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09.09.2006
La Restauration Sarde 1814 - 1860
Avec le 2ème Traité de Paris (20 novembre 1815), l’ensemble de l’ancien Duché de Savoie revient dans le giron du Roi de Piémont Sardaigne.
Avec Victor Emmanuel, brave homme, mais intellectuellement limité, très anti-français, c’est le retour de l’absolutisme de l’Ancien Régime.
Le 16 décembre 1815, les troupes sardes entrent dans Chambéry au milieu de l’allégresse générale.En fait, plus que la joie, c’est le soulagement qui domine.La Noblesse (qui revient en force) et le Clergé (la vie religieuse redevient, comme avant 1792, la base de la vie civile) sont aux anges.La masse des paysans est également soulagée car le régime napoléonien a coûté cher, en hommes (conscription) et en argent (impôts)En Tarentaise, comme un peu partout en Savoie, la population ne parait pas regretter le régime napoléonien.
Dès janvier 1816, le régime sarde réinstaure les anciennes institutions, notamment les Provinces de l’Ancien Régime et leurs Intendances.Le Gouverneur Général, délégué du Roi, responsable de la sûreté et de la défense est remis en place.Il mène grand train de vie, habite dans le Château ducal de Chambéry.Globalement, les différents Gouverneurs s’occupent peu de la Savoie et ne s’y intéressent pas.
Les Provinces de l’Ancien Régime sont restaurées.A leur tête, comme avant 1792, l’Intendant de Province, digne héritier de son ancêtre de l’Ancien Régime et du Préfet français.Les Intendants de Province ont beaucoup de pouvoirs, sur le plan policier, financiers et matériels, et peu de moyens notamment humains. Ce sont souvent de jeunes fonctionnaires piémontais qui font leurs armes en Savoie, avant de repartir pour le Piémont.
Les Provinces sont au nombre de 9, puis leur nombre est ramené à 7 (1819 et 1836).Seule nouveauté : la Province de Haute-Savoie, créée pour l’occasion, dont le chef lieu est Conflans-l’Hopital qui deviendra Albertville en 1836.
La Province de Haute Savoie comprend 4 mandements:Conflans, Beaufort, Ugine et Grésy.
Esserts-Blay, comme Cevins, La Bathie, Rognaix, St Paul et Tours, font partie du mandement de Conflans, donc de la nouvelle Province de Haute-Savoie (ces communes étaient jusqu’alors rattachées à la Tarentaise, dont le chef-lieu reste Moutiers)
Sur le plan religieux, Chambéry devient Archevêché en 1817.Les 3 autres Evêchés de l’ex-Duché (Annecy, St Jean de Maurienne et Moutiers) sont remis en place entre 1822 et 1825.L’Evêché de Tarentaise est reconstitué par la bulle pontificale du 15 août 1825.St Paul en est l’un des 10 archiprêtrés (il couvre la Basse Tarentaise dont les paroisses de Blay et de St Thomas)
L'Eglise est partout en Savoie, on reconstruit les clochers, on agrandit les églises, le clergé est maître de la morale et de l'enseignement. En 1820, toutes les paroisses ont un prêtre.Dès 1830, elles ont presque toutes un vicaire régent, qui s’occupe plus spécialement des « petites écoles » et des écoles de hameau (ou de quartier).Le revenu moyen d’un curé est celui d’un ouvrier.Globalement, les curés sont proches de leurs paroissiens, ils se considèrent comme berger de leur troupeau de paroissiens, qu’il faut tenir éloigné du péché, du républicanismeIls ont, pour la plupart, une vision réactionnaire, et sont très sourcilleux vis-à-vis des rites et obligations religieuses.
Sur le plan économique, la Savoie est sous développée, vivant quasi exclusivement del’agriculture (96 % de la population).
Les grands travaux commencés sous Napoléon sont arrêtés.
Le protectionnisme asphyxie la Savoie et fait monter les prix.
En même temps, la population croit fortement.
La société est bloquée, ce qui se traduit par une émigration (définitive ou temporaire) record.
Seul point positif, les impôts sont faibles (mais ne sont pas employés en Savoie) et la charge du service militaire légère.
L’administration communale sarde :
Dès le 26 octobre 1814, Victor Emmanuel rétablit l’organisation administrative des communes qui existait avant 1792.
On revient donc à l’Edit du 15 septembre 1738, complété par les Lettres Patentes du 6 juin 1775.
Cela restera en l’état jusqu’au 31 août 1847, date à laquelle Charles-Albert « modernise » l’administration communale.
L’Edit de 1738 prévoit que les chefs de famille « les plus forts en cadastre et plus apparents du lieu » nomment le syndic et 6 – 4 ou 2 conseillers selon l’importance de la commune.Le Syndic est nommé pour 1 an.
Il a peu de pouvoir.
Le vrai homme fort, c’est le Secrétaire, obligatoirement Notaire, nommé par l’Intendant (le Conseil lui propose 3 noms) , et qui peut exercer ses fonctions sur 6 communes au maximum.
Les Lettres Patentes de 1775 prévoit qu’au Conseil ordinaire s’adjoint un « Conseil double » pour traiter des affaires les plus importantes et notamment celles qui ont des conséquences financières.Le Conseil simple propose une liste de personnes pour former le « Conseil double » parmi les plus imposées de la commune, et c’est l’Intendant qui les choisit.
