18.08.2008

Traverser l'Isère: bacs et ponts

Esserts-Blay compte 2 ponts enjambant l'Isère, un à la Coutellaz qui permet de rejoindre le chef-lieu depuis la Bathie, l'autre au Vernay de St Thomas qui permet d'aller à Tours en Savoie. Avant la construction de ces ponts, la traversée de l'Isère à Blay ou à St Thomas se faisait en bac. Pour les transports qui ne pouvaient pas emprunter le bac, les habitants de Blay passaient par le pont de St Paul, ceux de St Thomas par celui de Rhônne.

1. Un procès a opposé, entre 1850 et 1856, les communes d'Esserts-Blay d'un coté, et St Paul et Rognaix de l'autre coté, au sujet de la répartition des frais de réparation du pont de St Paul, entre les 3 communes. Les actes du procès, conservées aux Archives départementales, nous apportent de nombreux éléments sur la situation des ponts et des bacs en Basse Tarentaise, entre 1770 et 1850.

L'objet du litige est le suivant: Les frais de construction et de grosses réparations du pont de St Paul ont traditionnellement été partagées entre St Paul, Rognaix et Esserts-Blay dans les proportions suivantes: St Paul 57 %, Esserts-Blay 33 % et Rognaix 10%. La base de calcul de cette répartition était la population de chacune des communes, mais il était admis que la population de St Paul était comptée pour 100 %, alors que celle de Rognaix et d'Esserts-Blay était affectée d'un coefficient de 50 %. En 1849, il faut faire des travaux significatifs à ce pont. La commune d'Esserts-Blay fait savoir qu'elle ne participera pas aux frais. Les arguments d'Esserts-Blay sont les suivants: la commune est en train d'acquérir un pont (celui de la Coutellaz), elle va créer un chemin pour relier ce nouveau pont à la route provinciale, cela va lui coûter cher, et les habitants de la commune n'ont plus, ou ne vont plus, avoir besoin de passer par le pont de St Paul (en tous cas, ils n'auront pas plus besoin d'utiliser le pont de St Paul que les habitants de St Paul d'utiliser le pont d'Esserts-Blay). En conséquence, Esserts-Blay n'a pas à payer pour des travaux dans lesquels la commune n'a aucun intéret direct.

St Paul et Rognaix, qui ont du payer seules les travaux (décision du 30 avril 1851) et se retournent maintenant contre Esserts-Blay pour obtenir le paiement de sa quote-part, ont des arguments contraires: le pont d'Esserts-Blay ne permet pas le passage des voitures (Esserts-Blay répond qu'il n'y a pas de voitures à Esserts-Blay), des grosses charges et des bestiaux, car le chemin qui descend du chef lieu vers le pont est en pente trop raide (Esserts-Blay reconnait que la pente est forte, mais précise que des travaux seront faits pour la diminuer). St Paul fait d'ailleurs remarquer que, en 1856, le pont de St Paul est toujours autant utilisé par les gens d'Esserts-Blay qu'avant la construction du pont d'Esserts-Blay.

Voilà ce que nous apprennent les actes du procès:

Le pont de St Paulest le plus ancien du secteur. Il a été construit en 1770, et sa construction a été financée par les 3 communes de St Paul, Esserts-Blay et Rognaix dans les proportions citées plus haut: St Paul pour 57 %; Esserts-Blay pour 33 %; Rognaix pour 10 %. C'est l'unique pont sur l'Isère du secteur jusque vers 1838. Ce pont a été détruit, par les armées françaises selon les actes du procès, en 1815. Rappelons qu'en juin 1815, dans le cadre de l'épisodes des "Cent jours" de Napoléon, de violent combats ont eu lieu dans la région d'Albertville, entre les troupes françaises et austro-sardes. Le pont a ensuite été reconstruit cette même année année 1815, et cette reconstruction a de nouveau été financée par les 3 communes de St Paul, Esserts-Blay et Rognaix. Il en a été de même en 1825, année au cours de laquelle des réparations ont été faites.

En 1770, la communauté de Blay (Esserts-Blay n'avait pas encore créée) entretenait un service de bac, en aval du pont du St Paul (certainement à l'endroit où a été construit le pont de la Coutellaz), pour ses communications avec Conflans et l'Hôpital (devenus Albertville en 1836). C'est pour cela que, dans la clé de répartition du coût de la construction puis des réparations du pont de St Paul, basé, rappelons le, sur la population de chacune des communes, il a été admis que la part d'Esserts-Blay bénéficierait d'un coéfficient de 50 %, contre 100 % pour St Paul.

En 1837 et 1838 a été construit, par une vingtaine de propriétaires privés, le pont de la Coutellaz. Ce pont a donc d'abord appartenu à des personnes privées, avant d'être cédé gratuitement, en 1853, à la commune d'Esserts-Blay (lire plus loin). Ce pont s'est substitué au service de bac assuré jusqu'alors au même endroit. On peut supposer qu'en même temps a été tracé le chemin qui relie le chef-lieu de Blay au pont de la Coutellaz, l'actuelle fameuse "montée de Blay". De l'autre coté de l'Isère, le chemin qui, à l'époque (les années 1840 - 1850) rejoint la route provinciale ne file pas sur la Bathie, comme c'est le cas aujourd'hui (CD n° 66), mais longe l'Isère sur sa rive droite, puis rejoint la route principale Albertville - Moutiers à la hauteur de l'actuelle centrale EDF, juste avant Tours en Savoie. C'est également à cet endroit qu'était positionné le bac de St Thomas. C'est ce que montre le plan des chemins existant en 1850, établi par l'Agent Voyer (la DDE de l'époque), dans le cadre du procès en question. L'Agent Voyer évoque d'ailleurs deux chemins (un seul est noté sur le plan), "qui traversent des propriétés privées et n'offrent qu'un passage sans caractère de stabilité", à cause des contestations de propriétaires et de la perméabilité du sol (terrain sabloneux et submersions partielles). Nous évoquons la construction du Chemin de moyenne communication n° 66 (l'actuel RD n° 66) dans un autre chapitre; il ne sera construit que dans les années 1865 - 1867.

Le rapport de l'Agent Voyer, destiné à éclairer la justice dans le cadre du procès, donne d'autres informations précieuses sur les voies de communication existantes dans les années 1850: la distance entre le chef-lieu d'Esserts-Blay et le pont de St Paul est de 3 400 m. La viabilité du chemin entre les deux est qualifiée de "passable", avec une "rampe parfois un peu forte". Le chemin entre le chef-lieu d'Esserts-Blay et le pont de la Coutellaz est "en bon état et commode". Il est large au départ de 2.30 m, puis de 1.15 m aux abords du pont. Les derniers 500 m sont à 40 % de déclivité. Le pont d'Esserts-Blay est "d'une solidité suffisante eu égard aux poids des transports qu'on peut y faire". Le rapport évoque ensuite le chemin, pas très aisé, qui longé l'Isère en rive droite pour rejoindre Tours (voir plus haut). Il précise enfin que, malgré les difficultés, c'est par là, non que passent les habitants d'Esserts-Blay.

Voilà ce que nous apprennent les actes du procès Esserts-Blay contre St Paul et Rognaix de 1850 - 1856. On notera que le problème du refus de la commune d'Esserts-Blay de participer aux frais de réparation du pont de St Paul s'est déjà posé au printemps 1803. Le 11 mai 1803 (21 floréal an XI), le Sous-Préfet écrit au maire de St Thomas des Esserts et Blay pour lui faire part de souhait du Conseil municipal de St Paul de faire participer Esserts-Blay et Rognaix aux frais de la nécessaire réparation du pont de St Paul. Le Sous-Préfet demande au Conseil municipal d'Esserts-Blay de se positionner sur, la nécessité de cette reconstruction, la répartition de la dépense entre les 3 communes, les moyens d'excuter les travaux, et comment financer ces dépenses. Le Conseil d'Esserts-Blay délibère le 17 mai suivant. La reconstruction du pont de St Paul ne lui semble nécessaire qu'à la seule commune de St Paul, et éventuellement à Rognaix et à Cevins. Les habitants d'Esserts-Blay n'y passent que rarement. D'autre part, la commune, qui a peu de moyens, entretient déjà "un pont ou un bac, sous la Combe" (donc à la Coutelaz), et a d'autres dépenses plus indispensables. Toutefois, pour marquer sa bonne volonté et "maintenir l'harmonie qui a toujours existé, et pour aider la commune de St Paul avec laquelle elle était "anciennement réunie par le spirituel" (cette affirmation ne concerne que Blay, pas St Thomas), Esserts-Blay se propose de fournir une partie du bois nécessaire aux travaux.

2. Concernant les 2 services de bac sur l'Isère:

Il a existé 2 services de bac pour traverser l'Isère, un à Blay, l'autre à St Thomas. Comme nous l'avons vu plus haut (cf: le procès Esserts-Blay contre St Paul), un service de bac existait déjà en 1770 au niveau de la Coutellaz, là où se trouve l'actuel pont d'Esserts-Blay. Il a certainement de fonctionner quand le pont de la Coutellaz a été construit, vers 1838. Ce service de bac est mentionné à plusieurs dans des délibérations du conseil municipal de la fin du XVIIIème siècle et du 1er tiers du XIXème siècle. 

