19.11.2007
Le Combottier 31 août 1944
Je remercie chaleureusement Marcel et Alice REY pour l'aide qu'ils m'ont apportée pour écrire cette rubrique. J'ai prévu de les revoir pour compléter certains points. Je me suis appuyé sur le livre de Pierre et Roger CALDERINI consacré à la Résistance en Basse Tarentaise, livre que m'a gracieusement prêté Marcel REY.
Le 31 août 1944, une quarantaine de Résistants blaycherains se fait surprendre par une soudaine et violente contre-attaque allemande, dans le secteur du Combottier, au dessus de Seez, en Haute Tarentaise. Cette attaque fait 4 morts parmi les combattants de notre village.
Le contexte de l'été 1944 :
Suite au débarquement des Forces alliées en Afrique du Nord (8 novembre 1942), les Allemands et les Italiens occupent la zone libre, dont la Savoie fait partie (11 novembre 1942). Ce sont les Italiens qui occupent d’abord la Savoie, jusqu’à la destitution de Mussolini (25 juillet 1943), puis les Allemands.
Les 2 principales forces de la Résistance intérieure, l’Armée Secrète (gaulliste pour faire simple) et les Francs Tireurs Partisans (communistes pour faire simple également) ont théoriquement fusionné à la fin de 1943 pour les Forces françaises de l’Intérieur (FFI). Cette fusion est restée théorique dans de nombreuses régions de France, notamment en Tarentaise, où les relations entre les 2 organisations semblent plutôt correctes, malgré une réelle concurrence.
Il faut noter que le recrutement dans l’un ou l’autre des réseaux se faisait par cooptation locale, et non sur des bases politiques. La plupart du temps, une recrue adhère aux FTP ou à l’AS, non par idéal communiste ou gaulliste, mais parce qu’elle a été cooptée par un FTP ou un AS. A Esserts-Blay, les 1ers résistants ont été FTP, et la quasi-totalité des résistants Blaycherains seront FTP.
Les principaux évènements de 1944, pour comprendre les évènements d'août 1944:
Le 6 juin, les Forces alliées débarquent en Normandie (opération « Overlord »). La guerre bascule encore plus nettement du coté des Alliés.
Le 1er août, les Forces alliées font un très important parachutage d’armes au Col des Saisies, qui permet aux Résistants de Tarentaise et de Maurienne de récupérer un important matériel militaire. Le ravitaillement de l’AS et des FTP de Basse Tarentaise se fait au Col de La Bathie. A l’époque, la Tarentaise est un des secteurs de Savoie est déjà la plus active. Le parachutage des Saisies augmente encore la pression de la Résistance tarine sur les Allemands.
Dans la 1ère semaine d’août, les actions de la Résistance font que la vallée est libérée une 1ère fois. Le 8 août, il n’y a plus d’Allemands dans la vallée. Ces derniers se sont replier aux abords du le Col du Petit St Bernard, qu’ils ne veulent pas lâcher, et du Fort de la Redoute qui domine la route du Col. La Résistance commence à parlementer avec le commandement allemand afin d’obtenir la reddition des troupes allemandes présentes.
Dans la nuit du 14 au 15 août, à la surprise générale, les Allemands contre-attaquent, et reprennent Seez et Bourg St Maurice. En même temps, d’autres troupes allemandes remontent la vallée depuis Moutiers, et une bonne partie de la Tarentaise se trouve de nouveau occupée par les Allemands.
En même temps, le 15 août, les Alliés débarquent en Provence. Dans les jours qui suivent, les troupes du Reich évacuent le Sud-est et arrivent nombreuses en Tarentaise pour gagner le Col du Petit St Bernard.
Le 22 août, Chambéry est libérée
Le 23 août, c’est au tour d’Albertville d’être libérée (48 heures après l’assassinat par les Allemands du Capitaine BULLE venu négocier la reddition de la garnison allemande). Les Allemands se replient en direction du Col du Petit St Bernard et la Maurienne (Paris est libérée le 25 août, le Général De Gaulle descend les Champs Elysées le lendemain).
Les 24 et 25 août, Aime et Bourg St Maurice sont libérées. Mais les Allemands sont juste au dessus de Seez, et tiennent encore une bonne partie de la route du Col. Les canons allemands arrosent partout au dessus de Seez, notamment le secteur du Combottier. Les habitants de Seez et des villages alentours se sont enfuis. Le 26 août au soir, les Américains arrivent à Bourg St Maurice, mais repartent 2 jours après. Les Allemands se replient, méthodiquement. Ils tiennent toujours les hauts de Seez, mais ont évacué le village lui-même, maintenant aux mains des Français. Puis la situation se stabilise
Le 31 août, stupeur et effroi : les Allemands contre-attaquent et redescendent sur Seez et Bourg St Maurice. Nous verrons plus loin que les Blaycherains engagés dans les combats de la Haute Tarentaise, qui viennent de s’installer au Combottier, au dessus de Seez, ont été les 1ères victimes de cette contre-attaque. Les Allemands reprennent Seez, qu’ils pillent pendant 3 jours. La ville de Bourg St Maurice se vide de ses habitants.
Le 3 septembre en soirée, les bataillons de Tirailleurs Algériens de l’Armée Française arrivent à Bourg St Maurice. Le 4, ils se portent à l’attaque de Seez. Les allemands évacuent le village après l’avoir incendié, et se replient vers les crêtes. Les combats vont durer encore tout l’hiver dans ce secteur.
Entre-temps, le 31 août, s’est noué le drame du Combottier, dans lequel 4 Blaycherains ont perdu la vie, et plusieurs autres ont été blessés. Le Combottier se situe à 1800 m d’altitude, juste en dessous des crêtes du Mont Clapet. Le Mont Clapet est, au même titre que le Roc Noir de l’autre coté de la route du Col du Petit St Bernard, un endroit stratégique, d’où l’on domine à la fois Bourg St Maurice, Seez et le vallon du Col du Petit St Bernard.
Voici la chronologie des évènements qui ont conduit au drame du Combottier du 31 août 1944. telle qu’on peut la reconstituer grâce aux témoignages recueillis par Pierre et Roger CALDERINI dans leur livre consacré à la Résistance en Basse Tarentaise.
Le samedi 26 août, une cinquantaine de résistants d’Esserts-Blay, St Paul, La Bathie, Rognaix et Cevins, la plupart FTP, se retrouvent à La Bathie, et son emmenés dans le camion de Léon GIROD (La Bathie) à Aime, qui vient juste d’être libérée. Comme de nombreux autres combattants venant de toute la Tarentaise, ils logent au Groupe scolaire pendant 3 jours.
Le mardi 29 août en soirée, le groupe est emmené en camion jusqu’à la sortie de Bourg St Maurice, vers la scierie, où il arrive vers 1h du matin. Le groupe est formé de 2 Sections :
Les FTP d’Esserts-Blay forment une Section placée sous la direction du Lieutenant Michel DACHKEVITCH. Cette Section est divisée en 3 (ou 4) groupes. Les Chefs de groupe sont Joseph FILLION NICOLLET, Maurice DODET et Ernest AVRILLIER (et GARZEND ?).
Les FTP de St Paul, Rognaix et Cevins sont commandés par Eugène ARNAUD-PRIN.
Les 2 Sections marchent de nuit jusqu’au hameau de St Germain, au-dessus de Seez.
Le mercredi 30 août, la Section ARNAUD-PRIN prend position sur les 1ers contreforts du Mont Clapet, dans la forêt située à coté du Belvédère, tandis que la Section DACHKOVITCH s’installe plus haut sur le Mont Clapet, dans le secteur du Combottier, vers 1800 m d’altitude. Le Combottier a été repris l’avant-veille seulement aux Allemands après des combats acharnés. La Section DACHKOVITCH effectue la relève des combattants qui ont repris le Combottier. Il reste encore plusieurs corps de soldats allemands tués lors des combats de l’avant veille, que Maurice GIROD et d’autres enterrent sur place. Le même jour, le Lieutenant DACHKOVITCH fait organiser une reconnaissance pour s’assurer que les Allemands ne pourront pas repasser à l’attaque.
La nuit du 30 au 31 août est marquée par des orages incessants et très violents. La Section DACHKOVITCH prend position à quelques dizaines de mètres sous la crête du Mont Clapet, où se trouve une casemate. A priori, après la reconnaissance faite dans la journée, la position paraît relativement sûre.
Témoignage de Joseph FILLION NICOLLET, chef de groupe : « Dans la nuit du 30 au 31 août, la Section DACHKOVITCH avec 3 groupes, FILLION Joseph, DODET Maurice, AVRILLIER Ernest, monte sous un orage violent et prend position sous la pointe du Clapet. Le groupe FILLION Joseph et le Lieutenant DACHKOVITCH sont postés vers une casemate à environ 600 m sous la crète. Le groupe AVRILLIER a l’ordre de prendre la crête gauche arrière en cas de débordements. Cet ordre ne fut pas suivi. Un groupe GARZEND est posté aussi sur la gauche. Au cours de la nuit, nous avons observé des signaux lumineux au fond du Vallon du Reclus sur notre droite et dans la direction du Col du Petit St Bernard. Des balles traçantes sont tirées dans notre direction. »
Témoignage de Marcel REY : « Dans la nuit, nous irons prendre position au Combottier sous la pointe du Clapet. Mon groupe est un peu en retrait, sur la gauche, sous le groupe FILLION-DACHKOVITCH. Les camarades les plus avancés sont à moins de 100m de la crête, mais ce sera insuffisant pour voir arriver l’ennemi. Nous passerons la nuit du 30 au 31 août sous des orages incessants et d’une violence rarement égalée. Le ravitaillement fait défaut. »
On notera que personne n’a mangé depuis le départ d’Aime, l’avant-veille au soir. Et que l’équipement en vêtements chauds (nous sommes à 1800 m et il pleut) fait défaut.
