10.12.2007
La Savoie française 1792 - 1815
J’ai décidé de présenter d’abord les principaux évènements, nationaux ou régionaux, à connaître pour comprendre la période, et ensuite ce que j’ai pu recueillir sur Blay et St Thomas, ou Esserts-Blay (c'est le chapître suivant).
Les principaux évènements de la période révolutionnaire et napoléonienne :
Le 22 septembre 1792, au lendemain de l’abolition de la Royauté en France, le Général Montesquiou, chef de l’Armée française du Midi, pénètre dans le Duché, accompagné de la Légion Allobroge, ce qui donne à cette invasion une apparence de guerre de libération. Il ne rencontre absolument aucune résistance, les 12 000 soldats piémontais s’enfuyant en grand désordre.
Les 29 et 30 septembre 1792, les troupes françaises arrivent à Conflans, puis s’installent à Moutiers. Moutiers va devenir un lieu de casernement important, puisque, au fil du temps, 1000 hommes y logeront.
Pour les élites agissantes savoyardes, la cause est entendue : la Savoie doit s’unir à la France. Mais, en France, la Convention est réticente. La question de l’annexion de la Savoie fait débat. En tous cas, il ne faut pas que l’annexion de la Savoie par la France apparaisse comme une conquête. Il est donc impératif que les Savoyards demandent en masse leur union à la France. C’est dans ce contexte qu’est organisée la consultation des communautés.
En Tarentaise, les communautés sont consultées le 14 octobre 1792 : dans chaque commune, tous les hommes de plus de 21 ans éliront 1 député et 2 suppléants. Les élus sont convoqués le 21 octobre à Chambéry. La jeune Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité prend les choses en main et mène campagne pour l’annexion. Elle envoie 27 commissaires dans les Provinces pour organiser les élections. On ne retrouve d’ailleurs aucune trace d’un parti indépendantiste.
La Tarentaise compte alors 62 communautés et 36800 habitants. Les 3 bourgades les plus importantes sont Moutiers, St Martin de Belleville et Bourg St Maurice, qui comptent presque 2000 habitants chacune. Les nobles sont peu nombreux (23 en 1703). L’antagonisme entre les paysans et les notables, rentiers, propriétaires etc. … est beaucoup plus important que celui entre noble et non nobles. Les ruraux enrichis ont racheté des droits et servis aux nobles et les exploitent sans faiblesse.
Les communaux (surtout forets et pâturages) représentent 70 % des terres en Tarentaise et attisent les convoitises des nouveaux enrichis et donc les conflits avec les communautés villageoises. Néanmoins, la Tarentaise n'a pas connu de réels troubles prérévolutionnaires.
Le 10 octobre 1792, la commune de Moutiers délibère la 1ère et se prononce pour l’intégration à la France.
Les commissaires de la Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité convoquent les secrétaires des autres communautés et les chargent d’organiser la consultation dans cheque communauté. Ce sont les AG traditionnelles des communiers (qui ne se réunissaient plus depuis la réforme communale de 1738) qui vont se réunir en assemblées primaires (les non communiers, c’est non propriétaires dans la commune, qui représentent en moyenne 40 %sont donc exclus de la consultation, ainsi, bien entendu que les femmes). Ces AG sont convoquées de façon tout à fait traditionnelle : le Secrétaire (ou l’homme de loi commis si le secrétaire n’est pas venu à la convocation de Moutiers) réunit le Conseil, l’informe de la situation, lui lit les textes officiels. Puis le Conseil affiche les textes sur les portes de l’Eglise, et convoque l’AG des communiers. Le Secrétaire de la communauté dirige l’AG. Il lit le manifeste des commissaires, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui y est annexée, et le procès-verbal de la délibération de la Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité de Chambéry. Il invite ensuite les communiers à se prononcer sur le mode de gouvernement qu’ils souhaitent voir adopter, et à élire un député et 2 suppléants pour aller porter leurs veux à Chambéry le 21 octobre.
Le 21 octobre 1792, les 648 (ou 655 ?) députés se réunissent à Chambéry pour constituer l’Assemblée des Communes de Savoie, qui se proclame rapidement Assemblée Nationale Souveraine des Allobroges. Cette Assemblée prononce d’abord la déchéance du Roi et de sa postérité, l’abolition des privilèges, des droits féodaux, des dîmes et des gabelles, puis demande son rattachement à la France. Seules 3 communes se prononcent pour l’indépendance de la Savoie.
Le 27 novembre 1792, la Convention Nationale accepte, après réflexion, la réunion de la Savoie à la France (« la Savoie formera provisoirement un 84ème département, sous le nom de département du Mt Blanc »). Le département du Mt Blanc sera représenté par 10 députés. On notera d’ailleurs que la Savoie sera rattachée "définitivement" à la France par le Traité de Paris du 5 mai 1796, par lequel Victor Amédée III cède Nice et la Savoie à la France.
Le 14 décembre 1792, les 4 commissaires français chargés de l’administration du nouveau département du Mt Blanc arrivent en Savoie. Ils jouissent de pouvoirs quasi-illimités. Leurs 1ères décisions sont les suivantes :
Chambéry est le chef lieu du département (malgré l’âpre rivalité avec Annecy, à qui sera concédé, en contrepartie, l'Evéché du département)
La Savoie est divisée en 7 districts (proclamation du 29 janvier 1793) correspondant aux anciennes provinces : Chambéry – Annecy – Thonon – Carouge – Cluses – Moutiers – St Jean de Mne, 83 cantons (la notion de canton est nouvelle en Savoie), et 652 communes.
Le district de Moutiers, 49 315 habitants selon le dernier recensement de 1783, va de Conflans à la Haute Tarentaise et comprend aussi le Beaufortain. Les 10 chefs-lieux de canton sont : Moutiers – Conflans – Beaufort – Feissons sous Briançon – St Jean de Belleville – Bozel – Bellentre – Aime – Bourg St Maurice – Ste Foy. Les communautés deviennent des municipalités.
