16.06.2008
1792 - 1815: Le grand chambardement à Blay et St Thomas
- La fusion définitive, en décembre 1794, de Blay et de St Thomas pour former une seule et même commune, dont le nom qui s'imposera au fil des ans sera Esserts-Blay. Nous verrons que cela n’a pas été un long fleuve tranquille.
- L’érection, en août1803, de Blay, jusqu’alors rattaché religieusement à St Paul, en paroisse de plein exercice. Depuis cette date, notre village compte 2 paroisses.
En septembre 1792, et depuis de nombreuses décennies, semble-t-il, Blay est rattaché religieusement à St Paul (Blay a sa chapelle, mais l’église paroissiale est à St Paul), alors que, sur le plan communal, Blay est un quartier de la commune de St Thomas des Esserts. Comme on dit à l’époque, Blay est rattaché à St Paul pour le spirituel et à St Thomas pour le temporel.
1. Blay fait le forcing pour être détaché de St Paul (religieux) et de St Thomas (commune): octobre 1792 - février 1793.
Le 14 octobre 1792, lors du vote des communautés de Tarentaise pour émettre un souhait sur l’avenir politique de la Savoie et pour élire les députés qui vont siéger à l’Assemblée des Allobroges, les habitants de Blay se constituent en communauté autonome, et forment ainsi la 63ème communauté de Tarentaise. Blay (comme St Paul et 28 autres communes) donne un mandat illimité à son député, sans se prononcer sur l’avenir politique de la Savoie. La délibération de St Thomas des Esserts n’a pas été retrouvée. On notera que 18 communes se prononcent clairement pour la réunion à la France, 1 préfère une République indépendante, 6 donnent mandat à leur député, mais avec des réserves. Seule Cevins se déclare contre l’union à la France (ce sera la seule de tout le Duché). La plupart des députés, souvent des hommes de loi, sont favorables à l’union à la France. Blay désigne le Notaire Joseph DEGLISE, St Paul Joseph Marie BAUDE, également Notaire.
Les habitants de Blay, sur leur lancée du vote du 14 octobre font le forcing pour être détachés, à la fois de St Paul pour le spirituel, et de St Thomas pour le temporel, et former à la fois une paroisse et une commune autonomes.
Le 26 novembre 1792, 56 habitants mâles du quartier de Blay, représentant plus des 2/3 des habitants mâles du quartier se réunissent sur la place publique devant la chapelle, « paisiblement et sans armes ». Ils réclament de devenir une commune et une paroisse indépendantes. Leurs arguments sont les suivants :
- L’équité budgétaire : dépendant à la fois de St Paul (religieux) et de St Thomas (commune), ils paient des 2 cotés pour les fonctionnaires ecclésiastiques, les églises et les presbytères.
- La population : Blay compte déjà 460 habitants (beaucoup plus que St Thomas)
- La géographie et les conditions de route : Blay est à plus d’une lieue de chacune des communes de St Paul et de St Thomas. Et, en plus, « les chemins sont scabreux et très dangereux, principalement dans les temps de gel ».
- Les finances : « Blay, composé de 10 hameaux devant naturellement former une commune séparée, peut aisément acquérir par des dons patriotiques un logement et un jardin convenables à son fonctionnaire ecclésiastique ». En plus, la « caisse nationale des allobroges » va même faire des économies sur la différence de traitement entre le 2ème fonctionnaire ecclésiastique de St Paul (à supprimer) et celui de Blay (à créer).
Forts de ces considérations, les habitants de Blay « députent » le citoyen Louis TEILLIER, en lui conférant tous les pouvoirs nécessaires, afin de présenter la requête à la Commission provisoire d’administration des Allobroges. Enfin, Joseph GONTHIER et Hippolyte MUTTET, tous deux « natifs et habitants de St Paul », apposent comme témoins leur signature sur la pétition (apparemment, il n’y a pas de témoins de St Thomas, il est vrai que les chemins sont mauvais!).
La pétition est évoquée le 1er décembre 1792 par la Commission provisoire d’administration des Allobroges. Elle refuse de délibérer sur le fond de l’affaire, et demande aux pétitionnaires de « rapporter le sentiment des 2 communes de St Paul et St Thomas. »
Une délibération des citoyens de Blay, hélas non datée, mais qui se tient après le 26 novembre et certainement avant les élections municipales du 23 décembre, précise à nouveau que les gens de Blay « ne veulent plus former municipalité conjointe avec le quartier de St Thomas, et, qu’ainsi, ils ne veulent point concourir à l’élection de cette municipalité ». Bien entendu, ils ne s’opposent pas à ce que le quartier de St Thomas procède à l’élection séparée de sa municipalité, et invitent les Secrétaires provisoires des 2 quartiers à venir au chef-lieu de Blay « pour y procéder à l’élection de la municipalité particulière dudit quartier de Blay, séparément de celle de St Thomas ». A la fin du procès verbal apparaît la mention suivante : « Le Secrétaire provisoire de la commune de st Thomas et Blay, malgré l’invitation qui lui en a été faite, n’a cru devoir procéder à l’élection séparément d’une municipalité ».
