11.08.2008

Les Sapeurs pompiers

medium_Sapeurs_Pompiers_EB_-_1883_-_blog_01.2.jpgL’incendie est, depuis toujours, un des risques les plus redoutés, à la fois en ville, et dans nos villages. Les 1ères mesures d’organisation contre le risque d’incendie datent de l’Ancien Régime. Les 1ères pompes, d’abord à mains, puis à bras, ont été mises au point dans les années 1650.

En France, le 1er texte relatif à la lutte contre l’incendie est la loi du 16-24 août 1790 (nous sommes alors en pleine Révolution, même si la Royauté n’est pas encore abolie), qui confie à l’autorité municipale « le soin de prévenir par des précautions convenables et celui de faire cesser par la distribution des secours nécessaires les accidents et fléaux calamiteux tels que les incendies … ».

Malgré la bonne volonté affichée, cette loi n’est pas suivie de mesures concrètes. En décembre 1804, le gouvernement fait part, par une circulaire aux Préfets, de son inquiétude face aux désastres causés par les incendies.

Après 1815, l’histoire des Sapeurs Pompiers se complique jusqu’en 1875. D’abord, la Savoie revient dans le giron du royaume de Piémont Sardaigne jusqu’en 1860. Ensuite, en France, la plupart des Corps de pompiers sont intégrés dans les différents Corps de la Garde Nationale, sorte de milice bourgeoise mise en place d’abord à Paris, puis un peu partout dans les 1ers mois de la révolution de 1789 pour maintenir l’ordre. Mais cette Garde Nationale, à la fois populaire et armée, fait peur au pouvoir, si bien que Napoléon III la cantonne dans des rôles subalternes. Son implication dans la Commune de Paris entraine sa disolution le 14 mars 1872.

Concernant Esserts-Blay, nous avons retrouvé aux Archives départementales un projet de règlement contre les incendies adopté à l'unanimité du conseil communal le 22 février 1837 (le syndic est Thomas LASSIAZ). Les motivations sont claires: "Considérant qu'il n'est que trop prouvé par l'expérience que les fréquents incendies qui (nous) affligent, doivent particulièrement leur cause à l'insouciance des chefs de famille ..." Les préconisations ont pour but d'obliger les habitants à prendre des précautions en vue d'éviter ce fléau que constituent les incendies, avec amende à la clé en cas de non respect: obligation de faire ramoner les cheminées 4 fois par an, de les surélever de 4 pieds au dessus du toit si ce dernier est en chaume, 3 pieds s'il est en ardoises ou en dalles, pas d'entreposement de bois ou autres combustibles dans les galetas et galeries, et autour des maisons à moins de 15 pies de ces dernières, interdiction d'aller chercher du feu ou d'aller dans les granges, écuries, galetas, autrement qu'avec une lanterne bien fermée, ou d'y envoyer un enfant de moins de 10 ans. Il est interdit de tenir les lits dans les chambres à cheminée à moins de 8 pieds du foyer, et d'entourer les lits de meubles qui gênent le balayage, ainsi que d'entreposer du linge autour ou aux environs des lits. Il est désormais interdit de construire une nouvelle batisse à moins de 15 pieds d'une ancienne, sauf à prendre des précautions de constrcution contre le feu, ou d'installer un magasin à charbon à moins de 30 mètres des maisons, granges et autres habitations (il faut également attendre 3 jours francs après que la charbonnière aura été éteinte, avant d'y transporter des charbons). Il est également interdit de dériver les eaux de source et de ruisseau (et autres), ainsi que de faire des feux de joie à moins de 50 toises des bâtiments.

Pour faire respecter ce règlement, un membre du Conseil visitera le village 4 fois par an (début février, septembre, novemebre et décembre). Il sera accompagné d'un maçon.

Quatre années plus tard, le du 12 mai 1841 , la Commission Spéciale mise en place, au niveau de la commune, pour "écarter les dangers des incendies" rend son rapport. L'article 31 des Lettre Patentes du 11 août 1840 a rendu obligatoire la création de cette commission dans chaque commune. A Esserts-Blay, en 1841, elle est présidée par le Syndic, Bernard PERONNIER et comprend 3 autres membres, Joseph François BLANC, Charles BOCHET et Joseph Innocent PERONNIER. Ces 4 personnes ont visité, les 7 et 8 mai 1841, tous les édifices et maisons des 2 sections du village, puis, avoir avoir comparé leurs notes, ont dressé un recensement exhaustif de "toutes les maisons, fours et cheminées qui ont besoin de réparations". Il est ensuite précisé que "tous les autres édifices de même nature non compris au dépouillement qui suit, (n'exigent) pas actuellement ni prochainement des réparations".

Suivent 56 préconisations détaillées, hameau par hameau, habitation par habitation, édifice par édifice. La quasi totalité des préconisations concernent des cheminées à réparer (boucher les lézardes par exemple), à reconsruire, ou à rehausser. On peut noter qu'au hameau de Chaynay, à St Thomas, chez la veuve de Thomas FERLAY, il faut "enlever les fourrages autour de la cheminée". A la Fouettaz, chez Joseph MERCIER (de feu Joseph), il est impératif "d'interdire le feu à sa cheminée, ainsi qu'à ses consorts les héritiers de Claudine MERCIER". On apprend également que le four du village du Mas doit être détruit car il n'est pas à la distance requise par la loi des maisons de Pierre VELLAT et de Marie PERONNIER.

En 1860, la Savoie (re)devient française.

Le 25 juillet 1869, le Conseil municipal d'Esserts-Blay approuve l'achat, à Mr FAUDRAIN, fabricant de pompes à incendie à Albertville, de "3 petites pompes à incendie munies de leurs accessoires et 60 paniers en toile", pour le prix total de 1 296 francs. La commune avait prévu un budget de 1 200 francs. Ne disposant pas de ressources complémentaires, elle sollicite une subvention de 96 francs du Département pour couvrir le déficit.

Le régime de Napoléon III s’écroule en 1870.

La grande loi sur les Sapeurs pompiers date du 29 décembre 1875. Elle créé un statut unique du pompier (il y avait jusqu’alors des pompiers municipaux et des gardes nationaux). Leur ministère de tutelle est le Ministère de l’Intérieur (le débat sur leur éventuel rattachement à l’armée est donc clos).

medium_Sapeurs_Pompiers_EB_-_1883_-_blog_02.jpgIl est probable qu’un Corps de Sapeurs pompiers existait à Esserts-Blay au milieu du XIXème (la commune acheté, comme on l'a vu, 3 pompes en 1869), mais je n’en ai pas encore trouvé la trace. Il a certainement subi les vicissitudes liées à la dissolution de la Garde Nationale (voir plus haut).

En tous cas, le 19 août 1883, est mis en place le Corps de Sapeurs pompiers d’Esserts-Blay, suite à la délibération du Conseil municipal du ( ?) 1883, et dans le cadre du Décret du 29 décembre 1875 (cité plus haut – c’est le Décret qui (ré)organise les Corps de Sapeurs pompiers en France).

Ce qui nous fait penser que quelque chose existait ou avait existé, c’est que le Capitaine désigné en août 1883, Julien RAVIER GARON, démissionne peu après car atteint par la limite d’âge (50 ans). Il est donc fort probable que Julien RAVIER GARON était ou avait été auparavant le patron des Sapeurs pompiers du village.

L’engagement dans le Corps des Sapeurs pompiers se fait pour 5 ans. La limite d’âge est alors de 50 ans. Le Corps est dirigé par un Capitaine, nommé par Décret du Président de la République.

Les 1ers Capitaines sont :

-          Julien RAVIER-GARON (1883 – 1883)

-          Désiré AVRILLIER pour 2 mandats : 1884 – 1889 et 1889 – 1894

-          Hippolyte RAVIER-GARON, fils de Julien, pour 2 mandats : 1895 – 1900 et 1900 – 1905

La Compagnie est composée de 2 sections principales :

-          Celle du Chef-lieu, commandée par un Sous-Lieutenant

-          Celle de St Thomas, commandée par un Lieutenant, qui est donc le n° 2 de la Compagnie

Le compte rendu du Conseil d’Administration du 1er novembre 1897 nous apprend qu’il a 2 sous-sections qui dépendent du Chef-lieu, celle de la Fouettaz et celle de la Combaz.

Le 28 novembre 1895 est approuvé, par la Préfecture de Chambéry, le Règlement de la Compagnie des Sapeurs pompiers d'Esserts-Blay. Il se compose de 65 articles (dont certains sont rayés) et est signé par le Maire de la commune, Mr BLANC, et le Capitaine Commandant de la Compagnie, Hippolyte RAVIER-GARON.

