20.04.2009

Légendes, mystères et traditions d'Esserts-Blay

Au niveau de la Savoie, le sujet est abondamment traité. Ce chapitre ne concerne donc que les légendes, mystères ou traditions touchant particulièrement, parfois specifiquement, le village d'Esserts-Blay

La venue de St Thomas de Canterbury à St Thomas:

Nous avons vu que la paroisse de Saint Thomas a été fondée au XIIIème ou XIVème. Elle rend hommage à Thomas Becket, né en 1117 à Londres, chancelier du Roi d’Angleterre Henri II, puis archevêque de Cantorbéry (1162). Thomas BECKET passe alors pour être un très proche et un fidèle du Roi Henri II, dont l’objectif est d’étendre sa mainmise sur l’ensemble de l’église anglicane.

Dès son élection à l’archevêché, Thomas Becket entre en conflit avec son protecteur. Au contraire du Roi, il veut libérer l’église anglicane de sa dépendance vis-à-vis du pouvoir laïc.

Les relations entre Henri II et Thomas Becket se détériorent rapidement.

En 1164, désavoué par les autres évêques anglais, Thomas Becket part en exil en France, où Louis VII lui offre sa protection.

Sous la menace de se voir excommunié par le Pape, Henri conclue la paix avec Thomas le 22 juillet 1170.

Ce dernier rentre en Angleterre le 3 décembre 1170, mais est assassiné par des hommes du Roi (probablement sur ordre au moins tacite de ce dernier) le 29 décembre 1170 dans sa cathédrale de Cantorbéry.

Il est canonisé en 1173, et son culte se répand très rapidement.

  Selon la légende, après sa disgrâce, Thomas BECKET avait été enfermé, en Angleterre, dans une tour par les hommes du Roi. Il parvint à s’échapper (malgré ses boulets aux pieds) et s’enfuit d’Angleterre. Il marcha pendant plusieurs années et arrive en vue de la Tarentaise (la Maison de Savoie a noué pendant des décennies des liens très forts avec l’Angleterre), complètement épuisé, à la recherche d’un lieu sur.

Au niveau de l’actuelle Tours en Savoie, il tourne son regard vers la montagne boisée qui se trouve de l’autre coté de l’Isère. Il franchit la rivière et commence à traverser la plaine, toute plate et très austère tant elle semble à l’écart du monde. La distance est longue et Thomas, l’herbe est grasse est touffue. Thomas a du mal à progresser dans cette prairie luxuriante, surtout avec ses boulets aux pieds.

La légende dit que la rosée des prés qu’il a traversés au prix de tant d’efforts, n’a jamais voulu recouvrir les traces laissées par les pas, le bâton et les boulets du saint homme.

Elle évoque aussi le « Chemin de la Trin », mot impossible à traduire, alliant la notion d’effort à celle de trace laissée ; c’est la longue trace laissée par les vénérables foulées de Thomas, trace que l’on distingue encore de nos jours depuis les maisons de St Thomas.

Thomas gravit ensuite les premières hauteurs boisées, puis, profitant d’un replat, installe son refuge et sa chapelle à l’endroit même où se situe aujourd’hui l’église paroissiale de St Thomas des Esserts.    

Le diable Gribouille au château de Blay :

Voilà ce que nous dit un texte de 1865, repris dans le numéro des Cahiers du Vieux Conflans du 3ème trimestre 1963 :

Ceci n’est point une légende, mais bien la chronique d’un fait qui s’est passé, il y a quelques dix ans, dans les ruines du vieux château de Blay, et que nous allons retracer.

Deux malins, d’autres disent deux fripons, s’entendirent un jour pour exploiter la crédulité publique. Ils voulaient qu’il y eut, dans les tours du vieux château d Blay, un trésor caché. L’un des compères avisa à cet effet une demi-douzaine de simples, auxquels il fit part très confidentiellement qu’il connaissait le moyen de faire arriver le diable, qui leur indiquerait l’endroit où était enfoui un trésor. Il n’avait besoin pour cela que d’acheter le Grand Albert, soit les Clavicules de Salomon (recueils de formules et de recettes magiques) ; mais ce précieux ouvrage ne pouvait se trouver qu’à Genève, et encore pas à très bon marché.

Les dupes ne manquèrent pas à remettre d’abord 250 francs à l’obligeant entremetteur des oeuvres de Satan, qui leur fit jurer le secret comme condition. Puis il partit pour Genève, où il acheta tout autre chose que les Clavicules de Salomon, et de retour, il annonça à ses heureux croyants qu’il avait bien trouver le fameux livre, mais qu’il était unique et qu’on exigeait 1200 francs pour le lâcher. Il fallait donc compléter la somme voulue si on voulait être riche à jamais. Nos simples croyants, aussi pauvres qu’ignorants, à l’exception d’un propriétaire aisé de Conflans, qui avait cependant tôpé dans le piège, firent un peu la grimace ; ils se grattèrent l’oreille ; mais l’appat de l’or, que les yeux de leur imagination apercevaient dans les ruines du vieux château, leur fit faire un effort supreme, et se cotisant, ils réunirent la somme de 1200 francs.

Quinze jours après, fidèle à ses engagements, le magicien convoqua ses victimes à Conflans. Là, il leur présenta un vieux in-folio en latin, imprimé en encre rouge et noire, leur disant que c’était le seul Grand Albert existant en Suisse. « Maintenant, mes amis, ajouta-t-il, nous touchons au moment. Il n’y a dans l’année qu’un jour propice pour l’évocation du diable à l’aide de ce livre. Ce jour, c’est le soir de Noël, et le moment, lorsque les cloches annoncent la consécration de la Messe de Minuit. Nous nous rendrons tous séparément vers les huit heures du soir dans la maison X… à Blay ; de là, nous irons à onze heures au vieux château. Mais, mes amis, le secret, le secret le plus inviolable ; sans quoi, pas de réussite possible ».

Tous furent discrets et surtout ponctuels ; au jour dit et sous la conduite du sorcier, ils arrivèrent entre onze heures et demi et minuit devant les tours du château de Blay. Ils se disposaient à pénétrer sous les voûtes du vieux manoir, lorsque leur guide, après avoir distribué des chandelles, qu’il alluma, fit tourner la bande en cercle, et ouvrant tout grand son livre magique, leur tint cette allocution suprême : « Mes amis, le moment solennel est arrivé ; nous voilà au bout de nos peines et de nos dépenses ; dans moins d’une heure nous serons riches. Je ne vous recommande plus qu’une chose, c’est du courage. Ne vous laissez ni intimider ni effrayer par l’approche de Satan, et je vous supplie surtout de ne pas m’abandonner pendant la lutte que je pourrais avoir à soutenir contre le Diable, qui est quelquefois terrible et pire qu’un ours ou un lion blessé. Jurez sur le Grand Albert qu’à tout évènement, vous ne m’abandonnerez et rappelez-vous que si vous veniez à faiblir à vos serments, je serai transporté tout vivant dans enfers ».

Pendant ce temps, le second compère, qui avait pénétré dans une grande salle en ruines, s’apprêtait à jouer son rôle de Diable. Il s’affublait d’un grand manteau noir, se coiffait d’une perruque et d’une barbe rousse et d’un chapeau tricorne. Il s’attachait aux pieds des chaînes en fer et tenait devant lui un grand plat dans lequel il y avait des étoupes d’eau de vie. Il avait pour ordre de n’allumer les étoupes qu’à la première évocation et d’avancer lentement à la troisième. Au moment d’entrer, l’homme au livre diabolique crut devoir apprendre encore à ses compagnons que chaque jour un nouveau diable prend à son tour le gouvernement des enfers et que celui qui présidait ce soir là et qui allait apparaître pour indiquer le trésor, se nommait Gribouille. Il avait à peine fini de parler que la cloche commença à tinter les coups de la consécration. « Allons mes amis, reprit-il, rapidement du calme et du courage ! A moi la besogne ! Pénétrons ». Ils entrèrent : le porteur du grand in-folio en tete s’avance au milieu des amas de décombres vers la salle délabrée. Après avoir murmuré quelques mots inintelligibles et pour les assistants et pour lui-même, il ouvre le livre et adjure solennellement le Diable en ces termes : « Diable Gribouille, sors des Enfers et parais devant moi ». A cette sommation, une lueur bleuâtre éclaire le fond obscur et encombré de la salle ; mais rien ne bouge encore. Elevant la voix plus haut, l’évocateur reprend : « Diable Gribouille, obéis à ma voix, sors des Enfers et parais au milieu de nous ».

Aussitôt un bruit de chaînes, puis un pas lent et pesant, se font entendre. A mesure que le bruit se rapproche, les six riches futurs se regardent avec terreur et se serrent les uns contre les autres. Nouvelle évocation, accompagnée de contorsions et d’imprécations dans une langue inconnue. Satan, ou du moins Gribouille, apparaît enfin à travers une échancrure de l’épaisse muraille qui tient lieu de porte d’entrée. A cet aspect sinistre, les assistants tremblent de tous leurs membres, leurs dents battent une mesure infernale, les chandelles leur tombent des mains et tous lâchent pied et se sauvent par les différentes issues en poussant des cris à épouvanter le Diable Gribouille lui-même.

La panique fut si grande que plusieurs d’entre eux, saisis par la diarrhée, tombèrent en chemin et firent de leurs vêtements des torche derrières. Les autres, dans un état pitoyable, se rendirent à une écurie du chef-lieu appartenant à l’un d’eux et où il était convenu qu’ils devaient tous se trouver pour partager le trésor. Le magicien ne tarda pas à les rejoindre et il leur adressa les plus vifs reproches. « Vous avez, leur dit il, par votre couardise et en violant votre serment, laissé échapper la fortune qui vous tendait les bras. Tout est perdu, pour longtemps du moins ; si vous aviez le malheur de dire un seul mot de cette affaire à âme qui vive, vous seriez infailliblement étranglé par le Diable. C’est ce qu’il m’a crié comme je sortais des ruines tout en tremblant ».

Le secret fut bien gardé pendant plus de trois ans. Cependant, les pauvres simples, finissant par revenir de leur frayeur, se hasardèrent, nous dit-on, à consulter trois jurisconsultes d’Albertville sur les moyens de rentrer dans leurs fonds. L’avis des jurisconsultes fut défavorable.

Dans cette affaire de voleurs et de volés, ceux-ci comme les premiers avaient tout intérêt à continuer à garder le secret, qui nous est confié aujourd’hui et que nous recommandons à nos lecteurs.    

Le mystère de la 4ème tour du Château de Blay :

Le Château de Blay a probablement été construit entre 1390 et 1418. Il n’a plus été habité à partir des toutes premières années du XVIIème siècle et à brûlé à la fin de l’année 1609. Il n’a jamais été restauré.

Il est de forme rectangulaire, avec à chaque angle, une tour, sauf dans l’angle nord ouest.

Cette absence de 4ème tour a suscité la curiosité; a-t-elle existé ? Si oui, comment a-t-elle été détruite ? Si non, pourquoi 3 tours seulement et pas 4 comme on pourrait s’y attendre ?

Plusieurs hypothèses ont été avancées :

En 1616, Antoine Gaspard De Riddes, Seigneur de Blay, et propriétaire du Château, décède. Son neveu, Gaspard Du Verger, désigné comme héritier universel, se demande si les dettes du défunt ne sont pas supérieures à l’actif successoral, et fait réaliser un inventaire des biens de son oncle. Cette inventaire, fait en 1617, indique que cette fameuse 4ème tour a bel et bien existé et qu’elle a été détruite par l’incendie de 1609.

L’architecte E.L. BORREL, dans son ouvrage de 1884 sur « Les monuments anciens de Tarentaise », ne croit à l'existence de cette tour, et pense que le seigneur qui fit construire le Château se vit refuser par son suzerain le droit de construire cette 4ème tour (la tour est un symbole de puissance).

 En fait, les études faite tout récemment (2000 – 2001) sur le terrain même du Château tendent plutôt à démontrer que cette tour n’a jamais existé.

Le mystère n’est donc pas levé : pourquoi avoir fait construire un Château avec 3 tours au lieu de 4 ?    

Le jeu du Coinchon

Il se joue aux pieds du Château de Blay le dimanche de Pâques. Il faut pour cela un dé, gros cube de bois de 20 cm de coté appelé domino, et, pour chaque joueur, un coinchon, maillet fait d’une branche de houx, et une baguette de bois d’un mètre, la servante. Le premier joueur place la servante sous ses pieds en disant : « le domino va devant, moi après et « un tel » après moi. Il lance le dé, puis son coinchon le plus près possible du dé. Le second désigné lui succède et ainsi de suite jusqu’au dernier qui s’empare de la servante en disant : « faute de valet, j’emporte la servante ».

Le secrétaire note le nom des gagnants (leur nombre est indiqué par le dé de 1 à 6), ceux dont le coinchon est le plus près du dé. Les joueurs sont à l’amende lorsqu’ils prononcent , selon la partie en cours, des mots patois, ou des surnoms, ou des jurons …Ces amendes servent à payer le repas pris en commun à l’auberge le soir même.

Ce jeu de Pâques est connu dans d’autres régions, toutes montagneuses, de Savoie et haute Savoie : le Chablais, le Faucigny, la Tarentaise. Selon les endroits, il s’appelle cornichon, cônichon, coinston ou coution. A Esserts-Blay, il se joue devant le Château. Dans la plupart des autres communes qui le pratiquent, on fait le tour de la commune en jouant.

Selon les spécialistes (Van Gennep, Roger Devos), il s’agit d’un jeu cérémoniel, une sorte de rite de prise de possession symbolique, par les habitants, du territoire de la communauté villageoise.  

Le Château du Bettier (ou Bettié) :

Sur le cadastre de 1876, il s’agit d’une « masure » appartenant à Hippolyte VELAT. Il n’en reste que les ruines d’un bâtiment assez haut.  

Le Combottier 31 août 1944

Je remercie chaleureusement Marcel et Alice REY pour l'aide qu'ils m'ont apportée pour écrire cette rubrique. J'ai prévu de les revoir pour compléter certains points. Je me suis appuyé sur le livre de Pierre et Roger CALDERINI consacré à la Résistance en Basse Tarentaise, livre que m'a gracieusement prêté Marcel REY. 

Le 31 août 1944, une quarantaine de Résistants blaycherains se fait surprendre par une soudaine et violente contre-attaque allemande, dans le secteur du Combottier , au dessus de Seez, en Haute Tarentaise. Cette attaque fait 4 morts parmi les combattants de notre village.

Le contexte de l'été 1944 :

Suite au débarquement des Forces alliées en Afrique du Nord (8 novembre 1942), les Allemands et les Italiens occupent la zone libre, dont la Savoie fait partie (11 novembre 1942). Ce sont les Italiens qui occupent d’abord la Savoie, jusqu’à la destitution de Mussolini (25 juillet 1943), puis les Allemands.

Les 2 principales forces de la Résistance intérieure, l’Armée Secrète (gaulliste pour faire simple) et les Francs Tireurs Partisans (communistes pour faire simple également) ont théoriquement fusionné à la fin de 1943 pour les Forces françaises de l’Intérieur (FFI). Cette fusion est restée théorique dans de nombreuses régions de France, notamment en Tarentaise, où les relations entre les 2 organisations semblent plutôt correctes, malgré une réelle concurrence.

Il faut noter que le recrutement dans l’un ou l’autre des réseaux se faisait par cooptation locale, et non sur des bases politiques. La plupart du temps, une recrue adhère aux FTP ou à l’AS, non par idéal communiste ou gaulliste, mais parce qu’elle a été cooptée par un FTP ou un AS. A Esserts-Blay, les 1ers résistants ont été FTP, et la quasi-totalité des résistants Blaycherains seront FTP.

Les principaux évènements de 1944, pour comprendre les évènements d'août 1944:

Le 6 juin, les Forces alliées débarquent en Normandie (opération « Overlord »). La guerre bascule encore plus nettement du coté des Alliés.

Le 1er août, les Forces alliées font un très important parachutage d’armes au Col des Saisies, qui permet aux Résistants de Tarentaise et de Maurienne de récupérer un important matériel militaire. Le ravitaillement de l’AS et des FTP de Basse Tarentaise se fait au Col de La Bathie. A l’époque, la Tarentaise est un des secteurs de Savoie est déjà la plus active. Le parachutage des Saisies augmente encore la pression de la Résistance tarine sur les Allemands.

Dans la 1ère semaine d’août, les actions de la Résistance font que la vallée est libérée une 1ère fois. Le 8 août, il n’y a plus d’Allemands dans la vallée. Ces derniers se sont replier aux abords du le Col du Petit St Bernard, qu’ils ne veulent pas lâcher, et du Fort de la Redoute qui domine la route du Col. La Résistance commence à parlementer avec le commandement allemand afin d’obtenir la reddition des troupes allemandes présentes.

Dans la nuit du 14 au 15 août, à la surprise générale, les Allemands contre-attaquent, et reprennent Seez et Bourg St Maurice. En même temps, d’autres troupes allemandes remontent la vallée depuis Moutiers, et une bonne partie de la Tarentaise se trouve de nouveau occupée par les Allemands.

En même temps, le 15 août, les Alliés débarquent en Provence. Dans les jours qui suivent, les troupes du Reich évacuent le Sud-est et arrivent nombreuses en Tarentaise pour gagner le Col du Petit St Bernard.

 Le 22 août, Chambéry est libérée

Le 23 août, c’est au tour d’Albertville d’être libérée (48 heures après l’assassinat par les Allemands du Capitaine BULLE venu négocier la reddition de la garnison allemande). Les Allemands se replient en direction du Col du Petit St Bernard et la Maurienne (Paris est libérée le 25 août, le Général De Gaulle descend les Champs Elysées le lendemain).

Les 24 et 25 août, Aime et Bourg St Maurice sont libérées. Mais les Allemands sont juste au dessus de Seez, et tiennent encore une bonne partie de la route du Col. Les canons allemands arrosent partout au dessus de Seez, notamment le secteur du Combottier. Les habitants de Seez et des villages alentours se sont enfuis. Le 26 août au soir, les Américains arrivent à Bourg St Maurice, mais repartent 2 jours après. Les Allemands se replient, méthodiquement. Ils tiennent toujours les hauts de Seez, mais ont évacué le village lui-même, maintenant aux mains des Français. Puis la situation se stabilise

Le 31 août, stupeur et effroi : les Allemands contre-attaquent et redescendent sur Seez et Bourg St Maurice. Nous verrons plus loin que les Blaycherains engagés dans les combats de la Haute Tarentaise, qui viennent de s’installer au Combottier, au dessus de Seez, ont été les 1ères victimes de cette contre-attaque. Les Allemands reprennent Seez, qu’ils pillent pendant 3 jours. La ville de Bourg St Maurice se vide de ses habitants.

Le 3 septembre en soirée, les bataillons de Tirailleurs Algériens de l’Armée Française arrivent à Bourg St Maurice. Le 4, ils se portent à l’attaque de Seez. Les allemands évacuent le village après l’avoir incendié, et se replient vers les crêtes. Les combats vont durer encore tout l’hiver dans ce secteur.

Entre-temps, le 31 août, s’est noué le drame du Combottier, dans lequel 4 Blaycherains ont perdu la vie, et plusieurs autres ont été blessés. Le Combottier se situe à 1800 m d’altitude, juste en dessous des crêtes du Mont Clapet. Le Mont Clapet est, au même titre que le Roc Noir de l’autre coté de la route du Col du Petit St Bernard, un endroit stratégique, d’où l’on domine à la fois Bourg St Maurice, Seez et le vallon du Col du Petit St Bernard.

Voici la chronologie des évènements qui ont conduit au drame du Combottier du 31 août 1944. telle qu’on peut la reconstituer grâce aux témoignages recueillis par Pierre et Roger CALDERINI dans leur livre consacré à la Résistance en Basse Tarentaise.

Le samedi 26 août, une cinquantaine de résistants d’Esserts-Blay, St Paul, La Bathie, Rognaix et Cevins, la plupart FTP, se retrouvent à La Bathie, et son emmenés dans le camion de Léon GIROD (La Bathie) à Aime, qui vient juste d’être libérée. Comme de nombreux autres combattants venant de toute la Tarentaise, ils logent au Groupe scolaire pendant 3 jours.

Le mardi 29 août en soirée, le groupe est emmené en camion jusqu’à la sortie de Bourg St Maurice, vers la scierie, où il arrive vers 1h du matin. Le groupe est formé de 2 Sections :

Les FTP d’Esserts-Blay forment une Section placée sous la direction du Lieutenant Michel DACHKEVITCH. Cette Section est divisée en 3 (ou 4) groupes. Les Chefs de groupe sont Joseph FILLION NICOLLET, Maurice DODET et  Ernest AVRILLIER (et GARZEND ?).

Les FTP de St Paul, Rognaix et Cevins sont commandés par Eugène ARNAUD-PRIN.

Les 2 Sections marchent de nuit jusqu’au hameau de St Germain, au-dessus de Seez.

Le mercredi 30 août, la Section ARNAUD-PRIN prend position sur les 1ers contreforts du Mont Clapet, dans la forêt située à coté du Belvédère, tandis que la Section DACHKOVITCH s’installe plus haut sur le Mont Clapet, dans le secteur du Combottier, vers 1800 m d’altitude. Le Combottier a été repris l’avant-veille seulement aux Allemands après des combats acharnés. La Section DACHKOVITCH effectue la relève des combattants qui ont repris le Combottier. Il reste encore plusieurs corps de soldats allemands tués lors des combats de l’avant veille, que Maurice GIROD et d’autres enterrent sur place. Le même jour, le Lieutenant DACHKOVITCH fait organiser une reconnaissance pour s’assurer que les Allemands ne pourront pas repasser à l’attaque.

La nuit du 30 au 31 août est marquée par des orages incessants et très violents. La Section DACHKOVITCH prend position à quelques dizaines de mètres sous la crête du Mont Clapet, où se trouve une casemate. A priori, après la reconnaissance faite dans la journée, la position paraît relativement sûre.

Témoignage de Joseph FILLION NICOLLET, chef de groupe : « Dans la nuit du 30 au 31 août, la Section DACHKOVITCH avec 3 groupes, FILLION Joseph, DODET Maurice, AVRILLIER Ernest, monte sous un orage violent et prend position sous la pointe du Clapet. Le groupe FILLION Joseph et le Lieutenant DACHKOVITCH sont postés vers une casemate à environ 600 m sous la crète. Le groupe AVRILLIER a l’ordre de prendre la crête gauche arrière en cas de débordements. Cet ordre ne fut pas suivi. Un groupe GARZEND est posté aussi sur la gauche. Au cours de la nuit, nous avons observé des signaux lumineux au fond du Vallon du Reclus sur notre droite et dans la direction du Col du Petit St Bernard. Des balles traçantes sont tirées dans notre direction. »

Témoignage de Marcel REY : « Dans la nuit, nous irons prendre position au Combottier sous la pointe du Clapet. Mon groupe est un peu en retrait, sur la gauche, sous le groupe FILLION-DACHKOVITCH. Les camarades les plus avancés sont à moins de 100m de la crête, mais ce sera insuffisant pour voir arriver l’ennemi. Nous passerons la nuit du 30 au 31 août sous des orages incessants et d’une violence rarement égalée. Le ravitaillement fait défaut. »

On notera que personne n’a mangé depuis le départ d’Aime, l’avant-veille au soir. Et que l’équipement en vêtements chauds (nous sommes à 1800 m et il pleut) fait défaut.

Dans la matinée du jeudi 31 août, les Allemands tirent au mortier depuis la Rosière en direction du Combottier. Cependant, la situation semble néanmoins sous contrôle, puisque Marius AVRILLIER, Charles LASSIAZ et un autre FTP sont descendus dans un chalet en vue d’y faire cuire un peu de polenta. Les tirs allemands font que nos 3 FTP remontent en direction de leurs camarades, sans avoir pu faire cuire quoi que ce soit.  A 14h, le mulet chargé du ravitaillement arrive enfin. Cela fait 40 heures que personne n’a mangé. En même temps (personne n’aura le temps d’avaler quoi que ce soit), la Section subit un violent tir d’artillerie venu toujours de la Rosière. Alors que la Section s’attend à une attaque par la droite, les Allemands surgissent par la gauche  et par le haut. L’effet de surprise est total.