Le 23 décembre 1792 ont lieu les élections afin d’élire les nouveaux « officiers municipaux ». C’est l’occasion d’un bras de fer entre Blay et St Thomas. A St Thomas, l’élection est organisée à l’église paroissiale. Joseph FERLAY, de feu Guillaume, est élu Président, et Thomas BOCHET Secrétaire. Ces derniers prêtent serment, devant l’assemblée des citoyens, « d’être fidèles à la nation, à la liberté, à l’égalité, et de mourir en les défendant ». Le serment est repris par tous les citoyens présents, « en levant la main et en répondant individuellement : je le jure ». Le procès verbal de l’élection ne fait aucune mention de la pétition des habitants de Blay, qui, manifestement, ne sont pas présents. Certainement au même moment (le document n’est pas daté), les habitants de Blay réitèrent leur souhait de former une municipalité indépendante de St Thomas. Ils refusent donc de participer au vote du 23 décembre tel qu’il est organisé, et déclarent ne pas s’opposer à ce que le quartier de St Thomas procède à l’élection séparée de sa municipalité. Le vote demandé n’a pas eu lieu car « le secrétaire provisoire de la commune de St Thomas et Blay, malgré l’invitation qui lui en a été faite, n’a pas cru devoir procéder à l’élection séparément d’une municipalité.
Le 5 janvier 1793, le Comité de justice de la Commission d’administration provisoire du Mt Blanc se penche de nouveau sur la requête des habitants de Blay, et arrête que « provisoirement l’état actuel des choses sera conservé jusqu’à la nouvelle circonscription des communes ». Les habitants de Blay sont donc déboutés, et doivent voter avec ceux de St Thomas. On vote beaucoup à cette époque.
Le 1er février 1793, ce sont donc l’ensemble des habitants de la commune de St Thomas des Esserts et Blay que le Maire, Jacques FONTAINE convoque pour les élections municipales prévues le 10 février (elles seront reportées au 24 mars), qui se tiendront dans l’église paroissiale de St Thomas.
Pourtant, il ne semble pas que les habitants de Blay aient voté avec ceux de St Thomas lors de l’élection municipale du 24 mars 1793. Le compte rendu du vote du 24 mars ne mentionne que la commune de St Thomas des Esserts. François LASSIAZ est élu Maire, Joseph BOCHET Procureur, Joseph TRAVERSIER et Etienne GIROD Officiers municipaux, tandis que 6 autres citoyens sont désignés Notables. Il est noté sur le compte rendu la volonté des habitants de Blay de ne « vouloir point concourir à cette municipalité, et au contraire, en vouloir former une particulière ».
2. De mars 1793 à décembre 1794 : Blay d'abord "municipalité provisoire" jusqu'en mars 1794, puis rattaché à St Paul jusqu'à la création définitive de la commune de St Thomas et Blay (Esserts-Blay) le 27 décembre 1794
Blay municipalité "provisoire":
Les documents conservés aux Archives départementales ne permettent pas d'être absolument affirmatif quant à ce que sont devenus nos deux villages entre mars 1793 et décembre 1794. Après les élections du 24 mars 1793, certaines communes sont re-dessinées. Le quartier de Blay semble alors avoir été détaché de St Thomas, ce qui a répondu tout à fait aux souhaits des habitants de Blayrattaché à St Paul. Ce n’est toutefois pas certain. On ne peut s’appuyer que sur les documents d’archive concernant St Thomas. Ces documents évoquent parfois Blay et St Paul.
Un document conservé aux Archives départementales parmi les délibérations du Conseil municipal de St Thomas, apporte des précisions, mais sème aussi le trouble: "la commune des Esserts et Blay a été réunie à celle de St Paul dès le mois de germinal 2ème année républicaine, jusqu'à celui de nivôse 3ème année, c'est à dire de mars jusqu'à décembre 1794". Dans les fais, St Thomas parait ne jamais été rattaché à St Paul. Il semble que ce soit uniquement Blay qui a été rattaché à St Paul entre ces deux dates, St Thomas des Esserts restant une commune autonome.
