06.04.2008
Traverser l'Isère: bacs et ponts
Esserts-Blay compte 2 ponts enjambant l'Isère, un à la Coutellaz qui permet de rejoindre le chef-lieu depuis la Bathie, l'autre au Vernay de St Thomas qui permet d'aller à Tours en Savoie. Avant la construction de ces ponts, la traversée de l'Isère à Blay ou à St Thomas se faisait en bac. Pour les transports qui ne pouvaient pas emprunter le bac, les habitants de Blay passaient par le pont de St Paul, ceux de St Thomas par celui de Rhônne.
1. Un procès a opposé, entre 1850 et 1856, les communes d'Esserts-Blay d'un coté, et St Paul et Rognaix de l'autre coté, au sujet de la répartition des frais de réparation du pont de St Paul, entre les 3 communes. Les actes du procès, conservées aux Archives départementales, nous apportent de nombreux éléments sur la situation des ponts et des bacs en Basse Tarentaise, entre 1770 et 1850.
L'objet du litige est le suivant: Les frais de construction et de grosses réparations du pont de St Paul ont traditionnellement été partagées entre St Paul, Rognaix et Esserts-Blay dans les proportions suivantes: St Paul 57 %, Esserts-Blay 33 % et Rognaix 10%. La base de calcul de cette répartition était la population de chacune des communes, mais il était admis que la population de St Paul était comptée pour 100 %, alors que celle de Rognaix et d'Esserts-Blay était affectée d'un coefficient de 50 %. En 1849, il faut faire des travaux significatifs à ce pont. La commune d'Esserts-Blay fait savoir qu'elle ne participera pas aux frais. Les arguments d'Esserts-Blay sont les suivants: la commune est en train d'acquérir un pont (celui de la Coutellaz), elle va créer un chemin pour relier ce nouveau pont à la route provinciale, cela va lui coûter cher, et les habitants de la commune n'ont plus, ou ne vont plus, avoir besoin de passer par le pont de St Paul (en tous cas, ils n'auront pas plus besoin d'utiliser le pont de St Paul que les habitants de St Paul d'utiliser le pont d'Esserts-Blay). En conséquence, Esserts-Blay n'a pas à payer pour des travaux dans lesquels la commune n'a aucun intéret direct.
St Paul et Rognaix, qui ont du payer seules les travaux (décision du 30 avril 1851) et se retournent maintenant contre Esserts-Blay pour obtenir le paiement de sa quote-part, ont des arguments contraires: le pont d'Esserts-Blay ne permet pas le passage des voitures (Esserts-Blay répond qu'il n'y a pas de voitures à Esserts-Blay), des grosses charges et des bestiaux, car le chemin qui descend du chef lieu vers le pont est en pente trop raide (Esserts-Blay reconnait que la pente est forte, mais précise que des travaux seront faits pour la diminuer). St Paul fait d'ailleurs remarquer que, en 1856, le pont de St Paul est toujours autant utilisé par les gens d'Esserts-Blay qu'avant la construction du pont d'Esserts-Blay.
Voilà ce que nous apprennent les actes du procès:
Le pont de St Paulest le plus ancien du secteur. Il a été construit en 1770, et sa construction a été financée par les 3 communes de St Paul, Esserts-Blay et Rognaix dans les proportions citées plus haut: St Paul pour 57 %; Esserts-Blay pour 33 %; Rognaix pour 10 %. C'est l'unique pont sur l'Isère du secteur jusque vers 1838. Ce pont a été détruit, par les armées françaises selon les actes du procès, en 1815. Rappelons qu'en juin 1815, dans le cadre de l'épisodes des "Cent jours" de Napoléon, de violent combats ont eu lieu dans la région d'Albertville, entre les troupes françaises et austro-sardes. Le pont a ensuite été reconstruit cette même année année 1815, et cette reconstruction a de nouveau été financée par les 3 communes de St Paul, Esserts-Blay et Rognaix. Il en a été de même en 1825, année au cours de laquelle des réparations ont été faites.
En 1770, la communauté de Blay (Esserts-Blay n'avait pas encore créée) entretenait un service de bac, en aval du pont du St Paul (certainement à l'endroit où a été construit le pont de la Coutellaz), pour ses communications avec Conflans et l'Hôpital (devenus Albertville en 1836). C'est pour cela que, dans la clé de répartition du coût de la construction puis des réparations du pont de St Paul, basé, rappelons le, sur la population de chacune des communes, il a été admis que la part d'Esserts-Blay bénéficierait d'un coéfficient de 50 %, contre 100 % pour St Paul.
