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06.12.2007
Blay et St Thomas entre 1792 et 1815
- La création, entre fin 1794 et 1800, de la commune d’Esserts-Blay, par fusion de Blay et de St Thomas. On verra que cela n’a pas été un long fleuve tranquille.
- L’érection, en 1803, de Blay, jusqu’alors rattaché à St Paul, en paroisse de plein exercice. Depuis cette date, notre village compte 2 paroisses.
En septembre 1792, et depuis de nombreuses décennies, semble-t-il, Blay est rattaché religieusement à St Paul (Blay a sa chapelle, mais l’église paroissiale est à St Paul), alors que, sur le plan communal, Blay est un quartier de la commune de St Thomas des Esserts. Comme on dit à l’époque, Blay est rattaché à St Paul pour le spirituel et à St Thomas pour le temporel.
1. Blay fait le forcing pour être détaché de St Paul (religieux) et de St Thomas (commune): octobre 1792 - février 1793.
Le 14 octobre 1792, lors du vote des communautés de Tarentaise pour émettre un souhait sur l’avenir politique de la Savoie et pour élire les députés qui vont siéger à l’Assemblée des Allobroges, les habitants de Blay se constituent en communauté autonome, et forment ainsi la 63ème communauté de Tarentaise.
Blay (comme St Paul et 28 autres communes) donne un mandat illimité à son député, sans se prononcer sur l’avenir politique de la Savoie. La délibération de St Thomas des Esserts n’a pas été retrouvée. On notera que 18 communes se prononcent clairement pour la réunion à la France, 1 préfère une République indépendante, 6 donnent mandat à leur député, mais avec des réserves. Seule Cevins se déclare contre l’union à la France (ce sera la seule de tout le Duché).
La plupart des députés, souvent des hommes de loi, sont favorables à l’union à la France. Blay désigne le Notaire Joseph DEGLISE, St Paul Joseph Marie BAUDE, également Notaire.
Les habitants de Blay, sur leur lancée du vote du 14 octobre font le forcing pour être détachés, à la fois de St Paul pour le spirituel, et de St Thomas pour le temporel, et former à la fois une paroisse et une commune autonomes. Le 26 novembre 1792, 56 habitants mâles du quartier de Blay, représentant plus des 2/3 des habitants mâles du quartier se réunissent sur la place publique devant la chapelle, « paisiblement et sans armes ». Ils réclament de devenir une commune et une paroisse indépendantes. Leurs arguments sont les suivants :
- L’équité budgétaire : dépendant à la fois de St Paul (religieux) et de St Thomas (commune), ils paient des 2 cotés pour les fonctionnaires ecclésiastiques, les églises et les presbytères.
- La population : Blay compte déjà 460 habitants (beaucoup plus que St Thomas)
- La géographie et les conditions de route : Blay est à plus d’une lieue de chacune des communes de St Paul et de St Thomas. Et, en plus, « les chemins sont scabreux et très dangereux, principalement dans les temps de gel ».
- Les finances : « Blay, composé de 10 hameaux devant naturellement former une commune séparée, peut aisément acquérir par des dons patriotiques un logement et un jardin convenables à son fonctionnaire ecclésiastique ». En plus, la « caisse nationale des allobroges » va même faire des économies sur la différence de traitement entre le 2ème fonctionnaire ecclésiastique de St Paul (à supprimer) et celui de Blay (à créer).
Forts de ces considérations, les habitants de Blay « députent » le citoyen Louis TEILLIER, en lui conférant tous les pouvoirs nécessaires, afin de présenter la requête à la Commission provisoire d’administration des Allobroges. Enfin, Joseph GONTHIER et Hippolyte MUTTET, tous deux « natifs et habitants de St Paul », apposent comme témoins leur signature sur la pétition (apparemment, il n’y a pas de témoins de St Thomas, il est vrai que les chemins sont mauvais!).
