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28.04.2008
Les écoles primaires

Au XVIIIème siècle, comme partout en Europe, l'enseignement primaire ne fait pas partie des priorités des pouvoirs publics.Ces derniers s’en remettent aux bonnes volontés locales et aux hommes d’église. Les écoles primaires existantes ou qui se mettent en place ne sont, en général, ouvertes que pendant les 4 mois d’hiver (on parle des « petites écoles d’hiver »), et concernent principalement les garçons. Il est évident que l’enseignement est de qualité très variable, et le plus souvent médiocre. La situation des paroisses de montagne, plus riches et plus solidaires, est, en général, bien meilleure que celle des paroisses de plaine.
A St Thomas, l’ancien curé de la paroisse Rd Jean Baptiste MATHIEUX avait, le 6 avril 1767, rédigé son testament en désignant comme héritiers « les pauvres de la paroisse de St Thomas ».
20 ans plus tard, le 20 novembre 1788, une délibération de la communauté de St Thomas demande au seigneur avocat fiscal de la Province de Tarentaise, l'autorisation d'utiliser une partie des revenus légués le curé MATTIEUX aux pauvres de la paroisse, pour le paiement du salaire d'un maître d'école au profit de la paroisse. Cela représente 55 livres pour les 3 mois de l'hiver 1788-1789. L'école de St Thomas est d'abord ambulante (elle se déplace selon les possibilités d’accueil des familles de la paroisse), avant d'être construite en dur entre 1821 et 1829.
A Blay, c'est Pierre BOZON SAUGE qui donne l'impulsion décisive le 9 décembre 1789, en faisant un don de "600 livres du Piémont au titre d'une fondation perpétuelle et irrévocable d'une école". Il lègue également "la propriété d'une maison à Blay (semble-t-il à l'emplacement actuel de la maison de Marcel et Alice REY au Planet) consistant en une cuisine et un appartement en dessous, avec 10 pieds de terrain soit de la largeur de la maison à prendre au-dessus de sa treille au-dessus de ladite maison, avec tous les meubles et effets qui existent dans ladite maison (1 étagère avec son buffet en bois, 1 lit, 1 table)". Ledit quartier maintiendra en son état cette maison, l'appartement dessous pour tenir l'école et la cuisine pour le logement du maître". Il précise enfin que "la cense (le revenu) des capitaux légués sera annuellement appliquée pour l'honoraire du maître d'école".
Le notaire, JF FONTAINE, précise par écrit les objectifs que fixe Pierre BOZON SAUGE: "Faire enseigner à la jeunesse du quartier, pendant les 4 mois d'hiver et à commencer de la St André: la lecture, l'écriture, le chiffre, le chant, faire réciter un Pater et un Ave le matin et le soir avant de sortir à l'intention du fondateur, faire célébrer annuellement une messe basse au début de l'école, une autre à la fin et une vers la moitié en l'église paroissiale de St Paul, les écoliers et les maîtres y assisteront".
Ce même 9 décembre 1789, une délibération du syndic communal (de Blay) précise que la cense du capital donné par Pierre BOZON SAUGE pour le salaire du maître est insuffisante. Il est nécessaire d'y ajouter la somme de 41 livres et 10 sous dus annuellement par Hippolyte FILLION BONVIN pour cause de communaux. La délibération précise aussi que "la jeunesse de St Thomas profitera quand bon lui semble de ladite école" (!!).
D’autres Blaycherains suivent cet exemple, notamment Hippolyte FILLON-PEYOUD (une rente en 1792), puis, beaucoup plus tard, Sébastien PERRONIER (de feu Bernard) (un capital en 1814), Maxime Joseph AVRILLIER (une rente en 1819 quand il hérite de sa sœur Marie), Josephte REY, de feu Jean , épouse de Félix Collombier (1820), Michelle feu Félix, veuve de Sébastien PERONNIER (1822), Benoîte BERARD femme d’Hippolyte feu Joseph GLAISAT BLANC, les frères Jean Baptiste et Pierre de feu Bernard BOZON PERROUX et de défunte Claudine BOZON SAUGE (1833), , Joseph AVRILLIER feu Félix (1835-1839).
