17.11.2008

Au fil des conseils municipaux 1793 - 1850

Quelques anecdotes et faits divers relatés dans les comptes rendus de conseils municipaux de 1793 à 1850 environ, classés d’abord par ordre chronologique, puis par thème:

 

Mai 1793: La commune  de Saint Thomas (Blay s'est détachée de Saint Thomas en mars) doit fournir des "volontaires" pour aller défendre la France avec le contingent de l'Armée des Alpes

Conseil municipal du 9 mai 1793, à la cure: Le Conseil, après mûres réflexions, décide de choisir les "volontaires" dans les familles les plus aisées et les plus nombreuses du village, ceci afin de "moins préjudicier pour la culture des terres. Le Conseil désigne ("élit") Louis LASSIAZ, 20 ans, fils de Gaspard, et Thomas BOCHET, 19 ans, fils de Joseph. "L'élection" est ensuite déclarée nulle pour n'avoir pas été formée de la manière par la loi, c'est à dire pour n'avoir pas laissé opter le mode d'élection aux garçons.

Conseil municipal du 16 mai 1793, toujours à la cure de Saint Thomas: cette fois, le Conseil fait les choses dans les règles. Il fait assembler tous les garçons et veufs sans enfants, âgés de 18 à 40 ans, et mesurant 5 pieds au minimum. 3 ont la taille requise: Louis LASSIAZ, Humbert GIROD, et Thomas BOCHET. Le sort désigne Thomas BOCHET et Louis LASSIAZ.

Peu de temps après, l'Armée a besoin de renforts. Le Conseil a fait savoir que la commune n'a plus de "volontaires" répondant aux critères pour être "élus".

Conseil municipal du 29 juin 1793: Pierre GROGNET, un des commissaires adjoints pour le recrutement des volontaires pour l'Armée des Alpes vient à Saint Thomas pour vérifier qu'il ne reste plus aucun garçon ou veuf sans enfants éligibles, pour le complément de volontaires que doit fournir la commune. Pierre GROGNIET procède à l'appel des garçons. 4 "candidats" sont présélectionnés. Pierre GROGNIET mesure chacun des 4, et peut constater qu'aucun ne mesure les 5 pieds requis.

  

Septembre - octobre 1793: le quartier de Blay accusé de rébellion et d’incivisme envers l’armée française.

Compte rendu du conseil communal de Blay, daté de fin septembre ou octobre 1793 (10ème jour de la seconde décade de la seconde année de la république – la seconde année démarre théoriquement le 22 septembre 1793) :

Il ne concerne que le quartier de Blay, qui, du printemps 1793 au printemps 1794, semble  être parvenu à devenir une municipalité autonome, c'est-à-dire indépendante à la fois de St Thomas et de St Paul. La Savoie est devenue française suite à l’entrée des troupes françaises en septembre 1792. La révolution bat son plein. Les troupes sardes sardes, aidées par les autrichiens, ont lancé une contre-attaque, en Tarentaise, en Maurienne, et dans la vallée de l’Arve, en vue de reprendre la Savoie. Des combats importants se déroulent dans notre région, dans le secteur de la Roche de Cevins. Finalement, les troupes austro sardes sont définitivement repoussées vers l’Italie au début du mois d’octobre 1793.