La pétition est évoquée le 1er décembre 1792 par la Commission provisoire d’administration des Allobroges. Elle refusent de délibérer sur le fond de l’affaire, et demande aux pétitionnaires de « rapporter le sentiment des 2 communes de St Paul et St Thomas. »
Une délibération des citoyens de Blay, hélas non datée, mais qui se tient après le 26 novembre et certainement avant les élections municipales du 23 décembre, précise à nouveau que les gens de Blay « ne veulent plus former municipalité conjointe avec le quartier de St Thomas, et, qu’ainsi, ils ne veulent point concourir à l’élection de cette municipalité ». Bien entendu, ils ne s’opposent pas à ce que le quartier de St Thomas procède à l’élection séparée de sa municipalité, et invitent les Secrétaires provisoires des 2 quartiers à venir au chef-lieu de Blay « pour y procéder à l’élection de la municipalité particulière dudit quartier de Blay, séparément de celle de St Thomas ». A la fin du procès verbal apparaît la mention suivante : « Le Secrétaire provisoire de la commune de st Thomas et Blay, malgré l’invitation qui lui en a été faite, n’a cru devoir procéder à l’élection séparément d’une municipalité ».
Le 23 décembre 1792 ont lieu les élections afin d’élire les nouveaux « officiers municipaux ». A St Thomas, l’élection est organisée à l’église paroissiale. Joseph FERLAY, de feu Guillaume, est élu Président, et Thomas BOCHET Secrétaire. Ces derniers prêtent serment, devant l’assemblée des citoyens, « d’être fidèles à la nation, à la liberté, à l’égalité, et de mourir en les défendant ». Le serment est repris par tous les citoyens présents, « en levant la main et en répondant individuellement : je le jure ». Le procès verbal de l’élection ne fait aucune mention de la pétition des habitants de Blay, qui, manifestement, ne sont pas présents.
On vote beaucoup à cette époque. De nouvelles élections municipales doivent se tenir le 10 février 1793 (ou 22 janvier - date à vérifier). La Commission d’administration provisoire du Mt Blanc statue de nouveau (sans doute avant cette élection), et arrête que « provisoirement l’état actuel des choses sera conservé jusqu’à la nouvelle circonscription des communes ». Les habitants de Blay sont donc déboutés, et doivent concourir avec ceux de St Thomas.
2. Blay rattaché provisoirement à St Paul: mars 1793 - décembre 1794.
Au printemps 1793 (certainement en mars), certaines communes sont re-dessinées. Le quartier de Blay est alors rattaché à St Paul. Il subsiste néanmoins une incertitude car un document, conservé aux Archives départementales, précise que « la commune des Esserts et Blay a été réunie à celle de St Paul dès le mois de germinal an II (mars 1793) jusqu’à celui de nivôse an III (décembre 1794).
Il semble bien que ce soit uniquement le quartier de Blay qui a été rattaché à St Paul, puisque, à la même époque, les communes changent de nom : St Thomas des Esserts devient « les Esserts » (Conflans, chef-lieu de canton, devient "Roc Libre"). St Paul et Blay devient « Passage et Bellepente », (le chef lieu de canton, Feissons sous Briançon, devient "Charmilles"). Moutiers, chef lieu du District de Tarentaise s’appelle désormais Mont-Salins.
On notera que ce changement ne sera effectif que quelques mois du printemps et de l'été 1794, mois qui correspondent en gros à la présence d'Albitte en Savoie (de février à août 1794; Albitte est l'incarnation de la Terreur en Savoie). Albitte fait également à quelques redécoupages territoriaux. Il supprime notamment le canton de Feissons (Charmilles) et rattache "Passage et Bellepente" (St Paul et Blay) au canton de "Roc libre" (Conflans).