Pour lire le réglement de 1895, cliquez ici_-_Reglement_de_1895.doc 

La Compagnie se compose de 51 membres, et est commandée par un Capitaine, un Lieutenant (qui dirige la section de St Thomas) et un Sous-Lieutenant (qui dirige celle du Chef-lieu).

Elle compte 6 sergents (dont un sergent major et un sergent fourrier chargé de l’équipement), 8 caporaux, un tambour ou clairon (pour donner l’alerte), et 33 sapeurs pompiers.

La décision d’admettre un nouveau membre est prise par le Conseil d’Administration de la Compagnie, présidé par le Capitaine, et composé d’un sergent et de deux sapeurs élus par leurs pairs..

Pour prétendre être sapeur pompier, il faut avoir entre 21 et 50 ans et jouir d’une bonne moralité. L’article 3 précise qu’il convient de choisir principalement parmi ceux qui exercent dans les métiers du bâtiment (c’est une préoccupation constante au XIXème siècle).

Les officiers (Capitaine, Lieutenant, Sous-Lieutenant) sont nommés « par l’autorité compétente » (Décret du Président de la République à la fin du XIXème).

Les autres gradés sont nommés par le Capitaine, après avis des officiers et du Conseil d’Administration.

Les pompiers sont équipés par la commune : une blouse bleu foncé, une casquette ou képi en drap bleu et ceinturon. L’entretien de cet équipement est à la charge de la commune.

Les devoirs du sapeur pompier sont précisés à l’article 17 :

- prévenir et éteindre les incendies, à sauver les personnes et les objets que renferment les bâtiment incendiés ou menacés par l’incendie.

- maintenir l’ordre dans la commune, s’il est troublé par une cause quelconque.

- assister l’autorité municipale chaque fois qu’elle en aura besoin pour des cérémonies ou des services publics.

Cet article précise que le service est bénévole.

On constate que le maintien de l’ordre fait théoriquement partie des attributions des sapeurs pompiers. C’est un débat récurrent de l’époque. Il faudrait savoir si les pompiers d’Esserts-Blay ont réellement eu à intervenir en maintien de l’ordre. On notera que l’article 56, qui évoque la conduite à tenir si des malfaiteurs sont signalés dans le secteur, est explicitement rayé.

Plusieurs articles sont ensuite consacrés à la procédure à suivre en cas d’incendie, et à la discipline à respecter.

Les devoirs de chaque pompier sont ensuite détaillés selon son grade. L’article 32 précise les qualités dont doit faire preuve un sapeur pompier : abnégation, dévouement, ordre et courage.

La discipline fait l’objet de 12 articles (sanctions, amendes …).

Les derniers articles traitent des services à rendre (Fête nationale, services funèbres…) et des récompenses ; ce dernier point est important puisque le service est bénévole.

On notera enfin que tous les articles qui devraient traiter de la Caisse de secours mutuel sont rayés, ce qui signifie certainement que cette Caisse de secours n’a pas (encore) été mise en place à Esserts-Blay ; c’est aussi un débat de l’époque : le fonction étant bénévole et risquée, comment prendre en charge ou dédommager les sapeurs pompiers blessés dans le cadre de leurs missions, ou les familles de sapeurs pompiers décédés en mission.

La vie de la Cie des Sapeurs pompiers d'Esserts-Blay:

Les 1ers Capitaines: Julien RAVIER GARON (1883-1883) / Désiré AVRILLIER (1884-1894) / Hippolyte RAVIER GARON (1895-1905)

En 1885, le Sergent Jean-Marie RICHARD est nommé (par décret du Président de la République) Lieutenant (donc patron de la section de St Thomas); il remplace Marcellin LASSIAZ.

A l'automne 1894, l'équipe dirigeante de la Compagnie est composée de: Hippolyte RAVIER GARON Capitaine / Joseph TRAVERSIER Lieutenant (St Thomas) / Germain AVRILLIER Sous-Lieutenant (chef lieu). La section du chef-lieu compte alors 38 engagés (pas d'infos sur celle de St Thomas).

En 1900, la Compagnie compte 51 hommes, 34 au chef-lieu, 17 à St Thomas. Le Capitaine est Hippolyte RAVIER GARON, le Lieutenant (St Thomas) est François BOCHET, le Sous-lieutenant (chef-lieu) est Germain AVRILLIER. Le Sergent Major est Paul BLANC, le Sergent Fourrier est Hippolyte MERCIER, les 2 Sergents de la section du chef-lieu sont François VOISIN et Joseph AVRILLIER (à feu Claude). Le Clairon est François PERONNIER, le Tambour Jean Girod.

En juin 1903, Joseph GUEILLAND est nommé Sous-lieutenant (chef-lieu).

En 1905, Alexandre GONTHIER est nommé Capitaine (à la place d'Hippolyte RAVIER GARON); il l'est encore en 1914. Eugène FERLEY est nommé Lieutenant (St Thomas). Joseph GUEILLAND est confirmé comme Sous-lieutenant (chef-lieu); il l'est encore en 1914.

En 1909, Charles DALES est nommé Lieutenant (St Thomas), en remplacement de Eugène FERLEY.

En 1914, la Compagnie compte toujours 51 membres, 34 au chef lieu et 17 à St Thomas. Les officiers sont: Capitaine Alexandre GONTHIER / Lieutenant Charles DALES / Sous-lieutenant Joseph GUEILLAND. Au chef lieu, le Sergent Major est François VOISIN, le Sergent Fourrier Marcellin MERCIER, les deux autres Sergents sont Jean Marie MERCIER et Hippolyte BLANC. La section du chef lieu compte également 5 Caporaux et 23 Sapeurs pompiers. A St Thomas, on compte 2 Sergents (Alexis ROCHE et Désiré DALES), 2 Caporaux et 12 Sapeurs pompiers.

En 1920, nouveau Capitaine: Joseph DODET, et nouveau Sous-Lieutenant (chef lieu): Augsute ROSSAT GUEILLAND. Le lieutenant, patron de la section de St Thomas, est toujours Charles DALES. Ce dernier est remplacé en mai 1926 par François LASSIAZ (du Fay).

En 1933 est nommé un nouveau Capitaine: Joseph BOCHET. En 1935, Auguste ROSSAT GUEILLAND démissionne de son poste de Sous-lieutenant, et est remplacé par Joseph TEILLIER.

L'effectif de la Compagnie en 1941-1942 (52 membres):

Capitaine: Joseph BOCHET (depuis 1933).

Section du chef-lieu (34 membres y compris le Capitaine): Joseph TEILLIER est toujours Sous-lieutenant (depuis 1935). Les 4 Sergents sont: Claude LASSIAZ (Sergent Major), René AVRILLIER (Sergent Fourrier), Francis AVRILLIER et Joseph BATTENDIER. Il y a 3 caporaux et 23 Sapeurs pompiers. Le Clairon est Gaston PERONNIER, le Tambour Fernand MERCIER.

Section de St Thomas (18 membres): le Lieutenant est toujours François LASSIAZ (depuis 1926). Les Sergents sont François BOCHET et Alexis VERNIER.

Après la guerre, en février 1946, Claudius LASSIAZ est nommé Capitaine. François LASSIAZ est confirmé Lieutenant (St Thomas) en mars 1947, en même temps que Marcel BUSILLIET est nommé Sous-lieutenant (chef lieu).

Le 10 février 1952, l’AG de la Compagnie (Claude LASSIAZ est Capitaine) décide de mettre en place une commission spécialisée chargée d’assurer l’installation, la mise en marche et la surveillance de la moto-pompe.

Le 28 février 1954, Gilbert TRAVERSIER est élu Lieutenant, en remplacement de François LASSIAZ (vote à bulletin secret du Conseil d'Administration de la Compagnie).

En 1953, un Décret ministériel porte sur la diminution du nombre d'officiers dans les compagnies de sapeurs pompiers. Ce Décret est mis en application à Esserts-Blay à la fin de 1954 (réuniondu 5 décembre 1954): sur proposition du Commandant du Bataillon des Sapeurs pompiers de la Savoie (le Cdt FORESTIER), Gilbert TRAVERSIER, proposé au poste de Lieutenant (il a été élu à ce poste le 28 février de cette même année) est nommé Adjudant Chef de la section de la section de St Thomas.

A compter de 1955, la section de St Thomas est désormais commandée par un Adjudant Chef, et non plus par un Lieutenant. Celle du chef-lieu est encore dirigée, pour encore 3 ans, par un Capitaine, Claudius LASSIAZ (qui dirige la Compagnie dans son ensemble) et par un Sous-lieutenant (Marcel BUSILLIET).