Dans la matinée du jeudi 31 août, les Allemands tirent au mortier depuis la Rosière en direction du Combottier. Cependant, la situation semble néanmoins sous contrôle, puisque Marius AVRILLIER, Charles LASSIAZ et un autre FTP sont descendus dans un chalet en vue d’y faire cuire un peu de polenta. Les tirs allemands font que nos 3 FTP remontent en direction de leurs camarades, sans avoir pu faire cuire quoi que ce soit. A 14h, le mulet chargé du ravitaillement arrive enfin. Cela fait 40 heures que personne n’a mangé. En même temps (personne n’aura le temps d’avaler quoi que ce soit), la Section subit un violent tir d’artillerie venu toujours de la Rosière. Alors que la Section s’attend à une attaque par la droite, les Allemands surgissent par la gauche et par le haut. L’effet de surprise est total.
Témoignage du FTP qui est descendu préparer de la polenta en compagnie de Marius AVRILLIER et Charles LASSIAZ: « Dans la matinée du 31, nous sommes descendus avec AVRILLIER Marius et LASSIAZ Charles dans un chalet avec l’intention d’y faire cuire un peu de polenta car nous n’avions rien à manger. Mais nous n’avons pas eu le temps d’arriver à la fin de cette cuisson. Des coups de feu sporadiques nous ont engagés à remonter vers nos camarades. Parvenus vers une petite crête, nous avons vu 4 allemands assis dans l’herbe à quelques dizaines de mètres. Surpris comme nous, ils ne nous ont pas tiré dessus. Presque aussitôt, ça s’est mis à balayer les mottes d’herbe autour de nous. Plus haut, j’ai vu AVRILLIER Ernest qui tirait au FM, j’ai vu DAKO debout tirant au fusil et AVRILLIER Eugène également debout se battant comme un diable. Ceux là avaient déjà connu le feu et montraient leur bravoure. Mais bientôt AVRILLER, pressé par l’ennemi, prendra le chemin du repli, laissant son FM anglais car la béquille était profondément fichée en terre, et pour l’extraire, il fallait pousser le FM en avant. C’était pour Ernest une mort certaine. Qu’auraient ils fait à sa place, ceux qui l’ont accusé d’abandon d’armes. Quant à moi, armé d’une mitraillette Sten, n’ayant jamais combattu, je pris les jambes à mon cou, mais ces jambes étaient quelque peu hésitantes quand la mitraille s’abattait autour de moi. Je suis tout de même parvenu vers le pont du Versoyen sans casse.
Témoignage de Joseph FILLION NICOLLET, chef de Groupe : « Vers 14h, nous essuyons un tir d’artillerie provenant de la Rosière. A 14h15, les 1ers boches arrivent au-dessus de nous, sur la gauche, et par un étroit couloir viennent pointer une mitrailleuse et aussitôt nous mitraillent. Nous sommes armés à 80% de mitraillettes. Nous ripostons au FM et avec quelques fusils. Bien vite, nous sommes débordés et les boches se rapprochent. Eugène AVRILLIER (un courageux) envoie une grenade défensive étant à 20 m des 1ers boches. DACHKOVITCH, Eugène (AVRILLIER), DODET et moi partons les derniers. Progressant par bons, nous rejoignons la forêt, laissant derrière nous VALAZ Maxime touché à mort sur la casemate et MERCIER EMILE sous la casemate. Dans la forêt, DACHKOVITCH nous laisse et va prévenir la Section ARNAUD PRIN en position face au Belvédère ».
Témoignage de Marcel REY : « Alors que le ravitaillement vient d’arriver, vers 2h 1/4, des diables « vert de gris » surgissent de la crête gauche du Clapey et, un à un, par un étroit couloir, viennent prendre position avec mitrailleuses et mortiers. Je tire au FM dans le couloir et j’en vois dégringoler pas mal. Mais, bien vite, ma position devient intenable et je suis obligé de décrocher. Les Boches progressent rapidement, beaucoup mieux armés et entraînés que nous, véritables « bleusailles » pour la plupart. Il ne reste que le repli et le plus rapidement possible. Sous un déluge de balles et d’obus, les mottes éclatent autour de moi ; je suis rejoint par Didi BOCHET. Dans un passage difficile, mon FM se décroche et tombe à terre. Je sais que c’est très grave d’abandonner son arme mais ça mitraille trop, je ne peux pas le récupérer et je continue à progresser comme un cabri dans la descente. Je me demande comment je n’ai pas été touché, c’est comme un miracle, tellement ça canardait autour de nous. Plus bas, vers un chalet, Marcel GUIGUESSON est touché mortellement, à coté de moi. Didi BOCHET est blessé au talon et n’a plus qu’une chaussure. Il me dit qu’en haut, le jeune Maxime VALAZ a été gravement touché à 10m de la casemate. Nous continuons à courir et bientôt nous arrivons dans un petit hameau habité où l’Abbé RUFFIER nous offre un peu de son vin de messe ».
Témoignage d’Adrien BOCHET : «Vers le début de l’après midi, alors que le ravitaillement venait d’arriver (certains avaient reçu leur part de tabac), pas un n’aura le temps de manger un morceau. Nous n’avions pas eu de repas depuis plus de 40 heures ; avec ça, demandez à des francs-tireurs d’avoir la plus grande vaillance, il ne faut pas rêver ! Vers 14h, nous subissons un violent tir d’artillerie provenant de la Rosière. Nous croyons à une attaque venant plutôt sur notre droite. Grosse erreur et habile diversion des Boches, on doit le reconnaître. Quelques minutes plus tard, nous sommes assaillis par des diables « vert de gris » arrivant d’au-dessus de notre position, sur la gauche. Les Boches descendent dans un couloir étroit, ayant franchi les crêtes du Clapey sans que personne ait donné l’alerte si ce n’est au dernier moment. Aussitôt, DAKO, Joseph (FILLION NICOLLET), Eugène AVRILLIER et d’autres tirent au FM et avec leurs fusils sur les assaillants qui sont à 400 m environ. DAKO a ordonné de sa voix puissante à un groupe d’une section située sur sa gauche de contourner les assaillants par la gauche. Mais devant la furie des Frisous, ce groupe estime que ce n’est plus possible et que la retraite est la seule solution. Pour ma part, je suis à l’abri de la casemate du coté opposé à l’attaque, que puis je faire à cette distance avec une mitraillette ? La bagarre dure et un peu plus bas, je vois le FM de Marcel REY qui aboie sans cesse mais où je suis, je ne peux pas voir le résultat de ses tirs. Peu à peu, les Boches débordent à gauche et plus à droite. La position devient intenable et bientôt DAKO, la mort dans l’âme et furieux contre certains « combattants », donne l’ordre du repli. Je ne me le fais dire 2 fois et je commence à descendre en progressant par bons et en m’aplatissant aussitôt. En partant, je suis passé à coté de MERCIER Emile très gravement touché et j’ai entendu le jeune VALAZ Maxime crier qu’il était blessé sur le toit de la casemate. Après quelques dizaines de mètres, je suis touché au talon et je perds une chaussure. Pas question de m’arrêter. J’ai foncé en bondissant comme un cabri et j’ai rejoint REY Marcel et nous avons continué la descente. Autour de nous les mottes d’herbe éclataient sous les balles de mitrailleuse. Plus tard, nous saurons que notre cher camarade GUIGUESSON Marcel fut tué vers le chalet d’alpage qu’on avait nommé « des auges » car des cochons y étaient nourris. Plus bas, nous avons rejoint un petit village et là j’ai vu GUMERY Joseph grièvement blessé et qui mourait de ses blessures. L’Abbé RUFFIER nous a offert une gorgée de son vin blanc, en principe réservé à ses messes. »
La contre-attaque allemande se solde par 4 morts parmi les combattants d’Esserts-Blay : Marcel FONTAINE TRANCHANT (qui allait avoir 20 ans la semaine suivante), Marcel GUIGUESSON (19 ans et 9 mois), Emile MERCIER (27 ans) et Maxime VALAZ (19 ans et 5 mois), et plusieurs blessés.
En descendant, le Lieutenant DACHKOVITCH donne l’ordre à la Section ARNAUD-PRIN, en position en peu plus bas, de se replier immédiatement. Les membres de cette Section ont entendu la fusillade, et se doute que les choses se passent mal au Combottier. Mais aucune liaison radio n’a été prévue entre les 2 Sections.
