17.06.2008
Les Maires d'Esserts-Blay
La notion de communauté villageoise s’est développée au moyen age, d’une double nécessité :
- gérer de façon à la fois collective les biens communs, essentiellement les forets et les pâturages de montagne ; en Tarentaise, ces biens communs représentent 70 % de la surface du sol, ils sont une importance économique cruciale en montagne.
- défendre les intérêts collectifs des habitants, obtenir de nouveaux droits, face, d’abord face au seigneur local, puis face aux officiers comtaux puis ducaux.
Parallèlement s’est développée en ville la notion de communauté urbaine.
La communauté villageoise est composée de « communiers ». Ces communiers sont d’abord les copropriétaires indivis des biens communaux. Ils habitent la commune. En règle général, on est communier de père en fils. On peut aussi, plus rarement, le devenir après avoir été agréé et s’être acquitté du droit de communage. La communauté ne regroupe donc pas tous les chefs de famille du village, seuls en font partie les copropriétaires des biens communaux.
Au fil du temps, les communautés villageoises se sont organisées. Les décisions sont prises en Assemblée Générale, qui se réunit une à deux fois par an, soit à l’Eglise ou devant l’Eglise, soit sur la place du village. La présence de tous les communiers est quasiment obligatoire. Le Châtelain, (selon le cas, le seigneur lui-même, ou son représentant habitant le château local – au fil du temps, le châtelain est le représentant local du Duc de Savoie), est également présent. L’Assemblée Générale élit un ou plusieurs Syndics (c’est un poste difficile qui ne se refuse pas), selon l’importance de la commune, qui préparer les décisions à faire ratifier en AG et assure l’exécution des décisions prises par l’AG, et représente la commune vis à vis de l’extérieur.
Le Syndic est donc l’ancêtre du Maire.
Au XVIème siècle, le Duc Emmanuel Philibert réforme l’administration du Duché et fait de la communauté d’habitants l’unité fiscale de base. Le tache de Syndic devient un travail à temps plein. Il doit s’occuper de percevoir les tailles, des affaires militaires, de gérer les biens communs, de faire entretenir les bâtiments publics, et aussi défendre les droits et privilèges de la commune face à l’extérieur, et notamment face aux autres communes voisines.
Les communes de Tarentaise sont en général relativement riches avec souvent des moulins, des pressoirs, des fours etc … qui sont utilisés par les communiers. Elles peuvent acenser (location longue durée) une partie des communaux. Tout cela permet de limiter la pression fiscale sur les communiers.
La fin du Moyen Age est marqué par le renforcement du pouvoir central, sous l’impulsion des Rois Victor Amédée II (1680- 1730) et Charles-Emmanuel III (1730 – 1773). En 1738, le Roi Charles-Emmanuel fait appliquer une importante Réforme municipale (Edit du 15 septembre 1738), qui se traduit par la mise en sommeil de l’AG des communiers. C’est la fin de la communauté héritée du Moyen Age. Avec cette réforme, la commune devient le rouage essentiel de l’administration , elle exécute les ordres de l’Intendant de la Province dont elle dépend (l’Intendant est nommé par le Roi).
Les pouvoirs de l'ancienne Assemblée Générale des communiers passent théoriquement à un Conseil de 3 à 7 membres, qui se recrutent par cooptation « parmi les plus aisés, plus capables, et plus en état de servir la Communauté ». Le Conseil est présidé par un Syndic, renouvelé chaque année.
Mais le vrai pouvoir est aux mains du Secrétaire, chargé des tâches administratives. Le Secrétaire est un Notaire, désigné par les Conseillers sous réserve de l’accord de l’Intendant de la Province, qui décerne les patentes. C’est lui le véritable homme orchestre, pratiquement seul intermédiaire entre la commune et le pouvoir quasi universel de l’Intendant. Ses principales missions : publier les édits, veiller au cadastre, établir le rôle de la taille et de l’impôt sur le sel, contrôler la gestion des biens collectifs et l’entretien des ponts et chemins.
En général, un Secrétaire administre plusieurs communes voisines, de 2 à 7, souvent 4 ou 5, ce qui est à la fois une source de revenus et aussi de notoriété qui permet de drainer vers son étude notariale quantité d’actes et contrats divers. L’Intendant de la Province (qui correspond en gros au Préfet actuel, avec des pouvoirs beaucoup plus importants), souvent peu au fait des affaires locales, ne contrôle pas vraiment les nominations de Secrétaires, et s’en remet à l’influence des dynasties notariales. Ces dynasties notariales accaparent les postes, et en arrivent souvent à considérer ces charges comme un bien transmissible. Il est rare qu’un Secrétaire soit désavoué ou révoqué par l’Intendant. Le pouvoir du Secrétaire est encore plus absolu s’il déteint en plus la charge de châtelain, donc le pouvoir de justice judiciaire. Et c’est souvent le cas. Ce cumul est même encouragé par les Intendants afin d’éviter des heurts qui peuvent se produire si ces 2 charges sont exercés par des personnes en désaccord l’une avec l’autre.
Au cours de l’automne 1792, la Savoie devient le 84ème département français sous le nom de « Département du Mt Blanc ». Elle adopte les nouvelles lois et institutions françaises, issues de la Révolution de 1789. C’est à ce moment qu’apparaissent officiellement la municipalité (en lieu et place de la communauté), et le Maire (en lieu et place du Syndic).
Le Maire est désormais élu (et non plus nommé) au suffrage direct, pour 2 ans renouvelables, par les citoyens actifs de la commune, ceux acquittant une contribution au moins égale à 10 journées de travail.
Le rapprochement définitif de Blay et de St Thomas date du 27 décembre 1794 (jusqu'alors, Blay avait rattaché le plus souvent, mais pas tout le temps,à St Thomas. Mais Blay a aussi pu être, en 1793 et/ou en 1794, soit une commune autonome, soit liée à St Paul).
Quelques maires de la période 1792 - 1800:
- François LASSIAZ, Maire de St Thomas des Esserts suite aux élections du 24 mars 1793, renouvelé Maire de la commune de St Thomas et Blay après le rattachement de Blay à St Thomas du 27 décembre 1794
- Jacques FONTAINE, "Maire" de la "municipalité provisoire de Blay" entre mars 1793 et décembre 1794 (se reporter au chapitre 15 sur la période 1792 - 1815), puis Officier municipal de la nouvelle commune de St Thomas et Blay à partir de décembre 1794
- Joseph GIROD après l'élection du 18 janvier 1795. Il est probablement resté Maire de la commune jusqu'à son décès à l'automne 1804.
La Constitution napoléonienne de l’an VIII (février 1800) marque un tournant et affirme clairement la principe de la centralisation du pouvoir. Les Maires ne sont plus élus, mais nommés, soit par le gouvernement pour les communes de plus de 5000 habitants, soit par le Préfet (lui-même nommé par le gouvernement) pour les communes de taille plus petite.
Les Maires d’Esserts-Blay de la période sont :
1800 - 1804: Joseph BOCHET (Secrétaire: Charles FONTAINE, de Conflans)
1804: Jean BLANC (à partir du 6 octobre 1804, suite au décès de Joseph BOCHET)
1808 - 1809 : Jean BLANC
1809 – 1813 : Joseph TRAVERSIER
1813 – 1815 : Martin REY
Suite aux défaites de Napoléon (1814, puis 1815), la Savoie revient dans le giron du Royaume de Piémont Sardaigne. Le Roi décide un retour pur et simple aux institutions d’avant 1792.
Sur le plan communal, le Roi Victor Emmanuel rétablit, dès le 26 octobre 1814, l’organisation administratives des communes qui existait avant 1792. On revient à l’Edit du 15 septembre 1738, complété par les Lettres Patentes du 6 juin 1775. L’Edit de 1738 prévoit que les chefs de famille « les plus forts en cadastre et plus apparents du lieu » nomment le syndic et 6 – 4 ou 2 conseillers selon l’importance de la commune.
Le Syndic est nommé pour 1 an. Comme avant 1792, le vrai homme fort, c’est le Secrétaire, obligatoirement Notaire, nommé par l’Intendant (le Conseil lui propose 3 noms) , et qui peut exercer ses fonctions sur 6 communes au maximum.
L’Edit royal du 31 décembre 1815 vise à rehausser la position du Syndic (par rapport au Secrétaire), et aussi à en faire un instrument du pouvoir. Le Syndic est désormais nommé pour 2 ans, soit par l'Intendant (dans les communes de moins de 3000 habitants), soit par le Roi (dans les communes plus importantes). Le Syndic peut voir sa fonction prolongée au-delà des 2 ans, mais uniquement sur décision du Roi.
Les Edits de février 1819 et surtout du 20 mars 1826 marquent l’affirmation du pouvoir central sur la vie des communes : le Conseil communal perd toute compétence en matière budgétaire, le budget étant désormais fait par le Ministère de l’Intérieur. En contrepartie, le syndic est nommé pour 3 ans.
Des syndics de la période:
- Nicolas GUEILLAND est Syndic le 30 janvier 1821 (Secrétaire: Etienne François Isidore REYMOND, notaire royal)
- Joseph AVRILLIER, à feu Joseph, est nommé Syndic le le 30 janvier 1821, pour les années 1821 et 1822 (nomination par l'Intendant de la province, approuvé par le Ministre de l'Intérieur) (Secrétaire: toujours E.F.I. REYMOND). Il l'est jusqu'à fin 1824.
- Louis Martin FONTAINE TRANCHANT lui succède en 1825, pour 1825 et 1826 (Secrétaire: toujours E.F.I REYMOND)
- Jean Baptiste BOCHET, de St Thomas 1827 - 1828 - 1829 (le Secrétaire est toujours le même)
- Joseph LASSIAZ est Syndic en 1831 (toujours le même secrétaire)
- Thomas LASSIAZ est Syndic en juin 1837 et avril 1839 (REYMOND toujours Secrétaire communal)

1842 marque l’année de la grande réforme de l’administration communale. Les communes sont réparties en 3 classes selon leur nombre d’habitants :
- plus de 10 000 habitants
- de 3 000 à 10 000
- moins de 3 000 habitants.
