17.06.2008
Les Maires d'Esserts-Blay
La notion de communauté villageoise s’est développée au moyen age, d’une double nécessité :
- gérer de façon à la fois collective les biens communs, essentiellement les forets et les pâturages de montagne ; en Tarentaise, ces biens communs représentent 70 % de la surface du sol, ils sont une importance économique cruciale en montagne.
- défendre les intérêts collectifs des habitants, obtenir de nouveaux droits, face, d’abord face au seigneur local, puis face aux officiers comtaux puis ducaux.
Parallèlement s’est développée en ville la notion de communauté urbaine.
La communauté villageoise est composée de « communiers ». Ces communiers sont d’abord les copropriétaires indivis des biens communaux. Ils habitent la commune. En règle général, on est communier de père en fils. On peut aussi, plus rarement, le devenir après avoir été agréé et s’être acquitté du droit de communage. La communauté ne regroupe donc pas tous les chefs de famille du village, seuls en font partie les copropriétaires des biens communaux.
Au fil du temps, les communautés villageoises se sont organisées. Les décisions sont prises en Assemblée Générale, qui se réunit une à deux fois par an, soit à l’Eglise ou devant l’Eglise, soit sur la place du village. La présence de tous les communiers est quasiment obligatoire. Le Châtelain, (selon le cas, le seigneur lui-même, ou son représentant habitant le château local – au fil du temps, le châtelain est le représentant local du Duc de Savoie), est également présent. L’Assemblée Générale élit un ou plusieurs Syndics (c’est un poste difficile qui ne se refuse pas), selon l’importance de la commune, qui préparer les décisions à faire ratifier en AG et assure l’exécution des décisions prises par l’AG, et représente la commune vis à vis de l’extérieur.
Le Syndic est donc l’ancêtre du Maire.
Au XVIème siècle, le Duc Emmanuel Philibert réforme l’administration du Duché et fait de la communauté d’habitants l’unité fiscale de base. Le tache de Syndic devient un travail à temps plein. Il doit s’occuper de percevoir les tailles, des affaires militaires, de gérer les biens communs, de faire entretenir les bâtiments publics, et aussi défendre les droits et privilèges de la commune face à l’extérieur, et notamment face aux autres communes voisines.
Les communes de Tarentaise sont en général relativement riches avec souvent des moulins, des pressoirs, des fours etc … qui sont utilisés par les communiers. Elles peuvent acenser (location longue durée) une partie des communaux. Tout cela permet de limiter la pression fiscale sur les communiers.
La fin du Moyen Age est marqué par le renforcement du pouvoir central, sous l’impulsion des Rois Victor Amédée II (1680- 1730) et Charles-Emmanuel III (1730 – 1773). En 1738, le Roi Charles-Emmanuel fait appliquer une importante Réforme municipale (Edit du 15 septembre 1738), qui se traduit par la mise en sommeil de l’AG des communiers. C’est la fin de la communauté héritée du Moyen Age. Avec cette réforme, la commune devient le rouage essentiel de l’administration , elle exécute les ordres de l’Intendant de la Province dont elle dépend (l’Intendant est nommé par le Roi).
Les pouvoirs de l'ancienne Assemblée Générale des communiers passent théoriquement à un Conseil de 3 à 7 membres, qui se recrutent par cooptation « parmi les plus aisés, plus capables, et plus en état de servir la Communauté ». Le Conseil est présidé par un Syndic, renouvelé chaque année.
Mais le vrai pouvoir est aux mains du Secrétaire, chargé des tâches administratives. Le Secrétaire est un Notaire, désigné par les Conseillers sous réserve de l’accord de l’Intendant de la Province, qui décerne les patentes. C’est lui le véritable homme orchestre, pratiquement seul intermédiaire entre la commune et le pouvoir quasi universel de l’Intendant. Ses principales missions : publier les édits, veiller au cadastre, établir le rôle de la taille et de l’impôt sur le sel, contrôler la gestion des biens collectifs et l’entretien des ponts et chemins.
En général, un Secrétaire administre plusieurs communes voisines, de 2 à 7, souvent 4 ou 5, ce qui est à la fois une source de revenus et aussi de notoriété qui permet de drainer vers son étude notariale quantité d’actes et contrats divers. L’Intendant de la Province (qui correspond en gros au Préfet actuel, avec des pouvoirs beaucoup plus importants), souvent peu au fait des affaires locales, ne contrôle pas vraiment les nominations de Secrétaires, et s’en remet à l’influence des dynasties notariales. Ces dynasties notariales accaparent les postes, et en arrivent souvent à considérer ces charges comme un bien transmissible. Il est rare qu’un Secrétaire soit désavoué ou révoqué par l’Intendant. Le pouvoir du Secrétaire est encore plus absolu s’il déteint en plus la charge de châtelain, donc le pouvoir de justice judiciaire. Et c’est souvent le cas. Ce cumul est même encouragé par les Intendants afin d’éviter des heurts qui peuvent se produire si ces 2 charges sont exercés par des personnes en désaccord l’une avec l’autre.
Au cours de l’automne 1792, la Savoie devient le 84ème département français sous le nom de « Département du Mt Blanc ». Elle adopte les nouvelles lois et institutions françaises, issues de la Révolution de 1789. C’est à ce moment qu’apparaissent officiellement la municipalité (en lieu et place de la communauté), et le Maire (en lieu et place du Syndic).
Le Maire est désormais élu (et non plus nommé) au suffrage direct, pour 2 ans renouvelables, par les citoyens actifs de la commune, ceux acquittant une contribution au moins égale à 10 journées de travail.
Le rapprochement définitif de Blay et de St Thomas date du 27 décembre 1794 (jusqu'alors, Blay avait rattaché le plus souvent, mais pas tout le temps,à St Thomas. Mais Blay a aussi pu être, en 1793 et/ou en 1794, soit une commune autonome, soit liée à St Paul).
Quelques maires de la période 1792 - 1800:
- François LASSIAZ, Maire de St Thomas des Esserts suite aux élections du 24 mars 1793, renouvelé Maire de la commune de St Thomas et Blay après le rattachement de Blay à St Thomas du 27 décembre 1794
- Jacques FONTAINE, "Maire" de la "municipalité provisoire de Blay" entre mars 1793 et décembre 1794 (se reporter au chapitre 15 sur la période 1792 - 1815), puis Officier municipal de la nouvelle commune de St Thomas et Blay à partir de décembre 1794
- Joseph GIROD après l'élection du 18 janvier 1795. Il est probablement resté Maire de la commune jusqu'à son décès à l'automne 1804.
La Constitution napoléonienne de l’an VIII (février 1800) marque un tournant et affirme clairement la principe de la centralisation du pouvoir. Les Maires ne sont plus élus, mais nommés, soit par le gouvernement pour les communes de plus de 5000 habitants, soit par le Préfet (lui-même nommé par le gouvernement) pour les communes de taille plus petite.
Les Maires d’Esserts-Blay de la période sont :
1800 - 1804: Joseph BOCHET (Secrétaire: Charles FONTAINE, de Conflans)
1804: Jean BLANC (à partir du 6 octobre 1804, suite au décès de Joseph BOCHET)
1808 - 1809 : Jean BLANC
1809 – 1813 : Joseph TRAVERSIER
1813 – 1815 : Martin REY
Suite aux défaites de Napoléon (1814, puis 1815), la Savoie revient dans le giron du Royaume de Piémont Sardaigne. Le Roi décide un retour pur et simple aux institutions d’avant 1792.
Sur le plan communal, le Roi Victor Emmanuel rétablit, dès le 26 octobre 1814, l’organisation administratives des communes qui existait avant 1792. On revient à l’Edit du 15 septembre 1738, complété par les Lettres Patentes du 6 juin 1775. L’Edit de 1738 prévoit que les chefs de famille « les plus forts en cadastre et plus apparents du lieu » nomment le syndic et 6 – 4 ou 2 conseillers selon l’importance de la commune.
Le Syndic est nommé pour 1 an. Comme avant 1792, le vrai homme fort, c’est le Secrétaire, obligatoirement Notaire, nommé par l’Intendant (le Conseil lui propose 3 noms) , et qui peut exercer ses fonctions sur 6 communes au maximum.
L’Edit royal du 31 décembre 1815 vise à rehausser la position du Syndic (par rapport au Secrétaire), et aussi à en faire un instrument du pouvoir. Le Syndic est désormais nommé pour 2 ans, soit par l'Intendant (dans les communes de moins de 3000 habitants), soit par le Roi (dans les communes plus importantes). Le Syndic peut voir sa fonction prolongée au-delà des 2 ans, mais uniquement sur décision du Roi.
Les Edits de février 1819 et surtout du 20 mars 1826 marquent l’affirmation du pouvoir central sur la vie des communes : le Conseil communal perd toute compétence en matière budgétaire, le budget étant désormais fait par le Ministère de l’Intérieur. En contrepartie, le syndic est nommé pour 3 ans.