Témoignage de Eugène MORARDET, de St Paul : « Dans la journée du 30, nous allons nous poster dans la forêt au niveau de l’hôtel Belvédère. Durant la nuit du 30 au 31, des orages très violents nous assaillent toute la nuit. Dans la matinée du 31 nous parviennent quelques tirs sporadiques au-dessus de notre position. Vers 14h, des tirs très fournis de mortiers nous font comprendre que l’ennemi attaque violemment la Section DACHKOVITCH, en position bien au-dessus de nous qui avions la mission de protection/repli. Un quart d’heure plus tard, nous entendons des tirs de FM français, puis des tirs de mitrailleuses allemandes et de mortiers. Ca doit barder là-haut et sans liaison directe, nous ne savons comment réagir. Environ 2 heures plus tard, le Lieutenant DAKO viendra nous donner l’ordre de nous replier très vite car une horde boche déferle sur nous. »
Témoignage de Justin PERROUX, de Cevins : « La nuit du 30 au 31 août fut terrible. Des orages d’une violence jamais vue ont tourné toute la nuit au-dessus de nous et des trombes d’eau nous ont trempés comme des rats d’égout. Dans la matinée du 31 nous parviennent quelques tirs sporadiques de mitrailleuses et de mortiers. Vers 14h, un tir d’artillerie partant de la Rosière et dirigé sur les positions qui nous dominent se déclenche et dure 10 bonnes minutes. Les copains doivent déguster s’ils ne sont pas à l’abri. Quelques minutes passent. Soudain, nous entendons des tirs de nos FM et des coups de fusils, puis des tirs de mitrailleuses et bientôt de mortiers. Nous sommes prêts à répondre à une attaque mais rien ne se produit à notre niveau. Peu avant 16h, nous voyons passer en courant des camarades qui semblent pris de panique. Ils sont dans un drôle d’état, à moitié déshabillés. Puis le Lieutenant DACHKOVITCH est arrivé vers nous et nous a donné l’ordre de nous replier car une forte attaque boche nous arrivait dessus au grand galop.»
La descente s’effectue dans des conditions très difficiles. La plupart des hommes se dirigent vers le pont situé entre Seez et Bourg St Maurice et qui enjambe le Versoyen. Mais ce pont est placé dans la ligne de mire de 2 mitrailleuses allemandes, ce qui rend sa traversée très délicate. Heureusement, un peu en aval se trouve un fortin tenu par les Français, et dans lequel plusieurs combattants pourront se réfugier. Maurice RAVIER refusera de traverser ce pont et passera 3 jours complets dans un buisson au bord du torrent.
Témoignage de Georges PERSONNAZ, de Cevins : « Parvenus à proximité du pont sur le Versoyen en crue, nous nous rendons compte que 2 mitrailleuses boches postées de chaque coté de la route et en amont, tiennent le pont sous un tir croisé. Tandis que du fortin situé à l’angle droit du pont et en aval, un FM tire sur ces mitrailleuses par les meurtrières, nous pensons que cela ne va pas être de la tarte pour passer le pont. Certains comme RAVIER Maurice renonceront et lui restera caché 3 jours dans un buisson d’épines sur le bord du torrent. Quant il en ressortit, il avait fort maigri. Pour ma part, j’ai traversé sans être touché et je me suis réfugié dans le fortin où étaient de nombreux camarades dont Félix PIVIER au FM et un lieutenant que je ne connaissais pas. Celui-ci me commanda bientôt de prendre la relève de Félix au FM car il était pris de crampes après un bain forcé. On m’a demandé de rester en poste pour la nuit et il y avait avec moi, entre autres, POINTET Joseph. Vers la tombée de la nuit, 3 obus tirés de par une batterie de la 1ère Armée arrivée ce même jour, atterriront sous le Belvédère, ce qui eut pour effet de faire se replier les 2 postes de mitrailleuses boches. Le lendemain matin, je suis rentré à Vulmix.»
Témoignage de Adrien BOCHET, d’Esserts-Blay : « Je n’ai plus vu marcel REY et j’ai repris ma descente toujours en courant mais à un rythme plus lent. Parvenu à proximité de la route nationale, j’ai entendu 2 mitrailleuses boches qui tiraient des rafales provenant de 2 talus de la route et dirigées dans la direction du pont sur le Versoyen. Avec des camarades, nous avons décidé de prendre la rive gauche du torrent et de passer sous le pont. Dans l’état où nous étions, nous n’avions plus à craindre l’eau boueuse. Nous sommes parvenus à l’Isère. De là, escaladant le talus, nous sommes passés sur le pont de la route départementale Bourg Landry et nous avons avancé jusqu’à Hauteville Gondon où nous fûmes bien accueillis. Le soir même, on m’évacuera sur l’hôpital de Brides les Bains. »
D’autres, dont Marcel REY, descendent directement sur le Versoyen.
Témoignage de Eugène MORARDET, de St Paul : « Nous avons atteint le Versoyen très grossi par les orages. Impossible de traverser dans ces gorges. Des gars ont trouvé une grande échelle dans une grange et la lancent en travers du torrent. Mais la manœuvre est risquée et la plupart des gens ne veulent pas s’engager sur cette échelle. Le « Mataf » (Jean LASSIAZ, de Rognaix), ayant attaché une corde de notre coté, s’avance sur l’échelle. Il n’a pas le temps de traverser, une vague le fait basculer. Il se rattrape à l’échelle puis ayant regardé sous lui le torrent et en aval, il se laisse tomber dans l’eau boueuse. On l’a cru perdu. Mais, plus bas, il avait repéré une grande gouille et il s’en sortira. Un sapin sera abattu et nous pourrons bientôt traverser et rentrer au Fort de Vulmix… »
La plupart des hommes rentrent à Vulmix. L’opération du Combottier est une tragédie, qui a coûté la vie à 4 jeunes Blaycherains. L’ambiance à Vulmix est plus que tendue. En dehors des questions de personnes qui ont été manifestement posées à l’époque, les interrogations sont nombreuses, sur la jeunesse des participants, non aguerris pour beaucoup d’entre eux (Marcel REY parle de « bleusailles », 3 des 4 morts du village ont moins de 20 ans), et sur la préparation de cette opération (aucun ravitaillement, pas de radio, même les habits étaient insuffisants).
Les corps de Marcel GUIGUESSON, Emile MERCIER, Marcel FONTAINE TRANCHANT et Maxime VALAZ ne seront ramenés à Esserts-Blay qu’en juillet 1945. Il faut dire que tout le secteur du Petit Saint Bernard, y compris le Combottier, comme toute la chaîne frontière, va rester une zone de combats intenses pendant tout l’automne 1944 et tout l’hiver 1944-1945, jusqu’au 30 avril 1945.
18:15 Publié dans 56 Le Combottier: 31 août 1944 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Esserts-Blay, histoire, guerre, Combottier
20.08.2007
Lettres de la guerre 14-18 (2)
2ème partie: 1917 - 1918
Au début de 1917, le 70ème BCA est un peu plus au sud, dans la région de Vesoul (Magny en Haute-Saône), et Dannemarie en Haute-Alsace (entre Mulhouse et Belfort)
Carte du 16 février 1917, sur une photo du 70ème BCA – 9èmeCie – 5 et 6ème escouades: " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Pour l’instant, ça va pas mal. Je suis toujours au repos, toujours en attendant d’aller vous voir pour quelques jours, en attendant le jour de la délivrance. Je vous envoie cette carte, c’est le photographe de la Division qui est venu pour prendre des photos. C’est ma demi-section. Moi je suis pas bien pris, le béret va pas. Enfin c’est rien ça. Mes bien chers parents, vous tous, j’espère de tout cœur que vous serez tous en bonne santé. Je vous en dis pas davantage pour aujourd'hui que de bien vous conserver. Moi je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur à toute la famille. Ravier Léon.
Carte du 3 mars 1917, de Magny en Haute Saône (Léon précise sur le recto qu'il est "dans le pays"): Mes bien chers parents, deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Pour l'instant, ça va pas mal. Aujourd'hui, nous avons repos, mais, demain, je crois qu'on va repartir, direction inconnue. Enfin, j'ai toujours bon espoir de vous revoir bientôt pour toujours. Mes bien chers parents, vous tous j'espère de tout coeur que vous serez tous en bonne santé et que vous ferez toujours un peu de commerce en attendant de pouvoir vous récompenser avec mon frère Philippe, car pour l'instant, on fait que se donner de l'ennui et rien pouvoir faire. Je vous en dis pas davantage pour aujourd'hui que bien vous conserver. Moi je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du coeur. Ravier Léon."
Carte du 7 mars 1917, de Dannemarie, en Haute Alsace: " Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Pour l’instant, ça va pas mal. Hier au soir, j’ai été travaillé, mais il fait un temps pitoyable. Nous allons travaillé à 300 mètres des lignes faire des … Ce soir, j’y vais encore. J’espère de tout cœur que ça se passera comme d’habitude. Vous tous, j’espère de tout cœur que vous serez en bonne santé pour la permission. Je suis encore le vingt cinquième à partir si les permissions sont pas suspendues. J’espère de partir vers le 25 mars, et de pouvoir me trouver avec mon frère Philippe, (et) qu’on pourra se revoir tous ensemble à la maison en attendant le jour de la délivrance …… horrible fléau. Je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur. Bien le bonjour aux oncles, tantes, et amis. Et vous me direz qui c’est qui vous a dit de me donner le bonjour."
Le 70ème BCA est désormais en région parisienne.
Carte du 15 mai 1917, achetée à Paris: " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je suis en bonne santé. J’espère que vous aurez reçu ma lettre. Pour la permission, j’ai rien. Ca s’est bien passé. Je suis arrivé le soir à Lyon à une heure. Je suis reparti à 8h5. Je suis arrivé à 6 heures à Paris. J’ai pu reprendre le train le lendemain à 1 heure. J’ai couché à Paris. Je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Moi je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille. R. Léon."