Le Conseil se réunit au complet lors des réunions. Entre les réunions, un Conseil de créance, comportant 1/10ème des membres de Conseil, remplace le Conseil pour faire avancer les dossiers. Les habitants les plus imposés représentent obligatoirement les 3/5 des conseillers. Le reste des conseillers est pris parmi les professions dont on peut penser qu’elles permettent de vivre confortablement (maître d’école, pharmacien etc …). Enfin, les non propriétaires doivent représenter 1/20ème des conseillers.
Le Syndic est choisi par le Roi pour une durée de 5 ans, renouvelable. Les Vice Syndics sont nommés pour 1 an , par l’Intendant Général. Le Conseil communal vote le budget (donc les impôts communaux) et nomme les maîtres et maîtresses d’école, chapelains, médecins, chirurgiens, et sages-femmes.
Quelques infos sur les Syndics de cette période:
- Bernard PERONNIER est Syndic en mai 1841 (rapport sur les risques d'incendie)
- Martin REY (qui sera de nouveau Maire de 1866 à 1871) est Syndic en février 1852 (reconstruction du bac de St Thomas) et en février 1853 (cession du pont de la Coutellaz à la commune)
En 1860, la Savoie est rattachée à la France de l’Empereur Napoléon III, et adopte rapidement les institutions françaises.
Sur le plan des institutions locales, la Constitution française en cours (elle date de 1852) est très autoritaire et centralisatrice. Les conseillers municipaux sont certes élus au suffrage universel. Mais les maires sont nommés par le pouvoir central (le Chef de l’Etat pour les villes de plus de 3000 habitants, le Préfet pour les autres), et peuvent être choisis en dehors du Conseil Municipal.
Dans les années 1860, un mouvement de décentralisation s’amorce lentement. Les lois de 1866 et 1867 permettent aux Conseils Municipaux de statuer définitivement sur un grand nombre d’affaires.
Les Maires d’Esserts-Blay de la période sont :
1861 – 1866 : Alexandre LASSIAZ
1866 – 1871 : Martin REY (petit fils de Martin REY, Maire entre 1813 et 1815), François BOCHET Adjoint spécial pour St Thomas.
A la chute de l’Empire, la loi du 14 avril 1871 rétablit provisoirement l’élection, dans les communes de moins de 20 000 habitants, du Maire par le Conseil Municipal (il reste nommé pour les villes de plus de 20 000 habitants). A l’époque, la question fait débat parmi les gouvernants : un Maire élu, c’est le risque qu’il échappe à la tutelle de l’Etat.
La grande loi municipale date du 28 mars 1884. Le Maire est définitivement élu par le Conseil Municipal. Dans les villes, il est la tête de liste aux élections.
La fonction de Maire prend du temps et n’est toujours pas indemnisée. Elle est donc plutôt réservé à des personnes, d’une part instruite, d’autre part riche et ayant du temps.
Ce n’est qu’en 1992, par la loi du 3 février, qu’un véritable statut de l’élu est mis en place, avec par exemple l’obligation faite aux employeurs d’accepter les absences répétées de leurs salariés ayant des fonctions municipales, et l’instauration d’un système de retraite et de sécurité sociale pour les Maires à plein temps.
Aujourd’hui, le Conseil Municipal est élu au suffrage universel pour une durée de 6 ans. Dans les communes de moins de 3500 habitants, les conseillers sont élus au scrutin majoritaire. Au 1er tour, la majorité absolue est nécessaire, ainsi que le quart des électeurs inscrits. Au second tour, la majorité relative suffit. Les suffrages sont comptés individuellement (et non au niveau de la liste). La panachage est possible. Dans les communes de moins de 2500 habitants comme Esserts-Blay, les candidatures uniques ou les listes incomplètes sont possibles.
Le Maire et les Adjoints sont ensuite élus par la majorité du Conseil Municipal.
Les principales attributions du Maire sont les suivantes :
- Il préside le Conseil Municipal et exécute les décisions de ce dernier, administre les propriétés de la commune, en gère les revenus, propose un budget, …
- Il est officier d’état civil, et, à ce titre, célèbre les mariages
- Il a compétence pour gérer, par arretés municipaux, les questions de circulation, de stationnement, de baignade, naivigation …
- Il est Officier de Police Judiciaire (ses Adjoints le sont aussi) et peut s’en servir pour assurer, dans sa commune, le bon ordre, la tranquilité, la sécurité et la salubrité publique
- Il est responsable de la police municipale et des gardes champetres
Le Maire exerce ses pouvoirs sous un double contrôle :
- celui du Préfet est prépondérant jusqu’à la Vème République
- celui du Conseil Municipal le devient sous la Vème République
Les Maires d’Esserts-Blay sous les IIIème, IVème et Vème Républiques :
1871 - 1880 : Sébastien BLANC (Marie LASSIAZ, Adjoint spécial de St Thomas)
1880 – 1892 : Jean GIROD
1892 – 1900 : Jean BLANC (Marie François LASSIAZ, Adjoint spécial pour la section de St Thomas)
1900 – 1908 : Jean-Marie BLANC
1908 – 1920 : Hippolyte MERCIER
1920 – 1925 : Alexandre MERCIER
1925 – 1935 : Joseph VARCIN
1935 – 1944 : Daniel DODET
1944 – 1954: Pierre Elie LASSIAZ
1954 – 1959: René BATTENDIER
1959 – 1983 : Fernand PERONNIER
1983 – 1985 : Yvette COLLOMBIER
1985 – 1989 : Henri LANU
1989 – 1995 : Jean-Louis MOREAU
1995 – 2001 : Chantal MERCIER
Depuis 2001 : James DENCHE
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17.05.2008
la mappe sarde de 1730
C’est par les Lettres Patentes du 9 avril 1728 que le Roi de Piémont Sardaigne décida l’exécution du cadastre de Savoie. L’objectif principal de ce cadastre était de recenser avec précision les propriétés de chacun afin d’apprécier au mieux la capacité du duché à payer l’impôt, et en répartir la charge en fonction de critères objectifs basés sur la richesse potentielle des uns et des autres. L’exécution du cadastre fut placée sous la haute direction de l’Intendant Général du Duché, basé à Chambéry, qui nomma un surintendant du cadastre pour assurer la surveillance technique du chantier.
Sur le terrain, les travaux furent confiés à des délégués, qui dirigèrent eux-mêmes une ou plusieurs escouades de géomètres. Les postes de délégués ont été confiés à des hommes expérimentés, la plupart piémontais. Le délégué et son ou ses escouades (selon l’importance de la commune) étaient assistés, localement, d’indicateurs et d’estimateurs, dont la fonction était de donner tous renseignements nécessaires sur les noms des propriétaires et la qualité des terrains.
Dès qu’il arrivait dans une localité, le délégué publiait les ordres du Roi relatifs au cadastre et les expliquait aux habitants. Puis il invitait ces derniers à présenter des indicateurs et des estimateurs. Indicateurs et estimateurs prêtaient ensuite serment de loyauté. Puis les géomètres se mettaient au travail. Une fois la mappe terminée, le délégué la faisait afficher pendant 15 jours en l’accompagnant du registre des propriétaires et de leurs parcelles. Les intéressés étaient alors invités à faire part de leurs griefs et des erreurs à rectifier. Les géomètres étaient responsables pécuniairement de leurs travaux, ils faisaient donc très attention. De plus, les travaux étaient vérifiés et contrôlés plusieurs fois, par différentes instances de contrôle et de vérification.
Des travaux récents ont montré que l’échelle utilisée a été le 1/2400ème. Les unités de mesure sont les mesures du Piémont :
- le pied = 3.167467 m2
- la table = 12 pieds = 38.009599 m2
- le journal = 100 tables = 3800.9599 m2
Les mesures faites sur le terrain ont ensuite été traduites en mesures de Savoie. Il fallut 10 ans pour, à quelques exceptions près (surtout dans le nord de la Haute Savoie), que les travaux soient terminés et validés. L’Edit qui mit en application les conclusions du cadastre pour la répartition de l’impôt, dit Edit de péréquation générale, a été signé le 15 septembre 1738. Il a fallu en gros 5 ans pour faire les plans, calculer les superficies et estimer le revenu des parcelles, et 5 ans pour examiner les requêtes des uns et des autres, notamment celles des classes privilégiées habituées à échapper à l’impôt.
Il a fallu ensuite faire vivre ce cadastre, qui est une photographie des propriétés à un instant précis. C’est le Conseil de la communauté et son Secrétaire qui sont chargés de conserver le cadastre, et surtout de consigner les mutations, à l’aide du Livre journalier et du Livre des transports.
On notera que les 2 communautés de Blay et St Thomas ont fait cadastre commun. L'intitulé de la mappe est d'ailleurs "territoire de St Thomas des Esserts", ce qui confirme que, au moins sur le plan temporel, St Thomas est le chef-lieu, et Blay n'est un quartier périphérique. Cet état de fait ne devait pas plaire aux habitants de Blay. Le 7 juin 1750, le Syndic et les Conseillers de Blay (le Syndic est Hipployte BOZON PERROUD, et les Conseillers Pierre REY GRANGE et Bernard PERONNIER) se réunissent chez le Secrétaire et demandant la séparation de Blay par rapport à St Thomas. Les arguments sont les suivants: les nombreux conflits entre Blay et St Thomas au sujet des communaux en montagne et des chemins, les désaccords au sujet de la milice quand le Seigneur Intendant exige sa levée, l'éloignement de Blay par rapport à St Thomas, et le fait que Blay est 2 fois plus étendu que St Thomas. Concernant la mappe, les communiers de Blay "s'offrent de faire refaire, à leurs frais, un autre cadastre, livre journalier et livre de transport, implorant à ces fins le Seigneur Intendant de la Province de Tarentaise pour obtenir de Sa Majesté la séparation d'avec St Thomas des Esserts, et former Blay pour une paroisse" (à l'époque, la distinction entre communauté et paroisse n'est pas vraiment faite).