Par exemple, durant la contre offensive des troupes austro sardes de l'été 1793 en Tarentaise et en Maurienne, presque un an après que la Savoie soit devenue française, les sardes sont venus "couper la corde". L'existence de ce bac est souvent évoqué par la commune pour tenter d'obtenir des autorités de ne plus participer aux frais d'entretien du pont de St Paul; en effet, le conseil communal s'appuie régulièrement sur l'existence de ce bac, avec les frais qui en découlent pour la commune, pour justifier que les habitants n'utilisent plus le pont de St Paul, et, donc que la commune d'Esserts-Blay n'a plus à payer pour les réparations de ce pont "qui lui est devenu inutile".

Aux archives départementales et aux Archives diocésaines sont conservés plusieurs documents concernant le bac de St Thomasdans les années 1850 - 1860. Le 14 mars 1852, le Conseil délégué de la commune d'Esserts-Blay (le Syndic est Martin REY, le Secrétaire est Maxime METRAUX), constatant la nécessité, urgente, de reconstruire le bac communal de St Thomas (300 Livres ont déjà été budgetés, dont 200 sur le résidus de 1850 et 100 sur le budget de 1852) décide de demander un devis à François LENNOZ GRATIN, maître charpentier à la Bathie. Nous apprenons par ce document que le bac est communal et qu'il est en mauvais état depuis au moins 1850. On ne sait pas ce qu'il s'est passé durant l'année 1852. Le devis (ou cahier des charges) de François LENNOZ GRATIN date du 14 février 1853. L'Intendant de la Province (équivalent du Sous-Préfet) autorise les travaux le 2 avril 1853. L'adjudication des travaux est prévue pour se tenir le dimanche 24 avril, "à 11 heures du matin, soit à l'issue de la messe paroissiale", dans la salle consulaire. Elle doit se faire aux enchères publiques "à l'extinction de la bougie vierge". On part du prix maximum, certainement celui du devis, soit 418 livres et 5 centimes, et c'est celui qui proposera le prix le plus bas à l'extinction de la bougie qui emportera le marché. Pour pouvoir concourir, il faut être charpentier "capable d'une construction de ce genre" et fournir une caution solvable. Le mieux-disant sera Claude CONVERT, maître charpentier né et domicilié à la Bathie. Son prix: 400 Livres. Son cautionnaire, agréé par la commune, est Hippolyte PERONNIER, d'Esserts-Blay, fils de défunt Claude.

Apparemment, les choses n'ont pas du se passer comme prévu. Un courrier du 19 août 1861 de la Sous-Préfecture d'Albertville au Maire d'Esserts-Blay nous apprend que le Conseil Municipal a voté, le 11 août, la construction du bac de St Thomas, "d'après le nouveau projet que vous (la commune) avait fait établir, le 1er n'ayant pas été mis à exécution, faute de trouver un repreneur".

Le compte rendu de la visite pastorale, en 1855, de l'Evêque de Tarentaise, dans la paroisse de St Thomas, nous apprend que le Curé est astreint, depuis quelques années, à faire son tour de rôle pour le service du bac sur l'Isère. L'Evêque trouve cela "peu en rapport avec la dignité de sa fonctioné, même si le Curé fait faire cette corvée par une personne de service. Il fait part de son souhait de voir le Curé en être bientôt dispensé.

3. Concernant les 2 ponts de la Coutellaz et de St Thomas, ils ont des points communs: au moment où se déclenche la 1ère guerre mondiale, ils sont en bois et en très mauvais état. La faiblesse des moyens financiers de la commune, même si le Département et l'Etat subventionnent fortement ce type d'investissement, fait qu'il faut rogner sur tout. Et en plus, il faut reconstruire les 2 ponts presque en même temps. Les Archives ont conservé plus de documents sur les de reconstruction du pont de St thomas que sur ceux du pont de la Coutellaz. Les 2 ponts sont reconstruits en fer dans les années 1926 - 1927, ce qui veut dire que la population a du faire avec 2 ponts en très mauvais état pendant plus de 15 ans.

Un pont existait à Blay en 1795. Le Conseil municipal de la commune des Esserts et Blay du 10 mai 1795 (21 Floréal an III) évoque l’urgente et impérieuse nécessité de le réparer. Sa localisation exacte n’est pas donnée avec précision. La seule chose certaine, c’est qu’il est sur le territoire de Blay. Ce pont est utilisé par les habitants pour aller entretenir les champs qu’ils possèdent sur la rive droite de l’Isère, pour communiquer avec Tours et la Bathie, et pour se rendre aux fores et marchés de Conflans. C’est « l’impétuosité de la rivière » qui lui causent des dégâts. Les travaux de réparation sont détaillés et chiffrés à 1200 (livres ?francs ?).

On peut penser que les travaux de réparation n’ont pas été réalisés et que le pont a été détruit dans les dernières années du XVIIIème siècle. En effet, selon le compte-rendu du Conseil municipal du 18 août 1802 (30 thermidor an X), « la commune est dans l’urgence de faire construire un pont sur l’Isère ». La dépense est évaluée à 1 000 (livres ? francs ?). Il est probable que ce pont n’a pas été re-construit à cette époque, mais ce n'est pas certain. En effet, la délibération du Conseil Municipal du 19 décembre 1805 précise que la commune entretient une barque (un bac), qui est alors le seul moyen de communication avec la rive droite de l'Isère. Mais celle du Conseil du 11 mars 1806 nous apprend que la commune entretien un pont et une barque. Et celle du Conseil du 31 août 1808, consacré au problème de la participation de la commune aux frais de réparation du pont de St Paul n'évoque que la barque.

Comme on l'a vu plus haut (cf: le procès Esserts-BLay contre St Paul), le pont de la Coutellaz a été construit, en bois, par une vingtaine de personnes privés, entre 1837 et 1838. Dès les 1ers mois de 1836, 23 habitants de la commune, domiciliés à la Poyat et à la Combaz, pour la plupart propriétaires de terres sur la rive droite de l'Isère, déposent une requête auprès de l'Intendant de la Provine en vue de faire construire un pont à la Coutellaz, destiné à se substituer au bac existant. Ils déposent même un projet de plan du futur pont. L'Intendant demande au conseil communal d'Esserts-Blay de donner son avis. Le conseil délibère le 7 mars 1836. Etrangement, aucun des conseillers domiciliés à St Thomas n'est présent.

Le conseil approuve l'idée (tout en notant que les requérants ne sont pas 23, puisqu'il a relevé des enfants dans la liste des 23), mais émet des réserves fondamentales

Un document notarié du 14 février 1853 atteste que ce pont appartient alors à 23 co-propriétaires différents (certainement les mêmes qu'en 1836), tous, sauf un, étant domiciliés à Esserts-Blay. Cet acte constate la transaction suivante: les 23 propriétaires cèdent, irrévocablement et gratuitement, "l'intégralité du pont et de ses dépendances" à la commune d'Esserts-Blay sous les conditions suivantes:

- "la communauté entière est chargée de l'entretien et du maintien à perpétuité du-dit pont.

- il ne pourra jamais être établi un péage pour les habitants de la commune.

- la commune fera établir à ses frais un chemin dès le-dit pont à la route provinciale."

Ce dernier point est à souligner: le "chemin d'interet commun n° 66, qui reliera la Bathie, Esserts-Blay par le pont de la Coutellaz, St Paul, Rognaix et Feissons (c'est l'actuel CD n° 66) ne sera construit, en plusieurs tranches, qu'à partir des années 1860. La "montée de Blay" a été aménagée en 1867. Le seul chemin existant à l'époque est celui porté sur le plan de 1850: il longe la rive droite de l'Isère et rejoint la route provinciale à Tours.

En 1913, il est toujours en bois, et en mauvais état, comme celui de St Thomas. Un rapport de l'agent voyer cantonal, daté du 8 septembre 1913, nous apprend que, suite à une importante crue de l'Isère (suite à la fonte des neiges et aux fortes chaleurs), "la solidité de cet ouvrage nous parait bien compromise par suite de l'état de vétusté des bois du tablier et du mouvement de certaines palées". En conséquence, le Préfet prend, le 9 septembre 1913, un arrêté stipulant que "les conducteurs de véhicules de toute nature devront traverser le pont au pas" et que "les voitures seront attelées d'un cheval seulement et ne pourront être chargées de plus de 1000 kilogrammes". On notera (voir plus loin au sujet du pont de St Thomas) que le même arrêté a été pris en 1910 pour le pont de St Thomas. Dans les mois qui suivent, la situation se dégrade encore puisque, le 9 mars 1914, le Préfet interdit aux piétons et aux véhicules de traverser le pont d'Esserts-Blay. L'interdiction a du être levée quelques semaines plus tard, car le Bulletin paroissial d'août 1914 précise que le pont de Blay est utilisé, notamment par les gens de St Thomas (le pont de St Thomas s'est écroulé à la fin de l'été 1913). Il est néanmoins en mauvais état car le Bulletin note:"Mais voici qu'après le chétif pont de St Thomas, le colosse pont de Blay lui aussi se prend à trembler sous les coups répétés des flots de l'Isère, très tumultueux en ce moment. Il a tout l'air, lui aussi, de faire un terrible plongeon dans l'eau et d'aller rejoindre son petit collègue de St Thomas."

Les sources manquent ensuite pour savoir ce qu'il s'est passé. On peut penser qu'avec la mobilisation de 1914, les travaux de reconstruction du pont de la Coutellaz n'ont pas commencé. Les documents conservés aux Archives Départementales sont beaucoup plus nombreux sur le problème de la reconstruction du pont de St Thomas que sur celui de la reconstruction du pont de la Coutellaz. Peut être parce que la reconstruction du pont de la Coutellaz allait plus de soi que celle du pont de St Thomas.