Auparavant, entre mars 1793 et mars 1794, Blay semble bien avoir été une "municipalité provisoire" autonome, avec son maire, Jacques Fontaine, et ses officiers municipaux, Jacques Glaizat Blanc et Claude Teillier. D'ailleurs, plusieurs délibérations de St Thomas évoquent la municipalité "provisoire de Blay".
Même si un document, très intéressant d'ailleurs, affirme que Blay est resté un simple quartier de St Thomas. Les habitants du quartier de Blay sont accusés, en septembre ou octobre 1793 (la délibération est datée du 10ème jour de la seconde décade de la seconde année de la république – la seconde année démarre théoriquement le 22 septembre 1793) de rébellion et d’incivisme envers l’armée française. Rappelons que, durant l’été 1793, les troupes sardes, aidées par les Autrichiens, ont lancé une contre-attaque, en Tarentaise, en Maurienne, et dans la vallée de l’Arve, en vue de reprendre la Savoie.
Au début du mois de septembre, les troupes françaises et austro sardes sont face à face à Cevins. Le 10 septembre, les Français passent à l’attaque par les cols du Beaufortain et repoussant les Austro Sardes sur la crête frontière. Revenons aux accusations lancées aux habitants de Blay : le « maire », Jacques FONTAINE, et les deux officiers municipaux, Jacques GLAIZAT BLANC et Claude TEILLIER sont convoqués par les autorités à Conflans. Le quartier de Blay est accusé de rébellion et d’incivisme envers l’Armée des Alpes. Il est condamné à payer une amende calculée sur une quote part de ses impôts fonciers. Le maire et les officiers municipaux font part de leur surprise. Ils ignorent les marques de rébellion et d’incivisme qui sont reprochés aux habitants de Blay. Au contraire, ils attestent qu’aucun habitant de Blay n’a jamais pris les armes contre la Révolution, ni favorisé l’arrivée ou le séjour de l’ennemi, ni fait aucun commerce avec lui. Ils précisent même que les relations entre les habitants de Blay et les troupes françaises présentes au col de Basmont ont toujours été très bonnes : les militaires venaient quotidiennement s’approvisionner dans les montagnes appartenant aux habitants de Blay, et ces derniers leur ont toujours fourni tout ce dont ils avaient besoin. Il en a été de même pour les patrouilleurs qui se rendaient dans les hameaux du quartier. Nous apprenons dans ce document que la seule fois que les ennemis ont été vus dans le secteur, c’est le jour où « ils ont coupé la corde de la barque (du bac) ». Le maire continue son plaidoyer en faveur des habitants de Blay en certifiant que les habitants n’ont jamais fait aucune action qui puisse être qualifiée de contre-révolutionnaire.
Il termine en rappelant que le quartier de Blay n’est pas une commune séparée. Il dépend toujours de St Thomas des Esserts pour le temporel et de St Paul pour le spirituel. Il sera donc très difficile de calculer, si la condamnation est confirmée, la quote part des impôts fonciers du quartier de Blay. Il conclue en demandant à l’administration de leur communiquer les motifs de l’accusation de rébellion et d’incivisme, et atteste que « les habitants du quartier (de Blay) ont toujours donné des preuves d’un vrai patriotisme en toutes circonstances, et ont toujours satisfait avec zèle à toutes les réquisitions qui leur ont été faites pour le service de l’Armée de la République ». Nous ne connaissons pas la suite qui a été donnée à cette accusation.
Ce document semble donc démontrer que Blay est toujours rattaché à St Thomas. Dans les faits, il n'en est peut être rien:
- Le document cité plus haut évoque un maire et des officiers municipaux de la commune nommés Jacques FONTAINE, Jacques GLAIZAT BLANC et Claude TEILLIER. Ce sont des gens de Blay. Le maire de St Thomas de l’époque est François LASSIAZ, et il n’apparaît pas dans la note.
- Le fait que des gens de Blay évoquent eux-mêmes le rattachement de leur quartier à la commune de St Thomas (après s’être battus pendant des semaines, fin 1792 et début 1793, pour réclamer leur indépendance) est peut être une manœuvre pour ne pas avoir à payer l’amende réclamée. En conclusion, ce document ne prouve pas, loin de là, que Blay fasse encore partie de la commune de St Thomas à l’automne 1793.
Le 12 janvier 1794 (23 nivôse an II), le Conseil général de la commune de St Thomas et la « municipalité provisoire du quartier de Blay se réunissent à la cure de St Thomas (« à défaut de maison commune », c'est-à-dire de mairie) pour décider de la répartition de l’impôt foncier ; il faut dire que Blay et St Thomas sont obligés de s’entendre sur ce point car ils n’ont qu’un seul et même cadastre. La « municipalité provisoire » de Blay est toujours dirigé par Jacques FONTAINE.
