08.12.2007

La construction du chemin n° 66

La construction de la route départementale n° 66, qui relie la Bathie à Feissons, en passant par le chef-lieu d'Esserts-Blay, St Paul et Rognaix, date des 1ères années du rattachement de la Savoie à la France.

En 1860, la Savoie et la Haute Savoie sont très en retard en matière de routes et de chemins. L'Administration française fait un gros effort, à partir de 1862, pour améliorer les routes existantes et en créer de nouvelles. A l'époque, au moins 60 communes en Savoie sont enclavées, dont 15 en Tarentaise.  

On distingue alors les "routes impériales", comme la route impériale n° 90 qui passe à la Bathie et dessert la Tarentaise, les "chemins de grande communication", les "chemins de moyenne communication" (qui intéresse plusieurs communes) et les chemins vicinaux ordinaires (qui ne concernent que la commune).

Certainement peu après le rattachement à la France, est prise la décision de construire le "chemin de moyenne communication n° 66"pour relier les villages de Basse tarentaise de la rive gauche de l'Isère (Esserts-Blay, St Paul et Rognaix) à la Bathie et Feissons, 2 communes traversées par la route impériale n° 90 (la RN 90 d'avant la 2*2 voies).

En 1860, il existe déjà un pont en bois à la Coutellaz. Ce pont a été cédé à la commune d'Esserts-Blay en 1852 (voir chapitre sur les ponts du village). On ne sait par où passait à l'époque le chemin qui permettait d'aller de ce pont à Blay: peut être le chemin n° 66 a-t-il été construit sur un chemin pré-existant, peut être pas car les conditions géologiques sont difficiles dans ce secteur. De plus, en 1852, il n'existait pas de chemin carrossable entre le pont de la Coutellaz et la Bathie, ni, d'ailleurs entre ce pont et St Thomas. Le chemin  principal de la rive gauche de l'Isère ne passait pas par ici. En effet, pour aller de Blay à St Thomas (et continuer sur Grignon), le chemin normal passait plus haut, par le hameau de la Combe.

Aux Archives Départementales sont conservés plusieurs documents (rapports des Ponts et Chaussées, et délibérations des communes) qui nous donnent quelques informations sur la construction du chemin de moyenne communication n° 66 (qui deviendra chemin d'interêt commun puis route départementale, en gardant le même numéro).

La section entre la Bathie et la Thiournaz (à l'entrée du chef lieu de Blay, où a été construit le Groupe scolaire qui existe encore, probable intersection avec le chemin de St Thomas par la Combe, et le chemin de la Poyat et la Fouettaz) a été, semble-t-il, construite en 2 tranches:

- En 1867, de la Bathie au pont de la Coutellaz

- En 1869, entre le pont de la Coutellaz et la Thiournaz (les travaux de cette 2ème tranche ont fait l'objet d'un procès verbal de réception définitive envoyé à l'Agent Voyer en chef du Département de la Savoie le 22 juin 1869)

Je ne suis complètement certain de cette répartition car pour qualifier la 2ème tranche de travaux, réceptionnée en 1869, les rapports évoquent "les travaux de construction du chemin de moyenne communication n° 66, pour la partie comprise entre la section faite en 1867 et la maison du Sieur FILLION".

 Le rapport de l’Agent Voyer cantonal et de l’Agent Voyer d’arrondissement, daté du 26 octobre 1869 nous donne une idée de la situation à l'automne 1869 :

« Les travaux de terrassement et d’art du (chemin de moyenne communication) n° 66 sont terminés entre l’Isère et le hameau de la Tournaz. Les voitures circulent entre Esserts-Blay et la plaine, et, grâce à la nature graveleuse du sol, l’empierrement de cette partie de chemin peut encore être retardé.

Mais il n’en est pas de même dans la plaine pour la section comprise entre la route impériale n° 90 et l’Isère. Le sous-sol un peu marécageux rend cette partie de chemin presque impraticable pendant l’hiver, surtout depuis que l’entrepreneur des graviers d’entretien de la route n° 90 y passe pour ses approvisionnements.

J’ai en conséquence l’honneur de vous transmettre une soumission relative à l’empierrement de cette section et à la construction d’un aqueduc depuis longtemps réclamé par les propriétaires des terrains en amont, et qui est en effet nécessaire pour le dessèchement de ces terrains. »

En résumé, le chemin est carrossable entre le chef-lieu de Blay et la Bathie, mais pas empierré. De Blay au pont, cela a l'air d'aller (on verra plus plus loin que cela n'ira pas très longtemps car le terrain est très humide, ce qui va entrainer, ce n'est pas une surprise, une rapide dégradation du chemin). Par contre, du pont à la Bathie, c'est le bourbier pendant la mauvaise saison.