Carte du 18 mai 1917, de La Ferté Gaucher, en Seine et Marne: " Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vais assez bien pour l’instant, toujours au repos au pays que vous voyez sur la carte. Mais je crois qu’on va partir, mais toujours direction inconnue. Ça murmure pour la Belgique. Je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Moi je ferai tout mon possible. Je vous embrasse du fond du cœur.
Carte du 16 juillet 1917, de Ligny en Barrois, dans la Meuse: "Mes bien chers parents, j'ai débarqué dans ce pays l'autre jour et on est à 10 kilomètres de ce pays, dans un petit patelin. Nous sommes assez bien. J'espère de tout coeur que nous resterons quelques temps au repos car nous sommes (là) pour instruire les Américains. Mais après je crois bien que ce sera Verdun. Enfin j'ai toujours ..."
Ligny en Barrois n'est en effet qu'à une soixantaine de kms de Verdun. A Verdun, les combats font de nouveau rage, de juin à octobre 1917, suite à une vaste offensive allemande. Léon fait également référence à la présence des américains. Les Etats-Unis déclarent la guerre à l'Allemagne en avril 1917. Les troupes américaines joueront, en 1918, un rôle décisif dans la victoire des alliés. Durant l'été 1917, les américains ne sont pas encore très nombreux; l'heure est à l'instruction.
Carte du 4 octobre 1917, sur une photo d'un groupe de militaires attablés devant une maison: "Deux mots pour vous donner de mes nouvelles, qui sont assez bonnes pour l'instant. Nous avons embarqué ce matin à 7 heures. Je (poste ?) cette carte à Langres. Je crois que nous passerons par illisible. C'est terrible de passer si près et de pouvoir pas aller vous voir. J'espère de tout coeur que je reviendrai ... en permission pour vous voir. Je suis fait photographier hier toute ma demi-section, ainsi que l'autre demi qui forme la section. Je vous en dis pas davantage pour aujourd'hui que de bien vous conserver. Moi je ferai tout mon tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du coeur à toute la famille en pensant sans cesse à vous tous. R. Léon
Carte du 16 octobre 1917, achetée à Albertville et représentant la Caserne Sougeon, et adressée à son frère Philippe: "Mon cher frère, deux mots pour te donner de mes nouvelles, qui sont assez bonnes. Toujours en ligne dans l'espoir d'en sortir bientôt. J'espère que toi tu seras en bonne santé, et que tu seras relevé pour quelques jours de repos et ensuite pouvoir aller en perm. Je t'en dis pas davantage que de bien te conserver. Moi je ferai tout mon possible. Ton frère qui t'embrasse du fond du coeur et pense sans cesse à toi. Léon.
Carte du 29 octobre 1917, de Sommevoire (Haute-Marne), adressée également à son frère Philippe: "Mon cher frère, deux mots pour te donner de mes nouvelles. Pour l'instant, la santé est assez bonne. Aujourd'hui, on est parti du pays que tu vois sur la carte. Nous avons fait 22 kilomètres, et demain, nous repartons pour embarquer, mais je sais pas où nous irons. Les uns disent que nous allons en Italie, mais on en sait rien. Pourvu qu'on remonte pas dans ce fameux coin de C. ou V. Enfin j'espère que nous irons dans les Vosges. Pour toi, j'espère de tout coeur que tu seras en bonne santé, et que tu seras descendu des lignes, et que tu iras en perm. Pour moi, elles sont suspendues, mais j'espère pas pour longtemps. Ton frère qui t'embrasse du fond du coeur. Je t'en dirai davantage demain.
Carte du lundi 29 octobre,toujours de Sommevoire: "Mes bien chers parents, deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Pour l'instant, la santé est assez bonne. Voilà une huitaine de jours que j'ai un peu mal aux dents, mais j'espère que ça passera. Ce matin, nous sommes partis du pays que vous voyez sur la carte. Nous avons fait dans les 22 kilomètres. Et demain, nous repartons pour emb... mais toujours direction inconnue. Les uns disent que c'est pour l'I..lie (Italie ?), mais personne ne le sait. Pourvu que nous remontions pas dans ce fameux C. de C. ou V. Pour les permissions, elles sont suspendues, mais j'espère qu'ils les remettront sous peu, et que j'aurai le grand bonheur d'aller vous voir. Mes bien chers parents, je vous en dis pas davantage pour aujourd'hui que de bien vous conserver. Moi je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du coeur à toute la famille. Léon."
C'est bien en l'Italie que le régiment de Léon est envoyé. Le 5 novembre 1917, le convoi s'arrête à Montmélian, à 40 kms d'Esserts-Blay, et Léon envoit une carte à son frère Philippe et une à ses parents:
Carte du 5 novembre 1917, de Montmélian, envoyée à son frère Philippe: "Deux mots pour te donner de mes nouvelles, qui sont assez bonnes pour l'instant. Me voilà à Montmélian. C'est midi, nous avons une heure d'arrêt. C'est terrible d'être si près et de pouvoir pas aller à la maison. J'espère de tout coeur que je reviendrai de là-bas sous peu en perm, et surtout que ça ne bardera pas trop où nous irons. Pour toi, j'espère de tout coeur que tu seras en bonne santé, et que tu viendras en perm pour passer quelques jours. Mon cher frère, je t'en dis pas davantage pour aujourd'hui que de bien te conserver et bien faire attention. Moi je ferai tout mon possible. Ton frère qui t'embrasse bien fort, et pense sans cesse à toi. R. Léon."
Carte du 5 novembre 1917, de Montmélian, envoyé à ses parents: "Mes bien chers parents, deux mots de Montmélian. Ça va assez bien pour l'instant, mais ça m'est terrible de passer si près et de pouvoir pas aller vous voir. J'espère revenir sous peu vous voir vous tous. J'espère de tout coeur que vous êtes tous en bonne santé, et que ça marchera tout bien à la maison. Nous avons une heure d'arrêt. C'est midi. Je vous en dis pas davantage pour aujourd'hui que de bien vous conserver. Moi je ferai tout mon possible pour vous revoir un jour pour toujours. Votre fils qui vous embrasse du fond du coeur et pense sans cesse à vous tous. R. Léon. Vous me direz si vous avez reçu mes photos. Vous m'enverrez quelques sous (souligné).
En Italie, le 70ème BCA participe aux opérations de Monte Tomba et Mofénéra (1917), puis Val Bella, Col del Rosso et plateau d'Asiago (début 1918).
Carte du 10 novembre 1917, certainement d'Italie (la carte a été achetée à Milan): "Mes bien chers parents, deux mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont assez bonnes pour l'instant. Nous sommes arrivés hier au soir dans un pays que les civils sont presque tous partis. Aujourd'hui, c'est dimanche, nous avons repos. (la suite est difficile à lire)
Le 27 janvier 1918, Léon envoit à son père, Mr Ravier Hippolyte à Esserts-Blay, Savoie, une carte avec comme seule phrase: "un grand bonjour de Vienne". La carte arrive le 30 à La Bathie. Il s'agit d'une carte en couleurs représentant des montagnes enneigées et des vaches au 1er plan. Compte tenu du fait que la carte n'a mis que 2 ou 3 jours pour venir (le 1er tampon est du 28), on peut penser que Léon est à Vienne au sud de Lyon.
Carte du 23 février 1918 (paysage en couleurs de pré, forêt et vaches), sans indication de lieu: "Mes bien chers parents, deux mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont assez bonnes pour l'instant. Toujours au repos et j'espère de tout mon coeur que nous y resterons encore quelques temps avant de reprendre les lignes. Pour vous tous j'espère de tout mon coeur que vous serez tous en bonne santé, et que ça ira tout bien à la maison. Mes chers parents, je vous en dis pas davantage pour aujourd'hui que de bien vous conserver. Moi je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du coeur et pense sans cesse à vous tous. Léon."
Carte du 5 juin 1918, de Elnes, dans le Pas de Calais: "Mes bien chers parents, me voilà arrivé dans ce fameux pays. Je suis arrivé hier au soir, je suis descendu à Lumbres, à 1 kilomètre de Elnes. Aujourd'hui, j'ai rien fait, je suis resté couché jusqu'à 10 heures car j'avais presque rien dormi depuis que je suis parti. Le bruit court que nous partirons dans la nuit de demain, mais pas encore sur, pour aller dans le fameux coin. Si malheureusement nous y allons j'espère de tout mon coeur que ça se passera tout bien. Mes bien chers parents, je vous en dis pas davantage pour aujourd'hui que de bien vous conserver. Moi je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du coeur et pense sans cesse à vous tous. Léon."
En juin ou juillet 1918, Léon a été blessé au dos et aux côtes (une balle lui a traversé le corps). En juillet 1918, il est à Bordeaux, à l'hôpital.
Carte du 22 juillet 1918, du poste de secours de la gare de Voves, en Eure et Loir: "Mes bien chers parents, Me voilà en voyage pour l'intérieur. Je ne sais pas encore dans quel pays nous irons, mais en tous cas nous allons du bon coté. Je vous en dis pas davantage. Aussitôt que je serai à l'hôpital, je vous enverrai une adresse. Votre fils qui vous embrasse et pense à vous tous. Ravier Léon."
Carte du 24 juillet 1918, de Bordeaux: "Mes bien chers parents, deux mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont très bonnes pour l'instant. Je suis toujours au lit mais j'espère me lever demain. Je ne souffre pas trop. Mes bien chers parents, j'espère de tout mon coeur que vous serez tous en bonne santé et que ça ira tout bien à la maison. Mes bien chers parents, je vous en dis pas davantage pour aujourd'hui que de bien vous conserver. Moi je peux tenir maintenant. Votre fils qui vous embrasse du fond du coeur et pense sans cesse à vous tous. Léon."
