaix) à la Bathie et Feissons, 2 communes traversées par la route impériale n° 90 (la RN 90 d'avant la 2*2 voies).

En 1860, il existe déjà un pont en bois à la Coutellaz. Ce pont a été cédé à la commune d'Esserts-Blay en 1852 (voir chapitre sur les ponts du village). On ne sait par où passait à l'époque le chemin qui permettait d'aller de ce pont à Blay: peut être le chemin n° 66 a-t-il été construit sur un chemin pré-existant, peut être pas car les conditions géologiques sont difficiles dans ce secteur. De plus, en 1852, il n'existait pas de chemin carrossable entre le pont de la Coutellaz et la Bathie, ni, d'ailleurs entre ce pont et St Thomas. Le chemin  principal de la rive gauche de l'Isère ne passait pas par ici. En effet, pour aller de Blay à St Thomas (et continuer sur Grignon), le chemin normal passait plus haut, par le hameau de la Combe.

Aux Archives Départementales sont conservés plusieurs documents (rapports des Ponts et Chaussées, et délibérations des communes) qui nous donnent quelques informations sur la construction du chemin de moyenne communication n° 66 (qui deviendra chemin d'interêt commun puis route départementale, en gardant le même numéro).

La section entre la Bathie et la Thiournaz (à l'entrée du chef lieu de Blay, où a été construit le Groupe scolaire qui existe encore, probable intersection avec le chemin de St Thomas par la Combe, et le chemin de la Poyat et la Fouettaz) a été, semble-t-il, construite en 2 tranches:

- En 1867, de la Bathie au pont de la Coutellaz

- En 1869, entre le pont de la Coutellaz et la Thiournaz (les travaux de cette 2ème tranche ont fait l'objet d'un procès verbal de réception définitive envoyé à l'Agent Voyer en chef du Département de la Savoie le 22 juin 1869)

Je ne suis complètement certain de cette répartition car pour qualifier la 2ème tranche de travaux, réceptionnée en 1869, les rapports évoquent "les travaux de construction du chemin de moyenne communication n° 66, pour la partie comprise entre la section faite en 1867 et la maison du Sieur FILLION".

 Le rapport de l’Agent Voyer cantonal et de l’Agent Voyer d’arrondissement, daté du 26 octobre 1869 nous donne une idée de la situation à l'automne 1869 :

« Les travaux de terrassement et d’art du (chemin de moyenne communication) n° 66 sont terminés entre l’Isère et le hameau de la Tournaz. Les voitures circulent entre Esserts-Blay et la plaine, et, grâce à la nature graveleuse du sol, l’empierrement de cette partie de chemin peut encore être retardé.

Mais il n’en est pas de même dans la plaine pour la section comprise entre la route impériale n° 90 et l’Isère. Le sous-sol un peu marécageux rend cette partie de chemin presque impraticable pendant l’hiver, surtout depuis que l’entrepreneur des graviers d’entretien de la route n° 90 y passe pour ses approvisionnements.

J’ai en conséquence l’honneur de vous transmettre une soumission relative à l’empierrement de cette section et à la construction d’un aqueduc depuis longtemps réclamé par les propriétaires des terrains en amont, et qui est en effet nécessaire pour le dessèchement de ces terrains. »

En résumé, le chemin est carrossable entre le chef-lieu de Blay et la Bathie, mais pas empierré. De Blay au pont, cela a l'air d'aller (on verra plus plus loin que cela n'ira pas très longtemps car le terrain est très humide, ce qui va entrainer, ce n'est pas une surprise, une rapide dégradation du chemin). Par contre, du pont à la Bathie, c'est le bourbier pendant la mauvaise saison.

A la Thiournaz, le chemin de moyenne communication n° 66 rejoint celui, ancestral, qui relie St Thomas à Blay et St Paul. On peut penser qu'il est déjà carrossable.

Pour visualiser le chemin tel qu'il est dessiné sur le cadastre de 1876, cliquez ici Chemin n° 66.jpg

Le programme des travaux du Service vicinal pour 1884prévoit le parachèvement de l'élargissement et du redressement du chemin n° 66 entre la Thiournaz et le four Périnet (situé à la limite entre Esserts-Blay et St Paul, donc certainement au bord du Nant Bernard), et aussi la continuation de la digue en amont du pont d'Esserts-Blay sur le territoire d'Esserts-Blay. On notera qu'il est prévu, dans ces travaux, la reconstruction de l'oratoire détruit par le chemin, reconstruction promise par le Maire de la commune aux habitants du village des Carres (je ne sais pas où c'est). Ces travaux avaient été adjugés fin 1882 à l'entreprise LACROIX, d'Albertville. Cette entreprise n'est pas arrivée à faire face, et, après mise en demeure, ils ont été repris par l'entreprise BASSO Baptiste en novembre 1883 (c'est son oncle qui avait exécuté les travaux de 1867).

Comme on pouvait s'y attendre étant donné la difficulté et l'humidité qualité du terrain, la "montée de Blay" se dégrade rapidement, et il faut de nouveau faire des travaux de restauration et d'amélioration.

Rapport de l’Agence Voyer cantonal: « Le 6 mars 1885, le mur de soutènement à pierres sèches du chemin d’intérêt commun n° 66 en amont du pont d’Esserts-Blay, d’une hauteur de 8 mètres, s’est écroulé sur 10 mètres de longueur et menace encore de tomber sur 6 mètres. Nous nous sommes rendus sur les lieux le 7 mars et avons rétabli la circulation au moyen de pièces de bois avec platelage que nous avons louées au Sieur BLANC, scieur, pour le prix de 25 francs. Puis chiffrage de travaux de reconstruction à 1823 francs ». Les travaux de reconstruction sont confiés à l'entreprise BASSO Baptiste (soumission approuvée le 20 septembre 1885).