3. Le Curé de St Thomas accepte, au moins au début, la Constitution civile imposée au Clergé: février - mars 1793.
Le mois de février 1793 est marqué par la Constitution Civile imposée à l’ensemble du clergé savoyard (obligation de prêter serment et de jurer ….). On a vu que cette mesure a jeté la consternation dans les campagnes savoyardes. En Tarentaise, une part importante du clergé, peut être encouragé par les hésitations de l’Evêque et les positions de son entourage, prête serment. Le curé de St Thomas, Joseph Antoine BORNE, prête serment le 25 mars 1793, « après mûres réflexions », « considérant que le serment civique exigé par la loi n’est point conforme à la foi catholique, apostolique et romaine ». Le maire de St Thomas est alors François LASSIAZ, Joseph TRAVERSIER et Etienne GIROD sont officiers municipaux, le Procureur est Joseph BOCHET, et le Secrétaire greffier Joseph Antoine FONTAINE. Le même jour est dressé l’inventaire des biens du Curé BORNE.
Il reste à St Thomas jusqu'à l'automne 1793 (il consigne un acte de décès - en latin - le 10 novembre 1793), puis part en exil (à Turin semble-t-il), comme de nombreux prêtres. Il est de retour à St Thomas à l'automne 1796 (il consigne un acte de décès - en français - le 3 novembre 1796)
4. La création de la commune d'Esserts-Blay, entre fin 1794 et 1800.
La date de la création définitive de la commune d’Esserts-Blay n’est pas connue avec précision. Il est certain qu’elle s’est produite avant 1800, peut être à la fin de 1794 ou au début de 1795. Rappelons que Blay, jusqu'alors lié à St Thomas pour le temporel (commune), a été rattaché à St Paul entre mars 1793 et décembre 1794.
L'analyse ce qui reste des registres d'état-civil des archives communales de l'époque apporte des informations, même s'il manque presque tout des années 1792 - 1793 - 1794 pour Blay et St Thomas, et toute la période 1792 - 1800 pour St Paul.
Un acte de naissance du 23 décembre 1794 et plusieurs actes de décès de 1795 (jusqu'en janvier 1796) évoquent la "commune de Blais, district de Moutiers, département du Mont Blanc". Ces actes ne font donc pas référence à un éventuel rapprochement communal entre Blay et St Thomas. Un acte de décès de 1795 (pluviôse) fait référence à la "commune de St Thomas des Esserts, district de Moutiers, département du Mt Blanc", sans évoquer non plus une quelconque commune "d'Esserts-Blay". On dirait donc que, de fin 1794 à début 1796, Blay et St Thomas sont 2 communes différentes. Les actes de Blay n'évoquent pas non plus la subordination à St Paul (mais les registres de l'époque de St Paul ont disparu). Donc Blay semble être alors une commune indépendante, mais c'est loin d'être certain.
Les registres et actes sont ensuite plus exploitables à partir de 1796. Mais l'analyse ne se simplifie pas pour autant. En effet, les actes de la période 1796 - milieu de1797, sont regroupés dans des registres différents, selon qu'ils concernent Blay ou St Thomas.
On trouve par exemple un registre du 6 pluviôse an 4 (26 janvier 1796) qui évoque "la section de Blay, commune des Esserts, canton de Conflans, Département du Mt Blanc." Cela parait clair: Blay est rattaché à St Thomas. Mais ce registre contient des actes (27 avril 1796, ou 28 mai 1796 par exemple) qui font référence au "Conseil général de la commune de Blay".
On trouve un peu plus loin un autre registre du 1 pluviôse an 4 (21 janvier 1796) qui évoque "la commune des Esserts, Canton de Conflans, Département du Mt Blanc", et qui contient des actes concernant la "commune de St Thomas des Esserts" ou "des Esserts" (sans mention de Blay - les actes concernent effectivement des personnes de St Thomas).
