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11.08.2008
Les Sapeurs pompiers
L’incendie est, depuis toujours, un des risques les plus redoutés, à la fois en ville, et dans nos villages. Les 1ères mesures d’organisation contre le risque d’incendie datent de l’Ancien Régime. Les 1ères pompes, d’abord à mains, puis à bras, ont été mises au point dans les années 1650.
En France, le 1er texte relatif à la lutte contre l’incendie est la loi du 16-24 août 1790 (nous sommes alors en pleine Révolution, même si la Royauté n’est pas encore abolie), qui confie à l’autorité municipale « le soin de prévenir par des précautions convenables et celui de faire cesser par la distribution des secours nécessaires les accidents et fléaux calamiteux tels que les incendies … ».
Malgré la bonne volonté affichée, cette loi n’est pas suivie de mesures concrètes. En décembre 1804, le gouvernement fait part, par une circulaire aux Préfets, de son inquiétude face aux désastres causés par les incendies.
Après 1815, l’histoire des Sapeurs Pompiers se complique jusqu’en 1875. D’abord, la Savoie revient dans le giron du royaume de Piémont Sardaigne jusqu’en 1860. Ensuite, en France, la plupart des Corps de pompiers sont intégrés dans les différents Corps de la Garde Nationale, sorte de milice bourgeoise mise en place d’abord à Paris, puis un peu partout dans les 1ers mois de la révolution de 1789 pour maintenir l’ordre. Mais cette Garde Nationale, à la fois populaire et armée, fait peur au pouvoir, si bien que Napoléon III la cantonne dans des rôles subalternes. Son implication dans la Commune de Paris entraine sa disolution le 14 mars 1872.
Concernant Esserts-Blay, nous avons retrouvé aux Archives départementales un projet de règlement contre les incendies adopté à l'unanimité du conseil communal le 22 février 1837 (le syndic est Thomas LASSIAZ). Les motivations sont claires: "Considérant qu'il n'est que trop prouvé par l'expérience que les fréquents incendies qui (nous) affligent, doivent particulièrement leur cause à l'insouciance des chefs de famille ..." Les préconisations ont pour but d'obliger les habitants à prendre des précautions en vue d'éviter ce fléau que constituent les incendies, avec amende à la clé en cas de non respect: obligation de faire ramoner les cheminées 4 fois par an, de les surélever de 4 pieds au dessus du toit si ce dernier est en chaume, 3 pieds s'il est en ardoises ou en dalles, pas d'entreposement de bois ou autres combustibles dans les galetas et galeries, et autour des maisons à moins de 15 pies de ces dernières, interdiction d'aller chercher du feu ou d'aller dans les granges, écuries, galetas, autrement qu'avec une lanterne bien fermée, ou d'y envoyer un enfant de moins de 10 ans. Il est interdit de tenir les lits dans les chambres à cheminée à moins de 8 pieds du foyer, et d'entourer les lits de meubles qui gênent le balayage, ainsi que d'entreposer du linge autour ou aux environs des lits. Il est désormais interdit de construire une nouvelle batisse à moins de 15 pieds d'une ancienne, sauf à prendre des précautions de constrcution contre le feu, ou d'installer un magasin à charbon à moins de 30 mètres des maisons, granges et autres habitations (il faut également attendre 3 jours francs après que la charbonnière aura été éteinte, avant d'y transporter des charbons). Il est également interdit de dériver les eaux de source et de ruisseau (et autres), ainsi que de faire des feux de joie à moins de 50 toises des bâtiments.
Pour faire respecter ce règlement, un membre du Conseil visitera le village 4 fois par an (début février, septembre, novemebre et décembre). Il sera accompagné d'un maçon.
Quatre années plus tard, le du 12 mai 1841 , la Commission Spéciale mise en place, au niveau de la commune, pour "écarter les dangers des incendies" rend son rapport. L'article 31 des Lettre Patentes du 11 août 1840 a rendu obligatoire la création de cette commission dans chaque commune. A Esserts-Blay, en 1841, elle est présidée par le Syndic, Bernard PERONNIER et comprend 3 autres membres, Joseph François BLANC, Charles BOCHET et Joseph Innocent PERONNIER. Ces 4 personnes ont visité, les 7 et 8 mai 1841, tous les édifices et maisons des 2 sections du village, puis, avoir avoir comparé leurs notes, ont dressé un recensement exhaustif de "toutes les maisons, fours et cheminées qui ont besoin de réparations". Il est ensuite précisé que "tous les autres édifices de même nature non compris au dépouillement qui suit, (n'exigent) pas actuellement ni prochainement des réparations".