Blay probablement rattaché à St Paul, de mars à décembre 1794:
Le 11 avril 1794, le commissaire Albitte (dont le nom reste associé à la mise en place du régime de la Terreur en Savoie) prend un arrêté pour réorganiser les communes de Savoie, et leur faire changer de nom. Blay est alors rattaché à St Paul, pour former la commune de "Passage et Bellepente", qui dépend du canton de "Roc libre" (Conflans). St Thomas devient "les Esserts", et a pour chef-lieu de canton "Charmilles" (Feissons sous Briançon). Moutiers, chef-lieu du district de Tarentaise, s'appelle désormais "Mont Salins".
Le rapprochement de Blay et de St Paul a peut être eu lieu un peu avant, puisqu'une délibération du Conseil municipal de St Thomas, datée du 5 février 1794, relative à une réclamation de St Thomas qui estime que la quote part de fourrages qu’elle doit fournir aux magasins de l’Armée, est trop élevée, évoque clairement la commune voisine de St Paul et Blay.
3. Quelques éléments sur la commune de St Thomas des Esserts entre mars 1793 et fin 1794.
Le Curé de St Thomas accepte, le 25 mars 1793, la Constitution civile imposée au Clergé, puis émigre en Italie à l’automne 1793. Le 8 février 1793 est imposé à l’ensemble du clergé savoyard l’obligation de prêter serment à la Révolution, en jurant « de maintenir la liberté et l’égalité, ou de mourir en les défendant ». Cette mesure, qui a déjà été mise en œuvre en France, mais à laquelle bon nombre de personnes pensait que la Savoie échapperait, jette la consternation dans les campagnes savoyardes.
En Tarentaise, une part importante du clergé, peut être encouragé par les hésitations de l’Evêque et les positions de son entourage, prête serment. Le curé de St Thomas, Joseph Antoine BORNE, prête serment le 25 mars 1793, au lendemain de l’élection de la municipalité, « après mûres réflexions », « considérant que le serment civique exigé par la loi n’est point contraire à la foi catholique, apostolique et romaine ». Le retard, un mois et demi, mis pour recueillir le serment du Curé BORNE , est expliqué par l’inorganisation de la commune, due aux difficultés rencontrées avec les habitants du quartier de Blay. Le même jour est dressé l’inventaire des biens du curé BORNE, et de la cure : les biens fonciers et immobiliers, les créances et les fondations faites au bénéfice de la cure, et l’ensemble de ses meubles et même de ses effets.
En novembre 1793, le curé BORNE s’enfuit d’Esserts-Blay. On saura plus tard qu’il a émigré en Italie. Il reviendra à St Thomas en 1796. Le compte rendu de sa fuite, fait dès le lendemain, est daté du 23ème jour du 3ème mois de la 2ème année de la République. Il a notamment emporté les vases et meubles en argent de la sacristie.
Au printemps 1793, « la Patrie est en danger ». Le 6 mai, une circulaire des Commissaires du District de Moutiers, faisant référence à une loi du 24 février 1793, ordonne aux communes de Tarentaise d’organiser, « par le sort, par le scrutin ou autrement », la nomination d’un certain nombre de combattants pour renforcer le Bataillon de l’Armée des Alpes, chargé de défendre les frontières de la France, alors gravement menacée. Il est bien précisé que le recrutement ne durera « que le temps nécessaire pour sauver la Patrie en danger ». Sont concernés tous les garçons et veufs sans enfants, de 18 à 40 ans. Pour la commune de St Thomas des Esserts, le quota est fixé à 2. Une des conditions du recrutement est que le volontaire doit mesurer, pieds nus, plus de 5 pieds.
Le 16 mai, tous les garçons et veufs sans enfants de 18 à 40 ans sont convoqués à la cure de St Thomas. Seuls 3 mesurent les 5 pieds requis. Le tirage au sort entre les 3 désigne Thomas BOCHET, 19 ans, fils de Joseph, et Louis LASSIAZ, 20 ans, fils de Gaspard. L’heureux éliminé est Humbert GIROD. Il semble que les communes aient fait l’objet, ensuite, d’un nouvel appel au recrutement de volontaire, puisque, le 29 juin, un nouveau Conseil général de la commune de St Thomas se tient à la cure, en présence cette fois du Commissaire adjoint du District de Moutiers. Ce dernier est chargé de vérifier par lui-même qu’il ne reste effectivement plus aucun garçon ou veuf sans enfant mesurant les 5 pieds requis par la loi, donc susceptibles d’être enrôlé dans le Bataillon des Volontaires. C’est ce que le Commissaire adjoint constate lui-même, le plus grand des 4 garçons éventuellement concernés ne mesurant que 4 pieds et 9.5 pouces.