La question religieuse, pourtant sensible en Savoie, n’est pas abordée, du moins jusqu’au 8 février 1793. Durant l’automne 1792, les Savoyards se bercent d’illusions : la Savoie peut devenir française tout en bénéficiant, comme elle le souhaite, d’un statut particulier sur le plan religieux. Rappelons que les Savoyards ont été appelés à s’exprimer sur leur avenir (notamment le rattachement à la France) lors des Assemblées primaires d’octobre 1792, qui se sont tenues dans chaque commune. De nombreuses Assemblées ont émis une réserve importante : le maintien en l’état de la religion catholique (chose curieuse : aucune réserve de ce type dans les Assemblées de Tarentaise, de Maurienne, de Savoie et de carouge, signe probable qu’il y a eu trucage). En effet, les populations sont très attachées au catholicisme et au clergé séculier. L’autorité et le rayonnement des curés et vicaires de paroisse sont très importants. Mais ces réserves ont manifestement été cachées, à la fois pendant l’Assemblée Nationale des Allobroges et également quand les députés savoyards sont venus à Paris demander le rattachement à la France à la Convention. Donc la Convention a accepté le rattachement de la Savoie à la France sans que la question du particularisme religieux savoyard n’ait été évoquée officiellement.
D’autre part, jusqu’en janvier 1793, les révolutionnaires savoyards s’efforcent de rassurer le clergé et les campagnes : on ne touchera pas à la religion catholique.
Et enfin, le clergé savoyard reste étonnement passif devant les évènements de l’automne 1792. Pourtant, aucun prêtre savoyard ne peut ignorer ce qu’il s’est passé en France, surtout que les évêques et prêtres français réfractaires sont nombreux à s’être exilés temporairement en Savoie. L'Evêque de St Jean de Maurienne part pour Turin dès le 24 septembre. Mais l’Archevêque de Moutiers et l’Evêque de Chambéry restent en place et tentent de s’accommoder avec le nouveau pouvoir. L’Evêque de Chambéry prononce même un discours presque d’allégeance au nouveau pouvoir devant l’Assemblée des Allobroges. L’Archevêque de Moutiers, Mgr Joseph de Monfalcon du Cengle, est encore plus conciliant puisqu’il envoie une lettre (11 novembre 1792) à la Commission provisoire afin de montrer son parfait loyalisme. Une bonne partie du clergé, qui a pourtant pris de plein fouet le décret du 27 octobre sur les biens du Clergé, semble espérer que la Constitution civile du Clergé ne sera pas appliquée en Savoie.
Le 8 février 1793, les 4 Commissaires de la Convention signent une proclamation qui introduit dans le Département du Mont Blanc la Constitution civile du Clergé et l’obligation du serment (de "maintenir la liberté, l’égalité et de mourir en les défendant") des prêtres dans un délai de 8 jours (ces réformes ont été réalisées en France en 1790 et 1791). Les prêtres qui refusent le serment sont considérés comme démissionnaire et n’ont d’autre issue que l’exil ou la déportation (art 25 – 26 -27).
C’est la consternation et la fin des dernières illusions du clergé et des fidèles. Le mécontentement est énorme (alors qu’on peut penser que le décret du 8 février n’est que la suite logique des évènements de l’automne 1792). Quelque chose de profond s’est cassé entre la Révolution et les savoyards, surtout dans les campagnes.
Beaucoup de curés hésitent : prêter serment est un acte grave, mais s’exiler, c’est abandonner. Le concept de prêtre-citoyen plait à certains ; d’autres se disent que des opportunités vont se présenter en restant ; d’autres ont des contraintes personnelles qui les empêchent de partir. Plusieurs prêtres, parfois sur recommandation de leur supérieur, prêtent serment, mais avec des restrictions ; c’est en principe interdit, mais cela permet parfois de gagner du temps, voire même de piéger certains curés qui se retrouvent ainsi parmi les jureurs. Toujours est il que la protestation est énorme, dans les villes et dans les campagnes.
Cette protestation s’exprime lors des assemblées primaires du 11 février 1793, qui doivent choisir les électeurs qui éliront les 10 députés qui représenteront le Département à la Convention ; 7 des 10 députés élus ne sont pas soutenus par les commissaires. Les Commissaires de la Convention n’y voient que complot et manipulation, sans vouloir comprendre que la protestation touche vraiment au cœur des savoyards.
Même si c’est difficile de faire des statistiques, on estime entre ¼ et 1/3 des ecclésiastiques de Savoie jurent, avec ou sans restrictions. Si on compare avec les départements français voisins (il est vrai français depuis plus longtemps), la proportion de jureurs est faible ; elle se rapproche de celles des départements qui forment la France du refus (ex : Vendée). C’est à Chambéry et en Tarentaise qu’on jure le plus (60 % et même 70 % dans le clergé paroissial). Le diocèse d’Annecy est très majoritairement réfractaire (85 à 90 %), de même que la Maurienne.
En Tarentaise, contrairement à la Maurienne, la proportion de jureurs est importante, puisqu’on estime que 2/3 du clergé prête serment. En 1792 il y a 224 prêtres en exercice. 128 sur les 145 dont la trace a été retrouvée ont prêté serment, 57 des 66 curés et 33 vicaires sur 34. Sans doute de nombreux curés pensent ils que l’orage va passer ou que les Piémontais vont revenir; ainsi ne veulent ils pas abandonner leur paroisse. Il y a sans doute eu beaucoup de restrictions, au moins orales. Et l’attitude, perçue comme ambiguë, de l’Archevêque a certainement encourager des prêtres prêtent serment. D'autant le chanoine Jean Vincent Merme, qui a été professeur au Collège Royal pendant 42 ans, et a donc forme une centaine de prêtres, est favorable aux idées nouvelles ; on peut penser qu’il a entraîné de nombreux serments.
Face à la protestation, les Commissaires hésitent entre l’apaisement pour convaincre, et la répression. Ils se décident finalement pour la répression.
Le 1er mars 1793, l’Archevêque de Tarentaise émigre pour Turin. Il est l’un des derniers à partir, ayant cru pendant plusieurs mois qu’un arrangement avec le nouveau régime était possible. On notera que ce dernier donne avant de partir des instructions ambiguës : il exhorte les prêtres de son diocèse à refuser le serment, mais aussi à tenir ferme à leur poste tant qu’ils le pourraient.
Le 6 mars 1793 a lieu l’élection de l’Evêque du nouveau diocèse du Mt Blanc. François Thérèse PANISSET, curé de St Pierre d’Albigny, homme réputé droit et pieux, est élu avec 56% des suffrages exprimés, ce qui est correct, sans plus.
Les prêtres réfractaires s’exilent, le plus souvent à Turin ou dans le Piémont. Dans les régions massivement réfractaires (Genève et Maurienne), le refus de la messe faite par le clergé jureur (ou « intrus ») est immédiat.