Le quartier de Blay est alors accusé officiellement de rébellion et d’incivisme envers l’armée française. Le maire de Blay, Jacques Fontaine, et les deux officiers municipaux, Jacques Glaizat Blanc et Claude Teillier sont convoqués par les autorités à Conflans. Le quartier de Blay est condamné à payer une amende calculée sur une quote part de ses impôts fonciers. Le maire et les officiers municipaux font part de leur surprise. Ils ignorent les marques de rébellion et d’incivisme qui sont reprochés aux habitants de Blay. Au contraire, ils attestent qu’aucun habitant de Blay n’a jamais pris les armes contre la Révolution, ni favorisé l’arrivée ou le séjour de l’ennemi, ni fait aucun commerce avec lui. Ils précisent même que les relations entre les habitants de Blay et les troupes françaises présentes au col de Basmont ont toujours été très bonnes : les militaires venaient quotidiennement s’approvisionner dans les montagnes appartenant aux habitants de Blay, et ces derniers leur ont toujours fourni tout ce dont ils avaient besoin. Il en a été de même pour les patrouilleurs qui se rendaient dans les hameaux du quartier. Nous apprenons dans ce document que la seule fois que les ennemis austro sardes ont été vus dans le secteur, c’est le jour où « ils ont coupé la corde de la barque (du bac) ». Le maire continue son plaidoyer en faveur des habitants de Blay en certifiant que les habitants n’ont jamais fait aucune action qui puisse être qualifiée de contre-révolutionnaire.

Il termine en rappelant que le quartier de Blay n’est pas une commune séparée. Il dépend toujours de St Thomas des Esserts pour le temporel et de St Paul pour le spirituel. On peut penser que l’argument n’est mis en avant que pour éviter l’amende, car, depuis plusieurs mois, les habitants de Blay font le forcing pour justement obtenir que leur quartier ne soit plus rattaché, ni à St Thomas, ni à St Paul. En tous cas, dans le cas d’espèces et pour éviter l’amende, il vaut mieux que le quartier de Blay n’a aucune autonomie, et que, par conséquent, il sera donc très difficile de calculer, si la condamnation est confirmée, la quote part des impôts fonciers de ce quartier.

Le maire conclue en demandant à l’administration de leur communiquer les motifs de l’accusation de rébellion et d’incivisme, et atteste que « les habitants du quartier (de Blay) ont toujours donné des preuves d’un vrai patriotisme en toutes circonstances, et ont toujours satisfait avec zèle à toutes les réquisitions qui leur ont été faites pour le service de l’Armée de la République ». Nous ne connaissons pas la suite qui a été donnée à cette accusation.

 

1er mai 1801 (11 floréal an IX): la commune a des problèmes avec des débiteurs. Le Conseil, sous l'autorité du maire Joseph BOCHET et de l'adjoint Jean BLANC, demande l'autorisation de poursuivre les débiteurs. Ces débiteurs sont:

- Louis TELLIER, de la Bathie, qui 2 686.13 livres, suite l'achat d'un terrain le 11 juin 1777, achat toujours pas réglé

- Jean François BLANC, qui, en qualité d'adjoint, a exigé 390.14 pour des réparations faites au chemin de la Grande route (le chemin Blay - La Combaz - Saint Thomas), mais ne les a pas redistribués

- Jacques FONTAINE TRANCHANT, percepteur de la commune en 1792 et 1793, qui a redonné des assignats à la commune alors qu'il avait eu du numéraire (le litige porte sur 739)

- Le même Jacques FONTAINE TRANCHANT, qui a exigé 450 en assignats pour la réparation des chemins et ne les a pas redistribués

- Toujours le même Jacques FONTAINE TRANCHANT, qui s'est fait payer 2 censes de 41.10 pour le fermage d'un fonds communal à Joseph GONTHIER de Saint Paul, somme qu'il n'a pas redonnée

On notera que les démélés entre la commune et Jacques FONTAINE TRANCHANT, l'ex-percepteur, sont souvent évoqués lors des sessions du Conseil municipal. Jacques FONTAINE TRANCHANT semble être certain de son bon droit et refuser tout compromis avec la commune.

