20.04.2009

Légendes, mystères et traditions d'Esserts-Blay

Au niveau de la Savoie, le sujet est abondamment traité. Ce chapitre ne concerne donc que les légendes, mystères ou traditions touchant particulièrement, parfois specifiquement, le village d'Esserts-Blay

La venue de St Thomas de Canterbury à St Thomas:

Nous avons vu que la paroisse de Saint Thomas a été fondée au XIIIème ou XIVème. Elle rend hommage à Thomas Becket, né en 1117 à Londres, chancelier du Roi d’Angleterre Henri II, puis archevêque de Cantorbéry (1162). Thomas BECKET passe alors pour être un très proche et un fidèle du Roi Henri II, dont l’objectif est d’étendre sa mainmise sur l’ensemble de l’église anglicane.

Dès son élection à l’archevêché, Thomas Becket entre en conflit avec son protecteur. Au contraire du Roi, il veut libérer l’église anglicane de sa dépendance vis-à-vis du pouvoir laïc.

Les relations entre Henri II et Thomas Becket se détériorent rapidement.

En 1164, désavoué par les autres évêques anglais, Thomas Becket part en exil en France, où Louis VII lui offre sa protection.

Sous la menace de se voir excommunié par le Pape, Henri conclue la paix avec Thomas le 22 juillet 1170.

Ce dernier rentre en Angleterre le 3 décembre 1170, mais est assassiné par des hommes du Roi (probablement sur ordre au moins tacite de ce dernier) le 29 décembre 1170 dans sa cathédrale de Cantorbéry.

Il est canonisé en 1173, et son culte se répand très rapidement.

  Selon la légende, après sa disgrâce, Thomas BECKET avait été enfermé, en Angleterre, dans une tour par les hommes du Roi. Il parvint à s’échapper (malgré ses boulets aux pieds) et s’enfuit d’Angleterre. Il marcha pendant plusieurs années et arrive en vue de la Tarentaise (la Maison de Savoie a noué pendant des décennies des liens très forts avec l’Angleterre), complètement épuisé, à la recherche d’un lieu sur.

Au niveau de l’actuelle Tours en Savoie, il tourne son regard vers la montagne boisée qui se trouve de l’autre coté de l’Isère. Il franchit la rivière et commence à traverser la plaine, toute plate et très austère tant elle semble à l’écart du monde. La distance est longue et Thomas, l’herbe est grasse est touffue. Thomas a du mal à progresser dans cette prairie luxuriante, surtout avec ses boulets aux pieds.

La légende dit que la rosée des prés qu’il a traversés au prix de tant d’efforts, n’a jamais voulu recouvrir les traces laissées par les pas, le bâton et les boulets du saint homme.

Elle évoque aussi le « Chemin de la Trin », mot impossible à traduire, alliant la notion d’effort à celle de trace laissée ; c’est la longue trace laissée par les vénérables foulées de Thomas, trace que l’on distingue encore de nos jours depuis les maisons de St Thomas.

Thomas gravit ensuite les premières hauteurs boisées, puis, profitant d’un replat, installe son refuge et sa chapelle à l’endroit même où se situe aujourd’hui l’église paroissiale de St Thomas des Esserts.    

Le diable Gribouille au château de Blay :

Voilà ce que nous dit un texte de 1865, repris dans le numéro des Cahiers du Vieux Conflans du 3ème trimestre 1963 :

Ceci n’est point une légende, mais bien la chronique d’un fait qui s’est passé, il y a quelques dix ans, dans les ruines du vieux château de Blay, et que nous allons retracer.

Deux malins, d’autres disent deux fripons, s’entendirent un jour pour exploiter la crédulité publique. Ils voulaient qu’il y eut, dans les tours du vieux château d Blay, un trésor caché. L’un des compères avisa à cet effet une demi-douzaine de simples, auxquels il fit part très confidentiellement qu’il connaissait le moyen de faire arriver le diable, qui leur indiquerait l’endroit où était enfoui un trésor. Il n’avait besoin pour cela que d’acheter le Grand Albert, soit les Clavicules de Salomon (recueils de formules et de recettes magiques) ; mais ce précieux ouvrage ne pouvait se trouver qu’à Genève, et encore pas à très bon marché.

Les dupes ne manquèrent pas à remettre d’abord 250 francs à l’obligeant entremetteur des oeuvres de Satan, qui leur fit jurer le secret comme condition. Puis il partit pour Genève, où il acheta tout autre chose que les Clavicules de Salomon, et de retour, il annonça à ses heureux croyants qu’il avait bien trouver le fameux livre, mais qu’il était unique et qu’on exigeait 1200 francs pour le lâcher. Il fallait donc compléter la somme voulue si on voulait être riche à jamais. Nos simples croyants, aussi pauvres qu’ignorants, à l’exception d’un propriétaire aisé de Conflans, qui avait cependant tôpé dans le piège, firent un peu la grimace ; ils se grattèrent l’oreille ; mais l’appat de l’or, que les yeux de leur imagination apercevaient dans les ruines du vieux château, leur fit faire un effort supreme, et se cotisant, ils réunirent la somme de 1200 francs.