Dans les régions « jureuses » (Chambéry, Belley et Tarentaise), les paroissiens, au moins dans les 1ères semaines, continuent à aller régulièrement à la messe. Mais, assez rapidement, la confiance n’est plus de mise. De plus, l’Eglise romaine donne l’ordre aux prêtes qui ont prêté serment de se rétracter faute de quoi leurs pouvoirs spirituels sont fortement diminués. C’est le cas de l’Archevêque de Moutiers, depuis son exil de Turin, le 28 avril 1793. Des prêtres se rétractent et doivent fuir ou se cacher.
Le service pastoral est en forte baisse, et deviendra inexistant à partir de l’arrivée du Représentant Albitte en février1794, qui, lui, veut déchristianiser complètement la Savoie.
Le 22 février 1793, la Convention décide la réquisition de 300 000 hommes. La Savoie se doit d’y participer. En principe, le principe du volontariat est conservé (c’est un honneur et un devoir de défendre la Patrie). Dans les faits, la désignation est imposée. Comme un peu partout en France, les réquisitions donnent des résultats assez corrects dans les villes, au moins dans les 1ers mois. Mais, dans les campagnes, on assiste à des mouvements de masse, soit de réfractaires (qui bénéficient du soutien de la population), soit de déserteurs (on s’en méfie un peu plus).
De juin 1793 à juillet 1794, c'est, en France, 1ère Terreur, avec le Comité de Salut Public, dirigé par Robespierre, chargé de faire triompher la Révolution à tout prix. En Savoie, cette terreur, réelle mais néanmoins moins violente que dans le reste de la France, est incarnée par Albitte, envoyé par la Convention comme Représentant dans le département du Mt Blanc du 28 février 1794 au 21août 1794. C’est un doctrinaire, pour qui la Raison est le véritable Etre suprême, mais qui ne va jusqu’à user de la guillotine. Pour lui, l’Eglise constitutionnelle est périmée, il faut déchristianiser complètement le département. Toute religion est pure invention, le seul culte qui compte, c’est celui de la raison.
Le Clergé constitutionnel se trouve décrédibilisé. Le culte catholique, même constitutionnel, cesse pratiquement. Albitte exige des prêtres un serment d’apostasie. Les prêtres (rappel : ceux qui restent encore ont prêté le serment Liberté – Egalité) fuient, ou sont emprisonnés, voire déportés. Les clochers des églises sont abattus, les églises sont dévastées. La messe est proscrite, la vie pastorale s’arrête brusquement.
Durant l’été 1793, les Sardes, aidées par l’Autriche, contre-attaquent, en Tarentaise, en Maurienne, et dans la vallée de l’Arve. Le Duc de Montferrat attaque la Tarentaise. Il est à Bourg St Maurice le 16 août, à Moutiers le 23, où il réinstalle l’Archevêque. Il pousse même jusqu’à La Roche - Cevins, où il installe son Quartier Général, mais ne va pas plus loin.
Dans un 1er temps, le Général français DUBOURG, à l’Hôpital, envisage de se replier. Le Général Kellerman lui ordonne de ne pas quitter Conflans sans avoir été attaqué, et vole à son secours.
Début septembre 1793, les 2 armées sont face à face à La Roche – Cevins : 17 000 Sardes contre 7 000 Français. Le 10 septembre, les Français passent à l’attaque, à la fois à Cevins et par les cols du Beaufortain (les Cormets) et de Maurienne (la Madeleine). Les Sardes se replient rapidement.
Le 2 octobre, le Général Kellerman entre à Moutiers. La Tarentaise est rapidement reprise par les Français, les Sardes se repliant sur les crêtes.
Le 27 juillet 1794 marque la chute de Robespierre. C’est la fin de la 1ère période de terreur. Un nouveau régime politique s’installe, le Directoire, qui va durer jusqu’à la prise du pouvoir de Napoléon (9 novembre 1799). La persécution religieuse reste forte jusqu’au début 1796. Ce régime s'appuie sur la Constitution du 22 août 1795 (5 fructidor an III). Elle est inspirée par le souci d’éviter le retour de la dictature, et est précédée d’une Déclaration des droits et des devoirs qui réaffirme avec force le droit de propriété. Le suffrage redevient censitaire, et l’âge de la majorité est relevé (« nous devons être gouvernés par les meilleurs »). Les pouvoirs (législatif et exécutif) sont très strictement séparés.
Les institutions locales (départements, cantons, communes - les districts sont remplacés par les cantons) restent étroitement subordonnées au pouvoir central. Le Directoire marque même un recul de la démocratie locale. En effet, seules les communes de plus de 5000 habitants conservent une organisation municipale propre. En Savoie, seule Chambéry est dans ce cas. Partout ailleurs, chaque commune élit un agent municipal, et la réunion des agents municipaux forme "l'administration municipale" de ce canton.
L’homme fort, c’est le Commissaire, nommé par le Directoire et chargé de surveiller l'application des lois. Il y en a un au niveau du département, et un au niveau de chaque administration communale de canton. Les agents municipaux sont théoriquement élus au suffrage censitaire. Mais le Directoire, par l’intermédiaire des commissaires qu’il nomme auprès des départements et des communes pour surveiller l’application des lois, peut destituer les agents municipaux, ce qu’il ne se prive pas de faire. Le fait que les villes et villages de moins de 5000 habitants ne soient plus administrés localement fait que le brigandage et l’insécurité augmentent dans les campagnes. La désertion est également très importante, surtout dans les campagnes. De plus l'administration n'arrive pas à résoudre les nombreux problèmes de ravitaillement qui se posent.
A partir d’août 1794, les vicaires capitulaires des anciens diocèses de Savoie, la plupart exilés à Turin, décident d'envoyer dans nos régions des missionnaires en vue de (ré) animer la vie religieuse. Pour la Tarentaise, c’est André de Maistre (frère de Joseph et Xavier) qui dirige, depuis Turin, l’opération. Ils sont 4 missionnaires à quitter Turin dans les derniers jours de novembre 1794 vers le Col de la Seigne, le Cormet de Roselend, le Beaufortain et la Basse tarentaise.
A leur tête, Antoine Martinet, 32 ans, originaire de Queige, ordonné prêtre en 1789, nommé ensuite vicaire à St Paul, puis appelé par l’Archevêque de Moutiers comme secrétaire particulier. En 1793, il refuse de prêter serment et accompagne l’Archevêque lorsque celui-ci quitte Moutiers en mars 1793. Après le décès de l’Archevêque en septembre 1793, il reste à Turin et devient secrétaire d’André De Maistre, qui était jusqu’en mars 1793 l’un des 3 vicaires généraux de l’Archevêché de Tarentaise.