Des syndics de la période:
- Nicolas GUEILLAND est Syndic le 30 janvier 1821 (Secrétaire: Etienne François Isidore REYMOND, notaire royal)
- Joseph AVRILLIER, à feu Joseph, est nommé Syndic le le 30 janvier 1821, pour les années 1821 et 1822 (nomination par l'Intendant de la province, approuvé par le Ministre de l'Intérieur) (Secrétaire: toujours E.F.I. REYMOND). Il l'est jusqu'à fin 1824.
- Louis Martin FONTAINE TRANCHANT lui succède en 1825, pour 1825 et 1826 (Secrétaire: toujours E.F.I REYMOND)
- Jean Baptiste BOCHET, de St Thomas 1827 - 1828 - 1829 (le Secrétaire est toujours le même)
- Joseph LASSIAZ est Syndic en 1831 (toujours le même secrétaire)
- Thomas LASSIAZ est Syndic en juin 1837 et avril 1839 (REYMOND toujours Secrétaire communal)

1842 marque l’année de la grande réforme de l’administration communale. Les communes sont réparties en 3 classes selon leur nombre d’habitants :
- plus de 10 000 habitants
- de 3 000 à 10 000
- moins de 3 000 habitants.
Le Conseil se réunit au complet lors des réunions. Entre les réunions, un Conseil de créance, comportant 1/10ème des membres de Conseil, remplace le Conseil pour faire avancer les dossiers. Les habitants les plus imposés représentent obligatoirement les 3/5 des conseillers. Le reste des conseillers est pris parmi les professions dont on peut penser qu’elles permettent de vivre confortablement (maître d’école, pharmacien etc …). Enfin, les non propriétaires doivent représenter 1/20ème des conseillers.
Le Syndic est choisi par le Roi pour une durée de 5 ans, renouvelable. Les Vice Syndics sont nommés pour 1 an , par l’Intendant Général. Le Conseil communal vote le budget (donc les impôts communaux) et nomme les maîtres et maîtresses d’école, chapelains, médecins, chirurgiens, et sages-femmes.
Quelques infos sur les Syndics de cette période:
- Bernard PERONNIER est Syndic en mai 1841 (rapport sur les risques d'incendie)
- Martin REY (qui sera de nouveau Maire de 1866 à 1871) est Syndic en février 1852 (reconstruction du bac de St Thomas) et en février 1853 (cession du pont de la Coutellaz à la commune)
En 1860, la Savoie est rattachée à la France de l’Empereur Napoléon III, et adopte rapidement les institutions françaises.
Sur le plan des institutions locales, la Constitution française en cours (elle date de 1852) est très autoritaire et centralisatrice. Les conseillers municipaux sont certes élus au suffrage universel. Mais les maires sont nommés par le pouvoir central (le Chef de l’Etat pour les villes de plus de 3000 habitants, le Préfet pour les autres), et peuvent être choisis en dehors du Conseil Municipal.
Dans les années 1860, un mouvement de décentralisation s’amorce lentement. Les lois de 1866 et 1867 permettent aux Conseils Municipaux de statuer définitivement sur un grand nombre d’affaires.
Les Maires d’Esserts-Blay de la période sont :
1861 – 1866 : Alexandre LASSIAZ
1866 – 1871 : Martin REY (petit fils de Martin REY, Maire entre 1813 et 1815), François BOCHET Adjoint spécial pour St Thomas.
A la chute de l’Empire, la loi du 14 avril 1871 rétablit provisoirement l’élection, dans les communes de moins de 20 000 habitants, du Maire par le Conseil Municipal (il reste nommé pour les villes de plus de 20 000 habitants). A l’époque, la question fait débat parmi les gouvernants : un Maire élu, c’est le risque qu’il échappe à la tutelle de l’Etat.
La grande loi municipale date du 28 mars 1884. Le Maire est définitivement élu par le Conseil Municipal. Dans les villes, il est la tête de liste aux élections.
La fonction de Maire prend du temps et n’est toujours pas indemnisée. Elle est donc plutôt réservé à des personnes, d’une part instruite, d’autre part riche et ayant du temps.
Ce n’est qu’en 1992, par la loi du 3 février, qu’un véritable statut de l’élu est mis en place, avec par exemple l’obligation faite aux employeurs d’accepter les absences répétées de leurs salariés ayant des fonctions municipales, et l’instauration d’un système de retraite et de sécurité sociale pour les Maires à plein temps.
Aujourd’hui, le Conseil Municipal est élu au suffrage universel pour une durée de 6 ans. Dans les communes de moins de 3500 habitants, les conseillers sont élus au scrutin majoritaire. Au 1er tour, la majorité absolue est nécessaire, ainsi que le quart des électeurs inscrits. Au second tour, la majorité relative suffit. Les suffrages sont comptés individuellement (et non au niveau de la liste). La panachage est possible. Dans les communes de moins de 2500 habitants comme Esserts-Blay, les candidatures uniques ou les listes incomplètes sont possibles.
Le Maire et les Adjoints sont ensuite élus par la majorité du Conseil Municipal.
Les principales attributions du Maire sont les suivantes :
- Il préside le Conseil Municipal et exécute les décisions de ce dernier, administre les propriétés de la commune, en gère les revenus, propose un budget, …
- Il est officier d’état civil, et, à ce titre, célèbre les mariages
- Il a compétence pour gérer, par arretés municipaux, les questions de circulation, de stationnement, de baignade, naivigation …
- Il est Officier de Police Judiciaire (ses Adjoints le sont aussi) et peut s’en servir pour assurer, dans sa commune, le bon ordre, la tranquilité, la sécurité et la salubrité publique
- Il est responsable de la police municipale et des gardes champetres
Le Maire exerce ses pouvoirs sous un double contrôle :
- celui du Préfet est prépondérant jusqu’à la Vème République
- celui du Conseil Municipal le devient sous la Vème République
Les Maires d’Esserts-Blay sous les IIIème, IVème et Vème Républiques :
1871 - 1880 : Sébastien BLANC (Marie LASSIAZ, Adjoint spécial de St Thomas)
1880 – 1892 : Jean GIROD
1892 – 1900 : Jean BLANC (Marie François LASSIAZ, Adjoint spécial pour la section de St Thomas)
1900 – 1908 : Jean-Marie BLANC
1908 – 1920 : Hippolyte MERCIER
1920 – 1925 : Alexandre MERCIER
1925 – 1935 : Joseph VARCIN
1935 – 1944 : Daniel DODET
1944 – 1954: Pierre Elie LASSIAZ
1954 – 1959: René BATTENDIER
1959 – 1983 : Fernand PERONNIER
1983 – 1985 : Yvette COLLOMBIER
1985 – 1989 : Henri LANU
1989 – 1995 : Jean-Louis MOREAU
1995 – 2001 : Chantal MERCIER
Depuis 2001 : James DENCHE
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17.05.2008
la mappe sarde de 1730
C’est par les Lettres Patentes du 9 avril 1728 que le Roi de Piémont Sardaigne décida l’exécution du cadastre de Savoie. L’objectif principal de ce cadastre était de recenser avec précision les propriétés de chacun afin d’apprécier au mieux la capacité du duché à payer l’impôt, et en répartir la charge en fonction de critères objectifs basés sur la richesse potentielle des uns et des autres. L’exécution du cadastre fut placée sous la haute direction de l’Intendant Général du Duché, basé à Chambéry, qui nomma un surintendant du cadastre pour assurer la surveillance technique du chantier.
Sur le terrain, les travaux furent confiés à des délégués, qui dirigèrent eux-mêmes une ou plusieurs escouades de géomètres. Les postes de délégués ont été confiés à des hommes expérimentés, la plupart piémontais. Le délégué et son ou ses escouades (selon l’importance de la commune) étaient assistés, localement, d’indicateurs et d’estimateurs, dont la fonction était de donner tous renseignements nécessaires sur les noms des propriétaires et la qualité des terrains.
Dès qu’il arrivait dans une localité, le délégué publiait les ordres du Roi relatifs au cadastre et les expliquait aux habitants. Puis il invitait ces derniers à présenter des indicateurs et des estimateurs. Indicateurs et estimateurs prêtaient ensuite serment de loyauté. Puis les géomètres se mettaient au travail. Une fois la mappe terminée, le délégué la faisait afficher pendant 15 jours en l’accompagnant du registre des propriétaires et de leurs parcelles. Les intéressés étaient alors invités à faire part de leurs griefs et des erreurs à rectifier. Les géomètres étaient responsables pécuniairement de leurs travaux, ils faisaient donc très attention. De plus, les travaux étaient vérifiés et contrôlés plusieurs fois, par différentes instances de contrôle et de vérification.