En tous cas, la reconstruction du pont de la Coutellaz est inscrite dans le programme des travaux de 1923 (avec, à la clé, une subvention de l'Etat de 50 000 francs - cette subvention sera ramenée à 30 000 francs en 1926 - courrier de l'Ingénieur des Ponts et Chaussées de Moutiers au Maire d'Esserts-Blay du 18 juin 1926).

Le 5 février 1924, ce même Ingénieur écrit au Maire d'Esserts-Blay que "l'adjudication (des travaux) du pont de l'IC n° 66 (le pont de la Coutellaz) a été infructueuse", et que les Ponts et Chaussées ont contacté 3 entreprises pour pouvoir traiter de gré à gré. L'Ingénieur pense que les travaux pourront commencer d'ici 1 mois ou 2, avec l'espoir que le pont soit ouvert à la circulation d'ici la fin 1924 ou le début 1925 (le reste du courrier est consacré au pont de St Thomas).

Dans les faits les choses trainent. Un brouillon de courrier, daté du 16 mars 1926, destiné au Maire d'Esserts-Blay, certainement écrit par une personne des Ponts et Chaussées donne des explications sur le retard, du au manque de main d'oeuvre disponible, et lance un véritable "appel au peuple d'Esserts-Blay" pour fournir cette main d'oeuvre manquante, afin que les travaux qui doivent être faits avant la période des crues, soient réalisés:"Les travaux du pont de Blay n'avancent pas assez rapidement faute de personnel. L'entrepreneur comptait sur des Italiens. Ces derniers restent en Italie à cause du change trop bas en France. Les usines de Briançon et d'Arbine accaparent les travailleurs disponibles de La Bathie et Cevins. Les 15 derniers jours qui viennent sont décisifs. Pour l'entrepreneur, l'arrêt de la pile gauche n'a pas une importance appréciable car avec la pile droite et les culées, il aura du travail pendant la crue d'été et il terminerait le pont en octobre à la baisse des eaux.

Il n'en va pas de même pour la commune. Si nous sortons la pile rive gauche hors de l'eau avant la crue, nous aurons le pont ouvert 4 mois plus tôt. Il importe donc que les habitants d'Esserts-Blay comprennnent la situation, et assurent à l'entrepreneur une moyenne de 15 ouvriers. Ceci jusqu'au 31 mars. Je repète que l'interet de la commune est seul en jeu. Je suis persuadé que le Conseil Communal comprendra la situation et que, s'il le faut, il organise un roulement pour assurer les 15 hommes chaque jour..."

Comme à St Thomas, le pont est construit en fer. Il semble qu'il ait été terminé en 1927.

Il va tenir jusqu'au printemps 1980, date à laquelle il est en partie emporté par une grosse crue de l'Isère. Toute la région a subi duarnt plus jours orages et pluies diluviennes. Il est reconstruit en dur au même endroit. Il réouvre à la circulation en 1983. Les travaux se montent à 4 millions de francs.

Le pont de St Thomasa été construit après 1876, puisqu'il n'apparait pas sur le cadastre fait cette année. Je n'ai pas trouvé de documents concernant sa construction.

Nous avons plus d'éléments concernant ce pont à partir des années 1910. Le pont est alors en mauvais état, comme celui de la Coutellaz. Le 27 juin 1910, la Préfecture de la Savoie, "considérant qu'il importe de prendre, jusqu'à la réfection du pont de St thomas, les mesures destinées à assurer la sécurité de la circulation, prend un arrêté stipulant que "les conducteurs de véhicules de toute nature devront traverser le pont au pas", et que "les voitures seront attelées d'un cheval seulement et ne pourront être chargées de plus de 1000 kilogrammes" (le même arrêté sera pris en 1913 pour le pont de la Coutellaz). Puis un courrier, du 10 septembre 1912, de Félix CHAUTEMPS, Député d'Albertville, au Maire d'Esserts-Blay, évoque une subvention départementale pour le pont de St Thomas qui risque de n'être accordée que dans un délai très long. Ce courrier nous donne le plan de financement des travaux, tel qu'il avait été envisagé: 55 000 francs de travaux, à financer par la commune (5957.50 francs), le département (5722.50 francs - c'est la subvention pour laquelle Félix CHAUTEMPS se fait du soucis), et l'Etat (43320 francs). En 1913, les choses avancent. Différents documents évoquent la reconstruction du pont de St Thomas, prévue dans le programme vicinal (la DDE de l'époque s'appelle "Ponts et Chaussées et service vicinal"). Le bulletin paroissial d'août 1914 évoque l'écroulement, à la fin de l'été 1913, du pont de St Thomas, "sous les vagues impétueuses de l'Isère". Cet écroulement oblige les habitants de St Thomas qui veulent aller à Albertville ou à Tours à passer par le pont de Rhônnes, tandis que ceux qui veulent se rendre à la Bathie ou à Moutiers doivent emprunter celui de Blay (qui est donc en moins mauvais état).

Un accord de subvention pour la reconstruction du pont de St Thomas est donné par le Ministre de l'Intérieur le (...) 1913, pour 20 000 francs. Les travaux de reconstruction démarrent en décembre 1913, et sont confiés aux entreprises BROCHOT, de Paris (construction des piles) et CALDERINI, de St Paul (construction du tablier). Les travaux sont interrompus par la mobilisation générale d'août 1914. Un différent financier éclate en 1915 entre l'Administration et l'entreprise BROCHOT, qui ne sont pas d'accord sur le chiffrage des travaux effectués (16 933.22 frs contre 42 967.35 frs). Un rapport du Service Vicinal du Département, écrit en 1926, précise que les travaux exécutés à l'époque (construction d'une partie des piles) n'avaient pas donné satisfaction (les ouvrages réalisés auraient été emportés par les eaux). La guerre finie, se pose de nouveau le problème de la reconstruction du pont de St Thomas. Le projet est inscrit dans le programme d'investissement du Conseil Général de la Savoie pour l'année 1921. Mais il faut d'abord régler le litige financier avec l'entreprise BROCHOT, ce qui semble quasiment réalisé en mai - juin 1923 - courrier de l'Agent-voyer d'arrondissement au Maire d'Esserts-Blay, du 16 mai 1923 - lettre signée BROCHOT du 26 juin 1923).

En août - septembre 1923, alors que l'on semble s'acheminer vers une solution et un prochain redémarrage de travaux, une polémique éclate: Le Conseil d'arrondissement d'Albertville, lors d'une session tenue en août, fait remarquer que ... les 2 ponts d'Esserts-Blay et de St Thomas, distants de 2600 m, feraient double emploi le jour où les agglomérations de St Thomas et d'Esserts-Blay, seraient reliées sur la rive gauche par une route carrossable (rapport de l'Ingénieur d'arrondissement des Ponts et Chaussées du 1er septembre 1923). Eh oui! La route actuelle qui relie le pont d'Esserts-Blay à St Thomas, n'existe pas encore. Pour aller de Blay à St Thomas, on emprunte encore le chemin qui passe par la Combe. Donc, dans la foulée, Le Conseil d'arrondissement emet le voeu que l'Administration étudie si cette route ne pourrait pas être exécutée en lieu et place du pont de St thomas, et à moindres frais. Et le Conseil Général demande aux Ponts et Chaussées de faire un rapport sur le sujet.

L'émoi à Esserts-Blay a du être considérable, et la désapprobation de la commune remontée à qui de droit. En tous cas, le 17 septembre (1923), le Conseil d'arrondissement d'Albertville étudie la question "de plus près" (rapport des Ponts et Chaussées au Préfet, du 20 septembre 1923)  et "se rallie à l'avis de la commune et émet le voeu que la construction du pont soit poursuivie avec la plus grande rapidité possible" (même rapport du 20 septembre 1923). Le projet de reconstruction du pont est sauvé. 

Un courrier des Ponts et Chaussées au Maire d'Esserts-Blay, daté du 5 février 1924, nous apprend que le litige avec l'entreprise BROCHOT est définitivement réglé, et qu'une solution a été trouvée pour reconstruire le pont rapidement, et, c'est important, à moindres frais: il sera reconstruit en pont métallique (pont dit "PIGEAUD"). Les travaux ne devraient durer que 2 à 3 mois, et le pont réouvert à la circulation dans le courant de l'année 1924. Parallèlement, et le courrier des Ponts et Chaussées y fait référence, des travaux sont à engager sur l'autre pont, celui de la Coutellaz (nous en reparlerons), ce qui n'arrange pas les finances de la commune.

Concernant le pont de St Thomas, tout semble prêt. Encore faut il trouver des entreprises prêtes à réaliser les travaux dans le budget imparti. Hélas, le budget est tellement serré (les ressources de la commune sont très limitées, même si le projet est subventionné) que 2 essais d'adjudication restent infructeux (9 octobre 1924 et 4 juin 1925). C'est finalement l'entreprise MACIOTTA Gustave, de Moutiers, qui se voit confié le marché, passé de gré à gré, le 28 novembre 1925 (après un rabais de 5 % quand même!). Les travaux démarrent le 15 janvier 1926 et "sont menés activement" durant l'hiver et le printemps 1926.