Peu après, à partir de l’automne 1792 et jusqu’en 1814, la Savoie est rattachée à la France, alors en pleine révolution. Nous manquons de sources pour savoir comment ont fonctionné les écoles de St Thomas et de Blay pendant cette période. Ce qui est certain, c’est que les temps deviennent difficiles pour nos écoles d’hiver. Certes, la Révolution, qui veut faite table rase du passé, prône un enseignement généralisé, pour les filles comme pour les garçons, assuré par des instituteurs formés et laïcs (et non plus par des prêtres). Depuis septembre 1791, l’école primaire publique est déclarée comme devant être gratuite. En octobre 1792, les maîtres d’écoles sont désormais des « instituteurs », fonctionnaires publics rétribués. En mai 1793 est affirmé le principe d’une école pour 400 habitants. Le 17 novembre 1794, l’enseignement est déclaré obligatoire. Il doit y avoir 1 école pour 1000 habitants. Les instituteurs sont nommés par le peuple et confirmé par le jury d’instruction (créé le 28 octobre 1793). Compte tenu des difficultés, dans les campagnes et en montagne, pour organiser concrètement le regroupement nécessaire pour atteindre les 1000 habitants (à une lieue à la ronde) préconisés pour la création d’une école, le Représentant de la Convention en Savoie décide d'autoriser la création de "demi-écoles" (une demi école pour 400 à 600 habitants). Mais les moyens ne suivent pas, et les principes généreux de la Révolution ne sont pas mis en pratique.
De plus, le départ de nombreux prêtres, suite à la mise en place de la constitution civile du clergé (février 1793 en Savoie), désorganise le fonctionnement des « petites écoles ». En novembre 1793, les communes de Savoie sont appelées à recenser les ressources et les fondations destinées aux écoles, afin que ces ressources soient « mieux utilisées », dans le cadre du plan d’instruction publique en cours de mise en place. On peut penser que de nombreuses municipalités dissimulent alors soigneusement l’état des fondations scolaires, afin de ne pas se les faire confisquer.
25 octobre 1795 : avec la Loi Daunou, le soufflé retombe : les instituteurs ne sont plus fonctionnaires et l’école n’est plus gratuite. Nous ne disposons d’aucune source de cette période concernant les deux écoles de St Thomas et de Blay. Continuent-elles à fonctionner, de façon plus ou moins clandestine ? Ont-elles stoppé leurs activités ?
En tous cas, en 1801, la commune des Esserts et Blay emploie 2 instituteurs pendant les 4 mois d'hiver (Conseil municipal du 5 février 1801 - 16 plûviôse an IX).
Puis, la situation s’améliore, très lentement, après le Concordat de 1801, qui ramène, en France, la paix religieuse.
En 1814 et 1815, après les défaites napoléoniennes, la Savoie revient, en deux temps, dans le giron du Roi de Piémont Sardaigne. La restauration sarde, globalement bien acceptée par la population, se traduit par le retour de l’ancien régime et la primauté réaffirmée du religieux. L’enseignement primaire n’est pas, au moins dans les 1ères années, la priorité du gouvernement de Turin. Comme avant 1792, il compte sur les initiatives locales et sur le clergé. Concernant ce dernier point, le principe est affirmé dès avril 1815 que l’enseignement primaire doit être confié à des prêtres, les instituteurs laïcs n’étant admis qu’à titre provisoire. Pour enseigner dans le primaire, il faut deux certificats de bonne moralité et de bonne religion, un signé par le syndic (maire) de la commune, l’autre par le curé. La mixité, pourtant largement répandue dans les communes rurales, est expressément interdite, mais il ne semble que cette mesure ait été réellement appliquée. Un document de 1821 précise que la commune d'Esserts-Blay compte 2 écoles, ouvertes les 3 mois d'hiver, une à Blay (en dur), l'autre à St Thomas (ambulante). 70 enfants sont scolarisés à Blay, 25 à St Thomas. Ils y apprennent la lecture, l'écriture, l'arithmétique et le plein chant.