Témoignage du FTP qui est descendu préparer de la polenta en compagnie de Marius AVRILLIER et Charles LASSIAZ: « Dans la matinée du 31, nous sommes descendus avec AVRILLIER Marius et LASSIAZ Charles dans un chalet avec l’intention d’y faire cuire un peu de polenta car nous n’avions rien à manger. Mais nous n’avons pas eu le temps d’arriver à la fin de cette cuisson. Des coups de feu sporadiques nous ont engagés à remonter vers nos camarades. Parvenus vers une petite crête, nous avons vu 4 allemands assis dans l’herbe à quelques dizaines de mètres. Surpris comme nous, ils ne nous ont pas tiré dessus. Presque aussitôt, ça s’est mis à balayer les mottes d’herbe autour de nous. Plus haut, j’ai vu AVRILLIER Ernest qui tirait au FM, j’ai vu DAKO debout tirant au fusil et AVRILLIER Eugène également debout se battant comme un diable. Ceux là avaient déjà connu le feu et montraient leur bravoure. Mais bientôt AVRILLER, pressé par l’ennemi, prendra le chemin du repli, laissant son FM anglais car la béquille était profondément fichée en terre, et pour l’extraire, il fallait pousser le FM en avant. C’était pour Ernest une mort certaine. Qu’auraient ils fait à sa place, ceux qui l’ont accusé d’abandon d’armes. Quant à moi, armé d’une mitraillette Sten, n’ayant jamais combattu, je pris les jambes à mon cou, mais ces jambes étaient quelque peu hésitantes quand la mitraille s’abattait autour de moi. Je suis tout de même parvenu vers le pont du Versoyen sans casse.

Témoignage de Joseph FILLION NICOLLET, chef de Groupe : « Vers 14h, nous essuyons un tir d’artillerie provenant de la Rosière. A 14h15, les 1ers boches arrivent au-dessus de nous, sur la gauche, et par un étroit couloir viennent pointer une mitrailleuse et aussitôt nous mitraillent. Nous sommes armés à 80% de mitraillettes. Nous ripostons au FM et avec quelques fusils. Bien vite, nous sommes débordés et les boches se rapprochent. Eugène AVRILLIER (un courageux) envoie une grenade défensive étant à 20 m des 1ers boches. DACHKOVITCH, Eugène (AVRILLIER), DODET et moi partons les derniers. Progressant par bons, nous rejoignons la forêt, laissant derrière nous VALAZ Maxime touché à mort sur la casemate et MERCIER EMILE sous la casemate. Dans la forêt, DACHKOVITCH nous laisse et va prévenir la Section ARNAUD PRIN en position face au Belvédère ».

Témoignage de Marcel REY : « Alors que le ravitaillement vient d’arriver, vers 2h 1/4, des diables « vert de gris » surgissent de la crête gauche du Clapey et, un à un, par un étroit couloir, viennent prendre position avec mitrailleuses et mortiers. Je tire au FM dans le couloir et j’en vois dégringoler pas mal. Mais, bien vite, ma position devient intenable et je suis obligé de décrocher. Les Boches progressent rapidement, beaucoup mieux armés et entraînés que nous, véritables « bleusailles » pour la plupart. Il ne reste que le repli et le plus rapidement possible. Sous un déluge de balles et d’obus, les mottes éclatent autour de moi ; je suis rejoint par Didi BOCHET. Dans un passage difficile, mon FM se décroche et tombe à terre. Je sais que c’est très grave d’abandonner son arme mais ça mitraille trop, je ne peux pas le récupérer et je continue à progresser comme un cabri dans la descente. Je me demande comment je n’ai pas été touché, c’est comme un miracle, tellement ça canardait autour de nous. Plus bas, vers un chalet, Marcel GUIGUESSON est touché mortellement, à coté de moi. Didi BOCHET est blessé au talon et n’a plus qu’une chaussure. Il me dit qu’en haut, le jeune Maxime VALAZ a été gravement touché à 10m de la casemate. Nous continuons à courir et bientôt nous arrivons dans un petit hameau habité où l’Abbé RUFFIER nous offre un peu de son vin de messe ».

Témoignage d’Adrien BOCHET : «Vers le début de l’après midi, alors que le ravitaillement venait d’arriver (certains avaient reçu leur part de tabac), pas un n’aura le temps de manger un morceau. Nous n’avions pas eu de repas depuis plus de 40 heures ; avec ça, demandez à des francs-tireurs d’avoir la plus grande vaillance, il ne faut pas rêver ! Vers 14h, nous subissons un violent tir d’artillerie provenant de la Rosière. Nous croyons à une attaque venant plutôt sur notre droite. Grosse erreur et habile diversion des Boches, on doit le reconnaître. Quelques minutes plus tard, nous sommes assaillis par des diables « vert de gris » arrivant d’au-dessus de notre position, sur la gauche. Les Boches descendent dans un couloir étroit, ayant franchi les crêtes du Clapey sans que personne ait donné l’alerte si ce n’est au dernier moment. Aussitôt, DAKO, Joseph (FILLION NICOLLET), Eugène AVRILLIER et d’autres tirent au FM et avec leurs fusils sur les assaillants qui sont à 400 m environ. DAKO a ordonné de sa voix puissante à un groupe d’une section située sur sa gauche de contourner les assaillants par la gauche. Mais devant la furie des Frisous, ce groupe estime que ce n’est plus possible et que la retraite est la seule solution. Pour ma part, je suis à l’abri de la casemate du coté opposé à l’attaque, que puis je faire à cette distance avec une mitraillette ? La bagarre dure et un peu plus bas, je vois le FM de Marcel REY qui aboie sans cesse mais où je suis, je ne peux pas voir le résultat de ses tirs. Peu à peu, les Boches débordent à gauche et plus à droite. La position devient intenable et bientôt DAKO, la mort dans l’âme et furieux contre certains « combattants », donne l’ordre du repli. Je ne me le fais dire 2 fois et je commence à descendre en progressant par bons et en m’aplatissant aussitôt. En partant, je suis passé à coté de MERCIER Emile très gravement touché et j’ai entendu le jeune VALAZ Maxime crier qu’il était blessé sur le toit de la casemate. Après quelques dizaines de mètres, je suis touché au talon et je perds une chaussure. Pas question de m’arrêter. J’ai foncé en bondissant comme un cabri et j’ai rejoint REY Marcel et nous avons continué la descente. Autour de nous les mottes d’herbe éclataient sous les balles de mitrailleuse. Plus tard, nous saurons que notre cher camarade GUIGUESSON Marcel fut tué vers le chalet d’alpage qu’on avait nommé « des auges » car des cochons y étaient nourris. Plus bas, nous avons rejoint un petit village et là j’ai vu GUMERY Joseph grièvement blessé et qui mourait de ses blessures. L’Abbé RUFFIER nous a offert une gorgée de son vin blanc, en principe réservé à ses messes. »

La contre-attaque allemande se solde par 4 morts parmi les combattants d’Esserts-Blay : Marcel FONTAINE TRANCHANT (qui allait avoir 20 ans la semaine suivante), Marcel GUIGUESSON (19 ans et 9 mois), Emile MERCIER (27 ans) et Maxime VALAZ (19 ans et 5 mois), et plusieurs blessés.

En descendant, le Lieutenant DACHKOVITCH donne l’ordre à la Section ARNAUD-PRIN, en position en peu plus bas, de se replier immédiatement. Les membres de cette Section ont entendu la fusillade, et se doute que les choses se passent mal au Combottier. Mais aucune liaison radio n’a été prévue entre les 2 Sections.

Témoignage de Eugène MORARDET, de St Paul : « Dans la journée du 30, nous allons nous poster dans la forêt au niveau de l’hôtel Belvédère. Durant la nuit du 30 au 31, des orages très violents nous assaillent toute la nuit. Dans la matinée du 31 nous parviennent quelques tirs sporadiques au-dessus de notre position. Vers 14h, des tirs très fournis de mortiers nous font comprendre que l’ennemi attaque violemment la Section DACHKOVITCH, en position bien au-dessus de nous qui avions la mission de protection/repli. Un quart d’heure plus tard, nous entendons des tirs de FM français, puis des tirs de mitrailleuses allemandes et de mortiers. Ca doit barder là-haut et sans liaison directe, nous ne savons comment réagir. Environ 2 heures plus tard, le Lieutenant DAKO viendra nous donner l’ordre de nous replier très vite car une horde boche déferle sur nous. »

Témoignage de Justin PERROUX, de Cevins : « La nuit du 30 au 31 août fut terrible. Des orages d’une violence jamais vue ont tourné toute la nuit au-dessus de nous et des trombes d’eau nous ont trempés comme des rats d’égout. Dans la matinée du 31 nous parviennent quelques tirs sporadiques de mitrailleuses et de mortiers. Vers 14h, un tir d’artillerie partant de la Rosière et dirigé sur les positions qui nous dominent se déclenche et dure 10 bonnes minutes. Les copains doivent déguster s’ils ne sont pas à l’abri. Quelques minutes passent. Soudain, nous entendons des tirs de nos FM et des coups de fusils, puis des tirs de mitrailleuses et bientôt de mortiers. Nous sommes prêts à répondre à une attaque mais rien ne se produit à notre niveau. Peu avant 16h, nous voyons passer en courant des camarades qui semblent pris de panique. Ils sont dans un drôle d’état, à moitié déshabillés. Puis le Lieutenant DACHKOVITCH est arrivé vers nous et nous a donné l’ordre de nous replier car une forte attaque boche nous arrivait dessus au grand galop.»

La descente s’effectue dans des conditions très difficiles. La plupart des hommes se dirigent vers le pont situé entre Seez et Bourg St Maurice et qui enjambe le Versoyen. Mais ce pont est placé dans la ligne de mire de 2 mitrailleuses allemandes, ce qui rend sa traversée très délicate. Heureusement, un peu en aval se trouve un fortin tenu par les Français, et dans lequel plusieurs combattants pourront se réfugier. Maurice RAVIER refusera de traverser ce pont et passera 3 jours complets dans un buisson au bord du torrent.

Témoignage de Georges PERSONNAZ, de Cevins : « Parvenus à proximité du pont sur le Versoyen en crue, nous nous rendons compte que 2 mitrailleuses boches postées de chaque coté de la route et en amont, tiennent le pont sous un tir croisé. Tandis que du fortin situé à l’angle droit du pont et en aval, un FM tire sur ces mitrailleuses par les meurtrières, nous pensons que cela ne va pas être de la tarte pour passer le pont. Certains comme RAVIER Maurice renonceront et lui restera caché 3 jours dans un buisson d’épines sur le bord du torrent. Quant il en ressortit, il avait fort maigri. Pour ma part, j’ai traversé sans être touché et je me suis réfugié dans le fortin où étaient de nombreux camarades dont Félix PIVIER au FM et un lieutenant que je ne connaissais pas. Celui-ci me commanda bientôt de prendre la relève de Félix au FM car il était pris de crampes après un bain forcé. On m’a demandé de rester en poste pour la nuit et il y avait avec moi, entre autres, POINTET Joseph. Vers la tombée de la nuit, 3 obus tirés de par une batterie de la 1ère Armée arrivée ce même jour, atterriront sous le Belvédère, ce qui eut pour effet de faire se replier les 2 postes de mitrailleuses boches. Le lendemain matin, je suis rentré à Vulmix.»

Témoignage de Adrien BOCHET, d’Esserts-Blay : « Je n’ai plus vu marcel REY et j’ai repris ma descente toujours en courant mais à un rythme plus lent. Parvenu à proximité de la route nationale, j’ai entendu 2 mitrailleuses boches qui tiraient des rafales provenant de 2 talus de la route et dirigées dans la direction du pont sur le Versoyen. Avec des camarades, nous avons décidé de prendre la rive gauche du torrent et de passer sous le pont. Dans l’état où nous étions, nous n’avions plus à craindre l’eau boueuse. Nous sommes parvenus à l’Isère. De là, escaladant le talus, nous sommes passés sur le pont de la route départementale Bourg Landry et nous avons avancé jusqu’à Hauteville Gondon où nous fûmes bien accueillis. Le soir même, on m’évacuera sur l’hôpital de Brides les Bains. »

D’autres, dont Marcel REY, descendent directement sur le Versoyen.

Témoignage de Eugène MORARDET, de St Paul : « Nous avons atteint le Versoyen très grossi par les orages. Impossible de traverser dans ces gorges. Des gars ont trouvé une grande échelle dans une grange et la lancent en travers du torrent. Mais la manœuvre est risquée et la plupart des gens ne veulent pas s’engager sur cette échelle. Le « Mataf » (Jean LASSIAZ, de Rognaix), ayant attaché une corde de notre coté, s’avance sur l’échelle. Il n’a pas le temps de traverser, une vague le fait basculer. Il se rattrape à l’échelle puis ayant regardé sous lui le torrent et en aval, il se laisse tomber dans l’eau boueuse. On l’a cru perdu. Mais, plus bas, il avait repéré une grande gouille et il s’en sortira. Un sapin sera abattu et nous pourrons bientôt traverser et rentrer au Fort de Vulmix… »

La plupart des hommes rentrent à Vulmix. L’opération du Combottier est une tragédie, qui a coûté la vie à 4 jeunes Blaycherains. L’ambiance à Vulmix est plus que tendue. En dehors des questions de personnes qui ont été manifestement posées à l’époque, les interrogations sont nombreuses, sur la jeunesse des participants, non aguerris pour beaucoup d’entre eux (Marcel REY parle de « bleusailles », 3 des 4 morts du village ont moins de 20 ans), et sur la préparation de cette opération (aucun ravitaillement, pas de radio, même les habits étaient insuffisants).

Les corps de Marcel GUIGUESSON, Emile MERCIER, Marcel FONTAINE TRANCHANT et Maxime VALAZ ne seront ramenés à Esserts-Blay qu’en juillet 1945. Il faut dire que tout le secteur du Petit Saint Bernard, y compris le Combottier, comme toute la chaîne frontière, va rester une zone de combats intenses pendant tout l’automne 1944 et tout l’hiver 1944-1945, jusqu’au 30 avril 1945.

30.12.2008

la mappe sarde de 1730

C’est par les Lettres Patentes du 9 avril 1728 que le Roi de Piémont Sardaigne décida l’exécution du cadastre de Savoie. L’objectif principal de ce cadastre était de recenser avec précision les propriétés de chacun afin d’apprécier au mieux la capacité du duché à payer l’impôt, et en répartir la charge en fonction de critères objectifs basés sur la richesse potentielle des uns et des autres. L’exécution du cadastre fut placée sous la haute direction de l’Intendant Général du Duché, basé à Chambéry, qui nomma un surintendant du cadastre pour assurer la surveillance technique du chantier.

Sur le terrain, les travaux furent confiés à des délégués, qui dirigèrent eux-mêmes une ou plusieurs escouades de géomètres. Les postes de délégués ont été confiés à des hommes expérimentés, la plupart piémontais. Le délégué et son ou ses escouades (selon l’importance de la commune) étaient assistés, localement, d’indicateurs et d’estimateurs, dont la fonction était de donner tous renseignements nécessaires sur les noms des propriétaires et la qualité des terrains.

Dès qu’il arrivait dans une localité, le délégué publiait les ordres du Roi relatifs au cadastre et les expliquait aux habitants. Puis il invitait ces derniers à présenter des indicateurs et des estimateurs. Indicateurs et estimateurs prêtaient ensuite serment de loyauté. Puis les géomètres se mettaient au travail. Une fois la mappe terminée, le délégué la faisait afficher pendant 15 jours en l’accompagnant du registre des propriétaires et de leurs parcelles. Les intéressés étaient alors invités à faire part de leurs griefs et des erreurs à rectifier. Les géomètres étaient responsables pécuniairement de leurs travaux, ils faisaient donc très attention. De plus, les travaux étaient vérifiés et contrôlés plusieurs fois, par différentes instances de contrôle et de vérification.

Des travaux récents ont montré que l’échelle utilisée a été le 1/2400ème. Les unités de mesure sont les mesures du Piémont :

-          le pied = 3.167467 m2

-          la table =  12 pieds = 38.009599 m2

-          le journal = 100 tables = 3800.9599 m2

Les mesures faites sur le terrain ont ensuite été traduites en mesures de Savoie. Il fallut 10 ans pour, à quelques exceptions près (surtout dans le nord de la Haute Savoie), que les travaux soient terminés et validés. L’Edit qui mit en application les conclusions du cadastre pour la répartition de l’impôt, dit Edit de péréquation générale, a été signé le 15 septembre 1738. Il a fallu en gros 5 ans pour faire les plans, calculer les superficies et estimer le revenu des parcelles, et 5 ans pour examiner les requêtes des uns et des autres, notamment celles des classes privilégiées habituées à échapper à l’impôt.

Il a fallu ensuite faire vivre ce cadastre, qui est une photographie des propriétés à un instant précis. C’est le Conseil de la communauté et son Secrétaire qui sont chargés de conserver le cadastre, et surtout de consigner les mutations, à l’aide du Livre journalier et du Livre des transports.

On notera que les 2 communautés de Blay et St Thomas ont fait cadastre commun. L'intitulé de la mappe est d'ailleurs "territoire de St Thomas des Esserts", ce qui confirme que, au moins sur le plan temporel, St Thomas est le chef-lieu, et Blay n'est un quartier périphérique. Cet état de fait ne devait pas plaire aux habitants de Blay. Le 7 juin 1750, le Syndic et les Conseillers de Blay (le Syndic est Hipployte BOZON PERROUD, et les Conseillers Pierre REY GRANGE et Bernard PERONNIER) se réunissent chez le Secrétaire et demandant la séparation de Blay par rapport à St Thomas. Les arguments sont les suivants: les nombreux conflits entre Blay et St Thomas au sujet des communaux en montagne et des chemins, les désaccords au sujet de la milice quand le Seigneur Intendant exige sa levée, l'éloignement de Blay par rapport à St Thomas, et le fait que Blay est 2 fois plus étendu que St Thomas. Concernant la mappe, les communiers de Blay "s'offrent de faire refaire, à leurs frais, un autre cadastre, livre journalier et livre de transport, implorant à ces fins le Seigneur Intendant de la Province de Tarentaise pour obtenir de Sa Majesté la séparation d'avec St Thomas des Esserts, et former Blay pour une paroisse" (à l'époque, la distinction entre communauté et paroisse n'est pas vraiment faite).

Les principaux chemins et voies de communication:

Pour visualiser la mappe sarde, cliquez sur les liens ci-après:

Les chemins à Blay et à Saint Thomas en 1730.jpg

La chapelle et le_Maz de Blay en 1730.jpg

Les_Cours en 1730.jpg

La_Poyat et_La_Fouettaz en 1730.jpg

Le chemin principal relie St Paul à Grignon par les hameaux du Mas (où se situe la chapelle de Blay, à l'emplacement de l'actuelle église), des Cours, de la Bruyère, puis de la Combaz. En arrivant à St Thomas, il se divise en deux: le chemin du bas par la plaine de St Thomas, et le chemin du haut  par Chaniay (le Chenet), les Bochets, la Ramaz et l'Eglise de St Thomas. Les 2 chemins se rejoignent au Pontet, lieu-dit situé dans la plaine en dessous de l'Eglise. Du Pontet le chemin continue vers Grignon par la forêt de Rhonne.

Au Mas de Blay, un chemin monte dans la montagne par le village des Perroud, Courbacière, la Provence (aujourd'hui, on dit la Province), le Laquais d'en bas et la Traversette. De la Traversette, on peut ensuite aller, soit dans les hauts de St Paul par le Condu (aujourd'hui l'Econdu), soit au Darbelay, soit en direction de la Duit.

Aux Cours, un chemin part sur le droite, traverse le Chard, puis descend dans la plaine au bord de l'Isère. Un autre monte sur la gauche au dessus des Pierres.

Situé un peu au dessus de l'axe St Paul - Blay - St Thomas - Grignon, le village de la Poyat est un carrefour important. De ce village partent plusieurs chemins: un 1er permet de descendre sur le chemin principal St Paul - Grignon par le Noiray et Cloutrier; un 2ème continue vers le village des Mercier et la Fouettaz et monte ensuite, en suivant en gros la direction de l'actuelle route du Darbelay, vers la Tuile, Plan Fay, Latié, Fontaine Froide et la Traversette; enfin 2 chemins montent directement au dessus de la Poyat et permettent d'atteindre le Trembloz (les Trembles), d'où on peut rejoindre la Duit et la Traversette.

Signalons qu'entre la Poyat et la Fouettaz, à hauteur du village des Mercier et de la Frasse, au bord du ruisseau, ont été construits 2 moulins et 1 pressoir d'huile (voir plus loin); juste à coté un chemin permet de rejoindre la Combaz par Neiple et le Boulié.

A St Thomas, les hameaux paraissent moins bien reliés entre eux. Nous avons évoqué le chemin du bas (par la plaine) et le chemin du haut (par la naz, les Bochets, la Ramaz et l'Eglise). Un chemin arrive de Grignon au Fay et continue vers le Cey. Un autre passe au niveau de Champ Bernard, du Charanger, et de la Roche. Un autre relie La Ville et la Croix, mais ne pas pas connecté aux autres. Enfin, un chemin est noté tout en haut, dans les alpages, entre le Mont et Freidier.

Eléments concernant les activités économiques et artisanales de Blay et St Thomas:

Il existe à l’époque une scie (scierie), appartenant à Joseph GLAISSAT BLANC et son frère, située vers les Roches (parcelle n° 3954)

Il y a peut être un projet de création d’une autre scie, à la Resse, sur un terrain appartenant à Noble Philibert Du Verger (parcelle n° 638 : il est noté « terre, soit placeage d’une scie »)

Trois moulins sont en activité :

. Celui de Jean Avrillier à feu Pierre, et à ses neveux, situé au Cruet (parcelle n° 1632)

. Celui de Noble Joseph François Manuel (de Locatel), situé au village des Merciers (parcelle n° 2327)

. Celui de Hippolyte Mercier, situé à coté du précédent (parcelle n° 2319)

On trouve trace de deux ruines de moulin (« masure autrefois moulin »), appartenant toutes deux à Noble Christophe Du Verger, l’un au Gaday (parcelle n° 4380), l’autre à la Villaz (parcelle n° 5739).

Il existe aussi un pressoir d’huile, à la Frasse, appartenant à Félix Mercier et à ses frères (parcelle n° 2331)

Et une dizaine de fours, dont :

. Cinq appartiennent à la communauté de Blay, à Blay (parcelle n° 2), à la Poix (n° 988), à la Combe (n° 2205), à la Fouettaz (n° 2410), et vers les Mercier (n° 2421)

. Celui du Chariondet (parcelle n° 4942) appartient à Claude Paillardet (important propriétaire à St Thomas, domicilié à Tours)

. Celui de la Perrière appartient à Antoine Rosat Guchilliand (il est noté comme « four en commun », parcelle n° 908)

. Celui du Perchet (Parchet) appartient à Philippe Santiquet à feu Antoine, il est situé à coté de sa maison (parcelle n° 851)

. Celui de la Poyat dessus appartient à la famille Mercier ( Jean-François et son frère, Antoine à feu Louis et son frère) (parcelle n° 1305)

 Enfin il y en a un, ou il y en a eu un, à Charangière (le Chanranger), (en tous cas, il est noté « pâturage et place de four »),  sur un terrain appartenant à Humbert Giraud à feu Pierre (parcelle n° 5207)

Chapelles: En dehors de l'église de St Thomas et de la chapelle de Blay (qui deviendra église en 1803), deux chapelles sont notées dans la tabelle des propriétaires, toutes deux dans le hameau de la Combe:

- Une appartient à Jacques FILLION, Notaire Royal; elle est située un peu au dessus du hameau (parcelle n° 2192), au lieu-dit "Rebriez", jusque à coté d'une grange appartenant à Jean Guillaume ROSSAT

- L'autre est la possession de ce même Jean Guillaume ROSSAT; elle est à la sortie du hameau, juste en contre-bas du chemin de St Thomas (parcelle n° 2177).

Les "fonds communaux pour l'usage commun", c'est à dire les biens appartenant aux deux communautés de Blay et de St Thomas:

Ils couvrent 467.7 ha, soit 1/3 de la superficie totale de Blay et St Thomas. La communauté de St Thomas est bien moins riche (ou bien plus pauvre) que celle de Blay: les biens communaux couvrent une superficie de 359,5 ha à Blay et 108.2 ha à St Thomas, soit un rapport de 3 à 1. La communauté de Blay possède 5 fours, celle de St Thomas un seul.

A Blay, les biens communaux sont principalement en montagne, où se trouvent les pâturages et les forêts, au Darbelay (248.6 ha), et au dessus des Trembles (40.5 ha). Ces 2 sites représentent 80 % de la superficie des communaux de Blay. Il existe d'autres parcelles communes, notamment 3 parcelles de bois et brouissailles, contigues, de 50.8 ha au total, juste au dessus du hameau de la Thiournaz, et plusieurs autres au bord de l'Isère, sous le Château.