En 1958, le Capitaine (Claudius LASSIAZ) et le Sous lieutenant (Marcel BUSILLIET) démissionnent. La Compagnie est dès lors dirigée (jusqu'à fin 1969) par le Sous-lieutenant Robert DENCHE. Le poste de Capitaine est supprimé. Le 2ème dans la hiérarchie est l'Adjudant Chaf Gilbert TRAVERSIER, patron de la section de St Thomas.

La section de St Thomas est évoquée jusqu'en 1964, mais plus après cette date. Elle compte alors 12 membres, celle du chef-lieu 19 (soit 31 membres pourla Compagnie).

L'effectif de la Compagnie baisse au fil des ans: 28 membres de 1965 à 1967, 27 en 1968, 21 en 1970, 22 en 1975 (moyenne d'âge: 44 ans), 18 en 1980, 17 en 1982, puis 12 en 1987.

Robert DENCHE reste en poste, comme Sous lieutenant de la Compagnie, jusqu'au 14 décembre 1969. Il est alors remplacé par Charles FERLAY. L'Adjudant Chef Gilbert TRAVERSIER (St Thomas) reste en fonction jusqu'à son décès en 1978, et n'est pas remplacé comme Adjudant Chef.

 

 

Les Maires d'Esserts-Blay

Ce n’est qu’à partir de 1792 qu’on parle, en Savoie, de Maire et de Municipalité. Jusqu’alors, il était question de Syndic et de Communauté (villageoise ou urbaine). Les notions de Syndic puis de Maire, et de Communauté, Commune et Municipalité sont liées.

La notion de communauté villageoise s’est développée au moyen age, d’une double nécessité :

-          gérer de façon à la fois collective les biens communs, essentiellement les forets et les pâturages de montagne ; en Tarentaise, ces biens communs représentent 70 % de la surface du sol, ils sont une importance économique cruciale en montagne.

-          défendre les intérêts collectifs des habitants, obtenir de nouveaux droits,  face, d’abord face au seigneur local, puis face aux officiers comtaux puis ducaux.

Parallèlement s’est développée en ville la notion de communauté urbaine.

La communauté villageoise est composée de « communiers ». Ces communiers sont d’abord les copropriétaires indivis des biens communaux. Ils habitent la commune. En règle général, on est communier de père en fils. On peut aussi, plus rarement, le devenir après avoir été agréé et s’être acquitté du droit de communage. La communauté ne regroupe donc pas tous les chefs de famille du village, seuls en font partie les copropriétaires des biens communaux.

Au fil du temps, les communautés villageoises se sont organisées. Les décisions sont prises en Assemblée Générale, qui se réunit une à deux fois par an, soit à l’Eglise ou devant l’Eglise, soit sur la place du village. La présence de tous les communiers est quasiment obligatoire. Le Châtelain, (selon le cas, le seigneur lui-même, ou son représentant habitant le château local – au fil du temps, le châtelain est le représentant local du Duc de Savoie), est également présent. L’Assemblée Générale élit un ou plusieurs Syndics (c’est un poste difficile qui ne se refuse pas), selon l’importance de la commune, qui préparer les décisions à faire ratifier en AG et assure l’exécution des décisions prises par l’AG, et représente la commune vis à vis de l’extérieur.

Le Syndic est donc l’ancêtre du Maire.

Au XVIème siècle, le Duc Emmanuel Philibert réforme l’administration du Duché et fait de la communauté d’habitants l’unité fiscale de base. Le tache de Syndic devient un travail à temps plein. Il doit s’occuper  de percevoir les tailles, des affaires militaires, de gérer les biens communs, de faire entretenir les bâtiments publics, et aussi défendre les droits et privilèges de la commune face à l’extérieur, et notamment face aux autres communes voisines.

Les communes de Tarentaise sont en général relativement riches avec souvent des moulins, des pressoirs, des fours etc … qui sont utilisés par les communiers. Elles peuvent acenser (location longue durée) une partie des communaux. Tout cela permet de limiter la pression fiscale sur les communiers.

La fin du Moyen Age est marqué par le renforcement du pouvoir central, sous l’impulsion des Rois Victor Amédée II (1680- 1730) et Charles-Emmanuel III (1730 – 1773). En 1738, le Roi Charles-Emmanuel fait appliquer une importante Réforme municipale (Edit du 15 septembre 1738), qui se traduit par la mise en sommeil de l’AG des communiers. C’est la fin de la communauté héritée du Moyen Age. Avec cette réforme, la commune devient le rouage essentiel de l’administration , elle exécute les ordres de l’Intendant de la Province dont elle dépend (l’Intendant est nommé par le Roi).

Les pouvoirs de l'ancienne Assemblée Générale des communiers passent théoriquement à un Conseil de 3 à 7 membres, qui se recrutent par cooptation « parmi les plus aisés, plus capables, et plus en état de servir la Communauté ». Le Conseil est présidé par un Syndic, renouvelé chaque année.

Mais le vrai pouvoir est aux mains du Secrétaire, chargé des tâches administratives. Le Secrétaire est un Notaire, désigné par les Conseillers sous réserve de l’accord de l’Intendant de la Province, qui décerne les patentes. C’est lui le véritable homme orchestre, pratiquement seul intermédiaire entre la commune et le pouvoir quasi universel de l’Intendant. Ses principales missions : publier les édits, veiller au cadastre, établir le rôle de la taille et de l’impôt sur le sel, contrôler la gestion des biens collectifs et l’entretien des ponts et chemins.

En général, un Secrétaire administre plusieurs communes voisines, de 2 à 7, souvent 4 ou 5, ce qui est à la fois une source de revenus et aussi de notoriété qui permet de drainer vers son étude notariale quantité d’actes et contrats divers. L’Intendant de la Province (qui correspond en gros au Préfet actuel, avec des pouvoirs beaucoup plus importants), souvent peu au fait des affaires locales, ne contrôle pas vraiment les nominations de Secrétaires, et s’en remet à l’influence des dynasties notariales. Ces dynasties notariales accaparent les postes, et en arrivent souvent à considérer ces charges comme un bien transmissible. Il est rare qu’un Secrétaire soit désavoué ou révoqué par l’Intendant. Le pouvoir du Secrétaire est encore plus absolu s’il déteint en plus la charge de châtelain, donc le pouvoir de justice judiciaire. Et c’est souvent le cas. Ce cumul est même encouragé par les Intendants afin d’éviter des heurts  qui peuvent se produire si ces 2 charges sont exercés par des personnes en désaccord l’une avec l’autre.

Au cours de l’automne 1792, la Savoie devient le 84ème département français sous le nom de « Département du Mt Blanc ». Elle adopte les nouvelles lois et institutions françaises, issues de la Révolution de 1789. C’est à ce moment qu’apparaissent officiellement la municipalité (en lieu et place de la communauté), et le Maire (en lieu et place du Syndic).

Le Maire est désormais élu (et non plus nommé) au suffrage direct, pour 2 ans renouvelables, par les citoyens actifs de la commune, ceux acquittant une contribution au moins égale à 10 journées de travail.

Le rapprochement définitif de Blay et de St Thomas date du 27 décembre 1794 (jusqu'alors, Blay avait rattaché le plus souvent, mais pas tout le temps,à St Thomas. Mais Blay a aussi pu être, en 1793 et/ou en 1794, soit une commune autonome, soit liée à St Paul).

Les maires de la période 1792 - 1800:

- François LASSIAZ, Maire de St Thomas des Esserts suite aux élections du 24 mars 1793, renouvelé Maire de la commune de St Thomas et Blay après le rattachement de Blay à St Thomas du 27 décembre 1794

- Jacques FONTAINE, "Maire" de la "municipalité provisoire de Blay" entre mars 1793 et décembre 1794 (se reporter au chapitre 15 sur la période 1792 - 1815), puis Officier municipal de la nouvelle commune de St Thomas et Blay à partir de décembre 1794

- Joseph GIROD après l'élection du 18 janvier 1795, probablement jusqu'en 1800.

3e04a0c7309627941bc3ad6ca894eb35.jpgLa Constitution napoléonienne de l’an VIII (février 1800) marque un tournant et affirme clairement la principe de la centralisation du pouvoir. Les Maires ne sont plus élus, mais nommés, soit par le gouvernement pour les communes de plus de 5000 habitants, soit par le Préfet (lui-même nommé par le gouvernement) pour les communes de taille plus petite.

