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11.02.2007

Le raccordement à EDF (1956)

Article écrit par Albert EYSSERIC, paru dans le Dauphiné Libéré du 30 juin 2006 :

« Depuis hier les 650 habitants d’Esserts-Blay sont des abonnés de l’EDF

Albertville, 29 juin – On pourrait écrire qu’à Esserts-Blay un règne est aujourd’hui révolu : celui de la lampe à pétrole. Cela pourtant ne serait pas tout à fait exact, car si jusqu’ici les lignes de l’EDF n’atteignaient pas cette commune de Basse-Tarentaise, ses habitants par contre s’étaient montrés suffisamment ingénieux pour pallier par leurs propres moyens cette lacune en installant ça et là, à cheval sur les torrents, de modestes turbines qui, pour être sommaires, n’en rendaient pas moins de précieux services, allant jusqu’à faire fonctionner d’importantes scieries.

Esserts-Blay, qui étend ses hameaux sur la rive gauche de l’Isère entre Cevins et Tours, comptait dans le dernier carré –qui s’amenuise chaque année – des communes non électrifiées du département. Elles sont encore, croyons nous, au nombre de deux ou trois.

C’est en 1955 que la Municipalité présidée par M. Battendier, décida de franchir le grand pas… un pas de 25 millions que le Génie Rural, avec bienveillance, combla par un emprunt.

Quelques jours après l’adjudication, en juillet, les ouvriers de l’entreprise Durandard d’Aime, étaient à pied d’œuvre. Huit mois plus tard, les 250 foyers d’Esserts-Blay étaient reliés. 11 kms de réseau avaient été tirés, souvent dans des conditions difficiles, car les maisons sont encore nombreuses que la route ne touche pas. Il fallut parfois se lancer dans des pentes escarpées et ce fut pour la jeep de M. Durandard un rude banc d’essai.

Si la lumière, depuis quelques semaines, a jailli ça et là, pour la plus grande joie des 650 habitants, les travaux n’avaient pas encore réceptionnés. Il le sont depuis hier. Ce fut une réception bien simple qui consistait à une visite des trois transfos installés sur le territoire de la commune et en un repas excellemment servi à l’hôtel de la Gare, à la Bathie, chez M. Daudet (une réception officielle est prévue pour plus tard, à laquelle seront conviées les autorités).

Il y avait là M. Battendier, maire, entouré de son Conseil municipal ; M. Debernardi, ingénieur du Génie rural ; M. Bardin, ingénieur des Ponts et Chaussées ; l’EDF était représentée par MM. Guillemard, Gourbière et Poizat ; la direction des travaux par MM ; Fivel-Démoret, ingénieur-conseil, et adjoint Derosne ; M. Durandard, entrepreneur à Aime.

Cette réception sympathique s’acheva par une dernière visite au poste de St Thomas, où l’on posa pour la traditionnelle photo, qui sera pour les habitants d’Esserts-Blay le souvenir d’une journée qui, selon la formule consacrée, marquera d’une pierre blanche… »

Albert Eysseric évoque les micro-centrales existantes à l'époque, construites par des particuliers pour fournir de l'électricité grâce à l'énergie des ruisseaux. Le bulletin n° 10 (mai 2007) des Amis du Patrimoine de Basse Tarentaise, consacré à l'eau, nous donne des exemples. En 1928, Emile BOCHET, de St Thomas, demande l'autorisation de capter l'eau du ruisseau des Bochets pour créer une chute destinée à actionner une usine hydro-électrique pour éclairer le village. La même année, à Blay, Joseph VARCIN monte un dossier pour capter l'eau du ruisseau des Cours, aux Perelles, pour éclairer Blay, les Cours, le Char et l'école. Toujours en 1928, Joseph COLLOMBIER souhaite capter le nant Bernard pour éclairer le Mas et la Croix (de St Paul) juste à coté. En 1948, Marius TRAVERSIER demande l'autorisation de faire passer une conduite forcée destinée à alimenter une centrale éclectrique pour une scierie et un atelier de menuiserie.

Voilà ce que nous disent les registres des Conseils municipaux d'Esserts-Blay: le projet d'électrification du village a été approuvé par la délibération du Conseil Municipal du 26 septembre 1954. Les travaux sont alors estimés à     21 000 000 Frs. La Caisse des Dépôts et Consignations a donné son accord de principe pour financer l'investissement par un prêt du même montant sur 20 ans au taux de 5.5%, sous réserve que le Conseil Municipal vote une imposition communale extraordinaire pour assurer le paiement de l'annuité du prêt. Cette annuité devrait être compensée par le Fonds d'amortissement des dépenses d'électrification , à hauteur de 70 % minimum.

Les travaux ont été approuvés par le Sous-Préfet d'Albertville le 26 octobre 1954. Le 1er décembre de la même année, le Conseil Municipal autorise le Maire à contracter l'emprunt au nom de la commune, et sollicite le Départmenent pour une avance de trésorerie dans l'attente du déblocage du prêt, pour que les travaux puissent démarrer le plus rapidement possible.

Le Conseil Municipal du 4 juin 1955 décide de prendre en charge le branchement de chaque bâtiment principal, habité par ou les propriétaires tout ou partie de l'année. Cette mesue ne s'applique donc pas, ni aux maisons vides ou louées, ni aux bâtiments d'exploitation. Il semble, c'est ce qu'affirme l'Ingénieur Conseil chargé des travaux au Conseil du 25 septembre 1955, que la commune d'Esserts-Blay soit la 1ère à prendre en charge la totalité de la dépense pour un branchement par foyer et par propriétaire. La liste des bénéficiaires de cette mesure est validée lors du Conseil du 25 septembre 1955 (il y eut quelques arbitrages à rendre). Cette mesure sera à l'origine du dépassement de budget qui sera constaté.

Lors de ce même Conseil du 25 septembre 1955, le Maire, Mr BATTENDIER, fait savoir que le Fonds d'amortissement des dépenses d'électrification va certainement diminuersa participation de prise en charge de l'annuité du prêt contracté auprès de la CDC; la part à la charge de la commune va donc être plus importante que prévu. Ce même Conseil confirme, par vote, que les branchements secondaires seront à la charge totale des demandeurs qui traiteront directement avec EDF.

Le montant définitif des dépenses d'électrification du village est donné au Conseil du 17 juin 1956: 24 425 234 Frs, dont 4 513 750 Frs pour les branchements au réseau. Le dépassement par rapport au budget initial se monte donc à 3 425 234 Frs. Le Conseil décide de souscrire un nouvel emprunt de 3 000 000 Frs auprès de la Caisse d'Epargne d'Albertville, agissant pour le compte de la CDC, et d'autofinancer le solde, soit 425 234 Frs.

On notera enfin que la commune a été sollicitée, en 1957, par un particulier qui faisait construire sa maison dans la plaine de Blay, pour participer financièrement aux frais d'installation d'une ligne électrique pour lui amener le courant. Le 12 octobre 1957, le Conseil Municipal décide de participer à hauteur de 25 % aux frais engagés par la personne en question. Le Conseil précise en même temps que ce taux de 25% sera retenu à l'avenir pour toute demande semblable. La Sous-Préfecture d'Albertville a, semble-t-il, accepté que la commune prenne en charge une partie des frais dans le cas particulier qui lui était soumis, mais a rejeté le principe d'un taux déterminé à l'avance pour toute nouvelle construction.

 

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