L’Edit du 31 décembre 1815 vise à rehausser la position du syndic, par rapport au Secrétaire. Mais il en fait aussi un instrument du pouvoir central. Le Syndic est désormais nommé pour 2 ans.Dans les communes de moins de 3000 habitants, c’est l’Intendant qui décide (il valide ou non le nom proposé par le Conseil), dans les communes de plus de 3000 habitants, c’est le Roi qui nomme le syndic.
Le Syndic peut voir sa fonction prolongée au-delà des 2 ans, mais uniquement sur décision du Roi.
Les Edits de février 1819 et surtout du 20 mars 1826 marquent l’affirmation du pouvoir central sur la vie des communes : le Conseil communal perd toute compétence en matière budgétaire, le budget étant désormais fait par le Ministère de l’Intérieur. En contrepartie, le syndic est nommé pour 3 ans.1842 marque la grande réforme de l’administration communale.Les communes sont réparties en 3 classes selon leur nombre d’habitants :
- plus de 10 000 habitants
- de 3 000 à 10 000
- moins de 3 000 habitants.
Le Conseil se réunit au complet lors des réunions.
Entre les réunions, un Conseil de créance, comportant 1/10ème des membres de Conseil, remplace le Conseil pour faire avancer les dossiers.
Les habitants les plus imposés représentent obligatoirement les 3/5 des conseillers.
Le reste des conseillers est pris parmi les professions dont on peut penser qu’elles permettent de vivre confortablement (maître d’école, pharmacien etc …).
Enfin, les non-propriétaires doivent représenter 1/20ème des conseillers.
Le syndic est choisi par le Roi pour une durée de 5 ans, renouvelable.
Les vice-Syndics sont nommés pour 1 an , par l’Intendant Général.
Le Conseil communal vote le budget (donc les impôts communaux) et nomme les maîtres et maîtresses d’école, chapelains, médecins, chirurgiens, et sages-femmes.
En 1847-1848, la Savoie est divisée en 2 Divisions, qui correspondent en gros à nos 2 départements actuels, avec chacune Chambéry et Annecy comme chef-lieu (c’est une revanche pour Annecy qui devient l’égale de Chambéry).
Les 7 Provinces sont chacune rattachée à une Division
- 4 dans ce qui correspond aujourd’hui à la Savoie : Savoie Propre – Haute Savoie – Tarentaise – Maurienne,
- 3 dans ce qui correspond à l’actuelle Haute Savoie : Genevois – Faucigny – Chablais),
Les Provinces restent divisées en mandements.
L’année 1848 marque une évolution importante :
- La question de l’unité italienne se pose avec de plus en plus d’acuité (l’Italie est morcelée entre le Piémont, le Royaume de Milanais Vénétie et les Duchés de Parme, Modène et Toscane sous influence autrichienne, les Etats du Pape (Tome) et le Royaume des 2 Siciles (Naples) avec un Roi Bourbon).
Le Roi Charles Albert veut y jouer un rôle.
L’unité italienne passe par l’éviction des Autrichiens.
- Le Roi Louis Philippe est renversé en février 1848 en France, ce qui déclenche des révolutions en chaînes connues sous le nom de « printemps des peuples » ; en Piémont , cela se traduit par une Constitution, le Statuto, qui met en place les fondements d’une monarchie constitutionnelle.
Le débat sur l’avenir de la Savoie (le Piémont ou la France) refait surface.
Le clergé et la noblesse serrent les rangs autour de la Maison de Savoie.
Les libéraux réclament l’annexion à la France.
A partir de 1849, le Piémont s’italianise encore plus nettement, avec le Roi Victor Emmanuel II, qui succède à Charles Albert (suite à la défaite des troupes piémontaises face à l’Autriche), et son 1er Ministre Cavour (1852 – 1861).
Avec la prise de pouvoir de Napoléon III en France (Coup ‘Etat du 2 novembre 1851, puis rétablissement de l’Empire le 21 novembre 1852), les libéraux savoyards profrançais commencent à déchanter vis-à-vis de la France.
Au contraire, les conservateurs catholiques voient d’un très bon œil l’arrivée au pouvoir en France du parti de l’ordre.
On assiste ainsi au début du glissement de la droite savoyarde vers la France, malgré un loyalisme vis-à-vis de la Maison de Savoie qui reste très vif.
La décennie 1850 – 1860 est marquée par la dégradation inexorable des relations entre la Savoie et le Piémont.
La Savoie se sent de plus en plus délaissée, d’autant qu’elle ne profite effectivement pas beaucoup de la relance économique que connaît le Piémont.
Il faut dire que les impôts payés par les Savoyards,seront sur la période 1852 – 1859, presque de moitié supérieurs aux dépenses faites par le gouvernement en Savoie.
Le Duché se sent sacrifié au développement économique et militaire du Royaume et aux visées de la maison de Savoie sur l’Italie.
De plus, le Clergé est de plus en plus déçu par la nouvelle politique, jugée anti-religieuse par le clergé, du gouvernement de Turin.
Les savoyards, toujours très religieux, n’acceptent pas cette nouvelle politique.
A partir de 1855, la conjoncture économique se dégrade fortement en Piémont.En Savoie, la misère revient.
21:25 Publié dans 18 La Restauration Sarde 1814-1860 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note






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