Carte du 26 juillet 1918, de Bordeaux: "Mes bien chers parents, deux mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont très bonnes pour l'instant. J'espère que vous tous vous serez tous en bonne santé et que ça ira tout bien à la maison. Ca me tarde de recevoir de vos nouvelles, et surtout de mon frère Philippe qui, j'espère de tout mon coeur, est en bonne santé et sera relevé de cet horrible m. (merdier?) pour quelques temps. Espèrons que cette horrible gu...(guerre?) sera sur la fin et que nous aurons le bonheur de nous revoir tous en bonne santé à la maison pour toujours. Je vous en dis pas davantage. Votre fils qui vous embrasse du fond du coeur et pense sans cesse à vous tous. Léon. 70ème B.... Hôpital n° 213. Le Bouscat. Bordeaux. Gironde. Bien le bonjour aux oncles, tantes et amis.
Carte du 31 juillet 1918, de Bordeaux, à son frère Philippe (qui mourra au combat 1 mois plus tard): "Mon bien cher frère, je viens de recevoir ta lettre avec le plus grand plaisir de te savoir en bonne santé, mais ça m'ennuie que vous êtes toujours dans cet horrible m. (merdier?). J'espère de tout mon coeur que, quand tu auras reçu ma lettre, vous serez au repos pour quelques jours pour vous reposer. Pour moi, cher frère, la santé est assez bonne. J'ai passé à la radiographie hier pour voir si j'ai rien dans le dos. J'espère que j'aurais rien. Je t'en dis pas davantage que de bien te conserver et bien faire attention. Ton frère qui t'embrasse du fond du coeur et pense sans cesse à toi. Léon."
Carte du même jour, à ses parents: "Mes bien chers parents, j'ai reçu une de vos lettres qui avait été à la compagnie. J'ai reçu les 5 francs qu'il y avait dans la lettre. Pour le colis, je ne l'ai pas encore reçu, mais je le recevrai ces jours. Je suis heureux car j'ai reçu des nouvelles de mon frère Philippe. Je suis heureux de le savoir en bonne santé, mais cela m'ennuie toujours dans cet horrible m. (merdier?). J'espère de tout mon coeur qu'il sera relevé sous peu pour se reposer quelques jours. J'ai reçu une lettre de mon sergent à Rumilly, je l'ai mis dans votre lettre. C'est horrible. J'ai reçu une lettre du curé Arnaud. Pour moi, la santé est assez bonne. Hier, j'ai été à la radiographie pour voir si j'avais encore quelque chose dans le dos. Je sais pas encore ce que j'ai, la photo n'est pas revenue, mais j'espère que j'aurais rien.
Carte du 4 août 1918, toujours de Bordeaux: "Mes bien chers parents, deux mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont assez bonnes pour l'instant. Ça va bien mieux aujourd'hui. J'ai été me promener un peu. Je pense passer ce mois ci à l'hôpital, ensuite avoir 20 jours de permission ou une convalescence. Vous tous j'espère de tout coeur que vous êtes tous en bonne santé et que ça marche tout bien à la maison. Je vous en dis pas davantage pour aujourd'hui que de bien vous conserver. Votre fils qui vous embrasse du fond du coeur et pense sans cesse à vous. Bien le bonjour aux oncles, tantes et amis. Léon.
Carte du 6 août 1918: "Mes bien chers parents, je viens de recevoir votre lettre avec grand plaisir de vous savoir tous en bonne santé et que notre tante Marcelline va mieux. Je vous remercie infiniment des 10 francs qu'il y avait dans la lettre. J'ai reçu aussi la lettre qui était encore adressée à la compagnie dans laquelle vous me disiez que vous avez reçu le tabac. J'ai reçu les 5 francs qu'il y avait dans la lettre. Pour moi la santé est très bonne, la plaie est fermée. J'ai plus de pansement. J'ai plus qu'à attendre la fracture des côtes qui va se ressouder. J'espère passer ce mois ... tranquille d'être en dehors de ce m. (merdier?). J'ai reçu des nouvelles de mon frère Philippe. Je suis heureux de le savoir en bonne santé mais ça m'ennuie de le savoir toujours dans ce m. (merdier?). J'espère de tout coeur qu'il sera au repos maintenant. Votre fils qui vous embrasse du fond du coeur et pense sans cesse à vous tous. Bien le bonjour aux oncles, tantes et amis."
Carte du 19 août 1918, de Bordeaux, à sa soeur: "Ma chère soeur, je viens de recevoir ta lettre avec grand plaisir de te savoir en bonne santé ainsi que tous. Je te remercie des 5 francs qu'il y avait dans la lettre. Pour moi la santé va de mieux en mieux, mais j'espère rester encore quelques temps à l'hôpital. Je vais passer de nouveau la radiographie pour voir si je n'ai rien d'atteint à l'intérieur, mais je crois pas. Ma chère soeur, je t'en dis pas davantage pour aujourd'hui que de bien vous conserver tous. Moi j'espère que ça fera. Ton frère qui t'embrasse bien fort et pense à vous tous. Léon."
Carte du 26 novembre 1918, de Chambéry: "Mes bien chers parents, deux mots pour vous donner de mes bonnes nouvelles. Je suis arrivé hier au soir en bonne santé. Ce matin, j'ai été à la visite. Je n'ai pas encore passé une ... visite car le major de mon 13ème est en permission. C'est le major du 28ème 13ème. Je ne sais pas encore quand je passerai. Je suis pas mal, je peux attendre. Vous tous j'espère de tout coeur que vous êtes tous en bonne santé. Votre fils qui vous embrasse du fond du coeur et pense sans cesse à vous tous. Bien le bonjour aux oncles, tantes et amis. Ravier."
Carte du 3 décembre 1918, de Grenoble (la carte représente le lycée de garçons): "Mes bien chers parents, deux mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont assez bonnes pour l'instant. Aujourd'hui je suis de garde au lycée que vous voyez sur la carte. C'est des prisonniers boches blessés. Nous sommes assez bien. Je ne sais pas si je passerai la commission samedi ou bien l'autre. En tous cas, j'espère bien aller vous voir dimanche, toujours avec la même permission. Vous tous j'espère de tout mon coeur que vous serez tous en bonne santé. Votre fils qui vous embrasse du fond du coeur et pense sans cesse à vous tous. J'espère de tout mon coeur que l'oncle Joseph sera venu et que ses blessures iront bien mieux et que je pourrai le voir dimanche."
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19.08.2007
Lettres de la guerre 14-18
Léon RAVIER GARON est né en 1895. C'est le père de Popo et Yvette, donc le grand père de Martine RAVIER GARON, Isabelle et David JACQUET. Il a été incorporé, sans doute en 1915, comme 2ème classe, au 30ème Bataillon de Chasseurs Alpins, 13ème Compagnie.
La famille a conservé bon nombre des cartes postales qu'il a envoyées à ses parents, entre 1915 et 1918. Il fait souvent référence à son jeune frère Philippe, qui sera incorporé en 1916 et qui mourra pour la France 2 mois et demi avant l'armistice, le 29 août 1918, au Moulin de Bartel, dans l'Aisne.
Le 30ème Bataillon de Chasseurs Alpins est stationné, en 1914, à Grenoble. Il est d'abord rattaché à la 54ème Brigade d'infanterie, 27ème Division d'infanterie, 14ème Corps d'Armée; puis, d'octobre 1914 à janvier 1915 à la 66ème Division d'infanterie, et enfin, de janvier 1915 à novembre 1918, à la 47ème DI.
De juin à octobre 1915, le 30ème BCA participe aux opérations du Linge, massif montagneux situé dans la région de Munster. Le massif est tenu par les allemands, l'objectif de l'armée française est de le prendre pour avancer en direction de Munster. Les 1ères opérations commencent en Juin 1915. Les difficultés sont plus importantes que prévues. Fin juillet, la bataille fait rage sous le sommet du Lingekopf. Le 4 août, le 30ème BCA subit de très lourdes pertes et est même presque anéanti. Ensuite, les choses se calment un peu pendant quelques jours. Puis le 18 août, les troupes françaises reprennent l'offensive et atteignent le sommet du Linge. Mais le 31 août, les allemands font donner l'artillerie et les obus asphyxiants et lacrymogènes, et repoussent les troupes françaises. Les pertes sont très lourdes des 2 cotés. Le calme revient dans cette région, si on peut dire, à compter de la mi-octobre.
Léon envoie les cartes postales de cette époque (août - octobre 1915) de Remiremont, ville située à 25 kms au sud-est d'Epinal, et à 60 kms à l'ouest de Munster.