Des travaux récents ont montré que l’échelle utilisée a été le 1/2400ème. Les unités de mesure sont les mesures du Piémont :
- le pied = 3.167467 m2
- la table = 12 pieds = 38.009599 m2
- le journal = 100 tables = 3800.9599 m2
Les mesures faites sur le terrain ont ensuite été traduites en mesures de Savoie. Il fallut 10 ans pour, à quelques exceptions près (surtout dans le nord de la Haute Savoie), que les travaux soient terminés et validés. L’Edit qui mit en application les conclusions du cadastre pour la répartition de l’impôt, dit Edit de péréquation générale, a été signé le 15 septembre 1738. Il a fallu en gros 5 ans pour faire les plans, calculer les superficies et estimer le revenu des parcelles, et 5 ans pour examiner les requêtes des uns et des autres, notamment celles des classes privilégiées habituées à échapper à l’impôt.
Il a fallu ensuite faire vivre ce cadastre, qui est une photographie des propriétés à un instant précis. C’est le Conseil de la communauté et son Secrétaire qui sont chargés de conserver le cadastre, et surtout de consigner les mutations, à l’aide du Livre journalier et du Livre des transports.
On notera que les 2 communautés de Blay et St Thomas ont fait cadastre commun. L'intitulé de la mappe est d'ailleurs "territoire de St Thomas des Esserts", ce qui confirme que, au moins sur le plan temporel, St Thomas est le chef-lieu, et Blay n'est un quartier périphérique. Cet état de fait ne devait pas plaire aux habitants de Blay. Le 7 juin 1750, le Syndic et les Conseillers de Blay (le Syndic est Hipployte BOZON PERROUD, et les Conseillers Pierre REY GRANGE et Bernard PERONNIER) se réunissent chez le Secrétaire et demandant la séparation de Blay par rapport à St Thomas. Les arguments sont les suivants: les nombreux conflits entre Blay et St Thomas au sujet des communaux en montagne et des chemins, les désaccords au sujet de la milice quand le Seigneur Intendant exige sa levée, l'éloignement de Blay par rapport à St Thomas, et le fait que Blay est 2 fois plus étendu que St Thomas. Concernant la mappe, les communiers de Blay "s'offrent de faire refaire, à leurs frais, un autre cadastre, livre journalier et livre de transport, implorant à ces fins le Seigneur Intendant de la Province de Tarentaise pour obtenir de Sa Majesté la séparation d'avec St Thomas des Esserts, et former Blay pour une paroisse" (à l'époque, la distinction entre communauté et paroisse n'est pas vraiment faite).
Les principaux chemins et voies de communication:
Pour visualiser la mappe sarde, cliquez sur les liens ci-après:
Schéma synthétique: lieux-dits et chemins en 1730.jpg
La chapelle et le_Maz de Blay en 1730.jpg
La_Poyat et_La_Fouettaz en 1730.jpg
Le chemin principal relie St Paul à Grignon par les hameaux du Mas (où se situe la chapelle de Blay, à l'emplacement de l'actuelle église), des Cours, de la Bruyère, puis de la Combaz. En arrivant à St Thomas, il se divise en deux: le chemin du bas par la plaine de St Thomas, et le chemin du haut par Chaniay (le Chenet), les Bochets, la Ramaz et l'Eglise de St Thomas. Les 2 chemins se rejoignent au Pontet, lieu-dit situé dans la plaine en dessous de l'Eglise. Du Pontet le chemin continue vers Grignon par la forêt de Rhonne.
Au Mas de Blay, un chemin monte dans la montagne par le village des Perroud, Courbacière, la Provence (aujourd'hui, on dit la Province), le Laquais d'en bas et la Traversette. De la Traversette, on peut ensuite aller, soit dans les hauts de St Paul par le Condu (aujourd'hui l'Econdu), soit au Darbelay, soit en direction de la Duit.
Aux Cours, un chemin part sur le droite, traverse le Chard, puis descend dans la plaine au bord de l'Isère. Un autre monte sur la gauche au dessus des Pierres.
Situé un peu au dessus de l'axe St Paul - Blay - St Thomas - Grignon, le village de la Poyat est un carrefour important. De ce village partent plusieurs chemins: un 1er permet de descendre sur le chemin principal St Paul - Grignon par le Noiray et Cloutrier; un 2ème continue vers le village des Mercier et la Fouettaz et monte ensuite, en suivant en gros la direction de l'actuelle route du Darbelay, vers la Tuile, Plan Fay, Latié, Fontaine Froide et la Traversette; enfin 2 chemins montent directement au dessus de la Poyat et permettent d'atteindre le Trembloz (les Trembles), d'où on peut rejoindre la Duit et la Traversette.
Signalons qu'entre la Poyat et la Fouettaz, à hauteur du village des Mercier et de la Frasse, au bord du ruisseau, ont été construits 2 moulins et 1 pressoir d'huile (voir plus loin); juste à coté un chemin permet de rejoindre la Combaz par Neiple et le Boulié.
A St Thomas, les hameaux paraissent moins bien reliés entre eux. Nous avons évoqué le chemin du bas (par la plaine) et le chemin du haut (par la naz, les Bochets, la Ramaz et l'Eglise). Un chemin arrive de Grignon au Fay et continue vers le Cey. Un autre passe au niveau de Champ Bernard, du Charanger, et de la Roche. Un autre relie La Ville et la Croix, mais ne pas pas connecté aux autres. Enfin, un chemin est noté tout en haut, dans les alpages, entre le Mont et Freidier.
Eléments concernant les activités économiques et artisanales de Blay et St Thomas:
Il existe à l’époque une scie (scierie), appartenant à Joseph GLAISSAT BLANC et son frère, située vers les Roches (parcelle n° 3954)
Il y a peut être un projet de création d’une autre scie, à la Resse, sur un terrain appartenant à Noble Philibert Du Verger (parcelle n° 638 : il est noté « terre, soit placeage d’une scie »)
Trois moulins sont en activité :
. Celui de Jean Avrillier à feu Pierre, et à ses neveux, situé au Cruet (parcelle n° 1632)
. Celui de Noble Joseph François Manuel (de Locatel), situé au village des Merciers (parcelle n° 2327)
. Celui de Hippolyte Mercier, situé à coté du précédent (parcelle n° 2319)
On trouve trace de deux ruines de moulin (« masure autrefois moulin »), appartenant toutes deux à Noble Christophe Du Verger, l’un au Gaday (parcelle n° 4380), l’autre à la Villaz (parcelle n° 5739).
Il existe aussi un pressoir d’huile, à la Frasse, appartenant à Félix Mercier et à ses frères (parcelle n° 2331)
Et une dizaine de fours, dont :
. Cinq appartiennent à la communauté de Blay, à Blay (parcelle n° 2), à la Poix (n° 988), à la Combe (n° 2205), à la Fouettaz (n° 2410), et vers les Mercier (n° 2421)
. Celui du Chariondet (parcelle n° 4942) appartient à Claude Paillardet (important propriétaire à St Thomas, domicilié à Tours)
. Celui de la Perrière appartient à Antoine Rosat Guchilliand (il est noté comme « four en commun », parcelle n° 908)
. Celui du Perchet (Parchet) appartient à Philippe Santiquet à feu Antoine, il est situé à coté de sa maison (parcelle n° 851)
. Celui de la Poyat dessus appartient à la famille Mercier ( Jean-François et son frère, Antoine à feu Louis et son frère) (parcelle n° 1305)
Enfin il y en a un, ou il y en a eu un, à Charangière (le Chanranger), (en tous cas, il est noté « pâturage et place de four »), sur un terrain appartenant à Humbert Giraud à feu Pierre (parcelle n° 5207)
Chapelles: En dehors de l'église de St Thomas et de la chapelle de Blay (qui deviendra église en 1803), deux chapelles sont notées dans la tabelle des propriétaires, toutes deux dans le hameau de la Combe:
- Une appartient à Jacques FILLION, Notaire Royal; elle est située un peu au dessus du hameau (parcelle n° 2192), au lieu-dit "Rebriez", jusque à coté d'une grange appartenant à Jean Guillaume ROSSAT
- L'autre est la possession de ce même Jean Guillaume ROSSAT; elle est à la sortie du hameau, juste en contre-bas du chemin de St Thomas (parcelle n° 2177).
Les "fonds communaux pour l'usage commun", c'est à dire les biens appartenant aux deux communautés de Blay et de St Thomas:
Ils couvrent 467.7 ha, soit 1/3 de la superficie totale de Blay et St Thomas. La communauté de St Thomas est bien moins riche (ou bien plus pauvre) que celle de Blay: les biens communaux couvrent une superficie de 359,5 ha à Blay et 108.2 ha à St Thomas, soit un rapport de 3 à 1. La communauté de Blay possède 5 fours, celle de St Thomas un seul.
A Blay, les biens communaux sont principalement en montagne, où se trouvent les pâturages et les forêts, au Darbelay (248.6 ha), et au dessus des Trembles (40.5 ha). Ces 2 sites représentent 80 % de la superficie des communaux de Blay. Il existe d'autres parcelles communes, notamment 3 parcelles de bois et brouissailles, contigues, de 50.8 ha au total, juste au dessus du hameau de la Thiournaz, et plusieurs autres au bord de l'Isère, sous le Château.