Vers 1838a été construit (en fait re-construit - voir plus loin) par souscription, le pont de la Coutellaz. Ce pont a donc d'abord appartenu à des personnes privées, avant d'être cédé gratuitement, en 1853, à la commune d'Esserts-Blay (lire plus loin). Ce pont s'est substitué au service de bac assuré jusqu'alors au même endroit. On peut supposer qu'en même temps a été tracé le chemin qui relie le chef-lieu de Blay au pont de la Coutellaz, l'actuelle fameuse "montée de Blay". De l'autre coté de l'Isère, le chemin qui, à l'époque (les années 1840 - 1850) rejoint la route provinciale ne file pas sur la Bathie, comme c'est le cas aujourd'hui (CD n° 66), mais longe l'Isère sur sa rive gauche jusqu'à Tours. C'est ce que montre le plan des chemins existant en 1850, établi par l'Agent Voyer (la DDE de l'époque), dans le cadre du procès en question. L'Agent Voyer évoque d'ailleurs deux chemins (un seul est noté sur le plan), "qui traversent des propriétés privées et n'offrent qu'un passage sans caractère de stabilité", à cause des contestations de propriétaires et de la perméabilité du sol (terrain sabloneux et submersions partielles). Nous évoquons la construction du Chemin de moyenne communication n° 66 (l'actuel RD n° 66) dans un autre chapitre; il ne sera construit que dans les années 1865 - 1867.
Le rapport de l'Agent Voyer, destiné à éclairer la justice dans le cadre du procès, donne d'autres informations précieuses sur les voies de communication existantes dans les années 1850: la distance entre le chef-lieu d'Esserts-Blay et le pont de St Paul est de 3 400 m. La viabilité du chemin entre les deux est qualifiée de "passable", avec une "rampe parfois un peu forte". Le chemin entre le chef-lieu d'Esserts-Blay et le pont de la Coutellaz est "en bon état et commode". Il est large au départ de 2.30 m, puis de 1.15 m aux abords du pont. Les derniers 500 m sont à 40 % de déclivité. Le pont d'Esserts-Blay est "d'une solidité suffisante eu égard aux poids des transports qu'on peut y faire". Le rapport évoque ensuite le chemin, pas très aisé, qui longé l'Isère en rive droite pour rejoindre Tours (voir plus haut). Il précise enfin que, malgré les difficultés, c'est par là, non que passent les habitants d'Esserts-Blay.
Voilà ce que nous apprennent les actes du procès Esserts-Blay contre St Paul et Rognaix de 1850 - 1856. On notera que le problème du refus de la commune d'Esserts-Blay de participer aux frais de réparation du pont de St Paul s'est déjà posé au printemps 1803. Le 11 mai 1803 (21 floréal an XI), le Sous-Préfet écrit au maire de St Thomas des Esserts et Blay pour lui faire part de souhait du Conseil municipal de St Paul de faire participer Esserts-Blay et Rognaix aux frais de la nécessaire réparation du pont de St Paul. Le Sous-Préfet demande au Conseil municipal d'Esserts-Blay de se positionner sur, la nécessité de cette reconstruction, la répartition de la dépense entre les 3 communes, les moyens d'excuter les travaux, et comment financer ces dépenses. Le Conseil d'Esserts-Blay délibère le 17 mai suivant. La reconstruction du pont de St Paul ne lui semble nécessaire qu'à la seule commune de St Paul, et éventuellement à Rognaix et à Cevins. Les habitants d'Esserts-Blay n'y passent que rarement. D'autre part, la commune, qui a peu de moyens, entretient déjà "un pont ou un bac, sous la Combe" (donc à la Coutelaz), et a d'autres dépenses plus indispensables. Toutefois, pour marquer sa bonne volonté et "maintenir l'harmonie qui a toujours existé, et pour aider la commune de St Paul avec laquelle elle était "anciennement réunie par le spirituel" (cette affirmation ne concerne que Blay, pas St Thomas), Esserts-Blay se propose de fournir une partie du bois nécessaire aux travaux.
