27.08.2006

Le Château de Blay

Cette note est largement inspirée par le travail que Fanny ARNAUD-GODDET a consacré au Château de Blay (Université Lyon II - Maîtrise d'archéologie - Année 1999/2000)

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1. Château ou Maison forte ?

Cet édifice est généralement appelé « Château ». Le qualificatif « maison forte » n’est utilisé qu’aux XVème et XVIème siècle. Il y a des éléments qui laissent penser à un château, mais il faut tempérer, et le terme de maison forte est certainement le plus adapté :

 -          le Seigneur de Blay exerce les 3 justices, la haute, la moyenne et la basse (au moins depuis 1551). Mais cela ne semble concerner  que l’ensemble Blay - St Thomas des Esserts. De plus, Blay est une seigneurie, non une châtellenie.

-          La présence de 3 tours d’angle, symbole très fort du pouvoir, et d’éléments défensifs (meurtrières, archères-canonnières). Mais il n’y a pas de fossés, et la valeur réelle de la fortification reste atténuée par la présence importante de larges ouvertures. Enfin, l’édifice est de taille modeste (275 m2 au sol, mais sur 4 niveaux), et l’étude architecturale montre que les éléments de confort sont nombreux et ont bénéficié d’un effort esthétique (par ex les encadrements). Le caractère résidentiel de ce bâtiment prédomine sur l’aspect défensif.

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2. La date de sa construction est encore inconnue, probablement entre 1390 et 1418.

En 1301, Aymeric d’Avallon reçoit l’autorisation du Comte Amédée de Savoie d’édifier une maison forte, dans les limites du territoire des paroisses de St Paul et de St Thomas des Esserts. Nous ne savons pas s’il l’a fait construire.medium_Chateau_04.jpg

Le 28 juillet 1418 est mentionnée pour la 1ère fois l’existence d’une maison forte à Blay, lorsque l’Archevêque de Narbonne, François de Conzié, est investi comme Seigneur de Blay par le Duc de Savoie.

En 1617, dans l’inventaire après décès demandé par Gaspard du Verger est répertorié un carnet d’arrière-fiefs des rentes dépendantes du château de Blay, daté de janvier 1432. Un document de 1643 indique que Nicod de salins a fait construire le château de Blay il y a environ 200 ans. Il faut analyser ce document avec prudence, car il se pourrait qu’il y ait confusion entre Nicod de Salins, et son grand père François de Salins. Si c’est François qui a fait construire le château, cela a été fait avant 1403, date à laquelle il fait son testament. Si c’est Nicod, la construction date de après 1430 (Nicod est alors pupille) et avant 1479 (il est déjà mort). Enfin, signalons que des essais de datation ont été tout récemment sur des morceaux de bois encore emprisonnés dans la maçonnerie ; un morceau provient d’un épicéa abattu durant l’hiver 1413 – 1414.

Il semble donc bien que la maison forte de Blay ait été construite entre 1390 et 1418, probablement entre 1400 et 1415. Elle a probablement été construite en une seule fois.

3. Description du bâtiment :

medium_Chateau_dessin_Borrel.jpgC’est un bâtiment rectangulaire, qui fait 275 m2 au sol, sur 4 niveaux. A chaque angle, il y a une tour, sauf dans l’angle nord-ouest. Le matériau de base est le schiste, qu’on trouve facilement dans la région

La Maison Forte présente la particularité de n’avoir pas subi beaucoup de transformation pendant les 200 ans environ pendant lesquels elle a été habitée. Les seuls transformations certaines sont postérieures à l'incendie de 1609, lorsque la Maison Forte a fait l'objet d'un essai de rénovation.

Il n'est pas entouré de fossé et ne l'a jamais été (résultat des sondages du début 2003). On ne sait pas où se trouvait l'entrée principale; on est certain que les 2 entrées actuelles n'étaient pas l'entrée principale, qui se trouvait probablement dans la partie nord-ouest qui a disparu.

Au rez de chaussée de trouvaient le cellier et les caves (au sud) et la cuisine, un peu surélevée (au nord).

Le 1er niveau, était l’étage noble, avec 3 pièces avec cheminée, dont une grande salle.

Au 2ème niveau se trouvaient les chambres, au nombre de 5 ou 6.

Le dernier étage était occupé par les greniers.