Les Maires d’Esserts-Blay de la période sont :

1800 - 1804: Joseph BOCHET (Secrétaire: Charles FONTAINE, de Conflans)

1804: Jean BLANC (à partir du 6 octobre 1804, suite au décès de Joseph BOCHET)

1808 - 1809 : Jean BLANC

1809 – 1813 : Joseph TRAVERSIER

1813 – 1815 : Martin REY

Suite aux défaites de Napoléon (1814, puis 1815), la Savoie revient dans le giron du Royaume de Piémont Sardaigne. Le Roi décide un retour pur et simple aux institutions d’avant 1792.

Sur le plan communal, le Roi Victor Emmanuel rétablit, dès le 26 octobre 1814, l’organisation administratives des communes qui existait avant 1792. On revient à l’Edit du 15 septembre 1738, complété par les Lettres Patentes du 6 juin 1775. L’Edit de 1738 prévoit que les chefs de famille « les plus forts en cadastre et plus apparents du lieu » nomment le syndic et 6 – 4 ou 2 conseillers selon l’importance de la commune.

Le Syndic est nommé pour 1 an. Comme avant 1792, le vrai homme fort, c’est le Secrétaire, obligatoirement Notaire, nommé par l’Intendant (le Conseil lui propose 3 noms) , et qui peut exercer ses fonctions sur 6 communes au maximum. On notera que Etienne François Isidore REYMOND, notaire royal, domicilié à Conflans, est resté secrétaire de notre commune pendant au moins une vongtaine d'année, depuis au moins 1821 jusqu'en 1839 au moins.

L’Edit royal du 31 décembre 1815 vise à rehausser la position du Syndic (par rapport au Secrétaire), et aussi à en faire un instrument du pouvoir. Le Syndic est désormais nommé pour 2 ans, soit par l'Intendant (dans les communes de moins de 3000 habitants), soit par le Roi (dans les communes plus importantes). Le Syndic peut voir sa fonction prolongée au-delà des  2 ans, mais uniquement sur décision du Roi.

Les Edits de février 1819 et surtout du 20 mars 1826 marquent l’affirmation du pouvoir central sur la vie des communes : le Conseil communal perd toute compétence en matière budgétaire, le budget étant désormais fait par le Ministère de l’Intérieur. En contrepartie, le syndic est nommé pour 3 ans.

Les syndics de la période:

- Nicolas GUEILLAND est Syndic le 30 janvier 1821 (Secrétaire: Etienne François Isidore REYMOND, notaire royal)

- Joseph AVRILLIER, à feu Joseph, est nommé Syndic le le 30 janvier 1821, pour les années 1821 et 1822 (nomination par l'Intendant de la province, approuvé par le Ministre de l'Intérieur) (Secrétaire: toujours E.F.I. REYMOND). Il l'est jusqu'à fin 1824.

- Louis Martin FONTAINE TRANCHANT lui succède en 1825, pour 1825 et 1826 (Secrétaire: toujours E.F.I REYMOND)

- Jean Baptiste BOCHET, de St Thomas 1827 - 1828 - 1829 - 1830 (le Secrétaire est toujours le même)

- Joseph LASSIAZ est Syndic en 1831 et 1832 (toujours le même secrétaire)

- Thomas LASSIAZ est Syndic en 1833 - 1834 (il l'est encore fin janvier 1835). Le secrétaire reste Etienne REYMOND. Un secrétaire adjoint est installé en la personne de Joseph Marie Vincent REYMOND, géomètre à Conflans (délibération du conseil communal du 12 janvier 1834) - vérifier s'il est de la famille du secrétaire, Etienne REYMOND, puisque tous les deux sont de Conflans.

- Joseph AVRILLIER est syndic à partir de mars 1835 jusqu'en janvier 1837 (toujours le même secrétaire)

- Thomas LASSIAZ est Syndic à partir de février 1837 jusqu'à au moins avril 1839 (REYMOND toujours Secrétaire communal)

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1842 marque l’année de la grande réforme de l’administration communale. Les communes sont réparties en 3 classes selon leur nombre d’habitants :

-                     plus de 10 000 habitants

-                     de 3 000 à 10 000

-                     moins de 3 000 habitants.

Le Conseil se réunit au complet lors des réunions. Entre les réunions, un Conseil de créance, comportant 1/10ème des membres de Conseil, remplace le Conseil pour faire avancer les dossiers. Les habitants les plus imposés représentent obligatoirement les 3/5 des conseillers. Le reste des conseillers est pris parmi les professions dont on peut penser qu’elles permettent de vivre confortablement (maître d’école, pharmacien etc …). Enfin, les non propriétaires doivent représenter 1/20ème des conseillers.

Le Syndic est choisi par le Roi pour une durée de 5 ans, renouvelable. Les Vice Syndics sont nommés pour 1 an , par l’Intendant Général. Le Conseil communal vote le budget (donc les impôts communaux) et nomme les maîtres et maîtresses d’école, chapelains, médecins, chirurgiens, et sages-femmes.

Quelques infos sur les Syndics de cette période:

- Bernard PERONNIER est Syndic en mai 1841 (rapport sur les risques d'incendie)

- Martin REY (qui sera de nouveau Maire de 1866 à 1871) est Syndic en février 1852 (reconstruction du bac de St Thomas) et en février 1853 (cession du pont de la Coutellaz à la commune)

En 1860, la Savoie est rattachée à la France de l’Empereur Napoléon III, et adopte rapidement les institutions françaises.

Sur le plan des institutions locales, la Constitution française en cours (elle date de 1852) est très autoritaire et centralisatrice. Les conseillers municipaux sont certes élus au suffrage universel. Mais les maires sont nommés par le pouvoir central (le Chef de l’Etat pour les villes de plus de 3000 habitants, le Préfet pour les autres), et peuvent être choisis en dehors du Conseil Municipal.

Dans les années 1860, un mouvement de décentralisation s’amorce lentement. Les lois de 1866 et 1867 permettent aux Conseils Municipaux de statuer définitivement sur un grand nombre d’affaires.

Les Maires d’Esserts-Blay de la période sont :

1861 – 1866 : Alexandre LASSIAZ

1866 – 1871 : Martin REY (petit fils de Martin REY, Maire entre 1813 et 1815), François BOCHET Adjoint spécial pour St Thomas.

5bf8ce3e72d358027779f8083d11456a.jpgA la chute de l’Empire, la loi du 14 avril 1871 rétablit provisoirement l’élection, dans les communes de moins de 20 000 habitants, du Maire par le Conseil Municipal (il reste nommé pour les villes de plus de 20 000 habitants). A l’époque, la question fait débat parmi les gouvernants : un Maire élu, c’est le risque qu’il échappe à la tutelle de l’Etat.

La grande loi municipale date du 28 mars 1884. Le Maire est définitivement élu par le Conseil Municipal. Dans les villes, il est la tête de liste aux élections.

La fonction de Maire prend du temps et n’est toujours pas indemnisée. Elle est donc plutôt réservé à des personnes, d’une part instruite, d’autre part riche et ayant du temps.

Ce n’est qu’en 1992, par la loi du 3 février, qu’un véritable statut de l’élu est mis en place, avec par exemple l’obligation faite aux employeurs d’accepter les absences répétées de leurs salariés ayant des fonctions municipales, et l’instauration d’un système de retraite et de sécurité sociale pour les Maires à plein temps.

Aujourd’hui, le Conseil Municipal est élu au suffrage universel pour une durée de 6 ans. Dans les communes de moins de 3500 habitants, les conseillers sont élus au scrutin majoritaire. Au 1er tour, la majorité absolue est nécessaire, ainsi que le quart des électeurs inscrits. Au second tour, la majorité relative suffit. Les suffrages sont comptés individuellement (et non au niveau de la liste). La panachage est possible. Dans les communes de moins de 2500 habitants comme Esserts-Blay, les candidatures uniques ou les listes incomplètes sont possibles.

Le Maire et les Adjoints sont ensuite élus par la majorité du Conseil Municipal.

