14.10.2006
La paroisse de Blay au XIXème siècle
Entre 1795 et 1800, le quartier de Blay est rattaché, sur le plan communal, à St Thomas pour former la commune d'Esserts-Blay. Mais sur le plan paroissial, les choses ne se passent de même, et, après une bataille de plusieurs années, les habitants de Blay obtiennent que leur quartier, jusqu'alors rattaché religieusement le plus souvent à St Paul, devienne paroisse autonome. Et c'est depuis que notre village compte 2 paroisses en son sein.
En 1814 et 1815, la Savoie retourne dans le giron de la Maison de Savoie et du Royaume de Piémont Sardaigne. C'est le retour en force de l'Ancien Régime, et de la prééminence du religieux, qui va durer jusqu'au rattachement définitif de la Savoie à la France en 1860. Les tensions s'exacerbent peu à peu entre cléricaux et anticléricaux avec comme point d'orgue la loi de séparation de l'Église et de l'État de 1905.

Le quartier de Blay était jusqu'alors rattaché religieusement à St Paul. En 1451, une chapelle, dédiée à St Sébastien, avait été érigée et dotée par le seigneur de Blay, Nicod de Salins, certainement à l’emplacement de l’église actuelle. Sébastien, fêté le 20 janvier, est principalement invoqué contre la peste, qui a frappé la Savoie à plusieurs reprises, entre 1348 et 1632. Sébastien est un officier romain, né à Narbonne, et martyrisé en 288, sous le règne de Dioclétien. Il présente la particularité d'avoir été transpercé de flèches, symboles chrétiens de la peste.
Tout au long du XVIIIème siècle, les habitants de Blay font valoir l’éloignement de Blay, à la fois de St Paul et de St Thomas, la mauvaise qualité des chemins, pour demander, sans succès jusqu’en 1803, la séparation de St Paul et leur indépendance religieuse (voir détails dans le chapitre consacré aux évènements de 1792 à 1815). Tout va se jouer pendant les années 1794 – 1803. En 1794, la situation de l'Église est difficile. La Terreur des années 1793 et 1794 a fait fuir le clergé. Fin 1794, Antoine MARTINET et 3 autres prêtres sont chargés par le Vicaire capitulaire André de Maistre (basé à Turin) de « réorganiser » l'Église de Tarentaise. Lors de plusieurs séjours d’Antoine MARTINET à Blay en 1795 et 1796, les Blaycherains le supplient de leur accorder la séparation d’avec St Paul. Les arguments tournent toujours autour de l’éloignement de Blay vis à vis de St Paul, et aussi vis à vis de St Thomas, et de la dangerosité des routes. Au début, Antoine MARTINET, qui a d’autres priorités, botte en touche et demande aux habitants de Blay d’attendre que les choses se calment. En mai 1797, il accepte certaines des revendications des habitants de Blay et leur accorde un prêtre à résidence à Blay (sous réserve qu’on lui fournisse un logement convenable), qui enseignera aux jeunes et donnera les derniers secours aux malades. Mais ce prêtre restera à la disposition du curé de St Paul, qui reste le chef lieu de paroisse.
Finalement, les habitants de Blay obtiennent gain de cause, et le 4 août 1803, l’Evêque de Chambéry, Monseigneur MERENVILLE, érige Blay en paroisse, placée sous le double patronage de St Fabien (ce patronage va disparaître dans des conditions à éclaircir - Fabien est toujours le co-patron de la paroisse en 1889, mais ne l'est plus en 1893) et de St Sébastien.
La chapelle, devenue église, s'avère rapidement trop petite. De plus, elle est en mauvais état et excentrée par rapport à la plupart des hameaux de Blay, puisque située presque à la limite entre Blay et St Paul. Peut être y a-t-il eu, dès cette époque (aux alentours de 1803) un 1er projet de construction d'une nouvelle église, dans un endroit plus central dans la paroisse. C'est ce que suggère une lettre du 31 mai 1872 du Curé de Blay, François VALAZ, à son Evêque. Mais ce n'est pas certain du tout car je n'ai pas trouvé d'autres traces de ce projet dans les documents conservés aux Archives diocésaines de Moutiers. Et le Curé VALAZ va lui même porter un ambitieux projet de reconstruction de l'église dans les années 1869-1872.
Par manque de ressources (les travaux de ce type sont en général financés en grande partie par une souscription auprès des paroissiens; hors Blay, comme St Thomas, sont des paroisses pauvres), elle ne sera agrandie et rénovée qu'au début des années 1830. La décision est prise en 1829. Les travaux sont réceptionnés en 1834, et l'église est consacrée le 5 juillet 1834 par Monseigneur ROCHAIX. Seul un pan de mur de l'ancienne chapelle est conservé.