On peut émettre l'hypothèse suivante: Officiellement, si on peut dire, Blay a pu être rattaché à St Thomas pour former la commune des Esserts (on verra plus loin que le nom de la commune ne s'est stabilisé que dans les années 1810) au début de 1796 ou à la fin de 1795. Mais, peut être que cette fusion n'a pas été acceptée localement (à moins que l'information ne soit pas arrivée jusqu'à nos 2 villages !). Ce qui expliquerait que nous ayons 2 registres, faits presque en même temps (janvier 1796), dont les intitulés (certainement dictés par l'autorité centrale) évoquent, l'un "la section de Blay, commune des Esserts" (contenant les actes de Blay), l'autre "la commune des Esserts" (contenant les actes de St Thomas). Par contre, les actes eux mêmes, contenus dans ces registres, sont rédigés par les "autochtones" qui semblent ne pas valider ce rapprochement, ce qui expliquerait que les actes de Blay évoquent "la commune de Blay" (sans faire mention du fait que, d'après le titre du registre, Blay n'est qu'une section de la commune des Esserts), et que les actes de St Thomas évoquent la seule "commune des Esserts".
La confusion dure encore au moins jusqu'au milieu de 1797. Ensuite, les choses ne se simplifient pas immédiatement, du moins d'après les registres d'état civil.
Des actes de juillet 1797, évoquent toujours le Conseil général de la commune de Blay. A partir de fin 1797, mais uniquement pour quelques mois, les actes sont portés sur des registres pré imprimés. Et là, on trouve 2 registres différents au sein de la commune des Esserts et Blay:
- les registres établis à St Thomas qui évoquent uniquement la commune de St Thomas des Esserts
- les registres établis à Blay qui évoquent la commune des Esserts et Blay.
On peut penser que les relations entre le chef lieu de St Thomas et le quartier de Blay ne sont pas simples. Surtout que plusieurs actes de 1798 évoquent encore la commune de Blay. On notera que les derniers actes qui évoquent la commune de Blay sans parler de St Thomas datent de septembre 1798. Par contre, du coté de St Thomas, des registres de septembre 1799 jusqu'à septembre 1800 évoquent toujours la commune "des Esserts", sans mention du quartier de Blay.
A partir d'octobre 1800, les registres associent systématiquement St Thomas et Blay. St Thomas, où se trouve l'église paroissiale, est clairement le chef-lieu, et Blay un quartier périphérique.
Le nom "Esserts-Blay" n'est pas encore complètement entré dans les moeurs. La commune s'appelle indifféremment:
- St Thomas des Esserts et Blais (1801) ou Blay (1804 -1805 - 1809 - 1810)
- Esserts et Blais (1802) ou Blay (1807 - 1810 - 1812 - 1813)
- St Thomas et Blay (1811 - 1814); le tampon en photo est sur un document de 1810
Entre 1810 (le Maire est Joseph TRAVERSIER, de St Thomas) et 1814 (Maire: Martin REY, de Blay),le rapport de force entre St Thomas et Blay se renverse. En 1810, St Thomas est encore le chef-lieu. En 1814, c'est Blay qui est devenu le chef-lieu. Deux documents conservés aux Archives départementales nous le montrent. Le 20 avril 1810, est dressée la liste des contribuables qui vont devoir rembourser l'adjoint au Maire des sommes qu'il a avancées pour "frais de la colonne mobile", suite aux poursuites engagées contre un conscrit réfractaire de la commune, dont les parents sont insolvables. L'acte se termine par "Fait à St Thomas le ...", puis est signé par le Maire, Joseph TRAVERSIER (un santhomarain). Le 20 octobre 1814, le Maire, Martin REY (de Blay), écrit à l'Intendant pour s'expliquer sur les mesures prises pour empêcher une épizootie animale de se propager (voir chapitre sur quelques "faits divers au XIXème siècle"). La lecture de cette lettre montre clairement que Blay est devenu le chef-lieu. Le renversement s'est peut être fait en 1813, lors du changement de Maire (à l'époque, le Maire est nommé par le Préfet dans les petites communes comme Esserts-Blay): Joseph TRAVERSIER, Maire jusqu'en 1813, était de St Thomas. Martin REY, Maire depuis, était de Blay. Deux autres facteurs expliquent également l'ascendant pris rapidement par Blay: la démographie (Blay est plus peuplé que St Thomas) et l'érection de Blay en paroisse autonome en 1803 (voir juste après).