Suivent 56 préconisations détaillées, hameau par hameau, habitation par habitation, édifice par édifice. La quasi totalité des préconisations concernent des cheminées à réparer (boucher les lézardes par exemple), à reconsruire, ou à rehausser. On peut noter qu'au hameau de Chaynay, à St Thomas, chez la veuve de Thomas FERLAY, il faut "enlever les fourrages autour de la cheminée". A la Fouettaz, chez Joseph MERCIER (de feu Joseph), il est impératif "d'interdire le feu à sa cheminée, ainsi qu'à ses consorts les héritiers de Claudine MERCIER". On apprend également que le four du village du Mas doit être détruit car il n'est pas à la distance requise par la loi des maisons de Pierre VELLAT et de Marie PERONNIER.
En 1860, la Savoie (re)devient française.
Le 25 juillet 1869, le Conseil municipal d'Esserts-Blay approuve l'achat, à Mr FAUDRAIN, fabricant de pompes à incendie à Albertville, de "3 petites pompes à incendie munies de leurs accessoires et 60 paniers en toile", pour le prix total de 1 296 francs. La commune avait prévu un budget de 1 200 francs. Ne disposant pas de ressources complémentaires, elle sollicite une subvention de 96 francs du Département pour couvrir le déficit.
Le régime de Napoléon III s’écroule en 1870.
La grande loi sur les Sapeurs pompiers date du 29 décembre 1875. Elle créé un statut unique du pompier (il y avait jusqu’alors des pompiers municipaux et des gardes nationaux). Leur ministère de tutelle est le Ministère de l’Intérieur (le débat sur leur éventuel rattachement à l’armée est donc clos).
Il est probable qu’un Corps de Sapeurs pompiers existait à Esserts-Blay au milieu du XIXème (la commune acheté, comme on l'a vu, 3 pompes en 1869), mais je n’en ai pas encore trouvé la trace. Il a certainement subi les vicissitudes liées à la dissolution de la Garde Nationale (voir plus haut).
En tous cas, le 19 août 1883, est mis en place le Corps de Sapeurs pompiers d’Esserts-Blay, suite à la délibération du Conseil municipal du ( ?) 1883, et dans le cadre du Décret du 29 décembre 1875 (cité plus haut – c’est le Décret qui (ré)organise les Corps de Sapeurs pompiers en France).
Ce qui nous fait penser que quelque chose existait ou avait existé, c’est que le Capitaine désigné en août 1883, Julien RAVIER GARON, démissionne peu après car atteint par la limite d’âge (50 ans). Il est donc fort probable que Julien RAVIER GARON était ou avait été auparavant le patron des Sapeurs pompiers du village.
L’engagement dans le Corps des Sapeurs pompiers se fait pour 5 ans. La limite d’âge est alors de 50 ans. Le Corps est dirigé par un Capitaine, nommé par Décret du Président de la République.
Les 1ers Capitaines sont :
- Julien RAVIER-GARON (1883 – 1883)
- Désiré AVRILLIER pour 2 mandats : 1884 – 1889 et 1889 – 1894
- Hippolyte RAVIER-GARON, fils de Julien, pour 2 mandats : 1895 – 1900 et 1900 – 1905
La Compagnie est composée de 2 sections principales :
- Celle du Chef-lieu, commandée par un Sous-Lieutenant
- Celle de St Thomas, commandée par un Lieutenant, qui est donc le n° 2 de la Compagnie
Le compte rendu du Conseil d’Administration du 1er novembre 1897 nous apprend qu’il a 2 sous-sections qui dépendent du Chef-lieu, celle de la Fouettaz et celle de la Combaz.
Le 28 novembre 1895 est approuvé, par la Préfecture de Chambéry, le Règlement de la Compagnie des Sapeurs pompiers d'Esserts-Blay. Il se compose de 65 articles (dont certains sont rayés) et est signé par le Maire de la commune, Mr BLANC, et le Capitaine Commandant de la Compagnie, Hippolyte RAVIER-GARON.
Pour lire le réglement de 1895, cliquez ici_-_Reglement_de_1895.doc
La Compagnie se compose de 51 membres, et est commandée par un Capitaine, un Lieutenant (qui dirige la section de St Thomas) et un Sous-Lieutenant (qui dirige celle du Chef-lieu).
Elle compte 6 sergents (dont un sergent major et un sergent fourrier chargé de l’équipement), 8 caporaux, un tambour ou clairon (pour donner l’alerte), et 33 sapeurs pompiers.
La décision d’admettre un nouveau membre est prise par le Conseil d’Administration de la Compagnie, présidé par le Capitaine, et composé d’un sergent et de deux sapeurs élus par leurs pairs..