Le 5 février 1794 (17 pluviôse an II), le Conseil général de la commune de St Thomas conteste la répartition, décidée par l’autorité supérieure, le District (Moutiers), des volumes de foin, paille et avoine que les communes dudit District doivent fournir aux magasins de l’Armée. La quote part de St Thomas est de 20 quintaux de foin, 6 quintaux de paille et 11 quintaux d’avoine. Pour le Conseil municipal, c’est trop. En effet, la commune ne compte que 37 familles et 190 habitants. De plus, le sol n’est pas riche. Le total des fourrages existant dans la commune se chiffre à 150 quintaux de foin, 310 de paille et …quintaux d’avoine. Avec cela, il faut nourrir 12 bœufs, 93 vaches, 33 veaux, 20 brebis, 40 chèvres et 20 cochons. En conséquence, la commune ne peut pas fournir à l’Armée le volume réclamé par le District. Le Conseil municipal pense qu’il y a eu une erreur dans la fixation du quota, surtout que la commune voisine de St Paul et Blay, qui compte 200 familles, et dispose de prairies et de sols beaucoup fertiles que ceux de St Thomas, a un quota inférieur à celui de St Thomas. Et d’autres communes voisines sont dans le même cas. Le Conseil municipal demande une diminution de son quota et charge Joseph GIROD de défendre le point de vue de St Thomas devant l’administration.
4. Blay est officiellement et définitivement rattaché, pour le temporel (commune), à St Thomas le 27 décembre 1794 (7 nivôse an III).
L’arrêté sarde du 11 avril 1794 réorganisant les communes de Savoie est suspendu le 11 octobre de la même année (Sardes est parti de Savoie en août, le régime politique s’assouplit provisoirement). Les communes rentrent dans l’état où elles étaient avant le fameux arrêté.
Pour Blay, cela ne signifie pas retour à l’autonomie, que le quartier semblait avoir obtenu depuis presque une année, mais retour au rattachement avec St Thomas, c'est-à-dire à la situation d’avant mars 1793. Le procès verbal de la fusion Blay – St Thomas est dressé le 27 décembre 1794 (7 nivôse an III). Il est signé par François LASSIAZ, jusqu’alors maire de St Thomas, renouvelé à la tête de la nouvelle commune, et Jacques FONTAINE, maire de la « municipalité provisoire de Blay » de mars 1793 au printemps 1794, nommé officier municipal de la nouvelle commune. Signent également les autres anciens officiers municipaux et notables des communautés de St Thomas et de Blay : Joseph TRAVERSIER, Humbert FERLAY, Gaspard LASSIAZ et Joseph BOCHET pour St Thomas, Jacques BLANC et Claude TEILLIER pour Blay.
La commune s’appelle d’abord « St Thomas et Blay », puis très rapidement « les Esserts et Blay ». Le Conseil général de la commune est renouvelé le 18 janvier 1795 (29 nivôse an III). Le nouveau maire élu est Joseph BOCHET. Le même jour, il est décidé d’élire un officier public chargé de l’état civil pour chacun des deux quartiers de la commune (à cause de l’éloignement des deux quartiers). Joseph GIROD est élu pour les Esserts, Antoine MERCIER pour Blay.
Le Conseil municipal du 3 mai 1795 (14 floréal an III) est consacré aux problèmes que pose le fait que la section de Blay ait un moment été rattachée à St Paul, donc au canton de Feissons, alors que St Thomas dépendait de celui d Conflans. Cette situation pose des problèmes administratifs, Blay devant répondre de certaines choses à Feissons, St Thomas à Conflans. Le Conseil pétitionne pour que la section de Blay soit rattachée au canton de Conflans. C’est aussi l’occasion pour le Conseil municipal d’affirmer, quitte à déformer la réalité et nier ce qu’il s’est passé en 1793, que St Thomas et Blay ont toujours été une seule et même commune, avec la même municipalité, la même administration et le même cadastre.
A partir de la fin 1795, les sources manquent jusqu’en 1800.