Nouveaux éboulements et nouveaux travaux en 1911. Rapport des Agents Voyers cantonal et d’arrondissement du 25 juillet 1911 : « Par suite de la mauvaise nature du terrain rencontré à droite du chemin (d’intérêt commun n°66), partie comprise entre le lacet au-dessus du pont d’Esserts-Blay sur l’Isère et le hameau de la Thiournaz, des éboulements successifs ont réduit la largeur de la chaussée d’au moins 1m30. Sur une longueur de 66 mètres, au droit de murs de soutènement de plus de 4 mètres, la largeur normale de la plate-forme est réduite de 5m à 3m70, ce qui rend la circulation dangereuse, surtout en hiver. Pour améliorer ce parcours, nous avons prévu la construction d’un mur de rive en maçonnerie ordinaire, avec drain à l’arrière, pour assurer l’écoulement des eaux, assez abondantes parfois, dans le talus éboulé ».

La dépense est chiffrée à 1500 francs. Pour le financement, les Agents Voyers proposent que le Département en paie la moitié, et les communes l’autre moitié « proportionnellement à leur degré d’intérêt au chemin d’intérêt commun n° 66 ». Cette répartition est la suivante: Cevins 9 %, Esserts-Blay 32 %, la Bathie 21 %, Rognaix 14 %, St Paul 24 %.

On notera que le Conseil Municipal de la Bathie du 27 août 1911, « après avoir délibéré, fait remarquer que la part fixée à la commune (157.50 francs) est très élevée par rapport aux services qu’elle en retire, et que seule la commune d’Esserts-Blay profitera des réparations à faire. Mais, espérant que pareilles conditions seront faites à la Bathie dans le cas où des réparations pourraient se présenter sur le chemin d’intérêt commun n°66, vote la somme de 157.50 francs … »

Le pont de la Coutellaz n'est pas non plus en bon état. Il fait même l'objet, en mars 1914, d'un arrêté d'interdiction préfectoral. Il ne sera reconstruit, en fer, qu'en 1927 (voir chapitre sur les ponts: "Traverser l'Isère: bacs et ponts").

 

 

 

11.11.2006

Personnages du village

Force est de constater que nulle bataille significative ne s’est déroulée devant le Château de Blay, nulle célébrité blaycheraine n’a marqué l’histoire du Duché de Savoie.

Néanmoins, voici quelques informations glanées ici et là concernant des personnalités du village. Si, dans vos papiers de famille, vous trouvez des informations que vous souhaitez communiquer, merci de me contacter au 04 79 31 02 88 ou par e-mail : jean-marc.mollet@laposte.net

Louis TEILLIERest né à Blay le 8 janvier 1752. Il se marie en 1767 avec Pernette PERONNIER (1748 – 1823), avec qui il a 7 enfants.

Marc POINTET, dans son passionnant livre sur «Les ardoisières de Cevins – La Bathie » (Cahiers du Vieux Conflans n° 164), nous apprend que Louis TEILIER a dirigé et exploité pendant plusieurs années les fameuses ardoisières de Cevins et de La Bathie.

Ces ardoisières sont situées entre 1900 et 2000 mètres d’altitude vers le Col de La Bathie, à la limite entre La Bathie et Cevins. Elles ont été exploitées depuis le milieu du Moyen Age jusqu’à la moitié du XXème siècle. Les ardoises de Cevins – La Bathie ont été considérées comme des ardoises d’excellente qualité, les meilleures de Savoie et certainement de France. Selon les époques, plus d’une centaine d’ouvriers y ont été employés. A la fin du XVIIIème siècle, il y a différents lots et différents propriétaires :

Une partie des carrières appartient à la communauté villageoise de la Bathie. Depuis 1783, cette carrière était acensée (louée) par Pierre TARTARAT, de La Bathie. En 1787, c’est Louis TELLIER qui reprend le contrat d’acensement (de location). En même temps, il acense, toujours à la commune de La Bathie, le martinet et la forge d’Arbine. En septembre 1789, le bail de la carrière d’ardoises est modifié. Louis TEILLIER s’associe avec François PORTIER, procureur de la compagnie de Bonvillard. Le cens (redevance) annuel est de 80 livres + la fourniture de 4000 ardoises. La durée du bail est portée à 14 ans, pour permettre aux entrepreneurs d’amortir les investissements nécessaires à l’exploitation de l’ardoisière.

Une autre partie des carrières appartient à la communauté villageoise de Cevins. Louis TELLIER en est le locataire en 1802.

Enfin, les Comtes de Cevins sont également propriétaires de parcelles dans le même secteur. A la fin du XVIIIème siècle, les Comtes n’habitent plus Cevins depuis plusieurs décennies. En 1794, en pleine Terreur, Jean François CARRELY DE BASSY, l’héritier des Comtes de Cevins, vend tous ses biens situés à Cevins pour 140 000 livres.

Les acheteurs, Pierre Marie PONT, Notaire à Cevins, et Pierre TARDIEU, son beau-frère, homme de loi à Moutiers, n’arrivent pas à régler la totalité du prix d’achat, et revendent, le 1er juin 1802, la parcelle correspondant aux ardoisières à Louis TEILLIER, pour 14 000 francs.

Cela permet à Louis TELLIER de devenir l’exploitant unique de toutes les ardoisières De Cevins et de La Bathie. A l’époque, il y emploie en moyenne une centaine d’ouvriers, du printemps à l’automne. Il est difficile de savoir comment cela s’est fini. En 1807, Louis TELLIER n’exploite plus les carrières de la commune de Cevins, désormais louées à Joseph BIRON de Chambéry. Il semble avoir revendu à Joseph Marie COMTET (de La Bathie) la carrière qu’il avait acheté à Mrs PONT et TARDIEU.

