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23.04.2007

La consigne du sel de 1561

La 1ère moitié du XVIème siècle marque une période difficile pour la Maison de Savoie. Le Duc Charles III n’arrive pas à choisir entre les deux hommes forts de l’Europe, son neveu, le Roi de France François Ier, et son cousin puis beau-frère, l’Empereur Charles-Quint. Si bien qu’il y perd la quasi-totalité de ses territoires, la Savoie se retrouvant occupée par la France de 1536 à 1559.

Son fils et héritier, Emmanuel Philibert, n’est pas fait du même bois. Il s’engage aux cotés de la Maison d’Autriche, et remporte, le 10 août 1557, une très importante victoire contre la France. Cela lui vaut, au Traité de Cateau-Cambrésis (25 avril 1559), de récupérer ses Etats.

Immédiatement, il entreprend de réorganiser complètement son Duché pour en faire un Etat moderne et centralisé, suivant l’exemple des grandes monarchies européennes (c’est notamment lui qui fixe, en 1563, la capitale du Duché à Turin).

Il s’attaque notamment au problème du budget de l’Etat, donc aux impôts. Jusqu’alors, les impôts étaient en quelque sorte votés à la demande du Duc, par les Etats Généraux, sous forme de don gratuit. Emmanuel Philibert veut mettre en place un système qui permette de faire rentrer de l’argent de façon plus régulière dans les caisses de l’Etat. A ce titre, il convoque les Etats Généraux en juillet 1560, pour faire voter, à la fois un don gratuit, et aussi un nouvel impôt indirect : la gabelle du sel. L’Edit du 3 novembre 1560 organise le monopole de la distribution du sel, c’est à dire l’obligation pour chaque foyer de ne s’approvisionner en sel que dans les greniers ducaux. Le prix du sac de 47 kg est fixé à 10 florins, 4 florins pour le prix de la marchandise, 6 florins pour l’impôt. L’Edit fixe également la consommation minimale par personne et par bête. Les misérables sont exempts de la taxe, les enfants de moins de 5 ans ne sont pas considérés comme des consommateurs.

Afin que tout cela fonctionne, il a donc fallu dénombrer précisément la population et le bétail « prenant sel ». Ce dénombrement a été réalisé en Savoie Propre, Maurienne et Tarentaise en 1561-1562. Le recensement dit de la gabelle du sel de 1561 énumère pour chaque feu les personnes qui y vivent : le chef de famille, l’épouse, les enfants (ceux de moins de 5 ans sont notés à part), les autres membres de la famille, et les personnes dont le chef de famille a l’administration. Les familles nobles et les membres du clergé son recensés, de même que les absents (émigrés le plus souvent). Le nombre de domestiques et leur qualité sont notés (mais pas leur nom). La mention « misérable » accompagne les feux susceptibles d’être exemptés (pas de bétail ni de biens fonciers). Pour chaque feu est donné le nombre d’animaux consommant du sel, avec distinction entre les animaux en propriété, en « ayverne », ou « estranges » : vaches, génisses (moges), veaux (mogeons), brebis (fées), chèvres, bœufs.

Pour ce qui concerne notre secteur, le recensement, fait les 15 et 16 mai 1561, regroupe les paroisses de St Paul et de St Thomas, Blay étant un quartier de la paroisse de St Paul.

Je n'ai pas travaillé sur le document original (que je n'aurais sans doute pas su déchiffrer), mais sur la transcription publiée en 1998 par l'Association des Amis du Patrimoine de Basse Tarentaise: "Le dénombrement de la Gabelle de Sel de 1561: St Paul - Blay - St Thomas des Esserts". Je ne suis pas certain du tout de ne pas avoir fait d'erreurs. J'ai par exemple des doutes sur le nombre de feux -un feu regroupe les personnes vivant sous un même toit; cela correspond souvent à une famille, parfois élargie - (j'ai considéré que chaque astérisque de la liste correspons à un feu), ou sur le nombre d'enfants de certaines familles (Jean François Claude Bartheleme masles, cela fait combien d'enfants?).

Pour accéder au fichier EXCEL du dénombrement de 1561, cliquez sur le lien suivant: Gabelle_du_sel_1561_- St Paul - Blay - St Thomas

On dénombre 1080 habitants à St Paul, Blay et St Thomas (+ 55 domestiques non dénommés), répartis en 210 feux, auxquels on peut ajouter les 2 prêtres et les 2 vicaires desservant les 2 paroisses. Soit, hors domestiques, 562 personnes de sexe masculin (51.75 %) et 522 de sexe féminin (48.25 %).