5. La création de la paroisse de Blay: 4 août 1803.
Rappelons qu’en Savoie, les communautés villageoises sont, depuis toujours, très sourcilleuses en matière d’indépendance et de reconnaissance. Pour une communauté villageoise, le fait de devenir un chef lieu de paroisse est une marque importante de reconnaissance. On a vu que les habitants de Blay, ancien chef lieu de seigneurie, « ballotté » depuis des siècles entre St Paul et St Thomas, ont manifestement à cœur de se faire reconnaître en tant que communauté indépendante.
Pour cela, obtenir de l’Evêché que Blay soit érigé en paroisse est presque un aboutissement. Cet aboutissement, les gens de Blay y travaillent dès les années 1795 – 1796. A cette époque, la situation de l’Eglise est difficile. La Terreur des années 1793 et 1794 a fait fuir le clergé. A partir d’août 1794, les vicaires capitulaires des anciens diocèses de Savoie, la plupart exilés à Turin, décident d'envoyer dans nos régions des missionnaires en vue de (ré)animer la vie religieuse. Pour la Tarentaise, c’est André de Maistre (frère de Joseph et Xavier) qui dirige, depuis Turin, l’opération.
Ils sont 4 missionnaires à quitter Turin dans les derniers jours de novembre 1794 vers le Col de la Seigne, le Cormet de Roselend, le Beaufortain et la Basse Tarentaise. A leur tête, Antoine Martinet, 32 ans, futur Evêque de Tarentaise, originaire de Queige, ordonné prêtre en 1789, nommé ensuite vicaire à St Paul, puis appelé par l’Archevêque de Moutiers comme secrétaire particulier. En 1793, il refuse de prêter serment et accompagne l’Archevêque lorsque celui-ci quitte Moutiers en mars 1793. Après le décès de l’Archevêque en septembre 1793, il reste à Turin et devient secrétaire d’André De Maistre, qui était jusqu’en mars 1793 l’un des 3 vicaires généraux de l’Archevêché de Tarentaise.
Antoine MARTINET connaît bien la Basse Tarentaise, pour avoir été vicaire à St Paul. Il y séjourne, clandestinement, assez souvent. De là, il s'est rendu plusieurs fois Blay en 1795 et 1796, où les Blaycherains le supplient de leur accorder la séparation d’avec St Paul. Les arguments tournent autour de l’éloignement de Blay vis à vis de St Paul, et aussi vis à vis de St Thomas, et de la dangerosité des routes.
Au début, Antoine MARTINET, qui a d’autres priorités, botte en touche et demande aux habitants de Blay d’attendre que les choses se calment.
En mai 1797, il accepte certaines des revendications des habitants de Blay et leur accorde un prêtre-régent à résidence, sous réserve qu’on lui fournisse un logement convenable. Il enseignera aux jeunes et donnera les derniers secours aux malades. Mais ce prêtre restera à la disposition du curé de St Paul, qui reste le chef lieu de paroisse. Le régent nommé est R. Jos. Bérard.
La création de la commune d'Esserts-Blay, à peu près à cette époque, ne calme pas les ardeurs autonomistes des habitants.
Le 21 février 1803 (2 ventose an XI), le "Conseil Municipal du quartier de Blay" (?) charge ("députe") Hippolyte VALLOZ de convaincre l'Evêque de Chambéry et de Genève d'ériger Blay en paroisse autonome. On apprend dans ce document conservé aux Archives diocésaines de Moutiers que Blay bénéficie "depuis un an et quelques mois" d'un prêtre à résidence. On apprend aussi que l'hypothèse de rattacher le quartier de Blay à la paroisse de St Thomas est envisagée. Et cette hypothèse, les paroissiens de Blay n'en veulent pas. Ce qu'ils veulent, c'est être détachés de St Paul, et que Blay devienne paroisse de plein exercice.