Louis TELLIER devait être un industriel important (il exploitait également la forge d’Arbine), que Marc POINTET décrit comme un « gros acheteur de biens nationaux » (rappel : le contexte des années post 1789 – 1792).

Julien RAVIER GARONest né le 4 septembre 1833 au Mas de Blay, fils de Jean Marie François et de Marie Hippolytaz FONTAINE TRANCHANT. C’est l’arrière arrière-grand-père de Martine RAVIER GARON.Julien a été sous-Lieutenant, puis Capitaine (en 1883) de la Cie des Sapeurs Pompiers d’Esserts-Blay. Son fils Hippolyte sera lui-même Capitaine de la Compagnie à partir de 1894.

Voici l’article de journal relatant ses funérailles:

« Le 3 mai (1912) avaient lieu à Esserts Blay les funérailles de Mr RAVIER GARON Julien, décédé à l’âge de 79 ans. Une assistance imposante accompagnait le défunt à sa dernière demeure. Cette assistance comprenait non seulement la plupart des habitants d’Esserts Blay, mais aussi de nombreux amis des communes voisines et même du chef lieu d’arrondissement.

Après la cérémonie funèbre, Mr JACQUENET, ancien Secrétaire de la Sous-préfecture s’est exprimé en ces termes : « Mesdames, Messieurs, Je ne laisserai pas fermer cette tombe sans adresser le suprême adieu à celui qui m’honora de son amitié. Mais je me dispenserai d’essayer de retracer d’une façon détaillée les qualités de celui que nous pleurons. RAVIER Julien, doué d’une belle intelligence, était sérieux et réfléchi ; aussi acquit-il vite une grande expérience de la vie. Il était discret et s’abstenait de se montrer prodigue de conseils, mais ses amis étaient toujours surs de trouver en lui, dans ses réflexions courtoises, des avis indiquant le but à atteindre par le droit chemin. Ses compatriotes surent apprécier son bon sens dans sa collaboration à l’administration de cette commune.

RAVIER fut un travailleur, qui, par son labeur intelligent, sut faire vivre dans l’aisance une nombreuse famille ; il laisse 33 enfants ou petits enfants. La société perd en lui un homme dévoué, un homme de cœur, un homme de bien. Son souvenir restera vivace parmi ceux qui l’ont connu et qui ont su l’apprécier, il laisse en effet un exemple à suivre. Puissent nos témoignages de regret atténuer la douleur de ceux qui le suivent dans la vie. Jouissez en paix, cher RAVIER, de la récompense due à vos vertus de Père de famille et de Bon Citoyen. »  

Le bulletin paroissial de juin 1912 évoque également ces funérailles, en précisant que Julien RAVIER GARON est décédé "après de longues et douloureuses souffrances chrétiennement supportées".

Marie Hippolyte LASSIAZest né à Esserts-Blay le 12 janvier 1858, fils de Jacques Elie et de Marie Julie RAVIER GARON (Marie Julie est une soeur de Julien, l'arrière arrière-grand-père de Martine). Il est devenu prêtre le 19 mai 1883. Il est d'abord nommé vicaire aux Chapelles (22 juillet 1883), puis à Bozel (12 juillet 1885). Il est nommé curé de Celliers le 2 septembre 1893.

3 ans plus tard, à 37 ans, le 18 avril 1896, il démissionne de sa charge et part dans la foulée comme missionnaire au Brésil, dans le diocèse de Curytiba; il est aumônier de l'hôpital de Paranagua; il décède au Brésil le 29 juilet 1910.

Jean-Paul BERGERI évoque le curé LASSIAZ dans son livre consacré à "l'histoire de Moutiers" (ed La Fontaine de Siloé - 2007), quand il évoque la mission des Soeurs de St Joseph de Moutiers au Brésil (pages 253-254-255):    " En 1894, Mgr de Camargo est le 1er évêque de Curitiba, au Brésil (diocèse de Parana). Il charge un ami, le père jésuite Jean Marie Cyber, de lui procurer des religieuses françaises pour l'hôpital de sa ville. Le père jésuite connaît les Soeurs de St Joseph de Chambéry, qui sont déjà installées dans l'Etat de Sao Paulo depuis 1858. La supérieure de Chambéry décline l'offre et elle la transmet à Mère Adèle, qui est la supérieure générale de Tarentaise et qui accepte, voyant là une occasion un peu providentielle.

En novembre 1895, l'offre est précisée, le cahier des charges restant toutefois relativement vague: on attend cinq ou six religieuses et deux aumôniers, et on s'engage financièrement sur la prise en charge du voyage Le Havre - Paranagua (le port le plus proche de Curitiba).

Les cinq religieuses qui se portent volontaires sont: Soeur Marie-Joseph, Marie Alice Jacquier, de Marthod; Soeur Cécile, Marie Françoise Mermoz, de Bozel; Soeur Marie Lucie, Jeanne Marie Rolland, de Pralognan; Soeur Marie Françoise, Victoire Michel, de Pussy; Soeur Flavie, Anne Marie Virginie Borlet, d'Hautecour.

Quant aux deux prêtres, ce sont: l'abbé Anxionnaz, de Bourg St Maurice, qui avait déjà été missionnaire à la Martinique; l'abbé Lassiaz, d'Esserts-Blay, qui était curé de Celliers.

La caravane quitte Moutiers le 23 juin 1896. Première étape: Paris, avec arrêt à la chapelle et dans la salle des martyrs des Missions Etrangères. Ça met dans l'ambiance! Deuxième étape: Le Havre. Là, nos braves soeurs sont confrontées pour la première fois de leur vie à un plat de crevettes. Moment d'angoisse - elles l'expliquent dans leurs récits de voyage -, car elles n'ont aucune idée de la manière dont on peut manger ces petites bêtes. Pas rancunières, et sans doute satisfaites, elles en font envoyer une pleine caisse à la maison mère de Moutiers.