A partir de 1823, le gouvernement sarde évoque, mais sans mettre réellement les moyens, plusieurs dispositions favorables à l’enseignement en général, et à l’enseignement primaire en particulier : le principe d’une école par commune, « quand c’est possible », est affirmé ; l’enseignement primaire est annoncé « gratuit », mais en fait à la charge des communes qui doivent prendre en charges les locaux, les meubles et le salaire de l’instituteur. Pour enseigner, il faut un certificat de moralité et de capacité établi par l’Evêque, obtenir une patente de capacité, et une approbation de la commune (valable 3 ans).
Une délibération communale du 9 novembre 1823 dresse l’état de l’enseignement primaire à Esserts-Blay. Il existe maintenant 3 écoles dans la commune. Toutes les trois sont ouvertes pendant les 3 mois d’hiver, et on y enseigne la lecture, l’arithmétique, et le catéchisme. Le nombre total des enfants fréquentant ces écoles est d’une centaine de chaque sexe.
L’école du village de Blay est financée par les fondations évoquées plus haut. Elle se tient dans la maison léguée par Pierre BOZON SAUGE (en principe, c’est la maison habitée actuellement par Alice et marcel REY au Planet). L’instituteur touche 90 livres par an.
Celle de St Thomas est financée à la fois par des fondations et par les cotisations des parents d’élèves. Elle est ambulante, ce qui signifie qu’elle tourne dans le village en fonction des pièces que peuvent mettre à disposition les parents. Le salaire de l’instituteur est de 50 ivres (et la table)
Une école a été créée, sans doute tout récemment, à La Poyat. Ce sont les familles qui paient le salaire de l’instituteur (30 livres et la table), et qui hébergent gratuitement la classe à tour de rôle.
L’école de St Thomas, jusqu’alors ambulante, est construite en dur, entre 1823 et 1829, au Chariondet, par les communiers, sur un terrain appartenant à Joseph BOCHET, dit l’oncle, et François GIROD. Elle va fonctionner à cet endroit jusqu’en 1986. Par acte du 21 août 1829, les propriétaires du terrain, "pour féconder la pieuse intention des fondateurs de la régence (de St Thomas) et favoriser cette pieuse institution, ont donné le terrain sur lequel est construite l'école récemment par les communiers, pour une superficie de 12 toises". L'école est très rudimentaire, elle est sur un seul niveau, elle n'a qu'une classe, qui fait 5.50 m sur 4.10 m.
Le 21 mars 1838, Thomasse, née MANSORD, fille de défunt Gaspard MANSORD, veuve de François GIROD, du village des Ferlays, lègue par testament la somme de 500 livres neuves (sous forme de rente perpétuelle), destinée à financer une fondation pour créer une école de filles à St Thomas. Les administrateurs de la fondation devront faire dire annuellement deux messes basses et une grande messe pour le repos de l'âme de la testatrice (la grande messe devra être dite le jour de la rentrée des classes). Ils affecteront ensuite le surplus de la rente au paiement du salaire de l'institutrice qui sera nommée par les administrateurs, "de concert avec le Révérend Curé".
Cette école de filles (ou plus probablement classe de filles) a été effectivement créée, puisque nous avons retrouvé aux Archives diocésaines de Moutiers 3 quittances de Mélanie RUFFIER, "institutrice des filles de la paroisse de St Thomas", qui atteste ainsi avoir reçu du Rd PERRIN, recteur de la paroisse, de l'argent au titre de son traitement d'institutrice, pour les années 1841 - 1842, 1842 - 1843, et 1843 - 1844. A cette époque, c'est encore le curé qui fait la pluie et le beau temps dans les écoles primaires.
Nous ne savons pas grand chose de l'école de La Poyat, si ce n'est que Joseph LASSIAZ, de feu Louis, a donné, le 27 juin 1833, 100 livres pour l'école des garçons de la Poyat (qui existe donc déjà) et 160 livres pour l'école de filles à créer.