A St Thomas, les biens communaux sont plus disséminés: 46.6 ha de forêts au sommet du village, au dessus de Freydier, 4.4 ha de rocs et broussailles au dessus du Charanger, 3.2 ha de forêts vers le Fay, 3.6 ha vers le Chatelard, 13.5 ha dans la combe de Chez Loup et 7.8 ha au bord de l'Isère, sous l'église + une parcelle de 19 ha que je n'ai pas localisée (n° 6038), certainement en limite avec la forêt de Rhônne.

Eléments sur les patronymes:

Nous avons recensé 379 propriétaires différents : Les patronymes les plus fréquents sont :

Avrillier : 40 propriétaires, plus de 1 propriétaire sur 10

Glaissat Blanc : 23 propriétaires, auxquels ont peut rattacher 2 Glaissat, 4 Glaissat Merlan ou Mellan, 2 Glaissat Pantillon ; on peut noter que seuls 2 propriétaires se nomment Blanc tout court, et le dénommé Blanchet. Au total, cela fait 34 propriétaires, soit 9 % du nombre total

On notera donc que, en 1730, un propriétaire sur cinq s’appelle Avrillier ou Glaissat Blanc.

Les autres principaux patronymes:

Les Fontaine, Fontanna ou Fontainaz sont au nombre de 22, aux quels on peut ajouter un Fontaine Tranchant.

Les Ferlay (« Freley » sur le cadastre) sont au nombre de 19 ; il faut peut être leur rattacher les 5 Savoiand/Savoiend .

Les Ravier ou Ravier Garon sont 18.

Les Fillion-Peyoud (« Fillion-Pejoux ») sont 17, auxquels on peut ajouter 2 Fillion et 1 Fillion Bantin.

Les Rey, Rey-Grange et Rey-Valley sont 16, comme les Teillier et Teillier Cathelin.

Les Velaz ou Vellat sont 12, Les Rossat Gueilland sont 11.

Les Mercier ne sont que 10, comme les Voisin.

Ensuite, on trouve 9 Peronnier (« Peyronier »), 9 Girod, et 8 Tetaz, Testaz, Tetta ou Tettaz.

Concernant les autres patronymes, que l’on retrouve plus tard parmi les patronymes d’Esserts-Blay, on trouve : 3 Allemoz, 5 Bochet, 1 seul Bozon Perroud, seulement 2 Bozon Sauge, 2 Cavagnet, 4 Colombier, 1 Cretet, 3 Fay, 2 Gaudichon, 4 Gontier, 6 Lassiaz (+ 1 Lachat), 4 Monardet (Morardet), 3 Muttet, 5 Nachon, 3 Perinet, 3 Rochaix, 5 Roche, 3 Traversier, 4 Valloz et 3 Varcin.

Quatre familles nobles ont des propriétés à Blay ou à St Thomas: (il y a des incohérences avec l’armorial de Foras).

D’abord les deux branches de la famille seigneuriale locale, les du Verger.

Philibert du Verger, seigneur de Blay, possède un peu plus de 22 ha de terres, principalement à Blay, aux alentours de la maison forte (7.1 ha), et, dans la plaine bordant l’Isère, au Vernay (14.6 ha). A St Thomas, il ne possède qu’une parcelle de 0.5 ha, au lieu-dit « cher Loup ».

Comme nous l’avons vu, la maison forte de Blay est en ruine. Les du Verger n’y résident plus depuis  au moins l'incendie qui a ravagé le bâtiment en 1609. Une grange, de taille relativement importante, existe à proximité de la maison forte.

Son frère François, ecclésiastique, dispose de 0.4 ha de bois et de vignes, à coté de la maison forte.

Du coté des du Verger de St Thomas, seul Christophe, chanoine et doyen de Tarentaise depuis 1720 (selon Foras), qualifié sur la mappe de « seigneur de St Thomas », est noté comme possédant des biens sur le territoire : les deux anciens moulins déjà évoqués à St Thomas, un au Gaday, un à la Ville. C’est étrange car le véritable seigneur de St Thomas à cette époque est Charles Philibert, brillant militaire, qui va obtenir le titre de baron de St Thomas en 1739.

Deux autres nobles ont également des biens à Blay ou à St Thomas.

Joseph François Manuel (de Locatel) a également plusieurs propriétés à St Thomas et à Blay, pour un total de 11,8 ha. Il a également 4 ha de terres en indivision avec Jean-François Mercier et ses frères. Joseph François Manuel est un personnage très important. Il a son domicile principal au Château de Costaroche (Château Manuel de Locatel), sous Conflans. Sa fortune est considérable, et la surface totale de ses propriétés terriennes se monte à 350 hectares environ.

Enfin, Constantin de Bongain, de Pallud, possède 4600 m2 de pâturage (parcelle n° 2687) au Condu (l’Econdut). Les De Bongain sont une vieille famille savoyarde, que l'on retrouve à Chambéry, à St Gervais en Faucigny et à Pallud.

On notera également que Claude Paillardet, à feu Claude, de Tours est un important propriétaire, notamment à St Thomas : 8,6 ha en propre + 8,4 ha en indivision avec Guillaume Rochaix + 0.95 ha avec Guillaume Rochaix et Thomasse Rochaix + une parcelle de 3,2 ha aux Douves en indivision avec des Lassiaz, Vernier, Rochaix, Traversier et Roche.

10.11.2008

Les Sapeurs pompiers

medium_Sapeurs_Pompiers_EB_-_1883_-_blog_01.2.jpgL’incendie est, depuis toujours, un des risques les plus redoutés, à la fois en ville, et dans nos villages. Les 1ères mesures d’organisation contre le risque d’incendie datent de l’Ancien Régime. Les 1ères pompes, d’abord à mains, puis à bras, ont été mises au point dans les années 1650.

En France, le 1er texte relatif à la lutte contre l’incendie est la loi du 16-24 août 1790 (nous sommes alors en pleine Révolution, même si la Royauté n’est pas encore abolie), qui confie à l’autorité municipale « le soin de prévenir par des précautions convenables et celui de faire cesser par la distribution des secours nécessaires les accidents et fléaux calamiteux tels que les incendies … ».

Malgré la bonne volonté affichée, cette loi n’est pas suivie de mesures concrètes. En décembre 1804, le gouvernement fait part, par une circulaire aux Préfets, de son inquiétude face aux désastres causés par les incendies.

Après 1815, l’histoire des Sapeurs Pompiers se complique jusqu’en 1875. D’abord, la Savoie revient dans le giron du royaume de Piémont Sardaigne jusqu’en 1860. Ensuite, en France, la plupart des Corps de pompiers sont intégrés dans les différents Corps de la Garde Nationale, sorte de milice bourgeoise mise en place d’abord à Paris, puis un peu partout dans les 1ers mois de la révolution de 1789 pour maintenir l’ordre. Mais cette Garde Nationale, à la fois populaire et armée, fait peur au pouvoir, si bien que Napoléon III la cantonne dans des rôles subalternes. Son implication dans la Commune de Paris entraîne sa dissolution le 14 mars 1872.

Concernant Esserts-Blay, nous avons retrouvé aux Archives départementales un projet de règlement contre les incendies adopté à l'unanimité du conseil communal le 22 février 1837(le syndic est Thomas LASSIAZ). Les motivations sont claires: "Considérant qu'il n'est que trop prouvé par l'expérience que les fréquents incendies qui (nous) affligent, doivent particulièrement leur cause à l'insouciance des chefs de famille ..." Les préconisations ont pour but d'obliger les habitants à prendre des précautions en vue d'éviter ce fléau que constituent les incendies, avec amende à la clé en cas de non respect: obligation de faire ramoner les cheminées 4 fois par an, de les surélever de 4 pieds au dessus du toit si ce dernier est en chaume, 3 pieds s'il est en ardoises ou en dalles, pas d'entreposement de bois ou autres combustibles dans les galetas et galeries, et autour des maisons à moins de 15 pies de ces dernières, interdiction d'aller chercher du feu ou d'aller dans les granges, écuries, galetas, autrement qu'avec une lanterne bien fermée, ou d'y envoyer un enfant de moins de 10 ans. Il est interdit de tenir les lits dans les chambres à cheminée à moins de 8 pieds du foyer, et d'entourer les lits de meubles qui gênent le balayage, ainsi que d'entreposer du linge autour ou aux environs des lits. Il est désormais interdit de construire une nouvelle bâtisse à moins de 15 pieds d'une ancienne, sauf à prendre des précautions de construction contre le feu, ou d'installer un magasin à charbon à moins de 30 mètres des maisons, granges et autres habitations (il faut également attendre 3 jours francs après que la charbonnière aura été éteinte, avant d'y transporter des charbons). Il est également interdit de dériver les eaux de source et de ruisseau (et autres), ainsi que de faire des feux de joie à moins de 50 toises des bâtiments.

Pour faire respecter ce règlement, un membre du Conseil visitera le village 4 fois par an (début février, septembre, novembre et décembre). Il sera accompagné d'un maçon.

Quatre années plus tard, le du 12 mai 1841, la Commission Spéciale mise en place, au niveau de la commune, pour "écarter les dangers des incendies" rend son rapport. L'article 31 des Lettre Patentes du 11 août 1840 a rendu obligatoire la création de cette commission dans chaque commune. A Esserts-Blay, en 1841, elle est présidée par le Syndic, Bernard PERONNIER et comprend 3 autres membres, Joseph François BLANC, Charles BOCHET et Joseph Innocent PERONNIER. Ces 4 personnes ont visité, les 7 et 8 mai 1841, tous les édifices et maisons des 2 sections du village, puis, avoir avoir comparé leurs notes, ont dressé un recensement exhaustif de "toutes les maisons, fours et cheminées qui ont besoin de réparations". Il est ensuite précisé que "tous les autres édifices de même nature non compris au dépouillement qui suit, (n'exigent) pas actuellement ni prochainement des réparations".

Suivent 56 préconisations détaillées, hameau par hameau, habitation par habitation, édifice par édifice. La quasi totalité des préconisations concernent des cheminées à réparer (boucher les lézardes par exemple), à reconsruire, ou à rehausser. On peut noter qu'au hameau de Chaynay, à St Thomas, chez la veuve de Thomas FERLAY, il faut "enlever les fourrages autour de la cheminée". A la Fouettaz, chez Joseph MERCIER (de feu Joseph), il est impératif "d'interdire le feu à sa cheminée, ainsi qu'à ses consorts les héritiers de Claudine MERCIER". On apprend également que le four du village du Mas doit être détruit car il n'est pas à la distance requise par la loi des maisons de Pierre VELLAT et de Marie PERONNIER.

En 1860, la Savoie (re)devient française.

Plusieurs incendies causent de graves dégâts dans le village à la fin des années 1860 et au début des années 1870: le hameau du Mas est ravagé le 22 janvier 1868 (9 maisons incendiées), un autre incendie est signalé le 8 janvier 1869, le Charanger le 1er septembre 1870, St Thomas les 10 novembre et 10 décembre 1872. Suite à l'incendie du hameau du Mas, le Sous inspecteur des forêts d'Albertville souhaite conditionner l'autorisation à donner à la commune de fournir gratuitement le bois nécessaire à la reconstruction des maisons incendiées, à l'engagement à prendre par les propriétaires de couvrir leurs bâtiments d'ardoises (au lieu de la chaume) et de construire les pignons en maçonnerie. Le Conseil municipal du 10 mai 1868 précise que ceux qui ont les moyens ont effectivement acheté des ardoises, mais ajoute qu'il est impossible d'imposer cette condition à ceux qui n'en ont pas les moyens.

Début 1869, la commune décide d'aller plus loin dans la lutte sontre les incendies, et envisage l'acquisition de pompes, qui seront placés dans les quartiers les plus populeux et les plus exposés. Pour le moment, elle n'en a pas.

Le 25 juillet 1869, le Conseil municipal d'Esserts-Blayapprouve l'achat, à Mr FAUDRAIN, fabricant de pompes à incendie à Albertville, de "3 petites pompes à incendie munies de leurs accessoires et 60 paniers en toile", pour le prix total de 1 296 francs. La commune avait prévu un budget de 1 200 francs. Ne disposant pas de ressources complémentaires, elle sollicite une subvention de 96 francs du Département pour couvrir le déficit. La circulation de ces pompes à incendie dans le village nécessite que certains chemins soient élargis et améliorés (notamment à la Fouettaz). Des corvées sont prévues à cette attention (délibération du 7 février 1869, préalable à l'achat des pompes). Le 2 juillet 1871 est décidé l'aménagement d'un hangar, contigu à la mairie, pour abriter la pompe du chef-lieu (elle était jusqu'alors entreposé chez un particulier, aui a fait part de son souhait de récupérer son local). La pompe est déménagée l'été suivant (juillet 1872). Les 2 autres pompes sont installées à la Poyat et à St Thomas, où 2 hangars sont construits (Conseil municipal du 9 février 1873).

Le régime de Napoléon III s’écroule en 1870.

La grande loi sur les Sapeurs pompiers date du 29 décembre 1875. Elle créé un statut unique du pompier (il y avait jusqu’alors des pompiers municipaux et des gardes nationaux). Leur ministère de tutelle est le Ministère de l’Intérieur (le débat sur leur éventuel rattachement à l’armée est donc clos).

medium_Sapeurs_Pompiers_EB_-_1883_-_blog_02.jpgIl est probable qu’un Corps de Sapeurs pompiers existait à Esserts-Blay au milieu du XIXème (la commune acheté, comme on l'a vu, 3 pompes en 1869), mais je n’en ai pas encore trouvé la trace. Il a certainement subi les vicissitudes liées à la dissolution de la Garde Nationale (voir plus haut).

En tous cas, le 19 août 1883,est mis en place le Corps de Sapeurs pompiers d’Esserts-Blay, suite à la délibération du Conseil municipal du ( ?) 1883, et dans le cadre du Décret du 29 décembre 1875 (cité plus haut – c’est le Décret qui (ré)organise les Corps de Sapeurs pompiers en France).

Ce qui nous fait penser que quelque chose existait ou avait existé, c’est que le Capitaine désigné en août 1883, Julien RAVIER GARON, démissionne peu après car atteint par la limite d’âge (50 ans). Il est donc fort probable que Julien RAVIER GARON était ou avait été auparavant le patron des Sapeurs pompiers du village.

L’engagement dans le Corps des Sapeurs pompiers se fait pour 5 ans. La limite d’âge est alors de 50 ans. Le Corps est dirigé par un Capitaine, nommé par Décret du Président de la République.

Les 1ers Capitaines sont :

-          Julien RAVIER-GARON (1883 – 1883)

-          Désiré AVRILLIER pour 2 mandats : 1884 – 1889 et 1889 – 1894

-          Hippolyte RAVIER-GARON, fils de Julien, pour 2 mandats : 1895 – 1900 et 1900 – 1905

La Compagnie est composée de 2 sections principales :

-          Celle du Chef-lieu, commandée par un Sous-Lieutenant

-          Celle de St Thomas, commandée par un Lieutenant, qui est donc le n° 2 de la Compagnie

Le compte rendu du Conseil d’Administration du 1ernovembre 1897 nous apprend qu’il a 2 sous-sections qui dépendent du Chef-lieu, celle de la Fouettaz et celle de la Combaz.

Le 28 novembre 1895est approuvé, par la Préfecture de Chambéry, le Règlement de la Compagnie des Sapeurs pompiers d'Esserts-Blay. Il se compose de 65 articles (dont certains sont rayés) et est signé par le Maire de la commune, Mr BLANC, et le Capitaine Commandant de la Compagnie, Hippolyte RAVIER-GARON.

Pour lire le réglement de 1895, cliquez ici_-_Reglement_de_1895.doc 

La Compagnie se compose de 51 membres, et est commandée par un Capitaine, un Lieutenant (qui dirige la section de St Thomas) et un Sous-Lieutenant (qui dirige celle du Chef-lieu).

Elle compte 6 sergents (dont un sergent major et un sergent fourrier chargé de l’équipement), 8 caporaux, un tambour ou clairon (pour donner l’alerte), et 33 sapeurs pompiers.

La décision d’admettre un nouveau membre est prise par le Conseil d’Administration de la Compagnie, présidé par le Capitaine, et composé d’un sergent et de deux sapeurs élus par leurs pairs..

Pour prétendre être sapeur pompier, il faut avoir entre 21 et 50 ans et jouir d’une bonne moralité. L’article 3 précise qu’il convient de choisir principalement parmi ceux qui exercent dans les métiers du bâtiment (c’est une préoccupation constante au XIXème siècle).

Les officiers (Capitaine, Lieutenant, Sous-Lieutenant) sont nommés « par l’autorité compétente » (Décret du Président de la République à la fin du XIXème).

Les autres gradés sont nommés par le Capitaine, après avis des officiers et du Conseil d’Administration.

Les pompiers sont équipés par la commune : une blouse bleu foncé, une casquette ou képi en drap bleu et ceinturon. L’entretien de cet équipement est à la charge de la commune.

Les devoirs du sapeur pompier sont précisés à l’article 17 :

- prévenir et éteindre les incendies, à sauver les personnes et les objets que renferment les bâtiment incendiés ou menacés par l’incendie.

- maintenir l’ordre dans la commune, s’il est troublé par une cause quelconque.

- assister l’autorité municipale chaque fois qu’elle en aura besoin pour des cérémonies ou des services publics.

Cet article précise que le service est bénévole.

On constate que le maintien de l’ordre fait théoriquement partie des attributions des sapeurs pompiers. C’est un débat récurrent de l’époque. Il faudrait savoir si les pompiers d’Esserts-Blay ont réellement eu à intervenir en maintien de l’ordre. On notera que l’article 56, qui évoque la conduite à tenir si des malfaiteurs sont signalés dans le secteur, est explicitement rayé.

Plusieurs articles sont ensuite consacrés à la procédure à suivre en cas d’incendie, et à la discipline à respecter.

Les devoirs de chaque pompier sont ensuite détaillés selon son grade. L’article 32 précise les qualités dont doit faire preuve un sapeur pompier : abnégation, dévouement, ordre et courage.

La discipline fait l’objet de 12 articles (sanctions, amendes …).

Les derniers articles traitent des services à rendre (Fête nationale, services funèbres…) et des récompenses ; ce dernier point est important puisque le service est bénévole.

On notera enfin que tous les articles qui devraient traiter de la Caisse de secours mutuel sont rayés, ce qui signifie certainement que cette Caisse de secours n’a pas (encore) été mise en place à Esserts-Blay ; c’est aussi un débat de l’époque : le fonction étant bénévole et risquée, comment prendre en charge ou dédommager les sapeurs pompiers blessés dans le cadre de leurs missions, ou les familles de sapeurs pompiers décédés en mission.

La vie de la Cie des Sapeurs pompiers d'Esserts-Blay:

Les 1ers Capitaines: Julien RAVIER GARON (1883-1883) / Désiré AVRILLIER (1884-1894) / Hippolyte RAVIER GARON (1895-1905)

En 1885, le Sergent Jean-Marie RICHARD est nommé (par décret du Président de la République) Lieutenant (donc patron de la section de St Thomas); il remplace Marcellin LASSIAZ.

A l'automne 1894, l'équipe dirigeante de la Compagnie est composée de: Hippolyte RAVIER GARON Capitaine / Joseph TRAVERSIER Lieutenant (St Thomas) / Germain AVRILLIER Sous-Lieutenant (chef lieu). La section du chef-lieu compte alors 38 engagés (pas d'infos sur celle de St Thomas).

En 1900, la Compagnie compte 51 hommes, 34 au chef-lieu, 17 à St Thomas. Le Capitaine est Hippolyte RAVIER GARON, le Lieutenant (St Thomas) est François BOCHET, le Sous-lieutenant (chef-lieu) est Germain AVRILLIER. Le Sergent Major est Paul BLANC, le Sergent Fourrier est Hippolyte MERCIER, les 2 Sergents de la section du chef-lieu sont François VOISIN et Joseph AVRILLIER (à feu Claude). Le Clairon est François PERONNIER, le Tambour Jean Girod.

En juin 1903, Joseph GUEILLAND est nommé Sous-lieutenant (chef-lieu).

En 1905, Alexandre GONTHIER est nommé Capitaine (à la place d'Hippolyte RAVIER GARON); il l'est encore en 1914. Eugène FERLEY est nommé Lieutenant (St Thomas). Joseph GUEILLAND est confirmé comme Sous-lieutenant (chef-lieu); il l'est encore en 1914.

En 1909, Charles DALES est nommé Lieutenant (St Thomas), en remplacement de Eugène FERLEY.

En 1914, la Compagnie compte toujours 51 membres, 34 au chef lieu et 17 à St Thomas. Les officiers sont: Capitaine Alexandre GONTHIER / Lieutenant Charles DALES / Sous-lieutenant Joseph GUEILLAND. Au chef lieu, le Sergent Major est François VOISIN, le Sergent Fourrier Marcellin MERCIER, les deux autres Sergents sont Jean Marie MERCIER et Hippolyte BLANC. La section du chef lieu compte également 5 Caporaux et 23 Sapeurs pompiers. A St Thomas, on compte 2 Sergents (Alexis ROCHE et Désiré DALES), 2 Caporaux et 12 Sapeurs pompiers.

En 1920, nouveau Capitaine: Joseph DODET, et nouveau Sous-Lieutenant (chef lieu): Augsute ROSSAT GUEILLAND. Le lieutenant, patron de la section de St Thomas, est toujours Charles DALES. Ce dernier est remplacé en mai 1926 par François LASSIAZ (du Fay).

En 1933 est nommé un nouveau Capitaine: Joseph BOCHET. En 1935, Auguste ROSSAT GUEILLAND démissionne de son poste de Sous-lieutenant, et est remplacé par Joseph TEILLIER.

L'effectif de la Compagnie en 1941-1942 (52 membres):

Capitaine: Joseph BOCHET (depuis 1933).

Section du chef-lieu (34 membres y compris le Capitaine): Joseph TEILLIER est toujours Sous-lieutenant (depuis 1935). Les 4 Sergents sont: Claude LASSIAZ (Sergent Major), René AVRILLIER (Sergent Fourrier), Francis AVRILLIER et Joseph BATTENDIER. Il y a 3 caporaux et 23 Sapeurs pompiers. Le Clairon est Gaston PERONNIER, le Tambour Fernand MERCIER.

Section de St Thomas (18 membres): le Lieutenant est toujours François LASSIAZ (depuis 1926). Les Sergents sont François BOCHET et Alexis VERNIER.

Après la guerre, en février 1946, Claudius LASSIAZ est nommé Capitaine. François LASSIAZ est confirmé Lieutenant (St Thomas) en mars 1947, en même temps que Marcel BUSILLIET est nommé Sous-lieutenant (chef lieu).

Le 10 février 1952, l’AG de la Compagnie (Claude LASSIAZ est Capitaine) décide de mettre en place une commission spécialisée chargée d’assurer l’installation, la mise en marche et la surveillance de la moto-pompe.

Le 28 février 1954, Gilbert TRAVERSIER est élu Lieutenant, en remplacement de François LASSIAZ (vote à bulletin secret du Conseil d'Administration de la Compagnie).

En 1953, un Décret ministériel porte sur la diminution du nombre d'officiers dans les compagnies de sapeurs pompiers. Ce Décret est mis en application à Esserts-Blay à la fin de 1954 (réunion du 5 décembre 1954): sur proposition du Commandant du Bataillon des Sapeurs pompiers de la Savoie (le Cdt FORESTIER), Gilbert TRAVERSIER, proposé au poste de Lieutenant (il a été élu à ce poste le 28 février de cette même année) est nommé Adjudant Chef de la section de la section de St Thomas.

A compter de 1955, la section de St Thomas est désormais commandée par un Adjudant Chef, et non plus par un Lieutenant. Celle du chef-lieu est encore dirigée, pour encore 3 ans, par un Capitaine, Claudius LASSIAZ (qui dirige la Compagnie dans son ensemble) et par un Sous-lieutenant (Marcel BUSILLIET).

En 1958, le Capitaine (Claudius LASSIAZ) et le Sous lieutenant (Marcel BUSILLIET) démissionnent. La Compagnie est dès lors dirigée (jusqu'à fin 1969) par le Sous-lieutenant Robert DENCHE. Le poste de Capitaine est supprimé. Le 2ème dans la hiérarchie est l'Adjudant Chef Gilbert TRAVERSIER, patron de la section de St Thomas.

La section de St Thomas est évoquée jusqu'en 1964, mais plus après cette date. Elle compte alors 12 membres, celle du chef-lieu 19 (soit 31 membres pourla Compagnie).

L'effectif de la Compagnie baisse au fil des ans: 28 membres de 1965 à 1967, 27 en 1968, 21 en 1970, 22 en 1975 (moyenne d'âge: 44 ans), 18 en 1980, 17 en 1982, puis 12 en 1987.

Robert DENCHE reste en poste, comme Sous lieutenant de la Compagnie, jusqu'au 14 décembre 1969. Il est alors remplacé par Charles FERLAY. L'Adjudant Chef Gilbert TRAVERSIER (St Thomas) reste en fonction jusqu'à son décès en 1978, et n'est pas remplacé comme Adjudant Chef.