2. Concernant les 2 services de bac sur l'Isère:
Il a existé 2 services de bac pour traverser l'Isère, un à Blay, l'autre à St Thomas. Comme nous l'avons vu plus haut (cf: le procès Esserts-Blay contre St Paul), un service de bac existait déjà en 1770 au niveau de la Coutellaz, là où se trouve l'actuel pont d'Esserts-Blay. Il a certainement de fonctionner quand le pont de la Coutellaz a été construit, vers 1838. Je n'ai pas trouvé d'autres documents évoquant ce service de bac, à part un courrier du Maire d'Esserts-Blay, du 20 octobre 1814, destiné à l'Intendant de la Province (l'équivalent de notre Sous-Préfet), relatif aux mesures prises pour éviter la propagation d'une épizootie animale. Ce courrier évoque aussi un bac à St Thomas, mais on comprend dans ce document, qu'il est tenu par un ou des bateliers de Conflans. Peut être était situé plus en aval du lieu où a été construit le pont de St Thomas à la fin du XIXème siècle.
Aux archives départementales et aux Archives diocésaines sont conservés plusieurs documents concernant le bac de St Thomasdans les années 1850 - 1860. Le 14 mars 1852, le Conseil délégué de la commune d'Esserts-Blay (le Syndic est Martin REY, le Secrétaire est Maxime METRAUX), constatant la nécessité, urgente, de reconstruire le bac communal de St Thomas (300 Livres ont déjà été budgetés, dont 200 sur le résidus de 1850 et 100 sur le budget de 1852) décide de demander un devis à François LENNOZ GRATIN, maître charpentier à la Bathie. Nous apprenons par ce document que le bac est communal et qu'il est en mauvais état depuis au moins 1850. On ne sait pas ce qu'il s'est passé durant l'année 1852. Le devis (ou cahier des charges) de François LENNOZ GRATIN date du 14 février 1853. L'Intendant de la Province (équivalent du Sous-Préfet) autorise les travaux le 2 avril 1853. L'adjudication des travaux est prévue pour se tenir le dimanche 24 avril, "à 11 heures du matin, soit à l'issue de la messe paroissiale", dans la salle consulaire. Elle doit se faire aux enchères publiques "à l'extinction de la bougie vierge". On part du prix maximum, certainement celui du devis, soit 418 livres et 5 centimes, et c'est celui qui proposera le prix le plus bas à l'extinction de la bougie qui emportera le marché. Pour pouvoir concourir, il faut être charpentier "capable d'une construction de ce genre" et fournir une caution solvable. Le mieux-disant sera Claude CONVERT, maître charpentier né et domicilié à la Bathie. Son prix: 400 Livres. Son cautionnaire, agréé par la commune, est Hippolyte PERONNIER, d'Esserts-Blay, fils de défunt Claude.
Apparemment, les choses n'ont pas du se passer comme prévu. Un courrier du 19 août 1861 de la Sous-Préfecture d'Albertville au Maire d'Esserts-Blay nous apprend que le Conseil Municipal a voté, le 11 août, la construction du bac de St Thomas, "d'après le nouveau projet que vous (la commune) avait fait établir, le 1er n'ayant pas été mis à exécution, faute de trouver un repreneur".
Le compte rendu de la visite pastorale, en 1855, de l'Evêque de Tarentaise, dans la paroisse de St Thomas, nous apprend que le Curé est astreint, depuis quelques années, à faire son tour de rôle pour le service du bac sur l'Isère. L'Evêque trouve cela "peu en rapport avec la dignité de sa fonctioné, même si le Curé fait faire cette corvée par une personne de service. Il fait part de son souhait de voir le Curé en être bientôt dispensé.
3. Concernant les 2 ponts de la Coutellaz et de St Thomas, ils ont des points communs: au moment où se déclenche la 1ère guerre mondiale, ils sont en bois et en très mauvais état. La faiblesse des moyens financiers de la commune, même si le Département et l'Etat subventionnent fortement ce type d'investissement, fait qu'il faut rogner sur tout. Et en plus, il faut reconstruire les 2 ponts presque en même temps. Les Archives ont conservé plus de documents sur les de reconstruction du pont de St thomas que sur ceux du pont de la Coutellaz. Les 2 ponts sont reconstruits en fer dans les années 1926 - 1927, ce qui veut dire que la population a du faire avec 2 ponts en très mauvais état pendant plus de 15 ans.