Le 31 mai 1926, entre 1h30 et 5h du matin, catastrophe: une crue de l'Isère emporte la pile rive droite et les tabliers des 2 travées rive droite. Extrait du rapport des Agents-Voyers qui se sont rendus sur place et ont recueilli des témoignages: "Le dimanche 30 mai est le 1ère journée chaude de l'année. Les eaux sont montées dans le cours du jour. Le chef de chantier de l'entrepreneur avait enlevé le matériel (madriers, planches, outils) qui se trouvait sur les 2 rives, et qui était susceptible d'être emporté par la crue; il avait laissé en place la charpente de la travée rive droite, et quitté le chantier à 16 heures pour prendre le train qui monte à Moutiers. Aucune consigne n'était donnée pour surveiller le pont pendant la nuit. Vers minuit, un orage éclatait sur Albertville et sur la Tarentaise. Entre minuit et 1 heure (31 mai), Mr TARTARAT CHAPITRE Gabriel de St Thomas, passant le pont, constata que les eaux, ne trouvant plus passage sous le tablier, commençaient à effleurer le dessus du tablier contre lequel elles tapaient; il a ressenti que le tablier était fortement secoué. Mr REY Séraphin, compagnon de route de Mr TARTARAT, a fait une déclaration analogue à la Gendarmerie. A1h30, le garde-barrière du passage à niveau PLM situé à 150 m du pont entendit un violent craquement. Au matin, entre 5h et 6h, il s'aperçut que la pile rive droite avait disparu." Rapidement, les Ponts et Chaussées construise une passerelle pour les piétons. Mais il faut finir les travaux. L'accident du 31 mai se traduit par un surcoût de 91 900 francs, sur un budget de départ de 239 000 francs. Ce surcoût sera subventionné par une subvention de l'Etat de 62 492 francs (68 %) (lettre du Ministre de l'Intérieur du 27 novembre 1926), le reste étant à la charge du Département et de la Commune. Le nouveau pont de St Thomas (pont métallique "PIGEAUD" avec une seule travée de 45 m - avant l'accident, il devait comprendre 2 travées, ce qui, apparemment, coûtait moins cher) semble avoir été opérationnel dans le courant 1927.

Ce pont durera jusqu'au début des années 2000, date de construction du pont actuel (point à développer un peu plus).

Un projet de pont au Vernay?

Le rapport des Ponts et Chaussées sur la destruction du pont de St Thomas, en cours de reconstruction, du 31 mai 1926 évoque également (page 13) un projet de pont du même type (pont métallique, sur une seule travée), que la commune souhaitait faire construire 4 kms en amont  de celui de St thomas (soit 1.4 kms en amont du pont de la Coutellaz, ce qui correspond à la plaine du Vernay). Ce projet a été rejeté par le Ministère en raison de son prix. Je n'ai pas plus d'infos sur ce sujet.

 

 

 

11.08.2008

Les Sapeurs pompiers

medium_Sapeurs_Pompiers_EB_-_1883_-_blog_01.2.jpgL’incendie est, depuis toujours, un des risques les plus redoutés, à la fois en ville, et dans nos villages. Les 1ères mesures d’organisation contre le risque d’incendie datent de l’Ancien Régime. Les 1ères pompes, d’abord à mains, puis à bras, ont été mises au point dans les années 1650.

En France, le 1er texte relatif à la lutte contre l’incendie est la loi du 16-24 août 1790 (nous sommes alors en pleine Révolution, même si la Royauté n’est pas encore abolie), qui confie à l’autorité municipale « le soin de prévenir par des précautions convenables et celui de faire cesser par la distribution des secours nécessaires les accidents et fléaux calamiteux tels que les incendies … ».

Malgré la bonne volonté affichée, cette loi n’est pas suivie de mesures concrètes. En décembre 1804, le gouvernement fait part, par une circulaire aux Préfets, de son inquiétude face aux désastres causés par les incendies.

Après 1815, l’histoire des Sapeurs Pompiers se complique jusqu’en 1875. D’abord, la Savoie revient dans le giron du royaume de Piémont Sardaigne jusqu’en 1860. Ensuite, en France, la plupart des Corps de pompiers sont intégrés dans les différents Corps de la Garde Nationale, sorte de milice bourgeoise mise en place d’abord à Paris, puis un peu partout dans les 1ers mois de la révolution de 1789 pour maintenir l’ordre. Mais cette Garde Nationale, à la fois populaire et armée, fait peur au pouvoir, si bien que Napoléon III la cantonne dans des rôles subalternes. Son implication dans la Commune de Paris entraine sa disolution le 14 mars 1872.

Concernant Esserts-Blay, nous avons retrouvé aux Archives départementales un projet de règlement contre les incendies adopté à l'unanimité du conseil communal le 22 février 1837 (le syndic est Thomas LASSIAZ). Les motivations sont claires: "Considérant qu'il n'est que trop prouvé par l'expérience que les fréquents incendies qui (nous) affligent, doivent particulièrement leur cause à l'insouciance des chefs de famille ..." Les préconisations ont pour but d'obliger les habitants à prendre des précautions en vue d'éviter ce fléau que constituent les incendies, avec amende à la clé en cas de non respect: obligation de faire ramoner les cheminées 4 fois par an, de les surélever de 4 pieds au dessus du toit si ce dernier est en chaume, 3 pieds s'il est en ardoises ou en dalles, pas d'entreposement de bois ou autres combustibles dans les galetas et galeries, et autour des maisons à moins de 15 pies de ces dernières, interdiction d'aller chercher du feu ou d'aller dans les granges, écuries, galetas, autrement qu'avec une lanterne bien fermée, ou d'y envoyer un enfant de moins de 10 ans. Il est interdit de tenir les lits dans les chambres à cheminée à moins de 8 pieds du foyer, et d'entourer les lits de meubles qui gênent le balayage, ainsi que d'entreposer du linge autour ou aux environs des lits. Il est désormais interdit de construire une nouvelle batisse à moins de 15 pieds d'une ancienne, sauf à prendre des précautions de constrcution contre le feu, ou d'installer un magasin à charbon à moins de 30 mètres des maisons, granges et autres habitations (il faut également attendre 3 jours francs après que la charbonnière aura été éteinte, avant d'y transporter des charbons). Il est également interdit de dériver les eaux de source et de ruisseau (et autres), ainsi que de faire des feux de joie à moins de 50 toises des bâtiments.

Pour faire respecter ce règlement, un membre du Conseil visitera le village 4 fois par an (début février, septembre, novemebre et décembre). Il sera accompagné d'un maçon.

Quatre années plus tard, le du 12 mai 1841 , la Commission Spéciale mise en place, au niveau de la commune, pour "écarter les dangers des incendies" rend son rapport. L'article 31 des Lettre Patentes du 11 août 1840 a rendu obligatoire la création de cette commission dans chaque commune. A Esserts-Blay, en 1841, elle est présidée par le Syndic, Bernard PERONNIER et comprend 3 autres membres, Joseph François BLANC, Charles BOCHET et Joseph Innocent PERONNIER. Ces 4 personnes ont visité, les 7 et 8 mai 1841, tous les édifices et maisons des 2 sections du village, puis, avoir avoir comparé leurs notes, ont dressé un recensement exhaustif de "toutes les maisons, fours et cheminées qui ont besoin de réparations". Il est ensuite précisé que "tous les autres édifices de même nature non compris au dépouillement qui suit, (n'exigent) pas actuellement ni prochainement des réparations".

Suivent 56 préconisations détaillées, hameau par hameau, habitation par habitation, édifice par édifice. La quasi totalité des préconisations concernent des cheminées à réparer (boucher les lézardes par exemple), à reconsruire, ou à rehausser. On peut noter qu'au hameau de Chaynay, à St Thomas, chez la veuve de Thomas FERLAY, il faut "enlever les fourrages autour de la cheminée". A la Fouettaz, chez Joseph MERCIER (de feu Joseph), il est impératif "d'interdire le feu à sa cheminée, ainsi qu'à ses consorts les héritiers de Claudine MERCIER". On apprend également que le four du village du Mas doit être détruit car il n'est pas à la distance requise par la loi des maisons de Pierre VELLAT et de Marie PERONNIER.

En 1860, la Savoie (re)devient française.

Le 25 juillet 1869, le Conseil municipal d'Esserts-Blay approuve l'achat, à Mr FAUDRAIN, fabricant de pompes à incendie à Albertville, de "3 petites pompes à incendie munies de leurs accessoires et 60 paniers en toile", pour le prix total de 1 296 francs. La commune avait prévu un budget de 1 200 francs. Ne disposant pas de ressources complémentaires, elle sollicite une subvention de 96 francs du Département pour couvrir le déficit.

Le régime de Napoléon III s’écroule en 1870.

La grande loi sur les Sapeurs pompiers date du 29 décembre 1875. Elle créé un statut unique du pompier (il y avait jusqu’alors des pompiers municipaux et des gardes nationaux). Leur ministère de tutelle est le Ministère de l’Intérieur (le débat sur leur éventuel rattachement à l’armée est donc clos).

medium_Sapeurs_Pompiers_EB_-_1883_-_blog_02.jpgIl est probable qu’un Corps de Sapeurs pompiers existait à Esserts-Blay au milieu du XIXème (la commune acheté, comme on l'a vu, 3 pompes en 1869), mais je n’en ai pas encore trouvé la trace. Il a certainement subi les vicissitudes liées à la dissolution de la Garde Nationale (voir plus haut).