Les créneaux des tourelles dépassaient de 2 bons mètres le couronnement des murs du 3ème étage. Les latrines étaient dans le tour nord, aux 1er et 2ème étages. La tour sud abritait un pigeonnier (le pigeonnier était un privilège seigneurial). L’entrée se faisait par le coté nord-ouest, avec une sorte de hall d’entrée et un escalier conduisant aux différents étages.

Le bâtiment comprend plusieurs éléments « militaires » (les 3 tours, les créneaux, les meurtrières …). Néanmoins, sa vocation principale est d’abord résidentielle.

En 1574, un contrat d’accensement évoque une chapelle dans la maison forte. Divers documents de 1585 évoquent l’approvisionnement en eau de la maison forte En 1596, le 1er testament d’Antoine Gaspard de Riddes évoque des armes à feu lourdes qui sont entreposées au château. Un contrat d’accensement de 1606 évoque un pigeonnier, ainsi que 2 poêles (1 pour l’été, 1 pour l’hiver)

L’inventaire après décès de 1617, demandé par François du Verger nous apprend beaucoup de choses. Un incendie a ravagé le bâtiment en novembre 1609. La maison forte est en ruine. Le document évoque  4 tours d’angle initiales, dont une (la ouest) a  été complètement détruite par l’incendie. Les 3 autres tours ont fait l’objet de travaux de réfection (toitures d’ardoises neuves, surmontées d’une girouette sur chaque tour). L’inventaire décrit le bâtiment, du moins ce qu’il en reste, et estime l’ensemble 3703 florins et 6 sols (dont 3300 florins pour le bâti et 403 florins 6 sols pour les fournitures métalliques). Aucun meuble n’est mentionné.

Le mystère de la tour nord ouest :

medium_Chateau_Daniel_01.jpgL’inventaire après décès de 1617 indique que cette tour aurait été détruite par l’incendie de 1609. En fait, les sondages faits durant l'hiver 2002-2003 sur le terrain même du Château tendent plutôt à démontrer que cette tour n’a jamais existé. L’architecte E.L. BORREL, dans son ouvrage sur « Les monuments anciens de Tarentaise » (1884), pense que le seigneur qui fit construire le Château se vit refuser par son suzerain le droit de construire cette 4ème tour.

4. L’abandon du château :

Le Château de Blay est encore habité en 1599, puisque le 15 février de cette année, Antoinette de Conflans (de feu Laurent), première épouse d’Antoine Gaspard de Riddes y dicte son testament, et y meurt le 9 décembre (1599).  Mais, en 1606, il est certain qu’Antoine Gaspard de Riddes n’y habite plus puisque le contrat d’accensement qu’il signe précise que le Seigneur de Blay n’habite plus dans la maison forte, à l’exception de 3 venues de 5 jours qu’il pouvait faire chaque année (St Sébastien, St Hyppolite, et au moment de la cueillette des griottes).

En novembre 1609 (on parle aussi du soir de Noël), un incendie ravage le Château. Antoine Gaspard de Riddes habite déjà dans sa maison de Beauséjour à St Paul (le futur Collège), où il meurt en 1616. La Maison Forte a fait l'objet de travaux de rénovation et a peut être été habitée de nouveau puisque l’inventaire pupillaire de 1677 (demandé par Gaspard Antoine du Verger après le décès de son frère François) révèle la présence de meubles sans grande valeur..

Puis le bâtiment a certainement été définitivement abandonné. Son état s'est fortement dégradé puisque, en 1741, le contrat d’accensement entre Philibert du Verger et Filippe Blanc ne prévoit, à la charge de Filippe Blanc, que de maintenir la grange en bon état. Le château semble donc suffisamment délabré pour qu’on ne l’entretienne plus.

5. L’environnement du château :

medium_chateau_sur_la_mappe_sarde.jpgNous savons peu de choses des moyens d’accès. On suppose qu’un chemin partait de la route principale qui allait à St Paul (même tracé qu’aujourd’hui). Au nord ouest, il y a des marais (qui n’ont été asséchés qu’au XXème siècle). Jusqu’au début du XVIIème siècle, on ne sait rien de l’environnement du château.

Le contrat d’accensement de 1606 précise qu’il y a un jardin (pommiers et grenadiers), un verger, des arbres, une tonnelle et une grande vigne sous la maison forte (sans doute au sud est, entre le château et le ruisseau).

L’inventaire après décès de 1617, puis la Mappe Sarde permettent de préciser et valoriser cet environnement. Il y aussi une grange, de taille importante (38m X 10 m), située à une certaine distance de la maison forte

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