Mais la nouvelle église ne fait que 125-130 m2, ce qui s'avère rapidement insuffisant pour un population de 700 habitants. Un nouveau projet d'agrandissement est étudié en 1844, mais le départ du Curé de la paroisse, Rd BOGNIER (qui n'est resté que 2 ans à Blay), fait tomber le projet à l'eau.
Un ambitieux projet de déplacement et de reconstruction de l'église a bien failli voir le jour entre 1869 et 1872. Le Curé François VALAZ l'évoque dans une lettre à son Evêque du 20 novembre 1869 (document conservé aux Archives diocésaines de Moutiers). Les arguments en faveur de la délocalisation de l'église sont connus: elle est petite, en mauvais état, et éloignée des hameaux périphériques de Blay, qui, comme la Poyat ou la Fouettaz, sont aussi peuplés que le chef-lieu à l'époque.
On ne sait pas exactement où la nouvelle église devait être construite. La lettre du Curé VALAZ nous précise que le Conseil communal a, en mai 1869, proposé un local qui, selon le Curé, "peut le mieux convenir à tous les quartiers et (est) le plus propice pour pareil construction." Dans un autre rapport, du 31 mai 1872, il évoque "le centre moral de la paroisse".
Mais, en novembre 1869, les problèmes s'amoncellent, ce qui désespère notre Curé. Bien sur, le noeud de l'affaire, ce sont les finances. Cette reconstruction doit être financée par une souscription auprès des paroissiens. Pour le moment, les gros souscripteurs (et même quasiment les seuls si on en croit le Curé VALAZ) sont dans les "quartiers éloignés", ce qui se comprend puisque le projet vise à rapprocher l'église de ces quartiers.
Mais, "les intrigues d'un paroissien turbulent qui nous vient de Paris, ont fait beaucoup de mal, en réveillant la lutte des partis qui paraissait s'éteindre". Conséquence: certains souscripteurs des hameaux éloignés font maintenant de la surenchère au sujet de l'emplacement de la future église. Ils mettent désormais en avant un lieu qui, selon le Curé, est "un roc isolé et désert, à trop grande distance pour la majeure partie de la paroisse". Et, bien entendu, des nouvelles exigences exaspèrent, et on le comprend, les souscripteurs pour qui le nouvel emplacement prévu convenait bien.
Le Curé fait donc part à son Evêque des difficultés qu'il rencontre. Sur le plan financier, les choses sont loin d'être bouclées. Les habitants du Mas, qui ont l'église à leurs pieds, ne se bousculent pas pour financer sa délocalisation. Une liste supplémentaire de souscription est annoncée. Mais aucun amateur ne se décide pour faire le porte à porte nécessaire pour placer cette souscription. Si bien que le Curé, et le Maire (signe qu'en 1872 les relations entre ces 2 personnalités sont bonnes, ce qui ne sera pas toujours le cas tout au long du XIXème siècle), doivent se proposer de se charger eux mêmes de "cette pénible tournée".
En tous cas, pour le Curé VALAZ, il est urgent d'agir. Pour lui, "la piété, l'esprit religieux, la moralité marchent à la dérive, par suite de l'abstention forcée ou calculée de la part d'un certain nombre, qui ne peuvent ou prétextent ne pas pouvoir y assister pour cause d'éloignement, ou, ce qui est vrai, parce que l'église peut à peine contenir la moitié, ou au plus les deux tiers de la population (120 m2 pour 735 habitants)". Il se propose de mettre la pression sur le Préfet pour que les choses avancent, en faisant dresser par le Conseil de Fabrique un procès-verbal constatant "le mauvais état de l'église actuelle, sa situation anormale et son insuffisance incontestable", procès verbal qui transiterait par l'Evêque pour lui donner plus de poids.

Ce projet de reconstruction de l'église de Blay n'a finalement pas vu le jour. Elle a quand même été rénovée en 1873, grâce à une souscription. En 1876, elle est, selon le Curé VALAZ, "sinon élégante, au moins propre et convenable, mais malheureusement encore trop restreinte pour la population.