Les principales attributions du Maire sont les suivantes :

-          Il préside le Conseil Municipal et exécute les décisions de ce dernier, administre les propriétés de la commune, en gère les revenus, propose un budget, …

-          Il est officier d’état civil, et, à ce titre, célèbre les mariages

-          Il a compétence pour gérer, par arretés municipaux, les questions de circulation, de stationnement, de baignade, naivigation …

-          Il est Officier de Police Judiciaire (ses Adjoints le sont aussi) et peut s’en servir pour assurer, dans sa commune, le bon ordre, la tranquilité, la sécurité et la salubrité publique

-          Il est responsable de la police municipale et des gardes champetres

Le Maire exerce ses pouvoirs sous un double contrôle :

-          celui du Préfet est prépondérant jusqu’à la Vème République

-          celui du Conseil Municipal le devient sous la Vème République

Les Maires d’Esserts-Blay sous les IIIème, IVème et Vème Républiques :

1871 - 1880 : Sébastien BLANC (Marie LASSIAZ, Adjoint spécial de St Thomas)

1880 – 1892 : Jean GIROD

1892 – 1900 : Jean BLANC (Marie François LASSIAZ, Adjoint spécial pour la section de St Thomas)

1900 – 1908 : Jean-Marie BLANC

1908 – 1920 : Hippolyte MERCIER

1920 – 1925 : Alexandre MERCIER

1925 – 1935 : Joseph VARCIN

1935 – 1944 : Daniel DODET

1944 – 1954: Pierre Elie LASSIAZ

1954 – 1959: René BATTENDIER

1959 – 1983 : Fernand PERONNIER

1983 – 1985 : Yvette COLLOMBIER

1985 – 1989 : Henri LANU

1989 – 1995 : Jean-Louis MOREAU

1995 – 2001 : Chantal MERCIER

Depuis 2001 : James DENCHE

17.05.2008

la mappe sarde de 1730

C’est par les Lettres Patentes du 9 avril 1728 que le Roi de Piémont Sardaigne décida l’exécution du cadastre de Savoie. L’objectif principal de ce cadastre était de recenser avec précision les propriétés de chacun afin d’apprécier au mieux la capacité du duché à payer l’impôt, et en répartir la charge en fonction de critères objectifs basés sur la richesse potentielle des uns et des autres. L’exécution du cadastre fut placée sous la haute direction de l’Intendant Général du Duché, basé à Chambéry, qui nomma un surintendant du cadastre pour assurer la surveillance technique du chantier.

Sur le terrain, les travaux furent confiés à des délégués, qui dirigèrent eux-mêmes une ou plusieurs escouades de géomètres. Les postes de délégués ont été confiés à des hommes expérimentés, la plupart piémontais. Le délégué et son ou ses escouades (selon l’importance de la commune) étaient assistés, localement, d’indicateurs et d’estimateurs, dont la fonction était de donner tous renseignements nécessaires sur les noms des propriétaires et la qualité des terrains.

Dès qu’il arrivait dans une localité, le délégué publiait les ordres du Roi relatifs au cadastre et les expliquait aux habitants. Puis il invitait ces derniers à présenter des indicateurs et des estimateurs. Indicateurs et estimateurs prêtaient ensuite serment de loyauté. Puis les géomètres se mettaient au travail. Une fois la mappe terminée, le délégué la faisait afficher pendant 15 jours en l’accompagnant du registre des propriétaires et de leurs parcelles. Les intéressés étaient alors invités à faire part de leurs griefs et des erreurs à rectifier. Les géomètres étaient responsables pécuniairement de leurs travaux, ils faisaient donc très attention. De plus, les travaux étaient vérifiés et contrôlés plusieurs fois, par différentes instances de contrôle et de vérification.

Des travaux récents ont montré que l’échelle utilisée a été le 1/2400ème. Les unités de mesure sont les mesures du Piémont :

-          le pied = 3.167467 m2

-          la table =  12 pieds = 38.009599 m2

-          le journal = 100 tables = 3800.9599 m2

Les mesures faites sur le terrain ont ensuite été traduites en mesures de Savoie. Il fallut 10 ans pour, à quelques exceptions près (surtout dans le nord de la Haute Savoie), que les travaux soient terminés et validés. L’Edit qui mit en application les conclusions du cadastre pour la répartition de l’impôt, dit Edit de péréquation générale, a été signé le 15 septembre 1738. Il a fallu en gros 5 ans pour faire les plans, calculer les superficies et estimer le revenu des parcelles, et 5 ans pour examiner les requêtes des uns et des autres, notamment celles des classes privilégiées habituées à échapper à l’impôt.

Il a fallu ensuite faire vivre ce cadastre, qui est une photographie des propriétés à un instant précis. C’est le Conseil de la communauté et son Secrétaire qui sont chargés de conserver le cadastre, et surtout de consigner les mutations, à l’aide du Livre journalier et du Livre des transports.

On notera que les 2 communautés de Blay et St Thomas ont fait cadastre commun. L'intitulé de la mappe est d'ailleurs "territoire de St Thomas des Esserts", ce qui confirme que, au moins sur le plan temporel, St Thomas est le chef-lieu, et Blay n'est un quartier périphérique. Cet état de fait ne devait pas plaire aux habitants de Blay. Le 7 juin 1750, le Syndic et les Conseillers de Blay (le Syndic est Hipployte BOZON PERROUD, et les Conseillers Pierre REY GRANGE et Bernard PERONNIER) se réunissent chez le Secrétaire et demandant la séparation de Blay par rapport à St Thomas. Les arguments sont les suivants: les nombreux conflits entre Blay et St Thomas au sujet des communaux en montagne et des chemins, les désaccords au sujet de la milice quand le Seigneur Intendant exige sa levée, l'éloignement de Blay par rapport à St Thomas, et le fait que Blay est 2 fois plus étendu que St Thomas. Concernant la mappe, les communiers de Blay "s'offrent de faire refaire, à leurs frais, un autre cadastre, livre journalier et livre de transport, implorant à ces fins le Seigneur Intendant de la Province de Tarentaise pour obtenir de Sa Majesté la séparation d'avec St Thomas des Esserts, et former Blay pour une paroisse" (à l'époque, la distinction entre communauté et paroisse n'est pas vraiment faite).

Les principaux chemins et voies de communication:

Pour visualiser la mappe sarde, cliquez sur les liens ci-après:

Schéma synthétique: lieux-dits et chemins en 1730.jpg

La chapelle et le_Maz de Blay en 1730.jpg

Les_Cours en 1730.jpg

La_Poyat et_La_Fouettaz en 1730.jpg

Le chemin principal relie St Paul à Grignon par les hameaux du Mas (où se situe la chapelle de Blay, à l'emplacement de l'actuelle église), des Cours, de la Bruyère, puis de la Combaz. En arrivant à St Thomas, il se divise en deux: le chemin du bas par la plaine de St Thomas, et le chemin du haut  par Chaniay (le Chenet), les Bochets, la Ramaz et l'Eglise de St Thomas. Les 2 chemins se rejoignent au Pontet, lieu-dit situé dans la plaine en dessous de l'Eglise. Du Pontet le chemin continue vers Grignon par la forêt de Rhonne.

Au Mas de Blay, un chemin monte dans la montagne par le village des Perroud, Courbacière, la Provence (aujourd'hui, on dit la Province), le Laquais d'en bas et la Traversette. De la Traversette, on peut ensuite aller, soit dans les hauts de St Paul par le Condu (aujourd'hui l'Econdu), soit au Darbelay, soit en direction de la Duit.

Aux Cours, un chemin part sur le droite, traverse le Chard, puis descend dans la plaine au bord de l'Isère. Un autre monte sur la gauche au dessus des Pierres.

Situé un peu au dessus de l'axe St Paul - Blay - St Thomas - Grignon, le village de la Poyat est un carrefour important. De ce village partent plusieurs chemins: un 1er permet de descendre sur le chemin principal St Paul - Grignon par le Noiray et Cloutrier; un 2ème continue vers le village des Mercier et la Fouettaz et monte ensuite, en suivant en gros la direction de l'actuelle route du Darbelay, vers la Tuile, Plan Fay, Latié, Fontaine Froide et la Traversette; enfin 2 chemins montent directement au dessus de la Poyat et permettent d'atteindre le Trembloz (les Trembles), d'où on peut rejoindre la Duit et la Traversette.

Signalons qu'entre la Poyat et la Fouettaz, à hauteur du village des Mercier et de la Frasse, au bord du ruisseau, ont été construits 2 moulins et 1 pressoir d'huile (voir plus loin); juste à coté un chemin permet de rejoindre la Combaz par Neiple et le Boulié.

A St Thomas, les hameaux paraissent moins bien reliés entre eux. Nous avons évoqué le chemin du bas (par la plaine) et le chemin du haut (par la naz, les Bochets, la Ramaz et l'Eglise). Un chemin arrive de Grignon au Fay et continue vers le Cey. Un autre passe au niveau de Champ Bernard, du Charanger, et de la Roche. Un autre relie La Ville et la Croix, mais ne pas pas connecté aux autres. Enfin, un chemin est noté tout en haut, dans les alpages, entre le Mont et Freidier.