Les 2 seules famille nobles sont celles que nous connaissons:

- Jean DE RIDDES, seigneur de Blay, emploie 3 domestiques et est propriétaire de 14 vaches, 5 veaux ou genisses, 30 brebis, et 3 chèvres. C'est le plus gros propriétaire de cheptel recensé.

- François D'AVALLON, seigneur de St Paul, emploie également 3 domestiques, mais dispose d'un cheptel nettement moins important: 3 vaches, 3 génisses ou veaux, et 13 brebis.

32 familles ( 15 % d'entre elles) emploient des domestiques: 18 en ont 1, 6 en 2, 6 en ont 3 (dont les 2 familles nobles) et 2 en ont 4 (les familles de Viffrey FERLAY et de Pierre MEILLEUR).

Le dénombrement détaille, par feu, les animaux susceptibles de consommer du sel. Il distingue les animaux que la famille possède en propre, et ceux que la famille "tient à commande". Dans ce derniers cas, le paysan élève des bêtes qui appartienent à d'autres personnes plus fortunées. Au moment du contrat, presque toujours notarié, les 2 parties fixent conventionnellement la valeur du bétail apporté par le bailleur. A la fin du contrat, on procède à une nouvelle estimation du bétail (en y ajoutant les petits nés entre-temps), et le bailleur et le preneur se partagent moitié-moitié la "plus value" réalisée. Les bêtes en question sont notées soit comme "estranges" (étrangères), soit comme "ayvernes" (confiées pour la période hivernale).

Sous réserve d'erreurs, j'ai dénombré:

- 636 vaches, dont 430 en propriété (67.6 %)

- 408 veaux ou génisses (on dit alors mogeon et moge), dont 381 en propriété (93.4 %)

- 1779 brebis (on dit alors "fées"), dont 1292 en propriété (72.6 %)

- 1219 chèvres, dont 1072 en propriété (87.9 %)

- 7 boeufs (François DUCREST dit DURANDAL, Viffrey FERLEY, Antoine PAQUELET, Pierre MEILLEUR, Michel FERLEY)

- 3 pigeons (bonjour la consommation de sel des pigeons) (Antoine GIROD de la FUSTAZ)

Soit au total: 4052 bêtes, dont 3185 en propriété (78.6 %) . Comme ailleurs en Savoie, les porcs ne sont pas recensés (peut être ne consomment ils pas de sel).

124 familles (59 %) ont au moins 1 vache en propriété. 27 n'en ont qu'une seule (parmi ces dernières, 8 n'ont ni génisses, ni veaux), 26 en ont 2, 24 en ont 3, 17 en ont 4, 8 en ont 5. Seules 22 familles ont 6 vaches ou plus: 7 en ont 6, en ont 7, 4 en ont 8, 1 en a 9, 2 en ont 10, 1 en a 12 (Jacques FONTAINE) et 1 en a 14 (Jean DE RIDDES).

Les patronymes de 1561:

Les patronymes les plus fréquents (attention: les femmes mariées ou veuves sont dénommées sous le nom de leur mari, et les domestiques ne sont pas identifiés):

- GIROD: 14 feux (7 % des feux) et 71 personnes (7 % des habitants).

- BOSON / BOSON SAUGE: 13 feux (6 % des feux) et 64 personnes (6 % des habitants). On notera la présence d'une famille BOSON DE LA SAULGE. François et Antoine, fils de défunt Jean, habitent avec leur mère Michelette. Ils sont certainement les aieux des BOSON SAUGE qui habitent encore le village 450 ans plus tard.

- MORARD: 11 feux (5 % des feux) et 62 personnes (6 % des habitants)

- PERROD / PERRAUD: 9 feux et 51 personnes

- REY: 8 feux et 51 personnes

- FERLEY: 8 feux

- MICHEL / MICHALLE: 8 feux

- ROCHE: 8 feux

- COLLOMBIER: 7 feux

- GLAYSAT: 7 feux

- MATHIEU / LE MATHIEU: 7 feux

- MEILLEUR: 7 feux

Par rapport aux autres patronymes que nous retrouverons à Blay en 1730 (voir chapitre sur la mappe sarde de 1730) ou dans les recensements de 1814, 1839 et 1848, nous pouvons faire les commentaires suivants (attention: pour la Consigne du Sel de 1561, on ne peut pas différencier à coup sûr St Paul, Blay et St Thomas):

Les AVRILLIER (1er patronyme à Esserts-Blay en 1730 et 4ème en 1814) ne sont que 3 feux et 20 personnes en 1561 (le nom semble s'écrire ARVILLIER).