A St Thomas, les biens communaux sont plus disséminés: 46.6 ha de forêts au sommet du village, au dessus de Freydier, 4.4 ha de rocs et broussailles au dessus du Charanger, 3.2 ha de forêts vers le Fay, 3.6 ha vers le Chatelard, 13.5 ha dans la combe de Chez Loup et 7.8 ha au bord de l'Isère, sous l'église + une parcelle de 19 ha que je n'ai pas localisée (n° 6038), certainement en limite avec la forêt de Rhônne.
Eléments sur les patronymes:
Nous avons recensé 379 propriétaires différents : Les patronymes les plus fréquents sont :
Avrillier : 40 propriétaires, plus de 1 propriétaire sur 10
Glaissat Blanc : 23 propriétaires, auxquels ont peut rattacher 2 Glaissat, 4 Glaissat Merlan ou Mellan, 2 Glaissat Pantillon ; on peut noter que seuls 2 propriétaires se nomment Blanc tout court, et le dénommé Blanchet. Au total, cela fait 34 propriétaires, soit 9 % du nombre total
On notera donc que, en 1730, un propriétaire sur cinq s’appelle Avrillier ou Glaissat Blanc.
Les autres principaux patronymes:
Les Fontaine, Fontanna ou Fontainaz sont au nombre de 22, aux quels on peut ajouter un Fontaine Tranchant.
Les Ferlay (« Freley » sur le cadastre) sont au nombre de 19 ; il faut peut être leur rattacher les 5 Savoiand/Savoiend .
Les Ravier ou Ravier Garon sont 18.
Les Fillion-Peyoud (« Fillion-Pejoux ») sont 17, auxquels on peut ajouter 2 Fillion et 1 Fillion Bantin.
Les Rey, Rey-Grange et Rey-Valley sont 16, comme les Teillier et Teillier Cathelin.
Les Velaz ou Vellat sont 12, Les Rossat Gueilland sont 11.
Les Mercier ne sont que 10, comme les Voisin.
Ensuite, on trouve 9 Peronnier (« Peyronier »), 9 Girod, et 8 Tetaz, Testaz, Tetta ou Tettaz.
Concernant les autres patronymes, que l’on retrouve plus tard parmi les patronymes d’Esserts-Blay, on trouve : 3 Allemoz, 5 Bochet, 1 seul Bozon Perroud, seulement 2 Bozon Sauge, 2 Cavagnet, 4 Colombier, 1 Cretet, 3 Fay, 2 Gaudichon, 4 Gontier, 6 Lassiaz (+ 1 Lachat), 4 Monardet (Morardet), 3 Muttet, 5 Nachon, 3 Perinet, 3 Rochaix, 5 Roche, 3 Traversier, 4 Valloz et 3 Varcin.
Quatre familles nobles ont des propriétés à Blay ou à St Thomas: (il y a des incohérences avec l’armorial de Foras).
D’abord les deux branches de la famille seigneuriale locale, les du Verger.
Philibert du Verger, seigneur de Blay, possède un peu plus de 22 ha de terres, principalement à Blay, aux alentours de la maison forte (7.1 ha), et, dans la plaine bordant l’Isère, au Vernay (14.6 ha). A St Thomas, il ne possède qu’une parcelle de 0.5 ha, au lieu-dit « cher Loup ».
Comme nous l’avons vu, la maison forte de Blay est en ruine. Les du Verger n’y résident plus depuis au moins l'incendie qui a ravagé le bâtiment en 1609. Une grange, de taille relativement importante, existe à proximité de la maison forte.
Son frère François, ecclésiastique, dispose de 0.4 ha de bois et de vignes, à coté de la maison forte.
Du coté des du Verger de St Thomas, seul Christophe, chanoine et doyen de Tarentaise depuis 1720 (selon Foras), qualifié sur la mappe de « seigneur de St Thomas », est noté comme possédant des biens sur le territoire : les deux anciens moulins déjà évoqués à St Thomas, un au Gaday, un à la Ville. C’est étrange car le véritable seigneur de St Thomas à cette époque est Charles Philibert, brillant militaire, qui va obtenir le titre de baron de St Thomas en 1739.
Deux autres nobles ont également des biens à Blay ou à St Thomas.
Joseph François Manuel (de Locatel) a également plusieurs propriétés à St Thomas et à Blay, pour un total de 11,8 ha. Il a également 4 ha de terres en indivision avec Jean-François Mercier et ses frères. Joseph François Manuel est un personnage très important. Il a son domicile principal au Château de Costaroche (Château Manuel de Locatel), sous Conflans. Sa fortune est considérable, et la surface totale de ses propriétés terriennes se monte à 350 hectares environ.
Enfin, Constantin de Bongain, de Pallud, possède 4600 m2 de pâturage (parcelle n° 2687) au Condu (l’Econdut). Les De Bongain sont une vieille famille savoyarde, que l'on retrouve à Chambéry, à St Gervais en Faucigny et à Pallud.
On notera également que Claude Paillardet, à feu Claude, de Tours est un important propriétaire, notamment à St Thomas : 8,6 ha en propre + 8,4 ha en indivision avec Guillaume Rochaix + 0.95 ha avec Guillaume Rochaix et Thomasse Rochaix + une parcelle de 3,2 ha aux Douves en indivision avec des Lassiaz, Vernier, Rochaix, Traversier et Roche.
14:33 Publié dans 11 La mappe sarde de 1730 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : esserts-blay, blay, st thomas, histoire, savoie
10.12.2007
La Savoie française 1792 - 1815
J’ai décidé de présenter d’abord les principaux évènements, nationaux ou régionaux, à connaître pour comprendre la période, et ensuite ce que j’ai pu recueillir sur Blay et St Thomas, ou Esserts-Blay (c'est le chapître suivant).
Les principaux évènements de la période révolutionnaire et napoléonienne :
Le 22 septembre 1792, au lendemain de l’abolition de la Royauté en France, le Général Montesquiou, chef de l’Armée française du Midi, pénètre dans le Duché, accompagné de la Légion Allobroge, ce qui donne à cette invasion une apparence de guerre de libération. Il ne rencontre absolument aucune résistance, les 12 000 soldats piémontais s’enfuyant en grand désordre.
Les 29 et 30 septembre 1792, les troupes françaises arrivent à Conflans, puis s’installent à Moutiers. Moutiers va devenir un lieu de casernement important, puisque, au fil du temps, 1000 hommes y logeront.
Pour les élites agissantes savoyardes, la cause est entendue : la Savoie doit s’unir à la France. Mais, en France, la Convention est réticente. La question de l’annexion de la Savoie fait débat. En tous cas, il ne faut pas que l’annexion de la Savoie par la France apparaisse comme une conquête. Il est donc impératif que les Savoyards demandent en masse leur union à la France. C’est dans ce contexte qu’est organisée la consultation des communautés.
En Tarentaise, les communautés sont consultées le 14 octobre 1792 : dans chaque commune, tous les hommes de plus de 21 ans éliront 1 député et 2 suppléants. Les élus sont convoqués le 21 octobre à Chambéry. La jeune Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité prend les choses en main et mène campagne pour l’annexion. Elle envoie 27 commissaires dans les Provinces pour organiser les élections. On ne retrouve d’ailleurs aucune trace d’un parti indépendantiste.
La Tarentaise compte alors 62 communautés et 36800 habitants. Les 3 bourgades les plus importantes sont Moutiers, St Martin de Belleville et Bourg St Maurice, qui comptent presque 2000 habitants chacune. Les nobles sont peu nombreux (23 en 1703). L’antagonisme entre les paysans et les notables, rentiers, propriétaires etc. … est beaucoup plus important que celui entre noble et non nobles. Les ruraux enrichis ont racheté des droits et servis aux nobles et les exploitent sans faiblesse.
Les communaux (surtout forets et pâturages) représentent 70 % des terres en Tarentaise et attisent les convoitises des nouveaux enrichis et donc les conflits avec les communautés villageoises. Néanmoins, la Tarentaise n'a pas connu de réels troubles prérévolutionnaires.
Le 10 octobre 1792, la commune de Moutiers délibère la 1ère et se prononce pour l’intégration à la France.
Les commissaires de la Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité convoquent les secrétaires des autres communautés et les chargent d’organiser la consultation dans cheque communauté. Ce sont les AG traditionnelles des communiers (qui ne se réunissaient plus depuis la réforme communale de 1738) qui vont se réunir en assemblées primaires (les non communiers, c’est non propriétaires dans la commune, qui représentent en moyenne 40 %sont donc exclus de la consultation, ainsi, bien entendu que les femmes). Ces AG sont convoquées de façon tout à fait traditionnelle : le Secrétaire (ou l’homme de loi commis si le secrétaire n’est pas venu à la convocation de Moutiers) réunit le Conseil, l’informe de la situation, lui lit les textes officiels. Puis le Conseil affiche les textes sur les portes de l’Eglise, et convoque l’AG des communiers. Le Secrétaire de la communauté dirige l’AG. Il lit le manifeste des commissaires, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui y est annexée, et le procès-verbal de la délibération de la Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité de Chambéry. Il invite ensuite les communiers à se prononcer sur le mode de gouvernement qu’ils souhaitent voir adopter, et à élire un député et 2 suppléants pour aller porter leurs veux à Chambéry le 21 octobre.