Eléments concernant les activités économiques et artisanales de Blay et St Thomas:

Il existe à l’époque une scie (scierie), appartenant à Joseph GLAISSAT BLANC et son frère, située vers les Roches (parcelle n° 3954)

Il y a peut être un projet de création d’une autre scie, à la Resse, sur un terrain appartenant à Noble Philibert Du Verger (parcelle n° 638 : il est noté « terre, soit placeage d’une scie »)

Trois moulins sont en activité :

. Celui de Jean Avrillier à feu Pierre, et à ses neveux, situé au Cruet (parcelle n° 1632)

. Celui de Noble Joseph François Manuel (de Locatel), situé au village des Merciers (parcelle n° 2327)

. Celui de Hippolyte Mercier, situé à coté du précédent (parcelle n° 2319)

On trouve trace de deux ruines de moulin (« masure autrefois moulin »), appartenant toutes deux à Noble Christophe Du Verger, l’un au Gaday (parcelle n° 4380), l’autre à la Villaz (parcelle n° 5739).

Il existe aussi un pressoir d’huile, à la Frasse, appartenant à Félix Mercier et à ses frères (parcelle n° 2331)

Et une dizaine de fours, dont :

. Cinq appartiennent à la communauté de Blay, à Blay (parcelle n° 2), à la Poix (n° 988), à la Combe (n° 2205), à la Fouettaz (n° 2410), et vers les Mercier (n° 2421)

. Celui du Chariondet (parcelle n° 4942) appartient à Claude Paillardet (important propriétaire à St Thomas, domicilié à Tours)

. Celui de la Perrière appartient à Antoine Rosat Guchilliand (il est noté comme « four en commun », parcelle n° 908)

. Celui du Perchet (Parchet) appartient à Philippe Santiquet à feu Antoine, il est situé à coté de sa maison (parcelle n° 851)

. Celui de la Poyat dessus appartient à la famille Mercier ( Jean-François et son frère, Antoine à feu Louis et son frère) (parcelle n° 1305)

 Enfin il y en a un, ou il y en a eu un, à Charangière (le Chanranger), (en tous cas, il est noté « pâturage et place de four »),  sur un terrain appartenant à Humbert Giraud à feu Pierre (parcelle n° 5207)

Chapelles: En dehors de l'église de St Thomas et de la chapelle de Blay (qui deviendra église en 1803), deux chapelles sont notées dans la tabelle des propriétaires, toutes deux dans le hameau de la Combe:

- Une appartient à Jacques FILLION, Notaire Royal; elle est située un peu au dessus du hameau (parcelle n° 2192), au lieu-dit "Rebriez", jusque à coté d'une grange appartenant à Jean Guillaume ROSSAT

- L'autre est la possession de ce même Jean Guillaume ROSSAT; elle est à la sortie du hameau, juste en contre-bas du chemin de St Thomas (parcelle n° 2177).

Les "fonds communaux pour l'usage commun", c'est à dire les biens appartenant aux deux communautés de Blay et de St Thomas:

Ils couvrent 467.7 ha, soit 1/3 de la superficie totale de Blay et St Thomas. La communauté de St Thomas est bien moins riche (ou bien plus pauvre) que celle de Blay: les biens communaux couvrent une superficie de 359,5 ha à Blay et 108.2 ha à St Thomas, soit un rapport de 3 à 1. La communauté de Blay possède 5 fours, celle de St Thomas un seul.

A Blay, les biens communaux sont principalement en montagne, où se trouvent les pâturages et les forêts, au Darbelay (248.6 ha), et au dessus des Trembles (40.5 ha). Ces 2 sites représentent 80 % de la superficie des communaux de Blay. Il existe d'autres parcelles communes, notamment 3 parcelles de bois et brouissailles, contigues, de 50.8 ha au total, juste au dessus du hameau de la Thiournaz, et plusieurs autres au bord de l'Isère, sous le Château.

A St Thomas, les biens communaux sont plus disséminés: 46.6 ha de forêts au sommet du village, au dessus de Freydier, 4.4 ha de rocs et broussailles au dessus du Charanger, 3.2 ha de forêts vers le Fay, 3.6 ha vers le Chatelard, 13.5 ha dans la combe de Chez Loup et 7.8 ha au bord de l'Isère, sous l'église + une parcelle de 19 ha que je n'ai pas localisée (n° 6038), certainement en limite avec la forêt de Rhônne.

Eléments sur les patronymes:

Nous avons recensé 379 propriétaires différents : Les patronymes les plus fréquents sont :

Avrillier : 40 propriétaires, plus de 1 propriétaire sur 10

Glaissat Blanc : 23 propriétaires, auxquels ont peut rattacher 2 Glaissat, 4 Glaissat Merlan ou Mellan, 2 Glaissat Pantillon ; on peut noter que seuls 2 propriétaires se nomment Blanc tout court, et le dénommé Blanchet. Au total, cela fait 34 propriétaires, soit 9 % du nombre total

On notera donc que, en 1730, un propriétaire sur cinq s’appelle Avrillier ou Glaissat Blanc.

Les autres principaux patronymes:

Les Fontaine, Fontanna ou Fontainaz sont au nombre de 22, aux quels on peut ajouter un Fontaine Tranchant.

Les Ferlay (« Freley » sur le cadastre) sont au nombre de 19 ; il faut peut être leur rattacher les 5 Savoiand/Savoiend .

Les Ravier ou Ravier Garon sont 18.

Les Fillion-Peyoud (« Fillion-Pejoux ») sont 17, auxquels on peut ajouter 2 Fillion et 1 Fillion Bantin.

Les Rey, Rey-Grange et Rey-Valley sont 16, comme les Teillier et Teillier Cathelin.

Les Velaz ou Vellat sont 12, Les Rossat Gueilland sont 11.

Les Mercier ne sont que 10, comme les Voisin.

Ensuite, on trouve 9 Peronnier (« Peyronier »), 9 Girod, et 8 Tetaz, Testaz, Tetta ou Tettaz.

Concernant les autres patronymes, que l’on retrouve plus tard parmi les patronymes d’Esserts-Blay, on trouve : 3 Allemoz, 5 Bochet, 1 seul Bozon Perroud, seulement 2 Bozon Sauge, 2 Cavagnet, 4 Colombier, 1 Cretet, 3 Fay, 2 Gaudichon, 4 Gontier, 6 Lassiaz (+ 1 Lachat), 4 Monardet (Morardet), 3 Muttet, 5 Nachon, 3 Perinet, 3 Rochaix, 5 Roche, 3 Traversier, 4 Valloz et 3 Varcin.

Quatre familles nobles ont des propriétés à Blay ou à St Thomas: (il y a des incohérences avec l’armorial de Foras).

D’abord les deux branches de la famille seigneuriale locale, les du Verger.

Philibert du Verger, seigneur de Blay, possède un peu plus de 22 ha de terres, principalement à Blay, aux alentours de la maison forte (7.1 ha), et, dans la plaine bordant l’Isère, au Vernay (14.6 ha). A St Thomas, il ne possède qu’une parcelle de 0.5 ha, au lieu-dit « cher Loup ».

Comme nous l’avons vu, la maison forte de Blay est en ruine. Les du Verger n’y résident plus depuis  au moins l'incendie qui a ravagé le bâtiment en 1609. Une grange, de taille relativement importante, existe à proximité de la maison forte.

Son frère François, ecclésiastique, dispose de 0.4 ha de bois et de vignes, à coté de la maison forte.

Du coté des du Verger de St Thomas, seul Christophe, chanoine et doyen de Tarentaise depuis 1720 (selon Foras), qualifié sur la mappe de « seigneur de St Thomas », est noté comme possédant des biens sur le territoire : les deux anciens moulins déjà évoqués à St Thomas, un au Gaday, un à la Ville. C’est étrange car le véritable seigneur de St Thomas à cette époque est Charles Philibert, brillant militaire, qui va obtenir le titre de baron de St Thomas en 1739.

Deux autres nobles ont également des biens à Blay ou à St Thomas.

Joseph François Manuel (de Locatel) a également plusieurs propriétés à St Thomas et à Blay, pour un total de 11,8 ha. Il a également 4 ha de terres en indivision avec Jean-François Mercier et ses frères. Joseph François Manuel est un personnage très important. Il a son domicile principal au Château de Costaroche (Château Manuel de Locatel), sous Conflans. Sa fortune est considérable, et la surface totale de ses propriétés terriennes se monte à 350 hectares environ.

Enfin, Constantin de Bongain, de Pallud, possède 4600 m2 de pâturage (parcelle n° 2687) au Condu (l’Econdut). Les De Bongain sont une vieille famille savoyarde, que l'on retrouve à Chambéry, à St Gervais en Faucigny et à Pallud.

On notera également que Claude Paillardet, à feu Claude, de Tours est un important propriétaire, notamment à St Thomas : 8,6 ha en propre + 8,4 ha en indivision avec Guillaume Rochaix + 0.95 ha avec Guillaume Rochaix et Thomasse Rochaix + une parcelle de 3,2 ha aux Douves en indivision avec des Lassiaz, Vernier, Rochaix, Traversier et Roche.