Carte de ../../1915, de Remiremont (Vosges): "deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je suis toujours en bonne santé, toujours au repos. Je pensai recevoir de vos nouvelles. J’ai rien reçu. Je pense que vous allez tous bien. Est ce que vous descendrez bientôt du Laquais ? Je vous dirai aussi qu’il y a quelques jours que j’ai pas reçu des nouvelles de mon frère Philippe. Je pense qu’il va bien et surtout qu’il ne sera pas parti, car il y a assez de moi. Mes chers parents, je termine ma carte. Votre fils qui vous embrasse à tous de tout cœur. Léon RAVIER"
Carte du 26 août 1915, de la région de Remiremont: "Bien chers parents, Je vous donne de mes nouvelles. Elles sont bonnes pour le moment. Aussi, j’ai été content de voir Bernard VOISIN. Il est venu hier l’après midi me voir, et, le soir je suis descendu le voir car il reste un peu plus bas que moi. Je passe Ordonnance. Je serai à coté de lui. Je suis pas sûr mais j’ai bien l’espoir. Enfin moi je me fais pas du mauvais sang. J’ai bon courage et bon espoir. Surtout ne vous faites pas de mauvais sang car ça sert à rien. Je pense que vous allez tous bien. Moi, je suis toujours au repos. Je n’ai plus grand chose à vous dire aujourd’hui. Je vous embrasse à tous de tout mon cœur. RAVIER Léon. Bien le bonjour aux tantes."
Carte du 31 octobre 1915 : "Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je suis en bonne santé. Je vous dirai que c’est l’entrée où je suis, mais malheureusement que ça ne durera pas assez. Enfin c’est toujours quelque jour de passé. Vous tous, je pense que vous allez bien et que le travail sera bien avancé, car voilà la Toussaint demain. Bien, chers parents, je n’ai plus grand chose à vous dire pour aujourd’hui, que de bien vous conserver. Moi, je ferai mon possible. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur à tous. R.L."
Carte du 2 novembre 1915,de Remiremont (Vosges) : "Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Pour le moment, je suis en bonne santé et toujours au repos. Je sais pas combien de temps on restera encore., et on sait pas on ira après. On n’est plus dans le secteur 9, mais …. Vous tous, je pense que vous allez bien, et que le travail aura avancé. Je vous dirai que j’ai été à la messe du matin, celle de 9 heures, la grande messe. Presque tout le bataillon était à la messe. Jamais l’Eglise a eu tant de monde que hier c’était bondé jusqu’à la porte. Cela n’aurait pas été la même chose chez nous car il reste plus grand monde. Je pense que ça reviendra. Chers parents, je n’ai plus grand chose à vous dire pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Moi, je ferai bien mon possible. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur à tous. R. Léon."Carte du 7 novembre 1915: "Mes chers parents, Je réponds à la lettre que j’ai reçue avec grand plaisir que vous allez tous bien. Et je vous remercie infiniment des cinq francs que j’ai reçus… à moi, je vais pas mal, toujours (au) repos. Je vous dirais que j’ai acheté une petite lampe électrique car la nuit, ça sert beaucoup. De l’argent, j’en ai encore assez. J’ai encore trente francs. Pour le colis, je pense le recevoir demain ou après demain. Je pense que vous aurez reçu la lettre que (dans laquelle) j’avais dit de m’envoyer un caleçon et une paire de chaussettes. Si vous m’avez envoyé les chaussettes, j’en ai assez. Le caleçon, vous l’enverrez quand vous voudrez, ça presse pas. Je vous dirais que je suis heureux si Philippe peut avoir cette permission car il pourra vous aider un peu. Et lui sera heureux d’être dehors de la caserne, et aussi qu’il soit pas parti. Mes chers parents, je n’ai pas grand chose à vous dire pour aujourd’hui. C’est dimanche, j’ai été à la messe ce matin. Je termine ma carte. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur à tous. R. Léon."
Le 14 novembre 1915, Léon est à Grenoble d'où il envoit la carte suivante: " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles qui sont assez bonnes pour l’instant. J’ai vu plusieurs camarades de mon 13 ainsi que 2 sergents. Ils m’ont pas appris des bonnes nouvelles, que le Sergent BEAUD a été tué, ainsi qu’un autre Sergent MANGUET qui avait passé Sous-Lieutenant. C’est terrible mais je suis parti au bon moment. Je pense aller vous voir pour la journée de dimanche …Vous tous, j’espère de tout cœur que vous serez tous en bonne santé. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur, et (qui) pense sans cesse à vous tous. Léon 30. B. Ch. Ca. 13èmecompagnie. S. HR. Grenoble Isère."
Puis retour dans les Vosges.
Carte du 2 février 1916, de Atton, à coté de Pont à Mousson, entre Nancy et Metz, à son jeune frère Philippe, qui n'est pas encore mobilisé: "Mon cher frère, je réponds à ta lettre, toujours avec grand plaisir que vous allez tous bien. Moi je vais assez bien pour le moment. Ce soir je vais prendre la garde. Je pense que ça (se) passera bien. Il fait froid. Ces jours je mange toujours. Le pain ... est pas trop à manger. Je pense qu'il fera moins froid au pays. J'ai reçu les 5 francs et le colis. Je vous en remercie beaucoup. Je pense que tu travailleras pour en gagner un peu... (lisible mais difficile de voie ce que Léon veut dire). Cher frère j'ai plus grand chose (à dire) que de vous conserver. Votre fils qui vous embrasse et pense à vous. L. Ravier"
Carte du 2 avril 1916, de Rossberg, au nord-ouest de Mulhouse, dans la région des Ballons d'Alsace: " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Pour le moment, je vais pas mal. Toujours le même métier, attendre chaque minute la destinée. J’ai toujours bon espoir de nous revoir un jour pour toujours. Vous tous, je pense que vous allez tous bien. Je pense à Philippe. J’espère qu’il sera toujours à Grenoble, qu’il aura encore une permission, et qu’il ne partira pas encore… Il faut espérer que cette terrible guerre tirera sur sa fin. Chers parents, j’ai pas acheté une montre. Vous m’en enverrez une, car, sans montre ça fait pas, mais pas trop chère, d’une douzaine de francs. Vous verrez bien avec un bracelet pour la mettre au bras. Si la mienne … elle servira pour Marcel. Pour manger, il faut rien m’envoyer car j’ai assez.. Je termine ma carte. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille. R. Léon. Bien le bonjour aux tantes."
Carte du 8 avril 1916, de Grenoble, à son frère: "Cher frère, je t'écris cette carte, je vais toujours bien. Je suis toujours à Grenoble. Voilà un an que je suis rentré (Léon veut certainement dire: "que je ne suis pas rentré"). Je suis rentré à 5 heures. Je t'écris c'est 5 heures et je pense y rester encore quelques temps au 2ème. Ceux de ma classe sont partis au 114 Lourd à Valence.... (lisible mais difficile de comprendre ce que Léon veut dire). Je suis toujours à la cuisine. Je bois des bons coups, mais lundi on va me relever. Je pense aller en perme 48 heures pour Pâques. Je termine ma lettre. Ton frère qui t'embrasse et pense à vous tous.
Carte du 5 mai 1916, de Bellefontaine, dans les Vosges: "Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vais pas mal pour le moment, mais, dans une dizaine de jours, je sais pas ce que je vais devenir, car cette fois, c’est bien … Enfin, prenons toujours bon courage dans l’espoir de nous revoir un jour pour toujours. J’espère que Dieu me conservera comme jusqu’à présent. Je suis dans le patelain que vous voyez. On repart demain matin pour une direction inconnue. Mes bien chers parents, je vois plus grand chose à vous dire pour aujourd’hui que de bien vous conserver, et surtout ne vous faites pas du mauvais sang, car ça sert à rien que d’attendre le grand jour de la délivrance. Moi je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille. Bien le bonjour aux oncles et tantes. Ravier Léon."
Carte du 8 mai 1916, de Odern, toujours en Haute-Alsace: " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vais bien pour le moment. Je suis descendu hier au soir des avant-postes. On a marché toute la nuit. Je suis dans la pays qu’il y a sur la carte. On est bien, mais on y restera pas assez longtemps. Enfin, toujours quelques jours de passer, mais, ce soir, on est vacciné contre ….Ça me fait bien de la peine pour ce soir. Enfin, toujours dans le bon espoir de nous revoir en bonne santé. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur à toute la famille. R. Léon."
Carte du 10 mai 1916, de Felleringen: "Mes chers parents, Je réponds à la lettre que je viens de recevoir avec grand plaisir que vous allez tous bien. Je vous remercie infiniment des cinq francs qu’il y avait dedans et pour le colis (que) j’espère recevoir demain. Car où je suis, on trouve bien (à) acheter, mais hors de prix. Enfin, bien heureux qu’on trouve encore. Ce matin, on a passé la revue du Général. On a fait le défilé avec la fanfare. Ce soir, revue de fusil avec le Chef de la Compagnie. Je vous dirai, j’ai été heureux aujourd’hui. J’ai reçu des nouvelles de mon frère Philippe. Je suis heureux qu’il va bien et surtout et surtout pensant (pendant ?) que le sais à Grenoble. Il me dit qu’il espère avoir encore seize jours de permission. Je serai plus heureux si je le sais encore pour seize jours pour vous aider, et comme vous avez encore acheté un mulet. Je pense qu’il ira bien car l’oncle Joseph devait le connaître. Je suis heureux qu’il est à Albertville. J’espère qu’il restera jusqu’à la fin de cette horrible guerre. Car il y en assez de ceux qui sont sur le front à souffrir. Mes bien chers parents, je ne vous en dis pas davantage pour aujourd’hui. Votre fils qui vous embrasse bien fort à toute la famille. RAVIER Léon."
Carte du 11 mai 1916, toujours de Felleringen: " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Pour le moment, je vais bien, toujours au repos, et toujours en attendant le grand jour de la délivrance, dans l’espoir qu’il viendra bientôt. Vous tous, je pense que vous êtes tous en bonne santé. Je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Moi, je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur à toute la famille. Ravier Léon. Bien le bonjour aux tantes et oncles."