Pour prétendre être sapeur pompier, il faut avoir entre 21 et 50 ans et jouir d’une bonne moralité. L’article 3 précise qu’il convient de choisir principalement parmi ceux qui exercent dans les métiers du bâtiment (c’est une préoccupation constante au XIXème siècle).
Les officiers (Capitaine, Lieutenant, Sous-Lieutenant) sont nommés « par l’autorité compétente » (Décret du Président de la République à la fin du XIXème).
Les autres gradés sont nommés par le Capitaine, après avis des officiers et du Conseil d’Administration.
Les pompiers sont équipés par la commune : une blouse bleu foncé, une casquette ou képi en drap bleu et ceinturon. L’entretien de cet équipement est à la charge de la commune.
Les devoirs du sapeur pompier sont précisés à l’article 17 :
- prévenir et éteindre les incendies, à sauver les personnes et les objets que renferment les bâtiment incendiés ou menacés par l’incendie.
- maintenir l’ordre dans la commune, s’il est troublé par une cause quelconque.
- assister l’autorité municipale chaque fois qu’elle en aura besoin pour des cérémonies ou des services publics.
Cet article précise que le service est bénévole.
On constate que le maintien de l’ordre fait théoriquement partie des attributions des sapeurs pompiers. C’est un débat récurrent de l’époque. Il faudrait savoir si les pompiers d’Esserts-Blay ont réellement eu à intervenir en maintien de l’ordre. On notera que l’article 56, qui évoque la conduite à tenir si des malfaiteurs sont signalés dans le secteur, est explicitement rayé.
Plusieurs articles sont ensuite consacrés à la procédure à suivre en cas d’incendie, et à la discipline à respecter.
Les devoirs de chaque pompier sont ensuite détaillés selon son grade. L’article 32 précise les qualités dont doit faire preuve un sapeur pompier : abnégation, dévouement, ordre et courage.
La discipline fait l’objet de 12 articles (sanctions, amendes …).
Les derniers articles traitent des services à rendre (Fête nationale, services funèbres…) et des récompenses ; ce dernier point est important puisque le service est bénévole.
On notera enfin que tous les articles qui devraient traiter de la Caisse de secours mutuel sont rayés, ce qui signifie certainement que cette Caisse de secours n’a pas (encore) été mise en place à Esserts-Blay ; c’est aussi un débat de l’époque : le fonction étant bénévole et risquée, comment prendre en charge ou dédommager les sapeurs pompiers blessés dans le cadre de leurs missions, ou les familles de sapeurs pompiers décédés en mission.
La vie de la Cie des Sapeurs pompiers d'Esserts-Blay:
Les 1ers Capitaines: Julien RAVIER GARON (1883-1883) / Désiré AVRILLIER (1884-1894) / Hippolyte RAVIER GARON (1895-1905)
En 1885, le Sergent Jean-Marie RICHARD est nommé (par décret du Président de la République) Lieutenant (donc patron de la section de St Thomas); il remplace Marcellin LASSIAZ.
A l'automne 1894, l'équipe dirigeante de la Compagnie est composée de: Hippolyte RAVIER GARON Capitaine / Joseph TRAVERSIER Lieutenant (St Thomas) / Germain AVRILLIER Sous-Lieutenant (chef lieu). La section du chef-lieu compte alors 38 engagés (pas d'infos sur celle de St Thomas).
En 1900, la Compagnie compte 51 hommes, 34 au chef-lieu, 17 à St Thomas. Le Capitaine est Hippolyte RAVIER GARON, le Lieutenant (St Thomas) est François BOCHET, le Sous-lieutenant (chef-lieu) est Germain AVRILLIER. Le Sergent Major est Paul BLANC, le Sergent Fourrier est Hippolyte MERCIER, les 2 Sergents de la section du chef-lieu sont François VOISIN et Joseph AVRILLIER (à feu Claude). Le Clairon est François PERONNIER, le Tambour Jean Girod.
En juin 1903, Joseph GUEILLAND est nommé Sous-lieutenant (chef-lieu).
En 1905, Alexandre GONTHIER est nommé Capitaine (à la place d'Hippolyte RAVIER GARON); il l'est encore en 1914. Eugène FERLEY est nommé Lieutenant (St Thomas). Joseph GUEILLAND est confirmé comme Sous-lieutenant (chef-lieu); il l'est encore en 1914.
En 1909, Charles DALES est nommé Lieutenant (St Thomas), en remplacement de Eugène FERLEY.