Les principaux chemins et voies de communication:
Pour visualiser la mappe sarde, cliquez sur les liens ci-après:
Schéma synthétique: lieux-dits et chemins en 1730.jpg
La chapelle et le_Maz de Blay en 1730.jpg
La_Poyat et_La_Fouettaz en 1730.jpg
Le chemin principal relie St Paul à Grignon par les hameaux du Mas (où se situe la chapelle de Blay, à l'emplacement de l'actuelle église), des Cours, de la Bruyère, puis de la Combaz. En arrivant à St Thomas, il se divise en deux: le chemin du bas par la plaine de St Thomas, et le chemin du haut par Chaniay (le Chenet), les Bochets, la Ramaz et l'Eglise de St Thomas. Les 2 chemins se rejoignent au Pontet, lieu-dit situé dans la plaine en dessous de l'Eglise. Du Pontet le chemin continue vers Grignon par la forêt de Rhonne.
Au Mas de Blay, un chemin monte dans la montagne par le village des Perroud, Courbacière, la Provence (aujourd'hui, on dit la Province), le Laquais d'en bas et la Traversette. De la Traversette, on peut ensuite aller, soit dans les hauts de St Paul par le Condu (aujourd'hui l'Econdu), soit au Darbelay, soit en direction de la Duit.
Aux Cours, un chemin part sur le droite, traverse le Chard, puis descend dans la plaine au bord de l'Isère. Un autre monte sur la gauche au dessus des Pierres.
Situé un peu au dessus de l'axe St Paul - Blay - St Thomas - Grignon, le village de la Poyat est un carrefour important. De ce village partent plusieurs chemins: un 1er permet de descendre sur le chemin principal St Paul - Grignon par le Noiray et Cloutrier; un 2ème continue vers le village des Mercier et la Fouettaz et monte ensuite, en suivant en gros la direction de l'actuelle route du Darbelay, vers la Tuile, Plan Fay, Latié, Fontaine Froide et la Traversette; enfin 2 chemins montent directement au dessus de la Poyat et permettent d'atteindre le Trembloz (les Trembles), d'où on peut rejoindre la Duit et la Traversette.
Signalons qu'entre la Poyat et la Fouettaz, à hauteur du village des Mercier et de la Frasse, au bord du ruisseau, ont été construits 2 moulins et 1 pressoir d'huile (voir plus loin); juste à coté un chemin permet de rejoindre la Combaz par Neiple et le Boulié.
A St Thomas, les hameaux paraissent moins bien reliés entre eux. Nous avons évoqué le chemin du bas (par la plaine) et le chemin du haut (par la naz, les Bochets, la Ramaz et l'Eglise). Un chemin arrive de Grignon au Fay et continue vers le Cey. Un autre passe au niveau de Champ Bernard, du Charanger, et de la Roche. Un autre relie La Ville et la Croix, mais ne pas pas connecté aux autres. Enfin, un chemin est noté tout en haut, dans les alpages, entre le Mont et Freidier.
Eléments concernant les activités économiques et artisanales de Blay et St Thomas:
Il existe à l’époque une scie (scierie), appartenant à Joseph GLAISSAT BLANC et son frère, située vers les Roches (parcelle n° 3954)
Il y a peut être un projet de création d’une autre scie, à la Resse, sur un terrain appartenant à Noble Philibert Du Verger (parcelle n° 638 : il est noté « terre, soit placeage d’une scie »)
Trois moulins sont en activité :
. Celui de Jean Avrillier à feu Pierre, et à ses neveux, situé au Cruet (parcelle n° 1632)
. Celui de Noble Joseph François Manuel (de Locatel), situé au village des Merciers (parcelle n° 2327)
. Celui de Hippolyte Mercier, situé à coté du précédent (parcelle n° 2319)
On trouve trace de deux ruines de moulin (« masure autrefois moulin »), appartenant toutes deux à Noble Christophe Du Verger, l’un au Gaday (parcelle n° 4380), l’autre à la Villaz (parcelle n° 5739).
Il existe aussi un pressoir d’huile, à la Frasse, appartenant à Félix Mercier et à ses frères (parcelle n° 2331)
Et une dizaine de fours, dont :
. Cinq appartiennent à la communauté de Blay, à Blay (parcelle n° 2), à la Poix (n° 988), à la Combe (n° 2205), à la Fouettaz (n° 2410), et vers les Mercier (n° 2421)
. Celui du Chariondet (parcelle n° 4942) appartient à Claude Paillardet (important propriétaire à St Thomas, domicilié à Tours)
. Celui de la Perrière appartient à Antoine Rosat Guchilliand (il est noté comme « four en commun », parcelle n° 908)
. Celui du Perchet (Parchet) appartient à Philippe Santiquet à feu Antoine, il est situé à coté de sa maison (parcelle n° 851)
. Celui de la Poyat dessus appartient à la famille Mercier ( Jean-François et son frère, Antoine à feu Louis et son frère) (parcelle n° 1305)
Enfin il y en a un, ou il y en a eu un, à Charangière (le Chanranger), (en tous cas, il est noté « pâturage et place de four »), sur un terrain appartenant à Humbert Giraud à feu Pierre (parcelle n° 5207)
Chapelles: En dehors de l'église de St Thomas et de la chapelle de Blay (qui deviendra église en 1803), deux chapelles sont notées dans la tabelle des propriétaires, toutes deux dans le hameau de la Combe:
- Une appartient à Jacques FILLION, Notaire Royal; elle est située un peu au dessus du hameau (parcelle n° 2192), au lieu-dit "Rebriez", jusque à coté d'une grange appartenant à Jean Guillaume ROSSAT
- L'autre est la possession de ce même Jean Guillaume ROSSAT; elle est à la sortie du hameau, juste en contre-bas du chemin de St Thomas (parcelle n° 2177).
Les "fonds communaux pour l'usage commun", c'est à dire les biens appartenant aux deux communautés de Blay et de St Thomas:
Ils couvrent 467.7 ha, soit 1/3 de la superficie totale de Blay et St Thomas. La communauté de St Thomas est bien moins riche (ou bien plus pauvre) que celle de Blay: les biens communaux couvrent une superficie de 359,5 ha à Blay et 108.2 ha à St Thomas, soit un rapport de 3 à 1. La communauté de Blay possède 5 fours, celle de St Thomas un seul.
A Blay, les biens communaux sont principalement en montagne, où se trouvent les pâturages et les forêts, au Darbelay (248.6 ha), et au dessus des Trembles (40.5 ha). Ces 2 sites représentent 80 % de la superficie des communaux de Blay. Il existe d'autres parcelles communes, notamment 3 parcelles de bois et brouissailles, contigues, de 50.8 ha au total, juste au dessus du hameau de la Thiournaz, et plusieurs autres au bord de l'Isère, sous le Château.
A St Thomas, les biens communaux sont plus disséminés: 46.6 ha de forêts au sommet du village, au dessus de Freydier, 4.4 ha de rocs et broussailles au dessus du Charanger, 3.2 ha de forêts vers le Fay, 3.6 ha vers le Chatelard, 13.5 ha dans la combe de Chez Loup et 7.8 ha au bord de l'Isère, sous l'église + une parcelle de 19 ha que je n'ai pas localisée (n° 6038), certainement en limite avec la forêt de Rhônne.
Eléments sur les patronymes:
Nous avons recensé 379 propriétaires différents : Les patronymes les plus fréquents sont :
Avrillier : 40 propriétaires, plus de 1 propriétaire sur 10
Glaissat Blanc : 23 propriétaires, auxquels ont peut rattacher 2 Glaissat, 4 Glaissat Merlan ou Mellan, 2 Glaissat Pantillon ; on peut noter que seuls 2 propriétaires se nomment Blanc tout court, et le dénommé Blanchet. Au total, cela fait 34 propriétaires, soit 9 % du nombre total
On notera donc que, en 1730, un propriétaire sur cinq s’appelle Avrillier ou Glaissat Blanc.
Les autres principaux patronymes:
Les Fontaine, Fontanna ou Fontainaz sont au nombre de 22, aux quels on peut ajouter un Fontaine Tranchant.
Les Ferlay (« Freley » sur le cadastre) sont au nombre de 19 ; il faut peut être leur rattacher les 5 Savoiand/Savoiend .
Les Ravier ou Ravier Garon sont 18.
Les Fillion-Peyoud (« Fillion-Pejoux ») sont 17, auxquels on peut ajouter 2 Fillion et 1 Fillion Bantin.
Les Rey, Rey-Grange et Rey-Valley sont 16, comme les Teillier et Teillier Cathelin.
Les Velaz ou Vellat sont 12, Les Rossat Gueilland sont 11.
Les Mercier ne sont que 10, comme les Voisin.
Ensuite, on trouve 9 Peronnier (« Peyronier »), 9 Girod, et 8 Tetaz, Testaz, Tetta ou Tettaz.
Concernant les autres patronymes, que l’on retrouve plus tard parmi les patronymes d’Esserts-Blay, on trouve : 3 Allemoz, 5 Bochet, 1 seul Bozon Perroud, seulement 2 Bozon Sauge, 2 Cavagnet, 4 Colombier, 1 Cretet, 3 Fay, 2 Gaudichon, 4 Gontier, 6 Lassiaz (+ 1 Lachat), 4 Monardet (Morardet), 3 Muttet, 5 Nachon, 3 Perinet, 3 Rochaix, 5 Roche, 3 Traversier, 4 Valloz et 3 Varcin.