 

 

22.09.2008

Les Maires d'Esserts-Blay

Ce n’est qu’à partir de 1792 qu’on parle, en Savoie, de Maire et de Municipalité. Jusqu’alors, il était question de Syndic et de Communauté (villageoise ou urbaine). Les notions de Syndic puis de Maire, et de Communauté, Commune et Municipalité sont liées.

La notion de communauté villageoise s’est développée au moyen age, d’une double nécessité :

-          gérer de façon à la fois collective les biens communs, essentiellement les forets et les pâturages de montagne ; en Tarentaise, ces biens communs représentent 70 % de la surface du sol, ils sont une importance économique cruciale en montagne.

-          défendre les intérêts collectifs des habitants, obtenir de nouveaux droits,  face, d’abord face au seigneur local, puis face aux officiers comtaux puis ducaux.

Parallèlement s’est développée en ville la notion de communauté urbaine.

La communauté villageoise est composée de « communiers ». Ces communiers sont d’abord les copropriétaires indivis des biens communaux. Ils habitent la commune. En règle général, on est communier de père en fils. On peut aussi, plus rarement, le devenir après avoir été agréé et s’être acquitté du droit de communage. La communauté ne regroupe donc pas tous les chefs de famille du village, seuls en font partie les copropriétaires des biens communaux.

Au fil du temps, les communautés villageoises se sont organisées. Les décisions sont prises en Assemblée Générale, qui se réunit une à deux fois par an, soit à l’Eglise ou devant l’Eglise, soit sur la place du village. La présence de tous les communiers est quasiment obligatoire. Le Châtelain, (selon le cas, le seigneur lui-même, ou son représentant habitant le château local – au fil du temps, le châtelain est le représentant local du Duc de Savoie), est également présent. L’Assemblée Générale élit un ou plusieurs Syndics (c’est un poste difficile qui ne se refuse pas), selon l’importance de la commune, qui préparer les décisions à faire ratifier en AG et assure l’exécution des décisions prises par l’AG, et représente la commune vis à vis de l’extérieur.

Le Syndic est donc l’ancêtre du Maire.

Au XVIème siècle, le Duc Emmanuel Philibert réforme l’administration du Duché et fait de la communauté d’habitants l’unité fiscale de base. Le tache de Syndic devient un travail à temps plein. Il doit s’occuper  de percevoir les tailles, des affaires militaires, de gérer les biens communs, de faire entretenir les bâtiments publics, et aussi défendre les droits et privilèges de la commune face à l’extérieur, et notamment face aux autres communes voisines.

Les communes de Tarentaise sont en général relativement riches avec souvent des moulins, des pressoirs, des fours etc … qui sont utilisés par les communiers. Elles peuvent acenser (location longue durée) une partie des communaux. Tout cela permet de limiter la pression fiscale sur les communiers.

La fin du Moyen Age est marqué par le renforcement du pouvoir central, sous l’impulsion des Rois Victor Amédée II (1680- 1730) et Charles-Emmanuel III (1730 – 1773). En 1738, le Roi Charles-Emmanuel fait appliquer une importante Réforme municipale (Edit du 15 septembre 1738), qui se traduit par la mise en sommeil de l’AG des communiers. C’est la fin de la communauté héritée du Moyen Age. Avec cette réforme, la commune devient le rouage essentiel de l’administration , elle exécute les ordres de l’Intendant de la Province dont elle dépend (l’Intendant est nommé par le Roi).

Les pouvoirs de l'ancienne Assemblée Générale des communiers passent théoriquement à un Conseil de 3 à 7 membres, qui se recrutent par cooptation « parmi les plus aisés, plus capables, et plus en état de servir la Communauté ». Le Conseil est présidé par un Syndic, renouvelé chaque année.

Mais le vrai pouvoir est aux mains du Secrétaire, chargé des tâches administratives. Le Secrétaire est un Notaire, désigné par les Conseillers sous réserve de l’accord de l’Intendant de la Province, qui décerne les patentes. C’est lui le véritable homme orchestre, pratiquement seul intermédiaire entre la commune et le pouvoir quasi universel de l’Intendant. Ses principales missions : publier les édits, veiller au cadastre, établir le rôle de la taille et de l’impôt sur le sel, contrôler la gestion des biens collectifs et l’entretien des ponts et chemins.

En général, un Secrétaire administre plusieurs communes voisines, de 2 à 7, souvent 4 ou 5, ce qui est à la fois une source de revenus et aussi de notoriété qui permet de drainer vers son étude notariale quantité d’actes et contrats divers. L’Intendant de la Province (qui correspond en gros au Préfet actuel, avec des pouvoirs beaucoup plus importants), souvent peu au fait des affaires locales, ne contrôle pas vraiment les nominations de Secrétaires, et s’en remet à l’influence des dynasties notariales. Ces dynasties notariales accaparent les postes, et en arrivent souvent à considérer ces charges comme un bien transmissible. Il est rare qu’un Secrétaire soit désavoué ou révoqué par l’Intendant. Le pouvoir du Secrétaire est encore plus absolu s’il déteint en plus la charge de châtelain, donc le pouvoir de justice judiciaire. Et c’est souvent le cas. Ce cumul est même encouragé par les Intendants afin d’éviter des heurts  qui peuvent se produire si ces 2 charges sont exercés par des personnes en désaccord l’une avec l’autre.

Au cours de l’automne 1792, la Savoie devient le 84ème département français sous le nom de « Département du Mt Blanc ». Elle adopte les nouvelles lois et institutions françaises, issues de la Révolution de 1789. C’est à ce moment qu’apparaissent officiellement la municipalité (en lieu et place de la communauté), et le Maire (en lieu et place du Syndic).

Le Maire est désormais élu (et non plus nommé) au suffrage direct, pour 2 ans renouvelables, par les citoyens actifs de la commune, ceux acquittant une contribution au moins égale à 10 journées de travail.

Le rapprochement définitif de Blay et de St Thomas date du 27 décembre 1794 (jusqu'alors, Blay avait rattaché le plus souvent, mais pas tout le temps,à St Thomas. Mais Blay a aussi pu être, en 1793 et/ou en 1794, soit une commune autonome, soit liée à St Paul).

Les maires de la période 1792 - 1800:

- François LASSIAZ, Maire de St Thomas des Esserts suite aux élections du 24 mars 1793, renouvelé Maire de la commune de St Thomas et Blay après le rattachement de Blay à St Thomas du 27 décembre 1794

- Jacques FONTAINE, "Maire" de la "municipalité provisoire de Blay" entre mars 1793 et décembre 1794 (se reporter au chapitre 15 sur la période 1792 - 1815), puis Officier municipal de la nouvelle commune de St Thomas et Blay à partir de décembre 1794

- Joseph GIROD après l'élection du 18 janvier 1795, probablement jusqu'en 1800.

3e04a0c7309627941bc3ad6ca894eb35.jpgLa Constitution napoléonienne de l’an VIII (février 1800) marque un tournant et affirme clairement la principe de la centralisation du pouvoir. Les Maires ne sont plus élus, mais nommés, soit par le gouvernement pour les communes de plus de 5000 habitants, soit par le Préfet (lui-même nommé par le gouvernement) pour les communes de taille plus petite.

Les Maires d’Esserts-Blay de la période sont :

1800 - 1804: Joseph BOCHET (Secrétaire: Charles FONTAINE, de Conflans)

1804: Jean BLANC (à partir du 6 octobre 1804, suite au décès de Joseph BOCHET)

1808 - 1809 : Jean BLANC

1809 – 1813 : Joseph TRAVERSIER

1813 – 1815 : Martin REY

Suite aux défaites de Napoléon (1814, puis 1815), la Savoie revient dans le giron du Royaume de Piémont Sardaigne. Le Roi décide un retour pur et simple aux institutions d’avant 1792.

Sur le plan communal, le Roi Victor Emmanuel rétablit, dès le 26 octobre 1814, l’organisation administratives des communes qui existait avant 1792. On revient à l’Edit du 15 septembre 1738, complété par les Lettres Patentes du 6 juin 1775. L’Edit de 1738 prévoit que les chefs de famille « les plus forts en cadastre et plus apparents du lieu » nomment le syndic et 6 – 4 ou 2 conseillers selon l’importance de la commune.

Le Syndic est nommé pour 1 an. Comme avant 1792, le vrai homme fort, c’est le Secrétaire, obligatoirement Notaire, nommé par l’Intendant (le Conseil lui propose 3 noms) , et qui peut exercer ses fonctions sur 6 communes au maximum. On notera que Etienne François Isidore REYMOND, notaire royal, domicilié à Conflans, est resté secrétaire de notre commune pendant au moins une vingtaine d'année, depuis au moins 1821 jusqu'en 1839 au moins.

L’Edit royal du 31 décembre 1815 vise à rehausser la position du Syndic (par rapport au Secrétaire), et aussi à en faire un instrument du pouvoir. Le Syndic est désormais nommé pour 2 ans, soit par l'Intendant (dans les communes de moins de 3000 habitants), soit par le Roi (dans les communes plus importantes). Le Syndic peut voir sa fonction prolongée au-delà des  2 ans, mais uniquement sur décision du Roi.

Les Edits de février 1819 et surtout du 20 mars 1826 marquent l’affirmation du pouvoir central sur la vie des communes : le Conseil communal perd toute compétence en matière budgétaire, le budget étant désormais fait par le Ministère de l’Intérieur. En contrepartie, le syndic est nommé pour 3 ans.

Les syndics de la période:

- Nicolas GUEILLAND est Syndic de 1816 au début de 1821 (Secrétaire: Etienne François Isidore REYMOND, notaire royal)

- Joseph AVRILLIER, à feu Joseph, est nommé Syndic le le 30 janvier 1821, pour les années 1821 et 1822 (nomination par l'Intendant de la province, approuvé par le Ministre de l'Intérieur) (Secrétaire: toujours E.F.I. REYMOND). Il l'est jusqu'à fin 1824.

- Louis Martin FONTAINE TRANCHANT lui succède en 1825, pour 1825 et 1826 (Secrétaire: toujours E.F.I REYMOND)

- Jean Baptiste BOCHET, de St Thomas 1827 - 1828 - 1829 - 1830 (le Secrétaire est toujours le même)

- Joseph LASSIAZ est Syndic en 1831 et 1832 (toujours le même secrétaire)

- Thomas LASSIAZ est Syndic en 1833 - 1834 (il l'est encore fin janvier 1835). Le secrétaire reste Etienne REYMOND. Un secrétaire adjoint est installé en la personne de Joseph Marie Vincent REYMOND, géomètre à Conflans (délibération du conseil communal du 12 janvier 1834) - vérifier s'il est de la famille du secrétaire, Etienne REYMOND, puisque tous les deux sont de Conflans.

- Joseph AVRILLIER est syndic à partir de mars 1835 jusqu'en janvier 1837 (toujours le même secrétaire)

- Thomas LASSIAZ est Syndic à partir de février 1837 jusqu'à au moins avril 1839 (REYMOND toujours Secrétaire communal)

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1842 marque l’année de la grande réforme de l’administration communale. Les communes sont réparties en 3 classes selon leur nombre d’habitants :

-                     plus de 10 000 habitants

-                     de 3 000 à 10 000

-                     moins de 3 000 habitants.

Le Conseil se réunit au complet lors des réunions. Entre les réunions, un Conseil de créance, comportant 1/10ème des membres de Conseil, remplace le Conseil pour faire avancer les dossiers. Les habitants les plus imposés représentent obligatoirement les 3/5 des conseillers. Le reste des conseillers est pris parmi les professions dont on peut penser qu’elles permettent de vivre confortablement (maître d’école, pharmacien etc …). Enfin, les non propriétaires doivent représenter 1/20ème des conseillers.

Le Syndic est choisi par le Roi pour une durée de 5 ans, renouvelable. Les Vice Syndics sont nommés pour 1 an , par l’Intendant Général. Le Conseil communal vote le budget (donc les impôts communaux) et nomme les maîtres et maîtresses d’école, chapelains, médecins, chirurgiens, et sages-femmes.

Quelques infos sur les Syndics de cette période:

- Bernard PERONNIER est Syndic de 1840 à 1844 inclus (rapport sur les risques d'incendie)

- Thomas LASSIAZ est nommé Syndic pour les années 1846 - 1847 - 1848

- Martin REY, fils de Claude (qui sera de nouveau Maire de 1866 à 1871) est Syndic en 1849 - 1850 - 1851 - 1852 - 1853 - 1854

- Sébastien BLANC, fils de Jean, est syndic de 1855 à 1859

- Martin REY est syndic au début de 1860

En 1860, la Savoie est rattachée à la France de l’Empereur Napoléon III, et adopte rapidement les institutions françaises.

Sur le plan des institutions locales, la Constitution française en cours (elle date de 1852) est très autoritaire et centralisatrice. Les conseillers municipaux sont certes élus au suffrage universel. Mais les maires sont nommés par le pouvoir central (le Chef de l’Etat pour les villes de plus de 3000 habitants, le Préfet pour les autres), et peuvent être choisis en dehors du Conseil Municipal.

Dans les années 1860, un mouvement de décentralisation s’amorce lentement. Les lois de 1866 et 1867 permettent aux Conseils Municipaux de statuer définitivement sur un grand nombre d’affaires.

Les Maires d’Esserts-Blay de la période sont :

1861 – 1865 : Alexandre LASSIAZ

1865 – 1871 : Martin REY (petit fils de Martin REY, Maire entre 1813 et 1815), François BOCHET Adjoint spécial pour St Thomas.

5bf8ce3e72d358027779f8083d11456a.jpgA la chute de l’Empire, la loi du 14 avril 1871 rétablit provisoirement l’élection, dans les communes de moins de 20 000 habitants, du Maire par le Conseil Municipal (il reste nommé pour les villes de plus de 20 000 habitants). A l’époque, la question fait débat parmi les gouvernants : un Maire élu, c’est le risque qu’il échappe à la tutelle de l’Etat.

La grande loi municipale date du 28 mars 1884. Le Maire est définitivement élu par le Conseil Municipal. Dans les villes, il est la tête de liste aux élections.

La fonction de Maire prend du temps et n’est toujours pas indemnisée. Elle est donc plutôt réservé à des personnes, d’une part instruite, d’autre part riche et ayant du temps.

Ce n’est qu’en 1992, par la loi du 3 février, qu’un véritable statut de l’élu est mis en place, avec par exemple l’obligation faite aux employeurs d’accepter les absences répétées de leurs salariés ayant des fonctions municipales, et l’instauration d’un système de retraite et de sécurité sociale pour les Maires à plein temps.

Aujourd’hui, le Conseil Municipal est élu au suffrage universel pour une durée de 6 ans. Dans les communes de moins de 3500 habitants, les conseillers sont élus au scrutin majoritaire. Au 1er tour, la majorité absolue est nécessaire, ainsi que le quart des électeurs inscrits. Au second tour, la majorité relative suffit. Les suffrages sont comptés individuellement (et non au niveau de la liste). La panachage est possible. Dans les communes de moins de 2500 habitants comme Esserts-Blay, les candidatures uniques ou les listes incomplètes sont possibles.

Le Maire et les Adjoints sont ensuite élus par la majorité du Conseil Municipal.

Les principales attributions du Maire sont les suivantes :

-          Il préside le Conseil Municipal et exécute les décisions de ce dernier, administre les propriétés de la commune, en gère les revenus, propose un budget, …

-          Il est officier d’état civil, et, à ce titre, célèbre les mariages

-          Il a compétence pour gérer, par arretés municipaux, les questions de circulation, de stationnement, de baignade, naivigation …

-          Il est Officier de Police Judiciaire (ses Adjoints le sont aussi) et peut s’en servir pour assurer, dans sa commune, le bon ordre, la tranquilité, la sécurité et la salubrité publique

-          Il est responsable de la police municipale et des gardes champetres

Le Maire exerce ses pouvoirs sous un double contrôle :

-          celui du Préfet est prépondérant jusqu’à la Vème République

-          celui du Conseil Municipal le devient sous la Vème République

Les Maires d’Esserts-Blay sous les IIIème, IVème et Vème Républiques :

1871 - 1880 : Sébastien BLANC (Marie LASSIAZ, Adjoint spécial de St Thomas)

1880 – 1892 : Jean GIROD

1892 – 1900 : Jean BLANC (Marie François LASSIAZ, Adjoint spécial pour la section de St Thomas)

1900 – 1908 : Jean-Marie BLANC

1908 – 1920 : Hippolyte MERCIER

1920 – 1925 : Alexandre MERCIER

1925 – 1935 : Joseph VARCIN

1935 – 1944 : Daniel DODET

1944 – 1954: Pierre Elie LASSIAZ

1954 – 1959: René BATTENDIER

1959 – 1983 : Fernand PERONNIER

1983 – 1985 : Yvette COLLOMBIER

1985 – 1989 : Henri LANU

1989 – 1995 : Jean-Louis MOREAU

1995 – 2001 : Chantal MERCIER

Depuis 2001 : James DENCHE

10.12.2007

La Savoie française 1792 - 1815

La période française, 1792 – 11815, est à la fois riche en évènements, tous bien connus, et relativement pauvre en documents concernant Esserts-Blay. On notera que même la date de la création officielle de la commune d’Esserts-Blay n’est pas connue avec précision.

J’ai décidé de présenter d’abord les principaux évènements, nationaux ou régionaux, à connaître pour comprendre la période, et ensuite ce que j’ai pu recueillir sur Blay et St Thomas, ou Esserts-Blay (c'est le chapître suivant).

Les principaux évènements de la période révolutionnaire et napoléonienne :

Le 22 septembre 1792, au lendemain de l’abolition de la Royauté en France, le Général Montesquiou, chef de l’Armée française du Midi, pénètre dans le Duché, accompagné de la Légion Allobroge, ce qui donne à cette invasion une apparence de guerre de libération. Il ne rencontre absolument aucune résistance, les 12 000 soldats piémontais s’enfuyant en grand désordre.

Les 29 et 30 septembre 1792, les troupes françaises arrivent à Conflans, puis s’installent à Moutiers. Moutiers va devenir un lieu de casernement important, puisque, au fil du temps, 1000 hommes y logeront.

Pour les élites agissantes savoyardes, la cause est entendue : la Savoie doit s’unir à la France. Mais, en France, la Convention est réticente. La question de l’annexion de la Savoie fait débat. En tous cas, il ne faut pas que l’annexion de la Savoie par la France apparaisse comme une conquête. Il est donc impératif que les Savoyards demandent en masse leur union à la France. C’est dans ce contexte qu’est organisée la consultation des communautés.

En Tarentaise, les communautés sont consultées le 14 octobre 1792 : dans chaque commune, tous les hommes de plus de 21 ans éliront 1 député et 2 suppléants. Les élus sont convoqués le 21 octobre à Chambéry. La jeune Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité prend les choses en main et mène campagne pour l’annexion. Elle envoie 27 commissaires dans les Provinces pour organiser les élections. On ne retrouve d’ailleurs aucune trace d’un parti indépendantiste.

La Tarentaise compte alors 62 communautés et 36800 habitants. Les 3 bourgades les plus importantes sont Moutiers, St Martin de Belleville et Bourg St Maurice, qui comptent presque 2000 habitants chacune. Les nobles sont peu nombreux (23 en 1703). L’antagonisme entre les paysans et les notables, rentiers, propriétaires etc. … est beaucoup plus important que celui entre noble et non nobles. Les ruraux enrichis ont racheté des droits et servis aux nobles et les exploitent sans faiblesse.

Les communaux (surtout forets et pâturages) représentent 70 % des terres en Tarentaise et attisent les convoitises des nouveaux enrichis et donc les conflits avec les communautés villageoises. Néanmoins, la Tarentaise n'a pas connu de réels troubles prérévolutionnaires.

Le 10 octobre 1792, la commune de Moutiers délibère la 1ère et se prononce pour l’intégration à la France.

Les commissaires de la Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité convoquent les secrétaires des autres communautés et les chargent d’organiser la consultation dans cheque communauté. Ce sont les AG traditionnelles des communiers (qui ne se réunissaient plus depuis la réforme communale de 1738) qui vont se réunir en assemblées primaires (les non communiers, c’est non propriétaires dans la commune, qui représentent en moyenne 40 %sont donc exclus de la consultation, ainsi, bien entendu que les femmes). Ces AG sont convoquées de façon tout à fait traditionnelle : le Secrétaire (ou l’homme de loi commis si le secrétaire n’est pas venu à la convocation de Moutiers) réunit le Conseil, l’informe de la situation, lui lit les textes officiels. Puis le Conseil affiche les textes sur les portes de l’Eglise, et convoque l’AG des communiers. Le Secrétaire de la communauté dirige l’AG. Il lit le manifeste des commissaires, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui y est annexée, et le procès-verbal de la délibération de la Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité de Chambéry. Il invite ensuite les communiers à se prononcer sur le mode de gouvernement qu’ils souhaitent voir adopter, et à élire un député et 2 suppléants pour aller porter leurs veux à Chambéry le 21 octobre.

Le 21 octobre 1792, les 648 (ou 655 ?) députés se réunissent à Chambéry pour constituer l’Assemblée des Communes de Savoie, qui se proclame rapidement Assemblée Nationale Souveraine des Allobroges. Cette Assemblée prononce d’abord la déchéance du Roi et de sa postérité, l’abolition des privilèges, des droits féodaux, des dîmes et des gabelles, puis demande son rattachement à la France. Seules 3 communes se prononcent pour l’indépendance de la Savoie.

Le 27 novembre 1792, la Convention Nationale accepte, après réflexion, la réunion de la Savoie à la France (« la Savoie formera provisoirement un 84ème département, sous le nom de département du Mt Blanc »). Le département du Mt Blanc sera représenté par 10 députés. On notera d’ailleurs que la Savoie sera rattachée "définitivement" à la France par le Traité de Paris du 5 mai 1796, par lequel Victor Amédée III cède Nice et la Savoie à la France.

Le 14 décembre 1792, les 4 commissaires français chargés de l’administration du nouveau département du Mt Blanc arrivent en Savoie. Ils jouissent de pouvoirs quasi-illimités. Leurs 1ères décisions sont les suivantes :

Chambéry est le chef lieu du département (malgré l’âpre rivalité avec Annecy, à qui sera concédé, en contrepartie, l'Evéché du département)

La Savoie est divisée en 7 districts (proclamation du 29 janvier 1793) correspondant aux anciennes provinces : Chambéry – Annecy – Thonon – Carouge – Cluses – Moutiers – St Jean de Mne, 83 cantons (la notion de canton est nouvelle en Savoie), et 652 communes.

Le district de Moutiers, 49 315 habitants selon le dernier recensement de 1783, va de Conflans à la Haute Tarentaise et comprend aussi le Beaufortain. Les 10 chefs-lieux de canton sont : Moutiers – Conflans – Beaufort – Feissons sous Briançon – St Jean de Belleville – Bozel – Bellentre – Aime – Bourg St Maurice – Ste Foy. Les communautés deviennent des municipalités.

La question religieuse, pourtant sensible en Savoie, n’est pas abordée, du moins jusqu’au 8 février 1793. Durant l’automne 1792, les Savoyards se bercent d’illusions : la Savoie peut devenir française tout en bénéficiant, comme elle le souhaite, d’un statut particulier sur le plan religieux. Rappelons que les Savoyards ont été appelés à s’exprimer sur leur avenir (notamment le rattachement à la France) lors des Assemblées primaires d’octobre 1792, qui se sont tenues dans chaque commune. De nombreuses Assemblées ont émis une réserve importante : le maintien en l’état de la religion catholique (chose curieuse : aucune réserve de ce type dans les Assemblées de Tarentaise, de Maurienne, de Savoie et de carouge, signe probable qu’il y a eu trucage). En effet, les populations sont très attachées au catholicisme et au clergé séculier. L’autorité et le rayonnement des curés et vicaires de paroisse sont très importants. Mais ces réserves ont manifestement été cachées, à la fois pendant l’Assemblée Nationale des Allobroges et également quand les députés savoyards sont venus à Paris demander le rattachement à la France à la Convention. Donc la Convention a accepté le rattachement de la Savoie à la France sans que la question du particularisme religieux savoyard n’ait été évoquée officiellement.

D’autre part, jusqu’en janvier 1793, les révolutionnaires savoyards s’efforcent de rassurer le clergé et les campagnes : on ne touchera pas à la religion catholique.