Pendant 4 ans, les 4 missionnaires de Tarentaise vont vivre dans la clandestinité, changement de logement presque tous les jours, évitant les villes et sortant la nuit pour accomplir son ministère de prêtre. C’est une vie dangereuse et éprouvante, surtout pendant les périodes de chasse aux prêtres réfractaires. Sur 80 missionnaires envoyés en Savoie, 25 seront pris et envoyés à l’Ile de Ré ou à Rochefort. En avril 1795, 8 nouveaux missionnaires arrivent en Tarentaise par le Col de la Galise.
Le 25 octobre 1795, André de Maistre divise l’archidiocèse en 9 missions, avec à la tête de chaque mission, un responsable et un adjoint, le tout étant chapeauté par André Martinet (jusqu’en juillet 1798) : Bourg St Maurice – Aime – St Marcel – Bozel – les Belleville – Moutiers et Aigueblanche – la Basse Tarentaise – Beaufortain – nord de la Combe de Savoie. La question de la position de chaque prêtre vis-à-vis des différents serments est très importante. Le 28 avril 1793, l’Archevêque avait interdit de prêche tous les ecclésiastiques qui avaient prêter le serment du 8 février 1793 et qui ne s’étaient pas rétractés publiquement dans les 10 jours ; il avait aussi défendu les fidèles d’avoir affaire à eux. André Martinet s’est occupé de faire rétracter publiquement ceux qui avaient prêté serment.
Le missionnaire reprend le rôle traditionnel des curés : les baptêmes, les mariages, la messe etc. … Mais il faut s’adapter à la clandestinité et au fait que, à partir de février 1794 jusqu’à début 1795, la vie pastorale a été quasiment anéantie (Albitte, puis les 1ers mois du Directoire).
Le baptême est le seul sacrement qui peut être administré par un laïc. Donc, entre 1792 et 1799, en l’absence de prêtres, les baptêmes administrés par des laïcs (ondoiement) seront très nombreux ; l’inscription sur un registre est obligatoire. Il y a aussi eu, en 1793 et jusqu’à l’arrivée d’Albitte en février 1794, des baptêmes célébrés par les prêtres assermentés (ou « intrus ») Le missionnaire prend en charge les baptêmes quand il le peut, sinon, il se contente de vérifier que l’ondoiement est régulier. En général, chaque nouveau né est ondoyé ou baptisé (si le missionnaire est dans les parages) dans les 3 jours qui suivent la naissance, en général le jour même. Si le missionnaire n’est pas là, le délai entre ondoiement et baptême peut être long, jusqu’à 1 an pendant la période de 1794 (Albitte, puis le temps que les missionnaires arrivent en Savoie).
Concernant le mariage, il faut obligatoirement un prêtre et 2 témoins. Le missionnaire, dès qu’il arrive dans un secteur, régularise (s’il les valide) les unions faites, soit devant un prêtre « intrus » (jureur), soit devant un magistrat civil (s’il est avéré qu’il était trop dangereux de recourir à un pasteur légitime), soit sans prêtre mais devant des témoins catholiques. Dès lors qu’il est sur un secteur, les mariages se font régulièrement, ce qui implique de nombreux déplacements, soit pour le missionnaire, soit pour les mariés (on regroupe les mariages). Les missionnaires visitent également les malades, la crainte de ne pas trouver de prêtre pour l’extrême onction aux agonisants étant très forte.
La messe est célébrée quand c’est la sécurité le permet, dans tout lieu décent les jours de semaine, à l’église le dimanche si elle est « réconciliée ». Après février 1793 et le départ massif des prêtres et vicaires, les fidèles, surtout là où les confréries marchaient bien, se sont mis à organiser eux-mêmes des « services religieux » qu’on peut appeler « culte laïque ». Il s’agit d’ersatz de messe, faites par les laïcs. Les missionnaires, une fois en place, se sont occupés d’y mettre bon ordre (il y avait eu quelques abus).
Dernier point important au cœur des préoccupations d’Antoine Martinet, l’enseignement, qui est un devoir indispensable. Cet enseignement doit être autant pratique que théorique. On y insiste sur la morale et la séparation entre le civil et le religieux. Les missionnaires doivent veiller aux petites écoles de leurs paroisses.
Sur le plan religieux, on peut diviser la période du Directoire en 3 temps:
1. De la mi 1794 au début 1796 : après une période de détente suite à la chute de Robespierre et, en Savoie, au départ d’Albitte, le début du Directoire est marqué la répression contre les réfractaires. En juillet 1795, 20 % des électeurs savoyards votent contre la Constitution proposée par le Directoire (dite du 22 août 1795), ce qui est un chiffre énorme, et fait dire que la Savoie est une 2ème Vendée.
2. De début 1796 à août 1797 : c’est l’accalmie religieuse. Les offices reprennent, beaucoup d’émigrés reviennent. En janvier 1796, l’Evêque constitutionnel PANISSET va même jusqu’à se rétracter (c’est la 1ère rétractation d’un Evêque constitutionnel). Cet acte démantèle l’Eglise constitutionnelle, qui laisse le champ libre aux missionnaires envoyés depuis Turin. Durant l’année 1796, la plupart des communes retrouvent un culte public. La liberté religieuse est même officiellement proclamée le 14 août 1797, à la grande joie de la population.
Le 15 mai 1796, suite à la victoire des troupes du Général Napoléon sur celles de Victor Amédée III la Savoie est officiellement cédée par le Piémont à la France. Le Traité prévoit l’expulsion par le Piémont des émigrés français. La vente des biens nationaux commence dès juin 1796.Elle profite très largement aux bourgeois et aux notables des villes et dégradent les relations entre les campagnes et les villes.
3. Après le coup d’Etat du 17 fructidor 1797 (17 septembre) et jusqu’à fin 1799, les lois de persécution religieuse sont rétablies. C’est la 2ème Terreur. Les prêtres qui n’ont pas prêté le nouveau serment doivent quitter le territoire ou sont déportés Mais, cette fois ci, les escarmouches, les mouvements de protestation, et les émeutes se multiplient et sont beaucoup plus vives que pendant la 1ère Terreur. Les années 1798 et 1799 sont très difficiles.
En mai 1798, Genève est annexée par la France et devient, en août, le chef lieu du département du Léman, qui ampute le département du Mont Blanc du tiers de superficie (Thonon, Bonneville, Carouge). Le Faucigny, avec le massif du Mt Blanc, rejoint le nouveau département du Léman en février 1800.