Le 28 juin, elles embarquent sur le Macédonia, un navire allemand. Un mois de traversée sur une mer démontée et avec, en plus, la cuisine allemande dont elle semble avoir plus souffert encore de la tempête. Résultat: tout le monde est malade pendant un mois!

Le 28 juillet, arrivée à Paranagua. Il leur reste 117 kilomètres à parcourir pour rejoindre Curitiba. Le trajet se fait en chemin de fer. Là, les religieuses découvrent leur terrain d'apostolat, la Santa Casa da Misericordia, c'est-à-dire l'hôpital, qui se révèle peu accueillant: pas d'eau courante, pas même un lavoir, pas de fourneau pour la cuisine, pas de toilettes, pas de tables de nuit, très peu de draps, et, en tout et pour tout, douze serviettes à l'usage des médecins. Elles découvrent surtout un autre rythme de vie dont elles se plaignent dans leurs courriers: tous les travaux se font avec une lenteur qu'elles jugent désespérante.

La réalité à laquelle sont confrontés les deux prêtres n'est guère plus enthousiasmante. Dans tout le diocèse de Parana, il y a l'évêque, le curé de la cathédrale, qui est aussi sénateur et qui passe donc une bonne partie de son temps à Rio, un prêtre allemand qui fait fonction de vicaire général, et un prêtre polonais. Et c'est tout.

Il faut mettre tout cela en perspective avec ce qu'ils viennent de quitter, la Tarentaise de 1896. La Tarentaise d'alors a un peu plus de 56 000 habitants, c'est à dire moins que la seule population de Curitiba, et à peu près le dixième de la population du Parana. Dans ce même diocèse de Tarentaise, il y avait alors 142 prêtres en activité, dont 109 occupés au service paroissial. Donc un prêtre pour un peu plus de 500 habitants. Au Parana, en comptant les deux prêtres tarins, on a un rapport qui est de l'ordre de 1 prêtre pour 100 000 habitants. Donc un prêtre du Parana a un potentiel de fidèles deux cents fois plus important qu'un prêtre de Tarentaise. Imaginez le changement pour le père Lassiaz, qui avait été curé de Celliers! (...)"

Voici ce qu'a dit M. le chanoine MIEDAN, aumônier de la maison-mère des Soeurs de St Joseph, au sujet de R.P. Hippolyte LASSIAZ lors de la messe dite à sa mémoire le jeudi 28 juillet 1910 à l'église de Blay (Bulletin paroissiale de septembre 1910): "Né à Esserts-Blay le 12 janvier 1858, M. l'abbé LASSIAZ fit toutes ses études dans les établissements diocésains, où il laissa le souvenir d'un élève consciencieux, apportant, suivant les moments, la même ardeur et le même entrain à l'étude et au jeu. Ecolier appliqué et réfléchi, en même temps que condisciple aimable et charitable, il avait su se concilier l'estime de ses professeurs et l'affection de ses camarades.

Ordonné prêtre le 19 mai 1883, il fut, le 22 juillet suivant, nommé vicaire aux Chapelles, où il resta environ une année. Le 12 juillet 1885, l'autorité diocésaine l'envoya terminer son stage de vicaire dans l'importante paroisse de Bozel. La cure de Celliers étant devenue vacante, dans le courant de l'année 1893, M. LASSIAZ y fut installé comme curé le 2 septembre. C'est là que l'appel divin se fit entendre à son âme, le sollicitant d'abandonner sa famille, ses amis, sa patrie pour aller sur les côtes du Brésil se faire apôtre et missionnaire. Ayant démissionné le 18 avril 1896, il s'embarqua dans le courant de cette même année et alla rejoindre le poste que la Providence lui avait marqué.

Il est certain qu'il dut faire, au milieu de ces lointaines populations, un bien très grand et très profond, car déjà il s'était fait remarquer, dans les différentes situations qu'il occupa en Tarentaise, par un esprit évangélique très développé. Il pratiquait à la lettre les conseils, donnant aux pauvres tout ce qu'il possédait et n'épargnait à leur service ni son temps ni sa peine. Il avait en particulier une affection marquée pour les malades, les visitant avec une grande régularité et les encourageant avec une bonté et une douceur où il savait faire passer toute son âme. Au moment où la mort l'a appelé à comparaître devant le tribunal de Dieu, il était aumônier de l'hôpital de Paranaguà, dans la province de Paranà."

Voici le témoignage de R.P. MICHEL, de Pussy, missionnaire comme lui au Brésil (Bulletins paroissiaux de novembre 1910 et avril 1911) sur les derniers jours de son ami l'abbé LASSIAZ: "Ayant appris que le Père LASSIAZ était fatigué, je suis allé le voir le 6 avril dernier. L'ayant trouvé bien souffrant, je l'engageai à monter à Curytiba, car le climat de Curytiba est peut être un des meilleurs du Brésil. Il est donc monté avec moi le 7 avril dans cette ville, il resta 3 semaines dans la maison des soeurs. Mais les vomissements dont il avait déjà tant souffert jusque là l'ayant repris, je le conduisis à un des plus célèbres médecins de la ville qui m'a fortement engagé à le conduire à l'hôpital desservi par les soeurs de St Joseph de Moutiers, dont la supériere est de Marthod. Le médecin ayant ordonné de conduire notre cher malade à l'hôpital, je l'y conduisis aussitôt dans une voiture douce et fermée. C'était le 29 avril (1910). Il nous a donné quelque espoir dans le mois de mai, mais, ne pouvant rien manger, buvant à peine un verre de lait coupé de beaucoup d'eau de Vichy, il devenait de plus en plus faible. Vers la fin du mois de juin, de nouveaux vomissements se produisirent et durèrent pendant une semaine, ce qui nous enleva tout espoir. Il avait aussi le hoquet une grande partie du jour et de la nuit, ce qui le faisait énormément souffrir. Les soins spirituels et matériels ne lui ont pas manqué. Depuis le 24 juin jusqu'au 19 juillet, il a eu presque toujours un prêtre avec lui, surtout la nuit. Quand j'étais fatigué, c'était un Père Lazariste ou un Franciscain, mais, le plus souvent, c'était un Lazariste ou moi, parce que nous étions Français. Son agonie a été longue: elle a duré près de 2 jours, ce qui m'a permis de télégraphier à trois prêtres du diocèse, missionnaires au Brésil comme moi: MM DUC, de Granier, DURAND, des Chapelles, et BEROUD, de Montagny. Il n'y a que M. l'abbé DUC qui ait pu se rendre. Il est arrivé une demi-heure avant sa mort. Il l'a reconnu encore. Il a rendu son âme à Dieu à 8 heures du soir, en la fête de St Vincent de Paul, en présence des dix soeurs de l'hôpital, du Père DUC, et moi. La sépulture a eu lieu le jeudi, à 9 heures, honorée de la présence de M. le Vicaire général, qui a dit la messe, du supérieur et des professeurs du séminaire et d'un grand nombre de religieux et religieuses.