Et enfin, le clergé savoyard reste étonnement passif devant les évènements de l’automne 1792. Pourtant, aucun prêtre savoyard ne peut ignorer ce qu’il s’est passé en France, surtout que les évêques et prêtres français réfractaires sont nombreux à s’être exilés temporairement en Savoie. L'Evêque de St Jean de Maurienne part pour Turin dès le 24 septembre. Mais l’Archevêque de Moutiers et l’Evêque de Chambéry restent en place et tentent de s’accommoder avec le nouveau pouvoir. L’Evêque de Chambéry prononce même un discours presque d’allégeance au nouveau pouvoir devant l’Assemblée des Allobroges. L’Archevêque de Moutiers, Mgr Joseph de Monfalcon du Cengle, est encore plus conciliant puisqu’il envoie une lettre (11 novembre 1792) à la Commission provisoire afin de montrer son parfait loyalisme. Une bonne partie du clergé, qui a pourtant pris de plein fouet le décret du 27 octobre sur les biens du Clergé, semble espérer que la Constitution civile du Clergé ne sera pas appliquée en Savoie.

Le 8 février 1793, les 4 Commissaires de la Convention signent une proclamation qui introduit dans le Département du Mont Blanc la Constitution civile du Clergé et l’obligation du serment (de "maintenir la liberté,  l’égalité et de mourir en les défendant")  des prêtres dans un délai de 8 jours (ces réformes ont été réalisées en France en 1790 et 1791). Les prêtres qui refusent le serment sont considérés comme démissionnaire et n’ont d’autre issue que l’exil ou la déportation (art 25 – 26 -27).

C’est la consternation et la fin des dernières illusions du clergé et des fidèles. Le mécontentement est énorme (alors qu’on peut penser que le décret du 8 février n’est que la suite logique des évènements de l’automne 1792). Quelque chose de profond s’est cassé entre la Révolution et les savoyards, surtout dans les campagnes.

Beaucoup de curés hésitent : prêter serment est un acte grave, mais s’exiler, c’est abandonner. Le concept de prêtre-citoyen plait à certains ; d’autres se disent que des opportunités vont se présenter en restant ; d’autres ont des contraintes personnelles qui les empêchent de partir. Plusieurs prêtres, parfois sur recommandation de leur supérieur, prêtent serment, mais avec des restrictions ; c’est en principe interdit, mais cela permet parfois de gagner du temps, voire même de piéger certains curés qui se retrouvent ainsi parmi les jureurs. Toujours est il que la protestation est énorme, dans les villes et dans les campagnes.

Cette protestation s’exprime lors des assemblées primaires du 11 février 1793, qui doivent choisir les électeurs qui éliront les 10 députés qui représenteront le Département à la Convention ; 7 des 10 députés élus ne sont pas soutenus par les commissaires. Les Commissaires de la Convention n’y voient que complot et manipulation, sans vouloir comprendre que la protestation touche vraiment au cœur des savoyards.

Même si c’est difficile de faire des statistiques, on estime entre ¼ et 1/3 des ecclésiastiques de Savoie jurent, avec ou sans restrictions. Si on compare avec les départements français voisins (il est vrai français depuis plus longtemps), la proportion de jureurs est faible ; elle se rapproche de celles des départements qui forment la France du refus (ex : Vendée). C’est à Chambéry et en Tarentaise qu’on jure le plus (60 % et même 70 % dans le clergé paroissial). Le diocèse d’Annecy est très majoritairement réfractaire (85 à 90 %), de même que la Maurienne.

En Tarentaise, contrairement à la Maurienne, la proportion de jureurs est importante, puisqu’on estime que 2/3 du clergé prête serment. En 1792 il y a 224 prêtres en exercice. 128 sur les 145 dont la trace a été retrouvée ont prêté serment, 57 des 66 curés et 33 vicaires sur 34. Sans doute de nombreux curés pensent ils que l’orage va passer ou que les Piémontais vont revenir; ainsi ne veulent ils pas abandonner leur paroisse. Il y a sans doute eu beaucoup de restrictions, au moins orales. Et l’attitude, perçue comme ambiguë, de l’Archevêque a certainement encourager des prêtres prêtent serment. D'autant le chanoine Jean Vincent Merme, qui a été professeur au Collège Royal pendant 42 ans, et a donc forme une centaine de prêtres, est favorable aux idées nouvelles ; on peut penser qu’il a entraîné de nombreux serments.

Face à la protestation, les Commissaires hésitent entre l’apaisement pour convaincre, et la répression. Ils se décident finalement pour la répression.

Le 1er mars 1793, l’Archevêque de Tarentaise émigre pour Turin. Il est l’un des derniers à partir, ayant cru pendant plusieurs mois qu’un arrangement avec le nouveau régime était possible. On notera que ce dernier donne avant de partir des instructions ambiguës : il exhorte les prêtres de son diocèse à refuser le serment, mais aussi à tenir ferme à leur poste tant qu’ils le pourraient.

Le 6 mars 1793 a lieu l’élection de l’Evêque du nouveau diocèse du Mt Blanc. François Thérèse PANISSET, curé de St Pierre d’Albigny, homme réputé droit et pieux, est élu avec 56% des suffrages exprimés, ce qui est correct, sans plus.

Les prêtres réfractaires s’exilent, le plus souvent à Turin ou dans le Piémont. Dans les régions massivement réfractaires (Genève et Maurienne), le refus de la messe faite par le clergé jureur (ou « intrus ») est immédiat.

Dans les régions « jureuses » (Chambéry, Belley et Tarentaise), les paroissiens, au moins dans les 1ères semaines, continuent à aller régulièrement à la messe. Mais, assez rapidement, la confiance n’est plus de mise. De plus, l’Eglise romaine donne l’ordre aux prêtes qui ont prêté serment de se rétracter faute de quoi leurs pouvoirs spirituels sont fortement diminués. C’est le cas de l’Archevêque de Moutiers, depuis son exil de Turin, le 28 avril 1793. Des prêtres se rétractent et doivent fuir ou se cacher.

Le service pastoral est en forte baisse, et deviendra inexistant à partir de l’arrivée du Représentant Albitte en février1794, qui, lui, veut déchristianiser complètement la Savoie.

Le 22 février 1793, la Convention décide la réquisition de 300 000 hommes. La Savoie se doit d’y participer. En principe, le principe du volontariat est conservé (c’est un honneur et un devoir de défendre la Patrie). Dans les faits, la désignation est imposée. Comme un peu partout en France, les réquisitions donnent des résultats assez corrects dans les villes, au moins dans les 1ers mois. Mais, dans les campagnes, on assiste à des mouvements de masse, soit de réfractaires (qui bénéficient du soutien de la population), soit de déserteurs (on s’en méfie un peu plus).

De juin 1793 à juillet 1794, c'est, en France, 1ère Terreur, avec le Comité de Salut Public, dirigé par Robespierre, chargé de faire triompher la Révolution à tout prix. En Savoie, cette terreur, réelle mais néanmoins moins violente que dans le reste de la France, est incarnée par Albitte, envoyé par la Convention comme Représentant dans le département du Mt Blanc du 28 février 1794 au 21août 1794. C’est un doctrinaire, pour qui la Raison est le véritable Etre suprême, mais qui ne va jusqu’à user de la guillotine. Pour lui, l’Eglise constitutionnelle est périmée, il faut déchristianiser complètement le département. Toute religion est pure invention, le seul culte qui compte, c’est celui de la raison.

Le Clergé constitutionnel se trouve décrédibilisé. Le culte catholique, même constitutionnel, cesse pratiquement. Albitte exige des prêtres un serment d’apostasie. Les prêtres (rappel : ceux qui restent encore ont prêté le serment Liberté – Egalité) fuient, ou sont emprisonnés, voire déportés. Les clochers des églises sont abattus, les églises sont dévastées. La messe est proscrite, la vie pastorale s’arrête brusquement.

Durant l’été 1793, les Sardes, aidées par l’Autriche, contre-attaquent, en Tarentaise, en Maurienne, et dans la vallée de l’Arve. Le Duc de Montferrat attaque la Tarentaise. Il est à Bourg St Maurice le 16 août, à Moutiers le 23, où il réinstalle l’Archevêque. Il pousse même jusqu’à La Roche - Cevins, où il installe son Quartier Général, mais ne va pas plus loin.

Dans un 1er temps, le Général français DUBOURG, à l’Hôpital, envisage de se replier. Le Général Kellerman lui ordonne de ne pas quitter Conflans sans avoir été attaqué, et vole à son secours.

Début septembre 1793, les 2 armées sont face à face à La Roche – Cevins : 17 000 Sardes contre 7 000 Français. Le 10 septembre, les Français passent à l’attaque, à la fois à Cevins et par les cols du Beaufortain (les Cormets) et de Maurienne (la Madeleine). Les Sardes se replient rapidement.

Le 2 octobre, le Général Kellerman entre à Moutiers. La Tarentaise est rapidement reprise par les Français, les Sardes se repliant sur les crêtes.

Le 27 juillet 1794 marque la chute de Robespierre. C’est la fin de la 1ère période de terreur. Un nouveau régime politique s’installe, le Directoire, qui va durer jusqu’à la prise du pouvoir de Napoléon (9 novembre 1799). La persécution religieuse reste forte jusqu’au début 1796. Ce régime s'appuie sur la Constitution du 22 août 1795 (5 fructidor an III). Elle est inspirée par le souci d’éviter le retour de la dictature, et est précédée d’une Déclaration des droits et des devoirs qui réaffirme avec force le droit de propriété. Le suffrage redevient censitaire, et l’âge de la majorité est relevé (« nous devons être gouvernés par les meilleurs »). Les pouvoirs (législatif et exécutif) sont très strictement séparés.

Les institutions locales (départements, cantons, communes - les districts sont remplacés par les cantons) restent étroitement subordonnées au pouvoir central. Le Directoire marque même un recul de la démocratie locale. En effet, seules les communes de plus de 5000 habitants conservent une organisation municipale propre. En Savoie, seule Chambéry est dans ce cas. Partout ailleurs, chaque commune élit un agent municipal, et la réunion des agents municipaux forme "l'administration municipale" de ce canton.

L’homme fort, c’est le Commissaire, nommé par le Directoire et chargé de surveiller l'application des lois. Il y en a un au niveau du département, et un au niveau de chaque administration communale de canton. Les agents municipaux sont théoriquement élus au suffrage censitaire. Mais le Directoire, par l’intermédiaire des commissaires qu’il nomme auprès des départements et des communes pour surveiller l’application des lois, peut destituer les agents municipaux, ce qu’il ne se prive pas de faire. Le fait que les villes et villages de moins de 5000 habitants ne soient plus administrés localement fait que le brigandage et l’insécurité augmentent dans les campagnes. La désertion est également très importante, surtout dans les campagnes. De plus l'administration n'arrive pas à résoudre les nombreux problèmes de ravitaillement qui se posent.

A partir d’août 1794,  les vicaires capitulaires des anciens diocèses de Savoie, la plupart exilés à Turin, décident d'envoyer dans nos régions des missionnaires en vue de (ré) animer la vie religieuse. Pour la Tarentaise, c’est  André de Maistre (frère de Joseph et Xavier) qui dirige, depuis Turin, l’opération. Ils sont 4 missionnaires à quitter Turin dans les derniers jours de novembre 1794 vers le Col de la Seigne, le Cormet de Roselend, le Beaufortain et la Basse tarentaise.

A leur tête, Antoine Martinet, 32 ans, originaire de Queige, ordonné prêtre en 1789, nommé ensuite vicaire à St Paul, puis appelé par l’Archevêque de Moutiers comme secrétaire particulier. En 1793, il refuse de prêter serment et accompagne l’Archevêque lorsque celui-ci quitte Moutiers en mars 1793. Après le décès de l’Archevêque en septembre 1793, il reste à Turin et devient secrétaire d’André De Maistre, qui était jusqu’en mars 1793 l’un des 3 vicaires généraux de l’Archevêché de Tarentaise.

Pendant 4 ans, les 4 missionnaires de Tarentaise vont vivre dans la clandestinité, changement de logement presque tous les jours, évitant les villes et sortant la nuit pour accomplir son ministère de prêtre. C’est une vie dangereuse et éprouvante, surtout pendant les périodes de chasse aux prêtres réfractaires. Sur 80 missionnaires envoyés en Savoie, 25 seront pris et envoyés à l’Ile de Ré ou à Rochefort. En avril 1795, 8 nouveaux missionnaires arrivent en Tarentaise par le Col de la Galise.

Le 25 octobre 1795, André  de Maistre divise l’archidiocèse en 9 missions, avec à la tête de chaque mission, un responsable et un adjoint, le tout étant chapeauté par André Martinet (jusqu’en juillet 1798) : Bourg St Maurice – Aime – St Marcel – Bozel – les Belleville – Moutiers et Aigueblanche – la Basse Tarentaise – Beaufortain – nord de la Combe de Savoie. La question de la position de chaque prêtre vis-à-vis des différents serments est très importante. Le 28 avril 1793, l’Archevêque avait interdit de prêche tous les ecclésiastiques qui avaient prêter le serment du 8 février 1793 et qui ne s’étaient pas rétractés publiquement dans les 10 jours ; il avait aussi défendu les fidèles d’avoir affaire à eux. André Martinet s’est occupé de faire rétracter publiquement ceux qui avaient prêté serment.

Le missionnaire reprend le rôle traditionnel des curés : les baptêmes, les mariages, la messe etc. … Mais il faut s’adapter à la clandestinité et au fait que, à partir de février 1794 jusqu’à début 1795, la vie pastorale a été quasiment anéantie (Albitte, puis les 1ers mois du Directoire).

Le baptême est le seul sacrement qui peut être administré par un laïc. Donc, entre 1792 et 1799, en l’absence de prêtres, les baptêmes administrés par des laïcs (ondoiement) seront très nombreux ; l’inscription sur un registre est obligatoire. Il y a aussi eu, en 1793 et jusqu’à l’arrivée d’Albitte en février 1794, des baptêmes célébrés par les prêtres assermentés (ou « intrus ») Le missionnaire prend en charge les baptêmes quand il le peut, sinon, il se contente de vérifier que l’ondoiement est régulier. En général, chaque nouveau né est ondoyé ou baptisé (si le missionnaire est dans les parages) dans les 3 jours qui suivent la naissance, en général le jour même. Si le missionnaire n’est pas là, le délai entre ondoiement et baptême peut être long, jusqu’à 1 an pendant la période de 1794 (Albitte, puis le temps que les missionnaires arrivent en Savoie).

Concernant le mariage, il faut obligatoirement un prêtre et 2 témoins. Le missionnaire, dès qu’il arrive dans un secteur, régularise (s’il les valide) les unions faites, soit devant un prêtre « intrus » (jureur), soit devant un magistrat civil (s’il est avéré qu’il était trop dangereux de recourir à un pasteur légitime), soit sans prêtre mais devant des témoins catholiques. Dès lors qu’il est sur un secteur, les mariages se font régulièrement, ce qui implique de nombreux déplacements, soit pour le missionnaire, soit pour les mariés (on regroupe les mariages). Les missionnaires visitent également les malades, la crainte de ne pas trouver de prêtre pour l’extrême onction aux agonisants étant très forte.

La messe est célébrée quand c’est la sécurité le permet, dans tout lieu décent les jours de semaine, à l’église le dimanche si elle est « réconciliée ». Après février 1793 et le départ massif des prêtres et vicaires, les fidèles, surtout là où les confréries marchaient bien, se sont mis à organiser eux-mêmes des « services religieux » qu’on peut appeler « culte laïque ». Il s’agit d’ersatz de messe, faites par les laïcs. Les missionnaires, une fois en place, se sont occupés d’y mettre bon ordre (il y avait eu quelques abus).

Dernier point important au cœur des préoccupations d’Antoine Martinet, l’enseignement, qui est un devoir indispensable. Cet enseignement doit être autant pratique que théorique. On y insiste sur la morale et la séparation entre le civil et le religieux. Les missionnaires doivent veiller aux petites écoles de leurs paroisses.

Sur le plan religieux, on peut diviser la période du Directoire en 3 temps:

1. De la mi 1794 au début  1796 : après une période de détente suite à la chute de Robespierre et, en Savoie, au départ d’Albitte, le début du Directoire est marqué la répression contre les réfractaires. En juillet 1795, 20 % des électeurs savoyards votent contre la Constitution proposée par le Directoire (dite du 22 août 1795), ce qui est un chiffre énorme, et fait dire que la Savoie est une 2ème Vendée.

2. De début 1796 à août 1797 : c’est l’accalmie religieuse. Les offices reprennent, beaucoup d’émigrés reviennent. En janvier 1796, l’Evêque constitutionnel PANISSET va même jusqu’à se rétracter (c’est la 1ère rétractation d’un Evêque constitutionnel). Cet acte démantèle l’Eglise constitutionnelle, qui laisse le champ libre aux missionnaires envoyés depuis Turin. Durant l’année 1796, la plupart des communes retrouvent un culte public. La liberté religieuse est même officiellement proclamée le 14 août 1797, à la grande joie de la population.

Le 15 mai 1796,  suite à la victoire des troupes du Général Napoléon sur celles de Victor Amédée III la Savoie est officiellement cédée par le Piémont à la France. Le Traité prévoit l’expulsion par le Piémont des émigrés français. La vente des biens nationaux commence dès juin 1796.Elle profite très largement aux bourgeois et aux notables des villes et dégradent les relations entre les campagnes et les villes.

3. Après le coup d’Etat du 17 fructidor 1797 (17 septembre) et jusqu’à fin 1799, les lois de persécution religieuse sont rétablies. C’est la 2ème Terreur. Les prêtres qui n’ont pas prêté le nouveau serment doivent quitter le territoire ou sont déportés Mais, cette fois ci, les escarmouches, les mouvements de protestation, et les émeutes se multiplient et sont beaucoup plus vives que pendant la 1ère Terreur. Les années 1798  et 1799 sont très difficiles. 

En mai 1798, Genève est annexée par la France et devient, en août, le chef lieu du département du Léman, qui ampute le département du Mont Blanc du tiers de superficie (Thonon, Bonneville, Carouge). Le Faucigny, avec le massif du Mt Blanc, rejoint le nouveau département du Léman en février 1800.

Le 9 novembre 1799, Bonaparte prend le pouvoir (Coup d’Etat du 18 brumaire).

La loi du 17 février 1800 (28 pluviôse an VIII) réorganise l’administration locale, dans un sens ultra centralisateur. Elle recréé les anciens districts (ex-provinces de l'Ancien Régime) au travers des arrondissements (4 pour le département de Mt Blanc: Annecy, Chambéry, Moutiers et St Jean De Maurienne) et 3 pour le département du Léman créé suite à l'annexion de Genève en 1798) Le Préfet, nommé et révoqué par le gouvernement (c'est-à-dire Napoléon), administre, seul, le département. Il est aidé par le Conseil de Préfecture (contentieux) et par le Conseil Général (budget – impôts) Le Sous préfet est lui aussi nommé par le gouvernement,  il administre l’arrondissement (qui succède au District). Il est aidé d’un Conseil, qui propose et répartit les impôts entre les communes.

Les Maires des communes de plus de 5000 habitants sont nommés par le gouvernement, ceux de celles de 5000 habitants par le Préfet. Il est probable que seule Chambéry comptait alors plus de 5000 habitants. Un arrêté du 8 décembre 1801 diminue sensiblement le nombre de cantons. L'arrondissement de Moutiers n'en compte plus que 5: Bourg St Maurice, Beaufort, Conflans, Moutiers Sud et Moutiers Nord.

Sur le plan religieux, Napoléon négocie avec la Papauté (les relations entre le régime précédent, le Directoire, et la Papauté étaient exécrables) le Concordat du 15 juillet 1801: la Constitution civile du Clergé est abolie, la vente des biens d'Eglise est entérinée. La Papauté reconnaît la République, et l'Etat assure le libre exercice de la religion catholique et rémunère ses serviteurs. La France est alors divisée en 60 évêchés et 10 archevêchés. La religion catholique n'est plus, depuis 1789, religion d'Etat, mais elle est reconnue comme celle de "la grande majorité des Français. Les Evêques sont nommés par le Chef de l'Etat, à qui ils prêtent serment, et institués canoniquement par le Pape. Ils ont des pouvoirs étendus et nomment les curés. Le concordat de 1801 ramène la paix religieuse.

La Noblesse se rallie en masse au régime (devenu Empire le 18 mai 1804) en se lançant dans les affaires, en entrant en masse dans la magistrature et dans la Grande Armée, et en jouant un rôle de plus en plus important dans les affaires politiques locales et départementales.

Le 18 mai 1804, Bonaparte se fait sacrer Empereur

10.10.2007

Faits divers du XIXème siècle

Le Maire prend des mesures contre une épizootie (automne 1814).

A l’automne 1814, une épizootie sévit en Savoie. Manifestement, le Maire de la commune, Mr REY, s’est fait remonter les bretelles par l’Intendant (le Préfet) pour n’avoir pris les mesures de protection nécessaires. Il lui répond le 20 octobre 2007 :

« Monsieur,

Comme vous le savez que cette commune n’a qu’un seul bateau de communication sur l’Isère. Sitôt que j’eus reçu les ordres de la commission subsidiaire de Moutiers concernant les précautions à prendre pour empêcher que l’épizootie ne se propageât, j’ordonnais au batelier de ne passer, sur son bateau, aucun bétail étranger à la commune, et craignant quelques négligences de la part de ce dernier, j’y fis placer des gardes qui y restent jour et nuit. Pour quant au passage de St Thomas, je ne croyais pas nécessaire de le faire garder, vu que je croyais qu’il serait défendu par la commune de Conflans. Mais par précaution, je viens d’ordonner à mon adjoint qui habite à St Thomas d’y placer des gardes. Et je vais charger chaque membre du Conseil de surveiller son quartier à ce qu’aucun (pour qu’aucun) pauvre mendiant ou autre étranger ne soit logé dans les écuries des vaches, de même que tout mulet ou cheval étranger, et me rende compte exact de l’état du bétail qui se trouve dans ses environs.

En vérité, Monsieur, il n’est entré dans cette commune, depuis les ordres de la commission, aucun bétail étranger.

Je présume que les reproches que me fait Monsieur l’Intendant Général par sa lettre du 18 courant, sont occasionnés par quelques rapports de Mr le Juge de Paix qui, passant dans cette commune lundi dernier, où il vit proche du bateau, un petit troupeau de moutons. Et sans doute il en aura été scandalisé. Moi-même suis allé en prendre des informations, et j’appris que ces moutons appartenaient  à Joseph François BLANC et Guillaume BLANC de la Poyat de Blay, qui étaient partis pour les mener à la foire de l’Hôpital (Albertville). Et quand ils furent à la grande route, ils apprirent qu’il était défendu de n’y mener aucun bétail, les ramenèrent dans une écurie  qui leur appartient, proche du bateau.

Il y a eu dans cette commune un particulier qui a eu 2 vaches malades pendant 8 jours, puis elles ont périt. Je les ai fait enterrer sans les écorcher. Ce qui nous (cela nous) effrayât beaucoup, mais, curieusement, ça ne s’est pas manifesté, et nous n’avons eu aucune autre bête malade dans la commune.

Je vous prie d’assurer (je vous assure), Monsieur l’Intendant Général, que je prendrai tous les soins possibles pour empêcher la propagation de cette cruelle maladie, et que, si malgré mes précautions, elle venait malheureusement à se manifester, j’en instruirai de suite.

Je vous renvois la lettre de Mr l’Intendant Général. Je ne peux pas, dans ce moment, vous renvoyer les ordonnances de Mr le Gouverneur qui ont déjà été effectuées. Je les ai communiquées à l’adjoint. Je vous les ferai passer à la première occasion. J’ai l’honneur de vous saluer. REY, maire. Blay le 20 8bre 1814. »

Cette lettre nous donne quelques informations sur la commune d'Esserts-Blay. D'abord, comme elle est rédigée, on sent que le chef-lieu est déjà à Blay, St Thomas étant devenu un quartier périphérique. C'était l'inverse lorsque la commune a été créée une quinzaine d'années auparavant (voir chapître sur le sujet). Ensuite, il n'y a bien sur pas encore de pont pour traverser l'Isère à Esserts-Blay. Pour cela, on prend un bateau (aujourd'hui, on emploierait le mot "bac"). 2 bacs  fonctionnent pour Esserts-Blay: un coté Blay, qui est tenu par des gens de la commune (puisque le Maire donne des ordres au batelier), l'autre coté St Thomas, qui paraît tenu par des bateliers de Conflans (ou de Tours ?) (puisque le Maire ne s'en préoccupe pas dans un 1er temps).

La rumeur autour de l'assassinat, en 1838, de Jacques MUGNIER, syndic (maire) de Feissons.

Les faits: Jacques MUGNIER, syndic de Feissons sous Briançon (Feissons sur Isère) et libre-penseur, est assassiné dans sa maison le 28 août 1838, entre 8h30 et 8h45 du soir. Jacques MUGNIER ayant une solide réputation de coureur de jupons, on pense d'abord à la vengeance d'un mari jaloux. Mais l'enquête n'aboutit à rien, et l'affaire est classée.