Le 9 novembre 1799, Bonaparte prend le pouvoir (Coup d’Etat du 18 brumaire).
La loi du 17 février 1800 (28 pluviôse an VIII) réorganise l’administration locale, dans un sens ultra centralisateur. Elle recréé les anciens districts (ex-provinces de l'Ancien Régime) au travers des arrondissements (4 pour le département de Mt Blanc: Annecy, Chambéry, Moutiers et St Jean De Maurienne) et 3 pour le département du Léman créé suite à l'annexion de Genève en 1798) Le Préfet, nommé et révoqué par le gouvernement (c'est-à-dire Napoléon), administre, seul, le département. Il est aidé par le Conseil de Préfecture (contentieux) et par le Conseil Général (budget – impôts) Le Sous préfet est lui aussi nommé par le gouvernement, il administre l’arrondissement (qui succède au District). Il est aidé d’un Conseil, qui propose et répartit les impôts entre les communes.
Les Maires des communes de plus de 5000 habitants sont nommés par le gouvernement, ceux de celles de 5000 habitants par le Préfet. Il est probable que seule Chambéry comptait alors plus de 5000 habitants. Un arrêté du 8 décembre 1801 diminue sensiblement le nombre de cantons. L'arrondissement de Moutiers n'en compte plus que 5: Bourg St Maurice, Beaufort, Conflans, Moutiers Sud et Moutiers Nord.
Sur le plan religieux, Napoléon négocie avec la Papauté (les relations entre le régime précédent, le Directoire, et la Papauté étaient exécrables) le Concordat du 15 juillet 1801: la Constitution civile du Clergé est abolie, la vente des biens d'Eglise est entérinée. La Papauté reconnaît la République, et l'Etat assure le libre exercice de la religion catholique et rémunère ses serviteurs. La France est alors divisée en 60 évêchés et 10 archevêchés. La religion catholique n'est plus, depuis 1789, religion d'Etat, mais elle est reconnue comme celle de "la grande majorité des Français. Les Evêques sont nommés par le Chef de l'Etat, à qui ils prêtent serment, et institués canoniquement par le Pape. Ils ont des pouvoirs étendus et nomment les curés. Le concordat de 1801 ramène la paix religieuse.
La Noblesse se rallie en masse au régime (devenu Empire le 18 mai 1804) en se lançant dans les affaires, en entrant en masse dans la magistrature et dans la Grande Armée, et en jouant un rôle de plus en plus important dans les affaires politiques locales et départementales.
Le 18 mai 1804, Bonaparte se fait sacrer Empereur
09:10 Publié dans 14 La Savoie française 1792 - 1815 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Esserts-Blay, Blay, St Thomas, histoire, Savoie, Révolution, Napoléon
06.12.2007
Blay et St Thomas entre 1792 et 1815
- La création, entre fin 1794 et 1800, de la commune d’Esserts-Blay, par fusion de Blay et de St Thomas. On verra que cela n’a pas été un long fleuve tranquille.
- L’érection, en 1803, de Blay, jusqu’alors rattaché à St Paul, en paroisse de plein exercice. Depuis cette date, notre village compte 2 paroisses.
En septembre 1792, et depuis de nombreuses décennies, semble-t-il, Blay est rattaché religieusement à St Paul (Blay a sa chapelle, mais l’église paroissiale est à St Paul), alors que, sur le plan communal, Blay est un quartier de la commune de St Thomas des Esserts. Comme on dit à l’époque, Blay est rattaché à St Paul pour le spirituel et à St Thomas pour le temporel.
1. Blay fait le forcing pour être détaché de St Paul (religieux) et de St Thomas (commune): octobre 1792 - février 1793.
Le 14 octobre 1792, lors du vote des communautés de Tarentaise pour émettre un souhait sur l’avenir politique de la Savoie et pour élire les députés qui vont siéger à l’Assemblée des Allobroges, les habitants de Blay se constituent en communauté autonome, et forment ainsi la 63ème communauté de Tarentaise.
Blay (comme St Paul et 28 autres communes) donne un mandat illimité à son député, sans se prononcer sur l’avenir politique de la Savoie. La délibération de St Thomas des Esserts n’a pas été retrouvée. On notera que 18 communes se prononcent clairement pour la réunion à la France, 1 préfère une République indépendante, 6 donnent mandat à leur député, mais avec des réserves. Seule Cevins se déclare contre l’union à la France (ce sera la seule de tout le Duché).
La plupart des députés, souvent des hommes de loi, sont favorables à l’union à la France. Blay désigne le Notaire Joseph DEGLISE, St Paul Joseph Marie BAUDE, également Notaire.
Les habitants de Blay, sur leur lancée du vote du 14 octobre font le forcing pour être détachés, à la fois de St Paul pour le spirituel, et de St Thomas pour le temporel, et former à la fois une paroisse et une commune autonomes. Le 26 novembre 1792, 56 habitants mâles du quartier de Blay, représentant plus des 2/3 des habitants mâles du quartier se réunissent sur la place publique devant la chapelle, « paisiblement et sans armes ». Ils réclament de devenir une commune et une paroisse indépendantes. Leurs arguments sont les suivants :
- L’équité budgétaire : dépendant à la fois de St Paul (religieux) et de St Thomas (commune), ils paient des 2 cotés pour les fonctionnaires ecclésiastiques, les églises et les presbytères.
- La population : Blay compte déjà 460 habitants (beaucoup plus que St Thomas)
- La géographie et les conditions de route : Blay est à plus d’une lieue de chacune des communes de St Paul et de St Thomas. Et, en plus, « les chemins sont scabreux et très dangereux, principalement dans les temps de gel ».
- Les finances : « Blay, composé de 10 hameaux devant naturellement former une commune séparée, peut aisément acquérir par des dons patriotiques un logement et un jardin convenables à son fonctionnaire ecclésiastique ». En plus, la « caisse nationale des allobroges » va même faire des économies sur la différence de traitement entre le 2ème fonctionnaire ecclésiastique de St Paul (à supprimer) et celui de Blay (à créer).
Forts de ces considérations, les habitants de Blay « députent » le citoyen Louis TEILLIER, en lui conférant tous les pouvoirs nécessaires, afin de présenter la requête à la Commission provisoire d’administration des Allobroges. Enfin, Joseph GONTHIER et Hippolyte MUTTET, tous deux « natifs et habitants de St Paul », apposent comme témoins leur signature sur la pétition (apparemment, il n’y a pas de témoins de St Thomas, il est vrai que les chemins sont mauvais!).