Quatre familles nobles ont des propriétés à Blay ou à St Thomas: (il y a des incohérences avec l’armorial de Foras).
D’abord les deux branches de la famille seigneuriale locale, les du Verger.
Philibert du Verger, seigneur de Blay, possède un peu plus de 22 ha de terres, principalement à Blay, aux alentours de la maison forte (7.1 ha), et, dans la plaine bordant l’Isère, au Vernay (14.6 ha). A St Thomas, il ne possède qu’une parcelle de 0.5 ha, au lieu-dit « cher Loup ».
Comme nous l’avons vu, la maison forte de Blay est en ruine. Les du Verger n’y résident plus depuis au moins l'incendie qui a ravagé le bâtiment en 1609. Une grange, de taille relativement importante, existe à proximité de la maison forte.
Son frère François, ecclésiastique, dispose de 0.4 ha de bois et de vignes, à coté de la maison forte.
Du coté des du Verger de St Thomas, seul Christophe, chanoine et doyen de Tarentaise depuis 1720 (selon Foras), qualifié sur la mappe de « seigneur de St Thomas », est noté comme possédant des biens sur le territoire : les deux anciens moulins déjà évoqués à St Thomas, un au Gaday, un à la Ville. C’est étrange car le véritable seigneur de St Thomas à cette époque est Charles Philibert, brillant militaire, qui va obtenir le titre de baron de St Thomas en 1739.
Deux autres nobles ont également des biens à Blay ou à St Thomas.
Joseph François Manuel (de Locatel) a également plusieurs propriétés à St Thomas et à Blay, pour un total de 11,8 ha. Il a également 4 ha de terres en indivision avec Jean-François Mercier et ses frères. Joseph François Manuel est un personnage très important. Il a son domicile principal au Château de Costaroche (Château Manuel de Locatel), sous Conflans. Sa fortune est considérable, et la surface totale de ses propriétés terriennes se monte à 350 hectares environ.
Enfin, Constantin de Bongain, de Pallud, possède 4600 m2 de pâturage (parcelle n° 2687) au Condu (l’Econdut). Les De Bongain sont une vieille famille savoyarde, que l'on retrouve à Chambéry, à St Gervais en Faucigny et à Pallud.
On notera également que Claude Paillardet, à feu Claude, de Tours est un important propriétaire, notamment à St Thomas : 8,6 ha en propre + 8,4 ha en indivision avec Guillaume Rochaix + 0.95 ha avec Guillaume Rochaix et Thomasse Rochaix + une parcelle de 3,2 ha aux Douves en indivision avec des Lassiaz, Vernier, Rochaix, Traversier et Roche.
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06.04.2008
Traverser l'Isère: bacs et ponts
Esserts-Blay compte 2 ponts enjambant l'Isère, un à la Coutellaz qui permet de rejoindre le chef-lieu depuis la Bathie, l'autre au Vernay de St Thomas qui permet d'aller à Tours en Savoie. Avant la construction de ces ponts, la traversée de l'Isère à Blay ou à St Thomas se faisait en bac. Pour les transports qui ne pouvaient pas emprunter le bac, les habitants de Blay passaient par le pont de St Paul, ceux de St Thomas par celui de Rhônne.
1. Un procès a opposé, entre 1850 et 1856, les communes d'Esserts-Blay d'un coté, et St Paul et Rognaix de l'autre coté, au sujet de la répartition des frais de réparation du pont de St Paul, entre les 3 communes. Les actes du procès, conservées aux Archives départementales, nous apportent de nombreux éléments sur la situation des ponts et des bacs en Basse Tarentaise, entre 1770 et 1850.
L'objet du litige est le suivant: Les frais de construction et de grosses réparations du pont de St Paul ont traditionnellement été partagées entre St Paul, Rognaix et Esserts-Blay dans les proportions suivantes: St Paul 57 %, Esserts-Blay 33 % et Rognaix 10%. La base de calcul de cette répartition était la population de chacune des communes, mais il était admis que la population de St Paul était comptée pour 100 %, alors que celle de Rognaix et d'Esserts-Blay était affectée d'un coefficient de 50 %. En 1849, il faut faire des travaux significatifs à ce pont. La commune d'Esserts-Blay fait savoir qu'elle ne participera pas aux frais. Les arguments d'Esserts-Blay sont les suivants: la commune est en train d'acquérir un pont (celui de la Coutellaz), elle va créer un chemin pour relier ce nouveau pont à la route provinciale, cela va lui coûter cher, et les habitants de la commune n'ont plus, ou ne vont plus, avoir besoin de passer par le pont de St Paul (en tous cas, ils n'auront pas plus besoin d'utiliser le pont de St Paul que les habitants de St Paul d'utiliser le pont d'Esserts-Blay). En conséquence, Esserts-Blay n'a pas à payer pour des travaux dans lesquels la commune n'a aucun intéret direct.
St Paul et Rognaix, qui ont du payer seules les travaux (décision du 30 avril 1851) et se retournent maintenant contre Esserts-Blay pour obtenir le paiement de sa quote-part, ont des arguments contraires: le pont d'Esserts-Blay ne permet pas le passage des voitures (Esserts-Blay répond qu'il n'y a pas de voitures à Esserts-Blay), des grosses charges et des bestiaux, car le chemin qui descend du chef lieu vers le pont est en pente trop raide (Esserts-Blay reconnait que la pente est forte, mais précise que des travaux seront faits pour la diminuer). St Paul fait d'ailleurs remarquer que, en 1856, le pont de St Paul est toujours autant utilisé par les gens d'Esserts-Blay qu'avant la construction du pont d'Esserts-Blay.
Voilà ce que nous apprennent les actes du procès:
Le pont de St Paulest le plus ancien du secteur. Il a été construit en 1770, et sa construction a été financée par les 3 communes de St Paul, Esserts-Blay et Rognaix dans les proportions citées plus haut: St Paul pour 57 %; Esserts-Blay pour 33 %; Rognaix pour 10 %. C'est l'unique pont sur l'Isère du secteur jusque vers 1838. Ce pont a été détruit, par les armées françaises selon les actes du procès, en 1815. Rappelons qu'en juin 1815, dans le cadre de l'épisodes des "Cent jours" de Napoléon, de violent combats ont eu lieu dans la région d'Albertville, entre les troupes françaises et austro-sardes. Le pont a ensuite été reconstruit cette même année année 1815, et cette reconstruction a de nouveau été financée par les 3 communes de St Paul, Esserts-Blay et Rognaix. Il en a été de même en 1825, année au cours de laquelle des réparations ont été faites.
En 1770, la communauté de Blay (Esserts-Blay n'avait pas encore créée) entretenait un service de bac, en aval du pont du St Paul (certainement à l'endroit où a été construit le pont de la Coutellaz), pour ses communications avec Conflans et l'Hôpital (devenus Albertville en 1836). C'est pour cela que, dans la clé de répartition du coût de la construction puis des réparations du pont de St Paul, basé, rappelons le, sur la population de chacune des communes, il a été admis que la part d'Esserts-Blay bénéficierait d'un coéfficient de 50 %, contre 100 % pour St Paul.
Vers 1838a été construit (en fait re-construit - voir plus loin) par souscription, le pont de la Coutellaz. Ce pont a donc d'abord appartenu à des personnes privées, avant d'être cédé gratuitement, en 1853, à la commune d'Esserts-Blay (lire plus loin). Ce pont s'est substitué au service de bac assuré jusqu'alors au même endroit. On peut supposer qu'en même temps a été tracé le chemin qui relie le chef-lieu de Blay au pont de la Coutellaz, l'actuelle fameuse "montée de Blay". De l'autre coté de l'Isère, le chemin qui, à l'époque (les années 1840 - 1850) rejoint la route provinciale ne file pas sur la Bathie, comme c'est le cas aujourd'hui (CD n° 66), mais longe l'Isère sur sa rive gauche jusqu'à Tours. C'est ce que montre le plan des chemins existant en 1850, établi par l'Agent Voyer (la DDE de l'époque), dans le cadre du procès en question. L'Agent Voyer évoque d'ailleurs deux chemins (un seul est noté sur le plan), "qui traversent des propriétés privées et n'offrent qu'un passage sans caractère de stabilité", à cause des contestations de propriétaires et de la perméabilité du sol (terrain sabloneux et submersions partielles). Nous évoquons la construction du Chemin de moyenne communication n° 66 (l'actuel RD n° 66) dans un autre chapitre; il ne sera construit que dans les années 1865 - 1867.
Le rapport de l'Agent Voyer, destiné à éclairer la justice dans le cadre du procès, donne d'autres informations précieuses sur les voies de communication existantes dans les années 1850: la distance entre le chef-lieu d'Esserts-Blay et le pont de St Paul est de 3 400 m. La viabilité du chemin entre les deux est qualifiée de "passable", avec une "rampe parfois un peu forte". Le chemin entre le chef-lieu d'Esserts-Blay et le pont de la Coutellaz est "en bon état et commode". Il est large au départ de 2.30 m, puis de 1.15 m aux abords du pont. Les derniers 500 m sont à 40 % de déclivité. Le pont d'Esserts-Blay est "d'une solidité suffisante eu égard aux poids des transports qu'on peut y faire". Le rapport évoque ensuite le chemin, pas très aisé, qui longé l'Isère en rive droite pour rejoindre Tours (voir plus haut). Il précise enfin que, malgré les difficultés, c'est par là, non que passent les habitants d'Esserts-Blay.