10.12.2007

La Savoie française 1792 - 1815

La période française, 1792 – 11815, est à la fois riche en évènements, tous bien connus, et relativement pauvre en documents concernant Esserts-Blay. On notera que même la date de la création officielle de la commune d’Esserts-Blay n’est pas connue avec précision.

J’ai décidé de présenter d’abord les principaux évènements, nationaux ou régionaux, à connaître pour comprendre la période, et ensuite ce que j’ai pu recueillir sur Blay et St Thomas, ou Esserts-Blay (c'est le chapître suivant).

Les principaux évènements de la période révolutionnaire et napoléonienne :

Le 22 septembre 1792, au lendemain de l’abolition de la Royauté en France, le Général Montesquiou, chef de l’Armée française du Midi, pénètre dans le Duché, accompagné de la Légion Allobroge, ce qui donne à cette invasion une apparence de guerre de libération. Il ne rencontre absolument aucune résistance, les 12 000 soldats piémontais s’enfuyant en grand désordre.

Les 29 et 30 septembre 1792, les troupes françaises arrivent à Conflans, puis s’installent à Moutiers. Moutiers va devenir un lieu de casernement important, puisque, au fil du temps, 1000 hommes y logeront.

Pour les élites agissantes savoyardes, la cause est entendue : la Savoie doit s’unir à la France. Mais, en France, la Convention est réticente. La question de l’annexion de la Savoie fait débat. En tous cas, il ne faut pas que l’annexion de la Savoie par la France apparaisse comme une conquête. Il est donc impératif que les Savoyards demandent en masse leur union à la France. C’est dans ce contexte qu’est organisée la consultation des communautés.

En Tarentaise, les communautés sont consultées le 14 octobre 1792 : dans chaque commune, tous les hommes de plus de 21 ans éliront 1 député et 2 suppléants. Les élus sont convoqués le 21 octobre à Chambéry. La jeune Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité prend les choses en main et mène campagne pour l’annexion. Elle envoie 27 commissaires dans les Provinces pour organiser les élections. On ne retrouve d’ailleurs aucune trace d’un parti indépendantiste.

La Tarentaise compte alors 62 communautés et 36800 habitants. Les 3 bourgades les plus importantes sont Moutiers, St Martin de Belleville et Bourg St Maurice, qui comptent presque 2000 habitants chacune. Les nobles sont peu nombreux (23 en 1703). L’antagonisme entre les paysans et les notables, rentiers, propriétaires etc. … est beaucoup plus important que celui entre noble et non nobles. Les ruraux enrichis ont racheté des droits et servis aux nobles et les exploitent sans faiblesse.

Les communaux (surtout forets et pâturages) représentent 70 % des terres en Tarentaise et attisent les convoitises des nouveaux enrichis et donc les conflits avec les communautés villageoises. Néanmoins, la Tarentaise n'a pas connu de réels troubles prérévolutionnaires.

Le 10 octobre 1792, la commune de Moutiers délibère la 1ère et se prononce pour l’intégration à la France.

Les commissaires de la Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité convoquent les secrétaires des autres communautés et les chargent d’organiser la consultation dans cheque communauté. Ce sont les AG traditionnelles des communiers (qui ne se réunissaient plus depuis la réforme communale de 1738) qui vont se réunir en assemblées primaires (les non communiers, c’est non propriétaires dans la commune, qui représentent en moyenne 40 %sont donc exclus de la consultation, ainsi, bien entendu que les femmes). Ces AG sont convoquées de façon tout à fait traditionnelle : le Secrétaire (ou l’homme de loi commis si le secrétaire n’est pas venu à la convocation de Moutiers) réunit le Conseil, l’informe de la situation, lui lit les textes officiels. Puis le Conseil affiche les textes sur les portes de l’Eglise, et convoque l’AG des communiers. Le Secrétaire de la communauté dirige l’AG. Il lit le manifeste des commissaires, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui y est annexée, et le procès-verbal de la délibération de la Société des Amis de la Liberté et de l’Egalité de Chambéry. Il invite ensuite les communiers à se prononcer sur le mode de gouvernement qu’ils souhaitent voir adopter, et à élire un député et 2 suppléants pour aller porter leurs veux à Chambéry le 21 octobre.

Le 21 octobre 1792, les 648 (ou 655 ?) députés se réunissent à Chambéry pour constituer l’Assemblée des Communes de Savoie, qui se proclame rapidement Assemblée Nationale Souveraine des Allobroges. Cette Assemblée prononce d’abord la déchéance du Roi et de sa postérité, l’abolition des privilèges, des droits féodaux, des dîmes et des gabelles, puis demande son rattachement à la France. Seules 3 communes se prononcent pour l’indépendance de la Savoie.

Le 27 novembre 1792, la Convention Nationale accepte, après réflexion, la réunion de la Savoie à la France (« la Savoie formera provisoirement un 84ème département, sous le nom de département du Mt Blanc »). Le département du Mt Blanc sera représenté par 10 députés. On notera d’ailleurs que la Savoie sera rattachée "définitivement" à la France par le Traité de Paris du 5 mai 1796, par lequel Victor Amédée III cède Nice et la Savoie à la France.

Le 14 décembre 1792, les 4 commissaires français chargés de l’administration du nouveau département du Mt Blanc arrivent en Savoie. Ils jouissent de pouvoirs quasi-illimités. Leurs 1ères décisions sont les suivantes :

Chambéry est le chef lieu du département (malgré l’âpre rivalité avec Annecy, à qui sera concédé, en contrepartie, l'Evéché du département)

La Savoie est divisée en 7 districts (proclamation du 29 janvier 1793) correspondant aux anciennes provinces : Chambéry – Annecy – Thonon – Carouge – Cluses – Moutiers – St Jean de Mne, 83 cantons (la notion de canton est nouvelle en Savoie), et 652 communes.

Le district de Moutiers, 49 315 habitants selon le dernier recensement de 1783, va de Conflans à la Haute Tarentaise et comprend aussi le Beaufortain. Les 10 chefs-lieux de canton sont : Moutiers – Conflans – Beaufort – Feissons sous Briançon – St Jean de Belleville – Bozel – Bellentre – Aime – Bourg St Maurice – Ste Foy. Les communautés deviennent des municipalités.

La question religieuse, pourtant sensible en Savoie, n’est pas abordée, du moins jusqu’au 8 février 1793. Durant l’automne 1792, les Savoyards se bercent d’illusions : la Savoie peut devenir française tout en bénéficiant, comme elle le souhaite, d’un statut particulier sur le plan religieux. Rappelons que les Savoyards ont été appelés à s’exprimer sur leur avenir (notamment le rattachement à la France) lors des Assemblées primaires d’octobre 1792, qui se sont tenues dans chaque commune. De nombreuses Assemblées ont émis une réserve importante : le maintien en l’état de la religion catholique (chose curieuse : aucune réserve de ce type dans les Assemblées de Tarentaise, de Maurienne, de Savoie et de carouge, signe probable qu’il y a eu trucage). En effet, les populations sont très attachées au catholicisme et au clergé séculier. L’autorité et le rayonnement des curés et vicaires de paroisse sont très importants. Mais ces réserves ont manifestement été cachées, à la fois pendant l’Assemblée Nationale des Allobroges et également quand les députés savoyards sont venus à Paris demander le rattachement à la France à la Convention. Donc la Convention a accepté le rattachement de la Savoie à la France sans que la question du particularisme religieux savoyard n’ait été évoquée officiellement.

D’autre part, jusqu’en janvier 1793, les révolutionnaires savoyards s’efforcent de rassurer le clergé et les campagnes : on ne touchera pas à la religion catholique.

Et enfin, le clergé savoyard reste étonnement passif devant les évènements de l’automne 1792. Pourtant, aucun prêtre savoyard ne peut ignorer ce qu’il s’est passé en France, surtout que les évêques et prêtres français réfractaires sont nombreux à s’être exilés temporairement en Savoie. L'Evêque de St Jean de Maurienne part pour Turin dès le 24 septembre. Mais l’Archevêque de Moutiers et l’Evêque de Chambéry restent en place et tentent de s’accommoder avec le nouveau pouvoir. L’Evêque de Chambéry prononce même un discours presque d’allégeance au nouveau pouvoir devant l’Assemblée des Allobroges. L’Archevêque de Moutiers, Mgr Joseph de Monfalcon du Cengle, est encore plus conciliant puisqu’il envoie une lettre (11 novembre 1792) à la Commission provisoire afin de montrer son parfait loyalisme. Une bonne partie du clergé, qui a pourtant pris de plein fouet le décret du 27 octobre sur les biens du Clergé, semble espérer que la Constitution civile du Clergé ne sera pas appliquée en Savoie.