 

2 mai 1802 (12 floréal an X): Affermage de la montagne du Darbelay. La montagne du Darbelay est le principal bien appartenant à la commune de Saint Thomas et Blay. Jusqu'alors, la montagne était à la libre disposition des habitants, qui devaient respecter certaines règles (par exemple, selon une délibération du 10 mai 1795 concernant l'ensemble des communaux , ne pas y monter les bêtes avant une certaine date, le 11 juin par exemple pour l'année 1795). En 1802, un débat a lieu dans la commune sur la question suivante: faut il continuer à mettre la montagne du Darbelay à la disposition des habitants, ou faut il la louer à un fermier qui paierait une redevance ? Selon le Conseil, la majorité de la population est favorable à l'affermage de la montagne du Darbelay. Le Conseil soupçonne même la minorité qui s'y oppose de le faire uniquement pour des raisons d'intérêt personnel. En effet, selon le Conseil, les opposants, peu nombreux, sont les personnes qui possèdent des propriétés voisines des communaux, et, qui, donc, ont abusivement jouit de ces communaux. Le Conseil, privilégiant l'intérêt commun à celui de quelques particuliers, demande au Sous-Préfet d'autoriser la commune à acenser la montagne du Darbelay. L'acensement se fera par enchères. Cette autorisation a été donnée, puisque, depuis cette date et pendant tout le XIXème siècle, la montagne du Darbelay est loué,en général pour un période de 9 ans (parfois 6 ans). L'acensement fait l'objet d'un cahier des charges précis, et est adjugé aux enchères.

  

Conseil municipal du 12 août 1802 (24 thermidor an X): Par devant le maire (Joseph BOCHET) comparit Joseph Antoine BORNE, curé de Saint Thomas  (rappel: seule Saint Thomas est paroisse de plain exercice; Blay dépend encore de la paroisse de Saint Paul et ne deviendra paroisse autonome que le 4 août 1803). Le curé BORNE  déclare souscrire volontiers à tous les articles contenus dans le Concordat entre le Pape et le gouvernement français (signé le 15 juillet 1801). Le maire s'empresse de lui assurer son attachement à la religion catholique en lui demandant sa communion..

 

17 mai 1803 (27 floréal an XI) : le conseil communal donne son accord de principe pour autoriser Jean François LASSIAZ, de St Thomas, à construire une forge, une scie, un foulon et un moulin, sous réserve, sous réserve qu’il trouve une solution qui garantisse que les artifices en question, surtout la forge, ne risquent pas d’incendier les granges alentour (les artifices seront construits sur un ruisseau).

 

18 juillet 1824 : le conseil délibère au sujet de la désignation d’un couple de jeune  villageois, chargé de représenter le village lors de la prochaine visite de Sa Majesté dans la province.

Le 10 juillet, le commandant et l’intendant  ont fait passer une circulaire annonçant la prochaine visite dans notre province de Sa Majesté et de son auguste épouse, pour poser la 1ère pierre du diguement général contre l’Isère

« Considérant qu’il est du devoir de tout fidèle sujet, comme d’un vrai savoyard, de témoigner au Prince chéri qui le gouverne, l’amour, la fidélité et le respects dus à sa Protection Souveraine, comme les sentiments de reconnaissance qu’inspirent sa Bonté paternelle et son Active Sollicitude pour le bonheur de Ses peuples, fidèles interprètes des sentiments qui n’ont cessé d’animer pour la Royales Dynastie de la Maison de Savoie, les habitants des Esserts et Blay, dignes émules de tous les bons savoyards », le conseil désigne un couple de jeunes villageois, Marie Antoine, fils de Louis MERCIER, et Marie, fille de Joseph Marie GIROD,  pour, au jour et au lieu qui seront fixés, « déposer aux pieds de leur Majesté les sentiments d’amour, de respect, de fidélité inébranlable, de confiance et d’allégresse qu’inspirera leur auguste présence, sentiment que partagent à l’envie tous les habitants de la commune »

Le couple offrira quelques échantillons des produits de la commune, dont le choix est laissé à Mr le syndic (à qui les frais seront remboursés), et qui accompagnera les heureux désignés.

 

Divers règlements et circulaires intiment à tout un chacun de « s’adonner constamment au travail », et par conséquent, interdit de « vivre dans la fainéantise », « sous peine d’une année de chaîne et même plus si récidive ».

