06.01.2008
La paroisse de St Thomas en 1792
Assez paradoxalement en regard de la taille et de la population des 2 hameaux, la paroisse de St Thomas est beaucoup plus ancienne que celle de Blay. Elle a été érigée entre 1170 et 1344. Jusqu’alors, St Thomas, comme Blay, n’étaient que des quartiers de la paroisse principale, St Paul. La paroisse de St Thomas rend hommage à Thomas BECKETT, né vers 1120, Chancelier du Roi d’Angleterre Henri II d’Angleterre, puis Archevêque de Cantorbéry. Thomas BECKETT est, vers 1150, un personnage extraordinairement puissant. Il entre alors en conflit avec le Roi, dont il est jusqu’alors très proche, et se démet de sa charge de Chancelier. Il décide de se consacrer à l’aumône et à la prière. Il est en désaccord avec le Roi, et avec les autres Évêques anglais, car il veut maintenant libérer l’Eglise de la main mise laïque (il avait lui même été désigné Archevêque par le Roi). En 1164, il part en exil. Selon la légende, lui ou sa famille seraient passés près de St Thomas des Esserts. Sur ordre du Roi, il retourne à Cantorbéry, où il est mis à mort dans sa cathédrale le 29 décembre 1170. Il est canonisé en 1173, et son culte se répand très rapidement.
Un 2ème Saint Patron est évoqué en 1792 : Saint Aubin, fêté alors le 1ermars. St Thomas est alors feté le 29 décembre.
L’église :
Une transaction entre les curés de St Thomas et de Conflans au sujet de la dîme de Rhônnes, actée par un document du 5 mars 1499 signé chez Jean Villars, Notaire, semble évoquer l’existence d’une église à St Thomas à cette époque, mais nous n’en savons pas plus.
L’église actuelle parait avoir été construite au XVIIème ou au XVIIIème siècle.
Selon « l’état de la paroisse de St Thomas » rédigé par le curé Jean Antoine BORNE le 5 juillet 1792, l’église est certes simple (la paroisse n’est pas riche), mais pas en mauvais état. Elle a manifestement un problème d’humidité (ce point sera constamment repris lors des visites pastorales du XIXème siècle). Selon le curé BORNE, « il faut, de toute nécessité, ajouter une pierre d’environ 4 à 5 pouces, au seuil de la porte de l’église, pour que l’eau souvent abondante par les grandes pluies, et la fonte des neiges, n’y entre pas, comme cela arrive fréquemment, ce qui cause de grands inconvénients ».
Certes, il faudrait refaire le plancher du chœur en partie à neuf, changer une planche trouée par un neuve au milieu de l’église. Reblanchir l’église ne serait pas non plus du luxe. Mais la sacristie, le clocher, les fonds baptismaux et le confessionnal sont dans un état passable.
Le curé évoque aussi la nécessité de « faire placer petit un avant toit sur le portail de l’église, pour pouvoir faire avec plus de décence et de sécurité, les exorcismes et beaucoup d’autres fonctions écclesiastiques, selon les rites de l’Eglise et les usages de la paroisse ».
En terme de fournitures, l’église est correctement pourvue : un calice, un ostensoir, deux pyxides (récipient de forme cylindrique utilisé dans la religion catholique pour administrer les sacrements), des ornements, des missels, du linge et des reliques. Il y a des livres pour la messe, même si ceux-ci sont écrits en trop petits caractères, ce qui « fatigue extrêmement la vue ».
Par contre, les murs du cimetière « sont en très mauvais état. Il faut y faire placer 2 portes fermantes à crochets pour que les bestiaux n’y entrent pas ».
Il existe une seule chapelle rurale dans la paroisse. Elle est située à quelques dizaines de mètres de l’église (« 40 toises » en 1792). Elle a été construite à l'initiative du curé MATHIEUX, dont nous reparlerons, après permission donnée par l'Archevêque DE ROLLAND le 11 avril 1758. Le curé MATHIEUX lui a légué par testament trois nappes avec un tapis, un calice d’argent, un missel romain neuf, des burettes d’étain, une chasuble et deux aubes. Elle est dédiée à Notre Dame de la Consolation, St Barthélémy et St Pierre de Vérone.
Le presbytère comprend sept chambres, deux réduits, un cuvier, une grange, deux écuries et un four. Il est en mauvais état. Des travaux ont eu lieu, mais, selon le curé BORNE, ils ont été mal exécutés.
Il convient maintenant d’évoquer le testament fait le 6 avril 1767 par le curé de St Thomas de l’époque, Jean Baptiste MATHIEUX, devant le notaire BRUNIER. Dans ce testament, le curé MATHIEUX désigne comme héritiers « les pauvres de la paroisse de St Thomas » (un document du 17 janvier 1813 du Bureau auxiliaire de Bienfaisance de St Thomas, mis en place pour administrer l’héritage du curé MATTHIEUX, précise même que les pauvres de Blay en sont expressément exclus ! Il est vrai qu’entre la date du testament du curé et 1813, il y a eu la création de la commune d’Esserts-Blay, puis de la paroisse de Blay !!!).
Le curé MATHIEUX a également légué à la Fabrique de la paroisse la somme de 20 livres par an, à perpétuité, pour l’entretien de l’église.