Entre 1823 et 1829 est construite une école à la Fouettaz. Elle est construite ou installée sur la parcelle n° 2323 de la mappe sarde, appartenant à Jean Louis, Louis et Antoine MERCIER. Le 1er mars 1829, un acte établit la cession gratuite du bâtiment en question par les trois propriétaires au profit de l'école, afin d'assurer à cette dernière la légitime propriété du local qu'elle occupe déjà. Les trois cédants, ainsi que Louis Martin et Joseph FONTAINE TRANCHANT, Charles VOISIN, François et Martin MERCIER "acceptent également et s'obligent pour eux et les leurs aux frais de toutes réparations et entretien". Il s'agit d'une maison couverte en chaume, de 5.5 m de long sur 4.5 m de large. Il n'y a pas de logement pour le maître ou la maîtresse, mais la commune fait construire une séparation pour y installer un lit.
Même si cela heurte le clergé, l’école est le plus souvent mixte. Mais force est de constater que les filles vont moins à l'école que les garçons. Pour remédier à cette situation, le Curé de Blay, le Révérend Jean Michel MORAND, décide de créer une école de filles. Cette école est d’abord ambulante, et se tient dans diverses maisons louées aux frais du Curé (jusqu’en 1837). Notons que Jean GLAISAT BLANC (de feu Joseph) s'oblige par billet du 18 juin 1833 de payer annuellement et à perpétuité la rente annuelle de 5 livres applicable au salaire d'une maîtresse d'école pour l'instruction des jeunes filles.
En 1837, l'école de Blay est « dans un état de délabrement qui la rend inhabitable ». Il faut l’agrandir, d’une part pour pouvoir accueillir correctement tous les enfants qui la fréquentent, d’autre part pour « éviter la réunion des (enfants des) deux sexes, lors des entrées et sorties des écoles (toujours cette hantise de la mixité depuis la Restauration sarde). Le Conseil de la commune, par sa délibération du 11 juin 1837, décide donc de reconstruire et d’agrandir l’école du Planet (on dit alors : « quartier de la plaine de Blay »). Pour que la séparation entre garçons et filles soit nette, la maison sera divisée en deux appartements, sans communication entre eux, un au rez de chaussée (la classe des garçons, et, certainement, le logement de l’instituteur) avec entrée au levant, l’autre à l’étage (la classe des filles, et, probablement, le logement de l’institutrice) avec entrée au couchant. Trois grandes fenêtres sont prévues à chaque étage pour éclairer les classes.
La délibération du Conseil municipal du 11 juin 1837 nous apprend que "les habitants du quartier de la plaine de Blay se prêtent avec empressement et activité à cette reconstruction, tant en journées (de travail), fournitures de matériaux, que maçonnerie et autres". Si bien qu'en juin 1837, les murs sont déjà reconstruits. Il reste encore à couvrir la nouvelle bâtisse et faire les planchers. Pour cela, le Conseil municipal décide que le bois nécessaire aux travaux de charpente sera fourni gratuitement par la commune (il sera à couper dans la forêt du Darbelay), et que les pièces de bois seront martelées par le garde communal, et coupées par les corvéables du quartier. C'est Joseph Marie GIROD, "expert charpentier", qui a détaillé le besoin en bois du projet. Les travaux semblent avoir été faits en plusieurs temps, la toiture et les planchers supérieurs en 1837, la reconstruction des planchers du rez de chaussée en 1843.
Vers 1840, il existe donc 4 écoles dans la commune:
- Au chef lieu de Blay, au Planet, là où habitent actuellement Marcel et Alice REY: 1 classe de garçons et 1 classe de fille
- A St Thomas, juste au-dessus du Chariondet: 1 classe de garçons et 1 de filles
- A La Fouettaz: 1 classe mixte
- A La Poyat: 1 classe, certainement mixte, dont nous ne savons pas grand chose.