Carte du 14 mai 1916, au dos d'une carte "La Grande Guerre 1914-15-16 – L’Alsace reconquise. Le sommet d’un des monts dominant Metzerat, après l’assaut victorieux de nos soldats.": " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Toujours au repos (et) en bonne santé. Aujourd’hui, c’est dimanche, je suis de garde. Je peux pas sortir mais ça me fait rien. Vous tous, je pense que vous allez tous bien. Et je pense que vous monterez bientôt les vaches au Laquais, et ensuite au Darbelay. Et j’ai l’espoir d’y aller voir cet été, (et) de manger du bon beurre et de la crème. Mais bon. Chers parents, je ne vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver, et surtout pas vous faire du mauvais sang. Moi, je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur à toute la famille. Ravier Léon."
Carte du 15 mai 1916, de Saint Amarin, en Haute Alsace, titrée "Guerre libératrice 1914-15...": " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Pour l’instant, je vais pas trop mal. Je viens d’être vacciné pour la deuxième fois. J’ai bien mal à l’épaule. C’est bien terrible d’être charcuté comme ça. … Je vous dirai que j’ai reçu une carte de Philippe. Il va bien. Je suis heureux, j’espère que ça continuera jusqu’à la fin de cette horrible guerre. J’oubliais de vous remercier du colis que j’ai reçu. Je vous remercie infiniment, en attendant le jour que je puisse vous récompenser. J’ai espoir de tout cœur que ce jour heureux je le verrais. Mes bien chers parents, je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur à toute la famille . R.L."
Carte du 19 mai 1916,de Steinbach, titrée "La Grande Guerre 1914 – 15 – L’Alsace reconquise...": "Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Pour le moment, je vais bien. Toujours au repos. Aujourd’hui, notre Compagnie travaille à faire des boyaux pour l’exercice de grenade. Il fait beau car voilà quelques jours qu’il fait beau temps. Je pense à tout moment à vous tous car vous autres travaillez, et moi faire rien est d’attendre ma destinée à chaque jour… J’espère bien qu’on restera encore quelque avant de partir. Mes bien chers parents, je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Moi je ferais tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille."
Carte du 20 mai 1916, de Hartmannswillerkopf: " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vais bien pour le moment. Toujours au repos. Ce matin, la Compagnie a été au tir. Ce soir, on va aux douches. Et après ce sera bien l’heure de la soupe. Demain, c’est Dimanche, on fera rien. Mes bien chers parents, vous tous, je pense que vous allez tous bien. Je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Moi je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur à toute la famille. Ravier Léon."
Carte du 25 mai 1916, de Cornimont : " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vous dirais que j’ai quitté le pays où j’étais au repos hier matin. Maintenant je suis au pays que vous voyez sur la carte. C’est six heures du matin que je vous écris. A huit heures, on repart toujours direction inconnue. Enfin toujours avec le bon espoir de nous revoir un jour toute la famille en bonne santé. Vous tous je pense que vous allez tous bien. J’ai reçu des nouvelles de mon frère Philippe hier au soir. Je suis heureux pendant que je le sais à Grenoble, et surtout qu’il va bien. Mes bien chers parents, je vous en dis pas davantage pour auujourd’hui que de bien vous conserver. Moi je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille. Ravier Léon."
Carte du 26 mai 1916, toujours de Cornimont: "Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vais pas mal. Hier, on a quitté le pays que vous voyez sur la carte. Je suis à six kilomètres, à La Bresse. Tantôt on doit embarquer mais direction inconnue. Je sais pas bien où ils nous mènent enfin. Toujours dans le bon espoir que nous (nous) reverrons (et) que j’échapperais comme jusqu’à présent. Vous tous je pense que vous allez tous bien. Bien chers parents vous m’enverrez des sous car avec la trafic qu’on fait. J’espère de tout mon cœur que je pourrais vous récompenser un jour. Mes bien chers parents je vous en dis pas davantage. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur. Ravier Léon. Bien le bonjour aux oncles, tantes et amis. Je suis au secteur 192. Vous mettrez sur les lettres 192.
Carte du 26 mai 1916, de La Bresse: " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Toujours dans le patelin que vous voyez sur la carte. Mais malheureusement qu’on restera plus longtemps. On doit changer. On doit embarquer pour aller direction inconnue mais je sais pas bien ce qu’on va faire enfin. Mes bien chers parents, prenons toujours bon courage, dans l’espoir de vous revoir tous. J’espère de tout cœur que je vous reverrai, chers père et mère ainsi que tous mes frères et sœurs, que je vous ai pleurés ( ?). Mes bien chers parents, j’ai plus grand chose à vous dire pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Et surtout ne vous faites pas de mauvais sang car ça sert à rien. Moi je ferai tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille. Donnez bien le bonjour aux oncles et tantes et à tous les amis. Ravier Léon."
Carte du 27 mai 1916, toujours de La Bresse: "Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je viens d’être vacciné à l’instant. C’est deux heures de l’après midi. Le Général n’a pas voulu qu’on parte sans être fini d’être vacciné. Enfin pour la dernière fois. J’espère bien que je serais pas trop malade. Mes bien chers parents, j’ai reçu votre lettre aujourd’hui avec le plus grand plaisir que vous allez tous bien et que vous pourrez enmontagner. Je vous remercie enfin des cinq francs qu’il y avait dedans. Ça m’embête bien car vous vous fatiguez pour gagner quelques sous, et moi ne … rien faire. Enfin j’espère de tout mon cœur qu’un jour viendra que je pourrais vous récompenser. Je vous remercie infiniment du colis que j’ai reçu quand la lettre. J’espère de tout cœur que je mangerais en bonne santé. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille."
Carte du 3 juin 1916, de Grandvilliers: " Mes bien chers parents, Je viens de recevoir votre lettre avec le plus grand plaisir que vous allez tous bien. J’espère de tout cœur que ça continuera jusqu’à la fin de cette horrible guerre. Je vous remercie infiniment des cinq francs qu’il y avait dans la lettre. J’ai reçu le colis hier au soir que j’espère manger en bonne santé. Je suis toujours au repos mais attendre tous les jours de partir …. J’ai toujours bon espoir de vous revoir toute la famille en bonne santé. Je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur. R. L."
Carte du dimanche 4 juin 1916, de St Amé, toujours dans les Vosges: " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vais pas mal pour le moment. Je viens d’arriver au pays que vous voyez sur la carte. Je suis à 7 kms de Remiremont. Mes bien chers parents, je repars demain à 4 heures direction inconnue. Mais cette fois, je crois qu’on va sur V… Mes bien chers parents vous tous je pense que vous allez tous bien. Faites votre possible pour vous conserver et surtout ne vous faites pas du mauvais sang. Moi je ferais tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille."
On peut penser que le "V" que parait redouter Léon, c'est Verdun, à 200 kms au nord-est. L'attaque allemande sur Verdun a commencé en février 1916. C'est un véritable enfer jusqu'à la fin 1916. Finalement, le 30ème BCA reste encore un mois dans les Vosges, pas très loin de Remiremont.
Carte du 7 juin 1916, de Urimenil (Vosges): " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vais pas mal pour le moment. Je suis arrivé hier dans le pays qui est sur la carte. On doit y rester quelques jours. Ensuite, on va voir ce qu’on n’a pas encore vu. Cette fois je sais pas ce qu’on va devenir, car j’avais l’espoir de vous revoir, mais, à présent, avec ce qu’on voit, car c’est horrible. Enfin prenons toujours bon courage. Vous tous je pense que vous allez tous bien, et que vous monterez les vaches ces jours à l’Econdu. J’espère d’aller les voir dans (le) courant de l’été. Mes bien chers parents, je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver, et surtout ne vous faites pas de mauvais sang car ça sert à rien. Moi je ferais tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille. Ravier Léon. Bien le bonjour aux oncles, tantes, amis."
Carte du 21 juin 1916, de Urimenil: " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vais pas mal pour le moment. Je suis toujours dans le patelin que vous voyez sur la carte, mais on doit partir sous peu. Demain, on a repos comme c’est la grande Fête Dieux. Vous tous je pense que vous allez tous bien, que vous commencez à couper les foins. Mes bien chers parents, je ne vous en dis pas davantage que de bien vous conserver. Moi je ferais tout mon possible pour vous revoir un jour toute la famille en bonne santé. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille. R. Léon. Bien le bonjour aux oncles, tantes, amis."
Carte du 25 juin 1916, de Urimenil: " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vais assez bien pour le moment, mais, malheureusement, on part demain matin à 7 heures direction inconnue. Je pars avec bon courage toujours dans ce grand espoir de nous revoir un jour pour toujours. Aujourd’hui on a rien fait. On a passé la revue de départ à huit heures. Ensuite j’ai été à la messe. C’était plein l’Eglise. Mes bien chers parents, vous tous je pense que vous allez tous bien. Je pense à tout instant à vous tous. Ca me console pendant que je sais que mon frère Philippe est avec vous pour vous aider, et surtout pendant que je sais pas dans cet horrible fléau. Mes bien chers parents, je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Et surtout ne vous faites de mauvais sang. Moi je ferai s tout mon possible. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur à toute la famille. RAVIER Léon. Je vous dirai j’ai vu Rey Jules Bochet le fils du marchand de bois de St Thomas. Bien le bonjour aux oncles, tantes, amis."