Le 21 octobre 1792, les 648 (ou 655 ?) députés se réunissent à Chambéry pour constituer l’Assemblée des Communes de Savoie, qui se proclame rapidement Assemblée Nationale Souveraine des Allobroges. Cette Assemblée prononce d’abord la déchéance du Roi et de sa postérité, l’abolition des privilèges, des droits féodaux, des dîmes et des gabelles, puis demande son rattachement à la France. Seules 3 communes se prononcent pour l’indépendance de la Savoie.
Le 27 novembre 1792, la Convention Nationale accepte, après réflexion, la réunion de la Savoie à la France (« la Savoie formera provisoirement un 84ème département, sous le nom de département du Mt Blanc »). Le département du Mt Blanc sera représenté par 10 députés. On notera d’ailleurs que la Savoie sera rattachée "définitivement" à la France par le Traité de Paris du 5 mai 1796, par lequel Victor Amédée III cède Nice et la Savoie à la France.
Le 14 décembre 1792, les 4 commissaires français chargés de l’administration du nouveau département du Mt Blanc arrivent en Savoie. Ils jouissent de pouvoirs quasi-illimités. Leurs 1ères décisions sont les suivantes :
Chambéry est le chef lieu du département (malgré l’âpre rivalité avec Annecy, à qui sera concédé, en contrepartie, l'Evéché du département)
La Savoie est divisée en 7 districts (proclamation du 29 janvier 1793) correspondant aux anciennes provinces : Chambéry – Annecy – Thonon – Carouge – Cluses – Moutiers – St Jean de Mne, 83 cantons (la notion de canton est nouvelle en Savoie), et 652 communes.
Le district de Moutiers, 49 315 habitants selon le dernier recensement de 1783, va de Conflans à la Haute Tarentaise et comprend aussi le Beaufortain. Les 10 chefs-lieux de canton sont : Moutiers – Conflans – Beaufort – Feissons sous Briançon – St Jean de Belleville – Bozel – Bellentre – Aime – Bourg St Maurice – Ste Foy. Les communautés deviennent des municipalités.
La question religieuse, pourtant sensible en Savoie, n’est pas abordée, du moins jusqu’au 8 février 1793. Durant l’automne 1792, les Savoyards se bercent d’illusions : la Savoie peut devenir française tout en bénéficiant, comme elle le souhaite, d’un statut particulier sur le plan religieux. Rappelons que les Savoyards ont été appelés à s’exprimer sur leur avenir (notamment le rattachement à la France) lors des Assemblées primaires d’octobre 1792, qui se sont tenues dans chaque commune. De nombreuses Assemblées ont émis une réserve importante : le maintien en l’état de la religion catholique (chose curieuse : aucune réserve de ce type dans les Assemblées de Tarentaise, de Maurienne, de Savoie et de carouge, signe probable qu’il y a eu trucage). En effet, les populations sont très attachées au catholicisme et au clergé séculier. L’autorité et le rayonnement des curés et vicaires de paroisse sont très importants. Mais ces réserves ont manifestement été cachées, à la fois pendant l’Assemblée Nationale des Allobroges et également quand les députés savoyards sont venus à Paris demander le rattachement à la France à la Convention. Donc la Convention a accepté le rattachement de la Savoie à la France sans que la question du particularisme religieux savoyard n’ait été évoquée officiellement.
D’autre part, jusqu’en janvier 1793, les révolutionnaires savoyards s’efforcent de rassurer le clergé et les campagnes : on ne touchera pas à la religion catholique.
Et enfin, le clergé savoyard reste étonnement passif devant les évènements de l’automne 1792. Pourtant, aucun prêtre savoyard ne peut ignorer ce qu’il s’est passé en France, surtout que les évêques et prêtres français réfractaires sont nombreux à s’être exilés temporairement en Savoie. L'Evêque de St Jean de Maurienne part pour Turin dès le 24 septembre. Mais l’Archevêque de Moutiers et l’Evêque de Chambéry restent en place et tentent de s’accommoder avec le nouveau pouvoir. L’Evêque de Chambéry prononce même un discours presque d’allégeance au nouveau pouvoir devant l’Assemblée des Allobroges. L’Archevêque de Moutiers, Mgr Joseph de Monfalcon du Cengle, est encore plus conciliant puisqu’il envoie une lettre (11 novembre 1792) à la Commission provisoire afin de montrer son parfait loyalisme. Une bonne partie du clergé, qui a pourtant pris de plein fouet le décret du 27 octobre sur les biens du Clergé, semble espérer que la Constitution civile du Clergé ne sera pas appliquée en Savoie.
Le 8 février 1793, les 4 Commissaires de la Convention signent une proclamation qui introduit dans le Département du Mont Blanc la Constitution civile du Clergé et l’obligation du serment (de "maintenir la liberté, l’égalité et de mourir en les défendant") des prêtres dans un délai de 8 jours (ces réformes ont été réalisées en France en 1790 et 1791). Les prêtres qui refusent le serment sont considérés comme démissionnaire et n’ont d’autre issue que l’exil ou la déportation (art 25 – 26 -27).
C’est la consternation et la fin des dernières illusions du clergé et des fidèles. Le mécontentement est énorme (alors qu’on peut penser que le décret du 8 février n’est que la suite logique des évènements de l’automne 1792). Quelque chose de profond s’est cassé entre la Révolution et les savoyards, surtout dans les campagnes.
Beaucoup de curés hésitent : prêter serment est un acte grave, mais s’exiler, c’est abandonner. Le concept de prêtre-citoyen plait à certains ; d’autres se disent que des opportunités vont se présenter en restant ; d’autres ont des contraintes personnelles qui les empêchent de partir. Plusieurs prêtres, parfois sur recommandation de leur supérieur, prêtent serment, mais avec des restrictions ; c’est en principe interdit, mais cela permet parfois de gagner du temps, voire même de piéger certains curés qui se retrouvent ainsi parmi les jureurs. Toujours est il que la protestation est énorme, dans les villes et dans les campagnes.
Cette protestation s’exprime lors des assemblées primaires du 11 février 1793, qui doivent choisir les électeurs qui éliront les 10 députés qui représenteront le Département à la Convention ; 7 des 10 députés élus ne sont pas soutenus par les commissaires. Les Commissaires de la Convention n’y voient que complot et manipulation, sans vouloir comprendre que la protestation touche vraiment au cœur des savoyards.
Même si c’est difficile de faire des statistiques, on estime entre ¼ et 1/3 des ecclésiastiques de Savoie jurent, avec ou sans restrictions. Si on compare avec les départements français voisins (il est vrai français depuis plus longtemps), la proportion de jureurs est faible ; elle se rapproche de celles des départements qui forment la France du refus (ex : Vendée). C’est à Chambéry et en Tarentaise qu’on jure le plus (60 % et même 70 % dans le clergé paroissial). Le diocèse d’Annecy est très majoritairement réfractaire (85 à 90 %), de même que la Maurienne.
En Tarentaise, contrairement à la Maurienne, la proportion de jureurs est importante, puisqu’on estime que 2/3 du clergé prête serment. En 1792 il y a 224 prêtres en exercice. 128 sur les 145 dont la trace a été retrouvée ont prêté serment, 57 des 66 curés et 33 vicaires sur 34. Sans doute de nombreux curés pensent ils que l’orage va passer ou que les Piémontais vont revenir; ainsi ne veulent ils pas abandonner leur paroisse. Il y a sans doute eu beaucoup de restrictions, au moins orales. Et l’attitude, perçue comme ambiguë, de l’Archevêque a certainement encourager des prêtres prêtent serment. D'autant le chanoine Jean Vincent Merme, qui a été professeur au Collège Royal pendant 42 ans, et a donc forme une centaine de prêtres, est favorable aux idées nouvelles ; on peut penser qu’il a entraîné de nombreux serments.
Face à la protestation, les Commissaires hésitent entre l’apaisement pour convaincre, et la répression. Ils se décident finalement pour la répression.
Le 1er mars 1793, l’Archevêque de Tarentaise émigre pour Turin. Il est l’un des derniers à partir, ayant cru pendant plusieurs mois qu’un arrangement avec le nouveau régime était possible. On notera que ce dernier donne avant de partir des instructions ambiguës : il exhorte les prêtres de son diocèse à refuser le serment, mais aussi à tenir ferme à leur poste tant qu’ils le pourraient.