5. La création de la paroisse de Blay: 4 août 1803.
Rappelons qu’en Savoie, les communautés villageoises sont, depuis toujours, très sourcilleuses en matière d’indépendance et de reconnaissance. Pour une communauté villageoise, le fait de devenir un chef lieu de paroisse est une marque importante de reconnaissance. On a vu que les habitants de Blay, ancien chef lieu de seigneurie, « ballotté » depuis des siècles entre St Paul et St Thomas, ont manifestement à cœur de se faire reconnaître en tant que communauté indépendante. Pour cela, obtenir de l’Evêché que Blay soit érigé en paroisse est presque un aboutissement.
Cet aboutissement, les gens de Blay y travaillent dès les années 1795 – 1796. A cette époque, la situation de l’Eglise est difficile. La Terreur des années 1793 et 1794 a fait fuir le clergé. A partir d’août 1794, les vicaires capitulaires des anciens diocèses de Savoie, la plupart exilés à Turin, décident d'envoyer dans nos régions des missionnaires en vue de (ré)animer la vie religieuse. Pour la Tarentaise, c’est André de Maistre (frère de Joseph et Xavier) qui dirige, depuis Turin, l’opération. Ils sont 4 missionnaires à quitter Turin dans les derniers jours de novembre 1794 vers le Col de la Seigne, le Cormet de Roselend, le Beaufortain et la Basse Tarentaise. A leur tête, Antoine Martinet, 32 ans, futur Evêque de Tarentaise, originaire de Queige, ordonné prêtre en 1789, nommé ensuite vicaire à St Paul, puis appelé par l’Archevêque de Moutiers comme secrétaire particulier. En 1793, il refuse de prêter serment et accompagne l’Archevêque lorsque celui-ci quitte Moutiers en mars 1793. Après le décès de l’Archevêque en septembre 1793, il reste à Turin et devient secrétaire d’André De Maistre, qui était jusqu’en mars 1793 l’un des 3 vicaires généraux de l’Archevêché de Tarentaise. Antoine MARTINET connaît bien la Basse Tarentaise, pour avoir été vicaire à St Paul. Il y séjourne, clandestinement, assez souvent.
De là, il s'est rendu plusieurs fois Blay en 1795 et 1796, où les Blaycherains le supplient de leur accorder la séparation d’avec St Paul. Les arguments tournent autour de l’éloignement de Blay vis à vis de St Paul, et aussi vis à vis de St Thomas, et de la dangerosité des routes. Au début, Antoine MARTINET, qui a d’autres priorités, botte en touche et demande aux habitants de Blay d’attendre que les choses se calment.
En mai 1797, il accepte certaines des revendications des habitants de Blay et leur accorde un prêtre régent à résidence, sous réserve qu’on lui fournisse un logement convenable. Il enseignera aux jeunes et donnera les derniers secours aux malades. Mais ce prêtre restera à la disposition du curé de St Paul, qui reste le chef lieu de paroisse. Le régent nommé est R. Jos. Bérard. La création de la commune d'Esserts-Blay, à peu près à cette époque, ne calme pas les ardeurs autonomistes des habitants.
Le 21 février 1803 (2 ventôse an XI), le "Conseil Municipal du quartier de Blay" (?) charge ("députe") Hippolyte VALLOZ de convaincre l'Evêque de Chambéry et de Genève d'ériger Blay en paroisse autonome. On apprend dans ce document conservé aux Archives diocésaines de Moutiers que Blay bénéficie "depuis un an et quelques mois" d'un prêtre à résidence. On apprend aussi que l'hypothèse de rattacher le quartier de Blay à la paroisse de St Thomas est envisagée. Et cette hypothèse, les paroissiens de Blay n'en veulent pas. Ce qu'ils veulent, c'est être détachés de St Paul, et que Blay devienne paroisse de plein exercice. Pour cela, ils rappellent à l'Evêque qu'ils sont "profondément pénétrés de l'amour de la religion catholique, apostolique et romaine", et rappellent les arguments qu'ils ont déjà développés: l'éloignement de Blay vis à vis de St Paul et de St thomas ("près de 2 heures de chemin"), et la dangerosité du chemin ("scabreux"), coupé de nombreux ruisseaux qui débordent lors de la fonte des neiges et des pluies, et parfois impratiquable en hiver. Et c'est précisément en hiver que les paroissiens doivent envoyer leurs enfants au catéchisme!! De plus, sur le plan financier, les habitants de Blay se sont déjà cotisés pour construire un cimetière (qui a été béni en mars 1802 par l'Abbé du Verger de Blay), et ils assurent un revenu annuel de 400 livres à leur prêtre, outre les rétributions et casuels, le logement et tous les ornements nécessaires au culte divin. Il semble que l'Evêque ait ensuite "passé le bébé" au Préfet, ce qui nous vaut une nouvelle supplique des habitants de Blay, destinée cette fois au Préfet du Mont-Blanc. Les arguments sont encore plus concrets que dans la lettre à l'Evêque: "la difficulté et la longueur des chemins des chemins les (les paroissiens de Blay) privent de donner à leurs enfants l'instruction religieuse nécessaire, les femmes sont privées d'assister aux offices divins presque tout l'hiver". Ensuite "l'éloignement de ce quartier à l'église de St Paul occasionne ordinairement des maladies et très souvent la mort aux personnes qui portent les corps morts à la sépulture, malheur qui m'est arrivé que trop souvent et qui a autorisé le proverbe "que les morts tuent les vivants". Bien plus, la plupart des habitants meurent sans le secours de la religion à cause de l'éloignement des lieux et du mauvais état des routes pendant plus de la moitié de l'année." Enfin dernier argument, la démographie: Blay compte 90 feux, St Thomas à peine 35, et St Paul pas plus de 100. Quelques mois plus tard, les habitants de Blay obtiennent gain de cause.