Voilà ce que nous apprennent les actes du procès Esserts-Blay contre St Paul et Rognaix de 1850 - 1856. On notera que le problème du refus de la commune d'Esserts-Blay de participer aux frais de réparation du pont de St Paul s'est déjà posé au printemps 1803. Le 11 mai 1803 (21 floréal an XI), le Sous-Préfet écrit au maire de St Thomas des Esserts et Blay pour lui faire part de souhait du Conseil municipal de St Paul de faire participer Esserts-Blay et Rognaix aux frais de la nécessaire réparation du pont de St Paul. Le Sous-Préfet demande au Conseil municipal d'Esserts-Blay de se positionner sur, la nécessité de cette reconstruction, la répartition de la dépense entre les 3 communes, les moyens d'excuter les travaux, et comment financer ces dépenses. Le Conseil d'Esserts-Blay délibère le 17 mai suivant. La reconstruction du pont de St Paul ne lui semble nécessaire qu'à la seule commune de St Paul, et éventuellement à Rognaix et à Cevins. Les habitants d'Esserts-Blay n'y passent que rarement. D'autre part, la commune, qui a peu de moyens, entretient déjà "un pont ou un bac, sous la Combe" (donc à la Coutelaz), et a d'autres dépenses plus indispensables. Toutefois, pour marquer sa bonne volonté et "maintenir l'harmonie qui a toujours existé, et pour aider la commune de St Paul avec laquelle elle était "anciennement réunie par le spirituel" (cette affirmation ne concerne que Blay, pas St Thomas), Esserts-Blay se propose de fournir une partie du bois nécessaire aux travaux.
2. Concernant les 2 services de bac sur l'Isère:
Il a existé 2 services de bac pour traverser l'Isère, un à Blay, l'autre à St Thomas. Comme nous l'avons vu plus haut (cf: le procès Esserts-Blay contre St Paul), un service de bac existait déjà en 1770 au niveau de la Coutellaz, là où se trouve l'actuel pont d'Esserts-Blay. Il a certainement de fonctionner quand le pont de la Coutellaz a été construit, vers 1838. Je n'ai pas trouvé d'autres documents évoquant ce service de bac, à part un courrier du Maire d'Esserts-Blay, du 20 octobre 1814, destiné à l'Intendant de la Province (l'équivalent de notre Sous-Préfet), relatif aux mesures prises pour éviter la propagation d'une épizootie animale. Ce courrier évoque aussi un bac à St Thomas, mais on comprend dans ce document, qu'il est tenu par un ou des bateliers de Conflans. Peut être était situé plus en aval du lieu où a été construit le pont de St Thomas à la fin du XIXème siècle.
Aux archives départementales et aux Archives diocésaines sont conservés plusieurs documents concernant le bac de St Thomasdans les années 1850 - 1860. Le 14 mars 1852, le Conseil délégué de la commune d'Esserts-Blay (le Syndic est Martin REY, le Secrétaire est Maxime METRAUX), constatant la nécessité, urgente, de reconstruire le bac communal de St Thomas (300 Livres ont déjà été budgetés, dont 200 sur le résidus de 1850 et 100 sur le budget de 1852) décide de demander un devis à François LENNOZ GRATIN, maître charpentier à la Bathie. Nous apprenons par ce document que le bac est communal et qu'il est en mauvais état depuis au moins 1850. On ne sait pas ce qu'il s'est passé durant l'année 1852. Le devis (ou cahier des charges) de François LENNOZ GRATIN date du 14 février 1853. L'Intendant de la Province (équivalent du Sous-Préfet) autorise les travaux le 2 avril 1853. L'adjudication des travaux est prévue pour se tenir le dimanche 24 avril, "à 11 heures du matin, soit à l'issue de la messe paroissiale", dans la salle consulaire. Elle doit se faire aux enchères publiques "à l'extinction de la bougie vierge". On part du prix maximum, certainement celui du devis, soit 418 livres et 5 centimes, et c'est celui qui proposera le prix le plus bas à l'extinction de la bougie qui emportera le marché. Pour pouvoir concourir, il faut être charpentier "capable d'une construction de ce genre" et fournir une caution solvable. Le mieux-disant sera Claude CONVERT, maître charpentier né et domicilié à la Bathie. Son prix: 400 Livres. Son cautionnaire, agréé par la commune, est Hippolyte PERONNIER, d'Esserts-Blay, fils de défunt Claude.
Apparemment, les choses n'ont pas du se passer comme prévu. Un courrier du 19 août 1861 de la Sous-Préfecture d'Albertville au Maire d'Esserts-Blay nous apprend que le Conseil Municipal a voté, le 11 août, la construction du bac de St Thomas, "d'après le nouveau projet que vous (la commune) avait fait établir, le 1er n'ayant pas été mis à exécution, faute de trouver un repreneur".
Le compte rendu de la visite pastorale, en 1855, de l'Evêque de Tarentaise, dans la paroisse de St Thomas, nous apprend que le Curé est astreint, depuis quelques années, à faire son tour de rôle pour le service du bac sur l'Isère. L'Evêque trouve cela "peu en rapport avec la dignité de sa fonctioné, même si le Curé fait faire cette corvée par une personne de service. Il fait part de son souhait de voir le Curé en être bientôt dispensé.
3. Concernant les 2 ponts de la Coutellaz et de St Thomas, ils ont des points communs: au moment où se déclenche la 1ère guerre mondiale, ils sont en bois et en très mauvais état. La faiblesse des moyens financiers de la commune, même si le Département et l'Etat subventionnent fortement ce type d'investissement, fait qu'il faut rogner sur tout. Et en plus, il faut reconstruire les 2 ponts presque en même temps. Les Archives ont conservé plus de documents sur les de reconstruction du pont de St thomas que sur ceux du pont de la Coutellaz. Les 2 ponts sont reconstruits en fer dans les années 1926 - 1927, ce qui veut dire que la population a du faire avec 2 ponts en très mauvais état pendant plus de 15 ans.
Un pont existait à Blay en 1795. Le Conseil municipal de la commune des Esserts et Blay du 10 mai 1795 (21 Floréal an III) évoque l’urgente et impérieuse nécessité de le réparer. Sa localisation exacte n’est pas donnée avec précision. La seule chose certaine, c’est qu’il est sur le territoire de Blay. Ce pont est utilisé par les habitants pour aller entretenir les champs qu’ils possèdent sur la rive droite de l’Isère, pour communiquer avec Tours et la Bathie, et pour se rendre aux fores et marchés de Conflans. C’est « l’impétuosité de la rivière » qui lui causent des dégâts. Les travaux de réparation sont détaillés et chiffrés à 1200 (livres ?francs ?).
On peut penser que les travaux de réparation n’ont pas été réalisés et que le pont a été détruit dans les dernières années du XVIIIème siècle. En effet, selon le compte-rendu du Conseil municipal du 18 août 1802 (30 thermidor an X), « la commune est dans l’urgence de faire construire un pont sur l’Isère ». La dépense est évaluée à 1 000 (livres ? francs ?). Il est probable que ce pont n’a pas été re-construit à cette époque, mais ce n'est pas certain. En effet, la délibération du Conseil Municipal du 19 décembre 1805 précise que la commune entretient une barque (un bac), qui est alors le seul moyen de communication avec la rive droite de l'Isère. Mais celle du Conseil du 11 mars 1806 nous apprend que la commune entretien un pont et une barque. Et celle du Conseil du 31 août 1808, consacré au problème de la participation de la commune aux frais de réparation du pont de St Paul n'évoque que la barque.
Comme on l'a vu plus haut (cf: le procès Esserts-BLay contre St Paul), le pont de la Coutellaza été re- onstruit, en bois, par souscription auprès des habitants, vers 1838.
Un document notarié du 14 février 1853 atteste que ce pont appartient alors à 23 co-propriétaires différents, tous, sauf un, étant domiciliés à Esserts-Blay. Cet acte constate la transaction suivante: les 23 propriétaires cèdent, irrévocablement et gratuitement, "l'intégralité du pont et de ses dépendances" à la commune d'Esserts-Blay sous les conditions suivantes:
- "la communauté entière est chargée de l'entretien et du maintien à perpétuité du-dit pont.
- il ne pourra jamais être établi un péage pour les habitants de la commune.
- la commune fera établir à ses frais un chemin dès le-dit pont à la route provinciale."
Ce dernier point est à souligner: le "chemin d'interet commun n° 66, qui reliera la Bathie, Esserts-Blay par le pont de la Coutellaz, St Paul, Rognaix et Feissons (c'est l'actuel CD n° 66) ne sera construit, en plusieurs tranches, qu'à partir des années 1860. La "montée de Blay" a été aménagée en 1867. Le seul chemin existant à l'époque est celui porté sur le plan de 1850: il longe la rive droite de l'Isère et rejoint la route provinciale à Tours.
En 1913, il est toujours en bois, et en mauvais état, comme celui de St Thomas. Un rapport de l'agent voyer cantonal, daté du 8 septembre 1913, nous apprend que, suite à une importante crue de l'Isère (suite à la fonte des neiges et aux fortes chaleurs), "la solidité de cet ouvrage nous parait bien compromise par suite de l'état de vétusté des bois du tablier et du mouvement de certaines palées". En conséquence, le Préfet prend, le 9 septembre 1913, un arrêté stipulant que "les conducteurs de véhicules de toute nature devront traverser le pont au pas" et que "les voitures seront attelées d'un cheval seulement et ne pourront être chargées de plus de 1000 kilogrammes". On notera (voir plus loin au sujet du pont de St Thomas) que le même arrêté a été pris en 1910 pour le pont de St Thomas. Dans les mois qui suivent, la situation se dégrade encore puisque, le 9 mars 1914, le Préfet interdit aux piétons et aux véhicules de traverser le pont d'Esserts-Blay. L'interdiction a du être levée quelques semaines plus tard, car le Bulletin paroissial d'août 1914 précise que le pont de Blay est utilisé, notamment par les gens de St Thomas (le pont de St Thomas s'est écroulé à la fin de l'été 1913). Il est néanmoins en mauvais état car le Bulletin note:"Mais voici qu'après le chétif pont de St Thomas, le colosse pont de Blay lui aussi se prend à trembler sous les coups répétés des flots de l'Isère, très tumultueux en ce moment. Il a tout l'air, lui aussi, de faire un terrible plongeon dans l'eau et d'aller rejoindre son petit collègue de St Thomas."