En 1889, elle est de nouveau en mauvais état. Selon le Curé de la paroisse, François ARNAUD, le corps de l'église a besoin de réparations considérables. Ces travaux ont été réalisés en grande partie, comme le précise le rapport de ce même Curé du 1er mai 1893: les planchers ont été changés, la voûte qui menaçait de se fendre a été restaurée, 4 nouvelles statues ont été installées. Et des travaux d'assainissement ont été réalisés autour de l'église pour la mettre à l'abri de l'humidité. L'ensemble des dépenses s'est élevé à 2500 francs. Le gouvernement a abondé à hauteur de 840 francs, le solde ayant été à la charge du curé.
On notera que les relations entre le Curé ARNAUD et le Maire de la commune, Jean BLANC, sont difficiles (voir chapitre: "Il fonce sur la religion comme le taureau sur le rouge").
La paroisse comptant de nombreux hameaux, il a existé six chapelles rurales à Blay:
La plus ancienne, celle de la Poyat, a été démolie dans la 2ème moitié du XXème siècle car elle gênait le passage des camions de grumes (bulletin n° 4 des Amis du Patrimoine de Basse Tarentaise). Elle avait été fondée en 1744 par François FILLION et Etienne GLAISAT BLANC, et était dédiée à St Etienne, Ste Marguerite et St Michel.
La Combe a compté trois chapelles, qui n'ont certainement pas fonctionné en même temps. La mappe sarde de 1728 - 1738 en mentionne deux: une appartenant à Jaqcues FILLION, Notaire Royal, un peu au dessus du hameau, l'autre à Jean Guillaume Rossat, à la sortie du hameau en direction de St Thomas. Celle qui existe encore de nos jours est au milieu du hameau. Elle a été fondée en 1776 par Antoine TEILLIER, et est consacrée à St Antoine de Padoue, Notre Dame de l'Europe, et Sainte Jeanne Françoise de Chantal. Elle a été ravagée, ainsi qu'une bonne partie du hameau, par un incendie en 1851. Il a ensuite été réparée par les habitants. En 1876, elle était, selon le Curé de Blay, François VALAZ, "dans un état et convenable", mais était dépourvue de tout le nécessaire (calice, linges, missel), qu'il fallait amener de l'église paroissiale lors des cérémonies.
La chapelle de la Fouettaz est plus récente. Elle a été construite, à l'initiative d'Antoine MERCIER, par les habitants du hameau, grâce à une souscription et à des corvées. Elle est dédiée à St Bernard de Menthon, et a été bénite en 1860. Elle a été restaurée partiellement par les volontaires de l'Association de Sauvegarde du Patrimoine d'Esserts-Blay dans les années 2000.

Enfin signalons la chapelle des Cours, détruite en 1971 (décision du Conseil Municipal du 20 juin 1971) car elle gênait (elle aussi !) la circulation sur la route départementale n° 66 qui traverse le village de Blay. Elle était de construction récente (XXème siècle probablement), puisqu'elle ne figure sur aucun état de paroisse du XIXème siècle, état que dressait le curé lors des visites pastorales de l'Evêque de Tarentaise (j'ai épluché ceux de 1871, 1876, 1880, 1889, 1893). Le bulletin paroissial de juillet 1910 évoque l'oratoire des Cours, ou a eu lieu la traditionnelle procession en l'honneur du St Sacrement; l'oratoire était, pour la circonstance "orné avec beaucoup de goût". Si vous avez des informations sur cette chapelle, merci de me contacter (jean-marc.mollet@laposte.net ou 04 79 31 02 88)
Les curés de Blay (source: archives diocésaines de Moutiers):
Antoine GRINGET (1803 - 1805) / César HUGONNIER (1806 - 1818) / Jean Michel MORAND (1818 - 1832) / Jaqcues CHENAL (1832 - 1843) / François Eugène BOGNIER ( 1843 - 1844) / Jean-P. GARIN ( 1844 - 1861) / Jacques BERLIRE (1861 - 1869) / Marie François VALAZ ( 1869 - 1886) / Marie François ARNAUD ( 1886 - 1907), (puis 1916 - 1919) / Pierre AIMOZ ( 1907 - 1916) / Marie François ARNAUD (1916 - 1919) / François Joseph BORREL (1919 - 1927) / Jean Pierre BORREL (1927 - )
Concernant les curés de Blay, et la relation que certains d'entre eux entretenaient avec le Syndic ou le Maire de leur époque, merci de vous reporter aux chapitres consacrés aux curés CHENAL ("Sacré Curé CHENAL", en 2 parties) et ARNAUD ("Il fonce sur la religion comme le taureau sur le rouge")
La Fabrique, ou le Conseil de Fabrique:
Il s'agit, au sein de la paroisse, des personnes chargées d'administrer les fonds et les revenus nécessaires à la construction, puis à l'entretien des édifices et du mobilier de la paroisse: église, chapelles, argenterie, ornements etc ...