Il a également légué à ses successeurs curés de la paroisse « une place avec les treilles (vignes) qui en dépendent », d’une surface de 72 toises et 2 pieds, située juste devant la chapelle (en 1792, ce terrain est accensé et rapporte 2 livres et 10 sols à l’année, rendement jugé faible par le curé BORNE), ainsi que 8 ruches (le curé BORNE précise qu’une partie des abeilles a péri).
Il existe alors de nombreuses Fondations que le curé BORNE détaille dans son « état de la paroisse de St Thomas en 1792 », et qui permettent de financer l’entretien des bâtiments religieux (église, chapelle, cimetière, presbytère etc …). En règle générale, une personne teste en faveur de la paroisse, moyennant engagement perpétuel de dire, une fois par an le plus souvent, une messe à sa mémoire. Il arrive que le curé trouve que la somme versée ne soit plus à la hauteur de la prestation. Ainsi Claudine FERLAY a légué, par testament du 26 mai 1711, à l’église paroissiale de St Thomas la somme de 100 florins, payable par son héritier Michel FERLAY sous forme de rente annuelle et perpétuelle. En contrepartie, 4 messes hautes de requiem seront dites chaque année, 2 pendant les 6 premiers mois, 2 pendant les 6 derniers. Le 11 juillet 1173, Joseph, François et Claude FERLAY, certainement les descendants de Claudine FERLAY ont reconnu par contrat devant notaire, devoir la somme de 60 livres, correspondant aux 100 florins de 1711, sous forme d’une rente annuelle et perpétuelle de 3 livres payable chaque 26 mai. Pour le curé BORNE, ces 3 livres ne sont plus suffisants pour la charge des 4 messes hautes annuelles. Selon lui, « cette fondation mériterait réduction, n’ayant que 15 sols pour une grande messe. »
Enfin, le curé BORNE nous donne quelques renseignements sur les Confréries religieuses présentes à St Thomas.
Les Confréries ont été des institutions très importantes dans nos villages. Elles sont sans doute aussi anciennes que les 1ères communautés villageoises, qui se sont mises en place à compter des XIIème et XIIIème siècle. Elles sont nées du besoin de chaque communauté villageoise d’organiser la charité mutuelle et la bienfaisance générale, et aussi de la nécessité pour chacun de penser au salut de son âme. La Confrérie, c’est une société de charité mutuelle et de bienfaisance (aide aux indigents de la commune, aide à un communier en cas de coup dur, visite aux malades, distribution des aumônes …), à laquelle adhèrent les communiers honorables de la commune. Elle est dirigée par un procureur, et peut, au fil des ans et des legs (en principe, il n’y a pas de cotisation imposée), posséder un patrimoine significatif. Elle est donc composée de laïques, les communiers, mais la vocation spirituelle (voire moralisatrice) et religieuse est forte.
A partir du XVIIème siècle, le rôle des Confréries diminue, à mesure que le pouvoir municipal s’organise. Elles se retrouvent de plus en confinées à un rôle strictement religieux, notamment, mais cela reste important, l’office de fabrique paroissiale : elles assurent les dépenses du culte, acquittent les services religieux, contribuent à l’ornement et l’entretien des églises et des chapelles. Elles continuent à jouer un rôle important dans la mise en place et le financement, au sens large, des écoles de village (voir le chapitre sur les écoles d’Esserts-Blay). La fin du XIXème siècle marque la fin de l’influence de ces Confréries.
La Confrérie du St Esprit est une des plus anciennes, et la plus répandue en Tarentaise. Il en existe une à St Paul, créée probablement au moyen âge, à laquelle participent certainement les gens de Blay (avant la création de la paroisse de Blay.
A St Thomas (comme d’ailleurs à Blay après 1803), pas de Confrérie du St Esprit, mais deux autres organisations sont présentes en 1792 (et tout au long du XIXème siècle):
La Confrérie du St Sacrement. Cette Confrérie a été fondée par les frères capucins en 1665. Son but principal est le culte eucharistique, elle organise des visites de malades.
La Confrérie du Rosaire.
Le Curé BORNE semble un peu désabusé sur ces Confréries: "les abus n'y manquent pas; ils consistent en ce que les Confrères, en s'enrôlant dans la Confrérie, n'entendent pas être obligés à assister exactement à leurs offices, ni à subir aucune peine pécuniaire, ni même d'autres, en cas d'absence. Ils disent qu'ils s'y mettent volontairement, et qu'ainsi ils ne sont astreints à rien. Ce qui fait que fort souvent, il n'y a que très peu de confrères pour psalmodier l'office. Il y en a qui arrivent presque à la fin; d'autres ne se gênent point du tout, et vont sans scrupules en d'autres paroisses pour vaquer à leurs affaires temporelles."
Le Curé BORNE est, comme il se doit, le Recteur de ces 2 Confréries, et c'est lui qui nomme en nomme les Officiers tous les 2 ou 3 ans. Mais là aussi, le Curé Borne n'est pas satisfait: "Plusieurs ne veulent pas accepter les charges qu'on leur donne; d'autres n'en remplissent pas le devoir; d'autres choisissent à leur gré la fonction qui leur plaît mieux; d'autres enfin s'absentent sans commettre quelqu'un pour tenir leur place. Ainsi le service divin claudique fortement."
Enfin quelques mots sur la Fabrique: il s'agit, au sein de la paroisse, des personnes chargées d'administrer les fonds et les revenus nécessaires à la construction, puis à l'entretien des édifices et du mobilier de la paroisse: église, chapelles, argenterie, ornements etc ... Selon le curé BORNE, elle fonctionne normalement.
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