Le conseil 25 juin 1826 dresse la liste des mendiants (« sans biens et sans état ») et des fainéants:

-          Barthélémy ROSSET, de la Bathie, ayant avec lui sa femme et deux enfants femelles (16 ans et 5 ans), n’ayant d’autres ressources pour vivre que la charité publique et le produit de la vente de quelques corbeilles d’osier, munis d’un certificat de bonne conduite délivré par le Conseil de Queige le 5 décembre 1824, et demeurant à Blay, hameau du Char, dans une maison appartenant à Sébastienne VARCIN, mineure.

-          Charlotte feu Jean AVRILLIER, native de cette commune, habitant une maison qui lui appartient, ayant un fils naturel, Jean, 17 ans, et ayant retiré chez elle une nommée Angélique … de Peisey, âgée d’environ 27 ans, mère de deux enfants naturels (un mort, un vivant de 4 ans), n’ayant ni l’un ni l’autre de quoi subsister, sauf les charités publiques

« Le Conseil leur a intimé l’ordre de s’adonner constamment à quelque travail, de s’abstenir de vivre dans la fainéantise, sous peine de la chaîne pendant un an, et même plus si récidive ».

 

Le conseil du 25 février 1827 revient sur la question des « fainéants ».

D’après les renseignements que le conseil s’est procurés, il résulte que les personnes suivantes n’ont pas changé de conduite.

« En conséquence, le conseil a déterminé que Mr le syndic reste chargé de faire sortir incontinent de la commune, et de se concerter pour cela avec Mr le Commandant de la Province :

-          Barthélémy ROSSET, de la Bathie, sa femme et ses enfants

-          L’Angélique … de Peisey, avec sa fille naturelle

-          Quant à Charlotte AVRILLIER, le Conseil charge spécialement Mr le syndic de surveiller sa conduite et d’en rendre compte à Mr le Commandant de la Province.

8 ans plus tard, le conseil du 11 octobre 1835 précise, en réponse à une circulaire de l’intendant, qu’il n’y a aucun individu dans la commune ayant point ou fort peu de biens, ne s’adonnant pas au travail et susceptible d’être suspecté d’oisiveté et de vagabondage.

 

Les demandes d’exemption du service militaire. Les futurs appelés sont tirés au sort. La chance de ne pas faire son service militaire augmente avec le numéro tiré au sort. Il existe 3 moyens de ne pas faire son service militaire :

- tirer un numéro élevé (le nombre parfois élevé d’exemptés pour raison médicale fait qu’il vaut mieux tirer un numéro très élevé)

- payer un remplaçant, ce qui n’est à la portée que des familles très aisées

- se faire exempter pour cause de mauvaise santé.

Les cas d’exemptions sont nombreux, les contrôles pas toujours bien faits, et la fraude importante.

Le conseil municipal d’Esserts-Blay est sollicité plusieurs fois pour établir des attestations concernant des conscrits sollicitant une exemption.

Selon les délibérations conservées, le rituel est toujours le même : la demande est présentée par le père du conscrit. Il décrit le « défaut » dont souffre son fils. Ce défaut est, selon lui, une cause de réforme, selon le règlement sur les levées. Il déclare ensuite vouloir faire constater cette infirmité, et fait témoigner plusieurs personnes du villages, propriétaires et honorablement connus. Certains des témoins sont même père d’un conscrit de la même classe que le fils. Le syndic rappelle ensuite aux témoins l’importance du serment, et les risques qu’ils prendraient en faisant un témoignage de complaisance. Puis les témoins, « unanimement et séparément » font leur déposition et confirment les dires du père du conscrit.

Le procès verbal est dressé et signé par les membres du conseil. On peut penser qu’il est ensuite transmis à l’autorité chargée de prendre les décisions.

 

Le 28 octobre 1830, Bernard Teillier fait constater que son fils Claude, inscrit de la classe 1808, ayant eu au tirage le n° 28, et porté en tête de liste sur la classe de 1810, sous n° 9 de la liste alphabétique de la commune, est d’une faible constitution qui le rend inapte au service militaire.