Le 6 mars 1793 a lieu l’élection de l’Evêque du nouveau diocèse du Mt Blanc. François Thérèse PANISSET, curé de St Pierre d’Albigny, homme réputé droit et pieux, est élu avec 56% des suffrages exprimés, ce qui est correct, sans plus.
Les prêtres réfractaires s’exilent, le plus souvent à Turin ou dans le Piémont. Dans les régions massivement réfractaires (Genève et Maurienne), le refus de la messe faite par le clergé jureur (ou « intrus ») est immédiat.
Dans les régions « jureuses » (Chambéry, Belley et Tarentaise), les paroissiens, au moins dans les 1ères semaines, continuent à aller régulièrement à la messe. Mais, assez rapidement, la confiance n’est plus de mise. De plus, l’Eglise romaine donne l’ordre aux prêtes qui ont prêté serment de se rétracter faute de quoi leurs pouvoirs spirituels sont fortement diminués. C’est le cas de l’Archevêque de Moutiers, depuis son exil de Turin, le 28 avril 1793. Des prêtres se rétractent et doivent fuir ou se cacher.
Le service pastoral est en forte baisse, et deviendra inexistant à partir de l’arrivée du Représentant Albitte en février1794, qui, lui, veut déchristianiser complètement la Savoie.
Le 22 février 1793, la Convention décide la réquisition de 300 000 hommes. La Savoie se doit d’y participer. En principe, le principe du volontariat est conservé (c’est un honneur et un devoir de défendre la Patrie). Dans les faits, la désignation est imposée. Comme un peu partout en France, les réquisitions donnent des résultats assez corrects dans les villes, au moins dans les 1ers mois. Mais, dans les campagnes, on assiste à des mouvements de masse, soit de réfractaires (qui bénéficient du soutien de la population), soit de déserteurs (on s’en méfie un peu plus).
De juin 1793 à juillet 1794, c'est, en France, 1ère Terreur, avec le Comité de Salut Public, dirigé par Robespierre, chargé de faire triompher la Révolution à tout prix. En Savoie, cette terreur, réelle mais néanmoins moins violente que dans le reste de la France, est incarnée par Albitte, envoyé par la Convention comme Représentant dans le département du Mt Blanc du 28 février 1794 au 21août 1794. C’est un doctrinaire, pour qui la Raison est le véritable Etre suprême, mais qui ne va jusqu’à user de la guillotine. Pour lui, l’Eglise constitutionnelle est périmée, il faut déchristianiser complètement le département. Toute religion est pure invention, le seul culte qui compte, c’est celui de la raison.
Le Clergé constitutionnel se trouve décrédibilisé. Le culte catholique, même constitutionnel, cesse pratiquement. Albitte exige des prêtres un serment d’apostasie. Les prêtres (rappel : ceux qui restent encore ont prêté le serment Liberté – Egalité) fuient, ou sont emprisonnés, voire déportés. Les clochers des églises sont abattus, les églises sont dévastées. La messe est proscrite, la vie pastorale s’arrête brusquement.
Durant l’été 1793, les Sardes, aidées par l’Autriche, contre-attaquent, en Tarentaise, en Maurienne, et dans la vallée de l’Arve. Le Duc de Montferrat attaque la Tarentaise. Il est à Bourg St Maurice le 16 août, à Moutiers le 23, où il réinstalle l’Archevêque. Il pousse même jusqu’à La Roche - Cevins, où il installe son Quartier Général, mais ne va pas plus loin.
Dans un 1er temps, le Général français DUBOURG, à l’Hôpital, envisage de se replier. Le Général Kellerman lui ordonne de ne pas quitter Conflans sans avoir été attaqué, et vole à son secours.
Début septembre 1793, les 2 armées sont face à face à La Roche – Cevins : 17 000 Sardes contre 7 000 Français. Le 10 septembre, les Français passent à l’attaque, à la fois à Cevins et par les cols du Beaufortain (les Cormets) et de Maurienne (la Madeleine). Les Sardes se replient rapidement.
Le 2 octobre, le Général Kellerman entre à Moutiers. La Tarentaise est rapidement reprise par les Français, les Sardes se repliant sur les crêtes.
Le 27 juillet 1794 marque la chute de Robespierre. C’est la fin de la 1ère période de terreur. Un nouveau régime politique s’installe, le Directoire, qui va durer jusqu’à la prise du pouvoir de Napoléon (9 novembre 1799). La persécution religieuse reste forte jusqu’au début 1796. Ce régime s'appuie sur la Constitution du 22 août 1795 (5 fructidor an III). Elle est inspirée par le souci d’éviter le retour de la dictature, et est précédée d’une Déclaration des droits et des devoirs qui réaffirme avec force le droit de propriété. Le suffrage redevient censitaire, et l’âge de la majorité est relevé (« nous devons être gouvernés par les meilleurs »). Les pouvoirs (législatif et exécutif) sont très strictement séparés.
Les institutions locales (départements, cantons, communes - les districts sont remplacés par les cantons) restent étroitement subordonnées au pouvoir central. Le Directoire marque même un recul de la démocratie locale. En effet, seules les communes de plus de 5000 habitants conservent une organisation municipale propre. En Savoie, seule Chambéry est dans ce cas. Partout ailleurs, chaque commune élit un agent municipal, et la réunion des agents municipaux forme "l'administration municipale" de ce canton.
L’homme fort, c’est le Commissaire, nommé par le Directoire et chargé de surveiller l'application des lois. Il y en a un au niveau du département, et un au niveau de chaque administration communale de canton. Les agents municipaux sont théoriquement élus au suffrage censitaire. Mais le Directoire, par l’intermédiaire des commissaires qu’il nomme auprès des départements et des communes pour surveiller l’application des lois, peut destituer les agents municipaux, ce qu’il ne se prive pas de faire. Le fait que les villes et villages de moins de 5000 habitants ne soient plus administrés localement fait que le brigandage et l’insécurité augmentent dans les campagnes. La désertion est également très importante, surtout dans les campagnes. De plus l'administration n'arrive pas à résoudre les nombreux problèmes de ravitaillement qui se posent.
A partir d’août 1794, les vicaires capitulaires des anciens diocèses de Savoie, la plupart exilés à Turin, décident d'envoyer dans nos régions des missionnaires en vue de (ré) animer la vie religieuse. Pour la Tarentaise, c’est André de Maistre (frère de Joseph et Xavier) qui dirige, depuis Turin, l’opération. Ils sont 4 missionnaires à quitter Turin dans les derniers jours de novembre 1794 vers le Col de la Seigne, le Cormet de Roselend, le Beaufortain et la Basse tarentaise.
A leur tête, Antoine Martinet, 32 ans, originaire de Queige, ordonné prêtre en 1789, nommé ensuite vicaire à St Paul, puis appelé par l’Archevêque de Moutiers comme secrétaire particulier. En 1793, il refuse de prêter serment et accompagne l’Archevêque lorsque celui-ci quitte Moutiers en mars 1793. Après le décès de l’Archevêque en septembre 1793, il reste à Turin et devient secrétaire d’André De Maistre, qui était jusqu’en mars 1793 l’un des 3 vicaires généraux de l’Archevêché de Tarentaise.
Pendant 4 ans, les 4 missionnaires de Tarentaise vont vivre dans la clandestinité, changement de logement presque tous les jours, évitant les villes et sortant la nuit pour accomplir son ministère de prêtre. C’est une vie dangereuse et éprouvante, surtout pendant les périodes de chasse aux prêtres réfractaires. Sur 80 missionnaires envoyés en Savoie, 25 seront pris et envoyés à l’Ile de Ré ou à Rochefort. En avril 1795, 8 nouveaux missionnaires arrivent en Tarentaise par le Col de la Galise.
Le 25 octobre 1795, André de Maistre divise l’archidiocèse en 9 missions, avec à la tête de chaque mission, un responsable et un adjoint, le tout étant chapeauté par André Martinet (jusqu’en juillet 1798) : Bourg St Maurice – Aime – St Marcel – Bozel – les Belleville – Moutiers et Aigueblanche – la Basse Tarentaise – Beaufortain – nord de la Combe de Savoie. La question de la position de chaque prêtre vis-à-vis des différents serments est très importante. Le 28 avril 1793, l’Archevêque avait interdit de prêche tous les ecclésiastiques qui avaient prêter le serment du 8 février 1793 et qui ne s’étaient pas rétractés publiquement dans les 10 jours ; il avait aussi défendu les fidèles d’avoir affaire à eux. André Martinet s’est occupé de faire rétracter publiquement ceux qui avaient prêté serment.
Le missionnaire reprend le rôle traditionnel des curés : les baptêmes, les mariages, la messe etc. … Mais il faut s’adapter à la clandestinité et au fait que, à partir de février 1794 jusqu’à début 1795, la vie pastorale a été quasiment anéantie (Albitte, puis les 1ers mois du Directoire).