Pour cela, ils rappellent à l'Evêque qu'ils sont "profondément pénétrés de l'amour de la religion catholique, apostholique et romaine", et rappellent les arguments qu'ils ont déjà développés: l'éloignement de Blay vis à vis de St Paul et de St thomas ("près de 2 heures de chemin"), et la dangerosité du chemin ("scabreux"), coupé de nombreux ruisseaux qui débordent lors de la fonte des neiges et des pluies, et parfois impratiquable en hiver. Et c'est précisément en hiver que les paroissiens doivent envoyer leurs enfants au catéchisme!! De plus, sur le plan financier, les habitants de Blay se sont déjà cotisés pour construire un cimetierre (qui a été béni en mars 1802 par l'Abbé du Verger de Blay), et ils assurent un revenu annuel de 400 livres à leur prêtre, outre les rétributions et casuels, le logement et tous les ornements necessaires au culte divin.
Il semble que l'Evêque ait ensuite "passer le bébé" au Préfet, ce qui nous vaut une nouvelle supplique des habitants de Blay, destinée cette fois au Préfet du Mont-Blanc. Les arguments sont encore plus concrets que dans la lettre à l'Evêque: "la difficulté et la longueur des chemins des chemins les (les paroissiens de Blay) privent de donner à leurs enfants l'instruction religieuse nécessaire, les femmes sont privées d'assister aux offices divins presque tout l'hiver". Ensuite "l'éloignement de ce quartier à l'église de St Paul occasionne ordinairement des maladies et très souvent la mort aux personnes qui portent les corps morts à la sépulture, malheur qui m'est arrivé que trop souvent et qui a autorisé le proverbe "que les morts tuent les vivants". Bien plus, la plupart des habitants meurent sans le secours de la religion à cause de l'éloignement des lieux et du mauvais état des routes pendant plus de la moitié de l'année." Enfin dernier argument, la démographie: Blay compte 90 feux, St Thomas à peine 35, et St Paul pas plus de 100.
Quelques mois plus tard, les habitants de Blay obtiennent gain de cause. Le 4 août 1803, l’Evêque de Chambéry, Monseigneur MERENVILLE, réorganise les paroisses de son diocèse et créé six nouvelles paroisses, dont Blay, qui est séparée de St Paul (les autres paroisses créées sont Versoye, Tessens, Fontaine le Puits, Grand Naves, et Arêches; en même temps, Mercury et Gilly sont fusionnées pour former Chevron).
La nouvelle paroisse de Blay est d'abord placée sous le double patronnage de St Sébastien et de St Fabien (ce dernier patronnage va disparaître dans des circonstances à déterminer).
La chapelle, devenue église, s'avère rapidement trop petite. De plus, elle est en mauvais état. Comme elle est située géographiquement aux confins de la paroisse, à la limité de la paroisse de St Paul, il est un moment envisagé de construire une nouvelle église ailleurs. Où ? Au "centre moral de la paroisse", nous dit un rapport du 31 mai 1872 du curé VALAZ à l'Evêque de Tarentaise.
Par manque de ressources (les travaux sont financés par une souscription auprès des paroissiens), elle est finallement aggrandie en lieu et place de la chapelle. Le bâtiment étant en mauvias état, seul un pan de mur de la chapelle sera conservé. La décision est prise en 1829, et les travaux sont réceptionnés en 1834. Elle est consacrée le 5 juillet 1834 par Monseigneur ROCHAIX).
Mais la nouvelle église ne fait que 125 - 130 m2, ce qui s'avère insuffisant pour une population de 700 habitants. En 1844 (le curé est alors le Rd BOGNIER), un projet d'aggrandissement est étudié. Un plan et des devis semblent avoir été étudiés. Mais le départ du curé BOGNIER a semble-t-il fait tomber le projet à l'eau.
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