Les témoins cités déclarent être « instruits (que Claude Teillier) est atteint d’une maladie dont nous ne connaissons pas le nom mais qui le rend dans un état de faiblesse et d’immobilité, tel qu’il reste des heures entières sans mouvement et sans proférer de paroles, tant qu’on l’entend respirer avec difficulté et pousser des soupirs… Lorsque les accidents surviennent, le malade reste 2 ou 3 jours dans un état de souffrance pendant lesquels il se plaint de maux de tête et d’estomac, et est incapable de se livrer à aucun travail ».

Le 27 novembre 1830, Jean François Mercier, fils de François, inscrit de la classe 1810, ayant eu au tirage le n° 38, se présente lui-même, et veut faire admettre sa mauvaise vue, ce qui doit l’exempter de service militaire

Les témoins cités déclarent être « instruits (que Jean François Mercier) souffre de maux des yeux depuis sa jeunesse, sans que nous puissions en connaître la cause. Nous avons remarqué que ce mal l’empêche de supporter la clarté du soleil, que chaque fois qu’il y est exposé ses yeux se remplissent d’eau et il est obligé de quitter son ouvrage qu’il ne peut reprendre que longtemps après et s’être reposé pendant quelques temps à l’ombre… »

Le 24 novembre 1833, Pierre Vellat souhaite que son fils Jean Marie, inscrit à la classe 1813, ayant eu au tirage le n° 45,  bègue, soit reconnu inapte au service militaire

Les témoins, dont quatre sont pères d’inscrits de la classe, affirment être instruits (que Jean Marie Vellat) est bègue, qu’il éprouve une grande difficulté à parler, et que même il y a plusieurs mots qu’il ne peut prononcer qu’avec de grands efforts et une articulation pénible et prolongée.

Nous en sommes d’autant plus instruits qu’étant à même de le voir fréquemment et de lui parler, nous avons été à même de remarquer en lui le défaut que nous lui connaissons depuis sa plus tendre jeunesse, et que nous croyons capable de compromettre un poste ».

Le même jour, 24 novembre 1833, Joseph Marie Girod défend le cas de son fils Jean François, inscrit de 1813, ayant eu au tirage le n° 71, qui doit être reconnu inapte au service militaire car il éprouve de la difficulté à marcher  par suite d’une chute qui lui a laissé une infirmité à la jambe gauche.

Les témoins, dont trois sont pères d’inscrits de la classe, déclarent être instruits que Jean François Girod a fait, dans le courant du mois de février dernier, une chute par les escaliers de la maison de son père au hameau de la Combe, que par suite de cette chute, il s’est démis la jambe gauche. Nous croyons qu’il n’a pas été bien arrangé, parce qu’il a beaucoup de mal à marcher, et que, lorsqu’il est un peu fatigué, il est obligé de s’asseoir et de s’arrêter où il se trouve. On a été obligé de la rapporter de la montagne, ne pouvant plus s’appuyer sur la jambe gauche qui enfle à la moindre fatigue. »

Le 2 décembre 1833, Jean François Traversier fait valoir que son fils Jean Thomas, inscrit de la classe 1813, ayant eu au tirage le n° 67, doit être  exempté du service militaire car il est gêné dans sa marche par suite d’une fracture à  la cuisse gauche ; en plus il a une fracture au bras gauche.

Les témoins cités jurent être « instruits que, il y a 8 à 9 ans, Jean Thomas Traversier a fait une chute d’un arbre et successivement d’un roc, qui lui a causé une fracture à la cuisse et au bras gauches, que par suite, il éprouve une grande difficulté dans la marche et ne peut soutenir les fatigues d’un voyage de plus de quelques heures … »

Le meilleur pour la fin. Le 20 octobre 1836, Pierre Vellat se présente devant le conseil communal et expose que son fils Hippolyte, inscrit de la classe 1816 sous le n° 9 de la liste alphabétique de la commune des Esserts-Blay, a toujours eu une haleine fétide, ce qui peut être un cas de réforme.