Le 4 août 1803, l’Evêque de Chambéry, Monseigneur MERENVILLE, réorganise les paroisses de son diocèse et créé six nouvelles paroisses, dont Blay, qui est séparée de St Paul (les autres paroisses créées sont Versoye, Tessens, Fontaine le Puits, Grand Naves, et Arêches; en même temps, Mercury et Gilly sont fusionnées pour former Chevron).
6. 1800 – 1815 : Blay prend le dessus sur Thomas et s’impose comme chef-lieu de la commune, avec la construction, à Blay, de la mairie. Les relations entre les deux villages restent conflictuelles.
Le 11 juin 1800, le maire de la commune de St Thomas des Esserts et Blay est Joseph BOCHET de St Thomas ; le secrétaire est Charles FONTAINE de Conflans.
Le nom "Esserts-Blay" n'est pas encore entré dans les moeurs. La commune s'appelle indifféremment:
- St Thomas des Esserts et Blais (1801) ou Blay (1804 -1805 - 1809 - 1810)
- Esserts et Blais (1802) ou Blay (1807 - 1810 - 1812 - 1813)
- St Thomas et Blay (1811 - 1814); le tampon en photo est sur un document de 1810.
Le 6 octobre 1804 (14 vendémiaire an XIII), Jean BLANC, jusqu’alors adjoint, est nommé maire en remplacement de Joseph BOCHET décédé
- La construction de la mairie, à Blay:
Au début du XIXème siècle, la commune ne dispose pas, ni à St Thomas, ni à Blay, de « maison commune » (mairie) pour les réunions du Conseil municipal. Les réunions se tiennent chez des particuliers, et souvent chez Claude TEILLIER, qui habite à la Combaz, hameau situé entre Blay et St Thomas et accessible relativement facilement de la plupart des hameaux principaux (Claude TEILLIER décède le 22 juillet 1806).
Le 18 août 1803, le Conseil municipal demande l’autorisation de construire une maison qui regrouperait, à Blay, le presbytère (Blay, qui vient de devenir paroisse, en est démuni) et la « maison commune ». Le presbytère abriterait le logement du curé de la paroisse, et la maison commune comprendrait une pièce pour les réunions du Conseil et un cabinet pour la conservation des archives. La décision définitive est prise par la délibération du Conseil municipal du 23 mars 1806. Le devis des travaux se monte à 6 874.70 francs, l’architecte est Mr PADAY.
Pour le financement, la commune n’a à sa disposition qu’une créance de 3 224 francs en capital qu’elle détient sur un habitant de la Bathie, Louis TEILLIER, qui a acheté un terrain à la commune en 1777. Pour le solde, le Conseil décide d’augmenter l’impôt foncier sur les 3 années qui viennent (1807-1808-1809).
Le lieu choisi se situé juste à coté de l’église de Blay (parcelle n° 43 de la mappe sarde). C’est toujours à cet endroit que se trouve, de nos jours, la cure de Blay, qui a également servi de mairie jusqu’à la construction de la mairie actuelle dans les années 1960. La « maison commune et presbytérale » ne sera réceptionnée définitivement qu’au printemps 1812 (CM du 20 mai 1812 – Louis FERLAY vote contre cette réception). Les travaux ont manifestement traîné en longueur. Le résultat n’est pas à la hauteur des attentes : alors que la partie « presbytère » est conforme aux plan initial et permet un logement correct pour le curé, la partie « mairie » est trop petite. La réception provisoire du bâtiment n’est d’ailleurs votée que par 6 voix contre 4 (CM du 14 mai 1811).
- A l’occasion de la construction de la « maison commune et presbytérale », les signes de désaccord entre Blay et St Blay se multiplient.