A partir des années 1835 – 1840, le gouvernement sarde s’occupe plus sérieusement de l’enseignement primaire. Parallèlement, le poids de la religion diminue. En 1839 sont affirmés les principes d’une école par commune, et de la gratuité de l’enseignement primaire (mais c’est la commune qui doit payer le local, les meubles, et le salaire de l’instituteur). En 1847 est institué le Secrétariat d’Etat pour l’Instruction Publique, qui chapeaute désormais tout l’enseignement public, quel que ce soit le niveau. Puis est créé, dans chaque chef-lieu de Province, le Conseil d’instruction élémentaire, qui traite de tout ce qui touche à l’enseignement primaire (création d’école, nomination d’instituteur …). En 1850 démarrent les premières « écoles de méthode » pour former les futurs maîtres, ainsi que, dans chaque ville, les inspecteurs des écoles primaires. Ce sont des marques tangibles de l’intérêt porté par le pouvoir sarde à l’enseignement primaire, et aussi du déclin du poids du clergé dans ce qui était jusqu’alors pour lui une chasse gardée. L’amélioration est sensible.
Selon la monographie villageoise de 1900, déjà citée, le nombre d’illettrés passe, à Esserts Blay :
- pour les hommes : de 96 % en 1789 (encore 90 % en 1800) à 43 % en 1840 et 20 % en 1860
- pour les femmes : de 98 % en 1789 (92 % en 1800) à 46 % en 1840 et 25 % en 1860
Signe du désappointement du clergé par rapport à l’évolution de l’enseignement primaire, le compte rendu de la visité pastorale de l’Evêque de Tarentaise à St Thomas en 1855 : après avoir vérifié, en questionnant plusieurs enfants présentés à lui pour la confirmation, la qualité de l'instruction religieuse donnée par le curé de la paroisse, l'Evêque lance une pique contre les maîtres et maîtresses des écoles: "Mais nous avons tout lieu de croire que les écoles pourraient être confiées à de meilleurs maîtres, celles des garçons surtout. Nous invitons Mrs les Administrateurs, qui en sont spécialement chargés, à viser dorénavant à faire des choix toujours meilleurs, et à ne confier les enfants qu'à des maîtres et maîtresses religieux et ..." Il est peu probable que cette critique s'adresse spécifiquement à St Thomas.
Le 11 février 1850, le Conseil municipal d'Esserts-Blay, dans le prolongement du regain d'interet des pouvoirs publics pour l'enseignement primaire, fait part de sa volonté de créer deux véritables écoles communales, une dans chacune des sections de Blay et de St Thomas: "Mr le Syndic expose que la commune composée de deux sections, celles de Blay et de St Thomas (...) est privée dans l'une et l'autre section, d'écoles communales, et que cette dispersion est la cause inévitable que les écoles, consistant pour chaque hameau en une ou deux chambres en mauvais état, sont loin de remplir kes consitions voulues. Il propose d'établir une école communale dans chacune et au centre des dites sections, aux quelles il sera facultatif aux écoles privées de se réunir."
Le Conseil décide alors l'école de Blay consistera en un bâtiment de 2 chambres, une pour les garçons et une pour les filles, au lieu-dit "Four Carquet", au centre de la section de Blay, sur la propriété de Hippolyte PERONNIER de feu Claude. Cella de St Thomas sera également faite de 2 chambres, une pour les garçonset une pour les filles, à l'emplacement de l'école existante, au "Champ Riondet" (Chariondet), sur le terrain déjà donné par Jean Baptiste BOCHET. La dépense sera puisée sur les fonds communaux, à concurrence des deux tiers pour Blay et d'un tiers pour St Thomas (budhet voté en 1851).
Le cahier des charges, le rôle de corvées et l'enchère pour l'adjudication des travaux sont organisés en 1852. Les travaux sont réceptionnés en novembre 1854. Pour l'école de Blay, le projet PERONNIER semble avoir été abandonné, puisque que la maison d'école est reconstruite là où elle était sur 2 étages, en pierre de taille, agrandie et recouverte d'ardoises. Voici la description qu'en fait l'inspecteur d'arrondissement en 1876: "une école de filles au rez de chaussée, composée de 2 pièces, l'une est la salle de classe (5.55 m de long sur 4.90 m de large, soit 1/2 m2 pour chaque élève), l'autre servant de logement pour l'institutrice (5.5 m de long sur 3 m de large). Une école de garçons au 1er étage, même division, mêmes mesures. Les entrées des deux écoles sont pratiquées dans la même façade au midi."