En tous cas, le 19 août 1883, est mis en place le Corps de Sapeurs pompiers d’Esserts-Blay, suite à la délibération du Conseil municipal du ( ?) 1883, et dans le cadre du Décret du 29 décembre 1875 (cité plus haut – c’est le Décret qui (ré)organise les Corps de Sapeurs pompiers en France).

Ce qui nous fait penser que quelque chose existait ou avait existé, c’est que le Capitaine désigné en août 1883, Julien RAVIER GARON, démissionne peu après car atteint par la limite d’âge (50 ans). Il est donc fort probable que Julien RAVIER GARON était ou avait été auparavant le patron des Sapeurs pompiers du village.

L’engagement dans le Corps des Sapeurs pompiers se fait pour 5 ans. La limite d’âge est alors de 50 ans. Le Corps est dirigé par un Capitaine, nommé par Décret du Président de la République.

Les 1ers Capitaines sont :

-          Julien RAVIER-GARON (1883 – 1883)

-          Désiré AVRILLIER pour 2 mandats : 1884 – 1889 et 1889 – 1894

-          Hippolyte RAVIER-GARON, fils de Julien, pour 2 mandats : 1895 – 1900 et 1900 – 1905

La Compagnie est composée de 2 sections principales :

-          Celle du Chef-lieu, commandée par un Sous-Lieutenant

-          Celle de St Thomas, commandée par un Lieutenant, qui est donc le n° 2 de la Compagnie

Le compte rendu du Conseil d’Administration du 1er novembre 1897 nous apprend qu’il a 2 sous-sections qui dépendent du Chef-lieu, celle de la Fouettaz et celle de la Combaz.

Le 28 novembre 1895 est approuvé, par la Préfecture de Chambéry, le Règlement de la Compagnie des Sapeurs pompiers d'Esserts-Blay. Il se compose de 65 articles (dont certains sont rayés) et est signé par le Maire de la commune, Mr BLANC, et le Capitaine Commandant de la Compagnie, Hippolyte RAVIER-GARON.

Pour lire le réglement de 1895, cliquez ici_-_Reglement_de_1895.doc 

La Compagnie se compose de 51 membres, et est commandée par un Capitaine, un Lieutenant (qui dirige la section de St Thomas) et un Sous-Lieutenant (qui dirige celle du Chef-lieu).

Elle compte 6 sergents (dont un sergent major et un sergent fourrier chargé de l’équipement), 8 caporaux, un tambour ou clairon (pour donner l’alerte), et 33 sapeurs pompiers.

La décision d’admettre un nouveau membre est prise par le Conseil d’Administration de la Compagnie, présidé par le Capitaine, et composé d’un sergent et de deux sapeurs élus par leurs pairs..

Pour prétendre être sapeur pompier, il faut avoir entre 21 et 50 ans et jouir d’une bonne moralité. L’article 3 précise qu’il convient de choisir principalement parmi ceux qui exercent dans les métiers du bâtiment (c’est une préoccupation constante au XIXème siècle).

Les officiers (Capitaine, Lieutenant, Sous-Lieutenant) sont nommés « par l’autorité compétente » (Décret du Président de la République à la fin du XIXème).

Les autres gradés sont nommés par le Capitaine, après avis des officiers et du Conseil d’Administration.

Les pompiers sont équipés par la commune : une blouse bleu foncé, une casquette ou képi en drap bleu et ceinturon. L’entretien de cet équipement est à la charge de la commune.

Les devoirs du sapeur pompier sont précisés à l’article 17 :

- prévenir et éteindre les incendies, à sauver les personnes et les objets que renferment les bâtiment incendiés ou menacés par l’incendie.

- maintenir l’ordre dans la commune, s’il est troublé par une cause quelconque.

- assister l’autorité municipale chaque fois qu’elle en aura besoin pour des cérémonies ou des services publics.

Cet article précise que le service est bénévole.

On constate que le maintien de l’ordre fait théoriquement partie des attributions des sapeurs pompiers. C’est un débat récurrent de l’époque. Il faudrait savoir si les pompiers d’Esserts-Blay ont réellement eu à intervenir en maintien de l’ordre. On notera que l’article 56, qui évoque la conduite à tenir si des malfaiteurs sont signalés dans le secteur, est explicitement rayé.

Plusieurs articles sont ensuite consacrés à la procédure à suivre en cas d’incendie, et à la discipline à respecter.

Les devoirs de chaque pompier sont ensuite détaillés selon son grade. L’article 32 précise les qualités dont doit faire preuve un sapeur pompier : abnégation, dévouement, ordre et courage.

La discipline fait l’objet de 12 articles (sanctions, amendes …).

Les derniers articles traitent des services à rendre (Fête nationale, services funèbres…) et des récompenses ; ce dernier point est important puisque le service est bénévole.

On notera enfin que tous les articles qui devraient traiter de la Caisse de secours mutuel sont rayés, ce qui signifie certainement que cette Caisse de secours n’a pas (encore) été mise en place à Esserts-Blay ; c’est aussi un débat de l’époque : le fonction étant bénévole et risquée, comment prendre en charge ou dédommager les sapeurs pompiers blessés dans le cadre de leurs missions, ou les familles de sapeurs pompiers décédés en mission.

La vie de la Cie des Sapeurs pompiers d'Esserts-Blay:

Les 1ers Capitaines: Julien RAVIER GARON (1883-1883) / Désiré AVRILLIER (1884-1894) / Hippolyte RAVIER GARON (1895-1905)

En 1885, le Sergent Jean-Marie RICHARD est nommé (par décret du Président de la République) Lieutenant (donc patron de la section de St Thomas); il remplace Marcellin LASSIAZ.

A l'automne 1894, l'équipe dirigeante de la Compagnie est composée de: Hippolyte RAVIER GARON Capitaine / Joseph TRAVERSIER Lieutenant (St Thomas) / Germain AVRILLIER Sous-Lieutenant (chef lieu). La section du chef-lieu compte alors 38 engagés (pas d'infos sur celle de St Thomas).

En 1900, la Compagnie compte 51 hommes, 34 au chef-lieu, 17 à St Thomas. Le Capitaine est Hippolyte RAVIER GARON, le Lieutenant (St Thomas) est François BOCHET, le Sous-lieutenant (chef-lieu) est Germain AVRILLIER. Le Sergent Major est Paul BLANC, le Sergent Fourrier est Hippolyte MERCIER, les 2 Sergents de la section du chef-lieu sont François VOISIN et Joseph AVRILLIER (à feu Claude). Le Clairon est François PERONNIER, le Tambour Jean Girod.

En juin 1903, Joseph GUEILLAND est nommé Sous-lieutenant (chef-lieu).

En 1905, Alexandre GONTHIER est nommé Capitaine (à la place d'Hippolyte RAVIER GARON); il l'est encore en 1914. Eugène FERLEY est nommé Lieutenant (St Thomas). Joseph GUEILLAND est confirmé comme Sous-lieutenant (chef-lieu); il l'est encore en 1914.

En 1909, Charles DALES est nommé Lieutenant (St Thomas), en remplacement de Eugène FERLEY.

En 1914, la Compagnie compte toujours 51 membres, 34 au chef lieu et 17 à St Thomas. Les officiers sont: Capitaine Alexandre GONTHIER / Lieutenant Charles DALES / Sous-lieutenant Joseph GUEILLAND. Au chef lieu, le Sergent Major est François VOISIN, le Sergent Fourrier Marcellin MERCIER, les deux autres Sergents sont Jean Marie MERCIER et Hippolyte BLANC. La section du chef lieu compte également 5 Caporaux et 23 Sapeurs pompiers. A St Thomas, on compte 2 Sergents (Alexis ROCHE et Désiré DALES), 2 Caporaux et 12 Sapeurs pompiers.

En 1920, nouveau Capitaine: Joseph DODET, et nouveau Sous-Lieutenant (chef lieu): Augsute ROSSAT GUEILLAND. Le lieutenant, patron de la section de St Thomas, est toujours Charles DALES. Ce dernier est remplacé en mai 1926 par François LASSIAZ (du Fay).

En 1933 est nommé un nouveau Capitaine: Joseph BOCHET. En 1935, Auguste ROSSAT GUEILLAND démissionne de son poste de Sous-lieutenant, et est remplacé par Joseph TEILLIER.

L'effectif de la Compagnie en 1941-1942 (52 membres):

Capitaine: Joseph BOCHET (depuis 1933).

Section du chef-lieu (34 membres y compris le Capitaine): Joseph TEILLIER est toujours Sous-lieutenant (depuis 1935). Les 4 Sergents sont: Claude LASSIAZ (Sergent Major), René AVRILLIER (Sergent Fourrier), Francis AVRILLIER et Joseph BATTENDIER. Il y a 3 caporaux et 23 Sapeurs pompiers. Le Clairon est Gaston PERONNIER, le Tambour Fernand MERCIER.

Section de St Thomas (18 membres): le Lieutenant est toujours François LASSIAZ (depuis 1926). Les Sergents sont François BOCHET et Alexis VERNIER.

Après la guerre, en février 1946, Claudius LASSIAZ est nommé Capitaine. François LASSIAZ est confirmé Lieutenant (St Thomas) en mars 1947, en même temps que Marcel BUSILLIET est nommé Sous-lieutenant (chef lieu).

Le 10 février 1952, l’AG de la Compagnie (Claude LASSIAZ est Capitaine) décide de mettre en place une commission spécialisée chargée d’assurer l’installation, la mise en marche et la surveillance de la moto-pompe.

