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27.10.2006

La Tarentaise envahie 6 fois en 200 ans (1536 - 1749)

De 1536 à 1749, soit en un peu plus de 200 ans, la Tarentaise va être envahie à six reprises, cinq fois par les Français, une fois par les Espagnols. Ces invasions sont liées aux vicissitudes de la diplomatie de la Maison de Savoie, prise en tenaille entre les 2 grandes puissances continentales de l’époque, le Roi de France et l’Empereur germanique.

Il ne semble pas que des combats significatifs se soient déroulés sur le territoire de Blay ou de St Thomas, ni d’ailleurs de St Paul, sauf en 1600, où, lors de l'invasion par les Français, ces derniers "auraient follié (fouillé) et brisé les châteaux de St paul et de Blay. Par contre, nos ancêtres ont vu défilé dans la vallée pas mal de troupes armées, savoyardes, françaises et aussi espagnoles, allemandes et autrichiennes.

Ces années de guerre et d’occupation sont très difficiles, d’autant que la peste sévit à plusieurs reprises.

Au début de 1536, le Duc Charles III rompt l’alliance séculaire de sa dynastie avec la France, et s’allie à Charles Quint, Empereur d’Allemagne et Roi d’Espagne.

La réaction du Roi de France, François Ier, ne se fait attendre. Ses troupes envahissent en quelques semaines la Savoie et le Piémont. L’objectif principal de François Ier est de maîtriser la route d’Italie par le Mt Cenis. Si bien qu’en Tarentaise, les Français ne vont, dans un 1er temps, pas au-delà de Conflans. Mais les Tarins, emmenés par François de Loctier, seigneur de Bellecombe, entreprennent de reprendre Conflans aux Français (bien que le Duc Charles III se soit enfuit en Italie). Ils y parviennent le 1er mai 1536, et poussent même leur avantage jusqu’à Chambéry. Les généraux français réagissent, ne pouvant accepter que la route du Mt Cenis puisse se refermer derrière leur armée déjà engagée au Piémont, et font venir des secours. Les Tarins reculent, d’abord à St Pierre d’Albigny, puis jusqu’au défilé de Briançon, comptant bien en interdire le passage. Mais les Français, en passant par le Col de la Madeleine, contournent leur position et prennent Moutiers, dont les fortifications ont été démantelées 200 ans auparavant. La ville de Moutiers, qui résiste dans un 1er temps, est dévastée, de même que le reste du pays. L’invasion ne s’arrête qu’au pied du Petit St Bernard. Les Français resteront en Savoie pendant 22 ans jusqu’en 1559. En Tarentaise, les garnisons françaises occupent les châteaux de St Jacques et de Briançon. La Savoie est rendue au Duc Emmanuel Philibert, fils de Charles III, aux termes du Traité de Cateau-Cambrésis du 7 août 1559.

La Savoie et la Tarentaise sont de nouveau envahies par les Français en 1600 – 1601. En 1588, le Duc de Savoie Charles Emmanuel Ier, fils d’Emmanuel Philibert, provoque la France en lui prenant le marquisat de Saluces, sur le versant italien des Alpes. Le Roi de rance réagit en armant Genève et les Bernois contre la Savoie. Se sentant en difficulté, Charles Emmanuel recourt à l’aide de son beau-père, le Roi d’Espagne Philippe II. Les troupes espagnoles sont signalées à plusieurs reprises en tarentaise entre 1590 et 1597. En avril 1598, la Paix de Vervins suspend la lutte entre la France et la Savoie. Charles Emmanuel refuse de céder sur le problème du marquisat de Saluces, si bien que le Roi de France Henri IV lui déclare la guerre le 12 août 1600. Lesdiguières, chef d’une des armées françaises, prend rapidement Montmélian, puis Conflans, puis la Maurienne pour s’assurer l’accès au Mont Cenis. Le 21 septembre, il remonte l’Isère et prend Briançon, puis Moutiers le 6 octobre et le Château St Jacques (Siaix) le 12 octobre. Les places fortes de Conflans, Briançon et St jacques sont alors démantelées. Les châteaux de St Paul et de Blay semblent avoir été "folliés (fouillés) et brisés".Henri IV vient en personne en Savoie en octobre et novembre, et passe plusieurs jours dans le Beaufortain et en Tarentaise. Le 13 novembre 1600, le Duc de Savoie franchit le col du Petit St Bernard, dans le but de secourir la forteresse de Montmélian, qui résiste toujours aux troupes françaises. Il ne va pas plus loin qu’Aime. Le 17 novembre, la citadelle de Montmélian se rend aux Français. Le Duc de Savoie repasse le col du Mt Cenis dans l’autre sens le 23 décembre 1600. L’occupation française prend fin avec le Traité de Lyon du 17 janvier 1701, qui marque clairement la fin des ambitions « françaises » de la Maison de Savoie : celle-ci conserve Saluces, mais doit renoncer à la Bresse, au Bugey, au Valromey et au Pays de Gex ; Ne lui reste, du coté occidental des Alpes que ce qui correspond en gros aujourd’hui à la Savoie et à la Haute Savoie.