Un pont existait à Blay en 1795. Le Conseil municipal de la commune des Esserts et Blay du 10 mai 1795 (21 Floréal an III) évoque l’urgente et impérieuse nécessité de le réparer. Sa localisation exacte n’est pas donnée avec précision. La seule chose certaine, c’est qu’il est sur le territoire de Blay. Ce pont est utilisé par les habitants pour aller entretenir les champs qu’ils possèdent sur la rive droite de l’Isère, pour communiquer avec Tours et la Bathie, et pour se rendre aux fores et marchés de Conflans. C’est « l’impétuosité de la rivière » qui lui causent des dégâts. Les travaux de réparation sont détaillés et chiffrés à 1200 (livres ?francs ?).
On peut penser que les travaux de réparation n’ont pas été réalisés et que le pont a été détruit dans les dernières années du XVIIIème siècle. En effet, selon le compte-rendu du Conseil municipal du 18 août 1802 (30 thermidor an X), « la commune est dans l’urgence de faire construire un pont sur l’Isère ». La dépense est évaluée à 1 000 (livres ? francs ?). Il est probable que ce pont n’a pas été re-construit à cette époque, mais ce n'est pas certain. En effet, la délibération du Conseil Municipal du 19 décembre 1805 précise que la commune entretient une barque (un bac), qui est alors le seul moyen de communication avec la rive droite de l'Isère. Mais celle du Conseil du 11 mars 1806 nous apprend que la commune entretien un pont et une barque. Et celle du Conseil du 31 août 1808, consacré au problème de la participation de la commune aux frais de réparation du pont de St Paul n'évoque que la barque.
Comme on l'a vu plus haut (cf: le procès Esserts-BLay contre St Paul), le pont de la Coutellaza été re- onstruit, en bois, par souscription auprès des habitants, vers 1838.
Un document notarié du 14 février 1853 atteste que ce pont appartient alors à 23 co-propriétaires différents, tous, sauf un, étant domiciliés à Esserts-Blay. Cet acte constate la transaction suivante: les 23 propriétaires cèdent, irrévocablement et gratuitement, "l'intégralité du pont et de ses dépendances" à la commune d'Esserts-Blay sous les conditions suivantes:
- "la communauté entière est chargée de l'entretien et du maintien à perpétuité du-dit pont.
- il ne pourra jamais être établi un péage pour les habitants de la commune.
- la commune fera établir à ses frais un chemin dès le-dit pont à la route provinciale."
Ce dernier point est à souligner: le "chemin d'interet commun n° 66, qui reliera la Bathie, Esserts-Blay par le pont de la Coutellaz, St Paul, Rognaix et Feissons (c'est l'actuel CD n° 66) ne sera construit, en plusieurs tranches, qu'à partir des années 1860. La "montée de Blay" a été aménagée en 1867. Le seul chemin existant à l'époque est celui porté sur le plan de 1850: il longe la rive droite de l'Isère et rejoint la route provinciale à Tours.
En 1913, il est toujours en bois, et en mauvais état, comme celui de St Thomas. Un rapport de l'agent voyer cantonal, daté du 8 septembre 1913, nous apprend que, suite à une importante crue de l'Isère (suite à la fonte des neiges et aux fortes chaleurs), "la solidité de cet ouvrage nous parait bien compromise par suite de l'état de vétusté des bois du tablier et du mouvement de certaines palées". En conséquence, le Préfet prend, le 9 septembre 1913, un arrêté stipulant que "les conducteurs de véhicules de toute nature devront traverser le pont au pas" et que "les voitures seront attelées d'un cheval seulement et ne pourront être chargées de plus de 1000 kilogrammes". On notera (voir plus loin au sujet du pont de St Thomas) que le même arrêté a été pris en 1910 pour le pont de St Thomas. Dans les mois qui suivent, la situation se dégrade encore puisque, le 9 mars 1914, le Préfet interdit aux piétons et aux véhicules de traverser le pont d'Esserts-Blay. L'interdiction a du être levée quelques semaines plus tard, car le Bulletin paroissial d'août 1914 précise que le pont de Blay est utilisé, notamment par les gens de St Thomas (le pont de St Thomas s'est écroulé à la fin de l'été 1913). Il est néanmoins en mauvais état car le Bulletin note:"Mais voici qu'après le chétif pont de St Thomas, le colosse pont de Blay lui aussi se prend à trembler sous les coups répétés des flots de l'Isère, très tumultueux en ce moment. Il a tout l'air, lui aussi, de faire un terrible plongeon dans l'eau et d'aller rejoindre son petit collègue de St Thomas."