Le 28 février 1954, Gilbert TRAVERSIER est élu Lieutenant, en remplacement de François LASSIAZ (vote à bulletin secret du Conseil d'Administration de la Compagnie).

En 1953, un Décret ministériel porte sur la diminution du nombre d'officiers dans les compagnies de sapeurs pompiers. Ce Décret est mis en application à Esserts-Blay à la fin de 1954 (réuniondu 5 décembre 1954): sur proposition du Commandant du Bataillon des Sapeurs pompiers de la Savoie (le Cdt FORESTIER), Gilbert TRAVERSIER, proposé au poste de Lieutenant (il a été élu à ce poste le 28 février de cette même année) est nommé Adjudant Chef de la section de la section de St Thomas.

A compter de 1955, la section de St Thomas est désormais commandée par un Adjudant Chef, et non plus par un Lieutenant. Celle du chef-lieu est encore dirigée, pour encore 3 ans, par un Capitaine, Claudius LASSIAZ (qui dirige la Compagnie dans son ensemble) et par un Sous-lieutenant (Marcel BUSILLIET).

En 1958, le Capitaine (Claudius LASSIAZ) et le Sous lieutenant (Marcel BUSILLIET) démissionnent. La Compagnie est dès lors dirigée (jusqu'à fin 1969) par le Sous-lieutenant Robert DENCHE. Le poste de Capitaine est supprimé. Le 2ème dans la hiérarchie est l'Adjudant Chaf Gilbert TRAVERSIER, patron de la section de St Thomas.

La section de St Thomas est évoquée jusqu'en 1964, mais plus après cette date. Elle compte alors 12 membres, celle du chef-lieu 19 (soit 31 membres pourla Compagnie).

L'effectif de la Compagnie baisse au fil des ans: 28 membres de 1965 à 1967, 27 en 1968, 21 en 1970, 22 en 1975 (moyenne d'âge: 44 ans), 18 en 1980, 17 en 1982, puis 12 en 1987.

Robert DENCHE reste en poste, comme Sous lieutenant de la Compagnie, jusqu'au 14 décembre 1969. Il est alors remplacé par Charles FERLAY. L'Adjudant Chef Gilbert TRAVERSIER (St Thomas) reste en fonction jusqu'à son décès en 1978, et n'est pas remplacé comme Adjudant Chef.

 

 

Les Maires d'Esserts-Blay

Ce n’est qu’à partir de 1792 qu’on parle, en Savoie, de Maire et de Municipalité. Jusqu’alors, il était question de Syndic et de Communauté (villageoise ou urbaine). Les notions de Syndic puis de Maire, et de Communauté, Commune et Municipalité sont liées.

La notion de communauté villageoise s’est développée au moyen age, d’une double nécessité :

-          gérer de façon à la fois collective les biens communs, essentiellement les forets et les pâturages de montagne ; en Tarentaise, ces biens communs représentent 70 % de la surface du sol, ils sont une importance économique cruciale en montagne.

-          défendre les intérêts collectifs des habitants, obtenir de nouveaux droits,  face, d’abord face au seigneur local, puis face aux officiers comtaux puis ducaux.

Parallèlement s’est développée en ville la notion de communauté urbaine.

La communauté villageoise est composée de « communiers ». Ces communiers sont d’abord les copropriétaires indivis des biens communaux. Ils habitent la commune. En règle général, on est communier de père en fils. On peut aussi, plus rarement, le devenir après avoir été agréé et s’être acquitté du droit de communage. La communauté ne regroupe donc pas tous les chefs de famille du village, seuls en font partie les copropriétaires des biens communaux.

Au fil du temps, les communautés villageoises se sont organisées. Les décisions sont prises en Assemblée Générale, qui se réunit une à deux fois par an, soit à l’Eglise ou devant l’Eglise, soit sur la place du village. La présence de tous les communiers est quasiment obligatoire. Le Châtelain, (selon le cas, le seigneur lui-même, ou son représentant habitant le château local – au fil du temps, le châtelain est le représentant local du Duc de Savoie), est également présent. L’Assemblée Générale élit un ou plusieurs Syndics (c’est un poste difficile qui ne se refuse pas), selon l’importance de la commune, qui préparer les décisions à faire ratifier en AG et assure l’exécution des décisions prises par l’AG, et représente la commune vis à vis de l’extérieur.

Le Syndic est donc l’ancêtre du Maire.

Au XVIème siècle, le Duc Emmanuel Philibert réforme l’administration du Duché et fait de la communauté d’habitants l’unité fiscale de base. Le tache de Syndic devient un travail à temps plein. Il doit s’occuper  de percevoir les tailles, des affaires militaires, de gérer les biens communs, de faire entretenir les bâtiments publics, et aussi défendre les droits et privilèges de la commune face à l’extérieur, et notamment face aux autres communes voisines.

Les communes de Tarentaise sont en général relativement riches avec souvent des moulins, des pressoirs, des fours etc … qui sont utilisés par les communiers. Elles peuvent acenser (location longue durée) une partie des communaux. Tout cela permet de limiter la pression fiscale sur les communiers.

La fin du Moyen Age est marqué par le renforcement du pouvoir central, sous l’impulsion des Rois Victor Amédée II (1680- 1730) et Charles-Emmanuel III (1730 – 1773). En 1738, le Roi Charles-Emmanuel fait appliquer une importante Réforme municipale (Edit du 15 septembre 1738), qui se traduit par la mise en sommeil de l’AG des communiers. C’est la fin de la communauté héritée du Moyen Age. Avec cette réforme, la commune devient le rouage essentiel de l’administration , elle exécute les ordres de l’Intendant de la Province dont elle dépend (l’Intendant est nommé par le Roi).

Les pouvoirs de l'ancienne Assemblée Générale des communiers passent théoriquement à un Conseil de 3 à 7 membres, qui se recrutent par cooptation « parmi les plus aisés, plus capables, et plus en état de servir la Communauté ». Le Conseil est présidé par un Syndic, renouvelé chaque année.

Mais le vrai pouvoir est aux mains du Secrétaire, chargé des tâches administratives. Le Secrétaire est un Notaire, désigné par les Conseillers sous réserve de l’accord de l’Intendant de la Province, qui décerne les patentes. C’est lui le véritable homme orchestre, pratiquement seul intermédiaire entre la commune et le pouvoir quasi universel de l’Intendant. Ses principales missions : publier les édits, veiller au cadastre, établir le rôle de la taille et de l’impôt sur le sel, contrôler la gestion des biens collectifs et l’entretien des ponts et chemins.

En général, un Secrétaire administre plusieurs communes voisines, de 2 à 7, souvent 4 ou 5, ce qui est à la fois une source de revenus et aussi de notoriété qui permet de drainer vers son étude notariale quantité d’actes et contrats divers. L’Intendant de la Province (qui correspond en gros au Préfet actuel, avec des pouvoirs beaucoup plus importants), souvent peu au fait des affaires locales, ne contrôle pas vraiment les nominations de Secrétaires, et s’en remet à l’influence des dynasties notariales. Ces dynasties notariales accaparent les postes, et en arrivent souvent à considérer ces charges comme un bien transmissible. Il est rare qu’un Secrétaire soit désavoué ou révoqué par l’Intendant. Le pouvoir du Secrétaire est encore plus absolu s’il déteint en plus la charge de châtelain, donc le pouvoir de justice judiciaire. Et c’est souvent le cas. Ce cumul est même encouragé par les Intendants afin d’éviter des heurts  qui peuvent se produire si ces 2 charges sont exercés par des personnes en désaccord l’une avec l’autre.

Au cours de l’automne 1792, la Savoie devient le 84ème département français sous le nom de « Département du Mt Blanc ». Elle adopte les nouvelles lois et institutions françaises, issues de la Révolution de 1789. C’est à ce moment qu’apparaissent officiellement la municipalité (en lieu et place de la communauté), et le Maire (en lieu et place du Syndic).

Le Maire est désormais élu (et non plus nommé) au suffrage direct, pour 2 ans renouvelables, par les citoyens actifs de la commune, ceux acquittant une contribution au moins égale à 10 journées de travail.

Le rapprochement définitif de Blay et de St Thomas date du 27 décembre 1794 (jusqu'alors, Blay avait rattaché le plus souvent, mais pas tout le temps,à St Thomas. Mais Blay a aussi pu être, en 1793 et/ou en 1794, soit une commune autonome, soit liée à St Paul).

Les maires de la période 1792 - 1800:

- François LASSIAZ, Maire de St Thomas des Esserts suite aux élections du 24 mars 1793, renouvelé Maire de la commune de St Thomas et Blay après le rattachement de Blay à St Thomas du 27 décembre 1794

- Jacques FONTAINE, "Maire" de la "municipalité provisoire de Blay" entre mars 1793 et décembre 1794 (se reporter au chapitre 15 sur la période 1792 - 1815), puis Officier municipal de la nouvelle commune de St Thomas et Blay à partir de décembre 1794

- Joseph GIROD après l'élection du 18 janvier 1795, probablement jusqu'en 1800.

3e04a0c7309627941bc3ad6ca894eb35.jpgLa Constitution napoléonienne de l’an VIII (février 1800) marque un tournant et affirme clairement la principe de la centralisation du pouvoir. Les Maires ne sont plus élus, mais nommés, soit par le gouvernement pour les communes de plus de 5000 habitants, soit par le Préfet (lui-même nommé par le gouvernement) pour les communes de taille plus petite.