La 3ème invasion date de 1630-1631, toujours sous le règne belliqueux du Duc Charles Emmanuel Ier. Cette fois-ci, c’est à cause du Montferrat, en Italie, que le Duc entre en guerre contre le Roi de France Louis XIII. Louis XIII, présent en personne, prend d’abord Chambéry puis Annecy, Faverges, Ugine et Beaufort. Le gouverneur savoyard, Thomas de Carignan, s’installe d’abord à Conflans, puis à Briançon. Il se fait surprendre par le Maréchal français De Bassompierre, qui l’attaque, le 2 juin 1600, par le col de la Louze à coté d’Arêches. Thomas de Carignan se replie jusqu’à Seez. Entre-temps, Louis XIII se rend à Conflans, puis, le 4 août,  à Moutiers. Thomas de Carignan doit se replier de l’autre coté du col du Petit St Bernard, et Louis XIII atteint Bourg St Maurice le 7 août. Il fait édifier une ligne de fortifications entre Bourg St Maurice et Seez afin de prévenir le retour des troupes du Duc de Savoie. L’été 1630 est également marqué en Savoie, et en Tarentaise, par la réapparition de la peste, qui, au global, fera plus de ravages que la guerre elle-même. En 1631, la paix est négociée entre la France et la Maison de Savoie (Victor Amédée Ier a succédé à Charles Emmanuel Ier), qui récupère ses territoires savoyards

La 4ème occupation française se déroule de 1690 à 1696, sous le règne de Louis XIV. Ce dernier lutte contre la ligue d’Augsbourg, à laquelle adhère en 1690, le Duc de Savoie Victor Amédée II. La France envahit facilement la majeure partie de la Savoie, il est vrai peu armée. Les troupes savoyardes, quelques centaines d’hommes tout au plus, commandées par le Marquis joseph de Sales, et le Comte de Bernex, se retirent en Tarentaise. D’abord à Cevins, où ils espèrent tenir à « La Roche », puis à Briançon. Elles ne résistent pas longtemps, et doivent fuir vers le Val d’Aoste par le col du Petit St Bernard. En juin et juillet 1690, les troupes françaises poussent leur avantage jusqu'au Val d’Aoste, qu’elles ravagent, notamment dans le but d’empêcher les troupes piémontaises de porter secours à Montmélian, la principale place forte de Savoie (la citadelle de Montmélian ne capitule que le 23 décembre 1691). La Savoie, et la Tarentaise, sont restituées à Victor Amédée II par le Traité de Turin du 28 septembre 1696.

La 5ème occupation française commence en 1703 et dure 10 ans, jusqu’en 1713. A la différence des 4 premières occupations françaises, durant lesquelles la Tarentaise est constamment restée sous domination française, cette 5ème occupation voit les troupes piémontaises, soutenus par les troupes autrichiennes, la leur reprendre à 3 reprises. Cette nouvelle guerre est liée au problème de la succession d’Espagne, qui oppose le Roi de France Louis XIV allié à son petit-fils Philippe V, proclamé Roi d’Espagne, au reste de l’Europe dont le Duc de Savoie, toujours Victor Amédée II. Désormais italianisé et conscient que la Savoie est ouverte aux invasions françaises, ce dernier fait lever un régiment de milices et replie le gros de ces troupes vers l tarentaise, puis le Val d’Aoste et le Piémont. En novembre 1703, les troupes françaises marchent sur Chambéry. Les (maigres) troupes du Duc restées en Savoie se regroupent d’abord à Conflans, puis à Feissons sous Briançon, puis à Aiguebelle et à Montmélian. Elles se replient ensuite à Feissons sous Briançon, puis, craignant de se faire couper la route de l’Italie par les Français (qui paraissent vouloir passer par Beaufort et le Cormet d’Arêches), se retirent dans le Val d’Aoste. Louis XIV tient de nouveau la Savoie tout entière, sauf… la citadelle de Montmélian qui ne capitulera que le 11 décembre 1705.

Cette 5ème occupation de la Savoie est beaucoup plus animée, militairement, que les précédentes. En effet, les troupes piémontaises de Victor Amédée II battent les Français à Turin le 7 septembre 1706. En 1707, elles reprennent Suse et le Val d’Aoste. En juillet 1708, elles franchissent le Mt Cenis, et reprennent la Maurienne jusqu’à Aiguebelle. En même temps, des troupes allemandes, alliées aux piémontais passent le Petit St Bernard. Un corps de troupe piémontais rejoint les Allemands en Tarentaise par le col de la Vanoise. Le commandant français replie alors ses troupes à St Pierre d’Albigny. Mais l’objectif réel de Victor Amédée II n’est pas de reprendre la Savoie, mais de prendre Exiles et Fenestrelles, deux forteresses situées du coté italien des Alpes, mais dépendant du Dauphiné. Si bien que, dès qu’il constate que les troupes françaises ne pourront plus défendre ces deux forteresses, il « abandonne » la Maurienne et la Tarentaise, fait repasser le Mt Cenis à ses troupes et les fait se jeter sur Exiles et Fenestrelles, qu’elles prennent début août 1708. Dans la foulée, la Tarentaise et la Maurienne sont reprises facilement par les Français.