Quinze jours après, fidèle à ses engagements, le magicien convoqua ses victimes à Conflans. Là, il leur présenta un vieux in-folio en latin, imprimé en encre rouge et noire, leur disant que c’était le seul Grand Albert existant en Suisse. « Maintenant, mes amis, ajouta-t-il, nous touchons au moment. Il n’y a dans l’année qu’un jour propice pour l’évocation du diable à l’aide de ce livre. Ce jour, c’est le soir de Noël, et le moment, lorsque les cloches annoncent la consécration de la Messe de Minuit. Nous nous rendrons tous séparément vers les huit heures du soir dans la maison X… à Blay ; de là, nous irons à onze heures au vieux château. Mais, mes amis, le secret, le secret le plus inviolable ; sans quoi, pas de réussite possible ».

Tous furent discrets et surtout ponctuels ; au jour dit et sous la conduite du sorcier, ils arrivèrent entre onze heures et demi et minuit devant les tours du château de Blay. Ils se disposaient à pénétrer sous les voûtes du vieux manoir, lorsque leur guide, après avoir distribué des chandelles, qu’il alluma, fit tourner la bande en cercle, et ouvrant tout grand son livre magique, leur tint cette allocution suprême : « Mes amis, le moment solennel est arrivé ; nous voilà au bout de nos peines et de nos dépenses ; dans moins d’une heure nous serons riches. Je ne vous recommande plus qu’une chose, c’est du courage. Ne vous laissez ni intimider ni effrayer par l’approche de Satan, et je vous supplie surtout de ne pas m’abandonner pendant la lutte que je pourrais avoir à soutenir contre le Diable, qui est quelquefois terrible et pire qu’un ours ou un lion blessé. Jurez sur le Grand Albert qu’à tout évènement, vous ne m’abandonnerez et rappelez-vous que si vous veniez à faiblir à vos serments, je serai transporté tout vivant dans enfers ».

Pendant ce temps, le second compère, qui avait pénétré dans une grande salle en ruines, s’apprêtait à jouer son rôle de Diable. Il s’affublait d’un grand manteau noir, se coiffait d’une perruque et d’une barbe rousse et d’un chapeau tricorne. Il s’attachait aux pieds des chaînes en fer et tenait devant lui un grand plat dans lequel il y avait des étoupes d’eau de vie. Il avait pour ordre de n’allumer les étoupes qu’à la première évocation et d’avancer lentement à la troisième. Au moment d’entrer, l’homme au livre diabolique crut devoir apprendre encore à ses compagnons que chaque jour un nouveau diable prend à son tour le gouvernement des enfers et que celui qui présidait ce soir là et qui allait apparaître pour indiquer le trésor, se nommait Gribouille. Il avait à peine fini de parler que la cloche commença à tinter les coups de la consécration. « Allons mes amis, reprit-il, rapidement du calme et du courage ! A moi la besogne ! Pénétrons ». Ils entrèrent : le porteur du grand in-folio en tete s’avance au milieu des amas de décombres vers la salle délabrée. Après avoir murmuré quelques mots inintelligibles et pour les assistants et pour lui-même, il ouvre le livre et adjure solennellement le Diable en ces termes : « Diable Gribouille, sors des Enfers et parais devant moi ». A cette sommation, une lueur bleuâtre éclaire le fond obscur et encombré de la salle ; mais rien ne bouge encore. Elevant la voix plus haut, l’évocateur reprend : « Diable Gribouille, obéis à ma voix, sors des Enfers et parais au milieu de nous ».

Aussitôt un bruit de chaînes, puis un pas lent et pesant, se font entendre. A mesure que le bruit se rapproche, les six riches futurs se regardent avec terreur et se serrent les uns contre les autres. Nouvelle évocation, accompagnée de contorsions et d’imprécations dans une langue inconnue. Satan, ou du moins Gribouille, apparaît enfin à travers une échancrure de l’épaisse muraille qui tient lieu de porte d’entrée. A cet aspect sinistre, les assistants tremblent de tous leurs membres, leurs dents battent une mesure infernale, les chandelles leur tombent des mains et tous lâchent pied et se sauvent par les différentes issues en poussant des cris à épouvanter le Diable Gribouille lui-même.