Les sources manquent ensuite pour savoir ce qu'il s'est passé. On peut penser qu'avec la mobilisation de 1914, les travaux de reconstruction du pont de la Coutellaz n'ont pas commencé. Les documents conservés aux Archives Départementales sont beaucoup plus nombreux sur le problème de la reconstruction du pont de St Thomas que sur celui de la reconstruction du pont de la Coutellaz. Peut être parce que la reconstruction du pont de la Coutellaz allait plus de soi que celle du pont de St Thomas.
En tous cas, la reconstruction du pont de la Coutellaz est inscrite dans le programme des travaux de 1923 (avec, à la clé, une subvention de l'Etat de 50 000 francs - cette subvention sera ramenée à 30 000 francs en 1926 - courrier de l'Ingénieur des Ponts et Chaussées de Moutiers au Maire d'Esserts-Blay du 18 juin 1926).
Le 5 février 1924, ce même Ingénieur écrit au Maire d'Esserts-Blay que "l'adjudication (des travaux) du pont de l'IC n° 66 (le pont de la Coutellaz) a été infructueuse", et que les Ponts et Chaussées ont contacté 3 entreprises pour pouvoir traiter de gré à gré. L'Ingénieur pense que les travaux pourront commencer d'ici 1 mois ou 2, avec l'espoir que le pont soit ouvert à la circulation d'ici la fin 1924 ou le début 1925 (le reste du courrier est consacré au pont de St Thomas).
Dans les faits les choses trainent. Un brouillon de courrier, daté du 16 mars 1926, destiné au Maire d'Esserts-Blay, certainement écrit par une personne des Ponts et Chaussées donne des explications sur le retard, du au manque de main d'oeuvre disponible, et lance un véritable "appel au peuple d'Esserts-Blay" pour fournir cette main d'oeuvre manquante, afin que les travaux qui doivent être faits avant la période des crues, soient réalisés:"Les travaux du pont de Blay n'avancent pas assez rapidement faute de personnel. L'entrepreneur comptait sur des Italiens. Ces derniers restent en Italie à cause du change trop bas en France. Les usines de Briançon et d'Arbine accaparent les travailleurs disponibles de La Bathie et Cevins. Les 15 derniers jours qui viennent sont décisifs. Pour l'entrepreneur, l'arrêt de la pile gauche n'a pas une importance appréciable car avec la pile droite et les culées, il aura du travail pendant la crue d'été et il terminerait le pont en octobre à la baisse des eaux.
Il n'en va pas de même pour la commune. Si nous sortons la pile rive gauche hors de l'eau avant la crue, nous aurons le pont ouvert 4 mois plus tôt. Il importe donc que les habitants d'Esserts-Blay comprennnent la situation, et assurent à l'entrepreneur une moyenne de 15 ouvriers. Ceci jusqu'au 31 mars. Je repète que l'interet de la commune est seul en jeu. Je suis persuadé que le Conseil Communal comprendra la situation et que, s'il le faut, il organise un roulement pour assurer les 15 hommes chaque jour..."
Comme à St Thomas, le pont est construit en fer. Il semble qu'il ait été terminé en 1927.
Il va tenir jusqu'au printemps 1980, date à laquelle il est en partie emporté par une grosse crue de l'Isère. Toute la région a subi duarnt plus jours orages et pluies diluviennes. Il est reconstruit en dur au même endroit. Il réouvre à la circulation en 1983. Les travaux se montent à 4 millions de francs.
Le pont de St Thomasa été construit après 1876, puisqu'il n'apparait pas sur le cadastre fait cette année. Je n'ai pas trouvé de documents concernant sa construction.
Nous avons plus d'éléments concernant ce pont à partir des années 1910. Le pont est alors en mauvais état, comme celui de la Coutellaz. Le 27 juin 1910, la Préfecture de la Savoie, "considérant qu'il importe de prendre, jusqu'à la réfection du pont de St thomas, les mesures destinées à assurer la sécurité de la circulation, prend un arrêté stipulant que "les conducteurs de véhicules de toute nature devront traverser le pont au pas", et que "les voitures seront attelées d'un cheval seulement et ne pourront être chargées de plus de 1000 kilogrammes" (le même arrêté sera pris en 1913 pour le pont de la Coutellaz). Puis un courrier, du 10 septembre 1912, de Félix CHAUTEMPS, Député d'Albertville, au Maire d'Esserts-Blay, évoque une subvention départementale pour le pont de St Thomas qui risque de n'être accordée que dans un délai très long. Ce courrier nous donne le plan de financement des travaux, tel qu'il avait été envisagé: 55 000 francs de travaux, à financer par la commune (5957.50 francs), le département (5722.50 francs - c'est la subvention pour laquelle Félix CHAUTEMPS se fait du soucis), et l'Etat (43320 francs). En 1913, les choses avancent. Différents documents évoquent la reconstruction du pont de St Thomas, prévue dans le programme vicinal (la DDE de l'époque s'appelle "Ponts et Chaussées et service vicinal"). Le bulletin paroissial d'août 1914 évoque l'écroulement, à la fin de l'été 1913, du pont de St Thomas, "sous les vagues impétueuses de l'Isère". Cet écroulement oblige les habitants de St Thomas qui veulent aller à Albertville ou à Tours à passer par le pont de Rhônnes, tandis que ceux qui veulent se rendre à la Bathie ou à Moutiers doivent emprunter celui de Blay (qui est donc en moins mauvais état).
Un accord de subvention pour la reconstruction du pont de St Thomas est donné par le Ministre de l'Intérieur le (...) 1913, pour 20 000 francs. Les travaux de reconstruction démarrent en décembre 1913, et sont confiés aux entreprises BROCHOT, de Paris (construction des piles) et CALDERINI, de St Paul (construction du tablier). Les travaux sont interrompus par la mobilisation générale d'août 1914. Un différent financier éclate en 1915 entre l'Administration et l'entreprise BROCHOT, qui ne sont pas d'accord sur le chiffrage des travaux effectués (16 933.22 frs contre 42 967.35 frs). Un rapport du Service Vicinal du Département, écrit en 1926, précise que les travaux exécutés à l'époque (construction d'une partie des piles) n'avaient pas donné satisfaction (les ouvrages réalisés auraient été emportés par les eaux). La guerre finie, se pose de nouveau le problème de la reconstruction du pont de St Thomas. Le projet est inscrit dans le programme d'investissement du Conseil Général de la Savoie pour l'année 1921. Mais il faut d'abord régler le litige financier avec l'entreprise BROCHOT, ce qui semble quasiment réalisé en mai - juin 1923 - courrier de l'Agent-voyer d'arrondissement au Maire d'Esserts-Blay, du 16 mai 1923 - lettre signée BROCHOT du 26 juin 1923).
En août - septembre 1923, alors que l'on semble s'acheminer vers une solution et un prochain redémarrage de travaux, une polémique éclate: Le Conseil d'arrondissement d'Albertville, lors d'une session tenue en août, fait remarquer que ... les 2 ponts d'Esserts-Blay et de St Thomas, distants de 2600 m, feraient double emploi le jour où les agglomérations de St Thomas et d'Esserts-Blay, seraient reliées sur la rive gauche par une route carrossable (rapport de l'Ingénieur d'arrondissement des Ponts et Chaussées du 1er septembre 1923). Eh oui! La route actuelle qui relie le pont d'Esserts-Blay à St Thomas, n'existe pas encore. Pour aller de Blay à St Thomas, on emprunte encore le chemin qui passe par la Combe. Donc, dans la foulée, Le Conseil d'arrondissement emet le voeu que l'Administration étudie si cette route ne pourrait pas être exécutée en lieu et place du pont de St thomas, et à moindres frais. Et le Conseil Général demande aux Ponts et Chaussées de faire un rapport sur le sujet.
L'émoi à Esserts-Blay a du être considérable, et la désapprobation de la commune remontée à qui de droit. En tous cas, le 17 septembre (1923), le Conseil d'arrondissement d'Albertville étudie la question "de plus près" (rapport des Ponts et Chaussées au Préfet, du 20 septembre 1923) et "se rallie à l'avis de la commune et émet le voeu que la construction du pont soit poursuivie avec la plus grande rapidité possible" (même rapport du 20 septembre 1923). Le projet de reconstruction du pont est sauvé.
Un courrier des Ponts et Chaussées au Maire d'Esserts-Blay, daté du 5 février 1924, nous apprend que le litige avec l'entreprise BROCHOT est définitivement réglé, et qu'une solution a été trouvée pour reconstruire le pont rapidement, et, c'est important, à moindres frais: il sera reconstruit en pont métallique (pont dit "PIGEAUD"). Les travaux ne devraient durer que 2 à 3 mois, et le pont réouvert à la circulation dans le courant de l'année 1924. Parallèlement, et le courrier des Ponts et Chaussées y fait référence, des travaux sont à engager sur l'autre pont, celui de la Coutellaz (nous en reparlerons), ce qui n'arrange pas les finances de la commune.
Concernant le pont de St Thomas, tout semble prêt. Encore faut il trouver des entreprises prêtes à réaliser les travaux dans le budget imparti. Hélas, le budget est tellement serré (les ressources de la commune sont très limitées, même si le projet est subventionné) que 2 essais d'adjudication restent infructeux (9 octobre 1924 et 4 juin 1925). C'est finalement l'entreprise MACIOTTA Gustave, de Moutiers, qui se voit confié le marché, passé de gré à gré, le 28 novembre 1925 (après un rabais de 5 % quand même!). Les travaux démarrent le 15 janvier 1926 et "sont menés activement" durant l'hiver et le printemps 1926.