M. LASSIAZ ne laisse pas de fortune, car il donnait tout à mesure, mais il laisse, ce qui est infiniment mieux, dans la ville de Paranagua, la réputation d'un saint prêtre, très pieux, désinteressé et tout dévoué aux oeuvres du bon Dieu. Il est mort, comme je l'ai dit, le jour dela St Vincent de Paul, modèle des prêtres. Espérons que ce grand saint aura aidé l'âme du bon Père LASSIAZ à entrer plus vite dans le ciel. Appliquons nous tous à imiter les vertus de ce bon prêtre qui a laissé partout où il a passé le meilleur souvenir, et qui restera ainsi l'honneur de ses parents et de la paroisse d'Esserts-Blay qui l'a vu naître. Heureux ceux qui meurent dans la paix du Seigneur."

Jacques (Elie Pierre) FONTAINE TRANCHANT est né à Esserts-Blay (La Fouettaz) le 7 mai 1806, fils de Louis Martin, laboureur, et de Reine POINTET. Une de ses 2 soeurs, Marguerite, épouse REY (Martin), est l'arrière grand mère de François MERCIER (K). Il décède le 3 novembre 1870 à Albertville.

Jacques Elie, pourtant d'origine apparemment modeste, devient avocat et épouse Eugénie DELACHENAL, fille du maire d'Ugine (et avocat également) et descendante d'une des plus grosses famille d'Ugine (les aïeux de Marie ont été Comtes d'Outrechaise). Jacques Elie, libre-penseur convaincu, sera propriétaire de nombreux biens immobiliers à Albertville, et notamment d'une briquetterie et d'une poterie.

Le recensement d'Albertville de 1858 nous apporte les informations suivantes: Il a 51 ans, est avocat et est marié avec Eugénie DELACHENAL, d'Ugine (née le 9 janvier 1816). Il exerce la profession d'avocat, sa femme est notée comme étant rentière, comme Marie DELACHENAL, mère d'Eugénie, née à Albertville vers 1800, qui habite à la même adresse que Jacques et Eugénie, au 157 Grande Rue (actuelle rue de la République). Son épouse Eugénie (Marie Françoise) est l'une des 2 filles de Charles Emmanuel DELACHENAL, avocat et maire d'Ugine, et donc une descendante des Comtes d'Outrechaise. Les DELACHENAL sont une famille très importante à Ugine au milieu du XIXème siècle (et ce depuis la fin XVIIème).

Jacques et Eugénie ont 6 enfants: Camille 18 ans (absent lors du recensement), Hélène 17 ans, Emmanuel 14 ans, Elisa 13 ans, Gabriel 12 ans et Eugène 9 ans. Ils emploient alors 3 domestiques.

Sur ce recensement (1858), Jacques FONTAINE TRANCHANT est le seul albertvillois, avec Jacques PORRAZ, également avocat, à faire noter dans la rubrique relative à sa religion: "libre penseur" (la femme de Jacques PORRAZ est également consignée comme "libre penseur", leurs 3 enfants, 2 filles et un garçon sont notés comme "sans religion"). Ce qui n'empêche pas qu'au moins 3 enfants de leurs enfants aient été baptisés, comme en témoignent les registres paroissiaux d'Albertville (voir plus loin).

Le recensement de 1866 nous donne des informations complémentaires sur les enfants de Jacques et Eugénie: Camille (26 ans) est clerc d'avoué; Emmanuel (22 ans) est étudiant en droit, Elisa a 19 ans et Eugène 17 ans (pas d'infos sur Hélène et Gabriel, peut être décédés puisque le livre consacré à la poterie savoyarde - voir juste en dessous - précise que jacques Elie, à sa mort en 1870, a 4 enfants et non plus 6).

Les registres paroissiaux d'Albertville nous précisent qu'au moins 4 enfants de Jacques et Eugénie ont été baptisés:

Emmanuel, Marie François Charles Emmanuel est né à Albertville le 26 juin 1843, baptisé le 28 juin 1843. Ses parrains sont Maitre François BALLY, notaire royal, demeurant à Cléry Frontenet, et Dame Françoise BALLY, née FAVRE, demeurant au même endroit, rentière. Il exerce le métier de magistrat et décède en février ou mars 1898.

Elisa, Marie Françoise Elisabeth, est née le 5 août 1844 à Albertville et baptisée le 7 août. Ses parrains sont Pierre François BRONDEX, substitut du Procureur, demeurant à Chambéry, et Dame Françoise Elisabeth BRONDEX, née DUFOUR, négociante à Chambéry.

Gabriel Louis est né à Albertville le 28 décembre 1845, et baptisé le 31 décembre.