Les paroisses de Blay et de St Thomas ont chacune leur Fabrique, dont les comptes sont régulièrement approuvés tout au long du XIXème siècle
Enfin quelques mots sur les Confréries religieuses.
Les Confréries ont été des institutions très importantes dans nos villages. Elles sont sans doute aussi anciennes que les 1ères communautés villageoises, qui se sont mises en place à compter des XIIème et XIIIème siècle. Elles sont nées du besoin de chaque communauté villageoise d’organiser la charité mutuelle et la bienfaisance générale. La Confrérie, c’est une société de charité mutuelle et de bienfaisance (aide aux indigents de la commune, aide à un communier en cas de coup dur, visite aux malades, distribution des aumônes …), à laquelle adhèrent les communiers honorables de la commune. Elle est dirigée par un procureur, et peut, au fil des ans et des legs (en principe, il n’y a pas de cotisation imposée), posséder un patrimoine significatif. Elle est donc composée de laïques, les communiers, mais la vocation spirituelle (voire moralisatrice) et religieuse est forte.
A partir du XVIIème siècle, le rôle des Confréries diminue, à mesure que le pouvoir municipal s’organise. Elles se retrouvent de plus en confinées à un rôle strictement religieux, notamment, mais cela reste important, l’office de fabrique paroissiale : elles assurent les dépenses du culte, acquittent les services religieux, contribuent à l’ornement et l’entretien des églises et des chapelles. Elles continuent à jouer un rôle important dans la mise en place et le financement, au sens large, des écoles de village (voir le chapitre sur les écoles d’Esserts-Blay). La fin du XIXème siècle marque la fin de l’influence de ces Confréries.
La Confrérie du St Esprit est une des plus anciennes, et la plus répandue en Tarentaise. Il en existe une à St Paul, créée probablement au moyen age, à laquelle participent certainement les gens de Blay.
Toujours à St Paul, nous trouvons trace de la Confrérie de Notre Dame des Carmes, établie vers 1750 par le Révérend Curé Barthélemy TETAZ.
La paroisse de Blay compte, peu de temps après sa création semble-t-il (1803), deux Confréries, celle du St Sacrement, et celle du Rosaire. Ces deux Confréries sont déjà établies à St Thomas (voir chapitre sur "la paroisse de St Thomas en 1792"). Elles s’occupent notamment de l’organisation des cérémonies religieuses : messes dominicales, sépultures …
Selon le curé ARNAUD (rapport sur la paroisse d'Esserts-Blay du 25 avril 1889), la Confrèrie du St Sacrement a été érigée à Blay le 9 février 1804 (lettre de Mgr Bigex, Evêque de Chambéry et Genève).
Entre 1876 et 1889 (rapport déjà cité sur la paroisse de Blay par le curé ARNAUD), deux nouvelles Confréries s'installent à Blay:
- Celle des Mères chrétiennes, dont le but est d’encourager l’éducation chrétienne des enfants. Cette Confrérie semble avoir été créée vers 1850. La branche de Blay dépend de Moutiers.
- Celle de l’Apostolat de la Prière, dont le diplôme d'agrégation date du 28 septembre 1888.
Le curé ARNAUD évoque plus en détail la Confrérie du St Sacrement (rapport de 1889). Selon lui, elle n'est pas très nombreuse. Il compte sur les 22 nouveaux membres, dont 10 hommes pour la faire durer.Ses revenus sont constitués d'un droit d'entrée (1,50 franc) et d'une offrande annuelle faite volontaire par chaque associé. Un Trésorier administre ces revenus, qui sont employés à faire servir une grand messe après le décès de chaque confrère ou de chaque consoeur, et entretenir ou renouveler les insignes de la Confrérie (bannières etc..). Le recrutement doit poser des problèmes, puisque le curé ARNAUD transmet à l'Evêque un message du Recteur de la Confrérie de Blay suggérant à Sa Grandeur d'encourager l'enrôlement dans la Confrérie.
Le curé n'écrit que quelques mots au sujet de la Confrérie du Rosaire, pour constater qu'elle fonctionne régulièrement.
Mais c’en est déjà presque fini de l’influence réelle de ces Confréries. Le temps de la place prépondérante du religieux dans la vie de nos villages se termine.
18:30 Publié dans 25 La paroisse de Blay au XIXème | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note