La pétition est évoquée le 1er décembre 1792 par la Commission provisoire d’administration des Allobroges. Elle refusent de délibérer sur le fond de l’affaire, et demande aux pétitionnaires de « rapporter le sentiment des 2 communes de St Paul et St Thomas. »
Une délibération des citoyens de Blay, hélas non datée, mais qui se tient après le 26 novembre et certainement avant les élections municipales du 23 décembre, précise à nouveau que les gens de Blay « ne veulent plus former municipalité conjointe avec le quartier de St Thomas, et, qu’ainsi, ils ne veulent point concourir à l’élection de cette municipalité ». Bien entendu, ils ne s’opposent pas à ce que le quartier de St Thomas procède à l’élection séparée de sa municipalité, et invitent les Secrétaires provisoires des 2 quartiers à venir au chef-lieu de Blay « pour y procéder à l’élection de la municipalité particulière dudit quartier de Blay, séparément de celle de St Thomas ». A la fin du procès verbal apparaît la mention suivante : « Le Secrétaire provisoire de la commune de st Thomas et Blay, malgré l’invitation qui lui en a été faite, n’a cru devoir procéder à l’élection séparément d’une municipalité ».
Le 23 décembre 1792 ont lieu les élections afin d’élire les nouveaux « officiers municipaux ». A St Thomas, l’élection est organisée à l’église paroissiale. Joseph FERLAY, de feu Guillaume, est élu Président, et Thomas BOCHET Secrétaire. Ces derniers prêtent serment, devant l’assemblée des citoyens, « d’être fidèles à la nation, à la liberté, à l’égalité, et de mourir en les défendant ». Le serment est repris par tous les citoyens présents, « en levant la main et en répondant individuellement : je le jure ». Le procès verbal de l’élection ne fait aucune mention de la pétition des habitants de Blay, qui, manifestement, ne sont pas présents.
On vote beaucoup à cette époque. De nouvelles élections municipales doivent se tenir le 10 février 1793 (ou 22 janvier - date à vérifier). La Commission d’administration provisoire du Mt Blanc statue de nouveau (sans doute avant cette élection), et arrête que « provisoirement l’état actuel des choses sera conservé jusqu’à la nouvelle circonscription des communes ». Les habitants de Blay sont donc déboutés, et doivent concourir avec ceux de St Thomas.
2. Blay rattaché provisoirement à St Paul: mars 1793 - décembre 1794.
Au printemps 1793 (certainement en mars), certaines communes sont re-dessinées. Le quartier de Blay est alors rattaché à St Paul. Il subsiste néanmoins une incertitude car un document, conservé aux Archives départementales, précise que « la commune des Esserts et Blay a été réunie à celle de St Paul dès le mois de germinal an II (mars 1793) jusqu’à celui de nivôse an III (décembre 1794).
Il semble bien que ce soit uniquement le quartier de Blay qui a été rattaché à St Paul, puisque, à la même époque, les communes changent de nom : St Thomas des Esserts devient « les Esserts » (Conflans, chef-lieu de canton, devient "Roc Libre"). St Paul et Blay devient « Passage et Bellepente », (le chef lieu de canton, Feissons sous Briançon, devient "Charmilles"). Moutiers, chef lieu du District de Tarentaise s’appelle désormais Mont-Salins.
On notera que ce changement ne sera effectif que quelques mois du printemps et de l'été 1794, mois qui correspondent en gros à la présence d'Albitte en Savoie (de février à août 1794; Albitte est l'incarnation de la Terreur en Savoie). Albitte fait également à quelques redécoupages territoriaux. Il supprime notamment le canton de Feissons (Charmilles) et rattache "Passage et Bellepente" (St Paul et Blay) au canton de "Roc libre" (Conflans).
3. Le Curé de St Thomas accepte, au moins au début, la Constitution civile imposée au Clergé: février - mars 1793.
Le mois de février 1793 est marqué par la Constitution Civile imposée à l’ensemble du clergé savoyard (obligation de prêter serment et de jurer ….). On a vu que cette mesure a jeté la consternation dans les campagnes savoyardes. En Tarentaise, une part importante du clergé, peut être encouragé par les hésitations de l’Evêque et les positions de son entourage, prête serment. Le curé de St Thomas, Joseph Antoine BORNE, prête serment le 25 mars 1793, « après mûres réflexions », « considérant que le serment civique exigé par la loi n’est point conforme à la foi catholique, apostolique et romaine ». Le maire de St Thomas est alors François LASSIAZ, Joseph TRAVERSIER et Etienne GIROD sont officiers municipaux, le Procureur est Joseph BOCHET, et le Secrétaire greffier Joseph Antoine FONTAINE. Le même jour est dressé l’inventaire des biens du Curé BORNE.
Il reste à St Thomas jusqu'à l'automne 1793 (il consigne un acte de décès - en latin - le 10 novembre 1793), puis part en exil (à Turin semble-t-il), comme de nombreux prêtres. Il est de retour à St Thomas à l'automne 1796 (il consigne un acte de décès - en français - le 3 novembre 1796)
4. La création de la commune d'Esserts-Blay, entre fin 1794 et 1800.
La date de la création définitive de la commune d’Esserts-Blay n’est pas connue avec précision. Il est certain qu’elle s’est produite avant 1800, peut être à la fin de 1794 ou au début de 1795. Rappelons que Blay, jusqu'alors lié à St Thomas pour le temporel (commune), a été rattaché à St Paul entre mars 1793 et décembre 1794.
L'analyse ce qui reste des registres d'état-civil des archives communales de l'époque apporte des informations, même s'il manque presque tout des années 1792 - 1793 - 1794 pour Blay et St Thomas, et toute la période 1792 - 1800 pour St Paul.
Un acte de naissance du 23 décembre 1794 et plusieurs actes de décès de 1795 (jusqu'en janvier 1796) évoquent la "commune de Blais, district de Moutiers, département du Mont Blanc". Ces actes ne font donc pas référence à un éventuel rapprochement communal entre Blay et St Thomas. Un acte de décès de 1795 (pluviôse) fait référence à la "commune de St Thomas des Esserts, district de Moutiers, département du Mt Blanc", sans évoquer non plus une quelconque commune "d'Esserts-Blay". On dirait donc que, de fin 1794 à début 1796, Blay et St Thomas sont 2 communes différentes. Les actes de Blay n'évoquent pas non plus la subordination à St Paul (mais les registres de l'époque de St Paul ont disparu). Donc Blay semble être alors une commune indépendante, mais c'est loin d'être certain.