Eugène (Octave François) est né à Albertville le 13 octobre 1848 et baptisé le lendemain à St Jean Baptiste (parrain: Camille Marie Antoine FONTAINE TRANCHANT; marraine: Hélène Marie Louise FONTAINE TRANCHANT).

La poterie FONTAINE TRANCHANT est évoquée dans le livre d'Anne BUTTIN et Michèle PACHOUD-CHEVRIER consacré à "La poterie domestique en Savoie" (Editions le Vieil Annecy): Le bâtiment se situait en gros à l'emplacement de l'actuel supermarché CHAMPION, à coté du Collège de la Combe de Savoie. Jacques Elie FONTAINE TRANCHANT a acquis les tènements immobiliers en 1853 et 1854. A l'époque, le canal qui longe la propriété s'appellait déjà "canal du ruisseau Nant Potier", ce qui semble prouver que la poterie existait déjà. A coté de la poterie se trouve également une briqueterie-tuilerie, dont le propriétaire est également Jacques FONTAINE TRANCHANT. Le livre d'A. BUTTIN et M. PACHOUD-CHEVRIER s'intéresse plus particulièrement à la poterie "A l'exposition universelle de Paris de 1867 ne sont mentionnées que 2 poteries savoyardes: la poterie SCHLIBS à Cognin et la poterie FONTAINE TRANCHANT à Albertville. On précise que la production de ces 2 ateliers suffit à alimenter tout le département en poterie commune "laquelle est d'assez bonne qualité et variée". Le catalogue de l'exposition précise qu'à Albertville on fabrique: des briques ordinaires, des carreaux hexagonaux, des carreaux vernissés, des briques creuses, des drains, des tuyaux pour conduite d'eau, des pots à eau de poterie commune, la poterie pouvant utiliser 2 types de terre, une terre argileuse, et une terre pour briques réfractaires, utilisée seule ou mélangée à du sable récemment découvert."

A l'époque, la poterie et la briqueterie-tuilerie emploient de nombreux ouvriers italiens. Les 2 ateliers sont fermés pendant les 5 mois d'hiver.

Au décès de Jacques Elie en 1870, la propriété des entreprises revient à sa femme et à ses 4 enfants. Une dizaine d'annnées plus tard, la direction des ateliers est reprise par le plus jeune des fils FONTAINE TRANCHANT, Eugène, né en 1848. Jusqu'alors, Eugène était négociant à Turin, ou il s'est marié en 1878. Après son retour à Albertville, Eugène s'implique dans la vie locale: ils est élu au Conseil Municipal et occupe pendant 12 ans la direction du journal "le Réveil albertvillois" (tendance libérale).

Plusieurs maîtres-potiers de renom se sont succédés à la poterie: Guillaume-Philippe ZABERER, de 1867 à 1881, fils et petit-fils de potiers, puis Jean KIBLER, également d'une famille de potiers (son père et 3 de ses frères sont potiers), et Jules QUERY.

On ne sait pas comment ces entreprises ont fini; la briqueterie existait encore en 1906.

27.10.2006

La Tarentaise envahie 6 fois en 200 ans (1536 - 1749)

De 1536 à 1749, soit en un peu plus de 200 ans, la Tarentaise va être envahie à six reprises, cinq fois par les Français, une fois par les Espagnols. Ces invasions sont liées aux vicissitudes de la diplomatie de la Maison de Savoie, prise en tenaille entre les 2 grandes puissances continentales de l’époque, le Roi de France et l’Empereur germanique.

Il ne semble pas que des combats significatifs se soient déroulés sur le territoire de Blay ou de St Thomas, ni d’ailleurs de St Paul, sauf en 1600, où, lors de l'invasion par les Français, ces derniers "auraient follié (fouillé) et brisé les châteaux de St paul et de Blay. Par contre, nos ancêtres ont vu défilé dans la vallée pas mal de troupes armées, savoyardes, françaises et aussi espagnoles, allemandes et autrichiennes.

Ces années de guerre et d’occupation sont très difficiles, d’autant que la peste sévit à plusieurs reprises.

Au début de 1536, le Duc Charles III rompt l’alliance séculaire de sa dynastie avec la France, et s’allie à Charles Quint, Empereur d’Allemagne et Roi d’Espagne.

La réaction du Roi de France, François Ier, ne se fait attendre. Ses troupes envahissent en quelques semaines la Savoie et le Piémont. L’objectif principal de François Ier est de maîtriser la route d’Italie par le Mt Cenis. Si bien qu’en Tarentaise, les Français ne vont, dans un 1er temps, pas au-delà de Conflans. Mais les Tarins, emmenés par François de Loctier, seigneur de Bellecombe, entreprennent de reprendre Conflans aux Français (bien que le Duc Charles III se soit enfuit en Italie). Ils y parviennent le 1er mai 1536, et poussent même leur avantage jusqu’à Chambéry. Les généraux français réagissent, ne pouvant accepter que la route du Mt Cenis puisse se refermer derrière leur armée déjà engagée au Piémont, et font venir des secours. Les Tarins reculent, d’abord à St Pierre d’Albigny, puis jusqu’au défilé de Briançon, comptant bien en interdire le passage. Mais les Français, en passant par le Col de la Madeleine, contournent leur position et prennent Moutiers, dont les fortifications ont été démantelées 200 ans auparavant. La ville de Moutiers, qui résiste dans un 1er temps, est dévastée, de même que le reste du pays. L’invasion ne s’arrête qu’au pied du Petit St Bernard. Les Français resteront en Savoie pendant 22 ans jusqu’en 1559. En Tarentaise, les garnisons françaises occupent les châteaux de St Jacques et de Briançon. La Savoie est rendue au Duc Emmanuel Philibert, fils de Charles III, aux termes du Traité de Cateau-Cambrésis du 7 août 1559.