En 1860, la Savoie devient française. Pour les écoles primaires, le Recteur d’Académie s'occupe des études et des méthodes, le Préfet de la nomination des instituteurs, des ouvertures d'écoles, et des aspects financiers. Pour être instituteur en 1860, il faut avoir 21 ans et être titulaire d'un brevet de capacité, ou être bachelier, ou ministre d'un culte reconnu par l'Etat. L'instituteur est nommé par le Préfet. Son salaire est fixé par la loi. Toute commune a l'obligation d'entretenir (en partie à ses frais) au moins une école primaire. Les communes de plus de 500 habitants doivent entretenir une école pour les filles (seule une femme peut enseigner dans une école de filles).
Les 1ères visites des inspecteurs français en Savoie montrent que, certes, chaque commune (ou presque) a une ou plusieurs écoles, mais le niveau de l'instruction est relativement faible et les moyens limités. Le problème vient, d'une part de la faiblesse de trop nombreux maîtres, et d'autre part, du nombre encore trop élevé "d'écoles de hameau" ou "écoles d'hiver" (400 en Savoie en 1860, encore 330 en 1873). En effet, ces écoles de hameau, ouvertes seulement 4 mois dans l'année, souvent gratuites car subventionnées par les communes ou par des fondations, dirigées par des maîtres dévoués mais peu payés et peu compétents, font concurrence aux écoles communales installées dans les chef lieux, et font globalement baisser le niveau. L’objectif des pouvoirs publics est désormais de faire fermer ces écoles de hameau pour concentrer les moyens sur les écoles communales de chef lieu.
C'est ce qu'il va se passer à Esserts-Blay avec la construction du Groupe scolaire entre 1880 et 1883, et la fermeture, en parallèle, des écoles de la Poyat (vers 1867) et de la Fouettaz (au moment de la construction du Groupe scolaire de Blay).
Auparavant, le Conseil municipal (délibération de décembre 1861) a envisagé d'établir, à la Poyat, une école communale unique pour les 3 hameaux de la Fouettaz, la Poyat et la Combaz. Il a donc voulu acquérir un maison couverte en chaume, située au centre du hameau, pouvant accueillir une trentaine d'élèves (9.40 m de long sur 3.70 m de large). Le projet sera refusé par le Préfet, suite à l'avis défavorable donné par l'inspecteur d'arrondissement, qui préconise plutôt la construction d'une seule école communale plus proche de la Poyat.
Un document de la Préfecture de Savoie de 1864 fait état à Esserts-Blay, de:
- Une école communale, à Blay, avec une classe de garçons et une classe de filles
- Trois écoles de hameau: Une à St Thomas, avec une classe définitive de garçons et une classe provisoire de filles. Une école à la Fouettaz avec une classe définitive de garçons. Et une école à la Poyat, avec une classe provisoire de filles (ces deux dernières écoles vont fusionner en 1867).
Aux Archives diocésaines de Moutiers sont conservés 2 documents de 1868 qui nous renseignent sur la situation des petites écoles dans le village. Il s'agit des réponses faites par les curés de Blay et de St Thomas à une circulaire de l'Evêché du 3 février 1868. La réponse que curé Berlire (Blay) est datée du 19 mars 1868, celle du curé Collomb (St Thomas) n'est pas datée, mais on peut penser qu'elles datent toutes les 2 de la même époque.
Coté Blay, l'école du Planet (ex maison Pierre BOZON SAUGE et actuelle maison REY) compte une classe de garçons et une classe de filles. La classe de garçons compte en moyenne entre 35 et 40 élèves, celle de filles entre 40 et 50. L'école du chef-lieu est ouverte du 1er novembre au 18 avril. L'école est communale. L'instituteur est payé 400 francs, l'institutrice 300 francs.
L'école de la Poyat a fermé en 1867 (on verra plus loin qu'elle va rouvrir en 1908). Il s'agissait d'une école de fille, dirigée par une institutrice.