Les Maires d’Esserts-Blay de la période sont :

1800 - 1804: Joseph BOCHET (Secrétaire: Charles FONTAINE, de Conflans)

1804: Jean BLANC (à partir du 6 octobre 1804, suite au décès de Joseph BOCHET)

1808 - 1809 : Jean BLANC

1809 – 1813 : Joseph TRAVERSIER

1813 – 1815 : Martin REY

Suite aux défaites de Napoléon (1814, puis 1815), la Savoie revient dans le giron du Royaume de Piémont Sardaigne. Le Roi décide un retour pur et simple aux institutions d’avant 1792.

Sur le plan communal, le Roi Victor Emmanuel rétablit, dès le 26 octobre 1814, l’organisation administratives des communes qui existait avant 1792. On revient à l’Edit du 15 septembre 1738, complété par les Lettres Patentes du 6 juin 1775. L’Edit de 1738 prévoit que les chefs de famille « les plus forts en cadastre et plus apparents du lieu » nomment le syndic et 6 – 4 ou 2 conseillers selon l’importance de la commune.

Le Syndic est nommé pour 1 an. Comme avant 1792, le vrai homme fort, c’est le Secrétaire, obligatoirement Notaire, nommé par l’Intendant (le Conseil lui propose 3 noms) , et qui peut exercer ses fonctions sur 6 communes au maximum. On notera que Etienne François Isidore REYMOND, notaire royal, domicilié à Conflans, est resté secrétaire de notre commune pendant au moins une vongtaine d'année, depuis au moins 1821 jusqu'en 1839 au moins.

L’Edit royal du 31 décembre 1815 vise à rehausser la position du Syndic (par rapport au Secrétaire), et aussi à en faire un instrument du pouvoir. Le Syndic est désormais nommé pour 2 ans, soit par l'Intendant (dans les communes de moins de 3000 habitants), soit par le Roi (dans les communes plus importantes). Le Syndic peut voir sa fonction prolongée au-delà des  2 ans, mais uniquement sur décision du Roi.

Les Edits de février 1819 et surtout du 20 mars 1826 marquent l’affirmation du pouvoir central sur la vie des communes : le Conseil communal perd toute compétence en matière budgétaire, le budget étant désormais fait par le Ministère de l’Intérieur. En contrepartie, le syndic est nommé pour 3 ans.

Les syndics de la période:

- Nicolas GUEILLAND est Syndic le 30 janvier 1821 (Secrétaire: Etienne François Isidore REYMOND, notaire royal)

- Joseph AVRILLIER, à feu Joseph, est nommé Syndic le le 30 janvier 1821, pour les années 1821 et 1822 (nomination par l'Intendant de la province, approuvé par le Ministre de l'Intérieur) (Secrétaire: toujours E.F.I. REYMOND). Il l'est jusqu'à fin 1824.

- Louis Martin FONTAINE TRANCHANT lui succède en 1825, pour 1825 et 1826 (Secrétaire: toujours E.F.I REYMOND)

- Jean Baptiste BOCHET, de St Thomas 1827 - 1828 - 1829 - 1830 (le Secrétaire est toujours le même)

- Joseph LASSIAZ est Syndic en 1831 et 1832 (toujours le même secrétaire)

- Thomas LASSIAZ est Syndic en 1833 - 1834 (il l'est encore fin janvier 1835). Le secrétaire reste Etienne REYMOND. Un secrétaire adjoint est installé en la personne de Joseph Marie Vincent REYMOND, géomètre à Conflans (délibération du conseil communal du 12 janvier 1834) - vérifier s'il est de la famille du secrétaire, Etienne REYMOND, puisque tous les deux sont de Conflans.

- Joseph AVRILLIER est syndic à partir de mars 1835 jusqu'en janvier 1837 (toujours le même secrétaire)

- Thomas LASSIAZ est Syndic à partir de février 1837 jusqu'à au moins avril 1839 (REYMOND toujours Secrétaire communal)

314084859.jpg

1842 marque l’année de la grande réforme de l’administration communale. Les communes sont réparties en 3 classes selon leur nombre d’habitants :

-                     plus de 10 000 habitants

-                     de 3 000 à 10 000

-                     moins de 3 000 habitants.

Le Conseil se réunit au complet lors des réunions. Entre les réunions, un Conseil de créance, comportant 1/10ème des membres de Conseil, remplace le Conseil pour faire avancer les dossiers. Les habitants les plus imposés représentent obligatoirement les 3/5 des conseillers. Le reste des conseillers est pris parmi les professions dont on peut penser qu’elles permettent de vivre confortablement (maître d’école, pharmacien etc …). Enfin, les non propriétaires doivent représenter 1/20ème des conseillers.

Le Syndic est choisi par le Roi pour une durée de 5 ans, renouvelable. Les Vice Syndics sont nommés pour 1 an , par l’Intendant Général. Le Conseil communal vote le budget (donc les impôts communaux) et nomme les maîtres et maîtresses d’école, chapelains, médecins, chirurgiens, et sages-femmes.

Quelques infos sur les Syndics de cette période:

- Bernard PERONNIER est Syndic en mai 1841 (rapport sur les risques d'incendie)

- Martin REY (qui sera de nouveau Maire de 1866 à 1871) est Syndic en février 1852 (reconstruction du bac de St Thomas) et en février 1853 (cession du pont de la Coutellaz à la commune)

En 1860, la Savoie est rattachée à la France de l’Empereur Napoléon III, et adopte rapidement les institutions françaises.

Sur le plan des institutions locales, la Constitution française en cours (elle date de 1852) est très autoritaire et centralisatrice. Les conseillers municipaux sont certes élus au suffrage universel. Mais les maires sont nommés par le pouvoir central (le Chef de l’Etat pour les villes de plus de 3000 habitants, le Préfet pour les autres), et peuvent être choisis en dehors du Conseil Municipal.

Dans les années 1860, un mouvement de décentralisation s’amorce lentement. Les lois de 1866 et 1867 permettent aux Conseils Municipaux de statuer définitivement sur un grand nombre d’affaires.

Les Maires d’Esserts-Blay de la période sont :

1861 – 1866 : Alexandre LASSIAZ

1866 – 1871 : Martin REY (petit fils de Martin REY, Maire entre 1813 et 1815), François BOCHET Adjoint spécial pour St Thomas.

5bf8ce3e72d358027779f8083d11456a.jpgA la chute de l’Empire, la loi du 14 avril 1871 rétablit provisoirement l’élection, dans les communes de moins de 20 000 habitants, du Maire par le Conseil Municipal (il reste nommé pour les villes de plus de 20 000 habitants). A l’époque, la question fait débat parmi les gouvernants : un Maire élu, c’est le risque qu’il échappe à la tutelle de l’Etat.

La grande loi municipale date du 28 mars 1884. Le Maire est définitivement élu par le Conseil Municipal. Dans les villes, il est la tête de liste aux élections.

La fonction de Maire prend du temps et n’est toujours pas indemnisée. Elle est donc plutôt réservé à des personnes, d’une part instruite, d’autre part riche et ayant du temps.

Ce n’est qu’en 1992, par la loi du 3 février, qu’un véritable statut de l’élu est mis en place, avec par exemple l’obligation faite aux employeurs d’accepter les absences répétées de leurs salariés ayant des fonctions municipales, et l’instauration d’un système de retraite et de sécurité sociale pour les Maires à plein temps.

Aujourd’hui, le Conseil Municipal est élu au suffrage universel pour une durée de 6 ans. Dans les communes de moins de 3500 habitants, les conseillers sont élus au scrutin majoritaire. Au 1er tour, la majorité absolue est nécessaire, ainsi que le quart des électeurs inscrits. Au second tour, la majorité relative suffit. Les suffrages sont comptés individuellement (et non au niveau de la liste). La panachage est possible. Dans les communes de moins de 2500 habitants comme Esserts-Blay, les candidatures uniques ou les listes incomplètes sont possibles.

Le Maire et les Adjoints sont ensuite élus par la majorité du Conseil Municipal.

Les principales attributions du Maire sont les suivantes :

-          Il préside le Conseil Municipal et exécute les décisions de ce dernier, administre les propriétés de la commune, en gère les revenus, propose un budget, …

-          Il est officier d’état civil, et, à ce titre, célèbre les mariages

-          Il a compétence pour gérer, par arretés municipaux, les questions de circulation, de stationnement, de baignade, naivigation …

-          Il est Officier de Police Judiciaire (ses Adjoints le sont aussi) et peut s’en servir pour assurer, dans sa commune, le bon ordre, la tranquilité, la sécurité et la salubrité publique

-          Il est responsable de la police municipale et des gardes champetres

Le Maire exerce ses pouvoirs sous un double contrôle :

-          celui du Préfet est prépondérant jusqu’à la Vème République

-          celui du Conseil Municipal le devient sous la Vème République

Les Maires d’Esserts-Blay sous les IIIème, IVème et Vème Républiques :

1871 - 1880 : Sébastien BLANC (Marie LASSIAZ, Adjoint spécial de St Thomas)

1880 – 1892 : Jean GIROD

1892 – 1900 : Jean BLANC (Marie François LASSIAZ, Adjoint spécial pour la section de St Thomas)

1900 – 1908 : Jean-Marie BLANC

1908 – 1920 : Hippolyte MERCIER

1920 – 1925 : Alexandre MERCIER

1925 – 1935 : Joseph VARCIN

1935 – 1944 : Daniel DODET

1944 – 1954: Pierre Elie LASSIAZ

1954 – 1959: René BATTENDIER

1959 – 1983 : Fernand PERONNIER

1983 – 1985 : Yvette COLLOMBIER

1985 – 1989 : Henri LANU

1989 – 1995 : Jean-Louis MOREAU

1995 – 2001 : Chantal MERCIER

Depuis 2001 : James DENCHE

17.05.2008

la mappe sarde de 1730

C’est par les Lettres Patentes du 9 avril 1728 que le Roi de Piémont Sardaigne décida l’exécution du cadastre de Savoie. L’objectif principal de ce cadastre était de recenser avec précision les propriétés de chacun afin d’apprécier au mieux la capacité du duché à payer l’impôt, et en répartir la charge en fonction de critères objectifs basés sur la richesse potentielle des uns et des autres. L’exécution du cadastre fut placée sous la haute direction de l’Intendant Général du Duché, basé à Chambéry, qui nomma un surintendant du cadastre pour assurer la surveillance technique du chantier.