Les quatre témoins,  « tous pères d’inscrits, hommes d’honneur et de probité et des plus proches voisins du requérant », font la déclaration suivante : « Nous attestons que depuis que nous connaissons le nommé Hippolyte fils de Pierre Velat, nous avons toujours reconnu que son haleine était des plus fétides et des plus fatigantes, et que même il est impossible de pouvoir rester quelques instants près de lui sans en être incommodé… »

 

5 octobre 1831 : Le conseil communal propose à l’unanimité de créer deux postes de garde-champêtre, un à Blay, un à St Thomas.

L’objectif est de «faire respecter les propriétés particulières et réprimer les abus qui se sont introduits dans la commune » (notamment dans les vignes)

Deux candidats se sont proposés: Joseph Marie feu Sébastien Blanc pour Blay, et Jean Thomas fils de Jean Vellat pour St Thomas

Blanc demande 12 livres de salaire, Vellat 10.

Le Conseil trouve que c’est loin d’être exorbitant, et que ce n’est même pas assez, mais la commune ne peut pas les payer plus.

 

Quelques années plus tard, le 23 mai 1836, le conseil communal délibère au sujet de l’incompétence, apparemment notoire, d’un de ses garde-champêtre, Noël Pépin.

Plusieurs dénonciations à l’encontre dudit Pépin sont parvenues à l’intendant de la province, qui a demandé au garde chef du district d’Albertville de faire un rapport. Ce rapport n’est pas favorable au mis en cause.

L’intendant demande ensuite au conseil municipal de donner son avis. Ce dernier délibère le 23 mai 1836.

«Le conseil ne peut se dissimuler l’étonnement qu’il a éprouvé lors de l’entrée en fonction de ce garde champêtre, qu’il n’avait point proposé, et dont la renommée, avant son arrivée dans la commune, avait déjà annoncé l’inaptitude à la charge qui lui était confiée et qui malheureusement ne s’est que trop confirmée, il est pénible au conseil que devoir l’oblige à déclarer la vérité e,n tout son entier, mais le dit Pépin ne s’est aucunement occupé des fonctions de sa charge ; il a fait de fréquentes absences ; il a fait le marchand de bois de noyer, tant dans cette commune que dans les voisines, commerce auquel il s’est exclusivement adonné dès plus de 8 mois, au préjudice de la gardiature, au point qu’il s’est commis de nombreux délits dans les forêts communales, ainsi qu’en résulte du verbal du garde Garzon en date du 8 mars dernier, de sa visite du 28 janvier et d’une lettre anonyme du 10 janvier.

Le conseil ne peut que reconnaître la sincérité et l’exactitude du rapport du garde chef, auquel il ajoutera que le dit Pépin par sa négligence et ses fréquentes absences, est la cause que sur les 75 plantes portées dans le procès verbal du 8 mars et saisies le 28 janvier, il n’en existe plus que 23, sans que jamais le dit Pépin ait daigné ou voulu dresser procès verbal de l’enlèvement des 52 manquants, nonobstant les ordres réitérés qui lui ont été donnés pour raison de quoi la commune aurait des dommages à noter contre lui.

Par ces motifs, le conseil ne peut supplier Mr l’Intendant d’interdire le dit Pépin dans ses fonctions. » Pour le remplacer, le conseil propose la candidature de Marie Antoine Mercier, ancien sergent dans la Brigade de Savoie

Le 25 juillet 1836, le vice intendant prend note et demande l’avis de l’Inspecteur forestier, à la fois sur le renvoi du garde champêtre Pépin, et sur la personne proposée pour le remplacer.

Le renvoi de Pépin est validé. De toutes façon, il a abandonné son poste depuis début juin. Il est remplacé par Jean Claude Glaizat Blanc (on voit que l’avis du conseil communal ne pèse pas beaucoup dans les décisions).

 

Le conseil communal du 20 octobre 1834 est consacré à la demande de rétablissement du bureau des débits de sels et tabac de la commune, suite à la proposition d’un habitant de la commune de s’atteler à la tâche.