Les sources manquent ensuite pour savoir ce qu'il s'est passé. On peut penser qu'avec la mobilisation de 1914, les travaux de reconstruction du pont de la Coutellaz n'ont pas commencé. Les documents conservés aux Archives Départementales sont beaucoup plus nombreux sur le problème de la reconstruction du pont de St Thomas que sur celui de la reconstruction du pont de la Coutellaz. Peut être parce que la reconstruction du pont de la Coutellaz allait plus de soi que celle du pont de St Thomas.
En tous cas, la reconstruction du pont de la Coutellaz est inscrite dans le programme des travaux de 1923 (avec, à la clé, une subvention de l'Etat de 50 000 francs - cette subvention sera ramenée à 30 000 francs en 1926 - courrier de l'Ingénieur des Ponts et Chaussées de Moutiers au Maire d'Esserts-Blay du 18 juin 1926).
Le 5 février 1924, ce même Ingénieur écrit au Maire d'Esserts-Blay que "l'adjudication (des travaux) du pont de l'IC n° 66 (le pont de la Coutellaz) a été infructueuse", et que les Ponts et Chaussées ont contacté 3 entreprises pour pouvoir traiter de gré à gré. L'Ingénieur pense que les travaux pourront commencer d'ici 1 mois ou 2, avec l'espoir que le pont soit ouvert à la circulation d'ici la fin 1924 ou le début 1925 (le reste du courrier est consacré au pont de St Thomas).
Dans les faits les choses trainent. Un brouillon de courrier, daté du 16 mars 1926, destiné au Maire d'Esserts-Blay, certainement écrit par une personne des Ponts et Chaussées donne des explications sur le retard, du au manque de main d'oeuvre disponible, et lance un véritable "appel au peuple d'Esserts-Blay" pour fournir cette main d'oeuvre manquante, afin que les travaux qui doivent être faits avant la période des crues, soient réalisés:"Les travaux du pont de Blay n'avancent pas assez rapidement faute de personnel. L'entrepreneur comptait sur des Italiens. Ces derniers restent en Italie à cause du change trop bas en France. Les usines de Briançon et d'Arbine accaparent les travailleurs disponibles de La Bathie et Cevins. Les 15 derniers jours qui viennent sont décisifs. Pour l'entrepreneur, l'arrêt de la pile gauche n'a pas une importance appréciable car avec la pile droite et les culées, il aura du travail pendant la crue d'été et il terminerait le pont en octobre à la baisse des eaux.
Il n'en va pas de même pour la commune. Si nous sortons la pile rive gauche hors de l'eau avant la crue, nous aurons le pont ouvert 4 mois plus tôt. Il importe donc que les habitants d'Esserts-Blay comprennnent la situation, et assurent à l'entrepreneur une moyenne de 15 ouvriers. Ceci jusqu'au 31 mars. Je repète que l'interet de la commune est seul en jeu. Je suis persuadé que le Conseil Communal comprendra la situation et que, s'il le faut, il organise un roulement pour assurer les 15 hommes chaque jour..."
Comme à St Thomas, le pont est construit en fer. Il semble qu'il ait été terminé en 1927.
Il va tenir jusqu'au printemps 1980, date à laquelle il est en partie emporté par une grosse crue de l'Isère. Toute la région a subi duarnt plus jours orages et pluies diluviennes. Il est reconstruit en dur au même endroit. Il réouvre à la circulation en 1983. Les travaux se montent à 4 millions de francs.
Le pont de St Thomasa été construit après 1876, puisqu'il n'apparait pas sur le cadastre fait cette année. Je n'ai pas trouvé de documents concernant sa construction.
