26.08.2006
De l'an 1000 à l'an 1350
- A cette époque, la féodalité bat son plein. Le pouvoir est aux mains de Seigneurs, laïcs ou ecclésiastiques, installés dans des châteaux ou dans des maisons fortes. Les Seigneurs nouent entre eux des alliances, le plus faible rendant hommage au plus fort, ce dernier s’engageant à protéger son vassal. Tout en haut de l’échelle « temporelle » se trouve l’Empereur, basé dans l’actuelle Allemagne. Plus un Seigneur a un lien direct avec l’Empereur, plus son pouvoir est reconnu et important.
En Tarentaise, les 2 Seigneurs les plus importants sont, comme on l’a vu, l’Archevêque, basé à Moutiers et à Conflans (puis La Bathie), et le Comte de Savoie, basé entre autres à Salins.
- La naissance et l’essor des communautés (urbaines et rurales) Ces communautés sont l’expression de la solidarité villageoise, solidarité qui s’affirme notamment vis à vis des autres communautés (les rivalités ente communautés ont fait beaucoup de morts), et aussi vis à vis du Seigneur (pour préserver les coutumes et négocier de nouveaux avantages). Elles sont aussi l’expression de la nécessité pour les villageois, en fait les propriétaires uniquement (les « communiers ») de s’organiser entre eux pour gérer les biens communaux et les corvées.
- Comme partout en zone rurale, les habitants de notre secteur vivent de l’agriculture. Depuis l’an 1000, les progrès de l’agriculture permettent aux paysans de nos régions de vivre correctement pour l’époque. Les paysans vivent de la culture et de l’élevage.
On a l’habitude de distinguer, dans le monde paysan, les hommes taillables, qui doivent la taille et la fidélité au Seigneur (leur nombre diminue au fil des ans, le Seigneur préférant les affranchir moyennant paiement), les hommes libres, et les alleutiers, ces derniers possédant des terres en pleine propriété. En fait, c’est d’abord le nombre d’animaux possédés (bœufs et chevaux de trait) qui distingue vraiment les paysans aisés (25 % de la population), des paysans pauvres (10 %) et de ceux qui sont dans la moyenne (65 %). La plupart du temps, le paysan exploite un lopin de terre qu’il loue à un propriétaire, qui peut être le Seigneur, un paysan riche, ou un citadin. On parle alors d’albergement, ou d’acensement (il s’agit d’un bail de longue durée). Quelques paysans sont eux mêmes propriétaires de leurs terres, ce sont des alleutiers.
La situation en Tarentaise
Vers l’an 1000, et jusqu’au début du XIIIème siècle, le personnage le plus puissant en Tarentaise, c’est l’Archevêque, basé à Moutiers.
La vie religieuse occupe alors une place centrale dans vie quotidienne de tous les habitants (cela restera très vrai jusqu’à la Révolution). Elle est aussi la charpente de l’organisation villageoise (souvent, la limite de la paroisse correspond à plusieurs villages – nous dirions « hameaux » aujourd’hui).
En 996, Rodolphe III, dernier Roi de Bourgogne (il cédera sa couronne en 1032 à l’Empereur Conrad II), concède à l’Archevêque de Moutiers Amizio les droits comtaux (le Comte est le représentant du Roi sur un territoire déterminé). L’archevêque est donc Comte de Tarentaise. Mais il est loin de contrôler toute la Tarentaise. Il exerce en fait ses droits comtaux sur le Beaufortain, l’Isère de Conflans au détroit de Siaix, et les Dorons des Belleville et de Bozel. Il s’appuie sur 2 points fortifiés situés à chaque bout de sa juridiction, Conflans, dont il est co-seigneur (et qu’il devra quitter au XIVème siècle – il se repliera alors sur Chantermerle à La Bathie), et le Château St Jacques (Siaix). Mais il ne contrôle, ni l’amont du détroit de Siaix, ni surtout les enclaves de Salins et d’Aigueblanche, qui sont aux mains du Comte de Savoie (qui a donné le Vicomté de Tarentaise à la famille de Briançon). C’est à Salins que les points de friction entre l’Archevêque – Comte de Tarentaise, et le Comte de Savoie, dont la zone d’influence augmente à partir du XIème siècle, seront les plus fréquents et les plus graves.
L’apogée du pouvoir temporel de l’Archevêque se situe au XIIème siècle, grâce à des prélats remarquables, en 1er lieu Pierre II de Tarentaise, 1er abbé de l’abbaye de Tamié (fondé en 1132), et qui, pendant 30 ans (1142 – 1174), va « irradier sa sainteté d’homme de Dieu et de prince la Paix sur l’Europe » (M. Hudry).
Mais l’influence des Comtes de Savoie est en augmentation.
La famille d’Avalon, principale famille noble de Basse Tarentaise (rive gauche)
En Basse Tarentaise, sur la rive gauche de l’Isère, dans le secteur qui nous intéresse, la famille qui compte à cette époque, ce sont les d’Avallon. Ils y sont albergataires immédiats de l’Archevêque.
L’Abbé F. Bernard, dans son ouvrage sur « les origines féodales en Savoie et en Dauphiné », pense que les d’Avallon, comme plusieurs autres familles nobles de la région, sont les descendants du Duc d’Aquitaine Yon, mort en 735. Au VIIIème siècle, les princes indépendants d’Aquitaine avaient été battus par les Carolingiens, Pépin puis Charlemagne. Mais ils ne disparurent pas. En effet, les Carolingiens, princes chrétiens, n’exterminaient pas les vaincus, mais ils éloignaient les familles influentes de leur pays d’origine, quitte à les dédommager, afin de mieux faire la fusion des différentes nations de leur Empire. La race d’Yon aurait pu être transplantée en Viennois et en Bourgogne, et auraient pu avoir comme descendants les familles mentionnées plus haut.