A la Fouettaz, l'école était une école de garçons jusqu'en 1867. Après la fermeture de l'école de filles de la Poyat, celle de la Fouettaz est devenue mixte. Elle n'accueille les enfants que jusqu'à 10 ans. "Passé cet âge, le local étant peu approprié pour une école mixte, les élèves iront au chef-lieu" (rapport du Conseil départemental de l'instruction publique approuvant le regoupement des deux écoles). Elle est ouverte du 1er décembre au 1er avril, et compte en moyenne 20 à 25 élèves. Le salaire du maître de la Fouettaz est de 150 francs.
Sur le plan du financement, les écoles de Blay et de la Fouettaz sont communales. Le traitement des maîtres est à la charge de la commune et aussi des parents, par la rétribution scolaire. Il existe également des Fondations dont les revenus bénéficient aux écoles (200 francs pour l'école du chef lieu, 60 francs pour celles de la Fouettaz, et de la Poyat jusqu'en 1867). C'est le Percepteur qui gère ces Fondations.
Du coté de St Thomas, l'école du Chariondet compte 2 classes, une de garçons et une de filles. Chaque classe compte environ 20 élèves, et fonctionne les 4 mois d'hiver. Le traitement du maître est de 100 francs, et la maîtresse gagne autant que le maître. Il existe une ou plusieurs Fondations (le montant total des capitaux fondés est de 1 264), gérés par le Percepteur (avant c'étaient les conseillers communaux qui s'en occupaient).
A Blay et à St Thomas, les curés qualifient de bonnes leurs relations avec les maîtres et les maîtresses. Le curé de Blay "fait ses visites dans les écoles comme il convient pour maintenir ses droits et remplir son devoir, et ses visites sont bien reçues." Celui de St Thomas "visite quelques fois les écoles". A partir de 1875, la IIIème République s'installe. Elle rend l'enseignement primaire obligatoire, gratuit, et laïc. L'instituteur devient un notable de village, qui, souvent, c'est le cas à Esserts-Blay en 1900, arrondit ses fins de mois avec la fonction de Secrétaire de Mairie.
La construction de la nouvelle école communale du Chef-lieu (1882 - 1885):
Les locaux de l'école de Blay (classes et logements) ne sont plus adaptés. L'inspecteur d'arrondissement l'a fait remarquer à plusieurs reprises (1861 - 1869 - 1870). L'inspecteur académique est également intervenu auprès de la Préfecture pour que la commune prenne ses dispositions pour agrandir et moderniser l'école.
En 1878, le Conseil Municipal décide l'emplacement de la future maison d'école. C'est l'emplacement actuel. Les terrains seront achetés le 4 juin 1882 à Martin MERCIER, Julien REY GRANGE et Désiré AVRILLIER (11 ares et 55 ca pour le prix de 1997.70 F). Un 1er devis chiffre le projet à 27 424.90 F. En 1880, une souscription en argent, en nature et en fourniture de matériaux est lancée. En juin, elle a permis de récolter 1120 F, 47 m3 de pierres, 43 m3 de sable et 224 journées de travail. La vente d'une coupe de bois et le projet de vente de la maison d'école du Planet permettent d'espérer récupérer 3712 F. Le 28 février 1881, le Ministre de l'Instruction accorde une subvention de 20 000 F, tout en réclamant quelques modifications. Un 2ème devis, de juin 1881, se monte à 36 174.82 F. Le Ministre de l'Instruction Publique accorde une rallonge de 10 000 F, et un prêt de 2 000 F est accordé par la Caisse des lycées, collèges et écoles primaires (qui dépend du Ministère de l'Intérieur). Finalement, la vente de la maison BOZON SAUGE rapport plus que prévu (5 350 F), ce qui ramène la subvention de l'Etat à 26 000 F. Les travaux démarrent en 1882 et durent 3 ans.
La réception définitive de la nouvelle maison d'école a lieu le 14 novembre 1885. C’est, en gros, le bâtiment actuel (réhabilité en 2002) avec :
- au RDC : 1 classe des garçons et une classe des filles (chacune fait 9 m X 7.8 m); l'entrée de chacune des classes se fait sur chacun des bords des bâtiments
- au 1er étage : 2 appartements pour les maîtres et maîtresses (cuisine + salon + 2 chambres pour chacun) On notera que, jusqu'en 1894, date à laquelle une fontaine est installée dans la cour de l'école, les enfants et les instituteurs doivent aller chercher l'eau au ruisseau à 300 m de là.