Comme lors du CM du 4 mai 1808, consacré au financement de la maison commune et presbytérale. Les membres du Conseil domiciliés à Blay estiment normal que l’imposition supplémentaire nécessaire au financement de la maison commune et presbytérale soit partagée entre tous les habitants de la commune car Blay et St Thomas forment une seule et même commune. Ils rappellent que Blay a participé au financement de diverses réparations faites à l’église et à la cure de St Thomas. En conséquence, il est normal que les habitants de St Thomas participent en retour au financement de la construction de la cure de Blay.
Les membres du Conseil résidant à St Thomas ne l’entendent pas de cette oreille : d’abord ils ont du racheter tout seuls leur cure, il n’y a donc pas de raison qu’ils paient pour celle de Blay ; ensuite, s’ils admettent devoir payer leur quote-part de la maison commune, celle-ci devrait être construite à la Combe, centre de la commune ; enfin « ils n’ont jamais consenti à cette construction » ( !) En conséquence, le CM demande au Préfet de trancher ce différent, si possible dans le délai de 15 jours.
Un accord est trouvé lors du CM du 3 novembre 1808, accord qui en dit long sur l’esprit de solidarité qui règne entre les deux villages : Les membres du CM reconnaissent que les prétentions réciproques des 2 sections peuvent entraîner des dissensions entre les habitants, ce qui, selon le CM n’est pas une bonne chose. En effet, « les habitants d’une commune doivent autant que possible vivre en bonne harmonie ».
En conséquence, les membres du CM habitants à Blay font un effort et acceptent que la section de Blay finance seule, non seulement le presbytère, mais aussi la maison commune et salle d’archives.
En contre partie, la section de St Thomas renonce à ses droits éventuels sur la créance de la commune sur Louis TEILLIER (cette créance s’élève à 3 224 francs en capital, ce qui représente plus de la moitié du budget de la construction de la maison commune et presbytérale, mais elle date de 1777, et manifestement, le débiteur ne semble vouloir payer sa dette).
Enfin, les deux parties, qui son chacune, rappelons le, chef-lieu de paroisse, évoquent la répartition entre elles des futures dépenses liées au culte religieux : « Et d’un commun accord, les membres des 2 sections consentent réciproquement à ce que les habitants d’une section ne puissent être obligés de concourir à l’entretien des presbytères des sections respectives, ni aux fournitures y relatives, ni au traitement et supplément des desservants, entendant que chaque section soit uniquement et simplement chargée des dépenses particulières de chacune d’elle, en se réservant de la même manière la jouissance des ressources que chacune d’elle possède et a le droit de posséder ». En résumé, c’est chacun pour soit.
- Nouvel épisode de cette discorde, la pétition du 14 mai 1810 des membres du Conseil Municipal domiciliés à Blay, demandant la séparation de Blay et de St Thomas, qui en dit long sur le peu solidarité que manifeste le quartier de Blay à l'égard de celui de St Thomas : « Considérant que les intérêts de la section (de Blay) sont grandement compromis par celles de St Thomas, puis que celle-ci n’a aucun revenu communal, et que celle de la première (Blay) se trouvera confondu et tourné au profit de la seconde (St Thomas) dans les dépenses à la charge de la commune entière (Les pétitionnaires) sont d’avis de solliciter la séparation des 2 sections, pour le civil, et demander à cet effet autorisation à Mr l’adjoint pour faire les démarches nécessaires pour y parvenir, obtenir sa mairie séparée et faire procéder à la division de la commune par limites suivant les anciens cadastre et mappe ». Ils prient donc Mr le Sous Préfet de donner son avis favorable à cette demande.
En réponse, le Sous Préfet demande au CM d’examiner la question et de prendre position. La pétition est évoquée lors du CM du 10 mars 1811. Les 3 membres du CM originaires de St Thomas contestent la procédure. Selon eux, les membres du CM domiciliés à Blay ne pouvant être juge et partie, ils ne peuvent participer à la délibération car ils ont signé la pétition. Donc, le CM ne peut délibérer car le quorum des 2/3 n’est pas atteint, puisque seuls les 3 membres originaires de St Thomas peuvent participer à la délibération. Les membres originaires de Blay contestent ce point de vue, et estiment que le fait qu’ils aient signé la pétition ne les empêche pas de délibérer. Le maire, Joseph TRAVERSIER (de St Thomas) donne raison aux santhomarains et estime que le quorum n’est pas atteint. Il demande au Préfet de trouver une solution pour les 2 parties puissent donner leur avis sur le fond de la pétition.
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