La rumeur prend forme dans les mois qui suivent: Jacques MUGNIER aurait été assassiné par ... les curés Urbain REVET (Cevins), Jacques-Marie ALBRIET (Feissons) et Blay (Jacques Chenal), qui auraient agit par haine vis à vis d'un libre-penseur qui serait devenu maître-chanteur à leur égard: une fille du pays aurait été séduite par un prêtre. Jacques MUGNIER aurait eu une lettre d'elle désignant le "coupable". Jacques MUGNIER aurait convoqué le "coupable", et lui aurait promis le secret absolu à condition qu'il fasse "un peu de bien" dans les 10 jours. Et au terme des 10 jours, le prêtre séducteur serait revenu chez MUGNIER, avec ses 2 acolytes, pour reprendre la lettre en assassinant ce dernier.

A l'appui de la rumeur, les "preuves" suivantes: des témoins ont vu ce soir là, 3 hommes en longues redingotes noires, conduits par la servante de Jacques MUGNIER, rentrer dans la maison de ce dernier, puis s'enfuir par le pont de Feissons en jetant leurs déguisements dans l'Isère. Et d'ailleurs, les prêtres auraient eu des remords, puisque le sanctuaire de Notre Dame des Neiges, situé sur le verrou glaciaire de la Roche de Cevins aurait, selon la rumeur, été érigé comme monument expiatoire par l'abbé REVET. Expiatoire de quoi ? Bien sur de l'assassinat en question. Et conclusion: ceux qui ont fait élever ce sanctuaire sont les assassins.

Historiquement, la thèse du monument expiatoire ne tient pas puisque le sanctuaire de Notre Dame des Neiges a été béni et inauguré par Mgr Marcelin TURINAZ le 15 août 1838, soit 13 jours avant le meurtre en question (les travaux avaient démarré plus de 2 ans avant, en mars 1836). Et il semble bien que Jacques MUGNIER, certes libre-penseur mais d'abord syndic de la commune voisine, ait assisté à cette inauguration.

Malgré cela, la rumeur enfle, et les 3 prêtres décident, le 3 novembre 1840, de porter l'affaire devant le Sénat de Savoie, la plus haute juridiction de l'Etat, qui les disculpe clairement(ainsi que la servante) par un arrêt du 9 juillet 1851. Le 28 août 1838, Jacques CHENAL, le curé de Blay avait organisé une conférence à la cure de Blay. De nombreux ecclésiastiques s'y sont rendus, dont ses confrères de Cevins et de Feissons. En fin d'après midi, les ecclésiastiques sont rentrés chez eux. Jacques CHENAL a proposé à l'un deux de rester pour la nuit. Ce dernier a confirmé être resté avec Jacques CHENAL jusqu'à son coucher vers 9 ou 10 heures. La servante du curé Chenal a confirmé leur avoir servi le souper vers 8 heures du soir. Jacques CHENAL ne pouvait donc pas être à Feissons entre 8h30 et 8h45. Le curé ALBRIET (Feissons) a quitté la cure de Blay vers 6 heures du soir. Il est passé à la cure de La Roche-Cevins, où il attendu un moment son confrère Urbain REVET. Ne le voyant pas arriver, il a continué son chemin en direction de Feissons, et a été vu par plusieurs personnes de Cevins. Un témoins a affirmé s'être rendu au presbytère entre 8h et 8h30 pour demander du beurre frais à la servante du curé, et avoir vu alors le curé ALBRIET, seul. Ce dernier n'est sorti de sa cure que pour se rendre à la maison MUGNIER toute proche après avoir été alerté par les témoins qui ont entendu les cris de mme MUGNIER suite à l'assassinat de son mari. Quant au révérend REVET (La Roche-Cevins), c'est sur lui que la rumeur a fait peser le plus de soupçons. En effet, le soir du 28 août, il était invité à souper chez un de ses paroissiens. Et il n'arriva qu'au milieu du repas, avec, en plus, un peu de sang sur la main qu'il essuie avec un mouchoir ou une serviette. L'enquête n'a pas permis de savoir où était précisément le curé REVET entre 8h30 et 8h45, mais elle a permis de vérifier qu'il lui a été matériellement impossible de participer au meurtre et de venir ensuite souper chez son paroissiens.

La rumeur va néanmoins se transmettre de génération en génération. L'histoire du sanctuaire - monument expiatoire  est évoquée un peu imprudemment dans "les Oeuvres du Docteur Trésal" en 1883. En décembre 1891, la rumeur fait l'objet d'une polémique entre le "Journal d'Albertville" et le journal "le Défenseur". La polémique reprend au début du XXème siècle, au moment de la crise entre l'Eglise et l'Etat. Les journaux anticléricaux remettent le couvert en relançant la rumeur des curés assassins, ce qui leur vaut les foudres de la presse conservatrice.  Le journal anticlérical "L'Avenir des Alpes" dégaine en mars et avril 1908. "L'Echo de la Tarentaise" lui répond en publiant un feuilleton sur "le crime de Feissons" d'avril à août 1908. L'affaire reprend en 1911 un livre qui reprend la rumeur, "Choses de Savoie vers 1860" écrit par Charles Montmayeur, et une joute journalistique entre le journal anticlérical "le Radical des Alpes" et le journal conservateur "la Tarentaise".

En 1987 est publié "Mémorandum sur l'affaire MUGNIER" (Jacques GARIERI), qui amène Marius HUDRY et Lucien CHAVOUTIER à faire un rappel historique très clair dans le journal "La Savoie" du 6 février 1987 sous le titre: "l'air de la calomnie".

 Les mésaventures parisiennes de Valentin TRAVERSIER (1852)

Valentin TRAVERSIER est né vers 1825, fils de Joseph Sébastien et de Thomasse MANSORT. Sur le recensement d'Esserts-Blay de 1848, il est noté comme "ouvrier à Paris", donc émigré dans la capitale française.

Durant l’automne 1852, à Paris, il est surpris en train de « couper une petite branche de lilas ». Il est alors expulsé de France ( !) et se retrouve en prison à Chambéry ( !!). Rappelons qu’à l’époque, la Savoie fait partie du Royaume de Piémont Sardaigne.

Le 20 novembre 1852, l’Intendant Général de Chambéry (équivalent de notre Préfet actuel avec des pouvoirs encore plus importants) – Division de Sûreté Publique - écrit à l’Intendant d’Albertville (équivalent de notre Sous Préfet) : « Le nommé TRAVERSIER Valentin (de) feu Sébastien, âgé de 25 ans, natif des Esserts-Blaix, venant d’être expulsé de France pour avoir coupé une petite branche de lilas hors Paris, et étant détenu dans les prisons de cette ville (Chambéry), je vous prie de recueillir tous les renseignements possibles sur les antécédents du susnommé, et de me les faire parvenir au plutôt possible ; je désirerais spécialement savoir s’il n’a ou n’aurait (pas) été sous le poids de quelques poursuites judiciaires » .

On peut penser que l’Intendant d’Albertville s’est ensuite retourné vers le Syndic (Maire) d’Esserts-Blay pour avoir les renseignements demandés.

Le Syndic (Martin REY) et le Conseil délégué (Conseil Municipal restreint composé de Sébastien BLANC et de François TRAVERSIER) de la commune des Esserts et Blay certifient, le 29 novembre 1852, qu’aucune plainte n’a jamais été instruite ni contre la famille de Sébastien TRAVERSIER, ni contre son fils Valentin.

Le 4 décembre 1852, sans doute rassuré par la réponse, le Premier Conseiller de l’Intendant Général, certainement en charge de la Sûreté Publique, établit l’attestation suivante, qui permet à Valentin de rentrer à Esserts-Blay : « Le nommé TRAVERSIER Valentin, feu Sébastien, âgé de 30 ans, garçon de peine, de la commune d’Esserts Blais, expulsé de France comme étant dangereux à la sûreté publique, et se trouvant sans moyens d’existence pour se rapatrier, vient d’être muni par ce Bureau (celui de la Division de Sûreté Publique de l’Intendance Générale de Chambéry) d’une feuille de route avec indemnité pour se rendre à Esserts Blais avec obligation de se présenter par-devant l’autorité locale, dans le terme de trois jours » (documents communiqués par Gilbert MAISTRE)    

20.08.2007

Lettres de la guerre 14-18 (2)

2ème partie: 1917 - 1918

Au début de 1917, le 70ème BCA est un peu plus au sud, dans la région de Vesoul (Magny en Haute-Saône), et Dannemarie en Haute-Alsace (entre Mulhouse et Belfort)

Carte du 16 février 1917, sur une photo du 70ème BCA – 9èmeCie – 5 et 6ème escouades: " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Pour l’instant, ça va pas mal. Je suis toujours au repos, toujours en attendant d’aller vous voir pour quelques jours, en attendant le jour de la délivrance. Je vous envoie cette carte, c’est le photographe de la Division qui est venu pour prendre des photos. C’est ma demi-section. Moi je suis pas bien pris, le béret va pas. Enfin c’est rien ça. Mes bien chers parents, vous tous, j’espère de tout cœur que vous serez tous en bonne santé. Je vous en dis pas davantage pour aujourd'hui que de bien vous conserver. Moi je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur à toute la famille. Ravier Léon.

Carte du 3 mars 1917, de Magny en Haute Saône (Léon précise sur le recto qu'il est "dans le pays"): Mes bien chers parents, deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Pour l'instant, ça va pas mal. Aujourd'hui, nous avons repos, mais, demain, je crois qu'on va repartir, direction inconnue. Enfin, j'ai toujours bon espoir de vous revoir bientôt pour toujours. Mes bien chers parents, vous tous j'espère de tout coeur que vous serez tous en bonne santé et que vous ferez toujours un peu de commerce en attendant de pouvoir vous récompenser avec mon frère Philippe, car pour l'instant, on fait que se donner de l'ennui et rien pouvoir faire. Je vous en dis pas davantage pour aujourd'hui que bien vous conserver. Moi je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du coeur. Ravier Léon."

Carte du 7 mars 1917, de Dannemarie, en Haute Alsace: " Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Pour l’instant, ça va pas mal. Hier au soir, j’ai été travaillé, mais il fait un temps pitoyable. Nous allons travaillé à 300 mètres des lignes faire des … Ce soir, j’y vais encore. J’espère de tout cœur que ça se passera comme d’habitude. Vous tous, j’espère de tout cœur que vous serez en bonne santé pour la permission. Je suis encore le vingt cinquième à partir si les permissions sont pas suspendues. J’espère de partir vers le 25 mars, et de pouvoir me trouver avec mon frère Philippe, (et) qu’on pourra se revoir tous ensemble à la maison en attendant le jour de la délivrance …… horrible fléau. Je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur. Bien le bonjour aux oncles, tantes, et amis. Et vous me direz qui c’est qui vous a dit de me donner le bonjour."

Le 70ème BCA est désormais en région parisienne.

Carte du 15 mai 1917, achetée à Paris: " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je suis en bonne santé. J’espère que vous aurez reçu ma lettre. Pour la permission, j’ai rien. Ca s’est bien passé. Je suis arrivé le soir à Lyon à une heure. Je suis reparti à 8h5. Je suis arrivé à 6 heures à Paris. J’ai pu reprendre le train le lendemain à 1 heure. J’ai couché à Paris. Je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Moi je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille. R. Léon."

Carte du 18 mai 1917, de La Ferté Gaucher, en Seine et Marne: " Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vais assez bien pour l’instant, toujours au repos au pays que vous voyez sur la carte. Mais je crois qu’on va partir, mais toujours direction inconnue. Ça murmure pour la Belgique. Je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Moi je ferai tout mon possible. Je vous embrasse du fond du cœur.

Carte du 16 juillet 1917, de Ligny en Barrois, dans la Meuse: "Mes bien chers parents, j'ai débarqué dans ce pays l'autre jour et on est à 10 kilomètres de ce pays, dans un petit patelin. Nous sommes assez bien. J'espère de tout coeur que nous resterons quelques temps au repos car nous sommes (là) pour instruire les Américains. Mais après je crois bien que ce sera Verdun. Enfin j'ai toujours ..."

Ligny en Barrois n'est en effet qu'à une soixantaine de kms de Verdun. A Verdun, les combats font de nouveau rage, de juin à octobre 1917, suite à une vaste offensive allemande. Léon fait également référence à la présence des américains. Les Etats-Unis déclarent la guerre à l'Allemagne en avril 1917. Les troupes américaines joueront, en 1918, un rôle décisif dans la victoire des alliés. Durant l'été 1917, les américains ne sont pas encore très nombreux; l'heure est à l'instruction.

Carte du 4 octobre 1917, sur une photo d'un groupe de militaires attablés devant une maison: "Deux mots pour vous donner de mes nouvelles, qui sont assez bonnes pour l'instant. Nous avons embarqué ce matin à 7 heures. Je (poste ?) cette carte à Langres. Je crois que nous passerons par illisible. C'est terrible de passer si près et de pouvoir pas aller vous voir. J'espère de tout coeur que je reviendrai ... en permission pour vous voir. Je suis fait photographier hier toute ma demi-section, ainsi que l'autre demi qui forme la section. Je vous en dis pas davantage pour aujourd'hui que de bien vous conserver. Moi je ferai tout mon tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du coeur à toute la famille en pensant sans cesse à vous tous. R. Léon

Carte du 16 octobre 1917, achetée à Albertville et représentant la Caserne Sougeon, et adressée à son frère Philippe: "Mon cher frère, deux mots pour te donner de mes nouvelles, qui sont assez bonnes. Toujours en ligne dans l'espoir d'en sortir bientôt. J'espère que toi tu seras en bonne santé, et que tu seras relevé pour quelques jours de repos et ensuite pouvoir aller en perm. Je t'en dis pas davantage que de bien te conserver. Moi je ferai tout mon possible. Ton frère qui t'embrasse du fond du coeur et pense sans cesse à toi. Léon.

Carte du 29 octobre 1917, de Sommevoire (Haute-Marne), adressée également à son frère Philippe: "Mon cher frère, deux mots pour te donner de mes nouvelles. Pour l'instant, la santé est assez bonne. Aujourd'hui, on est parti du pays que tu vois sur la carte. Nous avons fait 22 kilomètres, et demain, nous repartons pour embarquer, mais je sais pas où nous irons. Les uns disent que nous allons en Italie, mais on en sait rien. Pourvu qu'on remonte pas dans ce fameux coin de C. ou V. Enfin j'espère que nous irons dans les Vosges. Pour toi, j'espère de tout coeur que tu seras en bonne santé, et que tu seras descendu des lignes, et que tu iras en perm. Pour moi, elles sont suspendues, mais j'espère pas pour longtemps. Ton frère qui t'embrasse du fond du coeur. Je t'en dirai davantage demain.

Carte du lundi 29 octobre,toujours de Sommevoire: "Mes bien chers parents, deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Pour l'instant, la santé est assez bonne. Voilà une huitaine de jours que j'ai un peu mal aux dents, mais j'espère que ça passera. Ce matin, nous sommes partis du pays que vous voyez sur la carte. Nous avons fait dans les 22 kilomètres. Et demain, nous repartons pour emb... mais toujours direction inconnue. Les uns disent que c'est pour l'I..lie (Italie ?), mais personne ne le sait. Pourvu que nous remontions pas dans ce fameux C. de C. ou V. Pour les permissions, elles sont suspendues, mais j'espère qu'ils les remettront sous peu, et que j'aurai le grand bonheur d'aller vous voir. Mes bien chers parents, je vous en dis pas davantage pour aujourd'hui que de bien vous conserver. Moi je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du coeur à toute la famille. Léon."

C'est bien en l'Italie que le régiment de Léon est envoyé. Le 5 novembre 1917, le convoi s'arrête à Montmélian, à 40 kms d'Esserts-Blay, et Léon envoit une carte à son frère Philippe et une à ses parents:

Carte du 5 novembre 1917, de Montmélian, envoyée à son frère Philippe: "Deux mots pour te donner de mes nouvelles, qui sont assez bonnes pour l'instant. Me voilà à Montmélian. C'est midi, nous avons une heure d'arrêt. C'est terrible d'être si près et de pouvoir pas aller à la maison. J'espère de tout coeur que je reviendrai de là-bas sous peu en perm, et surtout que ça ne bardera pas trop où nous irons. Pour toi, j'espère de tout coeur que tu seras en bonne santé, et que tu viendras en perm pour passer quelques jours. Mon cher frère, je t'en dis pas davantage pour aujourd'hui que de bien te conserver et bien faire attention. Moi je ferai tout mon possible. Ton frère qui t'embrasse bien fort, et pense sans cesse à toi. R. Léon."

Carte du 5 novembre 1917, de Montmélian, envoyé à ses parents: "Mes bien chers parents, deux mots de Montmélian. Ça va assez bien pour l'instant, mais ça m'est terrible de passer si près et de pouvoir pas aller vous voir. J'espère revenir sous peu vous voir vous tous. J'espère de tout coeur que vous êtes tous en bonne santé, et que ça marchera tout bien à la maison. Nous avons une heure d'arrêt. C'est midi. Je vous en dis pas davantage pour aujourd'hui que de bien vous conserver. Moi je ferai tout mon possible pour vous revoir un jour pour toujours. Votre fils qui vous embrasse du fond du coeur et pense sans cesse à vous tous. R. Léon. Vous me direz si vous avez reçu mes photos. Vous m'enverrez quelques sous (souligné).

En Italie, le 70ème BCA participe aux opérations de Monte Tomba et Mofénéra (1917), puis Val Bella, Col del Rosso et plateau d'Asiago (début 1918). 

Carte du 10 novembre 1917, certainement d'Italie (la carte a été achetée à Milan): "Mes bien chers parents, deux mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont assez bonnes pour l'instant. Nous sommes arrivés hier au soir dans un pays que les civils sont presque tous partis. Aujourd'hui, c'est dimanche, nous avons repos. (la suite est difficile à lire)

Le 27 janvier 1918, Léon envoit à son père, Mr Ravier Hippolyte à Esserts-Blay, Savoie, une carte avec comme seule phrase: "un grand bonjour de Vienne". La carte arrive le 30 à La Bathie. Il s'agit d'une carte en couleurs représentant des montagnes enneigées et des vaches au 1er plan. Compte tenu du fait que la carte n'a mis que 2 ou 3 jours pour venir (le 1er tampon est du 28), on peut penser que Léon est à Vienne au sud de Lyon.

Carte du 23 février 1918 (paysage en couleurs de pré, forêt et vaches), sans indication de lieu: "Mes bien chers parents, deux mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont assez bonnes pour l'instant. Toujours au repos et j'espère de tout mon coeur que nous y resterons encore quelques temps avant de reprendre les lignes. Pour vous tous j'espère de tout mon coeur que vous serez tous en bonne santé, et que ça ira tout bien à la maison. Mes chers parents, je vous en dis pas davantage pour aujourd'hui que de bien vous conserver. Moi je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du coeur et pense sans cesse à vous tous. Léon."

Carte du 5 juin 1918, de Elnes, dans le Pas de Calais: "Mes bien chers parents, me voilà arrivé dans ce fameux pays. Je suis arrivé hier au soir, je suis descendu à Lumbres, à 1 kilomètre de Elnes. Aujourd'hui, j'ai rien fait, je suis resté couché jusqu'à 10 heures car j'avais presque rien dormi depuis que je suis parti. Le bruit court que nous partirons dans la nuit de demain, mais pas encore sur, pour aller dans le fameux coin. Si malheureusement nous y allons j'espère de tout mon coeur que ça se passera tout bien. Mes bien chers parents, je vous en dis pas davantage pour aujourd'hui que de bien vous conserver. Moi je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du coeur et pense sans cesse à vous tous. Léon."

En juin ou juillet 1918, Léon a été blessé au dos et aux côtes (une balle lui a traversé le corps). En juillet 1918, il est à Bordeaux, à l'hôpital.

Carte du 22 juillet 1918, du poste de secours de la gare de Voves, en Eure et Loir: "Mes bien chers parents, Me voilà en voyage pour l'intérieur. Je ne sais pas encore dans quel pays nous irons, mais en tous cas nous allons du bon coté. Je vous en dis pas davantage. Aussitôt que je serai à l'hôpital, je vous enverrai une adresse. Votre fils qui vous embrasse et pense à vous tous. Ravier Léon."

Carte du 24 juillet 1918, de Bordeaux: "Mes bien chers parents, deux mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont très bonnes pour l'instant. Je suis toujours au lit mais j'espère me lever demain. Je ne souffre pas trop. Mes bien chers parents, j'espère de tout mon coeur que vous serez tous en bonne santé et que ça ira tout bien à la maison. Mes bien chers parents, je vous en dis pas davantage pour aujourd'hui que de bien vous conserver. Moi je peux tenir maintenant. Votre fils qui vous embrasse du fond du coeur et pense sans cesse à vous tous. Léon."

Carte du 26 juillet 1918, de Bordeaux: "Mes bien chers parents, deux mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont très bonnes pour l'instant. J'espère que vous tous vous serez tous en bonne santé et que ça ira tout bien à la maison. Ca me tarde de recevoir de vos nouvelles, et surtout de mon frère Philippe qui, j'espère de tout mon coeur, est en bonne santé et sera relevé de cet horrible m. (merdier?) pour quelques temps. Espèrons que cette horrible gu...(guerre?) sera sur la fin et que nous aurons le bonheur de nous revoir tous en bonne santé à la maison pour toujours. Je vous en dis pas davantage. Votre fils qui vous embrasse du fond du coeur et pense sans cesse à vous tous. Léon. 70ème B.... Hôpital n° 213. Le Bouscat. Bordeaux. Gironde. Bien le bonjour aux oncles, tantes et amis.

Carte du 31 juillet 1918, de Bordeaux, à son frère Philippe (qui mourra au combat 1 mois plus tard): "Mon bien cher frère, je viens de recevoir ta lettre avec le plus grand plaisir de te savoir en bonne santé, mais ça m'ennuie que vous êtes toujours dans cet horrible m. (merdier?). J'espère de tout mon coeur que, quand tu auras reçu ma lettre, vous serez au repos pour quelques jours pour vous reposer. Pour moi, cher frère, la santé est assez bonne. J'ai passé à la radiographie hier pour voir si j'ai rien dans le dos. J'espère que j'aurais rien. Je t'en dis pas davantage que de bien te conserver et bien faire attention. Ton frère qui t'embrasse du fond du coeur et pense sans cesse à toi. Léon."

Carte du même jour, à ses parents: "Mes bien chers parents, j'ai reçu une de vos lettres qui avait été à la compagnie. J'ai reçu les 5 francs qu'il y avait dans la lettre. Pour le colis, je ne l'ai pas encore reçu, mais je le recevrai ces jours. Je suis heureux car j'ai reçu des nouvelles de mon frère Philippe. Je suis heureux de le savoir en bonne santé, mais cela m'ennuie toujours dans cet horrible m. (merdier?). J'espère de tout mon coeur qu'il sera relevé sous peu pour se reposer quelques jours. J'ai reçu une lettre de mon sergent à Rumilly, je l'ai mis dans votre lettre. C'est horrible. J'ai reçu une lettre du curé Arnaud. Pour moi, la santé est assez bonne. Hier, j'ai été à la radiographie pour voir si j'avais encore quelque chose dans le dos. Je sais pas encore ce que j'ai, la photo n'est pas revenue, mais j'espère que j'aurais rien.

Carte du 4 août 1918, toujours de Bordeaux: "Mes bien chers parents, deux mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont assez bonnes pour l'instant. Ça va bien mieux aujourd'hui. J'ai été me promener un peu. Je pense passer ce mois ci à l'hôpital, ensuite avoir 20 jours de permission ou une convalescence. Vous tous j'espère de tout coeur que vous êtes tous en bonne santé et que ça marche tout bien à la maison. Je vous en dis pas davantage pour aujourd'hui que de bien vous conserver. Votre fils qui vous embrasse du fond du coeur et pense sans cesse à vous. Bien le bonjour aux oncles, tantes et amis. Léon.

Carte du 6 août 1918: "Mes bien chers parents, je viens de recevoir votre lettre avec grand plaisir de vous savoir tous en bonne santé et que notre tante Marcelline va mieux. Je vous remercie infiniment des 10 francs qu'il y avait dans la lettre. J'ai reçu aussi la lettre qui était encore adressée à la compagnie dans laquelle vous me disiez que vous avez reçu le tabac. J'ai reçu les 5 francs qu'il y avait dans la lettre. Pour moi la santé est très bonne, la plaie est fermée. J'ai plus de pansement. J'ai plus qu'à attendre la fracture des côtes qui va se ressouder. J'espère passer ce mois ... tranquille d'être en dehors de ce m. (merdier?). J'ai reçu des nouvelles de mon frère Philippe. Je suis heureux de le savoir en bonne santé mais ça m'ennuie de le savoir toujours dans ce m. (merdier?). J'espère de tout coeur qu'il sera au repos maintenant. Votre fils qui vous embrasse du fond du coeur et pense sans cesse à vous tous. Bien le bonjour aux oncles, tantes et amis."