« Lors de l’heureuse restauration qui a replacé le duché de Savoie sous la domination de son légitime souverain, le gouvernement de SM s’occupa de l’organisation des diverses branches de l’administration, et lorsque celles des … et gabelles fut organisée, il fut établi dans cette commune un bureau des débits de sels et tabac sous les rapports

-          de son éloignement de plus de 2 heures du chef-lieu de la province

-          des difficultés continuelles qu’elle éprouve pour s’y rendre la majeure partie de l’année, soit à cause des glaces en hiver, soit par sa position sur la rive gauche de l’Isère qu’elle ne peut traverser qu’au moyen de bateaux souvent interceptés par la crue des eaux et leur divagation

-          de la population de la commune qui s’élève à 900 habitants, dont les 2/3 habitent des hameaux reculés dans la montagne

-          de la quantité de bestiaux qu’on élève dans la commune

-          de son rapprochement avec la commune de St Paul où il n’existe aucun bureau et dont la majorité des habitants traversent Blay pour se rendre au chef-lieu de la province

Ce bureau a été exercé pendant plusieurs années par Joseph François Blanc qui s’en est démis par suite d’occupations majeures et des circonstances survenues dans sa famille

Mais ces mêmes motifs qui ont déterminé l’établissement subsistent aujourd’hui pour sa conservation ou du moins son rétablissement

J’aime à croire que l’administration d’occupe du remplacement de Blanc, mais peut être n’a-t-elle pas trouver de sujet pour s’en charger. »

Le conseil insiste ensuite sur l’importance de rétablir ce bureau  (la population a continué de s’accroître, l’agriculture s’est perfectionnée).

Il propose Bernard Peronnier (feu Joseph) pour le poste, « homme d’une moralité, d’une intégrité et d’une délicatesse à toute épreuve, qui a toujours donné des preuves non équivoques de son attachement inviolable à la religion de l’Etat et au gouvernement de SM, qui jouit de la confiance, la considération et l’estime publique, et d’une fortune privée qui le met à même de tenir le bureau

En plus, le local qu’il destine au bureau est dans une situation heureuse, sur la route principale de la commune, très rapproché de l’église de Blay, à une distance rapproché des hameaux supérieurs de la commune de St Paul, qui se trouvent trop éloignés de Cevins où se trouve un bureau, sans cependant se trouver trop loin de la section des Esserts ».

 

7 décembre 1837 : nomination d’un pedon communal pour la correspondance par la poste

Pedon est un terme employé au XIXème siècle, plutôt dans le sud de la France, qui désigne un facteur rural, un homme chargé d’aller chercher et porter le courrier (féminin = pedonne).

Suite circulaire de l’Intendant du 29 novembre 1837, la commune reconnaît avoir besoin d’un pedon chargé du service avec le bureau de poste du mandement situé à Albertville. La commune dispose déjà d’un pedon pour le service interne (à la commune), mais, vu la modicité de son traitement, elle ne peut lui demander plus.

De plus, la pedonne qui s’occupe déjà du secteur, Marie Busset, ne souhaite pas prendre en charge le courrier d’Esserts-Blay car le village est trop éloigné de la grande route.

Bernard Peronnier s’est proposé pour assurer à la fois la charge de pedon, à la fois pour le service interne à la commune, et pour la correspondance avec la poste d’Albertville, pour un salaire de 35 livres par an.

Selon le conseil, Bernard Peronnier présente personnellement toutes les sûretés morales et physiques que requiert le bien du service, et jouit d’une réputation, justement méritée, d’exactitude, de zèle et de délicatesse. De plus, il est à même de faire l’avance des frais de poste.