A la Thiournaz, le chemin de moyenne communication n° 66 rejoint celui, ancestral, qui relie St Thomas à Blay et St Paul. On peut penser qu'il est déjà carrossable.

Pour visualiser le chemin tel qu'il est dessiné sur le cadastre de 1876, cliquez ici Chemin n° 66.jpg

Le programme des travaux du Service vicinal pour 1884prévoit le parachèvement de l'élargissement et du redressement du chemin n° 66 entre la Thiournaz et le four Périnet (situé à la limite entre Esserts-Blay et St Paul, donc certainement au bord du Nant Bernard), et aussi la continuation de la digue en amont du pont d'Esserts-Blay sur le territoire d'Esserts-Blay. On notera qu'il est prévu, dans ces travaux, la reconstruction de l'oratoire détruit par le chemin, reconstruction promise par le Maire de la commune aux habitants du village des Carres (je ne sais pas où c'est). Ces travaux avaient été adjugés fin 1882 à l'entreprise LACROIX, d'Albertville. Cette entreprise n'est pas arrivée à faire face, et, après mise en demeure, ils ont été repris par l'entreprise BASSO Baptiste en novembre 1883 (c'est son oncle qui avait exécuté les travaux de 1867).

Comme on pouvait s'y attendre étant donné la difficulté et l'humidité qualité du terrain, la "montée de Blay" se dégrade rapidement, et il faut de nouveau faire des travaux de restauration et d'amélioration.

Rapport de l’Agence Voyer cantonal: « Le 6 mars 1885, le mur de soutènement à pierres sèches du chemin d’intérêt commun n° 66 en amont du pont d’Esserts-Blay, d’une hauteur de 8 mètres, s’est écroulé sur 10 mètres de longueur et menace encore de tomber sur 6 mètres. Nous nous sommes rendus sur les lieux le 7 mars et avons rétabli la circulation au moyen de pièces de bois avec platelage que nous avons louées au Sieur BLANC, scieur, pour le prix de 25 francs. Puis chiffrage de travaux de reconstruction à 1823 francs ». Les travaux de reconstruction sont confiés à l'entreprise BASSO Baptiste (soumission approuvée le 20 septembre 1885).

Nouveaux éboulements et nouveaux travaux en 1911. Rapport des Agents Voyers cantonal et d’arrondissement du 25 juillet 1911 : « Par suite de la mauvaise nature du terrain rencontré à droite du chemin (d’intérêt commun n°66), partie comprise entre le lacet au-dessus du pont d’Esserts-Blay sur l’Isère et le hameau de la Thiournaz, des éboulements successifs ont réduit la largeur de la chaussée d’au moins 1m30. Sur une longueur de 66 mètres, au droit de murs de soutènement de plus de 4 mètres, la largeur normale de la plate-forme est réduite de 5m à 3m70, ce qui rend la circulation dangereuse, surtout en hiver. Pour améliorer ce parcours, nous avons prévu la construction d’un mur de rive en maçonnerie ordinaire, avec drain à l’arrière, pour assurer l’écoulement des eaux, assez abondantes parfois, dans le talus éboulé ».

La dépense est chiffrée à 1500 francs. Pour le financement, les Agents Voyers proposent que le Département en paie la moitié, et les communes l’autre moitié « proportionnellement à leur degré d’intérêt au chemin d’intérêt commun n° 66 ». Cette répartition est la suivante: Cevins 9 %, Esserts-Blay 32 %, la Bathie 21 %, Rognaix 14 %, St Paul 24 %.

On notera que le Conseil Municipal de la Bathie du 27 août 1911, « après avoir délibéré, fait remarquer que la part fixée à la commune (157.50 francs) est très élevée par rapport aux services qu’elle en retire, et que seule la commune d’Esserts-Blay profitera des réparations à faire. Mais, espérant que pareilles conditions seront faites à la Bathie dans le cas où des réparations pourraient se présenter sur le chemin d’intérêt commun n°66, vote la somme de 157.50 francs … »

Le pont de la Coutellaz n'est pas non plus en bon état. Il fait même l'objet, en mars 1914, d'un arrêté d'interdiction préfectoral. Il ne sera reconstruit, en fer, qu'en 1927 (voir chapitre sur les ponts: "Traverser l'Isère: bacs et ponts").

 

 

 

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