Carte du 19 août 1918, de Bordeaux, à sa soeur: "Ma chère soeur, je viens de recevoir ta lettre avec grand plaisir de te savoir en bonne santé ainsi que tous. Je te remercie des 5 francs qu'il y avait dans la lettre. Pour moi la santé va de mieux en mieux, mais j'espère rester encore quelques temps à l'hôpital. Je vais passer de nouveau la radiographie pour voir si je n'ai rien d'atteint à l'intérieur, mais je crois pas. Ma chère soeur, je t'en dis pas davantage pour aujourd'hui que de bien vous conserver tous. Moi j'espère que ça fera. Ton frère qui t'embrasse bien fort et pense à vous tous. Léon."

Carte du 26 novembre 1918, de Chambéry: "Mes bien chers parents, deux mots pour vous donner de mes bonnes nouvelles. Je suis arrivé hier au soir en bonne santé. Ce matin, j'ai été à la visite. Je n'ai pas encore passé une ... visite car le major de mon 13ème est en permission. C'est le major du 28ème 13ème. Je ne sais pas encore quand je passerai. Je suis pas mal, je peux attendre. Vous tous j'espère de tout coeur que vous êtes tous en bonne santé. Votre fils qui vous embrasse du fond du coeur et pense sans cesse à vous tous. Bien le bonjour aux oncles, tantes et amis. Ravier."

Carte du 3 décembre 1918, de Grenoble (la carte représente le lycée de garçons): "Mes bien chers parents, deux mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont assez bonnes pour l'instant. Aujourd'hui je suis de garde au lycée que vous voyez sur la carte. C'est des prisonniers boches blessés. Nous sommes assez bien. Je ne sais pas si je passerai la commission samedi ou bien l'autre. En tous cas, j'espère bien aller vous voir dimanche, toujours avec la même permission. Vous tous j'espère de tout mon coeur que vous serez tous en bonne santé. Votre fils qui vous embrasse du fond du coeur et pense sans cesse à vous tous. J'espère de tout mon coeur que l'oncle Joseph sera venu et que ses blessures iront bien mieux et que je pourrai le voir dimanche."

19.08.2007

Lettres de la guerre 14-18

Léon RAVIER GARON est né en 1895. C'est le père de Popo et Yvette, donc le grand père de Martine RAVIER GARON, Isabelle et David JACQUET. Il a été incorporé, sans doute en 1915, comme 2ème classe, au 30ème Bataillon de Chasseurs Alpins, 13ème Compagnie.

La famille a conservé bon nombre des cartes postales qu'il a envoyées à ses parents, entre 1915 et 1918. Il fait souvent référence à son jeune frère Philippe, qui sera incorporé en 1916 et qui mourra pour la France 2 mois et demi avant l'armistice, le 29 août 1918, au Moulin de Bartel, dans l'Aisne.

Le 30ème Bataillon de Chasseurs Alpins est stationné, en 1914, à Grenoble. Il est d'abord rattaché à la 54ème Brigade d'infanterie, 27ème Division d'infanterie, 14ème Corps d'Armée; puis, d'octobre 1914 à janvier 1915 à la 66ème Division d'infanterie, et enfin, de janvier 1915 à novembre 1918, à la 47ème DI.

De juin à octobre 1915, le 30ème BCA participe aux opérations du Linge, massif montagneux situé dans la région de Munster. Le massif est tenu par les allemands, l'objectif de l'armée française est de le prendre pour avancer en direction de Munster. Les 1ères opérations commencent en Juin 1915. Les difficultés sont plus importantes que prévues. Fin juillet, la bataille fait rage sous le sommet du Lingekopf. Le 4 août, le 30ème BCA subit de très lourdes pertes et est même presque anéanti. Ensuite, les choses se calment un peu pendant quelques jours. Puis le 18 août, les troupes françaises reprennent l'offensive et atteignent le sommet du Linge. Mais le 31 août, les allemands font donner l'artillerie et les obus asphyxiants et lacrymogènes, et repoussent les troupes françaises. Les pertes sont très lourdes des 2 cotés. Le calme revient dans cette région, si on peut dire, à compter de la mi-octobre.

Léon envoie les cartes postales de cette époque (août - octobre 1915) de Remiremont, ville située à 25 kms au sud-est d'Epinal, et à 60 kms à l'ouest de Munster.

Carte de ../../1915, de Remiremont (Vosges): "deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je suis toujours en bonne santé, toujours au repos. Je pensai recevoir de vos nouvelles. J’ai rien reçu. Je pense que vous allez tous bien. Est ce que vous descendrez bientôt du Laquais ? Je vous dirai aussi qu’il y a quelques jours que j’ai pas reçu des nouvelles de mon frère Philippe. Je pense qu’il va bien et surtout qu’il ne sera pas parti, car il y a assez de moi. Mes chers parents, je termine ma carte. Votre fils qui vous embrasse à tous de tout cœur. Léon RAVIER"

Carte du 26 août 1915, de la région de Remiremont: "Bien chers parents, Je vous donne de mes nouvelles. Elles sont bonnes pour le moment. Aussi, j’ai été content de voir Bernard VOISIN. Il est venu hier l’après midi me voir, et, le soir je suis descendu le voir car il reste un peu plus bas que moi. Je passe Ordonnance. Je serai à coté de lui. Je suis pas sûr mais j’ai bien l’espoir. Enfin moi je me fais pas du mauvais sang. J’ai bon courage et bon espoir. Surtout ne vous faites pas de mauvais sang car ça sert à rien. Je pense que vous allez tous bien. Moi, je suis toujours au repos. Je n’ai plus grand chose à vous dire aujourd’hui. Je vous embrasse à tous de tout mon cœur. RAVIER Léon. Bien le bonjour aux tantes."

Carte du 31 octobre 1915 : "Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je suis en bonne santé. Je vous dirai que c’est l’entrée où je suis, mais malheureusement que ça ne durera pas assez. Enfin c’est toujours quelque jour de passé. Vous tous, je pense que vous allez bien et que le travail sera bien avancé, car voilà la Toussaint demain. Bien, chers parents, je n’ai plus grand chose à vous dire pour aujourd’hui, que de bien vous conserver. Moi, je ferai mon possible. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur à tous. R.L."

Carte du 2 novembre 1915,de Remiremont (Vosges) : "Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Pour le moment, je suis en bonne santé et toujours au repos. Je sais pas combien de temps on restera encore., et on sait pas on ira après. On n’est plus dans le secteur 9, mais …. Vous tous, je pense que vous allez bien, et que le travail aura avancé. Je vous dirai que j’ai été à la messe du matin, celle de 9 heures, la grande messe. Presque tout le bataillon était à la messe. Jamais l’Eglise a eu tant de monde que hier c’était bondé jusqu’à la porte. Cela n’aurait pas été la même chose chez nous car il reste plus grand monde. Je pense que ça reviendra. Chers parents, je n’ai plus grand chose à vous dire pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Moi, je ferai bien mon possible. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur à tous. R. Léon."

Carte du 7 novembre 1915: "Mes chers parents, Je réponds à la lettre que j’ai reçue avec grand plaisir que vous allez tous bien. Et je vous remercie infiniment des cinq francs que j’ai reçus… à moi, je vais pas mal, toujours (au) repos. Je vous dirais que j’ai acheté une petite lampe électrique car la nuit, ça sert beaucoup. De l’argent, j’en ai encore assez. J’ai encore trente francs. Pour le colis, je pense le recevoir demain ou après demain. Je pense que vous aurez reçu la lettre que (dans laquelle) j’avais dit de m’envoyer un caleçon et une paire de chaussettes. Si vous m’avez envoyé les chaussettes, j’en ai assez. Le caleçon, vous l’enverrez quand vous voudrez, ça presse pas. Je vous dirais que je suis heureux si Philippe peut avoir cette permission car il pourra vous aider un peu. Et lui sera heureux d’être dehors de la caserne, et aussi qu’il soit pas parti. Mes chers parents, je n’ai pas grand chose à vous dire pour aujourd’hui. C’est dimanche, j’ai été à la messe ce matin. Je termine ma carte. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur à tous. R. Léon."

Le 14 novembre 1915, Léon est à Grenoble d'où il envoit la carte suivante: " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont assez bonnes pour l’instant. J’ai vu plusieurs camarades de mon 13 ainsi que 2 sergents. Ils m’ont pas appris des bonnes nouvelles, que le Sergent BEAUD a été tué, ainsi qu’un autre Sergent MANGUET qui avait passé Sous-Lieutenant. C’est terrible mais je suis parti au bon moment. Je pense aller vous voir pour la journée de dimanche …Vous tous, j’espère de tout cœur que vous serez tous en bonne santé. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur, et (qui) pense sans cesse à vous tous. Léon 30. B. Ch. Ca. 13èmecompagnie. S. HR. Grenoble Isère."

Puis retour dans les Vosges.

Carte du 2 février 1916, de Atton, à coté de Pont à Mousson, entre Nancy et Metz, à son jeune frère Philippe, qui n'est pas encore mobilisé: "Mon cher frère, je réponds à ta lettre, toujours avec grand plaisir que vous allez tous bien. Moi je vais assez bien pour le moment. Ce soir je vais prendre la garde. Je pense que ça (se) passera bien. Il fait froid. Ces jours je mange toujours. Le pain ... est pas trop à manger. Je pense qu'il fera moins froid au pays. J'ai reçu les 5 francs et le colis. Je vous en remercie beaucoup. Je pense que tu travailleras pour en gagner un peu... (lisible mais difficile de voie ce que Léon veut dire). Cher frère j'ai plus grand chose (à dire) que de vous conserver. Votre fils qui vous embrasse et pense à vous. L. Ravier"

Carte du 2 avril 1916, de Rossberg, au nord-ouest de Mulhouse, dans la région des Ballons d'Alsace: " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Pour le moment, je vais pas mal. Toujours le même métier, attendre chaque minute la destinée. J’ai toujours bon espoir de nous revoir un jour pour toujours. Vous tous, je pense que vous allez tous bien. Je pense à Philippe. J’espère qu’il sera toujours à Grenoble, qu’il aura encore une permission, et qu’il ne partira pas encore… Il faut espérer que cette terrible guerre tirera sur sa fin. Chers parents, j’ai pas acheté une montre. Vous m’en enverrez une, car, sans montre ça fait pas, mais pas trop chère, d’une douzaine de francs. Vous verrez bien avec un bracelet pour la mettre au bras. Si la mienne … elle servira pour Marcel. Pour manger, il faut rien m’envoyer car j’ai assez.. Je termine ma carte. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille. R. Léon. Bien le bonjour aux tantes."

Carte du 8 avril 1916, de Grenoble, à son frère: "Cher frère, je t'écris cette carte, je vais toujours bien. Je suis toujours à Grenoble. Voilà un an que je suis rentré (Léon veut certainement dire: "que je ne suis pas rentré"). Je suis rentré à 5 heures. Je t'écris c'est 5 heures et je pense y rester encore quelques temps au 2ème. Ceux de ma classe sont partis au 114 Lourd à Valence.... (lisible mais difficile de comprendre ce que Léon veut dire). Je suis toujours à la cuisine. Je bois des bons coups, mais lundi on va me relever. Je pense aller en perme 48 heures pour Pâques. Je termine ma lettre. Ton frère qui t'embrasse et pense à vous tous.

Carte du  5 mai 1916, de Bellefontaine, dans les Vosges: "Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vais pas mal pour le moment, mais, dans une dizaine de jours, je sais pas ce que je vais devenir, car cette fois, c’est bien … Enfin, prenons toujours bon courage dans l’espoir de nous revoir un jour pour toujours. J’espère que Dieu me conservera comme jusqu’à présent. Je suis dans le patelain que vous voyez. On repart demain matin pour une direction inconnue. Mes bien chers parents, je vois plus grand chose à vous dire pour aujourd’hui que de bien vous conserver, et surtout ne vous faites pas du mauvais sang, car ça sert à rien que d’attendre le grand jour de la délivrance. Moi je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille. Bien le bonjour aux oncles et tantes. Ravier Léon."

Carte du 8 mai 1916, de Odern, toujours en Haute-Alsace: " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vais bien pour le moment. Je suis descendu hier au soir des avant-postes. On a marché toute la nuit. Je suis dans la pays qu’il y a sur la carte. On est bien, mais on y restera pas assez longtemps. Enfin, toujours quelques jours de passer, mais, ce soir, on est vacciné contre ….Ça me fait bien de la peine pour ce soir. Enfin, toujours dans le bon espoir de nous revoir en bonne santé. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur à toute la famille. R. Léon."

Carte du 10 mai 1916, de Felleringen: "Mes chers parents, Je réponds à la lettre que je viens de recevoir avec grand plaisir que vous allez tous bien. Je vous remercie infiniment des cinq francs qu’il y avait dedans et pour le colis (que) j’espère recevoir demain. Car où je suis, on trouve bien (à) acheter, mais hors de prix. Enfin, bien heureux qu’on trouve encore. Ce matin, on a passé la revue du Général. On a fait le défilé avec la fanfare. Ce soir, revue de fusil avec le Chef de la Compagnie. Je vous dirai, j’ai été heureux aujourd’hui. J’ai reçu des nouvelles de mon frère Philippe. Je suis heureux qu’il va bien et surtout et surtout pensant (pendant ?) que le sais à Grenoble. Il me dit qu’il espère avoir encore seize jours de permission. Je serai plus heureux si je le sais encore pour seize jours pour vous aider, et comme vous avez encore acheté un mulet. Je pense qu’il ira bien car l’oncle Joseph devait le connaître. Je suis heureux qu’il est à Albertville. J’espère qu’il restera jusqu’à la fin  de cette horrible guerre. Car il y en assez de ceux qui sont sur le front à souffrir. Mes bien chers parents, je ne vous en dis pas davantage pour aujourd’hui. Votre fils qui vous embrasse bien fort à toute la famille. RAVIER Léon."

Carte du 11 mai 1916, toujours de Felleringen: " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Pour le moment, je vais bien, toujours au repos, et toujours en attendant le grand jour de la délivrance, dans l’espoir qu’il viendra bientôt. Vous tous, je pense que vous êtes tous en bonne santé. Je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Moi, je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur à toute la famille. Ravier Léon. Bien le bonjour aux  tantes et oncles."

Carte du 14 mai 1916, au dos d'une carte "La Grande Guerre 1914-15-16 – L’Alsace reconquise. Le sommet d’un des monts dominant Metzerat, après l’assaut victorieux de nos soldats.": " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Toujours au repos (et) en bonne santé. Aujourd’hui, c’est dimanche, je suis de garde. Je peux pas sortir mais ça me fait rien. Vous tous, je pense que vous allez tous bien. Et je pense que vous monterez bientôt les vaches au Laquais, et ensuite au Darbelay. Et j’ai l’espoir d’y aller voir cet été, (et) de manger du bon beurre et de la crème. Mais bon. Chers parents, je ne vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver, et surtout pas vous faire du mauvais sang. Moi, je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur à toute la famille. Ravier Léon."

Carte du 15 mai 1916, de Saint Amarin, en Haute Alsace, titrée "Guerre libératrice 1914-15...": " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Pour l’instant, je vais pas trop mal. Je viens d’être vacciné pour la deuxième fois. J’ai bien mal à l’épaule. C’est bien terrible d’être charcuté comme ça. … Je vous dirai que j’ai reçu une carte de Philippe. Il va bien. Je suis heureux, j’espère que ça continuera jusqu’à la fin de cette horrible guerre. J’oubliais de vous remercier du colis que j’ai reçu. Je vous remercie infiniment, en attendant le jour que je puisse vous récompenser. J’ai espoir de tout cœur que ce jour heureux je le verrais. Mes bien chers parents, je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur à toute la famille . R.L."

Carte du 19 mai 1916,de Steinbach, titrée "La Grande Guerre 1914 – 15 – L’Alsace reconquise...": "Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Pour le moment, je vais bien. Toujours au repos. Aujourd’hui, notre Compagnie travaille à faire des boyaux pour l’exercice de grenade. Il fait beau car voilà quelques jours qu’il fait beau temps. Je pense à tout moment à vous tous car vous autres travaillez, et moi faire rien est d’attendre ma destinée à chaque jour… J’espère bien qu’on restera encore quelque avant de partir. Mes bien chers parents, je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Moi je ferais tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille."

Carte du 20 mai 1916, de Hartmannswillerkopf: " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vais bien pour le moment. Toujours au repos. Ce matin, la Compagnie a été au tir. Ce soir, on va aux douches. Et après ce sera bien l’heure de la soupe. Demain, c’est Dimanche, on fera rien. Mes bien chers parents, vous tous, je pense que vous allez tous bien. Je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Moi je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur à toute la famille. Ravier Léon."

 Carte du 25 mai 1916, de Cornimont : " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vous dirais que j’ai quitté le pays où j’étais au repos hier matin. Maintenant je suis au pays que vous voyez sur la carte. C’est six heures du matin que je vous écris. A huit heures, on repart toujours direction inconnue. Enfin toujours avec le bon espoir de nous revoir un jour toute la famille en bonne santé. Vous tous je pense que vous allez tous bien. J’ai reçu des nouvelles de mon frère Philippe hier au soir. Je suis heureux pendant que je le sais à Grenoble, et surtout qu’il va bien. Mes bien chers parents, je vous en dis pas davantage pour auujourd’hui que de bien vous conserver. Moi je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille. Ravier Léon."

Carte du 26 mai 1916, toujours de Cornimont: "Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vais pas mal. Hier, on a quitté le pays que vous voyez sur la carte. Je suis à six kilomètres, à La Bresse. Tantôt on doit embarquer mais direction inconnue. Je sais pas bien où ils nous mènent enfin. Toujours dans le bon espoir que nous (nous) reverrons (et) que j’échapperais comme jusqu’à présent. Vous tous je pense que vous allez tous bien. Bien chers parents vous m’enverrez des sous car avec la trafic qu’on fait. J’espère de tout mon cœur que je pourrais vous récompenser un jour. Mes bien chers parents je vous en dis pas davantage. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur. Ravier Léon. Bien le bonjour aux oncles, tantes et amis. Je suis au secteur 192. Vous mettrez sur les lettres 192.

Carte du 26 mai 1916, de La Bresse: " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Toujours dans le patelin que vous voyez sur la carte. Mais malheureusement qu’on restera plus longtemps. On doit changer. On doit embarquer pour aller direction inconnue mais je sais pas bien ce qu’on va faire enfin. Mes bien chers parents, prenons toujours bon courage, dans l’espoir de vous revoir tous. J’espère de tout cœur que je vous reverrai, chers père et mère ainsi que tous mes frères et sœurs, que je vous ai pleurés ( ?). Mes bien chers parents, j’ai plus grand chose à vous dire pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Et surtout ne vous faites pas de mauvais sang car ça sert à rien. Moi je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille. Donnez bien le bonjour aux oncles et tantes et à tous les amis. Ravier Léon."

Carte du 27 mai 1916, toujours de La Bresse: "Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je viens d’être vacciné à l’instant. C’est deux heures de l’après midi. Le Général n’a pas voulu qu’on parte sans être fini d’être vacciné. Enfin pour la dernière fois. J’espère bien que je serais pas trop malade. Mes bien chers parents, j’ai reçu votre lettre aujourd’hui avec le plus grand plaisir que vous allez tous bien et que vous pourrez enmontagner. Je vous remercie enfin des cinq francs qu’il y avait dedans. Ça m’embête bien car vous vous fatiguez pour gagner quelques sous, et moi ne … rien faire. Enfin j’espère de tout mon cœur qu’un jour viendra que je pourrais vous récompenser. Je vous remercie infiniment du colis que j’ai reçu quand la lettre. J’espère de tout cœur que je mangerais en bonne santé. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille."

Carte du 3 juin 1916, de Grandvilliers: " Mes bien chers parents, Je viens de recevoir votre lettre avec le plus grand plaisir que vous allez tous bien. J’espère de tout cœur que ça continuera jusqu’à la fin de cette horrible guerre. Je vous remercie infiniment des cinq francs qu’il y avait dans la lettre. J’ai reçu le colis hier au soir que j’espère manger en bonne santé. Je suis toujours au repos mais attendre tous les jours de partir …. J’ai toujours bon espoir de vous revoir toute la famille en bonne santé. Je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur. R. L."

Carte du dimanche 4 juin 1916, de St Amé, toujours dans les Vosges: " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vais pas mal pour le moment. Je viens d’arriver au pays que vous voyez sur la carte. Je suis à 7 kms de Remiremont. Mes bien chers parents, je repars demain à 4 heures direction inconnue. Mais cette fois, je crois qu’on va sur V… Mes bien chers parents vous tous je pense que vous allez tous bien. Faites votre possible pour vous conserver et surtout ne vous faites pas du mauvais sang. Moi je ferais tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille."

On peut penser que le "V" que parait redouter Léon, c'est Verdun, à 200 kms au nord-est. L'attaque allemande sur Verdun a commencé en février 1916. C'est un véritable enfer jusqu'à la fin 1916. Finalement, le 30ème BCA reste encore un mois dans les Vosges, pas très loin de Remiremont.

Carte du 7 juin 1916, de Urimenil (Vosges): " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vais pas mal pour le moment. Je suis arrivé hier dans le pays qui est sur la carte. On doit y rester quelques jours. Ensuite, on va voir ce qu’on n’a pas encore vu. Cette fois je sais pas ce qu’on va devenir, car j’avais l’espoir de vous revoir, mais, à présent, avec ce qu’on voit, car c’est horrible. Enfin prenons toujours bon courage. Vous tous je pense que vous allez tous bien, et que vous monterez les vaches ces jours à l’Econdu. J’espère d’aller les voir dans (le) courant de l’été. Mes bien chers parents, je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver, et surtout ne vous faites pas de mauvais sang car ça sert à rien. Moi je ferais tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille. Ravier Léon. Bien le bonjour aux oncles, tantes, amis."

Carte du 21 juin 1916, de Urimenil: " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vais pas mal pour le moment. Je suis toujours dans le patelin que vous voyez sur la carte, mais on doit partir sous peu. Demain, on a repos comme c’est la grande Fête Dieux. Vous tous je pense que vous allez tous bien, que vous commencez à couper les foins. Mes bien chers parents, je ne vous en dis pas davantage que de bien vous conserver. Moi je ferais tout mon possible pour vous revoir un jour toute la famille en bonne santé. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille. R. Léon. Bien le bonjour aux oncles, tantes, amis."

Carte du 25 juin 1916, de Urimenil: " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vais assez bien pour le moment, mais, malheureusement, on part demain matin à 7 heures direction inconnue. Je pars avec bon courage toujours dans ce grand espoir de nous revoir un jour pour toujours. Aujourd’hui on a rien fait. On a passé la revue de départ à huit heures. Ensuite j’ai été à la messe. C’était plein l’Eglise. Mes bien chers parents, vous tous je pense que vous allez tous bien. Je pense à tout instant à vous tous. Ca me console pendant que je sais que mon frère Philippe est avec vous pour vous aider, et surtout pendant que je sais pas dans cet horrible fléau. Mes bien chers parents, je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Et surtout ne vous faites de mauvais sang. Moi je ferai s tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille. RAVIER Léon. Je vous dirai j’ai vu Rey Jules Bochet le fils du marchand de bois de St Thomas. Bien le bonjour aux oncles, tantes, amis."

Le Bataillon de Léon (le 30ème BCA ou le 70ème, le Bataillon de réserve du 30ème) ne part pas à Verdun, mais dans la Somme. Dans ce secteur se joue la 2ème grande bataille de l'année 1916, celle de la Somme. Dans la Somme, ce sont les alliés franco-britanniques qui sont à l'origine de l'attaque. La bataille de la Somme dure de fin juin à octobre 1916. Comme à Verdun, c'est l'enfer, un enfer de boue. "De toutes les boues, écrit le Colonel Lorieux, qui ont été, pour le poilu, l'une des plus cruelles souffrances de la guerre, celle de la Somme occupe, dans ses souvenirs, la première place. Boue lourde, gluante, dans laquelle on ne risque pas de disparaître comme en Woëvre, mais d'où on ne sort pas".