MERCIER, 1er patronyme à Esserts-Blay en 1814, n'est porté, en 1561, dans l'ensemble St Paul - Blay - St Thomas, que par 6 feux et personnes.

Il n'y a pas de BLANC (1er patronyme à Esserts-Blay en 1814), mais GLAYSAT est un des patronymes les plus répandus en 1561. Le rapprochement entre les 2 noms, GLAYSAT et BLANC a du intervenir au XVIIème siècle, puisque GLAISSAT BLANC est le 2ème nom le plus porté parmi les propriétaires de Blay et de St Thomas sur la mappe sarde de 1730.

Il n'y a pas non plus de LASSIAZ (3ème patronyme à Esserts-Blay en 1814) en 1561, ni de VELLAT (ou VELAT), ni de VALLOZ, ni de TEILLIER, ni de GUEILLAND (il y a 1 feu ROSSAT).

FERLEY, GIROD, ROCHE, PERROD, TESTAZ (TETAZ), COLLOMBIER, FONTAINE/FONTANNAZ, BOSON/BOSON SAUGE et REY, noms fréquents dans le village aux XIXème et XXème siècles, sont des patronymes déjà bien portés en 1561.

Il n'y a qu'un seul feu PERONNIER (13 personnes) en 1561 (48 personnes en 1848).

Il n'y a pas de RAVIER GARON, mais plusieurs famille RAVIER (pas de GARON). Le nom RAVIER GARON apparait au XVIIème siècle (voit chapitre sur les RAVIER GARON).

Plusieurs patronymes largement portés à Esserts-Blay aux XIXème et XXèmes siècles, sont presque absents en 1561: TRAVERSIER (1 feu), VARCIN (1 feu), VOISIN (1 feu), DENCHOZ (DENCHE - 2 feux en 1561 - les DENCHE sont arrivés au milieu du XIXème siècle à Esserts-Blay, mais étaient déjà bien présents à St Paul).

Au niveau des prénoms, les plus usuels sont à l'époque:

Féminin: Jeanne/Jeannette: 95 - Pernette (Pierrette): 77 - Françoise: 65 - Antoine (Antoinette): 54 - Claude: 45. Ces 5 prénoms sont portés par 336 personnes, soit les 2/3 des habitantes.

Les autres prénoms féminins notés sont: Jacquemette (23), Michelette (21), Aimée (18), George (14), Louise (12), Urbanne (11), Hippolytaz (8), Thomasse (8), Philippe (Philippine) (8), Benoite (7), Gonine (5), Mathea (4), Andréa (4), Anne (5), Nicolarde / Nicolette (3), Catherine (2), Bastianne (2), Berthe (2), Gabrielle (2), Guillaumette / Guillerme (2), Hugonete (2), Martine (1) Habraham (1), Charlotte (1), Angeline (1), Donade (1), Etiennette (1), Maurize (Mauricette) (1), Maxime (1), Mermete (1), Mye (1), Visfreyze (1). Le prénom Marie n'est notée qu'à 5 reprises. On peut penser qu'il est porté beaucoup plus fréquemment, mais en association avec un autre prénom.

Masculin: Jehan (Jean): 85 - Pierre: 84 - Antoine: 78 - François: 68 - Claude: 44. Ces 5 prénoms sont portés par 359 personnes, soit également les 2/3 des habitants.

Les autres prénoms masculins notés sont: Jacques (41), Philippe / Philibert (18), George (16), Michel (16), Benoit (14), Hippolyte (14), Louis (11), Nicolas (11), Guillaume (7), André (5), Bartholomé (5), Anserme / Ansermoz (4), Aimé / Aymoz (3), Hugues (3), Humbert (3), Bernard (2), Martin (2), Urbain / Urban (2), Viffrey (2)Balthazar (1), Catherin (1), Gaspard (1), Henri (1), Laurent (1), Maurice (1),

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