Le baptême est le seul sacrement qui peut être administré par un laïc. Donc, entre 1792 et 1799, en l’absence de prêtres, les baptêmes administrés par des laïcs (ondoiement) seront très nombreux ; l’inscription sur un registre est obligatoire. Il y a aussi eu, en 1793 et jusqu’à l’arrivée d’Albitte en février 1794, des baptêmes célébrés par les prêtres assermentés (ou « intrus ») Le missionnaire prend en charge les baptêmes quand il le peut, sinon, il se contente de vérifier que l’ondoiement est régulier. En général, chaque nouveau né est ondoyé ou baptisé (si le missionnaire est dans les parages) dans les 3 jours qui suivent la naissance, en général le jour même. Si le missionnaire n’est pas là, le délai entre ondoiement et baptême peut être long, jusqu’à 1 an pendant la période de 1794 (Albitte, puis le temps que les missionnaires arrivent en Savoie).
Concernant le mariage, il faut obligatoirement un prêtre et 2 témoins. Le missionnaire, dès qu’il arrive dans un secteur, régularise (s’il les valide) les unions faites, soit devant un prêtre « intrus » (jureur), soit devant un magistrat civil (s’il est avéré qu’il était trop dangereux de recourir à un pasteur légitime), soit sans prêtre mais devant des témoins catholiques. Dès lors qu’il est sur un secteur, les mariages se font régulièrement, ce qui implique de nombreux déplacements, soit pour le missionnaire, soit pour les mariés (on regroupe les mariages). Les missionnaires visitent également les malades, la crainte de ne pas trouver de prêtre pour l’extrême onction aux agonisants étant très forte.
La messe est célébrée quand c’est la sécurité le permet, dans tout lieu décent les jours de semaine, à l’église le dimanche si elle est « réconciliée ». Après février 1793 et le départ massif des prêtres et vicaires, les fidèles, surtout là où les confréries marchaient bien, se sont mis à organiser eux-mêmes des « services religieux » qu’on peut appeler « culte laïque ». Il s’agit d’ersatz de messe, faites par les laïcs. Les missionnaires, une fois en place, se sont occupés d’y mettre bon ordre (il y avait eu quelques abus).
Dernier point important au cœur des préoccupations d’Antoine Martinet, l’enseignement, qui est un devoir indispensable. Cet enseignement doit être autant pratique que théorique. On y insiste sur la morale et la séparation entre le civil et le religieux. Les missionnaires doivent veiller aux petites écoles de leurs paroisses.
Sur le plan religieux, on peut diviser la période du Directoire en 3 temps:
1. De la mi 1794 au début 1796 : après une période de détente suite à la chute de Robespierre et, en Savoie, au départ d’Albitte, le début du Directoire est marqué la répression contre les réfractaires. En juillet 1795, 20 % des électeurs savoyards votent contre la Constitution proposée par le Directoire (dite du 22 août 1795), ce qui est un chiffre énorme, et fait dire que la Savoie est une 2ème Vendée.
2. De début 1796 à août 1797 : c’est l’accalmie religieuse. Les offices reprennent, beaucoup d’émigrés reviennent. En janvier 1796, l’Evêque constitutionnel PANISSET va même jusqu’à se rétracter (c’est la 1ère rétractation d’un Evêque constitutionnel). Cet acte démantèle l’Eglise constitutionnelle, qui laisse le champ libre aux missionnaires envoyés depuis Turin. Durant l’année 1796, la plupart des communes retrouvent un culte public. La liberté religieuse est même officiellement proclamée le 14 août 1797, à la grande joie de la population.
Le 15 mai 1796, suite à la victoire des troupes du Général Napoléon sur celles de Victor Amédée III la Savoie est officiellement cédée par le Piémont à la France. Le Traité prévoit l’expulsion par le Piémont des émigrés français. La vente des biens nationaux commence dès juin 1796.Elle profite très largement aux bourgeois et aux notables des villes et dégradent les relations entre les campagnes et les villes.
3. Après le coup d’Etat du 17 fructidor 1797 (17 septembre) et jusqu’à fin 1799, les lois de persécution religieuse sont rétablies. C’est la 2ème Terreur. Les prêtres qui n’ont pas prêté le nouveau serment doivent quitter le territoire ou sont déportés Mais, cette fois ci, les escarmouches, les mouvements de protestation, et les émeutes se multiplient et sont beaucoup plus vives que pendant la 1ère Terreur. Les années 1798 et 1799 sont très difficiles.
En mai 1798, Genève est annexée par la France et devient, en août, le chef lieu du département du Léman, qui ampute le département du Mont Blanc du tiers de superficie (Thonon, Bonneville, Carouge). Le Faucigny, avec le massif du Mt Blanc, rejoint le nouveau département du Léman en février 1800.
Le 9 novembre 1799, Bonaparte prend le pouvoir (Coup d’Etat du 18 brumaire).
La loi du 17 février 1800 (28 pluviôse an VIII) réorganise l’administration locale, dans un sens ultra centralisateur. Elle recréé les anciens districts (ex-provinces de l'Ancien Régime) au travers des arrondissements (4 pour le département de Mt Blanc: Annecy, Chambéry, Moutiers et St Jean De Maurienne) et 3 pour le département du Léman créé suite à l'annexion de Genève en 1798) Le Préfet, nommé et révoqué par le gouvernement (c'est-à-dire Napoléon), administre, seul, le département. Il est aidé par le Conseil de Préfecture (contentieux) et par le Conseil Général (budget – impôts) Le Sous préfet est lui aussi nommé par le gouvernement, il administre l’arrondissement (qui succède au District). Il est aidé d’un Conseil, qui propose et répartit les impôts entre les communes.
Les Maires des communes de plus de 5000 habitants sont nommés par le gouvernement, ceux de celles de 5000 habitants par le Préfet. Il est probable que seule Chambéry comptait alors plus de 5000 habitants. Un arrêté du 8 décembre 1801 diminue sensiblement le nombre de cantons. L'arrondissement de Moutiers n'en compte plus que 5: Bourg St Maurice, Beaufort, Conflans, Moutiers Sud et Moutiers Nord.
Sur le plan religieux, Napoléon négocie avec la Papauté (les relations entre le régime précédent, le Directoire, et la Papauté étaient exécrables) le Concordat du 15 juillet 1801: la Constitution civile du Clergé est abolie, la vente des biens d'Eglise est entérinée. La Papauté reconnaît la République, et l'Etat assure le libre exercice de la religion catholique et rémunère ses serviteurs. La France est alors divisée en 60 évêchés et 10 archevêchés. La religion catholique n'est plus, depuis 1789, religion d'Etat, mais elle est reconnue comme celle de "la grande majorité des Français. Les Evêques sont nommés par le Chef de l'Etat, à qui ils prêtent serment, et institués canoniquement par le Pape. Ils ont des pouvoirs étendus et nomment les curés. Le concordat de 1801 ramène la paix religieuse.
La Noblesse se rallie en masse au régime (devenu Empire le 18 mai 1804) en se lançant dans les affaires, en entrant en masse dans la magistrature et dans la Grande Armée, et en jouant un rôle de plus en plus important dans les affaires politiques locales et départementales.
Le 18 mai 1804, Bonaparte se fait sacrer Empereur
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19.11.2007
Le Combottier 31 août 1944
Je remercie chaleureusement Marcel et Alice REY pour l'aide qu'ils m'ont apportée pour écrire cette rubrique. J'ai prévu de les revoir pour compléter certains points. Je me suis appuyé sur le livre de Pierre et Roger CALDERINI consacré à la Résistance en Basse Tarentaise, livre que m'a gracieusement prêté Marcel REY.
Le 31 août 1944, une quarantaine de Résistants blaycherains se fait surprendre par une soudaine et violente contre-attaque allemande, dans le secteur du Combottier, au dessus de Seez, en Haute Tarentaise. Cette attaque fait 4 morts parmi les combattants de notre village.
Le contexte de l'été 1944 :
Suite au débarquement des Forces alliées en Afrique du Nord (8 novembre 1942), les Allemands et les Italiens occupent la zone libre, dont la Savoie fait partie (11 novembre 1942). Ce sont les Italiens qui occupent d’abord la Savoie, jusqu’à la destitution de Mussolini (25 juillet 1943), puis les Allemands.
Les 2 principales forces de la Résistance intérieure, l’Armée Secrète (gaulliste pour faire simple) et les Francs Tireurs Partisans (communistes pour faire simple également) ont théoriquement fusionné à la fin de 1943 pour les Forces françaises de l’Intérieur (FFI). Cette fusion est restée théorique dans de nombreuses régions de France, notamment en Tarentaise, où les relations entre les 2 organisations semblent plutôt correctes, malgré une réelle concurrence.
Il faut noter que le recrutement dans l’un ou l’autre des réseaux se faisait par cooptation locale, et non sur des bases politiques. La plupart du temps, une recrue adhère aux FTP ou à l’AS, non par idéal communiste ou gaulliste, mais parce qu’elle a été cooptée par un FTP ou un AS. A Esserts-Blay, les 1ers résistants ont été FTP, et la quasi-totalité des résistants Blaycherains seront FTP.