Fin juin ou début juillet 1916, Léon est blessé, à la jambe, ce qui lui vaudra, le 9 novembre 1916, d'être cité à l'ordre de son Bataillon: "blessé à son poste de combat en faisant bravement son devoir". Il est alors 2ème classe (matricule 6053), au sein du 70ème Bataillon de Chasseurs Alpins - 9ème Compagnie (le Bataillon fait partie de la VIIème Armée - 47ème Division - 3ème Brigade de Chasseurs). Il est envoyé en convalescence à Dieppe. Le 70ème BCA est le Bataillon de réserve du 30ème BCA.

Carte du 17 juillet 1916, de Dieppe: "Bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vais bien. J’espère de tout cœur que vous tous vous serez en bonne santé. Mes chers parents, je vous dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Moi je crains rien. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur à toute la famille. Ravier Léon.

Carte du 23 juillet 1916, au dos d'une photo de Léon avec d’autres militaires.   Mes bien chers père, mère, frère, soeur, Je viens de recevoir cette photo du pays des Vosges. C’était l’après midi dans la maison qu’on était cantonné. C’était une maîtresse d’école. Elle a voulu nous photographier. On est pas bien pris mais ça fait rien. Mes bien chers parents, j’ai reçu votre lettre, aussi j’ai été heureux de recevoir de vos bonnes nouvelles. Pour moi, je vais pas mal pour l’instant. Depuis le 20 j’ai encore échappé mais c’est demain matin. Je vous dis pas davantage. Tout ce que je regrette, c’est de pouvoir pas vous voir avant d’aller à la b…. Mes bien chers parents, espérons que Dieu et la Sainte Vierge.

Carte du 15 août 1916, de Dieppe: "Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Pour l’instant, je vais très bien. J’ai bien mal à ma jambe, mais ça fait rien. Aujourd’hui, j’ai déjà sorti en ville. Vous voyez sur la carte, c’est l'hôpital où je suis, sur le bord de la mer, dans la chambre où vous voyez un « X ». Mes bien chers parents, j’espère de tout cœur que vous serez tous en bonne santé. J’attends de vos bonnes nouvelles, ainsi que de mon frère Philippe que j’espère recevoir ces jours, qu’il sera en bonne santé. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur. R.

Carte du 16 août 1916, de Dieppe: "Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vais très bien. J’ai bien mal un peu à ma jambe, mais pas comme dans la hanche. Vous tous j’espère de tout cœur que vous serez tous en bonne santé, et qu’à la montagne, ça marchera tout bien. J’espère recevoir bientôt de vos bonnes nouvelles, et surtout j’attends celles de mon frère Philippe, à qui je pense à tout instant. J’espère de tout cœur qu’il sera en bonne santé. Je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver, et surtout ne vous faites pas de mauvais sang sur moi car je risque rien. C’est mon frère Philippe que je voudrais voir avec moi. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur. A toute la famille. Ravier Léon. Je suis dans cet hôpital sur le bord de la mer."

Carte du 21 août 1916, de Dieppe: " Mes bien chers parents, Je réponds à la lettre que j’ai reçue, qui avait au Bataillon. La vaguemestre les renvoie. Je suis heureux que vous allez tous bien. Je vous dirais, j’ai été heureux hier, j’ai reçu des nouvelles de mon frère Philippe. J’espère de tout cœur qu’il sera relevé pour passer quelques jours au repos. Mes bien chers parents, pour moi ça va très bien. Je souffre un peu mais comme dans les tranchées. Hier, un de ma Compagnie, qui a été blessé quand moi, a reçu une lettre : il y a plus de soixante hors de combat dans (la) Compagnie, et il était pas encore relevé de première ligne. C’est terrible. Mes bien chers parents, je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Moi je risque rien. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur. A toute la famille. R. Léon." Sur la photo : « Voilà la porte d’entrée. Je couche là. »

Carte du 25 août 1916, de Dieppe: " Mes bien chers parents, J’ai reçu votre lettre avec le plus grand plaisir que vous allez tous bien. J’espère de tout cœur que ça continuera comme ça jusqu’à la fin de cette horrible guerre (et) que nous aurons le bonheur de nous revoir un jour pour toujours. Je vous remercie enfin des 10 francs qu’il y avait dans la lettre. Je suis heureus, je reçois tous les deux jours une lettre de mon frère Philippe. Je suis heureux, il va bien. J’espère de tout cœur qu’il sera bientôt relevé. Il me dit qu’il pense d’être relevé à la fin du mois. Pour moi ça va très bien. Dommage que ça sera trop vite guéri, enfin c’est comme ça. Je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Ne vous faites pas de mauvais sang pour (de) moi. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur. A toute la famille. Bien le bonjour aux oncles, tantes, amis."

Carte du 30 août 1916, de Dieppe: " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes bonnes nouvelles. Je vais très bien. Déjà que c’est trop vite guéri car la plaie se ferme à grand train. Enfin, c’est toujours quelques jours de passés de repos. Mes bien chers parents, j’espère de tout cœur que vous tous vous êtes en bonne santé. Je suis heureux, je reçois tous les deux jours (des nouvelles) de mon frère Philippe. J’espère de tout cœur qu’il sera relevé. Car c’est plus que terrible celui qui est nuit et jour dans cet enfer. Mes chers parents, espérons que ce jour heureux viendra bientôt que nous aurons le bonheur de nous revoir tous en bonne santé pour toujours. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur. Ravier Léon.

Carte du 4 septembre 1916, toujours de Dieppe: " Mes bien chers parents, Je réponds à la lettre que j’ai reçue aujourd’hui avec grand plaisir que vous allez tous bien. Je vous remercie infiniment des 10 francs qu’il y avait dans la lettre. Pour le colis, je l’ai pas encore reçu. J’ai écrit au dépôt. J’espère qu’il sera pas perdu, mais ne m’envoyez pas de colis pour le moment car il y a assez à manger.J’ai pas reçu de nouvelles de mon frère Philippe. J’espère en recevoir demain. J’espère de tout cœur qu’il sera en bonne santé.

Carte du septembre 1916, de Dieppe: "Deux mots pour vous donner de mes bonnes nouvelles. Je vais bien. Hier, j’ai passé la visite. Je vais aller eu Dépôt de convalescents…J’espère y rester encore une dizaine de jours. Vous tous j’espère de tout cœur que vous allez tous bien. Je suis heureux, j’ai reçu tous les deux jours des lettres de mon frère Philippe. Il va bien. Ça m’ennuie de le savoir toujours aux avant-postes, de pouvoir pas (avoir droit) au repos. J’ai prié de tout cœur qu’il sera bientôt relevé, qu’il puisse se reposer quelques jours. Mes bien chers parents, je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Mois, je ferai mon possible pour rester le plus longtemps possible. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur. Ravier"

Carte du 13 septembre 1916, de Dieppe: "Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vais assez (bien) pour le moment. J’ai changé d’hôpital de matin. Je suis à Envermeu pour une dizaine de jours je l’espère. Ensuite, j’irai vous voir. Vous tous j’espère que vous serez tous en bonne santé.Mes bien chers parents, je vous en dis pas davantage. Votre fils qui vous embrasse du fond (du) cœur. A toute la famille. Ravier Léon."

Carte du 19 septembre 1916, de Envermeu: "Mes bien chers parents, Je réponds à la lettre que j’ai reçu avec grand plaisir que vous allez tous bien. Je vous remercie infiniment des 10 francs qu’il y avait dans la lettre. Je suis heureux, je reçois tous les deux jours des lettres de mon frère Philippe. Il va bien. Aujourd’hui, il me dit qu’il a vu Peronnier Léon et beaucoup d’autres copains de mon Bataillon qui sont remontés aux tranchées. Si j’avais pas été blessé, je serais où était mon frère Philippe, je pourrais (j’aurais pu) le voir. Mais j’espère qu’il sera bientôt relevé. Mes bien chers parents, je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur. Ravier Léon."

Fin septembre ou courant octobre, Léon, guéri de sa blessure, quitte la région de Dieppe et retrouve son Bataillon dans les Vosges. 

Carte du 1er novembre 1916, de Granges, dans les Vosges: "Mes chers parents, Je viens de recevoir votre lettre avec le plus grand plaisir que vous allez tous. J’espère de tout cœur que ça continuera jusqu’à la fin de cette horrible guerre, que nous aurons le bonheur de nous revoir un jour pour toujours. Ca sera le plus beau jour de la vie. Je pense souvent à ma petite sœur Suzanne que j’espère aller la revoir dans le courant de décembre, ainsi que vous tous. Je vous dirais, j’ai été heureux de recevoir des nouvelles de mon frère Philippe. Je suis heureux de (le) savoir en bonne santé, et de (le) savoir toujours au même endroit. J’espère qu’il restera encore quelques temps, car il me dit que ça (barde ?) pas trop. Pour moi, ça va assez bien. Hier au soir j’ai été de planton pour la Compagnie. Je croyais qu’on resterait quelques temps dans le pays de Granges que vous voyez sur la carte. Mais au soir, un ordre est arrivé, on est parti ce matin à 6h30, on a fait 22 kilomètres pour venir où je suis ce soir à Ste Hélène. Le pays n’est pas grand, mais après demain, on repart pour aller dans un autre pays. C’est terrible, on passe le repos à voyager. Je vous en dis pas davantage. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à tous. Léon.

Carte du 10 novembre 1916, de St Maurice, près Rambervillers: "Mes chers parents, Je viens de recevoir votre lettre avec grand plaisir que vous allez tous bien, et je vous remercie infiniment des cinq francs qu’il y avait dans la lettre. Pour moi, ça va très bien pour le moment, toujours au repos. Je vous dirais qu’ils ont restreint les permissions à 10 pour cent au lieu de 40 pour 100. En fin j’espère d’y aller quand même (et) que j’aurais ce bonheur. Je viens de recevoir des nouvelles de mon frère Philippe. Je suis heureux, il va bien, et de savoir que ça (barde ?) pas trop. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille."

Le 7 décembre 1916, Léon est à Lyon, gare de Perrache, vraisemblablement après une permission: " Mes chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Me voilà arrivé à la Gare de Perrache en bonne santé avec Lassiaz de St Thomas. Mais on se quitte ce matin, lui part dix minutes après moi. Je vous dis pas davantage pour aujourd’hui. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille. Ravier Léon."

Carte du 9 décembre 1916, de Raon l'Etape, titrée " Guerre 1914-1915 – Les Vandales ont passé ! Ruines du Château Amos.": " Mes chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. J’ai descendu au pays que vous voyez sur la carte, et, hier au soir, j’ai rejoint ma Compagnie, et ce soir, je (vais au ?) petit poste. Ça (barde ?) pas trop, mais on est dans la neige car on est dans les sapins. J’espère que ça se passera bien au petit poste car on y reste quarante huit heures, et après on descend en réserve. Mes chers parents, je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille. Ravier Léon.  

Carte du 10 décembre 1916, achetée à Lyon : "Mes chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Pour l’instant, ça va pas mal. Aujourd’hui, je suis au petit poste jusqu’à demain midi. Ça (barde ?) pas trop, mais il fait pas chaud. Mes bien chers parents, j’ai touché le colis, il y a rien de gâté, ainsi que la lettre qui avait les cinq francs dedans. Je vous remercie infiniment. J’espère de tout cœur que vous serez tous en bonne santé. Mes chers parents, je vous dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Moi je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille. R. Léon."

Carte du 12 décembre 1916, toujors de Raon, titrée: "Guerre 1919-1915 – Les Vandales ont passé ! Ce qu’ils ont fait de la Rue Jules Ferry.": " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Ça va pas mal pour l’instant, mais il fait mauvais temps … et de neige. Aujourd’hui, on est de réserve jusqu’à demain midi. Ensuite, on prend un petit poste 48 heures. Ca (barde ?) pas trop. Mes chers parents, je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Moi je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille. Ravier Léon. Je suis en ligne au …

22.05.2007

Le recensement de 1861

50abc57e666a5195798a1215a46552e7.jpgLe recensement du 26 mai 1861 (un peu plus d'un an après l'annexion à la France) dénombre 887 habitants dans l'ensemble d'Esserts-Blay, 641 dans les hameaux de Blay, 246 dans ceux de St Thomas.

1. Blay compte alors 9 hameaux habités:

Le Mas compte 20 familles et 112 habitants, principalement des BLANC ou GLAISAT BLANC (25), des PERONNIER (21), des MERCIER (12) et des RAVIER GARON (11). Tout le monde est cultivateur sauf: le curé Jean Pierre GARON (agé de 71 ans), 1 gallocher (Jean Marie MERCIER), 2 couturières (Josephte MERCIER née VOISIN, femme du gallocher, et Jacqueline RAVIER GARON), 4 domestiques et 4 journaliers (sur les les 4 journaliers, il y a 3 indigents - Hippolitaz RAVIER GARON et ses 2 enfants -, et 1 infirme - Marie RAVIER GARON-.). Le recensement donne également les renseignements suivants: outre les 3 indigents et l'infirme cités juste avant, 2 aliénés, 1 idiote, 1 crétine, 1 goitreuse, 3 sourds, 2 sourds et idiots, 1 sourd et muet, et 1 estropié.

Le hameau de Blay compte 14 familles et 65 habitants, principalement des FONTAINE / FONTAINE TRANCHANT (15), des GONTHIER (9), des BOSON / BOSON SAUGE / SAUGE (8) et des RAVIER GARON (8). En dehors des cultivateurs, on dénombre: 2 instituteurs - Honoré GROGNIET et Virginie GUILLOT (l'école est au Planay, quartier qui semble donc rattaché à Blay) -, 1 marchand ambulant (Jean Antoine FONTAINE, noté comme étant estropié), 4 tisserandes, 1 couturière, 2 journaliers et 1 domestique. Apparemment, un seul idiot dans le hameau, et 1 personne pour laquelle il est noté "haut mal" (Appolonie FONTAINE, par ailleurs tisserande). On notera que le seul domestique du hameau est employé par la maison Martin REY, futut Maire du village de 1866 à 1871; cette maison abrite également un "rentier attaché à la maison" en la personne de Joseph GONTHIER.

Le hameau des Pierres, juste au dessus de celui de Blay, compte 4 familles et 23 habitants, 8 SANTIQUET, 7 FILLION PEYOUX et 6 VARCIN. Tout le monde est cultivateur. Aucune pathologie signalée.

Aux Cours, on compte 9 familles et 61 habitants, surtout des AVRILLIER (17), BLANC / GLAISAT BLANC (9), et des BOSON SAUGE (8). A part Pierre FILLION, cordonnier, tout le monde cultivateur, sans pathologie notée.

13 familles et 67 personnes habitent au Char: en majorité des AVRILLIER (38), et aussi des PERROUX (9). Joseph AVRILLIER est tonnelier (il a 68 ans). Jean Joseph AVRILLIER (45 ans) et son fils Emile (12 ans) sont marchands colporteurs. Tous les membres de la famille de Jean Joseph AVRILLIER (sa femme et leurs 5 enfants) sont notés comme indigents. Il y a également 2 domestiques et 6 journaliers, dont les 5 membres de la famille de Marie PERROUX. Le recensement dénombre enfin 2 idiots, 1 crétine, 1 aveugle et 1 sourde.

Aux Moilles, habitent 12 familles et 56 habitants, principalement des MERCIER (19), des BLANC / GLAISAT BLANC (8) et des VOISIN (6). Tout le monde est cultivateur, sauf Marie VOISIN, qui est tisserande. On compte également 6 indigents et 1 estropié.

Les 3 hameaux périphériques de Blay, la Combaz, la Poyat et la Fouettaz sont encore très peuplés: 63 habitants à la Combaz (48 en 1931), 87 à la Poyat (23 en 1931) et 107 à la Fouettaz (42 y compris Noiray et le Plan du Chouet en 1931). La Poyat et la Fouettaz comptent chacun une "petite école" (dite aussi école d'hiver), avec chacune une classe mixte. Ces 3 hameaux vont perdre 144 habitants (soit 56 % de leur population - cela représente même une perte des 3/4 pour la Poyat) en 70 ans. Il est vrai que la Poyat et la Fouettaz comptent, à l'époque, chacun une pétite école avec une classe mixte chacune

La Combaz compte 14 familles et 63 habitants, principalement des TEILLIER / CATHELIN TEILLIER (17) et des VARCIN (7). On y trouve 1 taillandier, Pierre VAUTHIER, et 1 cloutier, Alexandre LALLAZ. Et également 4 journalier(e)s et 2 domestiques. Enfin 1 personne indigente et 1 sourd.

A la Poyat habitent 16 familles et 87 individus, surtout des BLANC / GLAISAT (27), des LASSIAZ (19) et quelques MERCIER (6). On dénombre 1 tisserande (Virginie BERLTRAMELLI), 7 domestiques, 7 journalier(e)s, 2 sourds et muets, 2 idiots, 1 crétin et 1 estropié de la main gauche.

La Fouettaz compte 20 familles et 107 individus, soit presque autant qu'au Mas, principalement des MERCIER (35), des VOISIN (13), des TRANCHANT (9), des GIROD (9) et des VELLAT (8). Jacques PISSETTI y est taillandier (il emploie 1 ouvrier domestique), tandis que François MUGNIER est garde forêts et Marie MERCIER couturère. On compte également 2 domestiques (en plus de l'ouvrier taillandier). 1 estropié et 1 borgne sont notés.

2. Coté St Thomas (246 habitants), 7 hameaux habités.

Le Charanger, malgré ses m d'altitude (c'est le hameau habité le plus élevé de tout Esserts-Blay), est de loin le hameau le plus peuplé de St Thomas, avec 77 habitants répartis dans 12 familles (en 2007, il n'y a plus, depuis déjà pas mal de temps, d'habitants à l'année au Charanger). Ses habitants sont principalement des LASSIAZ (31), des VERNIER (12), et des GIROD (10). Toutes les personnes en âge de travailler sont cultivateurs(trices). 4 familles ont les moyens d'employer chacune 1 domestique. On note 2 estropiés, 1 d'un braus, l'autre d'un pied.

Le Replein, juste un peu plus bas, compte 4 familles et 16 habitants, 2 familles VELLAT, 1 FERLAY, et 1 ROCHE. Les 2 familles VELLAT (Thomas et Jean) emploient chacune 1 domestique. Tout le monde est cultivateur.

La Ville, encore un peu plus bas, compte 32 habitants répartis en 5 familles, 2 familles TRAVERSIER (14), 2 familles FAY (10) et 1 famille Roche (3). Josephte FAY est tisserande. Michel ROCHE, cultivateur, emploie 1 domestique.

3 familles de LASSIAZ (Jean Joseph, Marie, et Jean Baptiste) soit 24 personnes, habitent au Fay. Tout le monde est cultivateur.

Aux Bochets vivent 5 familles (4 familles de BOCHET et 1 de FERLAY), soit 31 personnes (18 patronymes BOCHET). Les 4 familles BOCHET emploient chacune 1 ou 2 domestiques (6 domestiques au total), tandis que les 2 membres de la famille FERLAY, Marie et son fils, sont indigents (Marie est journalière).

La Ramaz regroupe 4 familles (TRAVERSIER, FERLAY, BOCHET + le curé) et 21 personnes. Le curé de la paroisse est Jean COLLOMB (62 ans), il emploie 1 domestique. Les autres habitants sont cultivateurs.

Aux Ferlays habitent 45 personnes, soit 8 familles: des FERLAYS bien sur (13 personnes), des GUICHARD (10), des TRAVERSIER (10) et des DALES (7). Rozalie GUICHARD est couturière, et Caroline FAY est domestique (chez Marie TRAVERSIER). Le recensement fait également de 2 idiot(e)s.

3. Les métiers: la grande majorité de la population travaille la terre. On trouve dans le village quelques artisans, mais uniquement dans les hameaux de Blay:

- 2 tailliandiers: Pierre VAUTHIER à la Combaz, et Jacques PISSETTI à la Fouettaz (ce dernier emploie 1 ouvrier)

- 1 cloutier: Alexandre LALLAZ à la Combaz

- 1 tonnelier: Joseph AVRILLIER au Char

- 1 gallocher: Jean Marie MERCIER au Mas

- 1 cordonnier: Pierre FILLION aux Cours.

Le secteur textile occupe 5 couturières (2 au Mas, 1 à Blay, 1 à la Fouettaz et 1 aux Ferlays à St Thomas) et 7 tisserandes (4 à Blay, 1 aux Moilles, 1 à la Poyat et 1 à la Vile à St Thomas).

3 marchands ambulants ou colporteurs habitent le village: Jean Antoine FONTAINE à Blay, et Jean Joseph AVRILLIER et son jeune fils Emile au Char.

Blay compte 1 instituteur (Honoré GROGNIET) et 1 institutrice (Virginie GUILLOT). Aucun autre instituteur n'est mentionné, malgré la présence de 3 écoles de hameau à la Poyat, la Fouettaz et St Thomas. L'explication tient peut être au fait que le recensement a été réalisé à la fin du mois de mai, période à laquelle ces écoles, dites d'hiver, sont fermées. Ou peut être la classe est elle faite par des personnes du village dont le métier premier n'est pas instituteur.

La commune d'Esserts-Blay emploie 1 garde forêts, en la personne de François MUGNIER, qui habite à la Fouettaz.

Enfin le village compte 2 paroisses, donc 2 curés: Jean Pierre GARON pour celle de Blay, et Jean COLLOMB pour celle de St Thomas. 

4. Les noms de famille: notons tout d'abord que ce recensement donne le nom patronymique des femmes mariées ou veuves.

Pour accéder à la synthèse des noms patronymiques par hameau (fichier EXCEL), cliquez sur le lien ci-après Esserts-Blay - recensement 1861 - site internet.xls

Sur l'ensemble du village, 4 patronymes se détachent nettement et sont portés par plus de 1 habitant sur 3 (312 au total). Ce sont, sans surprise: MERCIER (90 habitants, soit 1 sur 10), LASSIAZ (86 habitants, soit presque 1 sur 10), BLANC / GLAISAT BLANC (72), et AVRILLIER (64).

De ces 4 patronymes, seul LASSIAZ est porté de façon significative à la fois à Blay et à St Thomas: 57 LASSIAZ à St Thomas (soit presque 1 santhomarain sur 4) et 29 à Blay. MERCIER, BLANC / GLAISAT BLANC et AVRILLIER sont des patronymes de Blay (2 MERCIER, 2 BLANC et aucun AVRILLIER à St Thomas)

Il y a des LASSIAZ dans presque tous les hameaux habités de St Thomas (sauf aux Ferlays) mais surtout au Charanger et au Fay. A Blay, on en trouve au Mas (8), au Char (2) et surtout à la Poyat (19).

Les MERCIER sont principalement à la Fouettaz (35), aux Moilles (19) et au Mas (12). Les BLANC / GLAISAT BLANC habitent surtout à la Poyat (27), et au Mas (25). Les AVRILLIER squattent le Char (38) et les Cours (17).

A St Thomas, l'éventail des patronymes est relativement restreint. 1 santhomarain(e) sur 2 (126 sur 246) s'appelle soit LASSIAZ (57), soit TRAVERSIER (34), soit FERLAY (29), soit BOCHET (26). Et TRAVERSIER, FERLAY et BOCHET ne sont quasiment portés qu'à St Thomas (1 seul représentant de chacun de ses patronymes à Blay).

Les autres patronymes portés de façon significative à St Thomas sont: GIROD (12), VERNIER (12), FAY (11), ROCHE / ROCHAIX (11), GUICHARD (10). On notera que GIROD est assez commun à Blay (25 personnes portent ce patronymes), ce qui n'est pas le cas de VERNIER, FAY, ROCHE / ROCHAIX et GUICHARD qui n'ont pas de représentant à Blay.

A Blay, 1 habitant sur 3 (222) s'appelle MERCIER (88), BLANC/GLAISAT BLANC (70) ou AVRILLIER (64). Les autres patronymes couramment portés à Blay sont: FONTAINE / FONTAINE TRANCHANT (33, surtout à Blay et à la Fouettaz - on notera que ce patronyme a disparu à Esserts-Blay au cours du XXème siècle), PERONNIER (32, surtout au Mas et à Blay), SAUGE / BOSON / BOSON SAUGE (30, Blay et les Cours principalement), GIROD (25 - la Fouettaz et le Mas), VOISIN (21 - la Fouettaz et les Moilles) RAVIER / RAVIER GARON (20 - Le Mas et Blay) et TEILLIER / CATHELIN TEILLIER (19, dont 17 à la Combaz).

Puis on trouve des VELLAT (15), VARCIN (14), FILLION / FILLION PEYOUX / FILLION NICOLLET (13), COLOMBIER (12), PERROUD / BOSON PERROUD (12), GONTHIER (10), SANTIQUET (10), GRANGE (9), GUEILLAND / ROSSAT GUEILLAND (9), REY (8), VALLOZ (6), puis BATTENDIER, DODET, TETAZ, DENCHE ...

 

 

 

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