Rebelote en 1709 : les troupes coalisées (Autriche, Allemagne et Maison de Savoie) passent le Mt Cenis et le Petit St Bernard le 11 juillet. Plutôt que d’attaquer par la Maurienne, les coalisés, avec leurs 30 000 soldats, décident de concentrer leurs forces en Tarentaise, en passant par le col de la Vanoise. Les Français, commandés par le Marquis de Thoy, se replient d’abord de Bourg St Maurice à Moutiers. Le 18 juillet 1709, mal organisés, ils se font battre par les coalisés à La Bathie et doivent se replier en désordre sur Conflans, puis Freterive et enfin Montmélian. Les coalisés, dont le plan est de rejoindre les troupes allemandes qui doivent arriver d’Alsace, vont jusqu’à Seyssel puis se replient en Italie car les Allemands qu’ils devaient rejoindre ont été stoppés par les Français. L’année 1709 est donc très difficile pour la population de Tarentaise, sommée à la fois de fournir des vivres à l’armée française, et des hommes à l’armée piémontaise.

Et dix de der en 1711 : le 6 juillet, les coalisés passent à nouveau le Mt Cenis. Les troupes françaises, surtout préoccupées de protéger le Dauphiné, sont à Valloire. Victor Amédée II, présent à Termignon, préfère, de nouveau, faire passer ses troupes par le col de la Vanoise pour rejoindre la Tarentaise, plutôt que leur faire risquer de passer par la Maurienne. Delà, Victor Amédée se rend à Conflans, Tamié puis Chambéry, d’où il disperse ses troupes un peu partout en Savoie. En Tarentaise, les Austro Piémontais installent différents postes militaires, notamment à Conflans et tout autour de Moutiers, et vivent aux dépens des habitants. Dans la foulée s’engagent les 1ers pourparlers qui aboutiront au Traité d’Utrecht d’avril 1713, qui donne le titre royal à Victor Amédée II, et lui rend la Savoie.

La 6ème occupation, espagnole cette fois, sera la plus difficile (1742 - 1749). En 1742, s’engage la guerre de succession d’Autriche. Le Duc Charles Emmanuel III, désireux d’agrandir le Piémont au dépens du Milanais, s’allie d’abord avec la France et l’Espagne, puis, se rendant compte que l’Espagne a des visées sur l’ensemble du Milanais, change de parti et s’allie avec les Autrichiens. La réaction franco-espagnole ne se fait pas attendre, et les troupes espagnoles, de passage dans le sud de la France, envahissent d’abord la Maurienne en septembre 1742 (par le col du Galibier), puis Chambéry et enfin Moutiers le 8 septembre, par le col de la Madeleine. En octobre, et malgré l’approche de l’hiver, Charles Emmanuel III, appuyé par l’Autriche prend le parti de contre-attaquer. Il passe le Mt Cenis et atteint Moutiers, évacuée par les Espagnols, en quelques jours.

On notera que l’avant-garde de l’armée de Charles Emmanuel III est commandée par le Baron Du Verger de St Thomas des Esserts, qui a le grade de Général. Les Espagnols se replient en France, dans un 1er temps, sans opposer de résistance. Mais le pari de Charles Emmanuel III s’avère impossible à tenir, car les Alpes forment une barrière très difficile à franchir en hiver. Les renforts espagnols arrivent et ces derniers se mettent à remonter l’Isère. En face, Charles Emmanuel III, dont l’armée est affaiblie par l’arrivée de l’hiver, décide de se replier vers le Piémont. Le gros de ses troupes prend la route du Mt Cenis, le reste, emmené par le Général Du Verger de St Thomas, prend celle de la Tarentaise. Les Espagnols poursuivent Du Verger. Un furieux combat a lieu le 1er janvier 1743 au-dessus d’Aigueblanche. Arrivés à Bourg St Maurice, les Espagnols foncent, par le col de l’Iseran, attaquer les troupes De Charles Emmanuel en Maurienne. L’opération est un fiasco pour ce dernier, qui, du coup, ne reviendra plus jamais en Savoie. Les Espagnols s’installent en Tarentaise et dressent leur QG à Feissons sur Salins, à coté de Moutiers. L’occupation espagnole est très dure, et ne prend fin qu’en 1749.

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