Les principaux évènements de 1944, pour comprendre les évènements d'août 1944:
Le 6 juin, les Forces alliées débarquent en Normandie (opération « Overlord »). La guerre bascule encore plus nettement du coté des Alliés.
Le 1er août, les Forces alliées font un très important parachutage d’armes au Col des Saisies, qui permet aux Résistants de Tarentaise et de Maurienne de récupérer un important matériel militaire. Le ravitaillement de l’AS et des FTP de Basse Tarentaise se fait au Col de La Bathie. A l’époque, la Tarentaise est un des secteurs de Savoie est déjà la plus active. Le parachutage des Saisies augmente encore la pression de la Résistance tarine sur les Allemands.
Dans la 1ère semaine d’août, les actions de la Résistance font que la vallée est libérée une 1ère fois. Le 8 août, il n’y a plus d’Allemands dans la vallée. Ces derniers se sont replier aux abords du le Col du Petit St Bernard, qu’ils ne veulent pas lâcher, et du Fort de la Redoute qui domine la route du Col. La Résistance commence à parlementer avec le commandement allemand afin d’obtenir la reddition des troupes allemandes présentes.
Dans la nuit du 14 au 15 août, à la surprise générale, les Allemands contre-attaquent, et reprennent Seez et Bourg St Maurice. En même temps, d’autres troupes allemandes remontent la vallée depuis Moutiers, et une bonne partie de la Tarentaise se trouve de nouveau occupée par les Allemands.
En même temps, le 15 août, les Alliés débarquent en Provence. Dans les jours qui suivent, les troupes du Reich évacuent le Sud-est et arrivent nombreuses en Tarentaise pour gagner le Col du Petit St Bernard.
Le 22 août, Chambéry est libérée
Le 23 août, c’est au tour d’Albertville d’être libérée (48 heures après l’assassinat par les Allemands du Capitaine BULLE venu négocier la reddition de la garnison allemande). Les Allemands se replient en direction du Col du Petit St Bernard et la Maurienne (Paris est libérée le 25 août, le Général De Gaulle descend les Champs Elysées le lendemain).
Les 24 et 25 août, Aime et Bourg St Maurice sont libérées. Mais les Allemands sont juste au dessus de Seez, et tiennent encore une bonne partie de la route du Col. Les canons allemands arrosent partout au dessus de Seez, notamment le secteur du Combottier. Les habitants de Seez et des villages alentours se sont enfuis. Le 26 août au soir, les Américains arrivent à Bourg St Maurice, mais repartent 2 jours après. Les Allemands se replient, méthodiquement. Ils tiennent toujours les hauts de Seez, mais ont évacué le village lui-même, maintenant aux mains des Français. Puis la situation se stabilise
Le 31 août, stupeur et effroi : les Allemands contre-attaquent et redescendent sur Seez et Bourg St Maurice. Nous verrons plus loin que les Blaycherains engagés dans les combats de la Haute Tarentaise, qui viennent de s’installer au Combottier, au dessus de Seez, ont été les 1ères victimes de cette contre-attaque. Les Allemands reprennent Seez, qu’ils pillent pendant 3 jours. La ville de Bourg St Maurice se vide de ses habitants.
Le 3 septembre en soirée, les bataillons de Tirailleurs Algériens de l’Armée Française arrivent à Bourg St Maurice. Le 4, ils se portent à l’attaque de Seez. Les allemands évacuent le village après l’avoir incendié, et se replient vers les crêtes. Les combats vont durer encore tout l’hiver dans ce secteur.
Entre-temps, le 31 août, s’est noué le drame du Combottier, dans lequel 4 Blaycherains ont perdu la vie, et plusieurs autres ont été blessés. Le Combottier se situe à 1800 m d’altitude, juste en dessous des crêtes du Mont Clapet. Le Mont Clapet est, au même titre que le Roc Noir de l’autre coté de la route du Col du Petit St Bernard, un endroit stratégique, d’où l’on domine à la fois Bourg St Maurice, Seez et le vallon du Col du Petit St Bernard.
Voici la chronologie des évènements qui ont conduit au drame du Combottier du 31 août 1944. telle qu’on peut la reconstituer grâce aux témoignages recueillis par Pierre et Roger CALDERINI dans leur livre consacré à la Résistance en Basse Tarentaise.
Le samedi 26 août, une cinquantaine de résistants d’Esserts-Blay, St Paul, La Bathie, Rognaix et Cevins, la plupart FTP, se retrouvent à La Bathie, et son emmenés dans le camion de Léon GIROD (La Bathie) à Aime, qui vient juste d’être libérée. Comme de nombreux autres combattants venant de toute la Tarentaise, ils logent au Groupe scolaire pendant 3 jours.
Le mardi 29 août en soirée, le groupe est emmené en camion jusqu’à la sortie de Bourg St Maurice, vers la scierie, où il arrive vers 1h du matin. Le groupe est formé de 2 Sections :
Les FTP d’Esserts-Blay forment une Section placée sous la direction du Lieutenant Michel DACHKEVITCH. Cette Section est divisée en 3 (ou 4) groupes. Les Chefs de groupe sont Joseph FILLION NICOLLET, Maurice DODET et Ernest AVRILLIER (et GARZEND ?).
Les FTP de St Paul, Rognaix et Cevins sont commandés par Eugène ARNAUD-PRIN.
Les 2 Sections marchent de nuit jusqu’au hameau de St Germain, au-dessus de Seez.
Le mercredi 30 août, la Section ARNAUD-PRIN prend position sur les 1ers contreforts du Mont Clapet, dans la forêt située à coté du Belvédère, tandis que la Section DACHKOVITCH s’installe plus haut sur le Mont Clapet, dans le secteur du Combottier, vers 1800 m d’altitude. Le Combottier a été repris l’avant-veille seulement aux Allemands après des combats acharnés. La Section DACHKOVITCH effectue la relève des combattants qui ont repris le Combottier. Il reste encore plusieurs corps de soldats allemands tués lors des combats de l’avant veille, que Maurice GIROD et d’autres enterrent sur place. Le même jour, le Lieutenant DACHKOVITCH fait organiser une reconnaissance pour s’assurer que les Allemands ne pourront pas repasser à l’attaque.
La nuit du 30 au 31 août est marquée par des orages incessants et très violents. La Section DACHKOVITCH prend position à quelques dizaines de mètres sous la crête du Mont Clapet, où se trouve une casemate. A priori, après la reconnaissance faite dans la journée, la position paraît relativement sûre.
Témoignage de Joseph FILLION NICOLLET, chef de groupe : « Dans la nuit du 30 au 31 août, la Section DACHKOVITCH avec 3 groupes, FILLION Joseph, DODET Maurice, AVRILLIER Ernest, monte sous un orage violent et prend position sous la pointe du Clapet. Le groupe FILLION Joseph et le Lieutenant DACHKOVITCH sont postés vers une casemate à environ 600 m sous la crète. Le groupe AVRILLIER a l’ordre de prendre la crête gauche arrière en cas de débordements. Cet ordre ne fut pas suivi. Un groupe GARZEND est posté aussi sur la gauche. Au cours de la nuit, nous avons observé des signaux lumineux au fond du Vallon du Reclus sur notre droite et dans la direction du Col du Petit St Bernard. Des balles traçantes sont tirées dans notre direction. »
Témoignage de Marcel REY : « Dans la nuit, nous irons prendre position au Combottier sous la pointe du Clapet. Mon groupe est un peu en retrait, sur la gauche, sous le groupe FILLION-DACHKOVITCH. Les camarades les plus avancés sont à moins de 100m de la crête, mais ce sera insuffisant pour voir arriver l’ennemi. Nous passerons la nuit du 30 au 31 août sous des orages incessants et d’une violence rarement égalée. Le ravitaillement fait défaut. »
On notera que personne n’a mangé depuis le départ d’Aime, l’avant-veille au soir. Et que l’équipement en vêtements chauds (nous sommes à 1800 m et il pleut) fait défaut.
Dans la matinée du jeudi 31 août, les Allemands tirent au mortier depuis la Rosière en direction du Combottier. Cependant, la situation semble néanmoins sous contrôle, puisque Marius AVRILLIER, Charles LASSIAZ et un autre FTP sont descendus dans un chalet en vue d’y faire cuire un peu de polenta. Les tirs allemands font que nos 3 FTP remontent en direction de leurs camarades, sans avoir pu faire cuire quoi que ce soit. A 14h, le mulet chargé du ravitaillement arrive enfin. Cela fait 40 heures que personne n’a mangé. En même temps (personne n’aura le temps d’avaler quoi que ce soit), la Section subit un violent tir d’artillerie venu toujours de la Rosière. Alors que la Section s’attend à une attaque par la droite, les Allemands surgissent par la gauche et par le haut. L’effet de surprise est total.
Témoignage du FTP qui est descendu préparer de la polenta en compagnie de Marius AVRILLIER et Char