Le 31 mai 1926, entre 1h30 et 5h du matin, catastrophe: une crue de l'Isère emporte la pile rive droite et les tabliers des 2 travées rive droite. Extrait du rapport des Agents-Voyers qui se sont rendus sur place et ont recueilli des témoignages: "Le dimanche 30 mai est le 1ère journée chaude de l'année. Les eaux sont montées dans le cours du jour. Le chef de chantier de l'entrepreneur avait enlevé le matériel (madriers, planches, outils) qui se trouvait sur les 2 rives, et qui était susceptible d'être emporté par la crue; il avait laissé en place la charpente de la travée rive droite, et quitté le chantier à 16 heures pour prendre le train qui monte à Moutiers. Aucune consigne n'était donnée pour surveiller le pont pendant la nuit. Vers minuit, un orage éclatait sur Albertville et sur la Tarentaise. Entre minuit et 1 heure (31 mai), Mr TARTARAT CHAPITRE Gabriel de St Thomas, passant le pont, constata que les eaux, ne trouvant plus passage sous le tablier, commençaient à effleurer le dessus du tablier contre lequel elles tapaient; il a ressenti que le tablier était fortement secoué. Mr REY Séraphin, compagnon de route de Mr TARTARAT, a fait une déclaration analogue à la Gendarmerie. A1h30, le garde-barrière du passage à niveau PLM situé à 150 m du pont entendit un violent craquement. Au matin, entre 5h et 6h, il s'aperçut que la pile rive droite avait disparu." Rapidement, les Ponts et Chaussées construise une passerelle pour les piétons. Mais il faut finir les travaux. L'accident du 31 mai se traduit par un surcoût de 91 900 francs, sur un budget de départ de 239 000 francs. Ce surcoût sera subventionné par une subvention de l'Etat de 62 492 francs (68 %) (lettre du Ministre de l'Intérieur du 27 novembre 1926), le reste étant à la charge du Département et de la Commune. Le nouveau pont de St Thomas (pont métallique "PIGEAUD" avec une seule travée de 45 m - avant l'accident, il devait comprendre 2 travées, ce qui, apparemment, coûtait moins cher) semble avoir été opérationnel dans le courant 1927.
Ce pont durera jusqu'au début des années 2000, date de construction du pont actuel (point à développer un peu plus).
Un projet de pont au Vernay?
Le rapport des Ponts et Chaussées sur la destruction du pont de St Thomas, en cours de reconstruction, du 31 mai 1926 évoque également (page 13) un projet de pont du même type (pont métallique, sur une seule travée), que la commune souhaitait faire construire 4 kms en amont de celui de St thomas (soit 1.4 kms en amont du pont de la Coutellaz, ce qui correspond à la plaine du Vernay). Ce projet a été rejeté par le Ministère en raison de son prix. Je n'ai pas plus d'infos sur ce sujet.
21:06 Publié dans 39 Traverser l'Isère: bacs et ponts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : esserts-blay, bac, pont, isère, savoie
10.12.2007
La Savoie française 1792 - 1815
J’ai décidé de présenter d’abord les principaux évènements, nationaux ou régionaux, à connaître pour comprendre la période, et ensuite ce que j’ai pu recueillir sur Blay et St Thomas, ou Esserts-Blay (c'est le chapître suivant).
Les principaux évènements de la période révolutionnaire et napoléonienne :
Le 22 septembre 1792, au lendemain de l’abolition de la Royauté en France, le Général Montesquiou, chef de l’Armée française du Midi, pénètre dans le Duché, accompagné de la Légion Allobroge, ce qui donne à cette invasion une apparence de guerre de libération. Il ne rencontre absolument aucune résistance, les 12 000 soldats piémontais s’enfuyant en grand désordre.
Les 29 et 30 septembre 1792, les troupes françaises arrivent à Conflans, puis s’installent à Moutiers. Moutiers va devenir un lieu de casernement important, puisque, au fil du temps, 1000 hommes y logeront.
Pour les élites agissantes savoyardes, la cause est entendue : la Savoie doit s’unir à la France. Mais, en France, la Convention est réticente. La question de l’annexion de la Savoie fait débat. En tous cas, il ne faut pas que l’annexion de la Savoie par la France apparaisse comme une conquête. Il est donc impératif que les Savoyards demandent en masse leur union à la France. C’est dans ce contexte qu’est organisée la consultation des communautés.
En Tarentaise, les communautés sont consultées le 14 octobre 1792 : dans chaque commune, tous les hommes de plus de 21 ans éliront 1 député et 2 suppléants. Les élus sont convoqués le 21 octobre à Chambéry. La jeune Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité prend les choses en main et mène campagne pour l’annexion. Elle envoie 27 commissaires dans les Provinces pour organiser les élections. On ne retrouve d’ailleurs aucune trace d’un parti indépendantiste.
La Tarentaise compte alors 62 communautés et 36800 habitants. Les 3 bourgades les plus importantes sont Moutiers, St Martin de Belleville et Bourg St Maurice, qui comptent presque 2000 habitants chacune. Les nobles sont peu nombreux (23 en 1703). L’antagonisme entre les paysans et les notables, rentiers, propriétaires etc. … est beaucoup plus important que celui entre noble et non nobles. Les ruraux enrichis ont racheté des droits et servis aux nobles et les exploitent sans faiblesse.
Les communaux (surtout forets et pâturages) représentent 70 % des terres en Tarentaise et attisent les convoitises des nouveaux enrichis et donc les conflits avec les communautés villageoises. Néanmoins, la Tarentaise n'a pas connu de réels troubles prérévolutionnaires.
Le 10 octobre 1792, la commune de Moutiers délibère la 1ère et se prononce pour l’intégration à la France.
Les commissaires de la Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité convoquent les secrétaires des autres communautés et les chargent d’organiser la consultation dans cheque communauté. Ce sont les AG traditionnelles des communiers (qui ne se réunissaient plus depuis la réforme communale de 1738) qui vont se réunir en assemblées primaires (les non communiers, c’est non propriétaires dans la commune, qui représentent en moyenne 40 %sont donc exclus de la consultation, ainsi, bien entendu que les femmes). Ces AG sont convoquées de façon tout à fait traditionnelle : le Secrétaire (ou l’homme de loi commis si le secrétaire n’est pas venu à la convocation de Moutiers) réunit le Conseil, l’informe de la situation, lui lit les textes officiels. Puis le Conseil affiche les textes sur les portes de l’Eglise, et convoque l’AG des communiers. Le Secrétaire de la communauté dirige l’AG. Il lit le manifeste des commissaires, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui y est annexée, et le procès-verbal de la délibération de la Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité de Chambéry. Il invite ensuite les communiers à se prononcer sur le mode de gouvernement qu’ils souhaitent voir adopter, et à élire un député et 2 suppléants pour aller porter leurs veux à Chambéry le 21 octobre.
Le 21 octobre 1792, les 648 (ou 655 ?) députés se réunissent à Chambéry pour constituer l’Assemblée des Communes de Savoie, qui se proclame rapidement Assemblée Nationale Souveraine des Allobroges. Cette Assemblée prononce d’abord la déchéance du Roi et de sa postérité, l’abolition des privilèges, des droits féodaux, des dîmes et des gabelles, puis demande son rattachement à la France. Seules 3 communes se prononcent pour l’indépendance de la Savoie.
Le 27 novembre 1792, la Convention Nationale accepte, après réflexion, la réunion de la Savoie à la France (« la Savoie formera provisoirement un 84ème département, sous le nom de département du Mt Blanc »). Le département du Mt Blanc sera représenté par 10 députés. On notera d’ailleurs que la Savoie sera rattachée "définitivement" à la France par le Traité de Paris du 5 mai 1796, par lequel Victor Amédée III cède Nice et la Savoie à la France.
Le 14 décembre 1792, les 4 commissaires français chargés de l’administration du nouveau département du Mt Blanc arrivent en Savoie. Ils jouissent de pouvoirs quasi-illimités. Leurs 1ères décisions sont les suivantes :
Chambéry est le chef lieu du département (malgré l’âpre rivalité avec Annecy, à qui sera concédé, en contrepartie, l'Evéché du département)
La Savoie est divisée en 7 districts (proclamation du 29 janvier 1793) correspondant aux anciennes provinces : Chambéry – Annecy – Thonon – Carouge – Cluses – Moutiers – St Jean de Mne, 83 cantons (la notion de canton est nouvelle en Savoie), et 652 communes.
Le district de Moutiers, 49 315 habitants selon le dernier recensement de 1783, va de Conflans à la Haute Tarentaise et comprend aussi le Beaufortain. Les 10 chefs-lieux de canton sont : Moutiers – Conflans – Beaufort – Feissons sous Briançon – St Jean de Belleville – Bozel – Bellentre – Aime – Bourg St Maurice – Ste Foy. Les communautés deviennent des municipalités.
La question religieuse, pourtant sensible en Savoie, n’est pas abordée, du moins jusqu’au 8 février 1793. Durant l’automne 1792, les Savoyards se bercent d’illusions : la Savoie peut devenir française tout en bénéficiant, comme elle le souhaite, d’un statut particulier sur le plan religieux. Rappelons que les Savoyards ont été appelés à s’exprimer sur leur avenir (notamment le rattachement à la France) lors des Assemblées primaires d’octobre 1792, qui se sont tenues dans chaque commune. De nombreuses Assemblées ont émis une réserve importante : le maintien en l’état de la religion catholique (chose curieuse : aucune réserve de ce type dans les Assemblées de Tarentaise, de Maurienne, de Savoie et de carouge, signe probable qu’il y a eu trucage). En effet, les populations sont très attachées au catholicisme et au clergé séculier. L’autorité et le rayonnement des curés et vicaires de paroisse sont très importants. Mais ces réserves ont manifestement été cachées, à la fois pendant l’Assemblée Nationale des Allobroges et également quand les députés savoyards sont venus à Paris demander le rattachement à la France à la Convention. Donc la Convention a accepté le rattachement de la Savoie à la France sans que la question du particularisme religieux savoyard n’ait été évoquée officiellement.