Les registres et actes sont ensuite plus exploitables à partir de 1796. Mais l'analyse ne se simplifie pas pour autant. En effet, les actes de la période 1796 - milieu de1797, sont regroupés dans des registres différents, selon qu'ils concernent Blay ou St Thomas.
On trouve par exemple un registre du 6 pluviôse an 4 (26 janvier 1796) qui évoque "la section de Blay, commune des Esserts, canton de Conflans, Département du Mt Blanc." Cela parait clair: Blay est rattaché à St Thomas. Mais ce registre contient des actes (27 avril 1796, ou 28 mai 1796 par exemple) qui font référence au "Conseil général de la commune de Blay".
On trouve un peu plus loin un autre registre du 1 pluviôse an 4 (21 janvier 1796) qui évoque "la commune des Esserts, Canton de Conflans, Département du Mt Blanc", et qui contient des actes concernant la "commune de St Thomas des Esserts" ou "des Esserts" (sans mention de Blay - les actes concernent effectivement des personnes de St Thomas).
On peut émettre l'hypothèse suivante: Officiellement, si on peut dire, Blay a pu être rattaché à St Thomas pour former la commune des Esserts (on verra plus loin que le nom de la commune ne s'est stabilisé que dans les années 1810) au début de 1796 ou à la fin de 1795. Mais, peut être que cette fusion n'a pas été acceptée localement (à moins que l'information ne soit pas arrivée jusqu'à nos 2 villages !). Ce qui expliquerait que nous ayons 2 registres, faits presque en même temps (janvier 1796), dont les intitulés (certainement dictés par l'autorité centrale) évoquent, l'un "la section de Blay, commune des Esserts" (contenant les actes de Blay), l'autre "la commune des Esserts" (contenant les actes de St Thomas). Par contre, les actes eux mêmes, contenus dans ces registres, sont rédigés par les "autochtones" qui semblent ne pas valider ce rapprochement, ce qui expliquerait que les actes de Blay évoquent "la commune de Blay" (sans faire mention du fait que, d'après le titre du registre, Blay n'est qu'une section de la commune des Esserts), et que les actes de St Thomas évoquent la seule "commune des Esserts".
La confusion dure encore au moins jusqu'au milieu de 1797. Ensuite, les choses ne se simplifient pas immédiatement, du moins d'après les registres d'état civil.
Des actes de juillet 1797, évoquent toujours le Conseil général de la commune de Blay. A partir de fin 1797, mais uniquement pour quelques mois, les actes sont portés sur des registres pré imprimés. Et là, on trouve 2 registres différents au sein de la commune des Esserts et Blay:
- les registres établis à St Thomas qui évoquent uniquement la commune de St Thomas des Esserts
- les registres établis à Blay qui évoquent la commune des Esserts et Blay.
On peut penser que les relations entre le chef lieu de St Thomas et le quartier de Blay ne sont pas simples. Surtout que plusieurs actes de 1798 évoquent encore la commune de Blay. On notera que les derniers actes qui évoquent la commune de Blay sans parler de St Thomas datent de septembre 1798. Par contre, du coté de St Thomas, des registres de septembre 1799 jusqu'à septembre 1800 évoquent toujours la commune "des Esserts", sans mention du quartier de Blay.
A partir d'octobre 1800, les registres associent systématiquement St Thomas et Blay. St Thomas, où se trouve l'église paroissiale, est clairement le chef-lieu, et Blay un quartier périphérique.
Le nom "Esserts-Blay" n'est pas encore complètement entré dans les moeurs. La commune s'appelle indifféremment:
- St Thomas des Esserts et Blais (1801) ou Blay (1804 -1805 - 1809 - 1810)
- Esserts et Blais (1802) ou Blay (1807 - 1810 - 1812 - 1813)
- St Thomas et Blay (1811 - 1814); le tampon en photo est sur un document de 1810
Entre 1810 (le Maire est Joseph TRAVERSIER, de St Thomas) et 1814 (Maire: Martin REY, de Blay),le rapport de force entre St Thomas et Blay se renverse. En 1810, St Thomas est encore le chef-lieu. En 1814, c'est Blay qui est devenu le chef-lieu. Deux documents conservés aux Archives départementales nous le montrent. Le 20 avril 1810, est dressée la liste des contribuables qui vont devoir rembourser l'adjoint au Maire des sommes qu'il a avancées pour "frais de la colonne mobile", suite aux poursuites engagées contre un conscrit réfractaire de la commune, dont les parents sont insolvables. L'acte se termine par "Fait à St Thomas le ...", puis est signé par le Maire, Joseph TRAVERSIER (un santhomarain). Le 20 octobre 1814, le Maire, Martin REY (de Blay), écrit à l'Intendant pour s'expliquer sur les mesures prises pour empêcher une épizootie animale de se propager (voir chapitre sur quelques "faits divers au XIXème siècle"). La lecture de cette lettre montre clairement que Blay est devenu le chef-lieu. Le renversement s'est peut être fait en 1813, lors du changement de Maire (à l'époque, le Maire est nommé par le Préfet dans les petites communes comme Esserts-Blay): Joseph TRAVERSIER, Maire jusqu'en 1813, était de St Thomas. Martin REY, Maire depuis, était de Blay. Deux autres facteurs expliquent également l'ascendant pris rapidement par Blay: la démographie (Blay est plus peuplé que St Thomas) et l'érection de Blay en paroisse autonome en 1803 (voir juste après).
5. La création de la paroisse de Blay: 4 août 1803.
Rappelons qu’en Savoie, les communautés villageoises sont, depuis toujours, très sourcilleuses en matière d’indépendance et de reconnaissance. Pour une communauté villageoise, le fait de devenir un chef lieu de paroisse est une marque importante de reconnaissance. On a vu que les habitants de Blay, ancien chef lieu de seigneurie, « ballotté » depuis des siècles entre St Paul et St Thomas, ont manifestement à cœur de se faire reconnaître en tant que communauté indépendante.
Pour cela, obtenir de l’Evêché que Blay soit érigé en paroisse est presque un aboutissement. Cet aboutissement, les gens de Blay y travaillent dès les années 1795 – 1796. A cette époque, la situation de l’Eglise est difficile. La Terreur des années 1793 et 1794 a fait fuir le clergé. A partir d’août 1794, les vicaires capitulaires des anciens diocèses de Savoie, la plupart exilés à Turin, décident d'envoyer dans nos régions des missionnaires en vue de (ré)animer la vie religieuse. Pour la Tarentaise, c’est André de Maistre (frère de Joseph et Xavier) qui dirige, depuis Turin, l’opération.