La branche la plus savoyarde est les Romestang d’Avalon, qui sont implantés le long de la route entre Pontcharra et Bettonet et Chamoux, et ont des alleux (biens détenus en pleine propriété) le long du chemin entre les Millières et St Paul sur Isère. Vers 1200, ce sont les Aymeric d’Avallon, sans doute une branche collatérale des Romestang d’Avallon, qui sont les principaux seigneurs sur la rive gauche de la basse Isère. Ils sont albergataires immédiats de l’Archevêque à St Paul, Naves, Cors (Grand Cœur) et en Val de Bozel.
Les paroisses de St Paul et de St Thomas - la 1ère mention de Blay
Sur le plan religieux, nous avons vu que la 1ère paroisse à voir le jour est celle de St Paul (V ou VIème siècle). Puis celle de Rognaix est créée par démembrement de celle se St Paul, probablement vers le VIIème - VIIIème siècle, en tous cas avant 1170 puisque le testament de St Pierre de Tarentaise (1170) mentionne clairement ces 2 paroisses.
Celle de St Thomas des Esserts sera créée un peu plus tard (elle n’apparaît pas dans le testament cité plus haut), certainement vers 1300, en tous cas avant 1344, date elle est citée indépendamment de celle de St Paul. Elle rend hommage à Thomas BECKETT, né vers 1120, Chancelier du Roi d’Angleterre Henri II d’Angleterre, puis Archevêque de Cantorbéry. Thomas BECKETT est, vers 1150, un personnage extraordinairement puissant. Il entre alors en conflit avec le Roi, dont il est jusqu’alors très proche, et se démet de sa charge de Chancelier. Il décide de se consacrer à l’aumône et à la prière. Il est en désaccord avec le Roi, et avec les autres Evêques anglais, car il veut maintenant libérer l’Eglise de la main mise laïque (il avait lui même été désigné Archevêque par le Roi). En 1164, il part en exil. Selon la légende, lui ou sa famille seraient passés près de St Thomas des Esserts. Sur ordre du Roi, il retourne à Cantorbéry, où il est mis à mort dans sa cathédrale le 29 décembre 1170. Il est canonisé en 1173, et son culte se répand très rapidement. Pour compléter le lien avec St Thomas, précisons que la famille d’Avalon, dont une branche est la principale famille noble de la Basse Tarentaise, a donné à l’Angleterre un de ses grands Evêques du Moyen Age, St Hugues d’Avalon, Evêque de Lincoln.
« Esserts » vient du mot latin « Essartum » qui désigne un terrain défriché. La foret de St Thomas a été défrichée, « essartée », vers les XII et XIIIèmes siècles.
La 1ère mention de Blay date de 1257. Le nom vient sans doute de Blasius, qui fut sans doute un important propriétaire dans ce secteur. Nous ne savons rien de Blay à cette époque, si ce n’est que Blay est rattaché à la paroisse de St Paul.
A cette époque, entre 1200 et 1250, les Archevêques de l’ex-Royaume de Bourgogne sont au fait de leur puissance. C’est le cas de l’Archevêque de Tarentaise, qui est à la tête d’un diocèse très important.
Mais la Maison de Savoie (les Comtes de Savoie) a déjà entamé sa marche vers l’expansion et la quasi pleine souveraineté.
La Basse Tarentaise vers 1300-1350:
La Maison de Savoie est en train de s’affirmer comme la principale maison comtale du nord des Alpes.
En Tarentaise, la lutte d’influence entre le Comte de Savoie (en 1300, il s’agit d’Amédée V) et l’Archeveque est en train de tourner très nettement à l’avantage du Comte, au moins sur le plan du pouvoir temporel. En 1337, le Comte de Savoie, Aymon, profitant d’incidents entre Salins (aux mains du Comte) et Moutiers (dirigée par l’Archeveque), fait le siège de Moutiers puis enfonce les portes de la ville et rase les murailles. C’est en dès lors fini du pouvoir temporel de l’Archeveque sur la Tarentaise.
Néanmoins, la pratique religieuse continue d’être la pierre angulaire de la vie des hommes. L’Archevêque gardera longtemps un rôle spirituel très important, d’autant qu’il saura se rapprocher du Comte et avoir une place de choix à la Cour de Savoie.
Sur la rive gauche de la Basse Tarentaise, la famille d’Avalon est la famille noble qui « règne » sur le secteur. Elle est basée à St Paul. St Paul et St Thomas des Esserts sont les 2 paroisses qui concernent notre secteur. La vie religieuse sert plus que jamais de référence pour la vie quotidienne. On ne sait pas grand chose de Blay (dont le nom n’est évoqué qu’en 1257). Il s’agit sans doute d’un hameau situé sur la route reliant St Paul et St Thomas. La Maison forte de Blay n’est à priori pas encore construite, la chapelle non plus.
Sur le plan religieux, St Thomas devient vers cette époque une paroisse de plein exercice (sans doute démembrée de St Paul), Blay est, pour encore 500 ans, rattaché à St Paul.
17:20 Publié dans 04 De l'an 1000 à l'an 1350 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note







Les commentaires sont fermés.