Le conseil propose donc de le nommer pedon. Son travail consistera à :

-          se rendre 2 fois par semaine (lundi et jeudi ou autres 2 jours qu’il plaira à l’Intendant de fixer) tant au bureau de ce magistrat (l’Intendant) qu’au bureau de poste pour prendre tous les paquets et lettres adressés au syndic, secrétaire et autres particuliers de la commune

-          se rendre au bureau de Mr le Commandant lorsque le service l’exigera

-          s’acquitter du service interne de la commune, d’après les ordres de l’administration

-          distribuer les lettres qu’il retirera pour les particuliers, et remettre à la poste celles qu’ils lui confieront

Pour cela, son salaire sera de 35 livres neuves payés par la commune, plus 5 cts à la charge des particuliers par lettre retirée ou portée à la poste (en plus des éventuels frais qu’il pourrait être amené à avancer et donc à se faire rembourser)

En revanche, les lettres adressés à Mrs les curés, contresignées par une autorité supérieure, celles adressées aux Présidents des conseils de fabrique, de charité, ou qui concernent les écoles communales, ne seront pas soumises à la taxe de 5 cts

 

L’Intendant, à qui est soumis la proposition, accepte, mais pour la seule année 1838

Les 35 livres sont répartis ainsi :

-          24 livres pour le service interne

-          11 livres pour le transport des lettres et plis

Le pedon sera principalement chargé de l’acheminement des plis administratifs, militaires ou judiciaires

Il ne sera pas tenu au transport des lettres de particulier à particulier

 

La date de démarrage des vendanges est fixée par le conseil municipal, comme le montre la délibération du 7 octobre 1838.

Le conseil écoute d’abord le rapport des experts en la matière. Ces experts sont six propriétaires, quatre de Blay et deux. Ayant fait une exacte visite dans tous les vignobles de la commune, chacun dans leur section, ils sont d’avis que le raisin sera parvenu à pleine maturité :

-          pour la section de Blay le lundi 15 du courant (octobre) pour les treilles et le 16 pour les vignes 

-          de même pour la section de St Thomas

Le conseil valide ces dates et précise que s’il fait mauvais, l’ouverture des vendanges « ne se fera que le 1er jour qui sera beau, et sera alors annoncé au son de la cloche ».

 

7 octobre 1838 : le conseil communal est favorable à l’établissement d’un cabaret à Esserts Blay.

Répondant à une directive de l’Intendant, le conseil précise qu’il n’y a pas de cabaret ou auberge dans la commune

« Considérant néanmoins :

-          que l’établissement d’un cabaret serait nécessaire et utile dans cette commune, divisée en deux sections, éloignées entre elles, et respectivement composées de divers hameaux, distants du chef-lieu de ¼ d’heure jusqu’à près de 2 heures,

-          que cette commune, particulièrement la section de St Thomas, est d’un difficile accès, particulièrement dans la saison d’hiver où les chemins sont jonchés de glace, que cependant elle est beaucoup fréquentés par des étrangers à la commune, sous le rapport du commerce

-          les étrangers, faute de cabaret, ne trouvent rien à acheter pour leur …, et pas même à s’héberger, à moins d’avoir recours à l’humanité de quelques particuliers qui, en général, n’ont que ce qui leur est strictement nécessaire, et sont exposés à des privations, lorsqu’ils sont obligés par la commisération à faire des sacrifices en faveur de leurs semblables qui, dans les cas contraires, sont obligés de parcourir des longues distances, souvent pendant la nuit, pour rencontrer un cabaret

-          que chaque fois que le Conseil communal, double ou ordinaire, se rassemble, il est obligé de passer des 7 à 8 heures en assemblée, sans prendre de nourriture ; et le secrétaire, qui n’habite pas la commune, presque toujours obligé de se retirer de nuit à 2 ou 3 lieux de distance pour se rendre chez lui, n’existant dans la commune aucun … apte à en remplir les fonctions, et le traitement étant trop modique pour y en appeler un à résidence fixe

-          que c’est d’après d’aussi puissants motifs que le conseil a recouru dans le temps pour obtenir l’établissement d’un cabaret en faveur de Bernard Avrillier, cordonnier de profession, homme d’une conduite très régulière, et dont les pièces de demande ont été transmises à Mr le Commandant de la province, sans avoir pu encore obtenir aucune décision »

Le conseil demande ainsi à l’unanimité que Bernard Avrillier soit autorisé à établir un cabaret dans la commune.