La Savoie et la Tarentaise sont de nouveau envahies par les Français en 1600 – 1601. En 1588, le Duc de Savoie Charles Emmanuel Ier, fils d’Emmanuel Philibert, provoque la France en lui prenant le marquisat de Saluces, sur le versant italien des Alpes. Le Roi de rance réagit en armant Genève et les Bernois contre la Savoie. Se sentant en difficulté, Charles Emmanuel recourt à l’aide de son beau-père, le Roi d’Espagne Philippe II. Les troupes espagnoles sont signalées à plusieurs reprises en tarentaise entre 1590 et 1597. En avril 1598, la Paix de Vervins suspend la lutte entre la France et la Savoie. Charles Emmanuel refuse de céder sur le problème du marquisat de Saluces, si bien que le Roi de France Henri IV lui déclare la guerre le 12 août 1600. Lesdiguières, chef d’une des armées françaises, prend rapidement Montmélian, puis Conflans, puis la Maurienne pour s’assurer l’accès au Mont Cenis. Le 21 septembre, il remonte l’Isère et prend Briançon, puis Moutiers le 6 octobre et le Château St Jacques (Siaix) le 12 octobre. Les places fortes de Conflans, Briançon et St jacques sont alors démantelées. Les châteaux de St Paul et de Blay semblent avoir été "folliés (fouillés) et brisés".Henri IV vient en personne en Savoie en octobre et novembre, et passe plusieurs jours dans le Beaufortain et en Tarentaise. Le 13 novembre 1600, le Duc de Savoie franchit le col du Petit St Bernard, dans le but de secourir la forteresse de Montmélian, qui résiste toujours aux troupes françaises. Il ne va pas plus loin qu’Aime. Le 17 novembre, la citadelle de Montmélian se rend aux Français. Le Duc de Savoie repasse le col du Mt Cenis dans l’autre sens le 23 décembre 1600. L’occupation française prend fin avec le Traité de Lyon du 17 janvier 1701, qui marque clairement la fin des ambitions « françaises » de la Maison de Savoie : celle-ci conserve Saluces, mais doit renoncer à la Bresse, au Bugey, au Valromey et au Pays de Gex ; Ne lui reste, du coté occidental des Alpes que ce qui correspond en gros aujourd’hui à la Savoie et à la Haute Savoie.

La 3ème invasion date de 1630-1631, toujours sous le règne belliqueux du Duc Charles Emmanuel Ier. Cette fois-ci, c’est à cause du Montferrat, en Italie, que le Duc entre en guerre contre le Roi de France Louis XIII. Louis XIII, présent en personne, prend d’abord Chambéry puis Annecy, Faverges, Ugine et Beaufort. Le gouverneur savoyard, Thomas de Carignan, s’installe d’abord à Conflans, puis à Briançon. Il se fait surprendre par le Maréchal français De Bassompierre, qui l’attaque, le 2 juin 1600, par le col de la Louze à coté d’Arêches. Thomas de Carignan se replie jusqu’à Seez. Entre-temps, Louis XIII se rend à Conflans, puis, le 4 août,  à Moutiers. Thomas de Carignan doit se replier de l’autre coté du col du Petit St Bernard, et Louis XIII atteint Bourg St Maurice le 7 août. Il fait édifier une ligne de fortifications entre Bourg St Maurice et Seez afin de prévenir le retour des troupes du Duc de Savoie. L’été 1630 est également marqué en Savoie, et en Tarentaise, par la réapparition de la peste, qui, au global, fera plus de ravages que la guerre elle-même. En 1631, la paix est négociée entre la France et la Maison de Savoie (Victor Amédée Ier a succédé à Charles Emmanuel Ier), qui récupère ses territoires savoyards

La 4ème occupation française se déroule de 1690 à 1696, sous le règne de Louis XIV. Ce dernier lutte contre la ligue d’Augsbourg, à laquelle adhère en 1690, le Duc de Savoie Victor Amédée II. La France envahit facilement la majeure partie de la Savoie, il est vrai peu armée. Les troupes savoyardes, quelques centaines d’hommes tout au plus, commandées par le Marquis joseph de Sales, et le Comte de Bernex, se retirent en Tarentaise. D’abord à Cevins, où ils espèrent tenir à « La Roche », puis à Briançon. Elles ne résistent pas longtemps, et doivent fuir vers le Val d’Aoste par le col du Petit St Bernard. En juin et juillet 1690, les troupes françaises poussent leur avantage jusqu'au Val d’Aoste, qu’elles ravagent, notamment dans le but d’empêcher les troupes piémontaises de porter secours à Montmélian, la principale place forte de Savoie (la citadelle de Montmélian ne capitule que le 23 décembre 1691). La Savoie, et la Tarentaise, sont restituées à Victor Amédée II par le Traité de Turin du 28 septembre 1696.

La 5ème occupation française commence en 1703 et dure 10 ans, jusqu’en 1713. A la différence des 4 premières occupations françaises, durant lesquelles la Tarentaise est constamment restée sous domination française, cette 5ème occupation voit les troupes piémontaises, soutenus par les troupes autrichiennes, la leur reprendre à 3 reprises. Cette nouvelle guerre est liée au problème de la succession d’Espagne, qui oppose le Roi de France Louis XIV allié à son petit-fils Philippe V, proclamé Roi d’Espagne, au reste de l’Europe dont le Duc de Savoie, toujours Victor Amédée II. Désormais italianisé et conscient que la Savoie est ouverte aux invasions françaises, ce dernier fait lever un régiment de milices et replie le gros de ces troupes vers l tarentaise, puis le Val d’Aoste et le Piémont. En novembre 1703, les troupes françaises marchent sur Chambéry. Les (maigres) troupes du Duc restées en Savoie se regroupent d’abord à Conflans, puis à Feissons sous Briançon, puis à Aiguebelle et à Montmélian. Elles se replient ensuite à Feissons sous Briançon, puis, craignant de se faire couper la route de l’Italie par les Français (qui paraissent vouloir passer par Beaufort et le Cormet d’Arêches), se retirent dans le Val d’Aoste. Louis XIV tient de nouveau la Savoie tout entière, sauf… la citadelle de Montmélian qui ne capitulera que le 11 décembre 1705.