Les hameaux font néanmoins de la résistance:
La Fouettaz: le Conseil municipal d'Esserts-Blay, qui a besoin d'argent pour participer au financement de la nouvelle école communale (voir plus haut) décide de vendre à la fois l'ancienne maison d'école du Planet de Blay, et celle de la Fouettaz (délibération du 2 mars 1879). Mais les habitants du hameau de la Fouettaz ne l'entendent pas de cette oreille. Ils désapprouvent la fermeture de l'école, arguant de la distance, trop importante à leurs yeux, entre la Fouettaz et la nouvelle école. Ils contestent également que la commune soit propriétaire des murs de l'ex-école de la Fouettaz. Le Conseil municipal d'Esserts-Blay, dans sa délibération du 11 mai 1879, répond aux arguments des habitants de la Fouettaz et maintient sa position: la commune souhaite vendre, aux enchères, les ex-maisons d'école du Planet et de la Fouettaz.
Finalement, le Préfet, après avis du Comité consultatif de l'arrondissement d'Albertville, tout en reconnaissant l'impérieuse nécessité pour la commune de construire la nouvelle école, et donc de trouver des financements, donne raison aux habitants de la Fouettaz (décision du 12 mai 1882). Ces derniers, et non la commune, sont reconnus comme propriétaires présumés de la maison d'école de la Fouettaz. La commune ne pourra donc vendre que la maison du Planet. En 2008, il ne reste que quelques traces de la maison (parcelle n° 135 de l'actuel cadastre).
St Thomas: va conserver son école pendant encore un siècle. Vu d'un oeil extérieur, elle est , située au sommet du hameau du Chariondet, difficile d'accès. C'est pourtant un emplacement relativement central dans ce village de St Thomas composé de hameaux très dispersés. Un document de 1881 fait toujours état de deux classes, une définitive de garçons, et une provisoire de filles. Toutesfois, un extrait du registre d'appel, certifié par l'instituteur de St Thomas le 1er décembre 1883, montre que l'école est de nouveau mixte cette année. L'instituteur (ou institutrice) en 1900 est Mr (ou Mme) FECHOZ. L'électricité y est installée en 1926.
En 1954 (délibération du Conseil municipal du 11 janvier 1954), elle est partiellement refaite: acquisition d'une parcelle de terrain et construction du préau. Elle restera ouverte jusqu'en 1986, et sa fermeture entraînera la démission, du Conseil Municipal d'Esserts-Blay, des conseillers de la section de St Thomas.
La Poyat: l'école d'hiver, fermée en 1867, réouvre en 1908, dans la maison Tonolini, juste en dessous de celle occupée actuellement par Albert Traversier. Elle restera en activité jusqu'en 1921 (elle ferme administrativement en 1929).
Revenons à l'école du chef-lieu:
En 1900, l'école du chef-lieu d'Esserts-Blay compte une bonne centaine d'élèves, parfois 120 à 130 selon les années. Les instituteurs sont:
- Pierre Marius GUINNET, pour l'école de garçons du chef lieu (auteur d'une intéressante monographie d'Esserts-Blay ==> voir le chapitre "Esserts-Blay en 1900")
- Judith DEGLISE FAVRE, née LOMBARD, pour l'école de filles du chef lieu.
En 1920, les classes du Chef-lieu, jusqu'alors séparées garçons - filles, deviennent mixtes, même si, administrativement, il y a toujours une école de garçons et une école de filles.
En 1929 est créée une 3èmeclasse (décision du Ministère de l'Instruction Publique du 4 février 1929). Cette 3ème classe sera fermée en 1955, puis rouverte en 1958, puis fermée de nouveau en 1980.
En 1992 démarre le regroupement pédagogique entre Esserts-Blay, St Paul et Rognaix, toujours en vigueur. En 2000, le groupe scolaire d'Esserts-Blay est complètement rénové.
09:15 Publié dans 40 Les écoles primaires d'Esserts-Blay | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note






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