Le 8 février 1793, les 4 Commissaires de la Convention signent une proclamation qui introduit dans le Département du Mont Blanc la Constitution civile du Clergé et l’obligation du serment (de "maintenir la liberté,  l’égalité et de mourir en les défendant")  des prêtres dans un délai de 8 jours (ces réformes ont été réalisées en France en 1790 et 1791). Les prêtres qui refusent le serment sont considérés comme démissionnaire et n’ont d’autre issue que l’exil ou la déportation (art 25 – 26 -27).

C’est la consternation et la fin des dernières illusions du clergé et des fidèles. Le mécontentement est énorme (alors qu’on peut penser que le décret du 8 février n’est que la suite logique des évènements de l’automne 1792). Quelque chose de profond s’est cassé entre la Révolution et les savoyards, surtout dans les campagnes.

Beaucoup de curés hésitent : prêter serment est un acte grave, mais s’exiler, c’est abandonner. Le concept de prêtre-citoyen plait à certains ; d’autres se disent que des opportunités vont se présenter en restant ; d’autres ont des contraintes personnelles qui les empêchent de partir. Plusieurs prêtres, parfois sur recommandation de leur supérieur, prêtent serment, mais avec des restrictions ; c’est en principe interdit, mais cela permet parfois de gagner du temps, voire même de piéger certains curés qui se retrouvent ainsi parmi les jureurs. Toujours est il que la protestation est énorme, dans les villes et dans les campagnes.

Cette protestation s’exprime lors des assemblées primaires du 11 février 1793, qui doivent choisir les électeurs qui éliront les 10 députés qui représenteront le Département à la Convention ; 7 des 10 députés élus ne sont pas soutenus par les commissaires. Les Commissaires de la Convention n’y voient que complot et manipulation, sans vouloir comprendre que la protestation touche vraiment au cœur des savoyards.

Même si c’est difficile de faire des statistiques, on estime entre ¼ et 1/3 des ecclésiastiques de Savoie jurent, avec ou sans restrictions. Si on compare avec les départements français voisins (il est vrai français depuis plus longtemps), la proportion de jureurs est faible ; elle se rapproche de celles des départements qui forment la France du refus (ex : Vendée). C’est à Chambéry et en Tarentaise qu’on jure le plus (60 % et même 70 % dans le clergé paroissial). Le diocèse d’Annecy est très majoritairement réfractaire (85 à 90 %), de même que la Maurienne.

En Tarentaise, contrairement à la Maurienne, la proportion de jureurs est importante, puisqu’on estime que 2/3 du clergé prête serment. En 1792 il y a 224 prêtres en exercice. 128 sur les 145 dont la trace a été retrouvée ont prêté serment, 57 des 66 curés et 33 vicaires sur 34. Sans doute de nombreux curés pensent ils que l’orage va passer ou que les Piémontais vont revenir; ainsi ne veulent ils pas abandonner leur paroisse. Il y a sans doute eu beaucoup de restrictions, au moins orales. Et l’attitude, perçue comme ambiguë, de l’Archevêque a certainement encourager des prêtres prêtent serment. D'autant le chanoine Jean Vincent Merme, qui a été professeur au Collège Royal pendant 42 ans, et a donc forme une centaine de prêtres, est favorable aux idées nouvelles ; on peut penser qu’il a entraîné de nombreux serments.

Face à la protestation, les Commissaires hésitent entre l’apaisement pour convaincre, et la répression. Ils se décident finalement pour la répression.

Le 1er mars 1793, l’Archevêque de Tarentaise émigre pour Turin. Il est l’un des derniers à partir, ayant cru pendant plusieurs mois qu’un arrangement avec le nouveau régime était possible. On notera que ce dernier donne avant de partir des instructions ambiguës : il exhorte les prêtres de son diocèse à refuser le serment, mais aussi à tenir ferme à leur poste tant qu’ils le pourraient.

Le 6 mars 1793 a lieu l’élection de l’Evêque du nouveau diocèse du Mt Blanc. François Thérèse PANISSET, curé de St Pierre d’Albigny, homme réputé droit et pieux, est élu avec 56% des suffrages exprimés, ce qui est correct, sans plus.

Les prêtres réfractaires s’exilent, le plus souvent à Turin ou dans le Piémont. Dans les régions massivement réfractaires (Genève et Maurienne), le refus de la messe faite par le clergé jureur (ou « intrus ») est immédiat.

Dans les régions « jureuses » (Chambéry, Belley et Tarentaise), les paroissiens, au moins dans les 1ères semaines, continuent à aller régulièrement à la messe. Mais, assez rapidement, la confiance n’est plus de mise. De plus, l’Eglise romaine donne l’ordre aux prêtes qui ont prêté serment de se rétracter faute de quoi leurs pouvoirs spirituels sont fortement diminués. C’est le cas de l’Archevêque de Moutiers, depuis son exil de Turin, le 28 avril 1793. Des prêtres se rétractent et doivent fuir ou se cacher.

Le service pastoral est en forte baisse, et deviendra inexistant à partir de l’arrivée du Représentant Albitte en février1794, qui, lui, veut déchristianiser complètement la Savoie.

Le 22 février 1793, la Convention décide la réquisition de 300 000 hommes. La Savoie se doit d’y participer. En principe, le principe du volontariat est conservé (c’est un honneur et un devoir de défendre la Patrie). Dans les faits, la désignation est imposée. Comme un peu partout en France, les réquisitions donnent des résultats assez corrects dans les villes, au moins dans les 1ers mois. Mais, dans les campagnes, on assiste à des mouvements de masse, soit de réfractaires (qui bénéficient du soutien de la population), soit de déserteurs (on s’en méfie un peu plus).

De juin 1793 à juillet 1794, c'est, en France, 1ère Terreur, avec le Comité de Salut Public, dirigé par Robespierre, chargé de faire triompher la Révolution à tout prix. En Savoie, cette terreur, réelle mais néanmoins moins violente que dans le reste de la France, est incarnée par Albitte, envoyé par la Convention comme Représentant dans le département du Mt Blanc du 28 février 1794 au 21août 1794. C’est un doctrinaire, pour qui la Raison est le véritable Etre suprême, mais qui ne va jusqu’à user de la guillotine. Pour lui, l’Eglise constitutionnelle est périmée, il faut déchristianiser complètement le département. Toute religion est pure invention, le seul culte qui compte, c’est celui de la raison.

Le Clergé constitutionnel se trouve décrédibilisé. Le culte catholique, même constitutionnel, cesse pratiquement. Albitte exige des prêtres un serment d’apostasie. Les prêtres (rappel : ceux qui restent encore ont prêté le serment Liberté – Egalité) fuient, ou sont emprisonnés, voire déportés. Les clochers des églises sont abattus, les églises sont dévastées. La messe est proscrite, la vie pastorale s’arrête brusquement.

Durant l’été 1793, les Sardes, aidées par l’Autriche, contre-attaquent, en Tarentaise, en Maurienne, et dans la vallée de l’Arve. Le Duc de Montferrat attaque la Tarentaise. Il est à Bourg St Maurice le 16 août, à Moutiers le 23, où il réinstalle l’Archevêque. Il pousse même jusqu’à La Roche - Cevins, où il installe son Quartier Général, mais ne va pas plus loin.

Dans un 1er temps, le Général français DUBOURG, à l’Hôpital, envisage de se replier. Le Général Kellerman lui ordonne de ne pas quitter Conflans sans avoir été attaqué, et vole à son secours.

Début septembre 1793, les 2 armées sont face à face à La Roche – Cevins : 17 000 Sardes contre 7 000 Français. Le 10 septembre, les Français passent à l’attaque, à la fois à Cevins et par les cols du Beaufortain (les Cormets) et de Maurienne (la Madeleine). Les Sardes se replient rapidement.

Le 2 octobre, le Général Kellerman entre à Moutiers. La Tarentaise est rapidement reprise par les Français, les Sardes se repliant sur les crêtes.

Le 27 juillet 1794 marque la chute de Robespierre. C’est la fin de la 1ère période de terreur. Un nouveau régime politique s’installe, le Directoire, qui va durer jusqu’à la prise du pouvoir de Napoléon (9 novembre 1799). La persécution religieuse reste forte jusqu’au début 1796. Ce régime s'appuie sur la Constitution du 22 août 1795 (5 fructidor an III). Elle est inspirée par le souci d’éviter le retour de la dictature, et est précédée d’une Déclaration des droits et des de