Ils sont 4 missionnaires à quitter Turin dans les derniers jours de novembre 1794 vers le Col de la Seigne, le Cormet de Roselend, le Beaufortain et la Basse Tarentaise. A leur tête, Antoine Martinet, 32 ans, futur Evêque de Tarentaise, originaire de Queige, ordonné prêtre en 1789, nommé ensuite vicaire à St Paul, puis appelé par l’Archevêque de Moutiers comme secrétaire particulier. En 1793, il refuse de prêter serment et accompagne l’Archevêque lorsque celui-ci quitte Moutiers en mars 1793. Après le décès de l’Archevêque en septembre 1793, il reste à Turin et devient secrétaire d’André De Maistre, qui était jusqu’en mars 1793 l’un des 3 vicaires généraux de l’Archevêché de Tarentaise.
Antoine MARTINET connaît bien la Basse Tarentaise, pour avoir été vicaire à St Paul. Il y séjourne, clandestinement, assez souvent. De là, il s'est rendu plusieurs fois Blay en 1795 et 1796, où les Blaycherains le supplient de leur accorder la séparation d’avec St Paul. Les arguments tournent autour de l’éloignement de Blay vis à vis de St Paul, et aussi vis à vis de St Thomas, et de la dangerosité des routes.
Au début, Antoine MARTINET, qui a d’autres priorités, botte en touche et demande aux habitants de Blay d’attendre que les choses se calment.
En mai 1797, il accepte certaines des revendications des habitants de Blay et leur accorde un prêtre-régent à résidence, sous réserve qu’on lui fournisse un logement convenable. Il enseignera aux jeunes et donnera les derniers secours aux malades. Mais ce prêtre restera à la disposition du curé de St Paul, qui reste le chef lieu de paroisse. Le régent nommé est R. Jos. Bérard.
La création de la commune d'Esserts-Blay, à peu près à cette époque, ne calme pas les ardeurs autonomistes des habitants.
Le 21 février 1803 (2 ventose an XI), le "Conseil Municipal du quartier de Blay" (?) charge ("députe") Hippolyte VALLOZ de convaincre l'Evêque de Chambéry et de Genève d'ériger Blay en paroisse autonome. On apprend dans ce document conservé aux Archives diocésaines de Moutiers que Blay bénéficie "depuis un an et quelques mois" d'un prêtre à résidence. On apprend aussi que l'hypothèse de rattacher le quartier de Blay à la paroisse de St Thomas est envisagée. Et cette hypothèse, les paroissiens de Blay n'en veulent pas. Ce qu'ils veulent, c'est être détachés de St Paul, et que Blay devienne paroisse de plein exercice.
Pour cela, ils rappellent à l'Evêque qu'ils sont "profondément pénétrés de l'amour de la religion catholique, apostholique et romaine", et rappellent les arguments qu'ils ont déjà développés: l'éloignement de Blay vis à vis de St Paul et de St thomas ("près de 2 heures de chemin"), et la dangerosité du chemin ("scabreux"), coupé de nombreux ruisseaux qui débordent lors de la fonte des neiges et des pluies, et parfois impratiquable en hiver. Et c'est précisément en hiver que les paroissiens doivent envoyer leurs enfants au catéchisme!! De plus, sur le plan financier, les habitants de Blay se sont déjà cotisés pour construire un cimetierre (qui a été béni en mars 1802 par l'Abbé du Verger de Blay), et ils assurent un revenu annuel de 400 livres à leur prêtre, outre les rétributions et casuels, le logement et tous les ornements necessaires au culte divin.
Il semble que l'Evêque ait ensuite "passer le bébé" au Préfet, ce qui nous vaut une nouvelle supplique des habitants de Blay, destinée cette fois au Préfet du Mont-Blanc. Les arguments sont encore plus concrets que dans la lettre à l'Evêque: "la difficulté et la longueur des chemins des chemins les (les paroissiens de Blay) privent de donner à leurs enfants l'instruction religieuse nécessaire, les femmes sont privées d'assister aux offices divins presque tout l'hiver". Ensuite "l'éloignement de ce quartier à l'église de St Paul occasionne ordinairement des maladies et très souvent la mort aux personnes qui portent les corps morts à la sépulture, malheur qui m'est arrivé que trop souvent et qui a autorisé le proverbe "que les morts tuent les vivants". Bien plus, la plupart des habitants meurent sans le secours de la religion à cause de l'éloignement des lieux et du mauvais état des routes pendant plus de la moitié de l'année." Enfin dernier argument, la démographie: Blay compte 90 feux, St Thomas à peine 35, et St Paul pas plus de 100.
Quelques mois plus tard, les habitants de Blay obtiennent gain de cause. Le 4 août 1803, l’Evêque de Chambéry, Monseigneur MERENVILLE, réorganise les paroisses de son diocèse et créé six nouvelles paroisses, dont Blay, qui est séparée de St Paul (les autres paroisses créées sont Versoye, Tessens, Fontaine le Puits, Grand Naves, et Arêches; en même temps, Mercury et Gilly sont fusionnées pour former Chevron).
La nouvelle paroisse de Blay est d'abord placée sous le double patronnage de St Sébastien et de St Fabien (ce dernier patronnage va disparaître dans des circonstances à déterminer).
La chapelle, devenue église, s'avère rapidement trop petite. De plus, elle est en mauvais état. Comme elle est située géographiquement aux confins de la paroisse, à la limité de la paroisse de St Paul, il est un moment envisagé de construire une nouvelle église ailleurs. Où ? Au "centre moral de la paroisse", nous dit un rapport du 31 mai 1872 du curé VALAZ à l'Evêque de Tarentaise.
Par manque de ressources (les travaux sont financés par une souscription auprès des paroissiens), elle est finallement aggrandie en lieu et place de la chapelle. Le bâtiment étant en mauvias état, seul un pan de mur de la chapelle sera conservé. La décision est prise en 1829, et les travaux sont réceptionnés en 1834. Elle est consacrée le 5 juillet 1834 par Monseigneur ROCHAIX).
Mais la nouvelle église ne fait que 125 - 130 m2, ce qui s'avère insuffisant pour une population de 700 habitants. En 1844 (le curé est alors le Rd BOGNIER), un projet d'aggrandissement est étudié. Un plan et des devis semblent avoir été étudiés. Mais le départ du curé BOGNIER a semble-t-il fait tomber le projet à l'eau.
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