D’autre part, jusqu’en janvier 1793, les révolutionnaires savoyards s’efforcent de rassurer le clergé et les campagnes : on ne touchera pas à la religion catholique.
Et enfin, le clergé savoyard reste étonnement passif devant les évènements de l’automne 1792. Pourtant, aucun prêtre savoyard ne peut ignorer ce qu’il s’est passé en France, surtout que les évêques et prêtres français réfractaires sont nombreux à s’être exilés temporairement en Savoie. L'Evêque de St Jean de Maurienne part pour Turin dès le 24 septembre. Mais l’Archevêque de Moutiers et l’Evêque de Chambéry restent en place et tentent de s’accommoder avec le nouveau pouvoir. L’Evêque de Chambéry prononce même un discours presque d’allégeance au nouveau pouvoir devant l’Assemblée des Allobroges. L’Archevêque de Moutiers, Mgr Joseph de Monfalcon du Cengle, est encore plus conciliant puisqu’il envoie une lettre (11 novembre 1792) à la Commission provisoire afin de montrer son parfait loyalisme. Une bonne partie du clergé, qui a pourtant pris de plein fouet le décret du 27 octobre sur les biens du Clergé, semble espérer que la Constitution civile du Clergé ne sera pas appliquée en Savoie.
Le 8 février 1793, les 4 Commissaires de la Convention signent une proclamation qui introduit dans le Département du Mont Blanc la Constitution civile du Clergé et l’obligation du serment (de "maintenir la liberté, l’égalité et de mourir en les défendant") des prêtres dans un délai de 8 jours (ces réformes ont été réalisées en France en 1790 et 1791). Les prêtres qui refusent le serment sont considérés comme démissionnaire et n’ont d’autre issue que l’exil ou la déportation (art 25 – 26 -27).
C’est la consternation et la fin des dernières illusions du clergé et des fidèles. Le mécontentement est énorme (alors qu’on peut penser que le décret du 8 février n’est que la suite logique des évènements de l’automne 1792). Quelque chose de profond s’est cassé entre la Révolution et les savoyards, surtout dans les campagnes.
Beaucoup de curés hésitent : prêter serment est un acte grave, mais s’exiler, c’est abandonner. Le concept de prêtre-citoyen plait à certains ; d’autres se disent que des opportunités vont se présenter en restant ; d’autres ont des contraintes personnelles qui les empêchent de partir. Plusieurs prêtres, parfois sur recommandation de leur supérieur, prêtent serment, mais avec des restrictions ; c’est en principe interdit, mais cela permet parfois de gagner du temps, voire même de piéger certains curés qui se retrouvent ainsi parmi les jureurs. Toujours est il que la protestation est énorme, dans les villes et dans les campagnes.
Cette protestation s’exprime lors des assemblées primaires du 11 février 1793, qui doivent choisir les électeurs qui éliront les 10 députés qui représenteront le Département à la Convention ; 7 des 10 députés élus ne sont pas soutenus par les commissaires. Les Commissaires de la Convention n’y voient que complot et manipulation, sans vouloir comprendre que la protestation touche vraiment au cœur des savoyards.
Même si c’est difficile de faire des statistiques, on estime entre ¼ et 1/3 des ecclésiastiques de Savoie jurent, avec ou sans restrictions. Si on compare avec les départements français voisins (il est vrai français depuis plus longtemps), la proportion de jureurs est faible ; elle se rapproche de celles des départements qui forment la France du refus (ex : Vendée). C’est à Chambéry et en Tarentaise qu’on jure le plus (60 % et même 70 % dans le clergé paroissial). Le diocèse d’Annecy est très majoritairement réfractaire (85 à 90 %), de même que la Maurienne.
En Tarentaise, contrairement à la Maurienne, la proportion de jureurs est importante, puisqu’on estime que 2/3 du clergé prête serment. En 1792 il y a 224 prêtres en exercice. 128 sur les 145 dont la trace a été retrouvée ont prêté serment, 57 des 66 curés et 33 vicaires sur 34. Sans doute de nombreux curés pensent ils que l’orage va passer ou que les Piémontais vont revenir; ainsi ne veulent ils pas abandonner leur paroisse. Il y a sans doute eu beaucoup de restrictions, au moins orales. Et l’attitude, perçue comme ambiguë, de l’Archevêque a certainement encourager des prêtres prêtent serment. D'autant le chanoine Jean Vincent Merme, qui a été professeur au Collège Royal pendant 42 ans, et a donc forme une centaine de prêtres, est favorable aux idées nouvelles ; on peut penser qu’il a entraîné de nombreux serments.
Face à la protestation, les Commissaires hésitent entre l’apaisement pour convaincre, et la répression. Ils se décident finalement pour la répression.
Le 1er mars 1793, l’Archevêque de Tarentaise émigre pour Turin. Il est l’un des derniers à partir, ayant cru pendant plusieurs mois qu’un arrangement avec le nouveau régime était possible. On notera que ce dernier donne avant de partir des instructions ambiguës : il exhorte les prêtres de son diocèse à refuser le serment, mais aussi à tenir ferme à leur poste tant qu’ils le pourraient.
Le 6 mars 1793 a lieu l’élection de l’Evêque du nouveau diocèse du Mt Blanc. François Thérèse PANISSET, curé de St Pierre d’Albigny, homme réputé droit et pieux, est élu avec 56% des suffrages exprimés, ce qui est correct, sans plus.
Les prêtres réfractaires s’exilent, le plus souvent à Turin ou dans le Piémont. Dans les régions massivement réfractaires (Genève et Maurienne), le refus de la messe faite par le clergé jureur (ou « intrus ») est immédiat.
Dans les régions « jureuses » (Chambéry, Belley et Tarentaise), les paroissiens, au moins dans les 1ères semaines, continuent à aller régulièrement à la messe. Mais, assez rapidement, la confiance n’est plus de mise. De plus, l’Eglise romaine donne l’ordre aux prêtes qui ont prêté serment de se rétracter faute de quoi leurs pouvoirs spirituels sont fortement diminués. C’est le cas de l’Archevêque de Moutiers, depuis son exil de Turin, le 28 avril 1793. Des prêtres se rétractent et doivent fuir ou se cacher.
Le service pastoral est en forte baisse, et deviendra inexistant à partir de l’arrivée du Représentant Albitte en février1794, qui, lui, veut déchristianiser complètement la Savoie.
Le 22 février 1793, la Convention décide la réquisition de 300 000 hommes. La Savoie se doit d’y participer. En principe, le principe du volontariat est conservé (c’est un honneur et un devoir de défendre la Patrie). Dans les faits, la désignation est imposée. Comme un peu partout en France, les réquisitions donnent des résultats assez corrects dans les villes, au moins dans les 1ers mois. Mais, dans les campagnes, on assiste à des mouvements de masse, soit de réfractaires (qui bénéficient du soutien de la population), soit de déserteurs (on s’en méfie un peu plus).
De juin 1793 à juillet 1794, c'est, en France, 1ère Terreur, avec le Comité de Salut Public, dirigé par Robespierre, chargé de faire triompher la Révolution à tout prix. En Savoie, cette terreur, réelle mais néanmoins moins violente que dans le reste de la France, est incarnée par Albitte, envoyé par la Convention comme Représentant dans le département du Mt Blanc du 28 février 1794 au 21août 1794. C’est un doctrinaire, pour qui la Raison est le véritable Etre suprême, mais qui ne va jusqu’à user de la guillotine. Pour lui, l’Eglise constitutionnelle est périmée, il faut déchristianiser complètement le département. Toute religion est pure invention, le seul culte qui compte, c’est celui de la raison.
Le Clergé constitutionnel se trouve décrédibilisé. Le culte catholique, même constitutionnel, cesse pratiquement. Albitte exige des prêtres un serment d’apostasie. Les prêtres (rappel : ceux qui restent encore ont prêté le serment Liberté – Egalité) fuient, ou sont emprisonnés, voire déportés. Les clochers des églises sont abattus, les églises sont dévastées. La messe est proscrite, la vie pastorale s’arrête brusquement.
Durant l’été 1793, les Sardes, aidées par l’Autriche, contre-attaquent, en Tarentaise, en Maurienne, et dans la vallée de l’Arve. Le Duc de Montferrat attaque la Tarentaise. Il est à Bourg St Maurice le 16 août, à Moutiers le 23, où il réinstalle l’Archevêque. Il pousse même jusqu’à La Roche - Cevins, où il installe son Quartier Général, mais ne va pas plus loin.
Dans un 1er temps, le Général français DUBOURG, à l’Hôpital, envisage de se replier. Le Général Kellerman lui ordonne de ne pas quitter Conflans sans avoir été attaqué, et vole à son secours.
Début septembre 1793, les 2 armées sont face à face à La Roche – Cevins : 17 000 Sardes contre 7 000 Français. Le 10 septembre, les Français passent à l’attaque, à la fois à Cevins et par les cols du Beaufortain (les Cormets) et de Maurienne (la Madeleine). Les Sardes se replient rapidement.
Le 2 octobre, le Général Kellerman entre à Moutiers. La Tarentaise est rapidement reprise par les Français, les Sardes se repliant sur les crêtes.
Le 27 juillet 1794 marque la chute de Robespierre. C’est la fin de la 1ère période de terreur. Un nouveau régime politique s’installe, le Directoire, qui va durer jusqu’à la prise du pouvoir de Napoléon (9 novembre 1799). La persécution religieuse reste forte jusqu’au début 1796. Ce régime s'appuie sur la Constitution du 22 août 1795 (5 fructidor an III). Elle est inspirée par le souci d’éviter le retour de la dictature, et est précédée d’une Déclaration des droits et des devoirs qui réaffirme avec force le droit de propriété. Le suffrage redevient censitaire, et l’âge de la majorit