Sur le terrain, les travaux furent confiés à des délégués, qui dirigèrent eux-mêmes une ou plusieurs escouades de géomètres. Les postes de délégués ont été confiés à des hommes expérimentés, la plupart piémontais. Le délégué et son ou ses escouades (selon l’importance de la commune) étaient assistés, localement, d’indicateurs et d’estimateurs, dont la fonction était de donner tous renseignements nécessaires sur les noms des propriétaires et la qualité des terrains.

Dès qu’il arrivait dans une localité, le délégué publiait les ordres du Roi relatifs au cadastre et les expliquait aux habitants. Puis il invitait ces derniers à présenter des indicateurs et des estimateurs. Indicateurs et estimateurs prêtaient ensuite serment de loyauté. Puis les géomètres se mettaient au travail. Une fois la mappe terminée, le délégué la faisait afficher pendant 15 jours en l’accompagnant du registre des propriétaires et de leurs parcelles. Les intéressés étaient alors invités à faire part de leurs griefs et des erreurs à rectifier. Les géomètres étaient responsables pécuniairement de leurs travaux, ils faisaient donc très attention. De plus, les travaux étaient vérifiés et contrôlés plusieurs fois, par différentes instances de contrôle et de vérification.

Des travaux récents ont montré que l’échelle utilisée a été le 1/2400ème. Les unités de mesure sont les mesures du Piémont :

-          le pied = 3.167467 m2

-          la table =  12 pieds = 38.009599 m2

-          le journal = 100 tables = 3800.9599 m2

Les mesures faites sur le terrain ont ensuite été traduites en mesures de Savoie. Il fallut 10 ans pour, à quelques exceptions près (surtout dans le nord de la Haute Savoie), que les travaux soient terminés et validés. L’Edit qui mit en application les conclusions du cadastre pour la répartition de l’impôt, dit Edit de péréquation générale, a été signé le 15 septembre 1738. Il a fallu en gros 5 ans pour faire les plans, calculer les superficies et estimer le revenu des parcelles, et 5 ans pour examiner les requêtes des uns et des autres, notamment celles des classes privilégiées habituées à échapper à l’impôt.

Il a fallu ensuite faire vivre ce cadastre, qui est une photographie des propriétés à un instant précis. C’est le Conseil de la communauté et son Secrétaire qui sont chargés de conserver le cadastre, et surtout de consigner les mutations, à l’aide du Livre journalier et du Livre des transports.

On notera que les 2 communautés de Blay et St Thomas ont fait cadastre commun. L'intitulé de la mappe est d'ailleurs "territoire de St Thomas des Esserts", ce qui confirme que, au moins sur le plan temporel, St Thomas est le chef-lieu, et Blay n'est un quartier périphérique. Cet état de fait ne devait pas plaire aux habitants de Blay. Le 7 juin 1750, le Syndic et les Conseillers de Blay (le Syndic est Hipployte BOZON PERROUD, et les Conseillers Pierre REY GRANGE et Bernard PERONNIER) se réunissent chez le Secrétaire et demandant la séparation de Blay par rapport à St Thomas. Les arguments sont les suivants: les nombreux conflits entre Blay et St Thomas au sujet des communaux en montagne et des chemins, les désaccords au sujet de la milice quand le Seigneur Intendant exige sa levée, l'éloignement de Blay par rapport à St Thomas, et le fait que Blay est 2 fois plus étendu que St Thomas. Concernant la mappe, les communiers de Blay "s'offrent de faire refaire, à leurs frais, un autre cadastre, livre journalier et livre de transport, implorant à ces fins le Seigneur Intendant de la Province de Tarentaise pour obtenir de Sa Majesté la séparation d'avec St Thomas des Esserts, et former Blay pour une paroisse" (à l'époque, la distinction entre communauté et paroisse n'est pas vraiment faite).

Les principaux chemins et voies de communication:

Pour visualiser la mappe sarde, cliquez sur les liens ci-après:

Schéma synthétique: lieux-dits et chemins en 1730.jpg

La chapelle et le_Maz de Blay en 1730.jpg

Les_Cours en 1730.jpg

La_Poyat et_La_Fouettaz en 1730.jpg

Le chemin principal relie St Paul à Grignon par les hameaux du Mas (où se situe la chapelle de Blay, à l'emplacement de l'actuelle église), des Cours, de la Bruyère, puis de la Combaz. En arrivant à St Thomas, il se divise en deux: le chemin du bas par la plaine de St Thomas, et le chemin du haut  par Chaniay (le Chenet), les Bochets, la Ramaz et l'Eglise de St Thomas. Les 2 chemins se rejoignent au Pontet, lieu-dit situé dans la plaine en dessous de l'Eglise. Du Pontet le chemin continue vers Grignon par la forêt de Rhonne.

Au Mas de Blay, un chemin monte dans la montagne par le village des Perroud, Courbacière, la Provence (aujourd'hui, on dit la Province), le Laquais d'en bas et la Traversette. De la Traversette, on peut ensuite aller, soit dans les hauts de St Paul par le Condu (aujourd'hui l'Econdu), soit au Darbelay, soit en direction de la Duit.

Aux Cours, un chemin part sur le droite, traverse le Chard, puis descend dans la plaine au bord de l'Isère. Un autre monte sur la gauche au dessus des Pierres.

Situé un peu au dessus de l'axe St Paul - Blay - St Thomas - Grignon, le village de la Poyat est un carrefour important. De ce village partent plusieurs chemins: un 1er permet de descendre sur le chemin principal St Paul - Grignon par le Noiray et Cloutrier; un 2ème continue vers le village des Mercier et la Fouettaz et monte ensuite, en suivant en gros la direction de l'actuelle route du Darbelay, vers la Tuile, Plan Fay, Latié, Fontaine Froide et la Traversette; enfin 2 chemins montent directement au dessus de la Poyat et permettent d'atteindre le Trembloz (les Trembles), d'où on peut rejoindre la Duit et la Traversette.

Signalons qu'entre la Poyat et la Fouettaz, à hauteur du village des Mercier et de la Frasse, au bord du ruisseau, ont été construits 2 moulins et 1 pressoir d'huile (voir plus loin); juste à coté un chemin permet de rejoindre la Combaz par Neiple et le Boulié.

A St Thomas, les hameaux paraissent moins bien reliés entre eux. Nous avons évoqué le chemin du bas (par la plaine) et le chemin du haut (par la naz, les Bochets, la Ramaz et l'Eglise). Un chemin arrive de Grignon au Fay et continue vers le Cey. Un autre passe au niveau de Champ Bernard, du Charanger, et de la Roche. Un autre relie La Ville et la Croix, mais ne pas pas connecté aux autres. Enfin, un chemin est noté tout en haut, dans les alpages, entre le Mont et Freidier.

Eléments concernant les activités économiques et artisanales de Blay et St Thomas:

Il existe à l’époque une scie (scierie), appartenant à Joseph GLAISSAT BLANC et son frère, située vers les Roches (parcelle n° 3954)

Il y a peut être un projet de création d’une autre scie, à la Resse, sur un terrain appartenant à Noble Philibert Du Verger (parcelle n° 638 : il est noté « terre, soit placeage d’une scie »)

Trois moulins sont en activité :

. Celui de Jean Avrillier à feu Pierre, et à ses neveux, situé au Cruet (parcelle n° 1632)

. Celui de Noble Joseph François Manuel (de Locatel), situé au village des Merciers (parcelle n° 2327)

. Celui de Hippolyte Mercier, situé à coté du précédent (parcelle n° 2319)

On trouve trace de deux ruines de moulin (« masure autrefois moulin »), appartenant toutes deux à Noble Christophe Du Verger, l’un au Gaday (parcelle n° 4380), l’autre à la Villaz (parcelle n° 5739).

Il existe aussi un pressoir d’huile, à la Frasse, appartenant à Félix Mercier et à ses frères (parcelle n° 2331)

Et une dizaine de fours, dont :

. Cinq appartiennent à la communauté de Blay, à Blay (parcelle n° 2), à la Poix (n° 988), à la Combe (n° 2205), à la Fouettaz (n° 2410), et vers les Mercier (n° 2421)

. Celui du Chariondet (parcelle n° 4942) appartient à Claude Paillardet (important propriétaire à St Thomas, domicilié à Tours)

. Celui de la Perrière appartient à Antoine Rosat Guchilliand (il est noté comme « four en commun », parcelle n° 908)