Cette 5ème occupation de la Savoie est beaucoup plus animée, militairement, que les précédentes. En effet, les troupes piémontaises de Victor Amédée II battent les Français à Turin le 7 septembre 1706. En 1707, elles reprennent Suse et le Val d’Aoste. En juillet 1708, elles franchissent le Mt Cenis, et reprennent la Maurienne jusqu’à Aiguebelle. En même temps, des troupes allemandes, alliées aux piémontais passent le Petit St Bernard. Un corps de troupe piémontais rejoint les Allemands en Tarentaise par le col de la Vanoise. Le commandant français replie alors ses troupes à St Pierre d’Albigny. Mais l’objectif réel de Victor Amédée II n’est pas de reprendre la Savoie, mais de prendre Exiles et Fenestrelles, deux forteresses situées du coté italien des Alpes, mais dépendant du Dauphiné. Si bien que, dès qu’il constate que les troupes françaises ne pourront plus défendre ces deux forteresses, il « abandonne » la Maurienne et la Tarentaise, fait repasser le Mt Cenis à ses troupes et les fait se jeter sur Exiles et Fenestrelles, qu’elles prennent début août 1708. Dans la foulée, la Tarentaise et la Maurienne sont reprises facilement par les Français.

Rebelote en 1709 : les troupes coalisées (Autriche, Allemagne et Maison de Savoie) passent le Mt Cenis et le Petit St Bernard le 11 juillet. Plutôt que d’attaquer par la Maurienne, les coalisés, avec leurs 30 000 soldats, décident de concentrer leurs forces en Tarentaise, en passant par le col de la Vanoise. Les Français, commandés par le Marquis de Thoy, se replient d’abord de Bourg St Maurice à Moutiers. Le 18 juillet 1709, mal organisés, ils se font battre par les coalisés à La Bathie et doivent se replier en désordre sur Conflans, puis Freterive et enfin Montmélian. Les coalisés, dont le plan est de rejoindre les troupes allemandes qui doivent arriver d’Alsace, vont jusqu’à Seyssel puis se replient en Italie car les Allemands qu’ils devaient rejoindre ont été stoppés par les Français. L’année 1709 est donc très difficile pour la population de Tarentaise, sommée à la fois de fournir des vivres à l’armée française, et des hommes à l’armée piémontaise.

Et dix de der en 1711 : le 6 juillet, les coalisés passent à nouveau le Mt Cenis. Les troupes françaises, surtout préoccupées de protéger le Dauphiné, sont à Valloire. Victor Amédée II, présent à Termignon, préfère, de nouveau, faire passer ses troupes par le col de la Vanoise pour rejoindre la Tarentaise, plutôt que leur faire risquer de passer par la Maurienne. Delà, Victor Amédée se rend à Conflans, Tamié puis Chambéry, d’où il disperse ses troupes un peu partout en Savoie. En Tarentaise, les Austro Piémontais installent différents postes militaires, notamment à Conflans et tout autour de Moutiers, et vivent aux dépens des habitants. Dans la foulée s’engagent les 1ers pourparlers qui aboutiront au Traité d’Utrecht d’avril 1713, qui donne le titre royal à Victor Amédée II, et lui rend la Savoie.

La 6ème occupation, espagnole cette fois, sera la plus difficile (1742 - 1749). En 1742, s’engage la guerre de succession d’Autriche. Le Duc Charles Emmanuel III, désireux d’agrandir le Piémont au dépens du Milanais, s’allie d’abord avec la France et l’Espagne, puis, se rendant compte que l’Espagne a des visées sur l’ensemble du Milanais, change de parti et s’allie avec les Autrichiens. La réaction franco-espagnole ne se fait pas attendre, et les troupes espagnoles, de passage dans le sud de la France, envahissent d’abord la Maurienne en septembre 1742 (par le col du Galibier), puis Chambéry et enfin Moutiers le 8 septembre, par le col de la Madeleine. En octobre, et malgré l’approche de l’hiver, Charles Emmanuel III, appuyé par l’Autriche prend le parti de contre-attaquer. Il passe le Mt Cenis et atteint Moutiers, évacuée par les Espagnols, en quelques jours.

On notera que l’avant-garde de l’armée de Charles Emmanuel III est commandée par le Baron Du Verger de St Thomas des Esserts, qui a le grade de Général. Les Espagnols se replient en France, dans un 1er temps, sans opposer de résistance. Mais le pari de Charles Emmanuel III s’avère impossible à tenir, car les Alpes forment une barrière très difficile à franchir en hiver. Les renforts espagnols arrivent et ces derniers se mettent à remonter l’Isère. En face, Charles Emmanuel III, dont l’armée est affaiblie par l’arrivée de l’hiver, décide de se replier vers le Piémont. Le gros de ses troupes prend la route du Mt Cenis, le reste, emmené par le Général Du Verger de St Thomas, prend celle de la Tarentaise. Les Espagnols poursuivent Du Verger. Un furieux combat a lieu le 1er janvier 1743 au-dessus d’Aigueblanche. Arrivés à Bourg St Maurice, les Espagnols foncent, par le col de l’Iseran, attaquer les troupes De Charles Emmanuel en Maurienne. L’opération est un fiasco pour ce dernier, qui, du coup, ne reviendra plus jamais en Savoie. Les Espagnols s’installent en Tarentaise et dressent leur QG à Feissons sur Salins, à coté de Moutiers. L’occupation espagnole est très dure, et ne prend fin qu’en 1749.