La panique fut si grande que plusieurs d’entre eux, saisis par la diarrhée, tombèrent en chemin et firent de leurs vêtements des torche derrières. Les autres, dans un état pitoyable, se rendirent à une écurie du chef-lieu appartenant à l’un d’eux et où il était convenu qu’ils devaient tous se trouver pour partager le trésor. Le magicien ne tarda pas à les rejoindre et il leur adressa les plus vifs reproches. « Vous avez, leur dit il, par votre couardise et en violant votre serment, laissé échapper la fortune qui vous tendait les bras. Tout est perdu, pour longtemps du moins ; si vous aviez le malheur de dire un seul mot de cette affaire à âme qui vive, vous seriez infailliblement étranglé par le Diable. C’est ce qu’il m’a crié comme je sortais des ruines tout en tremblant ».

Le secret fut bien gardé pendant plus de trois ans. Cependant, les pauvres simples, finissant par revenir de leur frayeur, se hasardèrent, nous dit-on, à consulter trois jurisconsultes d’Albertville sur les moyens de rentrer dans leurs fonds. L’avis des jurisconsultes fut défavorable.

Dans cette affaire de voleurs et de volés, ceux-ci comme les premiers avaient tout intérêt à continuer à garder le secret, qui nous est confié aujourd’hui et que nous recommandons à nos lecteurs.    

Le mystère de la 4ème tour du Château de Blay :

Le Château de Blay a probablement été construit entre 1390 et 1418. Il n’a plus été habité à partir des toutes premières années du XVIIème siècle et à brûlé à la fin de l’année 1609. Il n’a jamais été restauré.

Il est de forme rectangulaire, avec à chaque angle, une tour, sauf dans l’angle nord ouest.

Cette absence de 4ème tour a suscité la curiosité; a-t-elle existé ? Si oui, comment a-t-elle été détruite ? Si non, pourquoi 3 tours seulement et pas 4 comme on pourrait s’y attendre ?

Plusieurs hypothèses ont été avancées :

En 1616, Antoine Gaspard De Riddes, Seigneur de Blay, et propriétaire du Château, décède. Son neveu, Gaspard Du Verger, désigné comme héritier universel, se demande si les dettes du défunt ne sont pas supérieures à l’actif successoral, et fait réaliser un inventaire des biens de son oncle. Cette inventaire, fait en 1617, indique que cette fameuse 4ème tour a bel et bien existé et qu’elle a été détruite par l’incendie de 1609.

L’architecte E.L. BORREL, dans son ouvrage de 1884 sur « Les monuments anciens de Tarentaise », ne croit à l'existence de cette tour, et pense que le seigneur qui fit construire le Château se vit refuser par son suzerain le droit de construire cette 4ème tour (la tour est un symbole de puissance).

 En fait, les études faite tout récemment (2000 – 2001) sur le terrain même du Château tendent plutôt à démontrer que cette tour n’a jamais existé.

Le mystère n’est donc pas levé : pourquoi avoir fait construire un Château avec 3 tours au lieu de 4 ?    

Le jeu du Coinchon

Il se joue aux pieds du Château de Blay le dimanche de Pâques. Il faut pour cela un dé, gros cube de bois de 20 cm de coté appelé domino, et, pour chaque joueur, un coinchon, maillet fait d’une branche de houx, et une baguette de bois d’un mètre, la servante. Le premier joueur place la servante sous ses pieds en disant : « le domino va devant, moi après et « un tel » après moi. Il lance le dé, puis son coinchon le plus près possible du dé. Le second désigné lui succède et ainsi de suite jusqu’au dernier qui s’empare de la servante en disant : « faute de valet, j’emporte la servante ».

Le secrétaire note le nom des gagnants (leur nombre est indiqué par le dé de 1 à 6), ceux dont le coinchon est le plus près du dé. Les joueurs sont à l’amende lorsqu’ils prononcent , selon la partie en cours, des mots patois, ou des surnoms, ou des jurons …Ces amendes servent à payer le repas pris en commun à l’auberge le soir même.

Ce jeu de Pâques est connu dans d’autres régions, toutes montagneuses, de Savoie et haute Savoie : le Chablais, le Faucigny, la Tarentaise. Selon les endroits, il s’appelle cornichon, cônichon, coinston ou coution. A Esserts-Blay, il se joue devant le Château. Dans la plupart des autres communes qui le pratiquent, on fait le tour de la commune en jouant.

Selon les spécialistes (Van Gennep, Roger Devos), il s’agit d’un jeu cérémoniel, une sorte de rite de prise de possession symbolique, par les habitants, du territoire de la communauté villageoise.  

Le Château du Bettier (ou Bettié) :

Sur le cadastre de 1876, il s’agit d’une « masure » appartenant à Hippolyte VELAT. Il n’en reste que les ruines d’un bâtiment assez haut.  

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