Nous avons plus d'éléments concernant ce pont à partir des années 1910. Le pont est alors en mauvais état, comme celui de la Coutellaz. Le 27 juin 1910, la Préfecture de la Savoie, "considérant qu'il importe de prendre, jusqu'à la réfection du pont de St thomas, les mesures destinées à assurer la sécurité de la circulation, prend un arrêté stipulant que "les conducteurs de véhicules de toute nature devront traverser le pont au pas", et que "les voitures seront attelées d'un cheval seulement et ne pourront être chargées de plus de 1000 kilogrammes" (le même arrêté sera pris en 1913 pour le pont de la Coutellaz). Puis un courrier, du 10 septembre 1912, de Félix CHAUTEMPS, Député d'Albertville, au Maire d'Esserts-Blay, évoque une subvention départementale pour le pont de St Thomas qui risque de n'être accordée que dans un délai très long. Ce courrier nous donne le plan de financement des travaux, tel qu'il avait été envisagé: 55 000 francs de travaux, à financer par la commune (5957.50 francs), le département (5722.50 francs - c'est la subvention pour laquelle Félix CHAUTEMPS se fait du soucis), et l'Etat (43320 francs). En 1913, les choses avancent. Différents documents évoquent la reconstruction du pont de St Thomas, prévue dans le programme vicinal (la DDE de l'époque s'appelle "Ponts et Chaussées et service vicinal"). Le bulletin paroissial d'août 1914 évoque l'écroulement, à la fin de l'été 1913, du pont de St Thomas, "sous les vagues impétueuses de l'Isère". Cet écroulement oblige les habitants de St Thomas qui veulent aller à Albertville ou à Tours à passer par le pont de Rhônnes, tandis que ceux qui veulent se rendre à la Bathie ou à Moutiers doivent emprunter celui de Blay (qui est donc en moins mauvais état).
Un accord de subvention pour la reconstruction du pont de St Thomas est donné par le Ministre de l'Intérieur le (...) 1913, pour 20 000 francs. Les travaux de reconstruction démarrent en décembre 1913, et sont confiés aux entreprises BROCHOT, de Paris (construction des piles) et CALDERINI, de St Paul (construction du tablier). Les travaux sont interrompus par la mobilisation générale d'août 1914. Un différent financier éclate en 1915 entre l'Administration et l'entreprise BROCHOT, qui ne sont pas d'accord sur le chiffrage des travaux effectués (16 933.22 frs contre 42 967.35 frs). Un rapport du Service Vicinal du Département, écrit en 1926, précise que les travaux exécutés à l'époque (construction d'une partie des piles) n'avaient pas donné satisfaction (les ouvrages réalisés auraient été emportés par les eaux). La guerre finie, se pose de nouveau le problème de la reconstruction du pont de St Thomas. Le projet est inscrit dans le programme d'investissement du Conseil Général de la Savoie pour l'année 1921. Mais il faut d'abord régler le litige financier avec l'entreprise BROCHOT, ce qui semble quasiment réalisé en mai - juin 1923 - courrier de l'Agent-voyer d'arrondissement au Maire d'Esserts-Blay, du 16 mai 1923 - lettre signée BROCHOT du 26 juin 1923).
En août - septembre 1923, alors que l'on semble s'acheminer vers une solution et un prochain redémarrage de travaux, une polémique éclate: Le Conseil d'arrondissement d'Albertville, lors d'une session tenue en août, fait remarquer que ... les 2 ponts d'Esserts-Blay et de St Thomas, distants de 2600 m, feraient double emploi le jour où les agglomérations de St Thomas et d'Esserts-Blay, seraient reliées sur la rive gauche par une route carrossable (rapport de l'Ingénieur d'arrondissement des Ponts et Chaussées du 1er septembre 1923). Eh oui! La route actuelle qui relie le pont d'Esserts-Blay à St Thomas, n'existe pas encore. Pour aller de Blay à St Thomas, on emprunte encore le chemin qui passe par la Combe. Donc, dans la foulée, Le Conseil d'arrondissement emet le voeu que l'Administration étudie si cette route ne pourrait pas être exécutée en lieu et place du pont de St thomas, et à moindres frais. Et le Conseil Général demande aux Ponts et Chaussées de faire un rapport sur le sujet.
L'émoi à Esserts-Blay a du être considérable, et la désapprobation de la commune remontée à qui de droit. En tous cas, le 17 septembre (1923), le Conseil d'arrondissement d'Albertville étudie la question "de plus près" (rapport des Ponts et Chaussées au Préfet, du 20 septembre 1923) et "se rallie à l'avis de la commune et émet le voeu que la construction du pont soit poursuivie avec la plus grande rapidité possible" (même rapport du 20 septembre 1923). Le projet de reconstruction du pont est sauvé.