Le Bataillon de Léon (le 30ème BCA ou le 70ème, le Bataillon de réserve du 30ème) ne part pas à Verdun, mais dans la Somme. Dans ce secteur se joue la 2ème grande bataille de l'année 1916, celle de la Somme. Dans la Somme, ce sont les alliés franco-britanniques qui sont à l'origine de l'attaque. La bataille de la Somme dure de fin juin à octobre 1916. Comme à Verdun, c'est l'enfer, un enfer de boue. "De toutes les boues, écrit le Colonel Lorieux, qui ont été, pour le poilu, l'une des plus cruelles souffrances de la guerre, celle de la Somme occupe, dans ses souvenirs, la première place. Boue lourde, gluante, dans laquelle on ne risque pas de disparaître comme en Woëvre, mais d'où on ne sort pas".
Fin juin ou début juillet 1916, Léon est blessé, à la jambe, ce qui lui vaudra, le 9 novembre 1916, d'être cité à l'ordre de son Bataillon: "blessé à son poste de combat en faisant bravement son devoir". Il est alors 2ème classe (matricule 6053), au sein du 70ème Bataillon de Chasseurs Alpins - 9ème Compagnie (le Bataillon fait partie de la VIIème Armée - 47ème Division - 3ème Brigade de Chasseurs). Il est envoyé en convalescence à Dieppe. Le 70ème BCA est le Bataillon de réserve du 30ème BCA.
Carte du 17 juillet 1916, de Dieppe: "Bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vais bien. J’espère de tout cœur que vous tous vous serez en bonne santé. Mes chers parents, je vous dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Moi je crains rien. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur à toute la famille. Ravier Léon.
Carte du 23 juillet 1916, au dos d'une photo de Léon avec d’autres militaires. Mes bien chers père, mère, frère, soeur, Je viens de recevoir cette photo du pays des Vosges. C’était l’après midi dans la maison qu’on était cantonné. C’était une maîtresse d’école. Elle a voulu nous photographier. On est pas bien pris mais ça fait rien. Mes bien chers parents, j’ai reçu votre lettre, aussi j’ai été heureux de recevoir de vos bonnes nouvelles. Pour moi, je vais pas mal pour l’instant. Depuis le 20 j’ai encore échappé mais c’est demain matin. Je vous dis pas davantage. Tout ce que je regrette, c’est de pouvoir pas vous voir avant d’aller à la b…. Mes bien chers parents, espérons que Dieu et la Sainte Vierge.
Carte du 15 août 1916, de Dieppe: "Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Pour l’instant, je vais très bien. J’ai bien mal à ma jambe, mais ça fait rien. Aujourd’hui, j’ai déjà sorti en ville. Vous voyez sur la carte, c’est l'hôpital où je suis, sur le bord de la mer, dans la chambre où vous voyez un « X ». Mes bien chers parents, j’espère de tout cœur que vous serez tous en bonne santé. J’attends de vos bonnes nouvelles, ainsi que de mon frère Philippe que j’espère recevoir ces jours, qu’il sera en bonne santé. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur. R.
Carte du 16 août 1916, de Dieppe: "Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vais très bien. J’ai bien mal un peu à ma jambe, mais pas comme dans la hanche. Vous tous j’espère de tout cœur que vous serez tous en bonne santé, et qu’à la montagne, ça marchera tout bien. J’espère recevoir bientôt de vos bonnes nouvelles, et surtout j’attends celles de mon frère Philippe, à qui je pense à tout instant. J’espère de tout cœur qu’il sera en bonne santé. Je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver, et surtout ne vous faites pas de mauvais sang sur moi car je risque rien. C’est mon frère Philippe que je voudrais voir avec moi. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur. A toute la famille. Ravier Léon. Je suis dans cet hôpital sur le bord de la mer."
Carte du 21 août 1916, de Dieppe: " Mes bien chers parents, Je réponds à la lettre que j’ai reçue, qui avait au Bataillon. La vaguemestre les renvoie. Je suis heureux que vous allez tous bien. Je vous dirais, j’ai été heureux hier, j’ai reçu des nouvelles de mon frère Philippe. J’espère de tout cœur qu’il sera relevé pour passer quelques jours au repos. Mes bien chers parents, pour moi ça va très bien. Je souffre un peu mais comme dans les tranchées. Hier, un de ma Compagnie, qui a été blessé quand moi, a reçu une lettre : il y a plus de soixante hors de combat dans (la) Compagnie, et il était pas encore relevé de première ligne. C’est terrible. Mes bien chers parents, je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Moi je risque rien. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur. A toute la famille. R. Léon." Sur la photo : « Voilà la porte d’entrée. Je couche là. »
Carte du 25 août 1916, de Dieppe: " Mes bien chers parents, J’ai reçu votre lettre avec le plus grand plaisir que vous allez tous bien. J’espère de tout cœur que ça continuera comme ça jusqu’à la fin de cette horrible guerre (et) que nous aurons le bonheur de nous revoir un jour pour toujours. Je vous remercie enfin des 10 francs qu’il y avait dans la lettre. Je suis heureus, je reçois tous les deux jours une lettre de mon frère Philippe. Je suis heureux, il va bien. J’espère de tout cœur qu’il sera bientôt relevé. Il me dit qu’il pense d’être relevé à la fin du mois. Pour moi ça va très bien. Dommage que ça sera trop vite guéri, enfin c’est comme ça. Je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Ne vous faites pas de mauvais sang pour (de) moi. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur. A toute la famille. Bien le bonjour aux oncles, tantes, amis."
Carte du 30 août 1916, de Dieppe: " Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes bonnes nouvelles. Je vais très bien. Déjà que c’est trop vite guéri car la plaie se ferme à grand train. Enfin, c’est toujours quelques jours de passés de repos. Mes bien chers parents, j’espère de tout cœur que vous tous vous êtes en bonne santé. Je suis heureux, je reçois tous les deux jours (des nouvelles) de mon frère Philippe. J’espère de tout cœur qu’il sera relevé. Car c’est plus que terrible celui qui est nuit et jour dans cet enfer. Mes chers parents, espérons que ce jour heureux viendra bientôt que nous aurons le bonheur de nous revoir tous en bonne santé pour toujours. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur. Ravier Léon.
Carte du 4 septembre 1916, toujours de Dieppe: " Mes bien chers parents, Je réponds à la lettre que j’ai reçue aujourd’hui avec grand plaisir que vous allez tous bien. Je vous remercie infiniment des 10 francs qu’il y avait dans la lettre. Pour le colis, je l’ai pas encore reçu. J’ai écrit au dépôt. J’espère qu’il sera pas perdu, mais ne m’envoyez pas de colis pour le moment car il y a assez à manger.J’ai pas reçu de nouvelles de mon frère Philippe. J’espère en recevoir demain. J’espère de tout cœur qu’il sera en bonne santé.
Carte du septembre 1916, de Dieppe: "Deux mots pour vous donner de mes bonnes nouvelles. Je vais bien. Hier, j’ai passé la visite. Je vais aller eu Dépôt de convalescents…J’espère y rester encore une dizaine de jours. Vous tous j’espère de tout cœur que vous allez tous bien. Je suis heureux, j’ai reçu tous les deux jours des lettres de mon frère Philippe. Il va bien. Ça m’ennuie de le savoir toujours aux avant-postes, de pouvoir pas (avoir droit) au repos. J’ai prié de tout cœur qu’il sera bientôt relevé, qu’il puisse se reposer quelques jours. Mes bien chers parents, je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui que de bien vous conserver. Mois, je ferai mon possible pour rester le plus longtemps possible. Votre fils qui vous embrasse de tout cœur. Ravier"
Carte du 13 septembre 1916, de Dieppe: "Mes bien chers parents, Deux mots pour vous donner de mes nouvelles. Je vais assez (bien) pour le moment. J’ai changé d’hôpital de matin. Je suis à Envermeu pour une dizaine de jours je l’espère. Ensuite, j’irai vous voir. Vous tous j’espère que vous serez tous en bonne santé.Mes bien chers parents, je vous en dis pas davantage. Votre fils qui vous embrasse du fond (du) cœur. A toute la famille. Ravier Léon."
Carte du 19 septembre 1916, de Envermeu: "Mes bien chers parents, Je réponds à la lettre que j’ai reçu avec grand plaisir que vous allez tous bien. Je vous remercie infiniment des 10 francs qu’il y avait dans la lettre. Je suis heureux, je reçois tous les deux jours des lettres de mon frère Philippe. Il va bien. Aujourd’hui, il me dit qu’il a vu Peronnier Léon et beaucoup d’autres copains de mon Bataillon qui sont remontés aux tranchées. Si j’avais pas été blessé, je serais où était mon frère Philippe, je pourrais (j’aurais pu) le voir. Mais j’espère qu’il sera bientôt relevé. Mes bien chers parents, je vous en dis pas davantage pour aujourd’hui. Votre fils qui vous embrasse du fond du cœur. Ravier Léon."
Fin septembre ou courant octobre, Léon, guéri de sa blessure, quitte la région de Dieppe et retrouve son Bataillon dans les Vosges.
Carte du 1er novembre 1916, de Granges, dans les Vosges: "Mes chers parents, Je viens de recevoir votre lettre avec le plus grand plaisir que vous allez tous. J’espère de tout cœur que ça continuera jusqu’à la fin de cette horrible guerre, que nous aurons le bonheur de nous revoir un jour pour toujours. Ca sera le plus b