En 1914, la Compagnie compte toujours 51 membres, 34 au chef lieu et 17 à St Thomas. Les officiers sont: Capitaine Alexandre GONTHIER / Lieutenant Charles DALES / Sous-lieutenant Joseph GUEILLAND. Au chef lieu, le Sergent Major est François VOISIN, le Sergent Fourrier Marcellin MERCIER, les deux autres Sergents sont Jean Marie MERCIER et Hippolyte BLANC. La section du chef lieu compte également 5 Caporaux et 23 Sapeurs pompiers. A St Thomas, on compte 2 Sergents (Alexis ROCHE et Désiré DALES), 2 Caporaux et 12 Sapeurs pompiers.
En 1920, nouveau Capitaine: Joseph DODET, et nouveau Sous-Lieutenant (chef lieu): Augsute ROSSAT GUEILLAND. Le lieutenant, patron de la section de St Thomas, est toujours Charles DALES. Ce dernier est remplacé en mai 1926 par François LASSIAZ (du Fay).
En 1933 est nommé un nouveau Capitaine: Joseph BOCHET. En 1935, Auguste ROSSAT GUEILLAND démissionne de son poste de Sous-lieutenant, et est remplacé par Joseph TEILLIER.
L'effectif de la Compagnie en 1941-1942 (52 membres):
Capitaine: Joseph BOCHET (depuis 1933).
Section du chef-lieu (34 membres y compris le Capitaine): Joseph TEILLIER est toujours Sous-lieutenant (depuis 1935). Les 4 Sergents sont: Claude LASSIAZ (Sergent Major), René AVRILLIER (Sergent Fourrier), Francis AVRILLIER et Joseph BATTENDIER. Il y a 3 caporaux et 23 Sapeurs pompiers. Le Clairon est Gaston PERONNIER, le Tambour Fernand MERCIER.
Section de St Thomas (18 membres): le Lieutenant est toujours François LASSIAZ (depuis 1926). Les Sergents sont François BOCHET et Alexis VERNIER.
Après la guerre, en février 1946, Claudius LASSIAZ est nommé Capitaine. François LASSIAZ est confirmé Lieutenant (St Thomas) en mars 1947, en même temps que Marcel BUSILLIET est nommé Sous-lieutenant (chef lieu).
Le 10 février 1952, l’AG de la Compagnie (Claude LASSIAZ est Capitaine) décide de mettre en place une commission spécialisée chargée d’assurer l’installation, la mise en marche et la surveillance de la moto-pompe.
Le 28 février 1954, Gilbert TRAVERSIER est élu Lieutenant, en remplacement de François LASSIAZ (vote à bulletin secret du Conseil d'Administration de la Compagnie).
En 1953, un Décret ministériel porte sur la diminution du nombre d'officiers dans les compagnies de sapeurs pompiers. Ce Décret est mis en application à Esserts-Blay à la fin de 1954 (réuniondu 5 décembre 1954): sur proposition du Commandant du Bataillon des Sapeurs pompiers de la Savoie (le Cdt FORESTIER), Gilbert TRAVERSIER, proposé au poste de Lieutenant (il a été élu à ce poste le 28 février de cette même année) est nommé Adjudant Chef de la section de la section de St Thomas.
A compter de 1955, la section de St Thomas est désormais commandée par un Adjudant Chef, et non plus par un Lieutenant. Celle du chef-lieu est encore dirigée, pour encore 3 ans, par un Capitaine, Claudius LASSIAZ (qui dirige la Compagnie dans son ensemble) et par un Sous-lieutenant (Marcel BUSILLIET).
En 1958, le Capitaine (Claudius LASSIAZ) et le Sous lieutenant (Marcel BUSILLIET) démissionnent. La Compagnie est dès lors dirigée (jusqu'à fin 1969) par le Sous-lieutenant Robert DENCHE. Le poste de Capitaine est supprimé. Le 2ème dans la hiérarchie est l'Adjudant Chaf Gilbert TRAVERSIER, patron de la section de St Thomas.
La section de St Thomas est évoquée jusqu'en 1964, mais plus après cette date. Elle compte alors 12 membres, celle du chef-lieu 19 (soit 31 membres pourla Compagnie).
L'effectif de la Compagnie baisse au fil des ans: 28 membres de 1965 à 1967, 27 en 1968, 21 en 1970, 22 en 1975 (moyenne d'âge: 44 ans), 18 en 1980, 17 en 1982, puis 12 en 1987.
Robert DENCHE reste en poste, comme Sous lieutenant de la Compagnie, jusqu'au 14 décembre 1969. Il est alors remplacé par Charles FERLAY. L'Adjudant Chef Gilbert TRAVERSIER (St Thomas) reste en fonction jusqu'à son décès en 1978, et n'est pas remplacé comme Adjudant Chef.
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