Un courrier des Ponts et Chaussées au Maire d'Esserts-Blay, daté du 5 février 1924, nous apprend que le litige avec l'entreprise BROCHOT est définitivement réglé, et qu'une solution a été trouvée pour reconstruire le pont rapidement, et, c'est important, à moindres frais: il sera reconstruit en pont métallique (pont dit "PIGEAUD"). Les travaux ne devraient durer que 2 à 3 mois, et le pont réouvert à la circulation dans le courant de l'année 1924. Parallèlement, et le courrier des Ponts et Chaussées y fait référence, des travaux sont à engager sur l'autre pont, celui de la Coutellaz (nous en reparlerons), ce qui n'arrange pas les finances de la commune.
Concernant le pont de St Thomas, tout semble prêt. Encore faut il trouver des entreprises prêtes à réaliser les travaux dans le budget imparti. Hélas, le budget est tellement serré (les ressources de la commune sont très limitées, même si le projet est subventionné) que 2 essais d'adjudication restent infructeux (9 octobre 1924 et 4 juin 1925). C'est finalement l'entreprise MACIOTTA Gustave, de Moutiers, qui se voit confié le marché, passé de gré à gré, le 28 novembre 1925 (après un rabais de 5 % quand même!). Les travaux démarrent le 15 janvier 1926 et "sont menés activement" durant l'hiver et le printemps 1926.
Le 31 mai 1926, entre 1h30 et 5h du matin, catastrophe: une crue de l'Isère emporte la pile rive droite et les tabliers des 2 travées rive droite. Extrait du rapport des Agents-Voyers qui se sont rendus sur place et ont recueilli des témoignages: "Le dimanche 30 mai est le 1ère journée chaude de l'année. Les eaux sont montées dans le cours du jour. Le chef de chantier de l'entrepreneur avait enlevé le matériel (madriers, planches, outils) qui se trouvait sur les 2 rives, et qui était susceptible d'être emporté par la crue; il avait laissé en place la charpente de la travée rive droite, et quitté le chantier à 16 heures pour prendre le train qui monte à Moutiers. Aucune consigne n'était donnée pour surveiller le pont pendant la nuit. Vers minuit, un orage éclatait sur Albertville et sur la Tarentaise. Entre minuit et 1 heure (31 mai), Mr TARTARAT CHAPITRE Gabriel de St Thomas, passant le pont, constata que les eaux, ne trouvant plus passage sous le tablier, commençaient à effleurer le dessus du tablier contre lequel elles tapaient; il a ressenti que le tablier était fortement secoué. Mr REY Séraphin, compagnon de route de Mr TARTARAT, a fait une déclaration analogue à la Gendarmerie. A1h30, le garde-barrière du passage à niveau PLM situé à 150 m du pont entendit un violent craquement. Au matin, entre 5h et 6h, il s'aperçut que la pile rive droite avait disparu." Rapidement, les Ponts et Chaussées construise une passerelle pour les piétons. Mais il faut finir les travaux. L'accident du 31 mai se traduit par un surcoût de 91 900 francs, sur un budget de départ de 239 000 francs. Ce surcoût sera subventionné par une subvention de l'Etat de 62 492 francs (68 %) (lettre du Ministre de l'Intérieur du 27 novembre 1926), le reste étant à la charge du Département et de la Commune. Le nouveau pont de St Thomas (pont métallique "PIGEAUD" avec une seule travée de 45 m - avant l'accident, il devait comprendre 2 travées, ce qui, apparemment, coûtait moins cher) semble avoir été opérationnel dans le courant 1927.
Ce pont durera jusqu'au début des années 2000, date de construction du pont actuel (point à développer un peu plus).
Un projet de pont au Vernay?
Le rapport des Ponts et Chaussées sur la destruction du pont de St Thomas, en cours de reconstruction, du 31 mai 1926 évoque également (page 13) un projet de pont du même type (pont métallique, sur une seule travée), que la commune souhaitait faire construire 4 kms en amont de celui de St thomas (soit 1.4 kms en amont du pont de la Coutellaz, ce qui correspond à la plaine du Vernay). Ce projet a été rejeté par le Ministère en raison de son prix. Je n'ai pas plus d'infos sur ce sujet.
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